‹ MémoiresChapitre 68 sur 154 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

breuses dénégations partirent alors de tous côtés.

Je terminai ainsi :

« Puisque je suis à la tribune, permettez-moi de faire ma profession de foi.

« Mes sentiments démocratiques sont connus ; mes passions, mes pensées sont pour le Peuple et pour ceux qui ont souffert pour la grande cause de la liberté.

« On a parlé du personnel, qui aurait pu être modifié. Je ne pouvais, sans ingratitude, me séparer d'hommes fidèles et dévoués. En résumé, voulez-vous décréter qu'il y aura une garde républicaine? Voulez-vous les acquérir de cœur et d'âme, ou voulez-vous que je licencie deux mille cinq cents hommes dévoués, qui ont rendu et peuvent rendre encore de grands services ? Voilà la question. (Vive agitation et bravos sur plusieurs bancs.)

« Je voulais une police de conciliation ; j'en ai proposé le plan au Gouvernement; je lui ai proposé ce que je vous soumets à votre tour , à savoir : d'organiser les gardes républicaines.

« Avec deux mille cinq cents hommes sages, bien organisés, ayant un bon esprit, vous arriverez à un plus prompt résultat qu'avec dix mille hommes mal disciplinés.

146 MÉMOIRES DE GAUSSIDIERE.

« Voulez-vous donc m'accorder l'ordonnance de cette troupe qui a fait jusqu'ici un excellent service? (Mouvements divers.) »

Alors, sur une interpellation du citoyen Bavoux, à l'égard de la maison de la rue de Rivoli, je dus dire que M. de Lamartine avait donné Tordre, par écrit , de délivrer des armes à Sobrier.

Pendant que cela se passait à TAssemblée, la Préfecture de police était cernée par une immense quantité de garde nationale et de garde mobile. Deux pièces de canon étaient braquées en face de l'entrée principale. Je montai à la tribune pour en demander explication n Le général Bedeau prétendit qu'on m'avait trompé : il arrivait de la Préfecture, et n'avait point vu de canons.

Au même instant, je fus informé que la commission executive m'attendait au petit Luxembourg.

Comme je traversais la salle des pas-perdus, j'aperçus le colonel Mercier, accompagné de quelques gardes républicains, dont plusieurs représentants admiraient la bonne tenue.

Le colonel Mercier se plaignait de ce qu'on venait d'envoyer de la garde nationale contre la garde républicaine, alin de pousser celle-ci à quelque acte fâcheux.

(^HAPITHE XIV. <47

— Ce n'est point à la garde républicaine qu'on en veut, lui aurait répondu M. la Rochejaquelein, c'est à ces affreux Montagnards, avec leurs cravates et leurs ceintures rouges.

Ce qu'il y a d'étonnant dans ce propos de M. la Rochejaquelein, c'est qu'il était peu en rapport avec sa conduite précédente ; on m'avait signalé M. Larochejaquelein comme ayant des rapports avec plusieurs Montagnards. Il les avait visités à la caserne Tournon, et avait remis à l'un d'eux, le nommé Chapuis, des autographes de Louis-Philippe.

Je ne prétends point incriminer M. la Rochejaquelein, le seul des représentants légitimistes qui m'ait témoigné de la sympathie. Peut-être voyaitil les Montagnards pour faire aussi, lui, Toffice de paratonnerre.

Je m'approchai des représentants qui entouraient les gardes républicains, et je leur dis :

« Voilà les hommes qu'on calomnie et qu'on accuse de troubler la République ; causez avec eux, et vous les trouverez aussi intelligents que bons patriotes. »

En même temps. Mercier me confirma qu^ la Préfecture était cernée ; que M. Recurt était venu sur les lieux, et avait demandé si l'on avait

148 MEMOIRES DE CAUSSIDIERE.

du canon pour forcer l'entrée. On lui avait répondu que oui.

En effet, deux pièces masquées par une palissade, en avant du quai, faisaient face à la porte.

La garde nationale, qui les aperçut enveloppées d'artilleurs, craignit une méprise ; et, se voyant entre deux feux, elle démasqua les batteries, qu'on retira au bout d'un instant.

Mercier ajouta que le général Clément Thomas était venu aussi pour faire relever les postes, mais que la garde avait répondu qu'elle ne les abandonnerait que sur un ordre de ma part. On en était resté là.

Ce rapport me convainquit du mauvais vouloir de la Commission. On voulait exciter la garde républicaine à se mettre dans son tort, et enlever le dernier poste occupé par les démocrates.

Mon parti fut bientôt pris.

Arrivé en présence de la commission, ce fut au tour de M. Lamartine à récriminer.

« Vous m'accusez, me dit-il, moi qui vous ai défendu !

— Je ne vous ai point accusé, répondis-je, j'ai simplement raconté les faits : vous ne voulez rien organiser , et vous me faites assiéger î >^

Page 1