‹ MémoiresChapitre 69 sur 154 · CHAPITRE X[V · texte numérisé non relu

CHAPITRE X[V

M. Garnier-Pagès dit alors :

c( C'est que , voyez-vous , les Montagnards effrayent; la Préfecture est suspecte... Vous avez donc donné votre démission à l'Assemblée?

— Non, point officiellement. Du reste, je me rends à la Préfecture ; mes paquets seront bientôt prêts. Vous recevrez tout à l'heure de mes nouvelles! »

J'en avais assez de toutes les allures tortueuses employées à mon égard.

Depuis quelques jours, je jugeais la position insoutenable. Le ministre de l'intérieur, M. Recurt, auquel j'avais demandé une audience qu'il m'avait accordée pour le lendemain de sa nomination, ne s'était point trouvé au rendez-vous. La marche réactionnaire que je voyais adopter de jour en jour me contrariait fortement. J'étais trop démocrate pour garder la position comme on l'entendait.

Je me retirais donc avec la ferme volonté d'envoyer au pouvoir ma démission écrite, lorsque M. Lamartine me demanda à m'accompagner dans ma voiture. Chemin faisant :

« Avez-vous bien donné votre démission ? me dit-il.

— Sans doute, répondis-je

<50 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.

— C'est que ces messieurs ne Tont pas compris ainsi.

— Je sais qu'ils seront heureux de ma retraite. Je vais leur donner cette joie aussitôt que je serai rentré. »

Il me parla alors de nécessités gouvernementales, et de la garde nationale, qui était indisposée contre la garde de la Préfecture.

« On a semé la calomnie , lui répliquai-je. Quoi qu'il en soit, faites retirer les masses , et je réponds que (ont se passera avec calme II ne sera point dit que celui qui a été préposé pour maintenir Tordre est devenu une cause de désordre.»

Il me quitta à l'entrée du pont Marie, et fut entouré d'une quantité de gardes nationaux, qui le pressèrent tellement aux cris de vive Lamartine ! vive l'Assemblée nationale ! qu'il manqua être étoutTé, et se retira un instant chez un imprimeur pour reprench'e haleine.

Cependant la voiture qui me ramenait à la Préfecture ne pouvait plus avancer au milieu du pont, tant la foule des gardes nationaux était serrée ; je descendis, et leur adressai une allocution, que je terminai au cri de : Vive la République démocratique !

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