CHAPITRE XIV
qui voulait expulser de force les Montagnards, mais toutefois sans oser pénétrer dans l'intérieur.
Crevât revint, avec un officier de garde nationale, m'informer de ce qui se passait. J'invitai cet officier à faire retirer la garde nationale et à laisser sortir librement les Montagnards. Presque tous avaient leurs fusils depuis le 24 février, et voulaient les garder, sauf à les déposer dans leurs mairies, s'ils en recevaient l'ordre.
Il fut convenu que les Montagnards sortiraient six par six, avec leurs armes, et sans qu'on les inquiétât.
Sur mon ordre écrit, les Montagnards s'exécutèrent comme il avait été dit ; seulement, au lieu de leur assurer une retraite paisible, la garde natio- ,
nale, qui stationnait dans les rues adjacentes, ar- t
racha les armes à plusieurs d'entre eux; ils furentvexés et maltraités, quelques-uns même arrêtés.
Ainsi a été dissoute cette garde de féroces Montagnards qui, pendant près de trois mois, ne frappèrent ni ne tuèrent personne, et firent un rude service contre les voleurs et les fauteurs de désordre.
Leur seul tort fut d'avoir introduit au bout d'un certain temps, parmi cette troupe d'élite, des
<S8 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.
hommes tarés, de toutes les polices; c'est alors qu'on leur souffla de mauvais desseins et l'esprit de turbulence.
Personne cependant n'a eu à s'en plaindre, que moi. Ils s'amendèrent ; je leur avais pardonné de bon cœur !
Je n'avais plus, enfin, qu'à mettre en ordre mes affaires, en attendant mon successeur. J''invitai le comptable, ainsi que le caissier, à mettre leurs comptes en règle.
Il me parut convenable, dans les circonstances exceptionnelles où je me trouvais, d'indiquer aux habitants de la capitale les motifs de ma retraite.
Je fis donc afficher l'adresse suivante :