CHAPITRE XV
à démêler la véracité des faits et leur importance.
Il doit, s'il n'en a pas le loisir, faire suivre avec attention, par un secrétaire intelligent, les nombreux rapports qu'on lui adresse de tous côtés. La masse de ces rapports est presque toujours insignifiante; mais, si l'on en néglige un seul, il peut arriver qu'il se trouve être le plus utile à connaître. Voici un fait à l'appui de mon dire :
En J835, lors de l'attentat Fieschi, une lettre de mauvaise apparence fut jetée comme indigne d'être vue par le préfet. Cette lettre était de Boireau, complice de Fieschi. Il indiquait, les personnes, les moyens dont on devait se servir, et la maison où était apposée la machine. La lettre arriva la veille de l'attentat. Il est évident que si elle eût été examinée, on aurait pris des mesures immédiates pour le prévenir.
Ce fut bien plus tard qu'on retrouva celle dénonciation, lorsque Boireau, emprisonné, en fit la déclaration verbale : ce qui lui valut sa grâce auprès de Louis-Philippe.
Un pareil fait, sans parler de bien d'autres, prouve la nécessité d'une vérification scrupuleuse de tous les rapports.
Le préfet de police doit être avare de son temps,.
170 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.
et ne pas se laisser encombrer par les solliciteurs. Il ne faut point les entretenir de vaines promesses. A la vérité, ils ne sont pas toujours aussi nombreux qu'après une révolution.
Après le 24 février, il en surgit une armée. Que de gens qui s'étaient battus et avaient sauvé la patrie î Ceux qui avaient le moins de droits étaient d'habitude les plus acharnés , et me volaient des heures précieuses.
Quant aux prisons, il faut stimuler le zèle des inspecteurs. Au lieu de prendre à la lettre les rapports qu'on leur adresse , ils doivent pénétrer dans le vif des choses, examiner les aliments, combattre l'humidité, et surtout organiser le travail. On peut fort bien éviter la baisse du prix des produits qui sortent des prisons, et qui causent une concurrence fatale à l'ouvrier libre ; mais il est indispensable qu'un travail régulier chasse l'oisiveté si pernicieuse aux détenus.
Je fus visiter les jeunes condamnés de la Roquette, pendant la suspension de travail ordonnée par le Gouvernement provisoire, sur les réclamations de différents corps d'état.
Ces enfants, qui sont condamnés au régime cel-