CHAPITRE XV
C'est ce qui constitue le Livre rouge. Sur ce livre sont quelquefois des chiffres correspondants aux personnes qu'on emploie ; mais rarement les noms propres s'y trouvent. Il est composé de bons à signer qu'on remet au caissier, au fur et à mesure du payement.
Il va sans dire que, lorsque. M. Delessert quitta la Préfecture, je n'y trouvai point son registre.
C'est par d'autres moyens que j'ai pu connaître les misérables qui, sous les apparences du patriotisme, espionnaient notre parti avant le 24 février.
II ne restait, des 22,500 francs du mois de février, qu'une somme de 1,000 francs environ, que je fis distribuer aux combattants blessés.
Au mois de mars le caissier ne toucha que 20,604 fr. 70 c.
Au mois d'avril 22,500
Au mois de mai 22,500
Total de la recette. . . . 65,604 f. 70 c. Le compte de dépense de fonds secrets s'éleva, pendant quatre-vingt-cinq jours, a. . 27,450 fr. 08 c.
' Il restait donc, en excédant de recette, le 17 mai. . . . 38,174 62
166 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.
Je renvoyai à M. Lamartine 1,940 francs sur les 2,000 qu'il avait remis au citoyen Debray, pour le départ en Italie, Debray n'ayant pas réalisé ce voyage. Je joins ici la réponse de M. Lamartine, parce que je la crois honorable pour lui et pour moi.
Citoyen,
« Je vous accuse réception de 1,940 francs que vous me renvoyez, non employés en secours de route aux Italiens rentrant dans leur patrie.
« Je les remets à M. Bastide, actuellement ministre, qui en fera Tusage déterminé.
€ J'aurai un grand plaisir à vous revoir après cet orage, qui vous emporte contre mon gré, et je ne doute pas que votre caractère et vos talents ne vous rappellent au service de la République. Elle vous doit beaucoup selon moi. Je serai toujours votre témoin, comme je l'ai été hier, et votre ami, si vous voulez.
« Lamartine. »
Un dernier mot sur la Préfecture.
Différents projets de simplification dans les
CUAPIRRE XV. 167
rouages administratifs m'avaient été soumis; le temps m'a manqué pour les mettre à exécution.
En général, les bureaux de la Préfecture, vu Tétat actuel des choses, sont bien organisés; mais bon nombre d'actes subissent encore des lenteurs interminables. Certains actes reviennent trop souvent à la signature du préfet.
Aussi, étais-je obligé tous les jours de donner des signatures pendant trois ou quatre heures, ce qui me dévorait un temps précieux.
Les archives et les dossiers judiciaires sont tenus dans un ordre merveilleux. La police municipale est bien faite ; cependant la voirie a besoin d'une attention spéciale et continuelle. Les marchés, la boulangerie et tout ce qui concerne les subsistances, doivent être l'objet d'une sollicitude constante.
Le frelatage des vins, du lait et autres denrées se fait trop facilement : de bons inspecteurs sont indispensables.
La présidence du conseil de salubrité, qui est dévolue au préfet de police, doit être prise par lui en haute considération. J'ai vivement regretté que des affaires pressantes m'aient empêché d'assister plus souvent au conseil de salubrité.
J'y avais fait reconnaître l'excellence d'un sable
de rivière pour le pavage des rues de Paris. On se plaint avec raison de la boue noire qui, à la moindre pluie, rend les rues malpropres. Cela provient de ce que les entrepreneurs fournissent un sable vaseux , qui remonte à la surface en temps de pluie et se transforme en boue. L'échantillon de ce sable, reconnu supérieur, fut porté à la ville. Je n'en entendis plus parler. Si j'insiste sur ce point, c'est que je crois qu'il serait facile de remédier à la malpropreté de la ville.
Je me proposais aussi de faire mettre à exécution un moyen de désinfection réel, pour supprimer ces abominables odeurs nocturnes qui infectent la ville.
Le grand problème dans les projets d'améliorations, c'est d'éviter l'augmentation des dépenses; il est fort difficile de faire adopter par le conseil une mesure qui tendrait à grever le budget.
Les projets ne manquent point. Chaque jour on vient vous en proposer, qui malheureusement ne se prêtent guère à l'application.
Il faut qu'un préfet de police donne souvent des audiences. En voyant beaucoup de monde, il se tient au courant de l'opinion publique, et apprend la vérité beaucoup mieux que par son entourage; il acquiert ainsi un esprit d'observation, qui l'aide