II. u
2*0 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.
Pendant que ces mouvements avaient lieu au dehors, l'Assemblée nationale était en proie à Témotion la plus profonde, émanant de la même cause.
Le citoyen Lamartine, après une chaleureuse improvisation, proposa un projet de décret maintenant l'exécution de la loi de 1852 à l'égard de Louis Bonaparte.
A la lecture de ce décret, l'Assemblée entière se leva comme un seul homme, eu agitant les mains, et criant vive la République !
Cet incident rallia pour un instant toutes les opinions.
Dans la séance du lendemain, l'admission de Louis Bonaparte fut réclamée de nouveau, et appuyée notamment par les citoyens Louis Blanc et Jules Favre, avec des motifs différents.
Divers orateurs prirent la parole pour et contre, entre autres, le citoyen Ledru-Rollin; il fit ressortir logiquement les conséquences graves pouvant résulter de l'admission d'un prétendant, et les dangers d'une guerre civile.
Pierre Bonaparte protesta énergiquement de son amour sincère pour la République :
— Démocrate de père en fils, dit-il, je ne servi-
CHAPITaE XIX. 2f4
rai jamais sous une forme étrangère à une République démocratique. »
Une véritable sincérité et Taccent du cœur parurent animer cette improvisation, qu'il est bon d'enregistrer.
Jérôme Bonaparte, en bon parent, s'attacba à défendre son cousin, dont l'admission à TAssembléé nationale fut enfin prononcée, après de longs débats.
Aujourd'hui, la candidature de Louis Bonaparte à la présidence est sérieusement agitée .
Dieu veuille que ces discussions de personnes, où les intérêts du pays ne sont pour rien, ne nous amènent point une guerre civile ! Si par malheur il en était ainsi, il serait du devoir des démocrates de s'abstenir de ces luttes d'individualités; car ils auraient alors à s'emparer du pouvoir d'une main ferme, pour en finir avec les prétentions ambitieuses, qui cherchent sans cesse à tromper le Peuple trop crédule.
Afin d'écarter ces moyens d'agitation, suscités par les royalistes bonapartistes ou les royalistes henriquinquistes, je répéterai qu'il faut s'abstenir de président, sous peine de voir le pays retomber
21Î ^ MÉMOIRES DE CAUSSIDiERE.
tôt OU tard dans les errements d'une royauté déguisée.
L'admission de M. Bonaparte ouvrait de nouvelles espérances aux réactionnaires, qui s'attachaient avec acharnement à déconsidérer la Commission executive, et l'accusaient de mollesse dans ses actes ; ils lui faisaient surtout un crime de l'existence des ateliers nationaux, qu'on présentait comme une émanation du Luxembourg, et dont on déversait le blâme sur Louis Blanc, quoiqu'il y fût resté absolument étranger.
Le personnel de la direction des ateliers nationaux avait été très-dispendieux, et l'on évaluait les dépenses à quinze millions.
La réaction feignait d'y voir une armée toujours prête à peser sur les décisions de l'Assemblée nationale.
Les journaux annoncèrent, un jour, que le directeur, M. Emile Thomas, avait été enlevé par ordre du Gouvernement, et conduit à Bordeaux pour être embarqué sur un navire de l'État ; on répandit le bruit que des malversations avaient nécessité cet enlèvement, et que la Commission executive avait agi ainsi pour éviter le scandale.
D'autres organes de la presse prétendaient, au