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Mémoires

Il D*est pas rare de voir dans les livres et les journaux l'Incrédulité tourner en dérision la vie des saints et afficher le plus profond dédain pour THagiographie. Cette sorte de critique railleuse et superficielle n'est pas la plus redoutable. 11 en existe une autre qui offre bien plus de dangers. G*est la critique de ces écrivains , prétendus sérieux , qui , substituant les faibles lumières de la raison humaine aux enseignements de la Foi , ne veulent voir dans les faits évangéliques que des allégories et dans les légendes des saints que des romans plus ou moins mal construits sur le modèle de la vie de Jésius* Mais^ en compensation du mal produit par l'exégèse rationaliste , il

s*est manifesté depuis plusieurs années dans la presse orthodoxe un retour consolant vers les études hagiographiques. Au nombre des publications les plus remarquables on doit citer la Vie de saint Dominique et celle de sainte Elisabeth de Hongrie , dues aux plumes les plus éloquentes de notre siècle , la Fie (fe saint Léger par dom Pitra, celle de sainte Cèèile par â6M Guéranger; Y Année liturgique de ce dernier , où le Propre des saints tient une place si considérable ; lé savant livre de Fabbé Paillon , intitulé: Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence et sur les autres apôtres de cette contrée. Quailitéé de àtyle , dismissionr nerveuse et approfondie , rien ne manqie à ces divers ouvrages. Les écrivains détracteurs des saints fussent -ils en plus grand nombre que leurs apologistes » il est incontestable que la supériorité du talent et de la science resterait à ceux-ci. Des livres venus de rétranger ont aussi favorisé le mouvement auquel nous applaudissons. L'allemand Gœrres , dans son visle owràge intitulé la Mystique , traduit en français depuis quèlqiies années , a examf oié et résolo relàtiviBUient aux saints des questions de physiologie dignes d'occuper TattetitioD dfes homàies versés daàs cette partie de la science médicale. En Angleteri^ , une femme qui possède le doublé talent d'écrivàfn et de dessinateur, a étudié , en tisltant to>us les musées db TEurope , les œuvres d'art inspirées par les légendes des saints. Quoique protestante , M." Jameson ne se laisse guider ni par l'esprit de secte , ni par ce rationalisme dénigrant auqud cèdent trop souvent ses coreligionnaires; Femme à la rai* son droite , au cœur religieux et sensibie , elle r^roduit

leg légendes a^ec une scrupuleuBe iidélHé. En voyant son respect » sa vive admiration pour les héros chrétiens dont elle raeonte la yk , souvent le lecteur se prend à douter qu'dle n'appartienne pas à l'église orthodoxe.

Lorsqu'on parcourt son livre , si bien nommé par une Bévue française la Légende dorée des artistes, et dans lequel UMUt d'aperçus variés concourent à l'éclaircissement des questions d'art , on est frappé de l'inépuisable richesse des matériaux cpi s'offrrat aux investigations hagiolo* giquea. Si un archéologue , à la fois catholique sincère et habile écrivain » réunissait dans une suite de monogra* phies consacrées aux principaux noms du calendrier tous les détails intéressant la liturgie , l'histoire, la littérature, les arts ; si , en outre , il prenait soin d'y joindre les tra* dttions et les coutumes populaires qui se rattachent au culte des saints, j'affirme qu'il produirait un ouvrage émi* nemment curieux et instructif. Je vais essayer, Messieurs, de vous faire partager ma conviction. Démontrer l'importance et l'intérêt des études hagiologiques , tel est le but que je me propose.

Pour ne pas m'égarer dans un champ si vaste , surtout lorsque je ne puis disposer que de courts instants , j'ap* pellerai votre attention non pas sur quelques saints choisis dans l'ensemble du calendrier , mais sur une suite de saints appartenant à une phase spéciale de Tannée. Je les prendrai dans la période même qui ouvre le cycle ecclésiastique, et qui , sous le nom d'Avent, sert de préparation à la fête de Noël.

Saint André commence quelquefois cette période, dans laquelle se distinguent saint François Xavier, saint Pierre

Chrysologue/sainte Barbe, sainl Nicolas, saint Âmbroise, sainte Eulalie , saint Damase , sainte Lucie , saint Eusèbe et saint Tliomas. Tous ces noms vénérables ne se sont pas arrangés , groupés par un simple hasard dans le calendrier ecclésiastique. Un sens profond s*attache à la place qu'ils y occupent. « Si nous voulons , dit le Père dom » Guéranger (1) envisager avec les yeui de la foi le cay> lendrier catholique , nous ne manquerons pas d'aper- » cevoir les rapports secrets qui unissent les fêtes des y> saints avec les diverses saisons spirituelles dans les- » quelles elles sont pour ainsi dire enchâssées. La fête » des saints se célèbre ordinairement au jour même de D leur mort , en d'autres termes au jour même où ils » sont entrés dans la gloire. Or , ce jour a été^népessai- D rement choisi de manière à s'harmoniser avec un en- » semble surnaturel par cette souveraine sagesse qui » nous a révélé que pas un cheveu ne tombe de nos têtes » sans une permission divine. »

Qu'est-ce que saint André, dont la fête termine chaque année le cycle catholique qui s'achève , ou brille en tête de celui qui recommence? c'est l'apôtre de la croix , « et, certes , il était juste , dit encore le même auteur , r> que dans l'année chrétienne tout commençât et finit » par la croix. » Examinons maintenant les titres des autres héros chrétiens placés sur la route qui conduit à la crèche du Verbe fait chair. Saint François Xavier, le grand apôtre des Indes et du Japon , représente auprès de l'Enfant-Dieu le second apostolat , de même que saint

(1) L'A vent liturgique, p. 265.

André et saint Thomas représentent le premier. Saint Nicolas, d^ailleurs si populaire comme protecteur de l'enfance , fut Tun des trois cent dix-huit évéques qui, au concile de Nicée , condamnèrent Thérésie arienne et proclamèrent leYerbe consubstantiel au Père. Saint Ambroise, Tune des quatre lumières de TÉglise latine, se montra luimême contre les Ariens Tintrépide champion de la divinité du Rédempteur et fut assez heureux pour en ramener un grand nombre à la foi. Ce sont encore d'illustres confesseurs de la divinité du Yerbe incarné, de dignes introducteurs auprès de FHomme-Dieu qui va nattre , ce pape saint Damase qui condamna les actes du concile arien de Rimini ; ce saint Eusèbe , évêque de Yerceil , auquel sa lutte contre Tarianisme valut Texil, los persécutions et les tourments ; ce saint Pierre Cfarysologue , archevêque de Ravenne , célèbre par son éloquence d'or et ses écrits dirigés contre l'hérésie d'Eutychès, non moins dangereuse que celle d'Ârius, non moins injurieuse pour le Messie.

Un apôtre commence la carrière de l' Avent , un apôtre la termine : c'est saint Thomas , dont la fête précède de quatre jours seulement celle de Noël. Saint Thomas, l'a^ pôtre des Indes , qui expia ses doutes d'un jour par l'ardeur de sa foi et par son sanglant martyre , occupe près de la crèche une place privilégiée. Ce voisinage glorieux , ai-je besoin de le dire , forme un contraste frappant avec son ancienne incrédulité ; aucun saint ne pouvait annoncer avec une force plus persuasive le Sauveur qui va nattre, le soleil de justice qui va briller.

Ce soleil de justice , ce divin Orient , cette splendeur de la lumière éternelle^ unç saiqte l'annooiçç aussi par son

nom qui signifie lumière. Cegt Bahrte Lubie , la tierge de Syracase , Tlionnear de la Sicile , dont b f&feest céUbrée le 13 décembre. II s*eh faut beaucoup , Mes^ettre , qae j'aie tout dit sur les rapports des fêtes des saints de l' Ayettt avec la grande solennité de Noël ; mais quelque courtes qu'aient été mes obsenrations , elles ont sans doute suflS pour TOUS faire comprendre ce que j^appelleral les Aor* manies du calendrier. Nulle étude n'est plus pdétiqiRment belle , et j'ose promettre à ceui qui Toudroat s'y livrer les plus curieuses découvertes.

Que peu de personnes connaissent ks relatioBs m^** tiques dont je viens de parler , cela se conçoit ; mais «i a lieu d'être surpris que la vie des saints soitgétéralemeiU Ignorée dans une société cbrétienne. Ton les ijouvs /les églises , les musées , les bibliothèques , i^&ent k nos regards des images de saints ou des tablèakrx inspirés par leurs légendes. Pour le plus gnind nombre , et je ne parle ici que des personnes instruites , ces œuvres d'art sont d'inexplicables énigmes. Les gens du monde , cbose vraiment étrange , tiennent à honneur de ne pas être pris en défaut sur un sujet de mythologie, et ils avouent sans rougir leur ignorance à l'égard des sujets de piété qui intéressent au plus haut point leur foi religieuse. Sommes-nous donc obligés , disent-ils , de connattre ce qui ne s'enseigne pas dans les collèges ? On y commente Homère et Virgile , on y pa rie beaucoup des héros de la Fsèle , mais fort peu des héros du Christianisme. Cette sorte d'excuse , convenons-en, n'est pas tout^-fait sans râleur, et , pour la rendre désormais impossible , il s^ait à désirer que dans l'enseignement religieux des collèges

qaelipiei legons d'Ieonogny kje won^ p4»8Qi|t trooyer place.

JLeg iiiMgcs jdcflMiDtB Mitit génàralemwt a^pi^pagifées d'^ittriboto qoi les distiagiieiit tea uoa des autres » et qui se rspp^HrteBtà certains faits de leur légeude. L'Icoiu>grapbie sacrée se charge d'interpréter ces signes , fprmaxU en quelqpe sorte les aroK^ies des salM^' jPsissons donc ^ reyne les attributs de nos saints de TAvept et montrons Tfailérét si ?aiié des Êdts légendaires anxquds ils doivent leur origine.

l'sittvUMd spécial de saint André » c'est la crpix de fsme particuûèpe qui porte son nom et sur laquelle il seuffriMe martyre à Vatras. Sainte B^rbe, la vierge martyre^effloomédie, estacoQmpagnéale plm sou,Tent d'une tour percée de trois fenôtnes. ;SuivaBtsfi légepi^o » cett^ triple ouverture , symbole de la Trinité, fut pratiquée par son ordre dans une tour qu'elle habitait, et excita la colère de son père Dioscore » violept adversaire des chrétiens. Ne pouvant obtenir qu'elle sacrifiât aux idoles , Dioscore tua sainte Barbe de sa propre main ; mais, en punillim d'un tel crime, il fut lui-même frappé €A consumé par la foudre. C'està ce dernier événement que se rattache ia spécialité du culte de la sainte. « On l'iavoque contre la foudre , dit ^ Tavlenr de YAioent liturgique (1), en mémoire du chàti- » meait(pielajustîBe divinelnfligea à pon déte^^Ie père. » Sa qualité de protectrice du pauple chrétien contre le feu » du ciel a fait donner son mm wx mj9g^$|nsà pomdi;e A smr les vaisseaux éL V» fait cb^'^ii; §fi^r p^oppe ^p^r l^s

(1) Page n%.

^ artilleurs , les mineurs et généralement par les eof p(H T» rations dans lesquelles on emploie la poudre à canon. i» On la prie aussi pour être préservé de la mort subite qui a frappé son père , et pour ne pas mourir sans avoir reçu les sacrements. Ces diverses invocations expliquent d'autres attributs de sainte Barbe , tels que le canon et le calice surmonté d*une hostie, qui se rencontrent fréquemment dans les tableaux où elle est représentée.

Pourquoi saint Nicolas a-t-il pour attribut trois boules ? On sait qu'avant d*ètre élevé à Tépiscopat , saint Nicolas employait son riche patrimoine au soulagement des pauvres et faisait partout bénir son humble et gracieuse charité. Un homme, de noble condition , avait trois filles. De riche il devint pauvre, si pauvre même, que, pour les nourrir, le seul moyen qui lui restât, était de les livrer à une vie infâme. Nicolas , instruit de cette détresse , résolut d'en prévenir les dangers. Une nuit que les jeunes filles étaient endormies , et que leur père désespéré veillait seul auprès d'elles , il prit une poignée d'or , la fixa dans un linge, et se rendit à la demeure du pauvre homme. Une fenêtre était ouverte : il jeta par la baie ce linge, qui tomba aux pieds du père. On imagine aisément la joie que ce dernier ressentit en trouvant un secours si opportun : cet or fut la dot de sa fille ainée. Une seconde fois, Nicolas ayant fait parvenir de la même manière au logis de ses protégées une antre somme exactement pareille , le père de famille s'en servit pour marier sa cadette. Il désirait vivement connaître l'auteur du double présent, et, pensant qu'une troisième libéralité couronnerait l'œuvre du bienfaiteur, il prit ses mesures pour découvrir cet

ami généreux. Lors donc que Nicolas revint le soir el lança la dernière dot, le père , qui » dans Tombre, aTait épié sa venue, le saisit par un pan de sa robe» le reconnut et lui dit en se jetant à i$es pieds : 6 Nicolas , serviteur de Dieu , pourquoi te cacher? Le saint se déroba prompte^ ment aux t^oignages d*une gratitude si naturelle et fit promettre à cet homme qu'il ne divulguerait à personne ce qui s'était passé. Telle est Torigine de l'attribut des trois boules: elles représentent certainement les trois bourses. Comment en douter , lorsqu'à Foligno l'on voit , sur une statue de saint Nicolas , placée dans une église qui porte son nom, les boules remplacées par trois bourses pleines d'or !

Un autre attribut de saint Nicolas , beaucoup plus fréquent , c'est celui du tonneau ou du vase dans lequel se tiennent debout les trois enfants égorgés par un hôtelier durant une famine , et qu'il ressuseita. Quelquefois, à côté du saint , on voit une ancre ou un navire. Ces attributs rappellent la tempête calmée par ses prières et le patronage qu'il exerce sur les gens de mer.

Saint Âmbroise porte souvent un fouet noueux formé de trois courroies. Le fouet est l'emblème du châtiment infligé au péché. Dans les mains de l'évéque de Milan , il peut signifier la pénitence imposée à l'empereur Théor dose, après le massacre de Thessalonique , ou, suivant une autre opinion , l'expulsion des Ariens hors de l'Italie et le triomphe des défenseurs de la Trinité. Lorsque le fouet est armé de trois nœuds , il a certainement cette dernière signification.

Bien différents sont les attributs de la douce et brillante

d'elle. Snivaiit mut tradttim, qui po j'aMor^ Vf^.mtfi la légende approuvée par TÊgHae , la saipte apcatt aabi le martyre par la perte de aes ywi ; sui^i^ w a«4fe récit, dont Tautorité n'est pas plut grande , elle aurait elle-mtaie arraché ses yeux, dangereuses et ianoo^tç^ lumières qui auraient enflammé le ««ht d*iin jeqne Aoom^. « 11 est probable dit M.'^' lameson (il ), qm rbabîtii^ cM anciens peintres d'exprimer le nom d^ iliUcie P9r l'^p* blême d'un coil ou de deux yeux plaoés «upri^ (l'eUe afV9 donné lieu à Tinvention decetinoid^t qui^ipopeu i^o* maaesque. » Au reste» les deux yea;i neswt p«S:up attribut invariable. Les artistes le remplacent sp&y^llt par un autre de meilleur goût et d'une flignifte»Uen plus haute. C'est une lampe , que sainte Lucie tient k)a mafp. Lorsqu'on la représente avec ee noble symbole , elle apparaît vraiment avec le earact^ qui lui est 4»ïmé par Dante dans la iKfûie oomééie, c'eflit^à-^ir;e ownQe «n^ personnification de la lumière ou de la sagesse «éleat»*

L'équerre que Ton voit dans la main dp Mânt Tbon^ doit son origine à nue belle et poétique tiwUtion , mpportée p»r la Légende dorée. *-^Gon)p.e Tînmes l'^pètre était à Gésarée , Notne^SeigQeur i lui «ppamt et M d^ : ^ roi des Indes, 6ondofere,.a eftii;eyjB ssom prévit Ar^^f afin de chercher des tournes instruits M^ l'#t 4^ l'^rcMtectuiie , qui lui coitttruiaMit wi paljvis |kltt&]»Mwque eelui de l'empereur de Soo»e ; eh bi«n t je vetiXit'mivQyer vers lui. Thcnas. partit et ^fiwdofoee lui oowqbjmda de construire un magnifique palais , et h|i doD^na beme^w

(1) Sacred and le^endary art , p. 965.

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