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ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE

DU

CANTON DE GDiMACHES,

Membre titulaire rétidantt

La description d'un canton n'est point aussi intéressante assurément que celle d une vaste contrée ou d'une ville importante ; elle n*est pas non plus aussi facile. En effet, aux obstacles qu'opposent les circonslances , la distance des lieux > la difiBculté de découvrir les personnes aux mains desquelles se trouvent les documents, viennent se joindre encore ceux qui proviennent du mauvais vouloir quelquefois , de l'indifférence souvent des personnes

coDSullées , qui apprécient à leur maDière des recherches dont elles ne comprennent pas le but. L'une

«.... rit avec pitié de notre enthousiasme {\) , »

Tautre s*évertue en allégations, en observations sans nombre, qui réduisent Tantiquaire à poursuivre seul ses investigations , et le condamnent au mutisme et h la surdité du psalmiste : « ego tamquàm smrdus non audiebam et sicut mutus non aperiens os suum (S) . » D*un autre côté , les monuments et les souvenirs font défaut. Toutefois, à cette œuvre s*atlache tout le charme de la nouveauté, et bien des lieux ignorés, des événements oubliés peuvent encore donner de Tattrait à un travail aussi restreint. Des traditions à recueillir , qui peut-être expliqueront ou rectifieront un point d'histoire , d'anciens usages inconnus ailleurs , des beautés ou des bizarreries archéologiques à signaler dans une église , ou dans les ruines d'un manoir féodal que Tœil du savant n'a point aperçu sous les broussailles qui les couvrent ; des bienfaits , d'utiles travaux à rappeler aux générations nouvelles , pour exciter leur reconnaissance et leur émulation : telle est la récolte que peut espérer quiconque entreprendra pareille tâche. Il est d'ailleurs une pensée douce et consolante qui doit encourager ceux qui écriront l'histoire d'une localité , c'est le bien moral qu'ils peuvent ainsi procurer. Chacun sent en effet , que mieux connu , le pays doit en être plus aimé , les populations doivent s'y attacher davantage, s'améliorer

(1) fiarthélëmy. Le Zodiaque,

(2) Psalm. xxxvij.

même au récit des actes honorables, des bienrails de leurs ancélres. Peut-être est-ce là un des moyens d'éteindre cette fièvre d'émigration vers les grands centres qui dévore notre jeunesse cosmopolite. — Essayons donc ce travail pour Tun des cantons de Textréme frontière de la Picardie, celui de Gamaches; et puissent nos forces répondre à notre désir d'ètr^ utile et de plaire !

Voici notre plan : Nous donnerons d*abord Taperçu gé* néral du canton de Gamaches, nous dirons sa constitution géologique; les cours d'eau qui Tarrosent, ses principaux produits y ses voies de communication antiques et modernes , sa population ; enfin , nous rappellerons son état et son importance d'autrefois. Nous décrirons ensuite chacune des communes qui le composent aujourd'hui , en faisant, selon les besoins de l'œuvre, quelques courtes excursions en dehors des limites administratives. Nous n'oublierons pas les annexes ou secours , débris anciens, qui furent parfois des paroisses , non plus que les abbayes aux riches et pieux souvenirs , dont les ruines jonchent le sol de la vallée de la Bresle. Nous indiquerons les diverses manières d'orthographier les noms selon les époques : c'est peut-être un moyen de découvrir l'étymologie et l'origine des lieux. Nous ferons remarquer aussi les noms de certains chemins, lieux-dits ou cantons, parce qu'ils dérivent ordinairement ou de la forme du lieu , ou de sa situation , ou de quelque fait d'histoire locale qui se perd dans un passé lointain et n'a rien laissé à la tradition. •

Nous tâcherons d'être concis au milieu de ces mille détours qu'il nous faudra faire entre les haies elles buissons

de nos 40 Tillaged , tout en regrettant parfois de Tètre malgré nous, faute de matière intéressante sur un certain nombre de lieux.

Nous devons beaucoup à Tobligeance de nos collègues , MM. Garnier et Boca , dont les lumières et rexpérience ont guidé nos recherches dans les dépôts publics qui leur sont confiés , et aussi à M. Cocberis , qui a bien youlu faire copier pour nous de nombreuses pièces que son savant travail sur les manuscrits picards avait signalées à notre attention. Mais la principale source à laquelle nous avons puisé , et nous nous en applaudissons , non pour le nombre , mais pour la nouveauté des renseignements qu*elle nous a donnés , ce sont les registres de Tétat-civil des paroisses que nous ont ouverts avec empressement les greffiers des mairies. Nous avons parcouru attentivement et compulsé avec soin ceux qui ont survécu à tant de naufrages et de causes de destruction , sous Tinfluence de cette pensée que c*était là le seul livre où seraient consignés les faits locaux , parce que tous les jours il était aux mains du curé, homme instruit, qui devait naturellement penser à y jeter le récit des événements importants survenus dans sa paroisse. Aussi , avons-nous été assez heureux pour y rencontrer des choses inattendues et très-intéressantes.

Coup«d*œil général sur le Canton.

Le cantop de Gamaches^ compris dans l'ancien pays de Vimeu (Vinemagus , Yinimacu$ pagusj , est situé par le W degré de latitude N., à Texlrémité du département de

la Somme , vers celai de la Seine-Ioférieure , dont il est séparé par la rivière de la Bresle. Les cantons qui Tavoisinent sont : dans la Somme » ceux d'Âult , de Moyenneville et d*Oisemont ; et , dans la Seine-Inférieure , les cantons d'Eu et de Blangy.

Le sol du canton qui , dans les acceptions géologiques » dépend du bassin de Paris , est formé tantôt d*une terre bieffeuse, tantôt d*une argile sableuse qui reposent sur la craie blanche. Mais les parties basses des vallées de la Bresle et de la Yismese composent d'une faible couche tourbeuse » accidentée de dépôts de sable , de gravier ou de cailloux roulés. On y a jadis extrait ces" masses considérables de tuf calcaire dont étaient bâtis. nos châteauxforts et qu'on trouve encore dans les soubassements de nos plus anciennes églises. '

Deux rivières arrosent le canton : la Bresle et la Visme, ou Yimeuse. La Bresle a plusieurs sources, dont les principales sont à Blargies (Oise) et dans la commune de^ Criquiers (Seine-Inférieure) , à 181 mètres au-dessus du niveau delamer. Sa longueur, prise dans le thalweg, entre Âumale et la mer où elle se jette à Tréport, est de 60 kilo* mètres (1 ). Elle reçoit les eaux d'une partie de la plaine du Yimeu , celles de l'autre partie s'écoulant dans le bassin de la Somme. On fixe la démarcation des deux pentes par une ligne qui passe par Airaines , St.-Maxent, Tours, Chepy et Nibas (2). Les affluents de la Bresle sont: à

(1) iZofiiporf du 15 janvier 1852, par M. Marchai ingénieur, 9wr ffii frojei de règlement d'eau, (t) Annuaire publié par la Société des Antiquaires de Picardie ,

1852, p. en

droile, dans la Somme, le Liger, dont la source est à Gui^ bermesnil et le confluent à Senarpont , et la Yisme dont nous allons parler ; à gauche , dans la Seine-Inférieure ^ la Méline , qui prend sa source au-dessus de Marques et qui laisse longtemps son nom à Tun des bras de la Bresle. Une longue suite de mamelons forme à la rivière un encaissement pittoresque , que couronnent des bois et surtout la belle forêt d'Eu. Si vous en parcourez les rives , vous êtes émerveillé de leur beauté et de leur richesse. Des villages industrieux y sont assis. Plus de cent usines, dont sept fllatures , sont mises en mouvement par ses eaux rapides ; à des époques déterminées, des travaux dès longtemps en usage font sortir de son lit la Bresle , qui , s*épandant en nappes immenses , abreuve et engraisse 1 200 hectares de prairies. Cette rivière produit abondamment des anguilles, des truites et des écrevisses. N. Sanson , dans sa carte Galliœ antiquœ de 1641 , lui donne le nom de Phrodes. Cependant Ptolémée applique ce nom à la Somme (1). A laquelle des deux rivières revient-il ?0n sait d'ailleurs que la Bresle fut aussi nommée Auto , Aug (Au va, Auga), mot saxon qui n'a peut-être pas d'autre signification que celle d'eau , de rivière.

La Yisme prend sa source dans les herbages de la ferme d'Hantecourt. Il existe aussi des sources importantes plus bas, an hameau de Monchelet. Cette petite rivière a 12 kilomètres de cours. Elle arrose 73 hectares de prairies, et

(1) Yoy. M. Louandre, Jopo^opfttfdiiPoiifAtfu, dans les Mémoires de la Sociëtë d'Émulation d' AbbeviUe , 1889 , p. 320.

après avoir mis en mouvemeDl 12 moulins à farine » elle vient à Gamaches confondre ses eaux à celles de la Bresle. La petite vallée où la Yisme serpente en mille méandres capricieux , offre aussi un aspect riant , un air de prospérité remarquable.

Examinons , en passant , ces nombreux plis de terrain qui rident les flancs de nos deux vallées. Us se correspondent évidemment d*un bord à Tautre et indiquent bien les divers niveaux des eaux alors qu'elles s*abaissèrent graduellement et laissèrent à découvert le sol que nous cultivons. Remarquons aussi comme les pentes sont plus raides d'un côté que de l'autre. M. Ravin, dans son excellent Mémoire sur la Géologie des cantons littoraux de la Somme {!) , en adonné celte explication que les courants favorisés par les pentes naturelles du bassin , ont agi sur Tune des rives avec plus de force que sur l'autre et l'ont ainsi laissée plus nue et plus escarpée.

La yallée de la Bresle est saine » malgré sa profondeur et de nombreux marécages. Sans aucun doute , les venls de mer contribuent à y purifier l'atmosphère » car dans la vallée de la Yisme où ils ne peuvent faire sentir aussi directement leur influence , les habitants sont soumis à des fièvres d'accès , qui sont presque inconnues sur les bords de la Bresle.

Gomme les autres habitants de cette partie de la Picardie, ceux des villages du canton de Gamaches mènent une vie frugale. Leurs mœurs y sont simples, comme leur costume

{1) Mémoires de la SodéU d'Émulation d'AhbmUe, 1884-1835, p. 156.

qa! se modifie lentement et n*a rien emprunté encore aax extravagances de la mode. Le paysan se revêt toujours de la saie gauloise , sous le nom de blouse ou roulière. Cependant les femmes ont » depuis une vingtaine d'années , abandonné , pour le bonnet rond » leur coiffure montante, à larges ailes , sorte de bâtardise du pyramidal et riche bonnet cauchois.

Il existe dans le canton , comme partout , des préjugés plus ou moins ridicules » restes de ces superstitions du paganisme , que les Capitulaires de Charlemagne, comme les Conciles, tant anciens que nouveaux (1) , combattirent , mais ne purent déraciner. Les enchanteurs , les sorciers et leurs sabbats ont laissé des traces nombreuses que nous croyons inutile de montrer. Nous ne parlerons pas de Taraignée dont la vue est un présage heureux ou funeste , selon Theure de la journée à laquelle on Taperçoit suspendue à son fil ; ni de la chouette dont le cri sinistre est un présage de mort ; nous ne suivrons pas certains pèlerinages ridicules que blâme assurément TÉglise ; nous laisserons la jeune paysanne pâlir à la pensée que son aimmreusc se dédit , parce qu'elle perd sa jarretière. Nous nous bornerons à citer quelques circonstances remarquables dans les mariages ou dans les inhumations. En certains lieux , à Translay par exemple, au sortir de l'église , à la porte même, la jeunesse du lieu offre un verre de liqueur aux nouveaux époux et à chacun des assistants ; ailleurs , ce sont des bouquets ou des ru-

(1) Voy. D. Grenier, liAradMion h l'histoire de Picardiie , p* 3%0ilO et suiv. ; — Baluze , GapituL, tom. 1, tit. xu.

bans — Nous avons va à Buigny pratiquer cet usage : Au retour de l'église , la mariée s*assied sur une chaise , à l'entrée de sa maison, la tète couverte d'un voile. A ses côtés , se tiennent debout son père et son beau-père. Derrière elle , le nouveau marié puise dans une corbeille des morceaux de gâteau qu'il jette à la foule parnlessus la tèle de Tépousée. Serait-ce le souvenir d'un usage antique, harmonieusement rappelé par le poète de Hantoue :

€ Sparge, marite, nueex... »(!)

— Dans la plupart des villages , c*est le marié qui sert à table le jour de ses noces ; il a mis habit bas et debout derrière les convives , la serviette sur le bras , il est tout à leurs ordres. — Quelquefois les époux, en rentrant dans la maison^ après la cérémonie , embrassent les parens l'un de l'autre , c'est-à-dire leur nouvelle famille. C'est un des usages les plus touchants que nous ayons k signaler.

— La bénédiction du lit nuptial , à la suite de laquelle on offre au prêtre , dans la chambre même , un morceau de gâteau et un verre de vin, tend à disparaître entièrement, comme du reste la plupart des usages que nous venons de constater.

Citons encore quelques pieuses coutumes qui se sont conservées.

Souvent le voyageur étranger s'étonne de voir une fouie de petites croix de bois fichées en terre , au pied du crucifix qui s'élève d'habitude à l'entrée d'un village ou d'un carrefour : il n*en peut deviner la cause. Mais le bon

(1) Virgil. Ecloga viii, vers 30.

paysan du lieu lui dira que chacune de ces croii a été placée Ik lorsque , portant un mort au cimetière , le cortège a passé près du crucifix. — Dans beaucoup de villages on recueille le samedi le pain des trépassés. L*un des habitants se présente dans chaque maison et reçoit ou un morceau de pain , ou une pièce de monnaie. Le pain est vendu dans Téglise le dimanche suivant , à Tissue de la messe paroissiale, et le produit est employé à faire dire des messes pour les paroissiens défunts. — En certains lieux , le seau à Teau bénite est accroché à la porte de réglise pour servir de bénitier. C'est à cet usage , ancien sans doute , qu'est due l'absence assez fréquente de bénitiers antiques , comme l'a fait observer \\n savant archéologue (1).

Un autre usage , qu'on sait avoir existé chez les Romains , s'est conservé dans les villages de notre canton : c'est celui de convier les parents et les principaux amis do défunt à un repas à la suite des funérailles. Cet usage peut se rattacher à ces banquets de charité que faisaient les premiers Chrétiens , aux décès de ceux qui étaient morts dans la crainte de Dieu. Plus tard même des fondations furent affectées, dit notre savant D. Grenier (2),

(1) M. Cochet, Églises ruraks de Varranéissemau de Dieppe, p. 347.

(2) Introduction à VhisUÀre de Picardie , p. ^0-281. — On pourrait ne voir dans l'osage des repas après Tinhomation qu'âne conséquence forcée de la cérémonie à laquelle ont assisté des parents et des amis venus quelquefois d'assez loin et qu'on ne peut renvoyer sans manger; (BMetin de la Société des Antiquaires de Picardie,L vi , p. 343 J mais les causes qui ont conservé chez nous cet usage ne sontelles pas les mêmes qui Pavaient créé chez les anciens ?

à des repas funérairai pour cerlains anniTersaires. L'abbé Carlier, dans son Histoire du Valois (1) , cile une de ces fondations , faite en 1177^ dans laquelle le menu des repas était déterminé.

Quant au langage des habitants, il est remarquable que sur la ligne de la Bresie il n'y a réellement ni patois , ni accent bien marqué. Le mélange des dialectes normand et picard a sans doute produit cet effet ; ils se sont neutralisés l'un par Tautre. Dans l'Intérieur du canton , il existe des patois s'écartant plus ou moins du franc picard, selon la position des localités. Quelques communes , quoique leur industrie les mette en rapport presque journalier avec les villes voisines et même avec Paris , ont conservé une sorte de prononciation à bouche béante , assez singulière et des plus désagréables à l'oreille. Tels sont les villages d'Ëmbreville et de Dargnies surtout.

On comprend , par ce que nous avons dit plus haut , que le sol du canton se divise en haut et bas , ou , comme on le dit dans le pays , en plaine et en vallée. Il résulte de celte disposition une variété très-grande dans la nature et la richesse des terrains arables , et , comme conséquence, une grande difficulté de classement pour la répartition de rimp6t foncier. Dans la vallée, une foule de terrains autrefois incultes ou sans produit, ont été et sont tous les jours mis en valeur par les procédés de Tindustrie agricole moderne. Si donc TÉtat qui ne récompense point ce travail d'accroissement de la richesse publique par une réduction d'impôts, ce qui serait juste pourtant , fait ré-

(1) Tom. 1", p. 387.

viser les appréciations cadastrales de nos devanciers , il trouve de nombreuses modifications à faire. C'est ce qui déjà , lors du travail de révision tenté en 1 841 , a occasionné une lutte mémorable, qui a remué pour plusieurs années les esprits dans le canton ^ sans utilité ni profit pour les contradicteurs.

A Tagriculture , qui comprend ^ outre les céréales , le chanvre et le lin , et à Télëve des chevaux ^ se joint jlans le canton de Gamaches Findustrie manufacturière développée sur diverses branches , et qui depuis quelques années tend singulièrement à s'accrottre, surtout dans la vallée de la Bresle. Nous entrerons dans les détails en parcourant chaque localité.

On sait que la boisson du pays est le cidre. Nous avons lu dans un manuscrit de la fin du xv!"" siècle (1 ) qu'en l'année 1884 le vin étant monté à un prix excessif» les cabaretiers d'Eu commencèrent alors à vendre^du cidre. C'est probablement vers ce même temps que les plantations de pommiers devinrent nombreuses dans le pays.

Le canton de Gamaches affecte assez bien la forme d'un arc dont la Bresle serait la corde. Le chef-lieu placé vers le point milieu de la corde figure la main qui manie l'arc. Le cantgn a , dans sa plus grande longueur, 21 kilom., et 7 à 8 kilomètres en largeur moyenne. II comprend une étendue de 15,471 hectares , peuplée de 12,069 habitants , logés dans 3,054 maisons et répartis entre 20

(1) Papier terrier intitulé : Descripi. et narré des droictz , pr^Wminences , etc. du comté d'Eu, — On y lit à la marge du ^ 164 , une note évidemment postérieure à sa confection et datée de 1594.

communes, dont quelquesHmes se composent de plusieurs sections. En 1791 , on ne comptait que 2»38i maisons dans ces vingt communes. — Ajoutons » comme renseignement » que Biencourt, Cérisy-Buleux, Framicourt, Translay, Martaineville-les-Bus, Rambures, Rambu* relies et Yisme faisaient alors partie du canton de St.- Haxent, qoi depuis a été supprimé. Le canton de Gamaches se composait donc seulement des 12 autres communes.

Il est coopé par de nombreuses et belles voies de communication : la route impériale n"" 28, de Rouen à Saint- Omer, le traverse de Marlaineville à Bouttencourt; celle n*" 15^', de Tréport à Aumalë, le parcourt tout le long de la rivière de Bresle ; trois roules départementales conduisent de Gamaches à Amiens , à Abbeville et à St.-Valery-sur-Somme ; enfin plusieurs chemins de grande et de moyenne communication facilitent les rapports et aident à Tindustrie.

Le Yimeu était percé de voles antiques , romaines ou autres, dont il reste des traces dans le canton de Gamaches. Nous en trouvons trois principales : d'abord la voie qui de Samarobrwa descendait à la mer , à Auga : on la reconnaît facilement dans une certaioe étendue , même là où elle est cultivée , et elle existe encore à l'état de chemin de Beauchamp à Honchelet, de Yisme à Hartaineville, de Gérisy à Forceville, d'où elle courait vers Airaines ; on la nomme toujours la chaussée Brunehauit ; — la seconde est celle que D. Grenier conduit d'Amiens à Dieppe par Gamaches ;— et la troisième celle de Senarpont à SS-Yalery , par Rambures. D. Grenier en a fait le tracé avec détail, en citant les titres

— no —

à l'appui (1). Cependant • nous osons faire quelques réserves sur Tori^ine romaine qu*il donne à toutes ces voies et principalement sur la direction qu*il leur assigne vers certains villages. Quant à ce dernier point, nous croyons que le croisement de plusieurs chemins lui a fait faire quelque confusion. Aussi estimons - nous qu*il faut, le suivre et le rectifier de eetle manière. La voie militaire qui partait d'Amiens par la Hautoie (haute voie , alta via) , arrivée à Airaines , se bifurquait. La première division passant par Allery , Forceville, entre Oisemont et Tilloloy ( et non Tilloy ) , Cérisy . Herveloy , Martaineville, suivait ensuite le bord de la vallée de Yisme (Via Maris) parFrettemeule, Bâillon, Vis ( Via) et Monchelet , où elle coupait la vallée pour continuer en plaine sa direction jusqu'à Beauchamp , après avoir longé les herbages et les granges de la ferme de Gresny-Touvent. Elle côtoyait ensuite la rive droite de la Bresle jusqu'à la chaussée d'Eu. On en voit encore des traces aux environs de Bouvincourt, dans le rideau qui a été coupé lors de la confection, de la nouvelle route. Dans la partie de cette voie qui descendait à Beauchamp , au lieu dit le Camp d'Âmbraine , on a trouvé , il y a quelques années » des débris de vases , des fers à cheval antiques , etc.

La seconde division , à la sortie d'Airaines, se dirigeait sur Woirel (2) , Oisemont » le moulin de Ramburelles , et

(1) IntroducHm à l'histoire de Picardie , p. 483-486. — Voy. Mémoire de M. de Cayrol, iatitalé: Observations sur les positions de V armée romaine , etc., dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, t. m, p 2i4.

(2) Cette terminaison est ancienne et se reproduit dans Tranleel , Pand^l, etc.

desceDdait à Gamachespar le fond de Sery , en côtoyant les bois de ce nom , où nous en avons trouvé un tronçon bien conservé dans les herbages du château de M. d*Ancennes. D*aprës un titre que cite D. Grenier , celte voie aurait continué jusqu'à Dieppe. Il est probable que c'était pour la facilité de celle-ci qu'existait le pont entre Gousseauviile et Gamaches , sur lequel passa Tarmée anglaise en 1415 ; et que la levée de terre en forme de chaussée que nous avons signalée (1 ) dans les marais de Gamaches, entre ce pont et la maladrerie de sainte Marguerite, en est un autre tronçon.

La voie qui de Beauvais conduisait par Senarpont àSt.- Yalery passait à Rambures , côtoyait le bois de Morival , aujourd'hui défriché, coupait près de Yisme la voie d'Amiens et se dirigeait , entre Yisme-Mont et le Plouy , vers Tours , où existait un temple de Gybèle , de là à Arrest , à Estrebœuf et à St.-Yalery. La ligue est droite et le chemin est bien tracé dans Cassini.

Enfin il existait aussi et on peut suivre encore, sous le nom de Chemin verl , une petite voie qui mettait en communication les trois autres que nous venons de tracer. Elle partait de Fancienne abbaye de Sery , dile l'abbaye au bois , qui fut fondée au xii'' siècle , dans les bois de Sery, passait contre Busmenard, et tombait dans le chemin venant de Senarpont , tout auprès de Yisme , à la traverse de la voie d'Amiens à Eu. Cette citation de D. Grenier (page 487) : « Quatuor viginti unum jugera terre.

(1) Gamaches et ses seigneurs , dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, tome xiv. page 108.

sita inter Fremicourt et viampublicam quœ ducU ad Abbdh tiam m basco, ad Bwmenart, etc. ; » se rapporte à ce ehemin d*une manière évidente pour qui connait les lieux.

Nous avons assisté à un travail qui a mis à nu , vers Buigny , un point de notre chaussée Brunehault d* Amiens à Eu , que nous avons attentivement étudié. Nous avons reconnu qu*elle avait une largeur d'environ six mètres (1) et qu'elle était composée de trois couches superposées de silex, lui donnant une profondeur de 45 centimètres. Ceux de la partie inférieure sont d'une dimension très-forte et placés k la main avec beaucoup de soin ; un petit gravier les lie entre eux. Puis vient une couche de silex moyens, et enfin la supérieure, composée de petits silex. Nous y avons remarqué çà et là de petits tessons de tuiles ou de briques romaines.

Sous le régime féodal , lors surtout de l'invasion des Normands , et plus tard pour résister à leurs incursions , un système de défense dont on saisit facilement l'importance militaire , avait fait élever le long des rives de la Bresle de nombreuses forteresses. Aumale , Senarpont » Honchaux , Gamaches , Longroy et Eu nous montrent encore leurs ruines imposantes. A c6té de ces puissants châteaux , s'élevaient aussi des forts secondaires. Leur place est encore parfois marquée sur le sol par un monticule, ou bien l'histoire seule les mentionne. Entre Gamaches et Beauchamp, les dernières traces d'un petit fort viennent

(1) Cette largeur varie selon que la charrue a plus ou moins rongé la voie : vers Beauchamp , elle porte encore 7 mètres , et seulement 3 sur d'autres points.

de disparaître sons les efforts delà pioche ; à Beauchamp, l'antique forteresse avait fait place à un château de plai-* sance ; Bouvincourt nivelle le sol ou s'élevait le donjon féodal. Nous trouvons aussi toute la vallée de Yisme forti^ fiée: Hélicourt, Harcelaine et Maisnières. Si nous montons dans la plaine » nous bornant au canton , nous trouvons Yisme-Hont , Translay , Bouillancourt et Rambures. Il est facile de comprendre que ce vaste réseau de forteresses puisait sa raison d'être non pas seulement dans les luttes que les seigneurs féodaux avaient à soutenir les uns contre les autres, mais encore dans l'intérêt général. Il fallait en effet résister à l'esprit envahisseur de l'étranger nouvellement implanté en Neustrie , et le roi de France, comme les seigneurs picards, n'était rien moins que rassuré sur leur turbulent voisinage. Toutefois , si l'on en croit l'histoire assez obscure de ces temps et si l'on étudie la succession hiérarchique des seigneurs , on voit bien que ces précautions furent insufiSsantes et n'empê^ chèrent pas les Normands de s'infiltrer de gré ou de force dans les seigneuries voisines : les maisons de Ponthieu , de St.*-Yalery , de Gamaches et autres en font foi.

Gamaches , aujourd'hui chef-lieu de canton , était jadis et de toute ancienneté chef-lieu du doyenné de ce nom. Ce serait sortir des limites que nous nous sommes assignées, malgré l'importance qu'elle pourrait avoir au point de vue de l'organisation religieuse , que de faire la description de chacune des paroisses qui dépendaient de ce doyenné. Si même l'on n'entendait pas se borner à la partie religieuse, l'histoire d'un doyenné détaché nous paraîtrait des plus difficiles, sinon impossible. En effet , les

paroisses de ce doyenné se trouvaient parfois tellement disséminées qu*ii faudrait les rechercher jusque dans des cantons assez éloignés. Ainsi » parmi les bénéfices du doyenné deGamaches , on comptait la Chaussée près Eu» Mers , Aull , Cayeux » Pende , St.-Blimond, etc. Nous nous bornons donc à ceci : un pooillé du xiii* siècle compose le doyenné de Gamaches de 42 paroisses, rapportant 81 2 liv. » plus de S personnats et de 16 chapelles. Le pouillé des bénéfices de Rheims , publié on 1648 , le compose aussi des mêmes 4S paroisses , auxquelles il donne un revenu de 22,800 livres , plus de 4 personnats et de 23 chapelles, y compris celles assez nombreuses des châteaux. Mais une note manuscrite sur Texemplaire de la Bibliothèque communale d'Amiens nous met en garde contre Tinexactitude de ce travail, quant aux revenus principalement, ce que nous n'avons aucun moyen de contrôler ; nous pouvons ajouter que beaucoup de noms y sont complètement estropiés. D*après un Registre-pouillé de la même bibliothèque , qni contient Tétat matériel de toutes les paroisses du diocèse , dressé par l'évéque Henri Feydeau de Brou , de 1692 à 1695 (1) , le nombre des cures à cette époque était de 45; mais celles de Béthencourt-sur-Mer» de Bouillancourt-en-Sery et de St.-Yalery y étaient ajoutées. Nous regrettons que le revenu ne soit pas toujours apprécié en argent , mais quelquefois en portions de dîmes et en jouissance de terres. Un autre dénombrement dressé en 1736 des bénéfices du diocèse (2), réduit la composition

(1) Yoy. Bibl. comm. d'Amiens, Mas., n.» 514.

(2) Ms. appartenant à la bibliolhèqne de l'Évéché d'Amiens.

du doyenné de Gamaches à 23 paroisses et 21 chapelles, comprenant celles des maladreries. Les 22 cures retran* chées ont composé le doyenné de St.-Valery. Il est présumabie que celum fut créé peu après l'étal de 1692> comme semble Tindiquer récriture des recllficalions que cela a nécessitées.

Nous rappellerons que plusieurs paroisses comprises aujourd'hui dans le canton de Gamaches dépendaient autrefois de doyennés voisins. Au reste , nous dirons , en décrivant chacune de ces paroisses , à quel doyenné elle appartenait , quel en était le patron-présentateur et quelle était rimportance de son revenu.

Sur les 26 églises ou chapelles qui existent aujourd'hui dans le canton , 9 sont dédiées à la Mère de Dieu , sous le vocable de sa nativité, de Tannonciation ou de son assoipption ; 6 à saint Martin , 3 à saint Pierre et saint Paul , 2 à saint Jean-Baptiste et les autres à sainte Marie- Madeleine » à saint Jacques le majeur , à saint Etienne, à saint Hilaire , à saint Vandriite et à saints Grépin et Grépinien.

En 1S67 il y avait 4271 feux dans le doyenné de Gamaches , tel qu'il se composait alors.

La loi du 22 décembre 1789 fixant , à raison du nombre de citoyens actifs dans le canton , celui des électeurs chargés du choix des représentants , le canton de Gamaches comptait dix électeurs , parmi lesquels M. Greton, qui faisait aussi partie du Gonseil général chargé de l'administration du Département.

Le territoire de plusieurs de nos villages et hameaux res^rtissait à la fois à la prévôté de Vimeu , qui relevait

da bailliage d'Amiens et à la Sénécliaiissée de Pontbieu. Aujourd'hui , en Tabsence des registres et plans-terriers anciens , et alors que tous les habitants vivent sous une loi commune, il serait bien difficile et oiseux d'ailleurs de reconnaître ces distinctions sur chaque parcelle de territoire. Hais comme elles tiraient leur importance de la diversité des lois ou coutumes , nous indiquerons au fur et à mesure ceux des villages qui étaient ainsi soumis à deux juridictions. On sait que le siège de la prév6té de Vimeùétaità Oisemont: 271 villes, bourgs, villsigeset hameaux en ressortissaient (1).

Afin que notre travail soit moins décousu , nous rapprocherons les villages et les hameaux qui , à raison de leur dépendance d'une seigneurie ou d'une paroisse , se trouvent avoir mêlé leurs intérêts , et nous les décrirons l'un après l'autre , en suivant , autant que possible , leur position topographique.

Comme chef-lieu du canton et à raison d'ailleurs de son importance ancienne , Gamaches se place tout naturellement le premier sous la plume , au commencement de notre description. Nous aurons peu de chose de nouveau et dlntéressant à dire sur ce bourg , après les détails que nous avons donnés ailleurs. Hais nous essaierons de rectifier quelques erreurs et de combler des lacunes. Nous éviterons toutefois de nous répéter.

Quoique ce soit chose difficile et rare de bien rencontrer

(1) Almanach de Patuhieu , 1778.

en fait d^étymoiogies , nous en risquerons ane ou deux, ne fût-ce que pour faire nattre l'occasion de recherches qui puissent amener des découvertes d'une autre nature. Voici d'abord comment les historiens et les chartes ont traduit le nom de Gamaches , ou peut-être comment ils ont latinisé sa signification: Gualimago, WûUmago, en la vie de St.-Yalery au vu'' siècle, ailleurs Gamapium, (1 ] et plus souvent , à partir du ini'' siècle, Gamachiœ. (2) En français ce nom a toujours affecté la forme du pluriel. Dès le mV' et le iiii'' siècle on le rencontre écrit Gamachez.{i) Nous insistons sur cette circonstanœ , parce qu'elle peut se rattacher à l'origine , au sens du mot lui* même. L'un de nos honorables collègues nous a insinué cette idée que le nom de Gamaches pourrait dériver du vieux mot de haut-allemand Gamàhcho, ayant le sens d''association , et dont la racine mcJi signifie par, 90cius. (4) Mais quel genre d'association , quelle confédération existait à Gamaches dans les temps anciens?

(1) Voy. Vie de saint ÈUn, par saint Ouen, chap. 27 , p. 106 , édit. de M. Barthélémy ; — Journal des mites pastorales de Varchevéqw E, Rigaut, p. 369 et passim.

(2) Voy. Acta SS^* orâin. sancti Beneâkti , sœml, xi, p. 81 ; — d'Achery , Spidlegitm , tom. 2 , p. 262 ; — Lettres de Aéûor, comtesse de Dreux , dame de St.-Yalery, au Trésor des chartes , dans Duchesne , Preuves de la maison de Dreux, p. 271 et aliàs,

(3) Magm rotuli Saccarii Norm. , voy. Mém. Soc. Antiq. Norm., tom. XVI, passim. — Coulwnier inédit de Picardie, édité par M. Marnier, p. 64.

(4) Voy. Fragmenta theotisca , comprenant des morceaux écrits en vieil haut-allemand , au yiu« siècle.

C'est ce qu'aucHn doonment écrit ne nous a révélé. Aasu, eomme notre collègue» n'attachons-noiis qu'une légère importance à celte étymologie. — Peut-être Walimago est-il pour magus , autrement dit mansio , habitation , et Wali , nom propre , que Roquefort traduit par Giles , f'^Viài^ ou 6alois.(l)

L'antiquité de Gamaches a été démontrée ailleurs, [i] Sa tombelle gallo-romaine devenue le centre et le point culminant d'une suite de lignes de défense , d'intéressantes ruines romaines sur le bord de la Bresie , des restes de chaussées , les miracles de St.-Valery et de St.*£loi, la composition même de son nom , ne laissent aucun doute à cet égard. La vieille Haladrerie de Ste-Marguerite était bâtie près d'une chaussée et sur des fondations romaines: elle avait r^nplacé peutrêtre une villa ou une hêtellerie. Sous la motte du donjon seigneurial d'autres débris romains semblent attester que le moyen-âge ne fit parfois qu'utiliser tes forteresses dont les anciens conquérants avaient hérissé le sol pour s'en assurer la conservation. — Mainlefois il nous est tombé sous la main des débris gaulois ; ce sont des silex taillés pour façonner des haches, les uns simplement ébauchés, les antres polis ; un couteau-silex, long de 10 centimèlres et large de 2S centim. etc. — D'un autre côté, parmi un certain nombre d'objets trouvés dans la tombelle que nous avons ouverte,

(1) Glossaire de la langue romane. — On trouve en norvégien le mot gamma signifiant tente et par conséquent habitation. (Yoy. Malte* Brun, Préâs de Géogr. wmers., tomeui, p. 496,not<i.)

C^) Gamaches et ses seigneurs , §. i et il

on voyait des pointes de flèches en fer et des éperons anssi en fer et dorés (1). Ceux-ci avaient , au lien de molette , nne pointe aigne, affectant la forme pyramidale. M. Tabbé Cochet en a trouvé à Envermeu ^ dans un cimetière mérovingien, et suppose qu'ils étaient adhérents à la semelle de la chaussure du guerrier. (2) La pointe ou l'aiguillon du n6tre était greffé sur une tige de fer demi-circulaire , semblable à celle de nos éperons modernes ; et il est remarquable que cette courbure s'adapte parfaitement au pied nu plutôt qu'à la chaussure.

Si, arrivant à Gamaches par la route départementale qui vient d'Amiens , vous descendez la rampe rapide qui court en serpentant sur les flancs du coteau , son aspect vous charme. Rien de gai comme ces verdoyantes prairies des deux vallées qui viennent là se marier » comme cette ligne sombre et imposante de la forêt , comme ces ondulations des côtea\ix mamelonnés qu'elle couronne. Le bourg s'appuie en demi-cercle sur la rivière de Bresle. De ces murailles , de ces tourelles qui l'enfermaient et le fortifiaient jadis , rien ne s'aperçoit de loin ; seule l'une des blanches tours du château s'élève encore orgueilleuse à gauche , tandis qu'à droite une haute et délicate cheminée à vapeur lance vers les cieux des nuages d'une fumée noire et épaisse. Les fossésf refonds, ouverts jadis au pied des fortifications, se montrent encore çà et là plus ou moins comblés ; et de ces murailles de tufs et de moellons qu'avait élevées au ii* siècle Bernard de St.-Yalery , on ne

(1) Voy. BulleL de la Soc. Antiq. Pic, tome ii, p. Î40.

(2) Revue de Vart chrétien , 1857 , p. 89.

reoeonlre plus que quelques débris enfouis sous leafbroa»* sailles. Ces murs s'appuyaient d'une part sur la riyière rapide et profonde alors , et de Tautre sur la forteresse qui complétait le système de d^ense.

Cinq portes donnaient accès dans la ville. Les ouvertures actuelles sont encore les mêmes. CTétafent les portes de Biangy et de Beauchamp situées aux extrémités d'une voie qui traversait Gamaches dans toute sa longueur , sous les noms de rue du Frien, Grande rue et rue Tompoiré, et qu'interrompait seulement, entre les deux premières , un profond ravin creusé par les eaux sauvages dans le canal de décharge de la Yimeuse , qui aboutissait derrière le château à l'un des bras de la Bresie ; puis encore les portes de Normandie et de Lambercourt placées aux points extrêmes d'une autre voie coupant la ville dans sa largeur, sous les noms de rues de Lambercourt et de la Chaussée; (1 )

(1) Voici les noms des autres rues. Le sens des unes est plus on moins facile à saisir ; celui des autres nous échappe.

1. Rue des Chevaliers. Son voisinage des murailles de la ville et de la porte d'Âbbeville fait donner à ce nom un sens guerrier. — %. RoB AUX Chevaux , ou marché aux Bribettes. On y fait ^depuis bien longtemps le marché aux juments, ou hrihettes (du mot bribe) en terme du pays. — 3. Rue du Lion. Le cadastre a ajouté d'or , à cause du voisinage de l'hôtel du Lion d'or. Notons qu'il portait autrefois pour enseigne : le Lion noir. — 4. Rue de l'Aigle , maintenant rue Neuve. — 5. Rus des Galletoires. — 6. Rue et ruelle DE LA Fontaine. — 7. Rue de l'Échevinage. L'hôtel des échevins qui était dans cette rue, fut brûlé en 1783. — 8. Rue du Beffrot, qui forme la continuation de la précélente. On ne sait quand a été

et enfin la porte d*AbbeTiHe ouvrant sur la vallée de Yisme , au bout de la rue de Glicourt qui longe la grande halle. Ne semble-t-il pas que la rue de Glicourt soit la corruption de la rue d'Hélicourt , village où elle mène d'ailleurs directement?

démoli le beffroy. — 9. Rue db l^Empesoir. — 10. Rue du Lurj- TENANT. — 11. Rue des Labidons , aUàs de Larydon. — 12. Grande ET PETITE RUE St.-Michbl. Elles Conduisaient à la chapelle et au cimetière de ce nom , contre les murs de la ville. — 13. Rue du Prieur. — 14. Rue des Maquereaux ou Macraux. — 15. Rue du Château. C'était autrefois un chemin conservé par le seigneur entre les masures et les remparts des fossés du château, pour la circulation de son caresse. (Voy. anciens titres et notamment Réunion fattte d'homme devant le Lieutenant au Marquisat , du 3 juin 1722.) —

16. Rue de l'Église, qui sert de continuation à la précédente. —

17. Rue des petits Moulins , qui court le long de la rivière de Yisme , sur laquelle , dès 1655 , le seigneur , en accensant les anciens fossés de la basse-cour du château , avait autorisé la construction de moulins à huile. — 18. Rue du Chenil ou Chiennil. Le chenil du seigneur était à Pextrémité de cette rue , au point où , dans les anciens fossés de la seconde enceinte ou de la basse--cour du château, on voit encore comme la base d'une tour , à l'angle des murailles que soutient une terrasse d'environ 3 mètres de hauteur. — C'est donc à tort que le cadastre de 1832 a écrit : rue auo; CheniUes^ en l'appliquant aussi à la suivante. — 19. Rue aux Énettes , à cause de la fréquentation des canards. — 20. Rue des Cordiers. — 21. Rue DU GRAND Moulin. Là était le moulin bannal appartenant au seigneur. — 22. Rue Vignette. — 23. Rue et ruelle de l'ërche (c'est ainsi qu'on le prononce encore aujourd'hui quoique le cadastre ait écrit V Arche, Selon I>. Grenier (Introduct. à Vhist. de Pk, p. 170), le nom celtique ou gaulois de la divinité de la terre était Ar ou Er : d'où les noms des viUages Erche , Ercheu et autres en Picardie). —

Le Dom de la rue du Frien vient , selon nous , dep'expression romane fries , fries , dont il n'est qu'une variante. Ce mot signifiait confins, alentours; d*où frie ou terre frie se disait d'une terre en friche , Inculte ;(1) ce qu'on nomme aussi riez. Il était d'usage dans certaines contrées de laisser autour des pièces de terre un peu étendues une lisière en friche , pour servir au pâturage. Dans le registre que nous allons citer , on voit des terres tenant au Frien des sablonnières , et les détails qui accompagnent indiquent bien une friche.

Un registre et état déclaratif des maisons et masures situées dans l'enclos de la ville , dressé en 1771 , conformément aux derniers aveux reçus par Pierre-Nicolas- François Hénocque, lieutenant au marquisat, constate 316 articles , dont les deux tiers environ bâtis de maisons. Le tout est indiqué sous la dénomination de masure , demimasure, tiers ou quart de masure, ce qui indiquait proba* blement une contenance superficielle déterminée. Suivent 824 articles de terres et de prairies hors de l'enclos, cellesci formantune contenance totalede 87 journaux (2) , et les

S4. Grande Place. — f 5. Place de la Moin'RB, à l'entrée des an* ciens viviers. — 56. Place Saint-Yves. Ce n'est plus maintenant , par suite de concessions faites tant par les seigneurs que par l'administration locale , qu'une rue très-courte , mettant en communication la grande rue avec celles de l'église et du château.

Nous ne savons pas où étaient le carrefour St.-Antoine et la rue des Gloutiers, qu'on voit cités dans des actes de 1605 et 1709.

(1) Glossaire de la langue romane , par Roquefort.

(t) Dans l'arrondissement d'Abbeville , sur toute la rive gauche de la Somme, le journal était de 75 verges, à SU pieds 8 pouces de Paris ; il est représenté aujourd'hui par 40 ares 66 C/Ontiares.

terres une contonaoee de iSO joumaui. Le tout était tenu et mouyant do marquisat de Gamaches, auquel ayaient été réunis les fiefs dits de l'Hétel-Dieu et d'Ootre-Feau. (1) Les propriétaires de ces 540 articles étaient au nombre de

Les censiyes en argent s*élevaient à 679 livres tournois ; celles en nature consistaient en 599 chapons et 63 poules. Une masure de la rue du Frien devait un verre à boire ; fauberge où pendait pour enseigne Timage St-Pierre , rue de la Chaussée , devait , le jour de Sl-Pierre , patron de Gamaches , rendre au château un verre à pied plein de vin ; une pièce de terre en prairie et en labour contenant 7 journaui , située à côté de la prairie de TÉpervier, devait, au jour de Nœl^ un pot plein de vin ; un jardin de la rue des Laridons devait fournir des balles et des battoirs au seigneur , toutes les fois qu'il lui plaisait de venir jouer à Gamaches ; eniin les échevins de Gamaches devaient f au jour de St-Nicolas d'hiver , un bouquet de fleurs rendu au château » pour 12 joumaux"de terre , partie en labour et partie en pâture , tenant aux fossés de la Tille et au chemin de Gamaches à Blangy. Nous avons lu ailleurs (2) qu'un autre censitaire devait, le jour de la fête

(1) Ce fief était passé des mains de messire Charles de Bucy en celles <leNicolaft-JoachimRouaalt,par acquisition faitele 113 décembre 1686 deyant de Paris , notaire. Toutefois la transmission n'avait pas été faite directement , mais par intermédiaire.

(2) M. Louandre, Hist. d*Abbeville , tom. l", p. 410. — Registre de la seigneurie de Gamaches , de 1456,

Dieu, donner deux chapeaui de roses : l'un pour le saint Sacrement et l'autre pour le prêtre qui le portait , et aussi parer d'herbe les rues du bourg de Gamaches ; c'est ce qu'on nommait en certains lieux \di jonchée.

On trouvait à Gamaches, en 1771 , outre le moulin à blé du seigneur , un moulin à foulon et quatre moulins à huile , dont l'un , appelé le Moulin rouge , avait autrefois servi à la fabrication du papier. Précédemment il avait existé nn moulin aux draps, incendié avant 1730 , et un au tan , aussi ruiné ou démoli. Nous avons encore remarqué trois articles situés dans la rue Vignette et la rue de la Chaussée vis-à-vis de l'église , qui , réunis autrefois» formaient le siège de la seigneurie d'Izancourt. Ils comprenaient ce qui compose aujourd'hui la demeure du notaire et celles de ses voisins , avec leurs dépendances.

En vertu de la coutume locale de Gamaches , lît-on dans le registre que nous venons de dépouiller , les masures assises dans l'enclos de la ville ne devaient , en cas de relief , que 4 deniers pour droit de registre , et en cas de mutation par vente ou donation 3 sols 4 deniers (1) de reconnaissance pour droit de saisine et de dessaisine. Hais la plus grande partie des tenanciers , dans les aveux

(1] Uart. 2delacoutumederéclievinagedel507dit: 16 deniers parisis pour la dessaisine et 18 pour la saisine', au total 34 deniers. (Yoy. Coût. loc. du BaiïUage d'Amens, publiées par M. Bouthors, tom. 1«'. p. 399.) Il semble qu'il y ait désaccord ou que le sol soit ici compté pour 10 deniers parisis.

seryis depuis près d'un siècle , avaient laissé périmer ce privilège , dans lequel le marquis de Gamaches , Nicolas- Joachim Rouault et son épouse Marie-Anloi nette de Loménie , les rétablirent par lettres du 25 janvier 1679.

Des terres et prairies qui ne relevaient pas directement du marquisat, mais bien d'autres seigneuries ou fiefs, étaient enclavées dans celles du marquisat. Elles étaient tenues de la baronnie de Longroy , de celle de Hellicourt et de la seigneurie d'izancourt qui y était réunie , des fiefs Ballant, Crimont, de Serival , (1) des chanoines de Gamaches , de l'abbaye du Lieu-Dieu , etc.

Le bourg de Gamaches occupe une étendue de terrain de près de 57 hectares.

Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit ailleurs sur l'organisation municipale de Gamaches. Seulement, nous complétons la liste des Maires :

I. GoiLLOT. 1791, 1806. yi. ScHRBTBa. 1817. n. Bourgeois. 1808. vu. Guillot. 1825-1830.

ui. Le même GoiLLOT. 1812. vm. Darst. 1830-1842.

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