VIII. HuRTEL , curé de Woincourt
IX, Bbgoubt, François-Joseph, curé du bourg d'Auit, puis d'Ouste, 1770-1784.
Nous ajoutons la liste des curés-doyens de Gamaches depuis la révolution. Après le concordat, le nouveau curé fut H. Laurendeau (1802), auquel succéda le 16 octobre 1810, M. Herbet, qui était vicaire lorsqu'avaît éclaté la révolution. II mourut à Amiens en 1829. Il avait
(1) Au xiii« siècle, les actes publics se passaient devant le doyen 4le chrétienté et le garde-«cel. (Garlier, Histoire du duché de Vaim , tome II , page 46.)
(%) C'est par erreur que dans la nomenclature que nous avons donnée [Gamaches et ses Seignetirsy §. xxv) des curés de Gamaches, nous les avons nommés curés-doyens : ce dernier mot doit être effacé.
été remplacé, dès le mois d*octobre 1885 , par H. De- UNNOY, que ses opinions avancées et certain discours politique firent remarquer en 1830. Sa belle conduite et son dévoûment pendant l'épidémie cholérique de 1832 , qui frappa si cruellement la population de Gamacbes , lui valurent la décoration de la Légion-d'Honneur. Il mourut au mois de novembre 18S3. Le 13 décembre suivant son panégyrique (1) fut prononcé par M. Deboubert , curé de la paroisse de Yisme. À M. Delannoy succéda , au mois de février 18S4 , M. Delasornb, doyen acluel.
Le prieur de Saint-Pierre et de Saint*Paul était patron présentateur à la cure de Gamacbes. Le revenu de ce bénéfice était de 25 livres au inv siècle , de 430 livres en 1692 , et de SSO livres en 1736. — Le revenu de la fabrique était, à cette dernière époque, de 150 livres , plus du produit de 6 journaux de terre, et en 1692 de 35 écus, outre le produit de 6 journaux de terre. Le prieur de Gamacbes et le commandeur d*Oisemont étaient grands déelmateurs de la paroisse.
Le prieuré avait pour patron Tabbé de Saint-Germer. Il produisait 800 livres en 1736, selon le dénombrement cité de ladite année. Cependant TËIat des paroisses de 1692 le portait à 1 ,000 livres. Expiliy met ces documents d*accord en le portant de 800 à 1,000 livres.
Le prieur devait droit de gtte (procuralio) (2) à Tévéque diocésain dès le xiir siècle.
(1) Imp. à Abbeville, par P. JBriez, sous le titre d'IUocutton. 1853* (Vj C'était une sorte d'imposition qui consistait en l'obligation de
loger et de défrayer l'évèque et sa suite. (Hist. des comtes d'Amiens,
par Du Gange, p. 379, 398 et suiv.)
La population de Gamaches , d'après le recensement de 1857, est de 1794 âmes. Il y avait en 1692 neuf cents cooimunianls , et 201 feux en 1762.
Il a existé à Gamaches une compagnie d*Ârchers qui avait pris pour patron, comme celles des autres villes de Picardie , saint Sébastien. Nous n'avons trouvé ni ses statuts , ni aucun document sur sa composition. Mais nous savons que le jardin où les archers faisaient leurs exercices était situé contre les murs de la ville , auprès de la chapelle et du cimetière SaintrMichel. Il porte encore le nom de Saint'^ébastien ; et dans le registre et état des censivesdu marquisat que nous avpns déjà cité, il est désigné sous celui de Jardin-des- Archers. Il appartenait à la ville , qui Ta aliéné en 1827, moyennant 967 francs. Sans doute notre compagnie du noble jeu de Tare était soumise à des règlements qui s'accordaient avec ceux que renouvela le 29 septembre 1733 Arnaud de Pomponne, grand mattre des archers de France, et que H. Janvier a si bien détaillés dans sa Notice sur les Archers et Arbalétriers des vUles de Picardie [l). L'existence d'une corporation d'archers à Gamaches n'a rien qui puisse surprendre , lorsqu'on sait k quelle race guerrière appartenaient nos seigneurs , et comment nos ancêtres , sous la conduite de Thomas de Saint-Yalery, se distinguèrent à Bouvines. M. Janvier n'a point cité la compagnie des archers de Gamaches, parce que, comme à nous , ses statuts lui ont échappé et que rien ne lui eo avait révélé l'existence.
(1) Mém, Soc, Ant. Pic., tome xiv, p. 134 et suiv.
•Notons aussi qn'on trouvait autrefois à Gamaches, parmi ses autres institutions charitables , quelque chose qu'il serait bien de rétablir : un chauffoir pour les malheureux. Il est question au compte communal de 1739-40 des réparations qui s'y firent à la suite d'un incendie,
L'ancienne mesure de capacité à Gamaches était le boisseau , qui se divisait en demi-boisseau et quarte (un quart de boisseau). Le boisseau contenait d'abord sept pintes et demie ; mais , par lettres signées du seigneur Nicolas Rouault , en date du 14 novembre 1614 , et à la demande des habitants, qui voulaient mettre leur mesure plus en rapport avec celle de la ville d'Eu , dans l'intérè du commerce des grains , la contenance fut augmentée de trois pintes, de manière que trois boisseau de Gamaches équivalurent à deux bdsseàux d'Eu.
Des difficultés divisaient alors les habitants et le seigneur relativement aux droits perçus sur le mesurage des grains , et elles avaient été portées devant le bailli d'Amiens. Mais , par une transaction devant Micquignon et Creton , notaires à Gamaches , en date du 29 décembre 1614 , il fut reconnu que le droit de mesure était dâ au seigneur pour le grain vendu ou acheté à Gamaches , à raison de trente boisseaux l'un, qu'il serait fixé pour l'avenir en argent , savoir à deux sols Iç septier de blé et d'avoine , et à seize deniers le septier des autres grains ; que ce droit était seigneurial , patrimonial et imprescriptibljB ; que d'un autre côté les habitants ne devraient aucun droit
sar les muisons (1) à eux payés , et qu'ils pourraient les jauger à leur propre mesure ; ea&u que les mesures seraient vérifiées tous les six mois par le mayeur et les échevins, en présence du procureur fiscal de la châtellenie, et marquées du sceau des armes du seigneur et de la ville.
Notons que le septier (2) contenait douze boisseaux , et que le boisseau de froment pesait 21 livres.
Le seigneur affermait le mesnrage des grains vendus sur le marché de Gamacbes. Cette location rapportait en 1 644 trois cents livres; en 1674, trois cent vingt-cinq livres ; en 1705 et 1717, seulement deux cent soixante livres.
En 1764, le blé froment se vendait à Gamacbes 11 livres? sols le septier; le blé muison 7 livres 18 sols ; Torgé 6 livres , et Tavoine 5 livres 2 sols.
Il existe à Gamacbes une Société de secours mutuels , fondée en 18S6 entre les ouvriers et les cbefs d'ateliers. Ses statuts ont été approuvés par S. H. l'Empereur, le 8 septembre 1856. L'activité industrielle qui règne dans le bourg depuis quelques années rendait cette institution q)porlune.
Nous avons dit ailleurs que le commerce de poterie avait à Gamacbes une certaine importance au xvii^" siècle. Celui des draps n'en avait pas moins sans doute , car le règlement général du mois d'août 1669, concernant les longueurs , largeurs et qualités des étoffes de laine fabriquées
(\) On nommait mutton le fermage qui se payait en nature, c'està-dire en blé maison ou mëteil.
(IK) D. Grenier (]!dss. paq. 24<') dit que le septier au blé de Gamacbes revient à quatre septiers d'Amiens , et le septier au mars à celui d'Amiens.
dans le royaume, s'exprime ainsi: «.... Les draps de Dreux , . . . Soissons , . . . Foucar mon t , A ncennes , Gamaches,... tant fins que moyens, doivent avoir une aulne de large , y compris les lisières , et 30 à 32 aulnes de longueur (1). n La preuve de la fabrication des draps à Gamaches se tire en outre d'une requête des Gouverneur, échevins et habitants de Senlis , du 24 octobre 1622. C'était du reste à raison de ce commerce que Gamaches , Ànsenne et Bailleul avaient leur halle à la célèbre foire du Lendit , à Saint-Denis , comme on le voit en une description en vers de cette foire , de la fin du xiii' siècle (2).
Le 14 octobre 1544, le roi François I"" se trouvait à Gamaches et faisait au prévôt des marchands et échevins de la ville de Paris concession d'un octroi sur Gamaches (3).
Au nombre des récentes améliorations matérielles du bourg , nous citerons l'éclairage des rues , qui eut lieu pour la première fois en 1847 (4).
(1) LeParfaitNégoeimUy par Jacq. Savary, 7» édition, 1713, lome !•', p. 74.
(2) Voici ce que dit le poète :
« . . .eis qui tous les autres père (surpasse) Ce sont li drapier que Diex garU VoQdrai nommer selon mon sens Toutes les villes par assens (ordre) Dont la foire est maintenue.
Monsiaos y mettrai
et après Pontaise ,
Gamaches , Bailleul et Ensene , i
Poroe que je ne mes-asene (je ne manque il rien).
Voy. HisL au Diocèse de Paris , par Tabbé Lebeuf, t. 3, p. 259.
(3) Mss D. Grenier, paq. 24«
(4) La ville d' Abbeville n'avait pas encore de réverbères en 1776, Voy. Àlm. de Ponihieu, 1776.
Parmi les lieux dits , nous avons remarqué ceux-ci : les Haies d'Ëcores ou d*Ococh (1) , le Frien » La Folie, La Nardière, les Croquettes, le Fond-du-Gomte , le Fond-Sain l^Nicolas, le Yal-de-Gloire, le Ghamp-des-Seurelies , le Ghemin-des-Prétres et le Camp-Dolent : cette dernière dénomination , qui se retrouve fréquemment et que nous verrons à Aignevitle et à Soreng , ne sersûl-elle pas rindice d'anciennes nécropoles , de eioftetières chrétiens ou païens (2) ? Non pas sur le territoire de Gamâches , mais à quelques pas du bourg , sur la gauche de la rivière , s'ouvre un petit vallon qui porte le nom religieusement poétique de ValléMie-Josaphat. N*y aurait-il pas aussi eu là autrefois un cimetière , comme dans cette vallée de Josaphat qu'on trouve en Grimée auprès de la ville de Tchioufout-Kaieh? (3)
Gamaches ressortissait à la prévôté de Yimeu.
Beaucbamp , ( Abbaye du Lieu-Dieu ).
À cinq kilomètres de Gamaches se trouve Beauchamp [Balcidmum, Balchen, Bauchen, Beauchen, Beauchain , Beauchlen). Nous avouons ne pas comprendre r^ ajouté par le cadastre, qui a écrit Beauchamps. Il est traversé dans sa longueur par la route de Paris à Eu , et bordé au sud-ouest par la Bresle. Gette ri-
(1) Voy. le fief dece nom cité au §. vin.
(2) Un emplacement de ce nom, dans TËare, recèle précisément beaucoup d'ossements et de cercueils en pierre. Yoy. Bull, Sœ, Antiq. Pic, 1. 1", p. Î71.
(3) Précis de Géagr&j^ie, par Malte-Brun, tome m, p. 445.
vièrc fait mouvoir une petite filature et trois moulins à blé sur son territoire^ et de plus, sur la rive normande, quelques autres et une belle filature de coton qui dépend de la commune d'Incheville.
La terre de Beauchamp a-t-elle donné son nom à l'illustre famille anglaise des Beauchamp ? Nous le supposons. Un seigneur de ce nom, Hugues de Beauchamp, suivit Guillaume-le-Gonquérant en Angleterre , ainsi qu'on le voit dans trois anciennes listes des conquérants publiées , Tune par André Duchesne , une autre par Leland, et la troisième en la Chronique de Bromton (1). Il fut même du nombre des mieux partagés, lorsque Guillaume récompensa les barons qui l'avaient aidé, puisqu'il reçut 47 fiefs, selon le Domesday-Book , espèce de registre-terrier de l'époque (2). Quoiqu'il en soit , cette seigneurie appartenait 'eh 1191 à Rogon, qui vendit à BernarddeSaint-Yalery 120 journaux de terre, pour y fonder l'abbaye du Lieu-Dieu (3) ; en 1247, à Bernard de Beauchamp et à Emeline , sa femme , qui firent quelque don à l'abbaye de Sery ; et en 1317, au sire William (Guillaume) de Bauchien , qui épousa la demoiselle d'Embreville qu'il avait enlevée. Poursuivi en cour de Ponthieu
(1) « Hivers et Rivel ,
» Beauchamp et Beaupel. »
Voy. Augustin Thierry, Conquête de V Angleterre, tome 1«% p. 452, 455, 458.
. (2) Hist, d'Angleterre, par David Hume, traduct., tome 1«^ p* tn, et tome 3, p. 308. /
(3) fwaUia christ. , \om. \, instrura. Eccles. Ambian., col. 329, LU.-
pour crime de rapt , il fut absous , personne ne s'élanl présenté au duel judiciaire (1 ). En 1 323 on voit un Jehans de Bauchien , puis Jacques.
Celui-ci eut pour flls et successeur Charles, seigneur de Bauchain , de Lambercourt , de Namps près Ardre , de Montigny, d'Ânceville, etc., marié à Jeanne, dame de Cantepie et de Recourt. Leur fille unique Âlips (ou Alix), porta en mariage la terre de Beauchamp à Huë (ou Hugues) Bournel de Thiembronne , chevalier, avec lequel elle vivait en 1417, dit le P. Anselme. Ce Huë Bournel parait être le même que celui qui , avec un chevalier et douze écuyers, suivit le roi Charles VI en Flandre, le ii août 1383 ; servit sous le seigneur de Saveuse à Ardres, du 1^ mars 138S au 31 juillet suivant; se trouva à Amiens le 2 septembre même année , avec deux chevaliers et 17 écuyers , lors du projet de descente en Angleterre , et fut capitaine de la ville et du château de Rue , en 13M et 1395. Son père, Pierre Bournel, seigneur de Thiembronne , avait épousé Isabeau de Yilliers. Celui-c{ avait eu pour père Jean Bfiurnel, seigneur de Puissenx, qui vivait en 1330, et pour mère Jeanne, dame de Thiembronne , dont le nom fut uni désormais à celui de Bournel. On voit Enguerran Bournel devant Damiette, en 12i9. Cette famille portait : d'argent à un écusson de gueules en cceur, et en orle 8 papegaux de sinople, membres et accolés, de gueules (2).
(1) M. Marnier. Cmitumier inéâit de Picardie, p. 56.
(2) P. Anselme, Généal. des grands officiers de la couronne, etc., t. 8, p. I5l. — Galeries kistoriq, de Versailles, t. vi, î« partie, p. 328.
Louis Bournel de Thiembronne , fils de Huë et de Alips de BauchaîD , avaU d'abord , avec son père , suivi le parti du duc de Bourgogne» mais il le quitta bientôt et se saisit de la ville et du château de Gamaches , d'où il faisait de fréquentes courses sur les Anglais, avec son frère Charles, seigneur de Lambercourt. Fait prisonnier dans une rencontre près de Mons-en -Yimeu (1121), il paya rançon et rentra à Gamaches, qu'il fut forcé de rendre à Warwick en 1422. De sa femme , Marie-Louise de Groy, fille de Jean , sire de Groy et de Renty, grand bouteillier de France, et de Marguerite de Graon , il eut Jean , deuxième du nom , chevalier, conseiller et chambellan du roi , qui fut fait lieutenant de la ville et du château de Sainte- Menehould, le 30 janvier 1161 , et qui épousa Julienne de Monchy^ fille unique de Pierre , seigneur de Monchy, gouverneur de Saint-Omer, et de Jeanne de Ghistelles. Leur fils , Louis II de Thiembronne , seigneur de Bauchain et de Monchy, chevalier, fut conseiller et chambellan de Louis XI en 1463, et son pannelier en 1465. Il épousa Guillemette de Melun , fiile de Jean de Melun , seigneur d'Anlhoing et d'Ëpinoy, et de Marie de Sarrebrnche (1), dont il eut plusieurs enfants , entre autres Marie , dame de Ploïch , qui devint héritière de sa maison par la mort de ses trois frères , dont le dernier vivant (Loys Bournel) est qualifié baron de Beauchamp en 1541 (2), en des lettres du roi François P', que nous rap-
(1) P. Anselme, op. cit., t. 5, p. 230; t. 8, p. 536.
(2) Trésor des Chartes, reg. 256, n» 32. — M. Cocheris, Catalogue des Mss. conservés à la Bibliothèque impériale, Mém. Soc. Antiq. Pic, t. XII, p. 269.
pellerons tool-à-rheure , et de baron dlncheville en 1839, selon Tinscription sur la cloche de Téglise de ce lien. Il fut bailli d'Amiens, épousa Marie d'Ailly, et mourut en 1549. Marie avait épousé Jean de Soissons, seigneur de Moreuil et de Poix , fils de Jean de Soissons et de Jeanne de Graon. Leur fille unique , Jacqueline de Soissons , fut mariée à Aloph Reuanlt, deuxième du nom, en 1587. La terre de Beauchamp passa ainsi dans la maison de Rouault. Aussi, depuis 1549, Thistoire féodale de Beauchamp se confond-elle avec celle de la seigneurie et du marquisat de Gamaches.
Un châleau*fort existait sur l'emplacement où les sires de Rouault bâtirent le château moderne dont ils faisaient leur demeure habituelle. Nous avons vu , il n'y a que quelques années, achever la ruine de Tune des tours, près du chemin qui longeait le parc vers Test, et qu'avait suivi sans doute ce rapteur de la demoiselle d'Ëmbreville , dont les domaines touchaient aux siens.
C'est dans le château de Beauchamp que mourut Nicolas-Joachim Rouault , le 24 septembre 1689 (1), comme on le lit aux registres mortuaire de la paroisse. Sa dépouille mortelle , revendiquée à la fois par le curé de Beauchamp et par les chanoines de la collégiale du château de Gamaehes , fut enlevée pendant la nuit par M. Bénin , l'un de ceux-ci , qui l'inhumèrent le 4 octobre dans leur chapelle , lieu ordinaire de la sépulture des sei-
(1) Cest donc à tort et sur an fiiax renseignement, puisé dans Moréri, que nous avions contredit [Gam, et ses Seign.^ § xxn) la date donnée {mit le P. Anselme , qui ne s'était trompé que de mois.
gneurs. N.-J. Rouauli ayait été créé chevalier de Tordre du Saint-Esprit (1), dans la promotion faite à Paris, en l'église des Augustins , le 31 décembre 1661.
La seigneurie de Beauchamp était tenue noblement en foi et hommage de la seigneurie et châtellenie de Gamaches. Le seigneur de Beauchamp avait toute justice haute , moyenne et basse. Selon la coutume locale, datée du 19** jour de septembre de l'an 1507, insérée au recueil de M. Bouthors (8), les hommes-liges du seigneur étaient passibles d'amende , en cas de mauvais jugement : <c Pour » l'exercice de sa justice, il a bailly, sergents et officiers, » court, hommes-liges jugeant en péril d'amende de lx » livres parisis à luy appliquer, et que lesdits hommes i> sont tenus luy payer tous ensemble , quant ils font , en i> sadite court, aultre que bon jugement en cas criminel ou » civil. D Cette disposition est assez curieuse.
On ne doit pas douter <\ue la munificence des seigneurs s'exerça envers les habitants de la paroisse qu'ils habitaient. Des preuves , échappées au vandalisme et à l'irréligion del793,subsistentencore aujourd'hui. Nous voulons parler d'un magnifique reliquaire et d'un ornement d'autel. Voici ce que porte in fine l'un des registres aux décès : <K Le 24 juin, jour de saint Jean-Baptiste 1751, trèshaute et très-puissante dame Jeanne^Gabrielle de La Motte Houdencourt, épouse de mcssire Charles-Joachim Rouault... a donné en aumône : un ornement de drap de Sicile , relevé à fleurs d'argent , avec l'étole , le manipule,
(1) P. Anselme, op. cit., t. ix, p. 206.
(2) Cmtwnes locales du bailliage d'Amiens , 1. 1®', p. B83.
le voile et deux coussîos de pareille étoffe ^ doublés de taffetas blanc. » Le poids de cet ornement le rend trèsgênant, aussi s'en sert-on très-rarement*
Quant au reliquaire , il est de beaucoup plus ancien. On en ignore Forigine. L*écu du donateur sans doute est peint sur le pied; il porte: demirgironné de gueules et d^azur, bordé dor, au chef iargenty chargé de trois couronnes de gueules. Ce reliquaire est en argent doré d'un trèsbon style ogival. Son poids est de 1 kilog. 375 gr. , sa hauteur de 5Q centimètres. Dans 28 petites cases sont déposées les reliques de divers saints. Au centre une croii en bois de la vraie croix, et dans ses quatre angles : de vestibus xpi; de sudario xpi: de l'espoge xpi; de sepulcro xpi. Sous deux clochetons latéraux on remarque : d*un côlé la statuette de saint Jean, tète nue, cheveux et barbe frisés , Tagneau sur la main gauche, le manteau relevé sur le bras droit ; de Taulre côté une statuette barbue , dont la main droite semble avoir tenu quelque chose autrefois , peut-être les clefs de saint Pierre ou le lis de saint Joseph ; Taulre main soulève son manteau, sa tète est nue. Dans une niche centrale entourée de quatre arcatures subtrilobées et surmontées d'un fronton triangulaire garni de crochets , est la vierge Marie , couronnée d*un diadème , portant sur le bras gauche Tenfant Jésus, dont la tète nue est frisée. Il étend par derrière sa main sur la chevelure longue et pendante de sa mère. La main droite de la Yierge a tenu probablement un sceptre ou un lis, car on aperçoit le vide où passait la tige. Au-dessus du clocheton principal en forme de pyramide , on voit
ififiniiirrâ W U0i)rirtf i)ps Jliitiijuairfs îip^iffl|-iiif.
REIIOIIÀIKE DE BË.UCUAMP.
l'archange saint Michel , tenant une arme , ou plutôt un étendard brisé ; ses aîles sont presque entièrement disparues. Les yètemenis de toutes ces statuettes ont une certaine ampleur et sont bien agencés. En résumé, ce reliquaire est d*un très-bon goût. Il nous semble du xn" siècle. ( Voy. Planche ii.)
L'église de Beauchamp est dédiée à Saint-Martin. Elle n'a rien de bien remarquable et se trouve en assez mauvais état. Ses fenêtres sont ogivales, ébrasées à Tintérieur, sans aucune ornementation. Il n'existe point de bas-côtés. Une petite porte latérale s'ouvre en ogive, de même que le portail. Aux côtés de celui-ci s'élèvent des contreforts avec larmier à mi-hauteur. A gauche de la nef sont des fonts baptismaux monopédiculés, affectant la forme d'un calice. Ils sont d'un seul morceau de pierre taillée en hexagone. La cuve est décorée de flammes ogivales , de pampres de vigne garnis de leurs feuilles et de raisins. L'autel est de style néo-grec (renaissance). Esl-ce, comme on le dit , une dépouille de Tabbaye du Lieu-Dieu ? N'est-ce pas plutôt l'objet du don de l'un des curés que nous allons rappeler? Le tabernacle et la gloire sont gracieux. Les flambeaux en fer qui les accompagnent figurent une tige garnie de feuilles accolées , découpées avec une certaine légèreté.
Le cimetière est séparé de l'église , mais situé dans le centre du village.
La paroisse de Beauchamp avec Embreville» son secours, formait un bénéfice dont le revenu portait en 1692 sur 20 journaux de terre et un tiers de la dtme sur
Beauchamp. Ce revenu s*élevail en 1736 à 700 livres. Au xiii' siècle il n'était que de 1 6 livres. Mais la livre d'alors valait environ 40 fr. de notre monnaie. Les patrons-présentateurs (1) étaient les deux chapelains de Saint -Jean-Baptiste retrd ckarum de la cathédrale d'Amiens, qui prenaient toute la dtme du secours. Celle de Beauchamp appartenait au curé , au prieur de 6amaches et au prieur de Senarpont , par tiers.
Voici la liste des curés dont les noms se sont rencontrés dans nos recherches :
I. BoâQOAiLLE. 1507. Il sigDa la coutuma du lieu , ioi's de la rédaction en cette année.
11. Bernard, Jeao , natif d'Amiens. 1668. Son nom disparaît des registres, on ne sait pourquoi, pendant deux ans, du mois de janvier 1686, au mois de mai 1688; il est alors remplacé par le suivant.
m. Bbaugrand. 1686-1688.
IV. Bernard, Jean, reparaît (mai 1688). Il mourut en 1706 et fut inhumé le 13 novembre. Eu 1692 il avait, selon le registre-pouillé ms. du diocèse d'Amiens ,
(1) Le patronage appartenait de droit à celui qui avait bâti l'église dans ses domaines et l'avait dotée. Ce droit était réel, immo^ bUisé à la terre sur laquelle l'église avait été élevée. — Le patronage conférait le droit de présenter à l'évèque l'ecclésiastique qui devait remplir la cure% — Quand le patronage se trouvait appartenir à un corps ecclésiastique, les religieux ou chanoines, patrons de la paroisse rurale, en percevaient les dîmes en totalité ou en partie, et le curé était rétribué au moyen d'une rente fixe appelée portion congrue et d'ordinaire assez légère. (Voy. M. J. Gauvet, du Droil de patronage ecclésiastique en Normandie , dans ies Mém. Soc. Antiq. Norm;, t. xx, p. 349 et suiv.)
51 ans, et il jouissait encore d'autres bénéfices : uue chapelle à Encre (Albert) , uoe à Mailty et une à Fricamps. — La paroisse avait , à la même époque , deux prêtres approuvés , Tun à Beauchamp et l'autre à Embreville.