VI. Sellier , Denis. 1806- xii. M. Gandon, Camille, en
1815. exercice depuis 1847.
Les registres de Tétat civil de Beauchamp remontent à Tannée 1626. S'ils ont été préservés des causes nombreuses de destruction qui en ont dévoré tant d'autres, on le doit au zèle d'un habitant du lieu, qui les a reliés par volume de dix années. Il a de plus, par un acte de patience des plus utiles, dressé des tables alphabétiques annuelles.
Beauchamp eut-il jadis plus d'importance que de nos jours, ou bien ses seigneurs essayèrent-ils en vain de lui en donner? Quoiqu'il en soit, par lettres datées de 1493, Charles YIII, à la demande du seigneur, établit à Beauchamp deux foires et un marché. François P' renouvela ou confirma cette concession, à la demande du chevalier Loys Bournel, baron de Bauchien, en mars 1541 (1).
(1) Trésor des Chartes, Reg. «26, n« 718, cl Reg. 256, n* 32. — M. Gocheris, loc. cit. — D. Grenier dit que c'était un marché men-
C'est pour cela peut^tre qa*en 1604 Beaachamp était qualifié 6<Hir9 (1).
Nous ne parlerons que pour ordre de Tancienne abbaye du Lieu-Dieu (Locus-Dei) de l'ordre des Gtteaux, qui dépend aujourd'hui de la commune et de la paroisse de Beauchamp. Son histoire a été faite par M. l'abbé Cochet (2) et par nous (3), aussi complète que possible en Tabsence des titres et des chroniques de l'abbaye. Nous ajouterons, d'après le regislre-pouillé des paroisses» Ms. déjà cité, qu'en 1692 l'abbé avait 3,500 livres de revenu, demeurait en l'abbaye et portait la cravate (4), et que le revenu des religieux était de 2,000 livres et 65 setiers de blé. Piganiol de La Force donne le même revenu à l'abbé au milieu du iviii' siècle, avons-nous dit ailleurs : cepen* dant le Recueil général de tous les Bénéfices, publié en 1690, par J. Le Pelletier, le porte seulement à 3,000 \iYte»;laClefdugrandPouilléde France, par Doujat,
sael(Ms., p. M) et cite les registres du bureau des finances d* Amiens, constatant la publication de ces lettres. Nous aurions voulu y vérifier le fait, mais malheureusement ils n'existent plus aux archives départementales.
(1) Testament devant Depoilly, notaire royal, dans les Arch. de la fiibrique de Dargnies.
(î) Notice sur le Lien-Dieu, Mém. Soc. Antiq. de Pic, t. ix, p.
ao3.
(3) Gamaches et ses Seigneurs, § viu. Mém. Soc. Antiq. Pic, t. xiii, p. 99.
(4) Nous ne savons ce que signifie cette expression. S'agit-il de <iuelque ornement de distinction , comme est Paumusse des chanoines , ou veut-on dire par là que Tabbé était laïc ?
publié en 1671, à 4000 livres, etc.; et M. Roger (1), à 4,600 livres en 1772, et la taxe en cour de Rome à 240 florins. On le voit, rien n'est moins certain que ces sortes d'appréciations. Ce n*est que dans les titres deTabbaye que nous pourrions trouver la vérité* Ajoutons que !*abbé devait droit de gtle à Tévèque au xiii' siècle.
Celte abbaye, fondée sur un terrain donné par Rogon de Balchen , nous parait avoir pris la place d*un ancien établissement gallo-romain. En effet, parmi les débris que couvre le gazon des herbages, on rencontre fréquemment des monnaies romaines. D*un autre côté, en construisant en 1850 le moulin à blé de M. de Férolles, les ouvriers ont rencontré [Plusieurs pierres chargées d'inscriptions , qu'ils ont malheureusement employées dans les fondations avant que nous en eussions eu connaissance. Peut-être sont-ce des pierres tumulaires des religieux, et y eussions-nous découvert des noms inédits d'abbés; car, bien que nous ayons ajouté à la liste de la Gallia ehristiana, nous n'avons pu la compléter.
Beauchamp ressortissait en partie à la sénéchaussée du Ponthieu et en partie à la prévôté du Yimeu. — Le Lieu-Dieu était en Yimeu.
BouTivcouRT ( ride , St-Hilaire et Cantepie).
Si partant de Beauchamp l'on descend la vallée , bientôt on rencontre le village de Bouvincourt { Bouvaincourl,
(1) Archkes de Picardie^ p. 164.
Bovum ou Bwma eurtis). C'était autrefois une paroisse en quelque sorte complexe , c'est-à-dire composée , outre Bouvincourt proprement dit , de Gantepie , St-Hilaire et risle. Ces divisions de fiefs et de seigneuries faciles à distinguer alors , sont imperceptibles aujourd'hui. Tout est réuni et se confond en la commune de Bouvincourt. Ces diverses seigneuries étaient possédées par des seigneurs dîfiEërents : débrouiller les terres et les habitations qui relevaient de chacun d'eux , serait un travail long et pé* nible , sinon impossible , et d'ailleurs sans grande utilité.
La seigneurie de Bouvincourt était un fief noble, tenu du roi à cause de son comté de Ponthieu et qui consistait, nous dit D. Grenier , en un châtel , avec basse-cour , les fosses , la rivière, les pecqueries et les raques (probablement les marais ou les prés, qu'il désigne ailleurs et dit être d'une contenance de 30 journaux] , 11 journaux de terre en labour , un bois de 320 journaux , un moulin à eau , un four banal , le champart ou terrage d'Oust , des censives sur des masures en grand nombre. Les mouvances en arrière-fief étaient au nombre de six.
Nous trouvons, vers 1380 , Agnès de Gayeu , dame de Bouvincourt et de Meneslies-cn-Yimeu , qui avait épousé Hugues , seigneur de Soyecourt , de Franvillers, de Torsy, de Yerton , etc. Celui-ci vendit ces deux terres de Meneslies et de Bouvincourt à Marie de Berry, comtesse d'Eu, (1) à cause de son mari Philippe d'Artois. Cette vente eut lieu probablement après la mort de celui-ci ,. arrivée en Orient l'an 1397. De ses descendants comtes d'Eu , ducs
(l) p. Anselme , op. cit., t. 8 , p. 523.
de Neyers , la seigneurie de Bouvincourt passa aux Olivier, puis, par ycute, en 1584, aux Rouault, qui la possédèrent jusqu'à la révolution.
En 1588 Joachim de Bellengreville , marié à Claude de Harlcourt, se qualifiait sieur de Bouvincourt etde la Cour du Boys qui était un fief voisin ; (1) nous n*avons pu établir pourquoi.
Le fief de St-Hilaire était situé au terroir de Tlsle. Il fut acquis de N. Divessen , par la confrérie de Notre-Dame du Puy , érigée en la cattiédrale d* Amiens , avec celui de NoUette près de Noyelle-sur-mer , moyennant 1200 livres, comme on le voit en un compte où Jehan Dardre, prévôt de la confrérie , fait figurer cette somme en dépense. Ce compte n'est point daté , mais Texercice de ce prévôt datant de 1502-1503,(2) fixe bien l'époque de Tacquisilion. En 1587 Claude de Dourlens , notaire royal à Gamaches , et en 1 605 Jehan Rifflard , receveur du village de Bouvincourt, prenaient à ferme le fief de St-Hilaire , qui consistait , selon ce dernier bail , en 8 journaux 30 verges de bois , en rentes , chapons , poules , œufs et autres droits. Le 12 décembre 1616,^ ce fief estimé à la somme de 1779 livres 6 sols 6 deniers fut vendu par la confrérie du Puy à François de Frieucourt , écuyer , sieur de Thully et à son fils aîné François. En 1632 Claude de Frieucourt est dit seigneur de Thully , de Tlsle et de
(1) Gamaches et ses seigneurs , g xi.
(2) Jehan Dardre était conseiller au bailliage. Voy. Confrérie de Notre-Dame du Pw/ , par M. Breuil , aux Mém. Soc. Antiq. de Pic.j t. xui , p. 509 , 516 , 638.
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St-HUaire. En 1640 , des poarsuiles en dessainssemenl étaient exercées contre les détenteurs, probablement parce qu'ils n'avaient pas payé leur prix , et la Confrérie , sans en attendre Tissue, revendait le 17 avril à Jehan Meslyer, sieur des Coutures. (1) Mais il est présumable que cette vente ne fut pas maintenue > car nous voyons les membres delà famille de Frieucourt ou Friaucourt conserver le titre de seigneurs de St-Hilaire. (2) Nous citerons Nicolas de Frieucourt, qui mourut le 29 juillet 1 701 , et son fils messire Somon de Frieucourt , qui épousa le 18 Janvier 1701 demoiselle Marie-Françoise deDompierre, en Téglise paroissiale deCantepie et St-Hilaire. Le 7 septembre 1728 mourut leur fille, demoiselle Antoinette de Frieucourt, dame de risie, St*Hilaire et autres Heux , qui parait avoir épousé messire de Fontaine et avoir transmis ses titres à ses descendants. La famille de Frieucourt portait: d'argent à un chefyron de gueules, accompagné au canton dextre de 3 tourteaux de même, ietl ; au canton sénestre et en pointe, de 3 billettes de sable , aussiit et 1 en chef, etleti en pointe. Supports, 2 lévriers. Cimier, 1 lévrier naissant. En 1733 figure messire Pierre-Hubert de Fontaine, chevalier, chevau-Ieger de la garde du roi, seigneur de Tully-Ponthieu, de Neslette, Tlsle, St-Hilaire et Dargnies , qui mourut le 3 juillet 1764 , à Tâge de 67 ans , et fut inhumé en la même paroisse de Cantepie ; et en 1784 messire Charles-Philippe Aymard , chevalier , marquis de Fon-
(1) Ârch. départemeat. de la Somme, Liasse SWHilaire.
(2) Arch. municip. , passim, — Il est remarquable que vulgairement on prononce encore Frieucourt.
taine, maréchal des camps et armées du roi , seigneur de llsle » de Sl-Hilaire et d'autres lieux , demeurant en son chftteatt à Moulins , comté de Tonnerre.
Dans Tun des grands-r61es de Normandie , celui de 1198, (1) on voit figurer Raoul deCantepie. Nous yenous de citer une dame de Gantepie , mariée à un seigneur de Beauchamp. En 1731 , messire Louis-Marie de Créquy , chevalier , marquis de Hesmond , demeurant en son château de Hesmond-en-Ârtois , était qualifié seigneur d*Âouste et de Gantepie. (2) Les fiefs du petitdantepie et du Ghellier , (3) situés à Gantepie , relevaient en 1708 du marquisat de Gamaches. Y aurait-il quelque rapport entre ce nom de fief et le Gantepie ou Gatepie , paysan , chef d'insurrection populaire contre les Anglais au xv* siècle ?
L'ancien château-fort de Bouvincourt est entièrement ruiné. En 1848 on a démoli un reste de tour qui subsistait encore dans un terrain nommé rancien château » et des fouilles ont été pratiquées par le propriétaire , afin d'extraire des pierres de taille. Il en a recueilli un assez bon nombre et aussi des pavés vernissés , sur lesquels on voit des fleurs , ou un lion rampant à droite. Des parties de murailles que nous avons mesurées portaient encore cinq mètres d'élévation. On rencontra deux caveaux,
(1) Voy. MagtU rotuli , édités par MM. Léchaudé d'Anizy et Charma, aux Mém. Soc. Antiq. Norm., t. xvi, p. 20.
(t) Arch. de la fabr. de Beauchamp.
(3) Un lieu portant ce même nom existait au fiaiuboarg de Planches à Ahbeville. (Voy. Notice swr les rues d'AbheoiUe » par M. Prarond, p. 10.)
doDl Tun de 1 mètre 70 eentim. carrés , et l'antre plus petit. Une chaumière construite sur les ruines est adossée contre un pan de muraille en pierre du pays (moellon) , dans lequel sont ouvertes » Tune près de l'autre , deux baies ogivales d'un bon style, et au-dessus deux meurtrières. Les soubassements du mur sont en silex taillés.
L'église de Bouvincourt est dédiée àSt-Hilaire. Jusqu'en 1716 elle fut appelée paroisse de Gantepie, deSt-Hilaire et de risle , et depuis lors paroisse de Bouvincourt ou de St-Hilaire deBouvincourt. Ce n'est plus maintenant qu'une succursale de la paroisse de Beauchamp. Cette église est de construction très-ancienne , de l'époque dite de transition. Elle a été élevée en la seigneurie de Gantepie. On y pénètre par un porche ou vestibule à deux entrées ogivales^ l'une au Nord, l'autre au Sud. Â cet endroit l'épaisseur des murs est de 1 mètre 70 centimètres. Ils supportent une tour romane, carrée, à 4 étages. Ce porche était voûté jadis. On aperçoit encore aux quatre angles Textrémilé des retombées de la voûte. Au deuxième et au troisième étages du clocher sont dos espèces de meurtrières; au quatrième étage trois fenêtres, et au fronton une sorte de lucarne : le tout à plein cintre. Des modillons ornent le haut de la tour, vers la naissance du toit. Celui-ci est de la forme qu'on nomme en bâtière. Au Sud, h la
lonction du clocher et de l'église , il existe un reste de tourelle ronde , dans laquelle une meurtrière est ouverte carrément. Du porche on entre dans Téglise par une porte à plein cintre , ornée de boudins et de cavets alternatifs et en retraite. L'église a la forme de la croix latine : les
deux feoélres des croisillons sont ogivales , entourées d*un tore (xiii* siècle). Les cinq fenêtres du chœur sont en lancette , alternativement à plein cintre , ou légèrement ogivales , inégales , environ sept fois plus longues que larges. Le sanctuaire est en cul-de-lampe. Le chœur est séparé par un grand arceau de la nef, que quatre travées ogivales divisent en trois parties , c'est-à-dire de manière à former deux collatéraux. La retombée de leurs voussures repose sur des colonnes cylindriques de belle proportion , dont les chapiteaux sont ornés soit de pampres et de rinceaux , soit d'une cordelière alternativement simple ou dessinant une natte. Le bas-<^té , au Nord , est comme voûté en panneaux de bois sculpté. Des tètes non grimaçantes forment rexlrèmité inférieure de bandeaux ornés de moulures , qui divisent chacun de ces panneaux. Leur sculpture, maintenant bien dégradée, nous a semblé avoir un certain mérite. Ce même collatéral présente extérieurement trois blancs-pignons , dont un plus élevé est l'extrémité du transept. Les autres feraient supposer des chapelles qui n'existent pas. Cette particularité se remarque à St-Étienne de Sery et aux églises Notre-Dame d'Envermeu et de Lillebonne. (1) Les fenêtres qui y sont ouvertes annoncent une construction du xv'' siècle. Il en est de même de la porte latérale , dont le cintre est en anse de panier. L'archivolte est garnie d'un ruban enroulant une torsade de fleurs et de fruits. Au-dessus est une fenêtre surmontée de l'agneau , image du Christ,
(1) M. Cochet, Eglises rurales de l'arrond. de Dieppe , p. 176; — Eglûes de Varrand, du Uénre , t. % , p. 1S5.
sculpté en bas-relief. 11 soutient du pied une croix , à laquelle flotte un petit étendard , vers lequel il se retourne. Dans le fond des collatéraux on voit des bancs en pierre, comme dans l'église de Gamacbes. Nous avons trouvé aussi une similitude complète entre le bénitier de Gamaches et les fonts baptismaux de Bouvincourt. Ceux-ci consistent en une cuve de pierre dure ayant la forme d'un mortier, dont la hauteur comme la largeur sont de 80 centimètres. Remarquons que les cintres du porcbe et les soubassements du clocher et des anciens piliers sont en tuf.
Le cimetière entoure Téglise. Le presbytère tenait au clocher : de tristes ruines en indiquent la place.
Voici la liste des curés depuis 1688 environ :