VU
BuiovT (Grand SeWe , Petit SeWe),
Buigny (BugniacumJ est un nom que portent plusieurs villages du département de la Somme. Les paysans prononcent Baigny. Que signifie cette terminaison gny ? Dans Tune de ses lettres sur l'origine des noms de lieux, adressées à la Société des Antiquaires de Normandie (1) , M. de Gerville dit que cette finale est celtique et indique le voisinage de l'eau. H faut avouer que cette étymologie n'est guère appuyée par la terminaison de deux noms de villages de notre canton : Buigny et Dargny , qui préci* sèment tous deux sont au milieu de la plaine , loin de tout cours d'eau.
(1) Voy. Mémoires de la Soc. des Ant. de iVorm., tome xiii, p. 275.
Buigny-iis-Gamaches était une petite seigneurie qui consistait en 85 journaux de terre , en champarts et en censiTes. Elle appartenait au marquis de Rouault-Gamacbes. On n'y remarque rien qui indique remplacement d'an ancien chftteau.
Les champart et droit de don qui appartenaient au seigneur sur le terroir de Buigny et en partie sur les terres du haut de Hélicourt» étaient affermés en 1785 à Pierre Devillepoix , fermier de Grand-Selve , inoyennant une redevance annuelle de 420 livres.
Buigny était tout en Ponthieu , selon Delgorgue , et partie en Ponthieu , partie en Vimeu , selon Ricart (1).
L'église ou plutôt la chapelle de Buigny qui fut bâtie , dit-on , par les marquis de Rouault, est en briques et très^ défectueuse. Elle est dédiée à sainte Madeleine. C'était anciennement un secours de la paroisse d'Hélicourt ; et depuis 1808 elle était sans titre et réunie à Embreville. Elle a été érigée en succursale en 1850. Aussi son histoire religieuse, distincte des paroisses dont elle adépendu, estelle bien courte. Son premier curé nommé en décembre 1850, fut M. Yttlfran Magnier. Il a été remplacé en 1856 par M. Célestin Bruyer, titulaire actuel. De ses vicaires anciens nous avons trouvé :
I. Dblattre, Charles-Antoine. 1768-1771. — ii. Poiebb. 1790-1793.
Le territoire de Buigny contient 477 hectares. Sa population est de 486 âmes, d'après le recensement de 1856, et le nombre de ses maisons de 124. Il n'était que de 44
(1) Voy. leurs ouvrages cités au § iv.
en 1703 et on y comptait 723 journaux de terre. En 1763 il y avait 60 feux, plus trois aux fermes : le nombre a par conséquent doublé depuis.
Dans la soirée du 9 janvier 1823. un violent incendie consuma 26 maisons. La perte fut évaluée à 119,000 fr.
On compte dans Técole 29 garçons et 23 filles.
L'impôt foncier s*élève h 4,415 francs et Timpôt mobilier à 725 francs.
I^iOS principaux lieux dits sont: le buisson pouilleux , le chemin de Tannoy , la chaussée Brunehault.
La commune a eu pour Maires :
I. Testu, Pierre, de i'ao ix à 1808. — ii. Devillepoix, Modeste. 1808-1810. — m. Devillepoix, François. 1810- 1815. — IV. HoLLEviLLB, Pierre-Louls. 1815-183%. — v. Le même Dbvillepoix, François. 1832-1848. — vi. Devillepoix, Alexandre. 1848-1855. — vu. M.. Dqp&un, Nieolas-Théophiie, en exercice depuis 1855.
Gatien Sandras de Gourtils , auteur de romans publiés sous des titres historiques , tirait son origine de Buigny, quoique né en 1644 à Monlargis selon les uns, et selon d'autres à Paris , où ses parents se trouvaient alors. Son père, ancien valet de chambre, puis receveur du cardinal de Bentivoglio , abbé commendataire de St.-Valery , était natif de Buigny , qu'il habita d*abord. 11 se fixa ensuite à Paris , où il s'était marié. Peut-être élait-il de la famille des Jehan et Guillaume Sandraps , mayeurs de Gamaches en 1624 et 1647 (1). Le nom de Gourtils fut ajouté par notre écrivain à son nom patronymique pour se donner
(1) Yoy. Gamaches et ses seigneurs , §. xv.
un litre dans le monde où il était répandu. Il fut eofermé neuf ans à la Bastille , par ordre du Roi , pour ses publications scandaleuses (1 ).
Petit«8elve, ferme séparée des aulres habitations groupées de la commune, faisait partie des domaines du marquis de Gamaches et était régie par la coutume de Pontfaieti.
Grand-Selve ( Grand Sèvre , Grand Seuve , Grandis Silva (i) , était une ferme voisine , mais beaucoup plus importante. Ce lieu ne fut-il pas, dans Tantiquilé, un bois sacré flucusj, comme Guaden-Selve, Gode-Selve, Belen-Selve, qui liraient leurs noms soit de quelques uns des attributs de Mercure, soit du nom Germain de ce Dieu , God, Godan ou Wodan (3)? Nous n'avons pas la prétention de justifier notre hypothèse, et nous bornons à voir ici remplacement de bois qui furent sans doute défrichés (4) par des religieux et dont plusieurs bosquets semés dans la plaine voisine sont probablement les restes.
Grand-Selve était un membre de la commanderie d'Oisemont (ordre de Malte). D'après la tradition, il provenait des Templiers. Autour des vastes herbages de la ferme on sent sous le gazon les ruines dos murs qui les
(1) M. Louandre, Biographie d'AbhmUe , etc., p. 342. — CoUenot , MSS. — Nimm» Biogr . géiUr. l. xii , col. 228.
(2) N'est-ce pas le Guerland-Selve j (Gerlandi Silva) dont il est question dans les chartes confirmatives , sous Padministration de Simon , abbé de Sery î
(3) D, Grenier , Introduction à l'histoire de Picardie , p. 171-172 et 174.
(4) D. (f renier •, ibid.y p. 69 et suiv.
entouraient autrefois. Une partie de la euisine du fermier et son cellier formaient Tancienne chapelle, bâtie peutêtre par les Templiers eux-mêmes. On y remarque à droite et à gauche des colonnes rondes , au quart seulement engagée» et dont la base suspendue finit en corbeille. Le sanctuaire est hexagonal. La pierre d*autei existe eacore. On dit que des pierres sépulcrales couvertes d'inscriptions ont élé enlevées , il y a déjà un certain nombre d'années. La porte d'entrée esta plein cintre. Au fond du sanctuaire une fenêtre géminée marque l'ogive naissante. Elle est enfermée dans un encadrement carré , formé extérieurement de colonnettes arrondies , sans base ni chapiteau , ou plutôt d'un simple tore Irès-détaché. D'épais contreforts parallèles aux murs sont placés à leurs extrémités ; les deux contreforts du chœur sont appliqués sur les angles. Partout les larmiers sont très-prononcés. Tous les soubassements des murailles sont en grès. On voit les traces de Tescalier du clocher dans un mur en saillie » le long duquel court un larmier.
Grand-Selve était autrefois de la paroisse d'Oisemont , comme dépendance de la commanderie, où conduisait directement un sentier partant de la ferme.
De cette ferme a toujours dépendu une prairie située à l'extrémité du grand marais communal de Gamaches» dans la vallée de Bresle , vers le Lieu-Dieu. Il semble qii'un petit fort y ait existé. Un tertre élevé de 1 mètre SO centim. environ était entouré d'un fossé circulaire bien Wcé, portant 7 mètres de large et s'écartant du monticule seulement de 5 mètres vers le nord et de S2 mètres vers le sud. Ce monticule avait 18 mètres de long sur 10 de
large. Dans le courant du mois de janvier 1856 , des ouvriers travaillant pour le compte de la commune de Gamâches enlevèrent ce monticule et trouvèrent enfouis sous le revers extérieur du fossé au nord une trentaine de squelettes , parmi lesquels on a remarqué des crânes de forte dimension. Le point le plus élevé du tertre n*a présenté qu'un fragment de muraille en moêlons et en tufs » entouré de débris de tout âge. Ainsi, des tuiles romaines à rebords et des débris de pavés vernissés , sur lesquels des fleurs variées d*un jaune vif et sur l'un d'eux une fleur de lis bien dessinée , posée diagonalement. Trois pièces de monnaie ont été trouvées par les ouvriers; Tune est romaine : c'est un bronze , moyen module , à l'effigie de Yespasien (69-79) ; une autre est un double tournois de Pliilippe de Valois (1 328-1 3S0). Ces monnaies peuvent servir de renseignement sur l'âge des divers débris trouvés. Il est regrettable que le travail ait été fait sans soin , sans que l'on constatât la position des squelettes et sans que l'on cherchât à reconnaître les objets qui les entouraient. C'eût été un moyen de juger de la destination de cet établissement.
A Buigny , comme en beaucoup d'autres lieux de Picardie , le premier dimanche de carême était un jour de fête qu'on nommait Bohourdi ou Béhourdi. Les jeunes gens allumaient des feux d'éteule dans les champs , principalement vers la ferme du Petit-Selve, et dansaient à Tentour enchantant: BouhourI bouhour! saint Christophe , envayez'-mus des pommes grosses » des cafignons pour mam^ ger dans l'saison...; puis ils houpaient. C'était comme un appel, une correspondance d'un village à l'autre : souvenir
toinUiin d'usages qu'on ne s'explique plus bien. Celui-ci n'a cessé que depsis une trentaine d'années.
Nous ferons remarquer , en terminant , que YAm^uaire publié en 1832 par la Société des Antiquaires dePicardie, a désigné ces deux fermes sous les noms de Petit Sery et de Grand Sery. C'est une erreur typographique.
Mai8hièbe8 (Courtieazt Visae, Blonchelet, Handreohy, Harcelaine, Gresoy-Touvent).
Le village de Maisnières (Mesnières , Maineriœ , Mamra, MmerÛB, Magniera, peut-être de Maisnie, Haisnil,
manoir, noble demeure, ou de i/ai^io^ à cause de qnelq^ie hôtellerie établie sur la chaussée romaine et ayaQt été Toriginedu village)» est le chef-lieu d'une commune multiple, composée de sept sections. Parmi ses annexes , deux sont dans la plaine : le village de Courlieux et la ferme de Gresny-Touvent; les autres. Visse, Monchelet, Handrcchy, Harcelaine et Maisnières, sont à cheval sur la rivière de Visme. En exceptant la ferme de Gresny-Touvent, les divers villages qui composent la commune sont placés en ligne, sur une longueur de 4 à 5 kilomètres. La partie basse de Maisnières, vers Frettemeuie , se nomme CaieL La terre, seigneurie, vicomte et châtelleoie de Maisnières , avec ses dépendances , appartenait aux abbé , religieux et couvent de Saint-Pierre de Corbie, qui en étaient seigneurs tant spirituels que temporels, pourvoyant à la cure. Ses dépendances étaient Visse , Aigneville , Courlieux, Hocquélus, TiUoy et Flori ville. Cette terre était amortie et ne payait ni ban, ni arrière-ban. Les abbé et
religieux de Gorbie y avaient plusieurs beaui droits de domaine, oblation de Téglise de Maisnières et de celles d'ÂignevilleotdeTilloy, ses secours; ils percevaient les deux tiers, à Teneontre du curé ou de ses vicaires, de toutes les menues ou mixtes-dtmes pour les sept villages. Un bail de 1<(23, passé devant Devaulx, notaire à Gorbie, semble reconnaître aux religieux , comme dépendance de la ch&tellenie de Maisnières , la justice haute, moyenne et basse ; cependant un aveu servi pour l'abbaye postérieurement à 1750, ne leur reconnaît que la justice vicomtière. Quoiqu'il en soit, par sentence du bailli de Maisnières du 5 juillet 1505, un habitant d'Âlgneville fut condamné à être pendu pour avoir volé, en Téglise deRambures, deux calices et une petite cuiller d'argent (1).
Cette terre et seigneurie était située dans le ressort de la sénéchaussée de Ponthieu , sauf le^ourpris de la censé du domaine, avec les villages et terroirs de Tilloy etPIorî ville, qui ressortissaient à la prévôté de Vîmeu, si l'on en croit les déclarations et les états des biens que nous avons consultés. Gependant Ricart et Delegorgue font des distinctions qu'il serait trop long de rappeler ici.
Le domaine consistait en un manoir, 1 60 journaux de terre à labour, 22 journaux de pré à foin , deux moulins à blé , l'un à vent et l'autre à eau , desquels étaient baniers tous les sujets des sept villages de la seigneurie , qui devaient le 16^ pour mouture au meunier. Le moulin à vent
(1) Iment, des Chartes àeVeàb0/^de Cor¥é, lom. m, dan» \w> Arch. du département, à Amiens.
était élevé au monl de Visse , entre le chemin d'Âigneville et celui d'Hocquélus , et avait été construit par messire Jean^François Boyer, ancien évéque de Mirepoix et abbé de Gorbie . pour la commodité de ses vassaux. Le moulin à eau était assis au village de Visse, avec logement pour le meunier, un petit jardin et deux journaux de terre en deux pièces, sur Tune desquelles avait existé autrefois un moulin à vent. Les sujets étaient aussi baniers aux fours de la seigneurie.
Il existait dans cette seigneurie des hommes courtilUers, c*est-à*dire tenant courtillerie. Célail une sorte de fief qui donnait au tenancier le droit d'avoir tor (taureau), ver (verrat), colombier à pied ; il ne devait atfcun droit de vif herbage pour les bestiaux à laine ^ ni aucun don pour les terres qu*il possédait ; mais il était tenu d'assister aux plaids généraux trois fois Tan, par trois jours consécutifs , le lendemain de Quasimodo , le lendemain de la Trinité et le lendemain de la fête des Rois ; le tout à peine de 2 sols 6 deniers d'amende pour chaque défaut. Il est remarquable que ce genre de fief était particulier à la seigneurie deMaisnières. Tous les exemples cités par du Gange à l'appui de ses explications sur le sens du mot curtillarius, cour tillier, sont pris exclusivement dans les chartes de l'abbaye de Gorbie qui concernent cetteseigneurie.Ge savant se borne à dire que les courtilliers sont des tenanciers obligés d'assister aux plaids de leur seigneur dominant : <c Dominisui principalis seu capitalis curiam sequi et ejm placitis intéresse. » Son continuateur, D. Garpentier, ajoute : « Smt quipassident terram terragio obnoxiam. p Notre définition, appuyée sur les termes d'un registre pfortant dénombre-
ment de la seigneurie, est la coAtirmalion et le complément de celles que nous venons de rappeler.
L'abbaye de Gorbie avait à Maisnières un fonctionnaire dont la charge assez bizarre consistait à chasser les grenouilles : fugator ranarum. Etait-ce un emploi accidentel et tout dans Tintérét du sommeil de Fabbé , lorsqu'il couchait à Maisnières? Car on croit qu*il s*agissait de battre les étangs pour faire taire les grenouilles. N'élait-cepas une fonction permanente qui aurait consisté à faire, pendant les jours maigreç et le carême, une cueillette de ces bruyants reptiles pour le repas des religieux ? En effet , fugator a le sens de vetmtor, chasseur, et la raison, dit du Gange, c'est que venando fugantur ferœ. Quoiqu'il en soit, ces officiers subalternes de Tabbaye, qu'on trouvait aussi à Thennes et à Naours , autresTiefs de Gorbie , n'en faisaient pas moins partie de la classe des hommes libres, comme prend soin de l'expliquer le rôle de Gorbie, publié par notre savant collègue, M. Bouthors, en ses notes sur les Coutumes locales (1] : « Fugator ranarum de Naurdis...; de Tanes...; fugator ranarum de Maneriis, fidelitatem farcit D. abbati...; omnes istiliberi famuli nostrisunt. »
Ce même rôle dit que les meuniers des moulins de Maisnières étaient, comme les fugatores ranarum , de la classe des serviteurs [famuli) de l'abbaye. Ge titre ne les astreignait à aucun devoir féodal, mais seulement au serment de fidélité envers l'abbé, leur seigneur (2).
De la même seigneurie de Maisnières relevaient divers
(1) Coût, lae, du boMage d'Amiens ^ tom. i^% p. 331. tlj Voy. iMd., p. Wl, 248 et 333.
fiefs, savoir : 1* celui d'Occoeh , dont le chef-lieu était ud manoir, contenant 4 journaux , sis à Visse ; 2* le fief de Brailly, dont le chef-lieu contenait aussi 4 journaux: Il était situé à Maisniëres et appartenait, vers 17S0, à messire François de Fléchin , seigneur de Yuamain , qui le tenait par hommage de bouche et de main (1); 3* le fief de Bâillon, qui forme maintenant une dépendance de la commune de Frettemeule , et avait droit de pèche sur les immeubles en dépendant.
L'ancien château de Maisniëres , dont Tenclave contenait 6 journaux et demi, est depuis longtemps ruiné : il n'en reste, à côté deTéglise, qu'une motte longue de 35 mètres et large de 25, qui domine encore le sol voisin de plus de 8 mètres vers le sud-ouest. La terre de Maisniëres était Tun des plus beaux et des plus riches domaines de Tabbaye de Gorbie. Elle faisait partie de la mense abbatiale depuis le partage fait entre Tabbé et les religieux, le S2 mai 1680. On ne connaît point Torigine de la possession de la première partie de cette terre : elle paraît antérieure au xii'' siècle. En Tannée 1 142, Tabbé de Saint- Lucien de Beauvais céda à Tabbaye de Gorbie la cure de Maisniëres , avec ses dépendances et le tiers des dîmes qu'il prétendait lui appartenir d'antiquité, moyennant une redevance annuelle de 4 marcs d'argent au grand
(1) L'hommage de bouche et de main était rendu an seîgnear dominant dans le lieu seigneurial du fief, par le vassal en personne, dans un état de soumission et de respect, c'esU^-dire tête nue et un genou en terre, sans épée ni éperons. Voy. Us Cimtumêê.
poids et 30 sols en moDBaie d' Amiens (1). Des diflBcullés qui s'élevèrent entre les deux abbayes , furent terminées au synode deRheims de Tan 1147 (2). Dans le siècle suivant, Fabbaye établit judiciairement ses droits et sa juridiction , et resserre, autant qu*elle le peut^ ceux du sdgneur châtelain , jusqu'à ce qu'elle devienne enfin » au XV* siècle , seule et unique seigneur et maître. Citons les titres et rappelons les dates.
L'esprit d'émancipation qui se répandait partout avait saisi les habitants de Maisnières : ils s'érigent en commune, insultent l'abbé, qui probablement avait voulu s'y opposer, et le chassent, frappent^un prêtre et se font condamner pour ces faits {quod fugaverant abbcUem et in quem" dam saeerdotem manus violentas injecerant) à une amende de 100 marcs d'argent envers l'abbaye, par sentence de commissaires apostoliques, en l'année 1S19. Celle même sentence prononce l'abolition de la commune {judicamu$ eam penitiis destruendam), en ce qui concerne ceux des habitants soumis à la juridiction de l'abbaye, lesquels n'auraient pas dû s'ériger en commune sans la permission de l'abbaye, et décharge les habitants deTilloy de la taille que leur avait à tort imposée la commune (cooimtifita.«.
(1) a Conveutione facta sub censu quatuor marcarum ad magnum pondus etjriginta solidorum manetœ Ambianensis, statuerunt ut quicquid ecclesia B. Luciani (Belvacensis) antiquo jure possidebat in pre- £uto altari de Maneriis totum transiret in jus ecclesi^e corbeiensis. » Tels sont les termes de la charte-partie , munie de son cyrographe , qu'on trouve aux Titres de Cor5te, armoire 3> liasse 36, Arch. déparr tementales à Amiens.
(î) Gallia christ, , lom. ix, 781.
non débet talliare fumines de TiUieto). Sur TappeU d'autres coniiDissaires apostoliques conQrment, en mars 1221. Bienlôl le seigneur châtelaio vieut joindre son veto à celui de Tabbaye, et le 19 octobre 1225, une transaction entre Tabbaye et Jean, seigneur de Maisntères, porte que la commune sera entièrement abolie dans le village et ses dépendances (1). Elle ajoute que ledit Jean sera justiciable de Tabbaye pour ses lènements ; enfin elle fixe et détermine les limites de leurs propriétés et leurs droits respectifs. L*abbaye renonce d'ailleurs à inquiéter le seigneur de Maisnières dans ses possessions : a Castellum autem etmanagmn et gardinum domini Johannis dicto Johanni a dicta ecclesia rémanent in pace. » Mais, on Taperçoit, la plus belle part d*autorité appartient déjà à Tabbaye. — Le 25 novembre 1362, elle acquit de Jean Guères dit Poulain et de demoiselle Ysabelle, son épouse, fille du feu seigneur de Maisnières, a toute la terre, chens (cens), rentes, prés, viviers, yaues, terres ahannables (labourables), sauchois, que ils avoient en le ville, terroir et poste [potestas, juridiction), de Maisnières et de Vy, et appartenanches de ycelle;... qu*ils tenoient desdits religieux. » La vente fut faite moyennant 900 florins d'or, dont 700 payés comp-
(1) Les religieux abolirent aussi, plus tard, la commune de Gorbie^ dans des circonstances à peu près semblables. Ils avaient du reste la commune en horreur, car l'historien du couvent, D. Gocqaelin, apprécie en ces termes la victoire de Tabbaye sur la commune, après la destruction du beffroy : c Feromm tUttis pessinuF ftes. 110 domiul... (akkas). » Voy. Mém. Soc. Antiq. Pic, tom. vin, p. 469, et tom. 11, p. 348. — M. Bouthora, CwIwbm$ Uk. iu haUUage é^Amiens, tom. !•*, p. 346, 342, note 18.
tant et SQO retenus par Tabbaye ea acquit d*arréragf» de renie. Elle acquit encore, le 13 mars 1484, moyennant 80 écus d'«r, de Henry de Tiily, écuyer, et de demoiselle Jeanne Boutery, son épouse, fille de feu monseigneur Jehan Boutery, sœur et héritière de feu monseigneur Charles Boutery, et à cause d'elle seigneur de Huppy, où il demeurait, le fief nommé la Yicomté-de-Maisnières , tenu noblement et en plein hommage de Raoul , écuyer, seigneur de Maisnières ; — et le 5 avril 1459, de £d^ mond de Maisnières, écuyer, seigneur du lieu et de Bogehem en partie, et de demoiselle Jehanne d*Ococh, son épouse, demeurant à Bogehem, moyennant 820 écus d*or, tout le fief, terre elseigneuriedeMaisnières,avec « le cbiefmanoir dudit fief, là où ilsoloit avoir ungchastel, comme en chens , rentes, manoirs, masures, gardins, terres labourables, justice et seigneurie... qu'ils tendent du Roi, nostresire, et de très-redoutable monseigneur le duc de Bourgogne, à cause de leur comté de Ponthieu, noblement en foy et hommage. » Dès lors tout fut réuni en ses mains. Nous ferons remarquer Tintitulé de l'acte de 1362, fait sous l'autorité du roi d'Angleterre : « A toiu chiaux qui ches présentes lettres verront ou orront, Fremin de Cromont, adpresent gardedu scel royal, establi de par nostre seigneur le roi iEngleterre, en ses seigneuries de Ponthieu. , . » La transaction de 188S, dont nous venons de parl^, établit que les amendes de 8 sols et demi et au-4essous appartenaient pour moitié à l'abbaye, et pour l'autre moitié au seigneur châtelain. Elle reconnaît à l'abbaye le droit de régler à son gré le cours de la rivière de Merdencbon (cursum aquœ de Merdenchon) : c'était sans doute le nom
qu*0D doDDait ea cet endroit à la Yisine, puisqu'il û*y existe point d*autre cours d*eau. Du reste, nous retrouvons ce nom ou à peu près (rivière de Médençtm) enV9tvevt postérieur à 1750, que nous avons cité.
Un sieur Willaume de Haisnières (proliableinent le fils de Jean qui aida à Tabolition de la commune), avait épousé Clémence de Montenai , dont il eut , entre autres enfants , Enguerran de Maisnières. Willaume fut inhumé dans réglise de Yaloire , à laquelle il avait fait don d'une rente de 40 sols , au mois d'avril ISiS (1). En 1377 et en 1381 des aveux étaient servis au roi par Robert de Haisnières , surnommé Froissart (2).
L'église de Maisnières est dédiée à saint Grépin et à saint Grépinien. Elle est posée sur le coteau à gauche du chemin d'Âbbeville à Gamaches , que borde le cimetière qui entoure l'église. La partie ancienne des muriâ est en tuf et en silex. Les fenêtres et le portail sont d'un très-bon style ogival. Le portail est tout en tuf, soutenu par quatre colonnes carrées , courtes , hautes seulement de un mètre environ, dont les chapiteaux sont formés de feuilles d'acanthe et de fleurs de lis. Au dessus s'ouvre une fenêtre lancéolée , en ogive trilobée , quatre fois plus haute que large. On a ajouté, auxvi.' siècle, un vestibule en moellons voûté d'arêtes. Son arc en cintre ogival semble , à distance , se fermer vers le bas , à la manière mauresque : c'est un effet produit par la forte saillie des impostes. —
(1) Ms8. de D. Grenier, paq. ^4©.
Cî) Voy. arrêt du grand conseil du 20 mars 1668 ; Bibl. com. d'Amiens, n.«38î8—6.«
Le cloi^er fat éievé sur une ancienne tour qui elle-même servit de chœur. Il y a quelques années, on a démonté la Toûte , dont on voit encore des traces , et le grand arc de la nef, qui passait pour rentrée même du château ruiné. Ce clocher est une flèche en ardoises.
Les fonts baptismaux sont monopédiculés , octogones , en pierre très*dure. Us sont entourés d*une guirlande de huit feuilles composées , ayant Tapparenee de fleurs de lis placées sur un pédoncule. La foli<rie principale de chaque feuille est appliquée sur l'un des angles et se replie sur les pans qu'ornent aussi les petites folioles.
On n'y voit aucune figure des saints patrons.
La dtme appartenait à l'abbé de Gorbie. Un concordat du 20 mai 13S7 entre Jacques de Bourbon , comte de Ponthieu, et les abbé et religieux de Gorbie, reconnatt qu'à l'abbaye appartiennent le moulin banal et les droits de dime, don et terrage rendus et charriés dans sa grange.
 la paroisse de Haisnières étaient jointes deux sections : Âigneville et Tilloy . Ghacune des trois églises avait un vicaire. L'abbé de Gorbie présentait à la cure , dont le revenu était une portion de 360 livres à la fin du xvii.« siècle , et de 800 livres en 1736. II était de 28 livres au xiii.' siècle. La fabrique de Maisniëres avait 80 livres de revenu en 1692. Nous dirons en son lieu celui des fabriques des deux succursales.
Voici les noms des curés de Maisniëres que nous avons pu réunir.