XVI. LivouziN
Hôpital. — Guillaume de Gayeu fonda à Bouttencourton hôpital sous Tinvocationdesainl Jean-Baptiste, et le pourvut d'un aumônier, d*un clerc , d*un religieux-directeur, de
(1) Délibération devant notaire à Gamacbes, du 22 juîUet 174S.
deui serviteurs mercenaires . Sept pauvres malades (pouperes ifndemjacentesj devaient yètresoignés. Guillaume défendit d*y recevoir aucun frèreou aucune sœur convers sans sa permission et sans l'assentiment de Fabbéde Sery. Enfin il aumôna cet hospice : l' de 100 arpenls de terre , savoir : 81 situés entre Framicourt et le chemin conduisant de F Abbaye-au-Bois à Busmenard [intra Framiecourteimampublicam que ducit ab abbalia in bosco ad Busmenart) y et les 19 autres au territoiredeBouillancourt; 2*" de mille anguilles à prendre à Cayeu, ou bien, sll n'élail pas'possible de se les procurer, de mille harengs [mille allée), le toul livrable au' commencement du carême; 3"* de tous les droits qu'il percevait ordinairement sur la cervoise (bière) àÂnsainne et à Boulencourt (quidquid habeo vel habere potero t» redditu cermie apud Ansainne et apud Boulencourt) ; 4"" enfin et pour récréer les pauvres malades , du mort-bois (1) à prendre dans sa forêt de Sery autant qu'une bêle de somme en peut porter en trois fois dans un jour [ad recreandum pauperes jumentum ter in die de mortuo nemore onustum in foresta mea de Seri) ; mais avec défense d'en vendre ou donner à qui que ce fût, sinon de Tassentimenl du donateur.
(1) Qualificalion donnée à certaines espèces de boU. On Ut en une déclaration du roi^ du 4 octobre 1533, qu'en fait de forêts, ces mots : « bm-mori, signifient bois sec et en estant ou gisant, et mort-bm signifient bois de saux , mort-saux, épine, puinne, seûr (sureau) , aune, genest et genesvre,et non autre. «Voy. Blanchard, Ta^ledes Ordonn., p. 70. Les termes de cette déclaration peuvent servir à la distinction des haies vives d'av«c les haies mortes. Ces dernières sont précisément faites avec les diverses espèces de bois ici spécifiées.
D'uD autre côté, Jean, seigneur de Moûchaux » aumAna ]a même maison hospitalière aussi de ses revenus sur la cervoise à Ansesne (sic) et à Bouttencourt , et de tout ce qui lui appartenait dans la masure où fut faite cette fondation. La charte qui constate ces dons est datée du 6 des kalcndes de mars (S4 février) 1203. Elle eut pour témoins, entre autres, Hugues, abbé de Longviliers (Longîr vUlaris)y et Tabbé de Sery , Raoul de Monchaux, à qui fut eonflée la direction de cette maison. L'année suivante il chargea un de ses religieux de Fadministration.
En 1278» la 4* férié après TEpiphanie , un compromis relatif au moulin et aux fours de Bouttencourt , eut lieu entre les frères de Thôpital et le seigneur de Montigny fWitanum de Mmteigniaco) . En 1292, au mois de février, S"" férié avant St.-Pierre , apôtre , Marie damoiselle de Guelre , dame du Translet (Maria domicdla de Gvelre domina de TransletoJ fit don à Thèpital d'une maison située à Blangy , qui provenait de Hainfroi Barras , et de 3 journ. de terre entre le bois de Sery et le chemin qui conduit de Blangy à Translet. Enfin au mois de mars 1315, le samedi après FAnnonciation Notre-Dame, l'hôpital acquit de Thomas, dit de Morival, 10 sols de rente à percevoir sur son tènement à Blangy (1). Le religieux administrateur a toujours joui du revenu de l'hôpital , quoique depuis très-long temps il ne reçût plos de pauvres, jusqu'en Tan 1 672 qu'il fut réuni à l'ordre de Notre-Dame-du-MoDt-Carmel et de Saint-Lazare; les biens ont été unis ensuite à Ihospice de Saint-Yalery-sur-Sonune.
(1) Cette dernière charte est en français. Areh, départem., pmk
On trouve, en uno charte de Tabbaye de Tan 1 225» Regoier, directeur (magister) de rhôpital, et au nécrologe, à la date du 13 deskaiendes de mai (19 avril) sans indication d'année, Anthoine de Lhomel, chapelain de Thôpital.
L'hôpital et tous les bâtiments ont probablement été rainés au temps des guerres des Anglais ; il n'en était resté qu'une petite chapelle couverte en chaume , avec 30 ou iO livres de rente (1).
Maladrerie. — Quelques années après rétablissement de cet hôpital, les habitants de Blangy avaient fondé à Bouttencourt, sous le nom de Saint-Barthélémy, une ma* ladrerie qui apparemment fut unie à l'hôpital SaintrJean. En 1293 ils prétendirent priver l'abbé de Sery de l'admi* nistration qui lui appartenait. Mais une sentence de GuiU laoudedeMascon, évéque d'Amiens, l'y maintint, dit que les abbé et religieux avaient droit à la perception des grosses dimes et le religieux-administrateur à douze livres de rente et aux offrandes qui se faisaient à la chapelle, et ordonna que cet administrateur portât honneur et respect au curé de Saint-Etienne, dans la paroisse duquel la maladrerie était située. Au mois de décembre 1270, Jean Pâte fit don à la maladrerie de tous les biens meubles et immeubles qu'il possédait à Bouttencourt (2). Le nécrologe de Sery, à la date du 6 des kalendes de novembre (27 octobre) 9 fait mémoire de frère Joseph Beaubrun,
(1) Voy. Extr. de Phist. Ms. de Sery, p. 34, loc. cit. — Le registre-pouillé des paroisses, de 169^, dit qu'il y avait une seule chapelle pour l'hôpital et la maladrerie, et qu'on Ta laissée en ruine depuis la réunion à l'ordre du Mont-Garmel et de Saint-Lazare.
(<2) Arch, dépanem,Jond$ del'Évéché. D, U,
cnréde Prières, et administrateur hospitalierdeSalnl-Jean et de Saint-Barthélémy de Bouttencourt.
CcNnmt de Corddien. — C'est à Jean de Maîlly qu'on doit la fondation à Bouttencourt d'un couvent de Cordeliers. On trouve au cartulaire de l'abbaye de Sery des lettres concernant cet établissement , que nous ne croyons mieux faire que de copier. En voici le teite : «t A tous ceux etc. Je Jehan de Maiily, baron et seigneur temporel dudit lieu de Hailly scitué au dioceze d'Amiens, certifie par mon seing manuel cy-dessous mis et en paroUe de chevallier, que mon intention première fust, est et touqonrs sera que la bulle que j'ay impétrée pour l'édification do couvent de Boutancour, scitué auprès de l'abbaye de Sery et en la paroisse de Saint-Etiénne, soit pour les frères mineurs vivants sous le vicaire immédiat du ministre provincial de Franche, comme ceux de Mailly, Dourlens et Abbeville ; auquel j'ay baillé et donné de mon propre motif ledit lieu pour habiter perpétuellement en Tobservanche régulière, non voulant (pie en ce aucune contradiction, empeschement ou turbation leur soit fait selon que le juge exécuteur de laditte bulle chanoine d'Amiens nommé Pierre de Goidreio par autorité apostolique sous pênes de grandes censures ecclésiastiques, commande que en juste exécution mon intention et volonté soit du tout ensuivie et suivie. Ensi que de ce comme dit est, ay icy fait mettre et appendre mon scel de mes armes et ces présentes signées de mon nom , Faîtes en la cité de Cambray, le second jour du mois d'octobre 1199.— (Signé) Jehan de Mailly. » (1).
(1) Yoy. Eit. de Tbist. Mss. de Sery, Charles, p. 3^.
Celte maison, qui a subsisté jusqu'à la révolution, servait depuis longtemps à recevoir les personnes de bonne famille qui avaient eu le malheur de perdre la raison, pour lesquelles on payait de fortes pensions (1).
Anflenne (Âncenne, Ensène, Andesagina) est un village assis sur la rive droite de la Bresle qui le sépare de celui de Monchaux. Il est célèbre par Texil de Saint-Leu ou Saint-Loup, qui y fut relégué par le roi Glotaire II, vers Tan 620. Le peuple de ce pays était encore payen : il y porta la lumière de Tévangile et convertit le duc Boson Landegisile et une partie de ses soldats, frappés de ce que le saint évéque avait rendu la vue à un aveugle, dit Tauteur anonyme de sa vie. (2) .
Nous soupçonnons qu*à cette époque, Ânsenne et Monchaux, avec son château bâti sur le versant de la colline, étaient compris sous la première dénomination , et que dans la forteresse étaient logés le duc et ses soldats.
La seigneurie d'Ânsenne était tenue de la châtellenie de Saint- Valéry. Elle appartenait en 1258 et en 1274 à Jean de Gayeu, fils de Humberl ; en 1S07 à Jean de Monchy, chevalier, aussi seigneur de Soreng et autres lieux ; vers 1590 au sieur de Monchy dlnglessens , (3) qui acheta (les religieux de Sery, le moulin aux draps exislaot à Ânsenne et en fil bâtir un autre entre Monchaux et So-
(1) Mém, Mss. sur le comté d'Eu, tome III, p. 20.
(t) Âpid Surium, tom. Y, p. 3. — Bolland. Acta SS. 1* septemb., p. 559. n« 12. — D. Grenier, Mroduet. à VhisUdePic., p. 306.
(3) Ce nom est ainsi écrit en un Bfss. de M-H-G, iatitalé : Des^ enp. it narré des dmctz.». dueonUé d^Eu, f». 369; Handiquer, en son iVoftiltoire, écrit d'Inguessens.
reng. Des coniestalions s^élevèrent à cet égard entre lui et ie comte d'Eu. Il paraît que, même avant cette époque, une grande pierre servant à délimiter les deux domaines portait d*un côté les armes des comtes d*Ëu, de l'autre celles des seigneurs d'Ansenne.
Au recueil des coutumes du bailliage de 1507 on trouve celles d'Ansenne. De Tart. 3 m fine, on pourrait induire qu'à cette épdque les eaux de la mer montaient quelquefois encore jusques là par la baie de la Bresie (1).
Monthières (Montiëres , Montier] est un autre village assis sur la droite de la rivière, en regard et à une faible distance du village de Soreng.
La seigneurie de Montbières était un fiefnoble relevant en plein hommage de la pairie et seigneurie de Lanibereourt. On trouve en 1233 Richard de Montiers, qui fit un don à l'abbaye de Sery. La terre appartenait en li99 à Jehan de Mailly que nous avons nommé, en 1654 à messire François Clément du Yault, maréchal àe^ camps et
armées du roi ; en 1740 à Charles Clément du Vault, chevalier, marié à Françoise Renouard; en 175S à son fils mineur Louis-Clément du Vault , chevalier^ lequel était en 1760 capitaine de cavalerie au régiment de colonel-général; en 1765 à messire Marie- Antoine Godde , écuyer^ conseiller du roi^ maître particulier des eaux et
(1) « Ung chascun Seigneur., peut laisser., en friche et riez.. ; et combien que durant ce temps ung chascun y aitacoustumé... Êûre paistre leurs bestes.. 20, 30, 40 anset plus,..néantmoinsil est loisible audit Seigneur reprendre laditte terre.. . soUqmla mr etmor^im de$eœw>r$ ladiUe terre ainsi délaissée. » C<mt, loe., p. 381.
forèU de Picardie. Bile est encore dans celle famille, aux mains de M. SaintrLéon Godde de Monthières.
Il y a à Monthières , dans renceintê du chftteau , une chapelle dédiée à saint Pierre. L*arc surbaissé de ses fe* nètres petites et basses, la fenêtre du portail longue et étroite, à plein cintre, le grand arc ogival taillé à vivearéte« dénotent une certaine antiquité. On y voyait encore en 1788 quelques restes de vitraux, aux armes des Mailiy, qui ont disparu complètement.
Cette chapelle dépendant de la cure de St.-Etienne-en- Sery, était desservie par un religieux qui demeurait en Tabbaye. Il n'y disait qu'une messe basse les dimanches et fêtes et ne chantait point de vêpres, si ce n'est cinq à six fois l'an, aux principales fêtes. Son revenu se compo^ sait de la dfme du lieu et de 33 livres de rente sur diSë* rentes maisons pour fondations faites.
Sery (1) (Seriacum). Ce hameau a pris son nom de l'abbaye qui, primitivement établie dans les bois de Sery, y fut ensuite transférée. Cette abbaye sera l'objet d'une notice particulière que son étendue nous empêche de joindre ici. Le hameau se compose de quelques habitations et de deux filatures établies sur les ruinés du cloître.
Il y a un Sery-Maizières enLaonais (Aisne), au-dessous de Ribemont. Le Girard de Sery nommé au registre de Philippe-Auguste, (2) est probablement de ce lieu.
(1) Selon l'abbé Garlier, le nom de Sery, comme celui des Essarts^ seryait à désigner un lieu nouveUement défriché au milieu des bois, pour être li^ré à la culture. (Hist. du àiuhé d$ Valois, t. i*% p. SS.)
(«) BibL impér. Hss. n« 9852 — 3. f> 40, r«., ool. 1. — Mss. D. Grenier, paq. t4«, lettre S, n« SIS.
La paroisse de BouttencoQrt est celle du eanton qoi a le plus fréquemmeot changé de curé depuis la révolution. Gela peut être dû à la fatigue de la cure et à la situation peu agréable et presque isolée du presbytère » situé non loin du village d'Ânsenne. Voici les noms des titulaires :