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livre, mais l'Électeur en a fait acheter tous les exemplaires

» Le roi de France dépense autant d'argent en trahison que pour ses armées. Aussi, dans sa guerre contre le pape Jules et Venise, il a dissipé vingt mille hommes avec quatre mille.

« Tant que François a eu des hommes de guerre allemands, il a obtenu la victoire. Ce sont en effet les meilleurs; ils se contentent de leur solde et protègent le peuple. Aussi Antonio de Leyva conseilla, en mourant, à l'Empreur de s'attacher ses soldats allemands; que s'il les perdait, ce serait fait de lui; car ils tenaient tous ensemble comme un seul homme. »

Après la défaite de François P' de Pavie, Luther écrivait : « Que le roi de France soit de chair ou autre chose, je ne me réjouis pas de le voir vaincu et pris. Vaincu, cela se peut souffrir, mais captif, c'est une monstruosité... Peut-être l'heure du royaume de France est-elle venue, comme cet autre le disait de Troie : Venit summa dies et ineluctahile fatum. Ce sont, à ce qu'il me semble, des signes qui annoncent le dernier jour du monde. Ces signes sont plus graves qu'on ne serait tenté de le croire... Il n'y a qu'une chose qui me £ait plaisir, c'est de voir frustrés les efforts de

I Anti-Christ, qui commençait à s'appuyer sur le roi de France. » (mars lö2o.)

(Février 1337.)« Le roi de France est persuadé que chez nous autres luthériens, il n'y a plus ni mariage, ni autorité, ni église, ni rien de tout ce quon regarde comme sacré. Son envoyé, le docteur Gervais , nous l'a assuré positivement. Mais d'où vient cela? certainement de ce qu'on ne laisse pénétrer en ce pays, non plus qu'en Italie , aucun écrit des nôtres, et que le scélérat de Mayence, ainsi que ses pareils, y envoient toutes les calomnies qui se débitent contre nous. »

« Nous avons ici un Français, François Lambert, qui était il y a deux ans prédicateur apostolique, comme on les appelle parmi les mineurs, et qui vient de prendre pour femme une des nôtres : il espère mieux vivre dans le voisinage de la France ( à Strasbourg) ... Il gagnera sa vie à traduire en français mes ouvrages allemands. ■ ( 4 décembre lo23. )

« Les rois de France et d'Angleterre sont luthériens pour prendre , point pour donner. Ils ne cherchent point l'intérêt de Dieu, mais le leur.

» Sept universités ont approuvé le divorce du roi d'Angleterre; mais nous autres de Wittern-

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berg et ceux de Louvain , nous avons soutenu lo contraire, eu égard aux circonstances particulières , à la longue cohabitation , à l'existence d'une fille, etc.

» Quelques-uns qui avaient reçu des écrits d'Angleterre annoncèrent comment le roi s'était séparé de l'Evangile. Je suis charmé, dit Luther, que nous soyons quitte de ce blasphémateur. J'ai seulement regret de voir que Mélanchton ait adresséses plus belles préfaces aux plus méchantes gens.

B Le duc George de Saxe disait qu'il ne for cerait personne à communier sous une espèce , mais que ceux qui voulaient le faire autrement , devaient sortir du pays.

» Lorsque le duc George déclara au duc Henri de Saxe, son frère, qu'il ne lui laisserait ses états qu'à condition d'abandonner l'Evangile, il répondit : « Par la vierge Marie ( c'était le itiot ordinaire de sa Grâce), avant que je consente à renier mon Christ, j'irai avec ma Catherine , un petit bâton à la main, mendier par le pays. » Je voudrais que l'Empereur fit pape le duc George, les évêques supporteraient sa réforme encore moins que la mienne. Il réduirait l'évêque de Mayence à quatorze chevaux . etc.

nu LUTHER. 325

» Le duc George a sucé le sang bohémien avec le lait de sa mère, fille du roi de Bohême, Casimir. Il aurait fini par s'arranger avec l'électeur Frédéric pour frapper lesévèques, les abbés, etc. Il est de sa nature ennemi du clergé Mais les lettres et les flatteries de l'Empereur, du pape, des rois d'Angleterre £t de France, l'ont tellement enflé, que, etc..

■ Lorsque le duc George voyait son fils Jean à l'agonie, il le consolait en lui rappelant l'article de la justification par la foi en Christ, et l'exhortait à ne regarder que le Sauveur, sans se reposer sur ses œuvres ni sur l'invocation des saints. Alors, l'épouse du duc Jean, sœur du landgrave Philippe de Hesse, dit au duc (ieorge: « Cher seigneur et père , pourquoi ne laisse-t-on pas prêcher publiquement cette doctrine dans le pays ?» — « Ma chère fille, répondit-il, on la doit enseigner seulement aux niourans, mais point aux gens en santé. » (1537.) — Ce duc Jean avait été obligé par son père de jurer une haine éternelle à la doctrine luthérienne, et il l'avait fait connaître au docteur Luther par le vieux peintr« Lucas Cranach.

Leipsig était la capitale et la résidence du duc George. Aussi les protestans, surveillés de près Tom:', ii. -"

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par le duc, n'y pouvaient faire de nombreux prosélytes, et Luther en marque souvent son dépit par sa colère contre cette ville.

« Je hais, dit-il , ceux de Leipsig comme je ne hais rien sous le soleil , tant il y a là d'orgueil , d'arrogance, derapacité et d'usure. (15 mai 1540.)

» Je hais cette Sodome (Leipsig,) sentine des usures et de tous les maux. Je n'y entrerais qu'autant qu'il le faut pour arracher Loth.» (26 octobre 1539.)

» L'électorat de Saxe est pauvre et rapporte peu. Si l'Électeur n'avait pas la Misnie , il ne pourrait entretenir quarante chevaux ; mais il a des tributs de princes et seigneurs, des droits de saufconduit,, des douanes, des rentes, etc.. Sa Grâce électorale a cédé, pour de l'argent, les régales, entre autres le droit de grâce.

» L'électeur Frédéric était économe. Il savait bien remplir ses caves et ses greniers de grains et d'autres denrées. Ou compte neuf châteaux qu'il a fait bâtir, et cependant il lui restait toujours assez d'argent ; c'est qu'il suivait le bon conseil que son fou lui avait donné. Un jour , qu'il se plaignait de manquer d'argent, le fou lui dit : Fais-toi percepteur. Il exigeait des comptes sévères de ses serviteurs. Quand il venait dans un de ses châteaux , il mangeait, buvait, se faisait don-

ner du fourrage comme un hôte ordinaire, et payait tout comptant. Par là il ôtaità ses gens l'occasion de s'excuser , en disant : On a tant consommé de choses, quand le prince est Tenu !

» L'électeur Frédéric-le-Sage disait à Worms , en 1321 : «Jene trouve point d'église romaine dans ma croyance; mais une commune église chrétienne , je l'y trouve, »

« Ce même prince avait, dit Mélanthton , près, de Wittemberg un cerf apprivoisé , qui , pendant bien des années , allait , au mois de septembre , dans la forêt voisine , et revenait exactement en octobre. Lorsque l'Electeur fut mort, le cerf partit et l'on ne le revit plus.

» En 1523 , l'élecleur Jean de Saxeme demanda s'il devait accorder aux paysans leurs douze articles. Je le détournai entièrement d'en approu- Tcr un seul.

■ Le duc Jean disait en 1323, en apprenant la révolte des paysans: « Si le Seigneur veut que je reste prince , que sa volonté soit faite , mais je puis aussi être un autre homme. »

Luther blâme la patience de ce prince, qui avait appris des moines, ses confesseurs, à supporter la désobéissance de ses gens.

Il disaità Luther : ■ Mon fils, le-duc Ernest, m'a

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écrit une lettre latine pour me demander à courir un cerf. Je veux qu'il étudie; il sera toujours à même d'apprendre à laisser pendre deux jambes sur un cheval.»

« Le même prince avait toujours pour sa garde six nobles jeunes garçons, qui restaient dans sa chambre et qui lui lisaient la Bible six heures par jour. Sa Grâce électorale s'endormait quelquefois, mais il n'en citait pas moins à son réveil quelques belles paroles qu'il avait remarquées et retenues. — Pendant la prédication il tenait près de lui des écrivains, et lui-même de sa propre main recueillait les paroles de la bouche du prédicateur.

» Lorsque Ferdinand fut élu roi des Romains à Cologne, le jeune duc Jean-Frédéric y fut envoyé pour protester de la part de son seigneur et père. Dès qu'il eut exécuté ses ordres, il repartit au grand galop , et comme il avait à peine passé la porte, on envoya des gens pour courir après lui et le prendre. (1331 .)

»On dit que l'Empereur a fait entendre , après avoir lu notre Confession et apologie, qu'il voulait que l'on enseignât etque l'on prêchât dansle même sens par tout le monde. Le duc George aurait dit aussi qu'il savait très bien qu'il y avait beaucoup d'abus à réformer dans l'Église , mais qu'il ne vou-

DB LCTHEB. 829

lait pas de cette réforme , quand elle venait d'un moine défroqué.

» La dernière fois que l'électeur Jean alla à la chasse, tout le gibier lui échappait. Les bêtes ne voulaient plus le reconnaître pour maître, c'était un présage de sa mort. (1532.)

» Le duc Jean-Frédéric, qui a été si bien pillé et dépouillé par ceux de la noblesse, a appris à ses dépens à les connaître.

» L'électeur Jean-Frédéric est paturellement colère , mais il sait à merveille dompter son courroux.— Il aime à bâtir et à boire; il est vrai qu'un si grand corps doit tenir plus qu'un petit, — Il donne par ans mille florins pour l'université; pour le pasteur, deux cents, avec soixante boisseaux de froment ; de plus soixante florins à cause des leçons publiques. » Il envoya une fois cinq cents florins à Luther sur les fonds d'une abbaye pour marier quelque pauvre religieuse.

« Quoique le docteur Jonas l'y engageât , Luther refusa de demander à l'Electeur une nouvelle Visitation des églises. «lia soixante-dix conseillers qui crient à le rendre sourd. Ils lui disent: Quel bon conseil peut donner le scribe ? contentons-nous de prier Dieu qu'il dirige le cœur du prince »

3e^ HÉMOIIIKS

Du landgrave Philippe de Hesse. — Le Landgrave est un pieux, intelligent et joyeux seigneur: il maintient une bonne paix dans sa terre, qui n'est que pierres et forêts ; de sorte que les gens y peuvent voyager et commercer sans crainte... Le Landgrave est un guerrier, un Arminius, petit de sa personne, mais,' etc. Il consulte et suit aisément les bons conseils ; la résolution une fois prise, il exécute promptement, — L'Empereur lui a offert , pour lui faire quitter l'Évangile , la possession paisible du comté de Katzenellenbogen , et le duc George l'aurait fait à ce prix son héritier... Il a une tête hessoise;il ne peut se reposer, il faut qu'il ait quelque chose à faire... C'était une grande audace de vouloir, en 1S28 , envahir les possessions des évêques; et c'a été un acte plus grand d'avoir rétabli le duc de Wurtemberg et chassé le roi Ferdinand de ce pays. Moi et Mélanchton , nous fûmes appelés à cette occasion à Weimar, et nous employâmes toute notre rhétorique à empêcher sa Grâce de rompre la paix de l'Empire... Il en devint tout rouge et s'emporta. Cependant c'est une âme tout-à-fait loyale.

» Dans le colloque de Marbourg, en 1329, sa Grâce vint avec un petit habit , de sorte que personne ne l'aurait reconnu pour le Landgrave; et

cependant , il était occupé de grandes pensées. 11 consulta Mélanchton, et lui dit: « Cher maître Philippe, dois-jesouffrirque l'évéquede Mayence me chasse par violence mes prédicateurs évangéliques ? « Philippe répondit : Si la juridiction du lieu appartient à l'évêque de Mayence, votre Grâce ne peut l'erapècher. • Permis à vous de conseiller, répondit le Landgrave, mais je n'agirai pas moins. »

«A la diète d'Augsbourg, en 1330, le landgrave dit publiquement aux évêques: » Faites la paix , nous vous le demandons. Si vous ne la faites point et qu'il me faille descendre de mes montagnes, j'en saisirai au moins un ou deux. »

« Dieu a jeté le Landgrave au milieu de l'Empire. Il a autour de lui quatre électeurs et le duc de Brunswick ; et il les fait tous trembler. C'est que le commun peuple lui est attaché. Avant de rétablir le duc de Wurtemberg , il était allé en France , et le roi de France lui avait prêté beaucoup d'argent pour la guerre.

» Si le Landgrave s'enflamme une fois...! C'est ce qui nous est arrivé , à moi et à maître Philippe , lorsque nous le détournions humblement et faiblement de la guerre ; « Qu arrivera-t-il si je soufiFre vos conseils et si je n'agis point? » — C'est

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un miracle de Dieu. Le Landgrave est un prince peu puissant, cependant on le redoute; c'est un héros. Il a renvoyé les évêques au chœur... Les Saxons et ceux de la Hesse, lorsqu'ils sont en selle, sont de vrais cavaliers. Les cavaliers des hautes terres (du midi de l'Allemagne) ne sont que

des danseurs. Dieu nous conserve le Landgrave

Dieu nous préserve de la guerre! les gens de guerre sont des diables incarnés. Je ne parle pas seulement des Espagnols, mais aussi des Allemands.

»Après la diète de Francfort, en 1339, environ neuf mille soldats d'élite furent rassemblés autour de Brème et de Lunebourg pour être employés contre les états protestans. Mais l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse leur firent parler par le chevalier Bernard de Mila, leur donnèrent de l'argent comptant et les attirèrent à eux. Ensuite mourut subitement le duc George, etc. »

«Le landgrane de Hesse et de Thuringe, Louisle-Fameux , était un seigneur dur et colérique. II était tenu prisonnier par l'évêquè de Hall, il sauta par une fenêtre du haut du château et du rocher dans la Sais, nagea, s'aida d'un tronc d'arbre et échappa. Il sévissait toujours cruellement contre «es sujets. Sa femme s'avisa de lui servir de la

viande un vendredi saint, et comme il n'en voulait pas manger; elle lui dit : « Cher seigneur, vous craignez ce péché, lorsque vous en faites tous les jours de plus grands et de plus horribles. » Mais elle fut obligée de s'enfuir et de quitter ses enfans. Au moment de son départ, à minuit, elle baisa son enfant qui était encore au berceau, le bénit, et, dans un transport d'amour maternel, elle le mordit à la joue (i). Accompagnée d'une jeune fille, elle descendit par une corde du château de Wartbourg , tout le long du précipice. Son maitre-d'hôtel l'attendait avec un chariot, et la conduisit secrètement à Francfort-sur-le- Mein. — Quand ce landgrave mourut, on l'affubla d'un habit de moine, ce qui faisait beaucoup rire tous ses chevaliers.

■ En Italie, les hôpitaux sont bien pourvus, bien bâtis. On y donne une bonne nourriture; il y a des serviteurs attentifs et de savans médecins. Le» lits et les habits sont très propres :

(i) Lntber appelle Lotus ce landgrave , qui s'appelait effectivement Albert-le-Dénaturé , et vivait en 1288. Sa femme, Marguerite était fille de l'empereur Frédéric II ; son fils est Frédéric I , dit le Mordu.

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l'intérieur des bàtiraens orné de belles peintures. Aussitôt qu'un malade y est amené; on lui ôte ses habits en présence d'un notaire qui eu dresse une note et une description exacte pour qu'ils lui soient bien gardés. Ou le revêt d'un sarreau blanc, on le met dans un lit bien fait et dans des draps blancs ; on ne tarde pas à lui amener deux médecins, et les serviteurs viennent lui apporter à mangera boire et dans des verres bien propres, qu'ils touchent du bout du doigt. Il vient aussi des dames et matrones honorables qui se voilent pendant quelques jours pour servir les pauvres , de sorte qu'on ne sait point qui elles sont , et elles retournent ensuite chez elles. — J'ai vu aussi à Florence que les hôpitaux étaient servis avec tous ces soins : de même les maisons des enfans-trouvés, où les petits enfans sont nourris au mieux, élevés, enseignés et instruits. Ils les ornent tous d'un costume uniforme, et en prennent le plus grand soin.

» Je ne manque point de drap, mais je ne puis me décider à me faire faire des culottes. Les miennes ont été raccommodées quatre fois et le seront encore. Les tailleurs ne font rien de bon et prennent trop cher. Cela va bien mieux en Italie; les tailleurs ont une corporation particulière qui ne fait que des culottes.

» En Espagne, pour les couches de l'impératrice, trente hommes se sont fouettés jusqu'au sang, afin de lui obtenir un heureux enfantement, deux même en sont morts, et cependant la mère ni le fœtus n'ont pu être délivrés. Qu'a-t-on fait de plus chez les païens? (14 août 1339.)

En Italie et en France, les curés sont généralement des ânes. Si on leur demande : Quot sunt «acrame«/a?ilsrépondent: Très. — Ç«œ?Réponse : Le goupillon , l'encensoir et la croix.

» En France, il y a eu tant de superstition, que les serfc et serviteurs voulaient pour la plupart se faire moines. Il fallut que le roi défendît la moinerie. La France est abîmée dans la superstition. Les Italiens de même sont ou superstitieux ou épicuriens. C'est un propos commun en Italie , qnand ils vont à l'église de dire : Allons au préjugé populaire.

» Lorsque je vis Rome, je tombai à genoux, levai les mains au ciel et dis : Salut, sainte Rome , sanctifiée par les saints martyrs et par leur sang qui y a été versé...; mais elle est maintenant déchirée, und der teuf el hat den papst, seinen dreck, darauss geschissen. — Cent ans avant Jésus-Christ, Rome avait quatre millions de citoyens; peu après, neuf million»; certes.

cela devait faire un peuple, si toutefois la chose est vraie. — A Venise, trois cent mille feux; à Erfurt , dix - huit mille murs à feu ( murs mitoyens ) : à Nuremberg , à peine la moitié. — Rome n'est plus qu'une charogne et un tas de cendres... Les maisons sont aujourd'hui où étaient les toits de l'ancienne Rome; telle est l'épaisseur des décombres, qu'il y en a la hauteur de deux lances de landsknecht (1). Rien n'y est à louer que le consistoire et la cour de Rote, où les affaires sont instruites et jugées avec beaucoup de justice.

Le docteur Staupitz avait entendu direà Rome , en 1311, que d'après une vieille prophétie, un ermite s'élèverait sous le pape Léon X , et attaquerait la papauté; or, les augustins s'appelent aussi ermites.

» Je ne voudrais pas , pour cent mille florins , ne pas avoir vu Rome; je me serais toujours inquiété si je ne faisais pas injustice au pape.» — Il répète trois fois ces paroles.

«Il y avait en Italie un ordre particulier, qui s'appelait les Frères de l'ignorance. Us devaient

(i) Voyez le Voyage de Montaigtie.

DB LDTHER. 337

jurer de ne rien savoir et de ne vouloir rien apprendre. Tous les moines méritent le même nom.»

un soir, à la table de Luther, il se trouvait un vieux prêtre qui racontait beaucoup de choses de Rome. Il y était allé quatre fois et y avait officié pendant deux ans. Quand on lui demanda pourquoi il y était allé si souvent, il répondit : « La première fois j'y cherchais un filou, la seconde je le trouvais, la troisième je l'emportais avec moi , et la quatrième je l'y rapportais et le plaçais derrière l'autel de Saint-Pierre. »

« ChristofT Gros , qui avait été long-temps à Rome, trabant du pape, parla beaucoup des pays ' par où l'on va vers la Terre-Sainte , de i'Aragon et de la Biscaye. Us ont pour signe du baptême une petite cicatrice au nez , juste sous les yeux. »

« Les Écossais sont la nation la plus fière ; beaucoup se sont réfugiés en Allemagne, à Erfurth et à Wurtzbourg; ils n'admettent personne comme moines dans leurs couvens. Les Ecossais sont méprisés des autres nations, comme les Samaritains par les Juifs. »

« Les Anglais ont été chassé de France après

leur défaite à Montlhéri, entre Paris et Orléans(l). — Ils ne laissent personne à Calais, à moins qu'il ne parle anglais dans tant d'heures. »

« La peste règne toujours en Angleterre. — L'Angleterre est un morceau de l'Allemagne. — Les langues danoise et anglaise sont du saxon, c'est-à-dire du véritable allemand , tandis que la langue de l'Allemagne supérieure n'est point la vraie langue allemande. — La Souabe et la Bavière sont hospitalières; au contraire la Saxe. — Luther préfère le dialecte de la Hesse à tous les autres de l'Allemagne, parce que les Hessois accentuent les mots comme s'ils chantaient. »

Diversité des langues. — « Supériorité de Tallemande : elle fait sentir que les Allemands sont gens plus simples et plus vrais. Au contraire, c'est un proverbe : les Français écrivent autrement qu'ils ne parlent, et parlent autrement qu'ils ne pensent. — L'allemand se rapporte au grec. Le latin est sec, il n'a pas de lettres doubles- — Finesse des Saxons et bas Allemands, ils sont pires que les Italiens , quand ils adoptent les idées

(i) Il est inutile de relever les erreurs grossières dont fourmille ce chapitre.

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de l'Italie. — les habitations et l'aspect des pays changent ordinairement dans l'espace d'un siècle. Il y a peu d'années que la Hesse, la Franconie, la Westphalie, n'étaient qu'un désert. Au contraire, autour de Halle, d'Halberstadt , et chez nous, on fait jusqu'à trois milles sans trouver rien que bruyères , tandis qu'autrefois il y avait des terres cultivées. Dieu aura ôté la fertilité au pays, pour punir les habitans. »

« Nous sommes de bons compagnons, nous autres Allemands, nous buvons, nons mangeons , nous cassons nos vitres, nous perdons en une soirée cent , mille florins ou plus , et nous oublions le Turc qui, en trente jours, peut être avec sa cavalerie légère à Wittemberg. ■

■ En France, chacun a son verre à table. — Les Français se préservent de Tair; s'ils suent, ils se couvrent,, s'approchent du feu, se mettent au lit ; sans cela ils auraient la fièvre. Deux personnes dansent à la fois, les autres regardent; au contraire en Allemagne. — Les prêtres d'Italie et de France ne savent pas même leur langue. »

» Dans mon voyage sur le Rhin, je voulus dire la mess 3 , mais uu prêtre me dit : « Vous ne le pouvez : nous suivons ici le rit àmbroisien. »

« George Fœgeler, chancelier du margrave,

disait que dans la Bavière il y avait plus de cent vingt-cinq cures vacantes, parce qu'on ne pouvait trouver aucun ecclésiastique.

' Dans la Bohême, il y a environ trois cents cures Vacantes, de même chez le ducGeorge.

» La Thuringe avait autrefois un sol très fertile en grain, surtout autour d'Erfurt;mals maintenant elle est frappée de malédiction. Le blé y est plus cher qu'à Wittemberg. C'est ce que j'ai vu , il y a un an, lorsque j'étais à Smalkald ; ils n'avaient qu'un mauvais pain noir... Ils ont de telles vendanges qu'on pourrait donner la pinte pour trois liards; si elles étaient moitié moins bonnes, ils seraient très riches; mais maintenant ils donnent le vin pour le tonneau.

» L'électorat de Saxe a eu douze couvens de moines déchaux , mineurs, cinq de prêcheurs, moines de saint Paul et carmélites, et quatre d'augustins. Yoilà seulement pour les moines mendians, qui, aujourd'hui se dissipent d'eux-mêmes. — Alors, un Anglais qui se trouvait à table chez le docteur , se mit à dire qu'en Angleterre, il n'y avait guère de milles carrés d'Allemagne, où l'on ne trouvât trente-deux cloitres de moines mendians.

» Le vieil électeur de Brandebourg, Joachim,

»B LETUEIL. 341

disait une fois au duc de Saxe Frédéric : Comment pouvez-vous, vous autres princes de Saxe , frapper de la monnaie si forte ? Nous y avons gagné trois tonnes d'or (en renvoyant une monnaie inférieure dans la Saxe^

La princesse de A. (Anhalt), venant à Wittemberg, se rendit chez Luther, et insista vivement pour discuter avec lui , quoiqu'il fût malade et que ce fût à une heure indue. Il s'excusa en lui disant : « Noble dame, je suis rarement bien portant dans toute Tannée ; je souffre presque toujours ou du corps ou de l'esprit. » Elle lui répondit : € Je le sais, mais nous, nous ne pouvons pas non plus vivre tous dans la piété. ■ Le docteur lui dit alors : « Vous autres de la noblesse^ cependant, vous devriez tous être pieux et irréprochables, car vous êtes peu , vous formez un cercle étroit. Nous, gens du commun et des basses classes , nous nous corrompons par la multitude; nous sommes en grand nombre; il n'est donc pas étonnant qu'il y ait si peu de gens pieux parmi nous. C'est chez vous, personnes nobles et illustres , que nous devrions trouver des exemples de piété, d'honnêteté, etc. » Et il consinua de lui parler sur ce ton, (Tischreden , p. 341 , verso.)

342 MÉMOIEUS

Luther avait dans sa maison et à sa table un Hongrois, nommé Mathias de Vai. De retour en Hongrie, il y prêcha, et fat accusé par un prédicateur papiste devant le moine George, frère du Vayvode , alors gouverneur et régent à Bude. Le moine George fit apporter deux tonneaux de poudre sur le marché, et dit : « Si l'un de vous deux prêche la bonne doctrine , asseyez-vous dessus, j'y mettrai le feu; nous verrons lequel des deux restera vivant. » Le papiste refusa , Mathias s'élança sur un des tonneaux. Le papiste et les siens furent condamnés à payer quatre cents florins de Hongrie, et à entretenir pendant un certain temps deux cents hommes d'armes. Mathias eut la permission de prêcher l'Evangile. (Tischr.,p. 13.)

Un seigneur hongrois , nommé Jean Huniade , se trouvant à Torgau, comme ambassadeur du roi Ferdinand auprès de l'électeur Jean-Frédéric , pria celui-ci de faire venir Luther pour qu'il pût le voir et lui parler. Luther y vint ; à table , l'ambassadeur dit qu'en Hongrie les prêtres donnaient la communion tantôt sous une , tantôt sous deux espèces , et qu'ils prétendaient que la chose était indifférente. « Révérend père , ajoutat-il, en s'adressant à Luther, me permettez-vous

de VOUS demander ce que vous pensez de ces prêtres? »Le docteur repondit qu'il les regardait comme de méprisables hypocrites,« Car, dit-il, s'ils étaient bien convaincus que la communion sous deux espèces est d'institution divine , ils ne pourraient continuer de la donner sous une seule. »

Luther cacha le dépit que la question de l'ambassadeur lui avait causé , et quelque temps après, il se tourna vers lui, en disant : a Seigneur, j'ai répondu à ce que votre Grâce me demandait. Me permettra-telle de lui faire une question à mon tour? »L'ambassadeur le lui permettant, il continua : « Je suis étonné que vos pareils, les conseillers des rois et des princes , qui .savent bien que la doctrine de l'Evangile est la véritable, ne laissent pas de la persécuter de toutes leurs forces. Me pourriez-vous dire d'où, cela vient?» A ce« mots, André Pflug, l'un des convives, voyant l'embarras du seigneur hongrois,interrompit Luther et parla vivement d'autre chose, de sorte que le seigneur fut dispensé de répondre. (Tischr. , p. U8.)

Le chapitre des Propos de table où se trouve réuni tout ce que Luther a dit sur les Turcs, est

fort curieux comme peinture des alarmes qu'éprouvaient alors toutes les familles chrétiennes. Chaque mouvement des barbares est marqué par un cri de terreur. C'est la même scène que celle de Goetz de Berlichingen , où le chevalier ne pouvant agir, se fait rendre compte par les siens du combat qui a lieu dans la plaine, et qu'ils coutempleut du haut d'une lour ; c'est la même anxiété d'un péril toujours croissant et qu'on est dans l'impuissance d'éviter ou de combattre.

» Le Turc ira à Rome, et je n'en suis pas trop fâché, car il est écrit dans le prophète Daniel , etc. Une fois le Turc à Rome, le Jugement dernier n'est pas loin.

» Le Christ a sauvé nos âmes; il faudra qu'il sauve aussi nos corps; car le Turc va donner un bon coup à l'Allemagne. Je pense souvent à tous les maux qui vont suivre, et il m'en vient la sueur... La femme du docteur s'écria : Dieu nous préserve des Turcs! Non, reprit-il, il faut bien qu'ils viennent et qn'ils nous secouent comme il faut,

» Qui m'eût dit que je verrais en face l'un de l'autre les deux empereurs, les rois du Midi et du Septentrion ?... Oh ! priez , carnos gens de guerre sont trop présomptueux, ils comptent trop suf

leur force et sur leur nombre. Cela ne peut pas bien finir. Et il ajoutait : Les chevaux allemands sont plus forts que ceux des Turcs; ils peuvent les renverser; ceux-ci sont plus légers, mais plus petits.

« Je ne compte point sur nos murs, ni sur nos arquebuses , mais sur le Pater noster. C'est là ce qui battra les Turcs; le décalogue n'y suffit pas. »

Luther dit qu'après avoir depuis long-temps désiré de connaître l'Alcoran , il en trouva enfin une mauvaise version latine de 1300, et qu'il la traduisit en allemand , afin de mieux faire con naître l'imposture de Mahomet. Dans son « Instruction tirée de l'Alcoran , » il prouve que ce n'est point Mahomet qui est l'Anti-Christ (car l'imposture, dit-il , est trop visible en celui-ci), mais plutôt le pape avec son hypocrisie. — ■ Il y a trois ans qu'un moine du pays des Maures vint ici. Nous disputâmes avec lui par l'intermédiaire d'un interprète, et comme il fut confondu en tous points par la Parole de Dieu, il dit à la fin : « C'est là une bonne croyance . »

Les juifs, à titre de juifs et d'usuriers, étaient fort mal avec Luther.

« Nous ne devons pas souffrir les juif» parmi nous. On ne doit ni boire ni manger avec eux. —

Cependant , dit quelqu'un , il est écrit que les juifs seront convertis avant le Jugement... — Et il est écrit aussi , dit la femme de Luther, qu'il n'y aura qu'une bergerie et un berger. — Oui, chère Catherine, dit le docteur. Mais cela s'est déjà accompli , lorsque les païens ont embrassé l'Evangile. »(Tischr., p. -431,) ^

« Si j'étais à la place des seigneurs de **, je ferais venir ensemble tous les juifs, et je leur demanderais pourquoi ils appellent Christ un fils de p.... , et sainte Marie une coureuse. S'ils parvenaient à le prouver, je leur donnerais cent florins; sinon je leur arracherais la langue. » (Tischr., p. âM , verso.)

Page l34> ligne 2. — Je ne puis nier que je ne sois violent...

Érasme disait : « Luther est insatiable d'injures et de violences; c'est comme Oreste furieux. » (Erasm, , Epist. non sobria Luther.)

Page 147, ligne 16; Le droit impérial ne tient plus qu'à unjil.,.

Cependant Luther le préférait encore au droit saxon.

DE LOTHEn.. 347

« Le docteor Luther parlant de la grande barbarie et dureté du droit saxon, disait que les choses iraient au mieux si le droit impérial était suivi dans tout l'Empire. Mais l'opinion s'est établie à la cour , que le changement ne pouvait se faire sans grande confusion et grande dévastation. « (Tischreden , page -412.

Page 148. ligne 25. — Je te le conseille , juriste, laisse dormir le vieujc dogue.. •

Dans son avant-dernière lettre à Mélanchton (6 février 1546), il dit en parlant des légistes : « 0 sycophantes, ô sophistes, ô peste du genre humain !... Je t'écris en colère, mais jene sais si, de sang froid , je pourrais mieux dire. ■

Page 1^9 1 ligne 6» — Juristes pieux...

Il souhaite qu'on améliore leur condition.

« Les docteurs en droits gagnent trop peu et sont obligés de se faire procureurs. En Italie, on donne à un juriste quatre cents ducatsou plus par an ; en Allemagne , ils n'en ont que cent. On devrait leur assurer des pensions honorables, ainsi qu'aux bons et pieux pasteurs et prédicateurs Faute de cela, ils sont obligés pour nourrir leurs

femmes et leurs enfans, de s'occuper de l'agriculture et des soins domestiques. » ( Tischreden , page -414.)

Page l49- — Fin du chapitre.

Au comte Albrecht de Mansfeld, au sujet d'une affaire de mariage : « Les paysans, les gens grossiers qui ne recherchent que la liberté de la chair, les légistes qui décident toujours contre la foi, m'ont rendu si las, que j'ai rejeté décidément le fardeau des affaires de mariages, et que j'ai dit à plusieurs de faire, au nom de tous les diables, ce qu'il leur plaira : Sinite mortuos sepelire mortuos. Le monde veut le pape! qu'il l'ait, s'il n'en peut être autrement. Tous les légistes tiennent pour lui. Je ne sais vraiment si, moi mort, ils auront le courage d'adjuger, à mes enfans, le nom de Luther et mes guenilles! Ils jugent toujours d'après le droit papal. A qui la faute ? A vous autres seigneurs; qui les rendez trop fiers, qui les soutenez dans tout ce qui leur plaît de décider, qui opprimez les pauvres théologiens , quelque raison qu'ils puissent avoir... » (5 octobre 1S36.)

« Il faudrait dans un pays deux cents pasteurs contre un juriste. Nous devrions, en attendant,

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changer en pasteurs les juristes et les médecins. Vous verrez que cela viendra. ■ (Tischreden , page 4, verso.)

Page iSj , fin dit\chapitre.

Discussion confidentielle entre Mélanchton et Luther. (1536.)

Mélanchton trouve probable l'opinion de saint Augustin, qui soutient « que nous sommes justifiés par la foi, par la rénovation, » et qui, sous le mot de rénovation , comprend tous les dons et les vertus que nous tenons de Dieu (i). « Quelle est votre opinion ? demanda-t-il à Luther. Teneivous, avec saint Augustin, que les hommes sont justifiés par la rénovation, ou bien par imputation divine? » — Lcxnsa répond : « Par la pure miséricorde de Dieu. « — Méiaschtoîs propose de dire que l'homme est justifié jarmcfpa/tVer par la foi, et minus principaliler par les œuvres, en sorte que la foi rachète l'imperfection de cellesci. — LcTiiÉB. « La miséricorde de Dieu est seule

( I )MéIanchon fait remarquer qoe saint Augustin n'exprime pas cette opinion dans ses écrits de controverse.

nu

la vraie justification. La justification par les œuvres n'est qu'extérieure; elle ne peut nous délivrer ni du péché ni de la mort. » — Mélanchton. Je vous demande ce qui justifie saint Paul et le rend agréable à Dieu , après sa régénération par l'eau et l'esprit? — Luther. « C'est uniquement cette régénération même. Il est devenu juste et agréable à Dieu par la foi, et par la foi il reste tel à jamais. » — Mélanchtox. Est-il justifié par la seule miséricorde, ou bienl'est-il principalement par la miséricorde, et moins principalement par ses vertus et ses œuvres ? — Luther. « Non pas. Ses vertus et ses œuvres ne sont bonnes et pures que parce qu'elles sont de saint Paul , c'est-à-dire d'un juste. Une œuvreplaît ou déplait, est bonne ou mauvaise, à cause de la personne qui la fait. » — Mélanchton. Mais vous enseignez vous-même que les bonnes œuvres sont nécessaires, et saint Paul qui croit, et qui en même temps fait les œuvres ^ est agréable à Dieu pour cela. S'il faisait autrement il lui déplairait. — Luther. « Les œuvres sont nécessaires, il est vrai , mais c'est par une nécessité sans contrainte, et toute autre que celle de la Loi. Il faut que le soleil luise, c'est une nécessité également; cependant ce n'est pas par suite d'une loi qu'il luit, mais bien par na-

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ture , par une qualité inhérente et 'qui ne peut être changée : il est créé pour luire. De même le juste, après la régénération, fait les œuvres, non pour obéir à quelque loi ou contrainte , car il ne lui est pas donné de loi , mais par une nécessité immuable. — Ce que vous dites de saint Paul, qui, sans les œuvres, ne plairait pas à Dieu, est obscur et inexact, car il est impossible qu'un croyant, c'est-à-dire un juste, ne fasse ce qui est bien. » — Mélaschtox. Sadolet nous accuse de nous contredire en enseignant que la foi seule justifie, et en admettant néanmoins que les bonnes œuvres sont nécessaires. — Lcther. « C'est que les faux frères et les hypocrites , faisant semblant de croire, on leur demande les œuvres pour confondre leur fourberie... » — Mélaschtox. Vous dites que saint Paul est justifié par la seule miséricorde de Dieu. A cela je réplique que si l'obéissance ne venait s'ajouter à la miséricorde divine, il ne serait point sauvé, conformément à la parole (I. Cor. ix) : « Malheur à moi , si je ne prêchais pas l'Évangile! ■ — Lcther. « Il n'est besoin de rien ajouter à la foi; si elle est véritable, elle est à elle seule efficace toujours et en tout point. Ce que les œuvres valent, elles ne le valent que par la puissance et la gloire de la foi, qui est, comme

le soleil, resplendissante et rayonnante par nécessité de nature. » — Mélancdtoîj. Dans saint Augustin, les œuvre sont incluses en ces mots : Sola fide. — Luther. « Quoi qu'il en soit, saint Augustin fait assez voir qu'il est des nôtres, quand il dit : » Je suis effrayé, il est vrai, mais je ne désespère pas, car je me souviens des plaies du Seigneur, « Et ailleurs, dans ses Confessions : » Malheur aux hommes, quelque bonne et louable que leur vie puisse être, s'ils ne sollicitent la miséricorde de Dieu... « — Mélanchton. Est-elle vraie, cette parole : « La justice est nécessaire au salut? « — Luther. « Non pas dans ce sens, que les œuvres produisent le salut , mais qu'elles sont les compagnes inséparables de la foi qui justifie. C'est tout de même qu'il faudra que je sois là en personne lorsque je serai sauvé. »

«J'en serai aussi,» dit l'autre qu'on menait pour être pendu, et qui voyait les gens courir à toutes jambes vers le gibet... La foi qui nous est donnée de Dieu régénère l'homme incessamment et lui fait faire des œuvres nouvelles, mais ce ne sont pas les œuvres nouvelles qui font que l'homme est régénéré.. Les œuvres n'ont pas de justice par elles-mêmes aux yeux de Dieu, quoiqu'elles ornent et glorifient accidentellement

Uti LUTHER. ^53

l'homme qui les fait... En somme, les croyairs sont une création nouvelle , un arbre nouveau. Toutes ces manières de dire usitées dans la Loi ; telles que : « Le croyant doit faire de bonnes œuvres, ne nous conviennent donc plus. On ne dit pas : Le soleil doit luire, un bon arbre doit porter de bons fruits, trois et sept doivent faire dix. Le soleil luit par sa nature, sans qu'on le lui commande ; le bon arbre porte de même ses bons fruits; trois et sept ont de tout temps fait dix; il n'est pas besoin de le commander pour l'avenir.

Le passage suivant est plus exprès encore. « Je pense qu'il n'y a point de qualité qui s'appelle foi ou amour, comme le disent les rêveurs et les sophistes, mais je reporte cela entièrement au Christ, et je dis mea forma lis justitia (la justice certaine, permanente, parfaite, dans laquelle il n'y a ni manque, ni défaut; celle qui est comme elle doit être devant Dieu) , cette justice c'est le Christ , mon seigneur. (Tischr, , p 133.)

Ce passage est un de ceux qui font le plus fortement sentir le rapport intime de la doctrine de Luther avec le système d'identification absolue. On conçoit que la philosophie allemande ait abouti à Schelling et à Hegel,

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