CHAPITRE XVII
L'entrevue d'Erfurt eut lieu. Napoléon partit pour l'Espagne ; il battit, il dissipa tout ce qui lui fut opposé ; Farmée anglaise était perdue s'il avait pu lui-même la poursuivre ; mais la quatrième guerre d'Autriche avait éclaté, il fut obliglWfeccourir au secours de la Bavière. Le prince Berthier m'envoya l'ordre dé rejoindre! armée; l'empereur y était déjà: je le trou* vai a Landshut , qui venait de remporter la victoire de Ratisbonne ; je ne fus pas contept de sa réception. Il me demanda d'un air assez sec: ,, Comment se portent vos Prussiens et vos „Pantaicois? Vous auriex dû faire payer a ces „derniers ce qu'ils mie doivent. Vous levoyex, ,,nous ne sommes pas tous morts en Espagne; „il me reste encore asses de monde pour battre „les Autrichiens." Je sentis l'allusion. *
.Nous marchâmes sur Vienne. L'empereur s'adoucit et me traitait avec plus de bienveillance. L'affaire d'Esslingen eut lieu : une foule de braves avaient perdu la vie ; le maréchal Lannes était hors de combat; la cavalerie, l'artillerie, étaient détruites; et le village d'Esslingen , le point le plus important qdi nous restait a défendre, inondé par vingt bataillons de grenadiers hongrois: nous ne pouvions pi us nous y maintenir; déjà ils pénétraient dans la maison carrée que Napoléon avait fait fortifier la veille. Le comte Lobau s'avança a leur rencontre et les arrêta ; mais ils reçurent tout de
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suite des renforts. L'empereur s'en aperçut:
je fus chargé de prendre deux autres bataillons de la jeune garde et de voler au secours des nôtres; je 4evais les dégager, faire retraite avec 'eux, et prendre position^ entre le village et le reste de la garde, sur les bords du Danube , près du pont qui avait été rompu. lies colonnes autricniennes s'avançaient de tous les côtés sur ce point ; la position devênai t terrible: a noire gauche, Ma^éna occujiait encore Grosasj^ern ; il avait perdu beaucoup de monde, mais enfin il se maintenait. Je me mis k la tête de mes deux bataillons, et j'entrai dans le village: je disposai mes troupes en arrièi'e du jénéral Mouton, et fus lui porter les ordres de 'empereur ; mais toute la réserve ennemie, conduite par l'archiduc Charles , se déployait a quelques j^as. ,,Vous avez, dis-je au comte „Lobau, étonné ces masses par votre résistance ; ,, abordons-les a la baïonnette, rejetons-les sur ,,les colonnes qui s'avancent: si nous réussis- „sons, l'empereur et l'armée nous sauront gré „du succès ;^ si nous sommes malheureuxi, la „tesponsabilité pèsera sur moi. — Sur tous les „deux, reprendle général.*' Nos cinq bataillons s'ébranlent, culbutent, dispersent tout a coups de baïonnettes : nous sommes maîtres du vulage. L'archiduc cherche en vain a le rej)rendre: cinq fois il ramène ses troupes a la charge, cinq fois il est défait; nous lui rimes éprouver une perte immense. Nous en avions essuyé , aussi une considérable : le général Mputon , le général Grosse, étaient blessés; beaucoup d'autres officiers avaient perdu la vie. Napoléon fut enchanté de cette aftaire ; il me ait des
choses flatteuses, et ajouta: yySi jamais tu as ^.bien fait de ne pas exécuter mes ordres, ,,c'est aujourd'hui; car le salut de Tarmée dé- „pendait de la prise d'Esslingen.' •
Napoléon trouvait les Viennois plus exaltés que dans nos campagnes précédentes ; il m'en fit la remarque. Je lui répondis , que le désespoir y était pour beaucoup; que partout Ton était fatigué de nous et de nos victoires. Il n'aimait pas ces sortes de réflexions.
Schill courait alors la Saxe ; il l'apprit et en fut inquiet : c'était une manière de sonder l'opinion. La Prusse préludait a cette guerre d'insurrection qu'elle nous fit plus tard: j'avoue que je ne le croyais pas; j'avais une trop haute idée de la loyauté nationale. Je cherchai a dissiper les préventions de l'enn^ereur; mais ses soupçons étaient plus forts que tout ce que je pouvais lui dire. Une autre circonstance contribuait k le rendre défiant: la marche des Russes ; n'était pas plus franche que cejile des Prussiens ; ils tergiversaient. Ce manque de fois le rendit furieux. Il résolut d'en tirer vengeance: mais il lui fallait du temps.
La bataille de Wagram eut lieu : je n'y assistai pas. TÇrois jours auparavant j'accompa- §nai Napoléon a File Lobau: j'étais dans une e ses voitures avec le général Lauriston ; nous versâmes : j'eus une épaule démise et trois côtes fracassées.
L'empereur poussa jusqu'à Znaim et revint s'établir a Schœnbrunn; il y apj>rit enfin la défaite et la mort de Schili; il en fut satisfait : il eût Cependant mieux aimé que ce partisan eût été pris.
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Il y eut , pendant les négociations , diverses émeutes a Vienne. Plusieurs personnes , convaincues dy avoir trempé, furent condamnées a mort: deux bourgeois e;t un juif allaient être exécutés; je fus assez heureux pour obtenir leur grâce.
Napoléon était assez constamment de bonne humeur; cependant les rapports que lui faisait la police venaient de temps k autre troubler sa gaieté. Ses ennemis avaient répandu le bruit ridicule d^une aliénation mentale: il en fut blessé. „Cest, dit-il, le faubourg Saint-Germain „qui imagine ces belles choses; ils en feront „tant que je finirai par envoyer ce monde-lk „dans la Champagne pouilleuse.**
Un jour je lui demandai de l'avancement pour deux officiers. ,;Je ne veux plus, me „dit-il, en doimef tant; ce diable de Berthier „m'en a trop fait faire. Puis se tournant vers Lauriston: N'est-ce pas, Lauriston, que de notre temps on n'allait pas si vite? Je suis „resté lé bien des années lieutenant , moi ! — „Cela se peut , sire , mais depuis vous avea „bien rattrape le temps perdu.** Il rit beaucoup de ma repartie , et ni*accorda ce que je sollicitais.