‹ Mémoires of général Count Rapp, aide-de-camp to NapoléonChapitre 20 sur 60 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Xependant la paix traînait en longueur; les négociations n'avançaient pas: et TAllemagne souffrait toujours. Un jeune homme, égarjé par un amour aveugle de la patrie, forma le dessein de la délii^rer de celui qu'il regardait comiiae la cause de ses maux . Il se présenta k Scbœn* brunn le 25 octobre , pend!ant que les troupes défilaient : j'étais de service; Napoléon était placé entre le prince de Neufchâtel et moi.' Ce jeune homme, nommé St..., s avança vers l'empereur; Berthier, s'imaginant qu'il venait

Srésenter une pétition, se mit au-devant et lui it de me la remettre ; il répondit qu'il voulait parler a Napoléon : on lui dit encore que, s'il avait quel({ues communications a faire , il fallait qu il s adressât a l'aide - de - cariip de service. Il se retira quelques pas en arrière, en répétant qu'il ne voulait parler qu'a Napoléon. Il s'avança de nouveau elr s'approcha de très près : je l'éloignai , et lui dis en allemand iqii'il eût a se retirer; que, Vil avait quelque chose a demander, on l'écouterait après la

un papier dont l'extrémité était en évidence. Il me regarda avec des yeux qui me frappèrent; son air décidé me donna des soupçons:

j'appelai un orficier de gendarmerie qui se trouvait la; je le fis arrêter et conduire au château. Tout le-monde était occupé de la parade;

per-

parade. Il avait la main droite enfoncée dans [a poche- de côté , sous sa redingote ; il tenait m papier dont l'extrémité était en évi(

du générai liapp* 113

personne ne s'en aperçut^ On vint bientôt m'an« noncer qu ati avait trouvé up énorme couteau de cuisine sur St.k«i je prévins Duroc; nous nous rendîmes tous au lieu pu il avait été conduit. Il était assis sur uii lit où il avait étalé le portrait d'une jeune femme ,^ son pctrtefeuilléi et une bpurse qui contenait quelque vieux louis d'0r« Je lui demandai son nom. — ^,Je ne pub f^le dire qu a Napoléo^. — Quel usage voulies- ^^vous faire de ce couteau ? — Je ne puis Ife ^ydire qu'a Napoléon* — Vouliea^vous vçus eti „»ervir pour attester a ^a vie ? — Oui, mon- «ySieuri — Pourquoi? — Je ne puis dire qu'a ^luiseul."

J'allai prévenir rempereuf de cet éti^ahge événement; il me dit de faire amener de jeune hpmroe dans son cabinet; je transmis ses ordres et je remontaL 11 était avec Bernadotte i Berthier, Savary et Duroc^ l)eux gendarmes amenèrent St*.. les mains liées derrière le doS: il était calme ; la présence de Nftpoléon tie lui fit pas la moindre impression; il le salua cependant d'une manière respecteuse. L'empereur lui demanda s'il parlait français ; il rèpon- <Ut avec assurance : ,,Très peu/^ Napoléon me chargea de lui faire en son nom les questions suivantes :

„î)'où êtes -vous? — De Naumbourg. ^-^ „Qu'est votre père ? — Ministre protestai^t. -v ^,Quel âge avea-vous? — : Dix-huit ans/-^ Que ^iVouliea-ViOus faire de votre couteau? --^ Vous ,,tuer. — Vous êtes fou, jeune honune; vous „êtes illuminé. — Je ne suis pas fou^ je ne sais ;,ce que c'est qu'illuminé.^— ^ vous êtes donc ma- >,lade ? — Je ne suis pa»^ malade > ]é xae porte

„bien, — Pourquoi vouliesi-vous mo tuer? -— „Parce que vous faites le malheur de mon pays. j,"— Vous ai- je fait quelque* mal? — Comme a y^totis les Allemands. — Par qui êtes-vous en- „voyéV qui vous pousse a ce crime? — Per- ,, sonne; c'est l'intime conviction qu'en vous ,ytnant je rendrai le plus- grand swvice k mon „pays et k l'Europe y qui mt a tnb les armes à la ^,main. — Est-ce la première fois que vous me ,,voyea ? — ^ Je vous ai vu à Erf urt lors de l'en- „trevue. — Nave»-vous pas eu l'intention de ,,me tuer alors? — Non, ]e croyais que vous ne ,^eriez plus la guerre k TAUemagne; j'étais un „de vos plus grands admirateurs. — De|>ui5 ,,quand êtes-vous a Vieiine ? -— Depuis dix jours. ,, — Pourquoi avea-vous attendu si long-temps „p6ur exécuter votre projet? — Je suis venu a „Schœnbrunn il y a huit jours aVec l'intenl^ion ,9 de vous tuer; mais la parade venait de finir, j'a- ,yVais temis l'exécution de mon dessein a aujour» „d'hui. y- Vous êtes fou, vous dis-je, ou vous .,étes malade. — Ni l'un ni l'autre. — Qu'on fasse ,,venir Con isart. — Qu'est-ce que Corvisart ? — ,^Cest un médicin, lui réjjondis-je. — Je li'en ai ,, pas besoin.*^ Nous restâmes sans rien dire jusqu'à l'arrivée du docteur; St.. était impassible. Corvisart arriva; Napoléon lui dit de tàter le pouls du jeune homme , il le fit. „N'est-cepas, ;,inonBie.ur , que fe ne suîs"[)oint malade? — i^onsieur se porte bien , répondit le docteur ^,en s^adressant à l'empereur* — Je vous l'a- „vais bien dit, reprit St... avec une sorte de „f;atisfaction.'^ •

Napoléon , embarrassé de tant d^assàrânee, rf e<nnmença ces questions. »

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Vous avec une tète èxattée ^ Viilis ll»#<^ji là perte de votre famille; Je Vous accorderai la vie, si vous demandez pardon du crime que „voué avez v^ulu ;cdmmettre« et dôiit iBi>U$ de- „vea être fâché. — Je ne veux paé de pardon^ J'ér „prduve le plus vif regret de n avoir, jm^séuiftir. ., — Diable: il parait quuh crime stéàt rien pour nous? — Vous tuer n'est paë ùncr^e, c'est un devoir: — Quel est ce poa^trait qu'on ,,â trouvé sur. vous? -^ Celui d'une jeutie pétt5- ,,sonne que* j'aimé. "— Elle; sera bien affligée cle „ votre avanturè! — Elle ëei*a àfflieée^deçe q;Ué ,,je n'ai pas réussi i elle vous aonorrè aUtali[t y^qtié tooi. — Mais .enfin si je, vous fais gràce^ ^ni'en saur^a-^vous gré ? — r Je né voiis^ feii : tuerai ,,pas moins." -• ? .

Napoléoiï fut stupéfait. Il dohnà ordre d'éi h^ , mener le prisonnier: Il s'entretint quelque temps avec nous , et parla beaucoup dllluminés; Le soir il me fit demander et jne dit:

,,Savea-vous que l'événement d'aujourd'hui tsl ,, extraordinaire. Il y a dans tout cela deâ ,, menées de Berliil et de Wéimâr." Je repoussai ces soupçoiis. ,3I^is 1^^ fèmnies sont capables i,dé tout. — ^ Ni hommes ni femmes de ce* ,^deux cours nç Concevront jamais de projet i^aiissi atroce. — Voyez leur affaire de ocb"l. „ — Elle n'a rien de commun avec un Jiarèil „crimé. — Vous avez beau dire , monsieur le ,, général; on ne m'aime ni a Berlin ni a Wéi- ,ymar. — Cela n'est pas douteux: màispduvêz- „vous prétendre cju'on vous aikne dans ces deux cours ? et parce -qu'on ne vous aime pas, faut-il vous assassiner?'^ Il communiqua, les mêmes soupçons a.*;»;

Naj^oléon me donna l'ordre d'écrire au général Lauer d'interroger St..., afin d'en tirer quelque révélation. Il n'en fit point. Il soutint qiie c'était de son propre mouvement et sans aucune ' suggestion étrangère qu'il avait conçu son d^^ein.

La àé]^t de Schœnbrunn était fixé au 27 octobre. Napoléon se leva a cinq heures du matin rt me fit appeler. Nous allâmes k pied sur la grande route voir passer la garde impénale, ui partait pour la France. Nous étions seuls, apoléon me parla encore de St.... ,,11 njr a „pas d'exemple qu'un jeune homme de cet âge, „Allemand , protestant, et bien élevé, ait voulu „commettre un pareil crime. Saches comment „il est mort.^^

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