‹ Mémoires of général Count Rapp, aide-de-camp to NapoléonChapitre 25 sur 60 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Napoléon quitta Dantsic et se rendit a Kœnîgsberg; Murât Tavait accompagné , le général Belua'rd s'y trouvait aussi, il leur parla beaucoup de 1 Espagne et de son frère, dont il n'était pas content. Le général Flahaut revenait d'une mission dont il avait été chargé auprès de Sch wartzenberg; il rendit compte dudévouenient du prince, et, de l'impatience où. il était de culbuter les Russes : l'empereur n'avait pas trop l'air d'y croire ; cependant il se laissa persuader : il pensa qu a la longue les protestations peuvent devenir ' sincères , et les bienfaits inspirer aussi quelque reconnaissance. Il exposa* son plan et ses projets: „Si Alexandre, dit-il, „persiste k ne pas exécuter les conventions que „nous avons faites, s'il ne veut pas accéder aux „dernières propositions que ^je lui ai soumises^ „]e passe le mémen, je bats son armée et „m'empare de la Pologne russe; je la réunis ,,au grand duché, j'en fais un royauriie , où je ,, laisserai cinquante ]t\ille hommes que le pays- ,, entretiendra. Les habitants désirent se recon- „stituer en corps de nation; ils sont belliqueux, „ils se formeront, ils auront bientôt des trou- „pes nombreuses et aguerries: la Pologne maii-* „que d'armes, je lui en fournirai ; elle bridera „les Russes ; ce sera une barrière contre l'irrup- ,,tiop des Cosaques. filais je suis embarrassé; \à „ne sais quel parti prendre a l'égard de la Ga- „licie ; l'empereur d Autriche ou plutôt son con-

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„s6il ne peut pas s'en dessaisir: j'ai offert d'am* „ples compensations , elles ont été refusées... „I1 faiit s'en^ remettre aux événements; eux „seuls nous apprendront ce qu'il convient Am y,faire. La Pologne, bien organisée , peut four- „nir cinquante mille hommes de cavalerie:

yyfanterie de la Yistule ferait une excellente „€avalerie légère , qu'on pourrait opposer avec ,,succès a cette nuée de Cosaques dont les Russes „se font précéder. — Nous verrons cela plus , y tard. Vous retournez avec Murât, vous quit- „tea vos Suisses; que pensex-vous des Suisses? „ — Ils iront, sire, ils se battront: ils ontbeau- ,,coup gagné; depuis six' semaines, ils ne sont „pas cpnnaissables. J'irai les voir demain. — ,, Allons, bien; rejoignez Murât et voyea avec ,, lui toute liv cavalerie.**

Les propositions dont parlait l'empereur ne fièrent pas accueillies: les Russes se plaignaient de nos forces , 4^ nos ^mesures commerciales ; ils exigeaient que nous évacuassions l'Allemagne. Nous marchâmes en avant, nous arrivâmes au Niémen : cinq ans auparavant il avait été témoin de nos victoires ; l'armée ne l'aperçut qu'avec des cris de joie. Napoléon se rendit aux avant-postes , se déguisa en chasseur et reconnut les bords du fleuve avec le général Axo. Il s'entretint ensuite quelques instants avec le roi de Naples : il lui mdiqua l'endroit où il convenait de jeter les ponts, et lui donna ordre Me concentrer ses troupes, afin que le passage fût rapidement effectué. ' La cavalerie

était k cheval, Finfanterie avait pris les armes ; jamais spectacle ne fut plus magnifique. Êblé se mit a l'ouvrage) leis pontons furent placés a minuit: k une neure, nous pétions' sur la rive droite et le général Pajol k Kowsno ; Bagâwouth Tavait évacué, nous Toccupâmes sans coup férir. Nous continuâmes le mouvement ; nous marchions sans relâche : nous n apercevions que quelques j^ulks de Cosaques qui se perdaient k l'horiaon. Ploiis arrivâmes kWilna; ses immenses magasins étaient en feu : nous réteignîmes; la' plus grande partie des subsistances fut sauvée»

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CHAPITBÉ XXIV.

Cet incendie, cette terre qu'avaient tant de fois foulée les légions polonaises , au retour de leurs glorieuses expéditions , nous remplirent d'une nouvelle ardeur: l'armée s'abandionnait a la puissance des' souvenirs. Nous nous précipitâmes a la suite de Tennemi ; mais la pluie tombait par torrents , le froid était dçvenu* sévère; c'étaient les boues, les fondrièrelSi^e Pultusk: nous n'avions ni abri ni aliments. Si du moins les Russes eussent osé nous attendre; mais ils gagnaientle Borysthène, -ils se jetaient sur la Dwina , ils fuyaient , dévastaient: ce n'était pas une guerre, c'était une lutte a la

nemie parvint cependant a se rallier ; elle se réfugia dans les ouvrages qu'elle avait élevés a Drissa ; mais elle se vit bientôt menacée dans ses retranchements et sa retraite : elle n'osa courir cette double chance et s'éloigna. Elle était ]^erdue si elle eût tardé quelques heures ; toutes les dispositions étaient faites pour la prendre en flanc et lui intercepter la route : un coup de main la sauva. Dm corps avancés ne se gardaient pas avec assex de vigilance ; Wittgenstein les surprit : Napoléon crut que l-es Russes marchaient k nous ; il arrêta ses colonnes: ce retard les sauva; ils avaient fait leur mouvement quand nous arrivâmes a Beszenko-

Mémoire^

wnxi. Le roi de Maples les suivit; il les atteignit, les culbuta a Ostrowno, les chargea (encore à quelques lieues plus loin, et dispersa toute Tatrière-garde. Au reste , voici son rapport: je l'insère parce qu'il peint la manière ae ce prince, qui ne méritait pas de mourir ailleurs que sur le champ de bataille.

.,Je mis en mouvement le premier corm de ,,la réserve de la cavalerie et deux bataulofts „d'infanterie légère: la division Delaons suivit „le mouvement. Nous rencontrâmes TarrieFe- ,, garde ^nemie ^ environ deux lieues d'Os- „trowG^; elle était avantageusement placée ^derrière unFavinesoarpéf elle avait une nom- ,,breuse , artillerie, son front et ses flancs étaient y^couverts par dqs bois touffus : on échangea ,,([uelques coups de canon, on envoya les ba- „taillons pour arrêter l'infanterie qui faisait ^rétrograder nos hussards. La division Delsons ^arriva; le rôle de la cavalerie était fini. Le ,, vice-roi fit ses diispositions, , on miarcha a Ten- „nemi; on passa le ravin: la brigade de cava- „lerie étrangère qui longeait la Dwina proté-^ ,,geait notre gauche et débouchait dans la plaine ; Mie reste des troupes légères marchait sur la ^chaussée a mesure, que Tinfanterie ennemie ^rétrogradait. Les cuirassiers furent laissés en „réserve en arrière du ravin et les canons mis ,yen batterie. Ma droite était protégée par des „bois immenses, m, éclairée par de nombreux „partis. L'ennemi fut poussé jusqu'à la deuxièniie „position en arrière du ravin où était la ré- ,^serve ; ' il nous ramena a son tour sur le ravin ; „il en fut de nouveau repoussé: il nous rame- „nait pour la seconde fois ; déjà il était sur le

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point d'enlever nos pièces, embarrassées dans un défilé qu'elles traversaient pour aller prendre 2)ositîon sur les hauteurs ; notre gauche était culbutée , et l'ennemi faisait un grand mouvement sur la droite : la brigade étrangère allait être dispersée. Dans cet état de choses , il n'y avait qu'une charge de cavalerie qui pût rétablir les affaires; je la tentai. Nous nous portâmes sur cette infanterie qui s'avançait audacièusement dans la plaine ; les braves Polonais s'élancèrent sur les bataillons russes: pas un homme n'échappa, pas un ne fut fait prisonnier; tout fut tué , tout périt; le bois même ne put dérober personne au tranchant du sabre. En même temps les carrés s'ébranlaient au pas de charge ; le général Girardin , qui conduisait! les bataillons de gau'che , faisait un changement a droite , et se portait par Ta grande chaussée sur les derrières dé fennemi; les troupes qui se trouvaient a droite exécutaient la même manœuvre. Le général Pire les soutenait ; il chargea a le tête du huitième de hussards : rennemi fttt culbuté; il ne dut son salut qu'aux bois et aux ravins qui retardaient h^ marche.

Toute la division suivait le mou vement ; Tinfanterie s'avançait j^ar la chaussée, la cavalerie débouchait par les hauteurs : je faisais çanonrier les cinq a six. régiments k cheval qu'elle avait en face. Ce fut dans cette position que me trouva votre majesté; elle mé fit poursuivre l'ennemi, je le poussai jusqu'à une lieue et demie de Witepsk. Voila, sire, le récit de l'affaire que nous venons d'avoir avec les Russes : elle leur coûte environ trois

yyinille morte et un grand nombre de blessés ; ,,nous njavons presque perdu personne. Ce réyySultat est en grande partie Tôuvrage du comte „Belliard, quia dontié dans cette journée de „nouvelles preuves de dévouement et de cou- „rage. C'est a lui quon doit la conservation de ,,rartillérie de la division Delaons."

Tout fatigue a la longue ; la lassitude même inspire de courage. Barclay Féprouva : deux ou trois fois il eut le dessein de tenter le sort des armes; niais je ne sais quel pressentiment de défaite l'agitait à la vue de nos soldats : a peine il les voyait paraître qu'il précipitait sa mite ; ses magasins , ses pièces , ses ouvrages, tombaient dans nos mains sans l'émouvoir. Il nayaii qu'un but, qu'un objet ; c'était d'être toujours qùelquesiiieues en avance. Bagration imitait cet exemple , mais montrait parfois de la résolution ; il eut divers engagements avec notre avant-garde. Le maréchal Davoust le poussait vivement;, mais le roi.de Vestphalie marchait avec mollesse, Vandame discutait avec ce souverain , les ordres ne s'exécutaient pas. Cette mésintelligence sauva le prince russe; il nous gagna de vitesse, atteignit Mohilow, fut battu : il fut bien arrivé pis sans ces contestations que Napoléon" ne devait pas prévoir. Les Russes, éparpillés sur les bords du Niémeû , se trouvaient réunis sur ceux du Borysthène : ils se préparaient k défendre Sniolensk , et nous a l'emporter.

dm gAiérak Bapp-

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