‹ Mémoires of général Count Rapp, aide-de-camp to NapoléonChapitre 26 sur 60 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

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uns et les autres auguraient mieux que moi de la lutte qui s'était engagée. Elle se présentait en effet sous des auspices spécieux: la Pologne entière était en mouvement ; hommes^ femmes, paysans, bourgeois, gentilshommes, tous étaient animés du plus noble enthousiasmé; les troupes s'organisaient, les administrations jse formaient, an assemblait des ressources,' et on se disposait a refouler Toppression par-delà le Borysthène.

La diète de Varsovie était ouverte; cette nation, si long-temps battue par l'orage, dtby ait enfin toucher au port: aucun sacrifice ne lui coûtait. Le discours du président avait excité des acclamations générales , partout il avait été reçu avec transport. Je fus curieux de le lire ; M. de Bassano me le communiqua: „I1 pourrait être ,,mieux, me dit-il, mais enfin il est passable." L'empereur eût désiré qéll fût plus fort de choses et renfermât des pnrases moins savantes. C'était l'élan du patriote et non les mouvements comj^assés de lorateur quiLfallait dans une si grave circonstance ; néanmoins il a produit son effet.

„Long-tep[ips avait existé dans le centre de „rEurope une nation célèbre , maîtresse d'une „contrée étendue et féconde, brillante du dou- „ble éclat de la guerre et dés arts , protégeant ,, depuis des siècles, d'un bras infatigable, les „baTrières de l'Europe contre les barbares qui „frémissaient autour de son enceinte. Un peu- „ple nombreux prospérait sur cette terre. La „nature réi>ondait avec libéralité a ses travaux. „Souvent^es rois avaient pris place dans l'his- „toire à côté de ceux qui ont le pluif honoré ^,le ran^ suprême.

du général Rapp. 143

,,Mais cette terre c'est la Pologne, le peuple ,c*est vous : que sont-ils devenus? comment ,s'est opéré le déchirement de notre patrie?

,comment cette grande famille, quj même en ,se divisant ne se séparait pas, qui avait su res- ,ter unie k travers des siècles de divisions; ,comment cette puissante famille s'eat-elle vue ,déinembrée? quels ont été ses crimes et ses ,juges ? de quel droit a-t-elle été attaquée, ,envahie, effacée de la liste des, états et des peu- ,ples ? d'où lui sont venus des oppresseurs, des ,Ters? . . . L'univers indigné nous répondrait. . cha- ,que état , chaque peuple nous dirait qu'il a ,cru voir son tombeau s'entr ouvrir a côté de ,celui de la Polongne , que dans l'audacieuse ,profanation des lois sur lesquelles reposent ,également toutes les sociétés, dans l'insultant ,mépris qu'on en a fait pour nous perdre , le ,monde a pu se croire livré au seul empire des ^convenances , et que bientôt, pour lui, il n'jr ,àura plus d'autre maître. L'Europe effrayée) ,menacée, indiquerait surtout k notre juste ,ressentiment cet empire qui, en nous cares- >sant, se préparait a peser sUr elle d'un poids ,nouveau. C'est la Russie qui est l'auteur de ,tous nos maux. Dej^uis un siècle elle s'avance ,k pas de géant vers des, peuples qui ignoraient , jusqu'à son nom.

„La Pologne ressentit aussitôt les premiers ,effets de cet accroissement de la puissance russe. Placée au pfemier rang de son voisinage , elle a reçu ses premiers comn\e ses der- ,niers coups. Qui pourrait les compter depuis ,qu'en 1717 la Russie essaya son influence par

„le licenciement de rarmée polonaise? Depuis „cette épocfue quel instant a été exempt de son „influence ou de ses outrages ?

„Si cette puissance astucieuse s unit a la Po-

,,logne, c'est ])our lui imposer^ comme en 1764,

„cette funeste garantie qui attachait l'intégrité

„de nos frontières a la perpétuité de l'anarchie;

^pour faire de cette anarchie le mo jen de rem-

9,plir ses desseins ambitieux. Le monde sait ce

„qu ils ont été .depuis cette funeste époque-

„C'est depuis elle que , de partage en partage,

„on a vu la Pologne disparaître entièrement

„sans crime comme sans vengeance : c'est de-

„puiselle que les Polonais ont entendu, en fré-

,,missant , le langage insultant des Repnin,

„des Sivers; c'est depuis elle que le soldat russe

„s'est baigné dans le sang de leurs concitoyens.

„en préludant a ce jour a jamais exécrable,

,,fa\it*il lé rappeler, dans lequel, au milieu

„des hurlements d'un vainqueur farouche,

„ Varsovie entendit les cris de la population

„de Prague qui s'éteignait dans le meurtre et

,,rincenaie. Polonais, car il est temps de faire

„retentir k vos oreilles ce nom qiie nous n'au-

,,rions* jamais dû perdre , voila les routes odieu-

„ses par lesquelles la Russie est parvenue a

„s'approprier nos plus belles provinces ; voila

„les titres, les seuls titres qu'elle exerce sur

„nous. La force seule a pu nous enchaîner, la

„force peut aussi briser les fers qu'elle seule a

„forgés. Ces fers seront brisés, La Pologne exis-

„tera donc; que disons-nous^ elle existe déjà,

„ou plutôt elle n'a pas cessé d'exister* Que

„font a ses droits la perfidie , les complots, les

vio-

du général Rapp. \4&

yyviolenoeft souâ lesquelles elle a su^cconibé? • 9,0ui, nous sommes encore la Pologne , nous ,,le sommes aux titres, que nous tenons de la nature , de la société , de nos ancêtres ; k ces titres sacrés que reconnaît Tunivers «t dont le genre kumain a fait sa sauvegarde/'. M.r .. .

Je fus. entraîné. J avai8:tant ;^u «l^s .bl$iV0d légions polonaises en Italie, en.Égypte jet ailr leurs ! Ils avaient véritablement. r^i$oa ; ils étaient encore la Pologne* ^^^ fait de courage, „disfje au duc, rien ne me . surprendrt^it de la f^partde cette vaillante nation; mais f avoue ,,que je lie la soupçonnais pas de ce talent* — „Vous êtes bon, reprit M. de Bassano; ils ont „bien autre chose a faire que des harangues! — • ,,Qui tient donc la plume ? — • L'abbé. — Quel „abbé? Crojex*vous que Fempereur aitde la ^prédilection pour les rabats A — Non, mais „enfin, au temps oii nous sommes; ce n*^t ,,pas sans des considérations puissantes qu'on „coïifie une ambassade k un prêtre. — C'est „rarchevêque ? — Lui-même ; nous lavon^ en- ^Voyé a Varsovie pour enivrer lea Polonais de ,,son éloquence. Je ne le crois pas fort habile „en affaires: mais il est tout dévoué a Tempe- „reur ; c*est le principal. Ses ennemis laccusent ,,^'étre ambitieux, inquiet, sans consistance ,,dans ses affections , dslns ses idées , de chan« ter blanc, de chanter noir, d'être tout ce que les circonstances exigent. ' Je crois ce portrait chargé. Je suis même persuadé que si les évé- „nements compromettaient la gloire de nos ar« mes , on ne le verrait pas dans les rangs de nos détracteurs. — Je le crois bien } il a trop

yyinaltrârte^ les Cosaques pour devenir jamaié „leur 'pafriavche.*'

* La déjititation de la diète était jencere à 'Wilnâ; Je oonnuissais quelques uns de ceux qui la composaient. Je les vis , ils me parlèrent de leiu's espérances , de leurs moyens et de leurs 'dlroîti^. ^(L^s^iiléeid me frappèrent; j'ed lîèndis -^otnp^eflr^t dnc. ',, Vous éteâ admirable! nie dit- ,iil.' Qtidi!' vous ne reconnaisses pas rarckevé- ,;que? vous ne voyea pas avec quel art il setra- ,,Iàit?' VA ces réminiscences bibliques, à qui ,{Vmile8-Vous qiï'elled viemient, si ce n'est un ,,prêti*é ? Au reste; je vais Volts passer la pièce.'*

. Mv>i?«f Ifi^ diète du gratid duché de Varsovie, !,, résilie à rapproche des puissitntes armées de ,,volre .majesté, a l'econnu'dlabord quelle avait ,^des droits a réclamer et xies devoirs a remplir: r^^d'une voix: unanime « elle i^'est constituée en ;, ^confédération généirajle 4^ J^^ Pologne ;. elle a '„déclaré le royaume de Pologne rétabli dans ^^es droits,; et en méni[e. temps que les actes „usurpa,teurs et arbitraires par lesquels ou avait „détruit àoi> existence étfiient nuls et de nulle i,valeUr. I ;

„Sire, votre majesté travaille pouf la posté- „rité et poui^lliistoire^ Si l'Europe ne peut iné- , ^connaître nos droits, eltje peut encore bien „moiiis méconnaître nos devoirs. Nation libre „et indépendante depuis les temps les phis re- „cùlés, nous n'avons perdu notre territoire et „notre indépendance ni par des traités ni par „des conquêtes , mais par la perfidie et par la ;, trahi son. L'a trahison n'a jamais constitué des

du général Rapp*

yydroils. -INous avons vu not^e dernier roi traîné „a Saint-Pétersbourg , oii il a péri, et notre na- „tion déchirée en lambeaux par des. prince»

„avec qt^i nous n'avions point de guerre et qui

„ne nous ont point conquis.

^Nps droits paraissent donc évidents aux y^yeux de Dieu et des hommes. Nous, Polonais» y,nous avons le droit .de rétablir le trône des ,,Jagellonsetdes Sobieski, de ressaisir notre iny^dépendance nationale, de ràssemblernos mem- ,,bres divisés, de nous armer, nous-mêmes pour „not£e * pays natal , et de prouver en nou& bat- „tant pour iMi que nous sommes de dignes desy^eendants.de nos ancêtres.

„ Vôtre majesté peut-elle nous désavouer ou ,,nous blâmer, pour avoir Fait ce que notre de- ,.voir, comme Polonais, 'exigeait de nous, et „pour avoir repris nos droits? Oui, sire, laPo« „logne est proclamée de ce jour; elle existe par les lois deTéquité, mais el-Uî doit exister parle fait; le droit et la justice légitiment notre ré- „solntion, maîà elle doit être soutenue de notre „côté. Dieu, nVt-il pisis assea puni la Pologne „de ses divisions ? veut-il perpétuer nos mal- „heurs ? et \es Polonais, après avoir nourri la- „«iour de le\ir patrie , devaienl-ils descendre „au tombeau ^alheureux et sans espoir ? Non, „sire. Vous av^a été envoyé par la providence ; ,,le pouvoir est remis dans les mams de votre y^majèsté, et Texistence du grand duché est ,,due a la puissance de vos armes.

„Dites, sire : Oue le royaume? de Pologne ,,existe4 ^t ce décret sera pour le monde équi-

^valent ,a la réalité. Nous sommes seixe mil- ^,Uons de Polonais , parmi lesquels il n'y en a \ ytpas un dont le sang , les bras , la fortune, «ne ^^soiént dévoués a votre majesté. Chaque ^cri- ' ^^fice nous paraîtra léger s'il, a pouî* objet le ré- ^,tablissement de notre pays natal. De la „Dwina, au Dniester,- du Borysthène àl'Oder, „un seul mot de votre majesté lui dévouera ,; tous les bras, tous les efforts, tous les cœurs. ^, Cette guerre sans exemple que laRussie*aosé ^, déclarer, nonobstant les souvei>irs d'Auster- ,,lit« ^ de Pultusk , d'Eylàu , de Friedland , ^malgré les serments reçus a Tilsit, et a Eir- „furth, est, nous n'en doutons pas, un effet „de la providence , qui, touchée des infor- ^,tunes de notre nation, a résolu d'y mettre fin. ^,La seconde guerre de Pologne vient seulej^ment de commencer , et déjà nous appor- ^,toû^ nos hommages 'a votre majesté dans .,1a capitale des Jagellons. Déjà les aigles „de votre majesté sont sur la Dwina ; et „les armées de la Russie , séparées , di- „visées , coupées , errent incertaines , et „cherchent en vain a se réunir et a se^ for- „mer , etc."

„C'est bien. — Oui, sans doute; mais il „est si charmé du chef-d'œuvre.,; qu il croi- „rait manquer a sa gloire s'il ne publiait par- „tout que son génie jn'otége la Pologne* Vingt „fois par jour je siiis obligé de modérer ces „excès d'amo^ir-propre. • Ce matin: encore je „lui ai fait sentir 1 inconvenance de ses mou- „vements de vanité. — . Il ossianise : vous „rappele2-vous le mot? — Il le peint a mer- ,, veille. Au reste,, si sa prose va bien, l'am-

élu général Rapp.

,,bassad« ne va guère. Sans Duroc, ^uilecou- „vre de son ombre , je l'aurais déjà renvoyé a . ,,ses ouailles. Que diable Taumônerie a-t-elle „de commun avec les ambassades? C'était bien ,,la peine de sedoimer tant de mouvement pour i,ne rien faire qui vaille !**

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