CHAPITRE XLI
L ennemi était plein de confiance ; il combattait 9 il intriguait , il se flattait d'emporter la place ou de la réduire en cendres; mais toutes ses tentatives échouèrent devant la vigilance et l'intrépidité de mes soldats. Ses fusées indendiaires vinrent se perdre sur les remparts ; ses attaques furent repoussées, et ses émissai-. res découverts. Plusieurs de ces misérables s'étaient déjà introduits dans nos magasins , et se disposaient a les incendier. J eusse peut-être dû en faire un exemple; mais je craignis que cet ex;emple ne fût dangereux, je craignis qu'il ne donnât Tidée du crime a ceux qui ne l'avaient pas, et qu'il ne répandît lalarme parmi les troupes. Je feignis de croire qu'ils avaient voulu détourner quelques comestibles, et les renvoyai; mais je publiai contre le vol des ordonnances si sévères que je tins la malveillance a l'écart.
Après^ trois jours d'humiliations et de fatigues les assiégeants réussirent enfin k s'empâter du bois d'Ohra. Chassés presque aussitôt, ils reparaissent avec de nouvelles forces , et replient le poste. Le bataillon de service prend une seconde fois 1^ armes , et vole a son secours. Le major Legros attaque le bois, deux compagnies de grenadiers se portent ^\i village ; les troupes se joignent, elles se pressent, se
toussent, se ciilbutent ; la mêlée dévint affreuse. >e capitaine Capgran saisit aux cheveux un offi-
cier prussien; tandis qu il le terrasse, lui-même est sur le point de jjerdre la vie; un soldat l'atteint déjà de sa baïonnette : le lieutenant Sabatier détourne le coup, serre le Cosaque, et lui passe son sabre au travers du corps ; mais au moment où il sauve son chef, il reçoit à ia goFge une blessure qui le force de quitter le champ de bataille. Dans le bois ; dans le village,
Surtout les Russes sont accablés ; le capitaine uchez en abat quatre ; le commandant Charton , les lieutenants Devrine et Blanchard , les moissonnent a pleines mains; une foule de braves se répandent au milieu d'eux, et accroissent le désordre. Francou , dont la valeur fut quelque temps après si fameuse, Martin, Couture, Rochette, Schiltz, Lepont, Beiinot, Soude, Paris, Belochio, tous sous-officiers de trou- Ees légères , le carabinier Richida , le tamour Breighier, percent jusqu'au centre de leurs colonnes et les livrent au fer de nos soldats.
Des troupes fraîches prennent la place de celles qui sont défaites, et s'établissent dans le bois; nos braves s'élancent sur les pas du lieutenant Joly Délateur, les abordent et les culbutent. L'ennemi néanmoins ne pert pas courage; il se reforme, et se présente une troisième fois: mais, toujours vaincu, toujours taillé en pièces , il cesse enfin ses attaques.
Dès le lendemain il se jette sur Stries, Heiligenbrunn , et s'empare de Langfuhr. Nos avant -postes se replient sur deux blokhaus situés a droite et à gauche du village. Le Russes les suivent et se disposent a donne l'assaut; mais les Polonais tirent si bien et ^
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juste qu'ils les forcent a la retraite. Ils reviennent* en forces . il couvrent , ils inondent les gorges du Jesch Kenthal ; ils menacent Heiligenbrunn, ils débouchent par Stries; toute tna ligne est en feu. Ces manœuvres ne laissaient aucun doute sur leurs intentions : il était palpable qu'ils avaient des vues sérieuses sur Langfuhr; je résolus de les piwenir et de marcher a leur rencontre. Je rassemblai mes troupes , la gauche au ' village , le centre dans les ravins de Zigangenberg, etla droite ^'étendant jusqua Ohra. Vingt-quatre pièces de canon, conduites par le général Lepin, se placent a égales distances des deux ailes; elles ouvrent aiissitôt le feu : les redoutes de Tennemi, ses masses , son camp de Pitakendorf , tout est sillonné par nos boulets ; nous démontons deux de ses pièces. Les Polonais , les Bavarois , les Westpnaliens, et deux cent cinquante chevaux commandés par le général Farine, débouchent en même temps. Le brave Szembeck, déjà aux prises av^c lesRusses^^les chassait deDiwelkauj dès que nos soldats aperçoivent cette déroute» ils s'échàu'lFenty ils s animent, ils fondent sur les redoutes de Pitakendorf. Les alliés, refoulés dans leurs ouvrages , essaient çn vain de se défendre ; le jeune Centiirione a la tête de ses hussards franchit tous les obstacles , et toihbç percé de coups. A la vue de cet excellent officier moissoimé dans un âge aussi tendre, la soif de la vengeance allume tous les courages: infanterie, cavalerie, se jettent pêle-mêle sur les redoutes. Le trompette Bernadin, le chasseur Olire, le maréch,ai-des-logis Boucher, s'ér lancent au milieu des Russes ; le lieutenant Ti*
rion; accueilli par un cou^^ de feu, va droit à l'officier qui les commande , et le fait prisonnier. Dès lors ce n'est 2>lus un combat, c'est une boucherie, c'est un carnage ; tout périt sous la baïonnette, on ne doit la vie qu'a la clémence du vainqueur. Tandis que nos soldats s'abandonnent au feu de leur courage, une nuée de Cosaqui^s fond sur eux et menace de .les tailler en pièces; mais le général Cavaignac s'ébranle si a propos avec la réserve de cavalerie , les troupes chargent avec tant d'abandon, l'adjudant- commandant de Erens , Jies chefs d'escadron Bel et Zeluski, les capitaines Gibert, Fayaux, VallieV, Pateski et Bagatho, déploient tant d'intelligence et de conduite , que l'ennemi culbuté se disperse dans le plus affreux désordre.
La canonnade s'échauffait de plus en plu».
Les Russes occupaient. toujours le Johanniâberç^ le plateau en avant de Pitsendorf , et assaillaient Langfuhr avec violence. Je détachai contre eux un bataillon de la Vistule^, soutenu par les Napolitains que commandait le génécal Détrées , ayant sous ses ordres le général Pépé, que les événements survenus dans sa patrie ont depuis rendu si fameux. Le brave Sxembeck commença Tattaque; elle eut lieu avec beaucoup d'ensemble et d'impétuosité.
Les Russes culbutés a coups de baïonnettes, renversés par .des charges meurtrièrear, cherchent leur salut dans la fuite. Les Polonais lés pressent avec plus d'audace: le tambour Hhade en saisit un jmr sa giberne , l'arrache des rangs et le désarme. Le capitaine Fatesinsky oublie qu'il est blessé ; il s'élance dans
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une maison qu'ils occupent» tue leur chef et en fait trente prisonniers.
Les ^Napolitains ne sont pas moins impétueux; ils se pressent a la suite des fuyards, les poussent et les fusillent. Le général Pépé, le colonel Lebon, les commandants Balathier, Sourdet, les capitaines Chivandier et Cian* cuUi, dirigent, excitent leur courage, donnent a la fois le précepte et Temple.
Sur le flanc opposé de la montagne , la mêlée n'était iii moins opiniâtre ni moins sanglante. Au signal convenu, le colonel Kaminsky avait marché sur les Russes et* les avait débusqués; il les chassait devant lui , la poursuite était ardente. Des renforts surviennent, Tennemi veut faire tête k Forage ; mais les Polonais le pressent avec impétuosité: Roseiaensky , Drabizclwsky, Doks, Zfaremba, Zygnowiea, que 'Suivent des hommes dévoués, fondent sur lui , et le taillent en pièces.
Nous étions maîtres du Johannisberg. Le temps était af&eux, et l'ennemi fuyait au loin. Je fis sonner la retraite ; elle s'exécuta dans Tordre le plus parfait. A six heures tout était tranquille. Mais les Russes ne tardent pas>à reparaître. Ils attaquent a la fois le belvéder ,. les hauteurs d'Heiligenbrunn , et engagent une fusillade de& plus vi^es ; néanmoins lU ne peuvent obtenir /le plus léger avantage. Le colonel Kaminsky et le commands^nt Saembeck déploient un courage, une habileté qui les déconcertent. Ils se retirent, mais en même temps deux bataillons soutenus par une cavalerie nombreuse se portent sur le village de Stries, Kaminsky accourt pour le défendre.
Aussitôt les Russes reviennent a la charge ; ils escaladent les hauteurs, ils assaillent le oelvéder, poussent, pressent leurs. attaques. Toutes leurs tentative» échouent contre les excellentes dispositions du major Deskur, et la bra* voure des chefs de bataillon Johman et Bobiesky. s
Ce îi'étaît pas la première diversion qu'ils tentaient. Déjà ils avaient replié nos 'avant postes depuis Schidlitz jusqu'à Ohra: attaqué dé front et en flanc, le major Schneider ne se soutenait dans ce faubourg qu'a force de courage. Tbut a coup il aperçoit une colonne nombreuse qui s'engage imprudemment dans lagrandarue: il la charge, il la mitraille, il l'anéantit. Le général Uusson survient avec la réserve. Nous reprenons 1 offensive ; en un instant le bois , le village , sontenlevés , et les Russes mis dans le plus affreux désordre; Le chef de bataillon Boulanger en désarme huit; un sergent blessé d'un coup de feu , le brave Vestel, trois; le sous -officier Cornu délivre un des nôtres, et fait mettre bas les armes a Fescorte qui le conduisait.
J étais de nouveau maître du Johannisberg et de Langfuhr, mais ce succès ne pouvait être durable ; les Russes , revenant continuellement a la charge avec des tromies fraîches, devaient finir par l'eçiporter, D'ailleurs ces deux positions étaient si éloignées qu'elles ne
i>ouvaient ni nie nuire , ni m,'être bien utiles. \e donnai en conséquence Tordre de les évacuer, si les alliés se présentaient en force. Mais l'audace avait fait place à la réserve. Ils craignent de s'éloigner des hauteurs ; ils n'osent
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sent prendre possession d'un village abandonne. Impatients néanmoins de s'en rendre maître^ , ils engagent une action générale pouTv s'emparer d'un poste que j'avais résolu de ne pas défendre. Les troupes prennent les armes; la flotte les soutient. Toute ma ligne est attaquée: quatre - vingts canonnières tpnnent de concert^ foudroient Neufahrwasser. SchelmuUe, Neu-Schottland, Olïra, Zigangendorf, deviennent la }n*ôie des flammes^ Lenneno^i se réjiand comu^e un torrent dans la plaine ; il renveJrse^ incendie tout ce qui s oppose a èen passage. . J'accours au milieu de cet affreux dé§oi:dref Mais déjà l^s Ruwsse$ devienxieBi; moins impétueux^ ils échouent devai^t une poignée de oraves que conunande le major Pojeck , et laissent les avenues de K^btun jonchées de morts; Je les fais suivre : le bouillait Gibert accourt avec ses chasseurs; le capitaine Maisonneuve se joint a lui; ils poussent ^ ils ébranlent cette multitude en desordre et la jettent dans SchelmuUe. Elle se rallie . aux troupes -qui occu)>âent Je village et soutient, sans sejronlpre^ les décharges meurtrières du capitaine Ostrowskj; mais tournée presque aussitôt par le capitaine Marriier , un des plus braves officiers de l'année fançaise, elle fuit^ elle se débande , elle cherche un refuge jusque- sous les décombres des bâtiments qu'elle a livrés' aux flammés.
La mêlée n'était pas moins vive a Langf uhir : assaillis par douae mille Russes , nos postes luttent y se débattent au milieu de ces épaisses colonnes.* Le sergent Sahatkowsky eut nesoiri '' de toute sa bravoure pour échapper aux Gosai-
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ques. Occupé a une Construction en avant du village , il avait été , lui treisième , en veloj^pé par ces troupes irrégulières; il rallie aussitôt ses travailleurs, fait face dun côté, attaique de Tautre ; il marche , il combat toujours, et se dégage enfin sans perdre un homme.
Les Russes humiliés se jxirtent au village.
Deux maisons que j'avais mises a même die résister a un coup de main en défendaient lentféet ils les tournent, ils les pressent, ils les 'escaladent; niais une fusillade meurtrîëre les renverse et les force a s'éloigner. Pour, surcroit de maux , les ^Napolitains . paraissent et les attaquent. lie colonel Lebon , le colonel Dégennero, pressent, ronq>ent la cavalerie, et pénètrent dans Langfuhr. EUeVevient à la ^charge plus nombreuse et plus fière; elle profite dés obstaèles , saisit Ta-prbpos , et s'élance sur nos bataillons épars dans les rues. Une i^iéléè sanglante a lieu: le brave Paliaaxi tombe ']iercé. de dix coups de lance; les capitaines ^îcolaii, Angeli, Dégennero, sont couverts tle blessures et foi-cés d'évaouer le champ de bataille. En vain l'intrépide Grimaldi^ en vain leji lieutenants Âmato, Legendre,, Hubert, Pïiukà, Go^iéx et Zanetti, veulent faire tète alorage; le nombre l'emporte: nous sommes forcés a la retraite.... Quelques braves, engagés trop a^ant , ne jjeuvênt suivre et sont cou- >és : loin de se laisser abattre , ils s'exaltent à a vue du danger et se rallient autour de l'adjudant-major Odiardi. Ils avancent, ils tournent, ils rétrogradent et gagnent enfin les maisons crénelées. Déjà elles étaient assaillies pour la deuxième fois : les alliés , furieux > se
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jçttent sur les palissades; ils les arrachent, et semblent devoir triompher de tous ces ob»
stades : mais coucLës dans la poussièra.a mesure qu'ils se découvrent; ils désespèrent bien- ' tôt du succès: ne pouvant les emporter,; iî»
les livrent auxf flammes. Nos braves ne sont j>oint ébranlés : les uns continuent la fusillade, les autres éteignent le feu ; et l!ennemi n'est pas plus avancé.
Une fumée épaisse nous dérobait les deux maisons; j'ignorais si nos troupes le^ QCCt^* |>aient encore , ou si les alliés s'en étaient Ktodus maîtres. Des rapports Tannonçaient; je résolus néanmoins de faire une tentative ; mais lea balles parties des maisons tombaient ^ flot^ surnoiis; j^e conclus quelles étaient perdues^. Une circonstance rendait la chose v^eais^ei»-^ blabie: la* fusillade avait cessé et Tinçendie était flagrant. Je répugnais ce}>endant a ciboire quelles eussent été rendues. Je l^s fis de nouveau reconnaître: les alentours «de ces deux postes étaient jonchés de cadavres vêtus de capoteSb blanches ; abusée par la Couleur du costume, les officiers que 'j'avais expédiés *e persuadèrent que les Bavarois avaient péri:
tous l'assuraient^ tous en étaient convaincus. La perte d'aussi braves gens étais pénible ^ et méritait bien de ne pas être admise sur dès apparences^ Je chargeai un de mes s^ides-decainp, ie capitaine Marnier^ de savoir au juste ce c[u'il en était : cette mission ne pouvait pas lui déplaire ; il avait ^ a la bataille d'Uclès, somme une division espagnole de mettre bas les armeë, et l'avait amenée: les lances des Cosaques ne devaient pas l'arrêter.
A la pointe du jour, il sort de Kabrun arec huit hommes qui demandent a le suivra; il se j>orfce k la course vers la maison' de droite. Aussitôt les barrières s'ouvrent, le poste se joint a lui, et faitsa retraite malgré les- Rus-
' sed qui accourent pour l'enlever.
nestait 'CeUii dejgauche; mais le plus difficile était fait. J'avais la* certitude qu'il existait encore; Je donnai des ordres pour qu'il
•fûtsécoUru. Un batailloon s'avance: à peine Fei>rent-ils afperçu que ces admirables soldats •placent leurs blessés au milieu d'eux, et fondetit sur les alliés. Plusieurs sont atteints : le brafve Dalwick reçoit unft balle qui lui fracasse répaule gauche; mais il n'en continue pas moins de combattre avec courage. La mêlée devient de plus eh plus sanglante. Lès Bavarois , qà'échaufFe le noble dessein de sauver leurs compatriotes et qu'enflamme encore l'exemple «e deux officiers intrépides, l'adjudant-major«Seiferlitz et le lieutenant Muck, se précipitent sur l'ennemi, le rompent et dégagent enfin cette poignée' d'homme* dévoués. Ils firent une espèce d'entrée trionn^hale : chacun voulait les voir, voulait les féliciter; on r'èntreteriait de leur constance, on vantait leur sésignation. Seuls, abandonnés a eux-mêmes, sfi^ns vivres , sans munitions , consumée par la soif, suffoqués par l'incendie , ils avaient oravé les menaces , repoussé les sommations et rejeté avec dédain les insinuations de l'ennemi. C'était surtout le capitaine Fahrenbeck qu'on accablait d'éloges ; on admirait son sangfroid , on exaltait son courage-; sa fermeté y sa prudence,
étaient le sujet de toutes les conversations, le
du géniBjial JRapp. 261
texte de tous les eptretieas. Il était naturel cjue je téiiioignasse a ces braves combien j'étais satisfait: je mis U l'ordre du jour les périls qu'ils avaient affrontés, les dangers, qu'ils, avaient courus, et j'établis les blessés dans mon hôtel, Chaque jour je les visitais; chaque jour je m'informais de leur situation et^ m'assurais que leurs besoins étaient satisfaits. Un officier qui avait toute i?ia confiance, M. Komeru , était en outre chargé de leiu' prodiguer les soins, Ips consolations que je ne pouvais leur donner moi-nlême.
Dès que lennemi fut maître de Langfuhiç, il mit la main a l'oeuvre: c'étaient ouvrages sur ouvrages; il ne discontinuait pas. Son dessein était de me resserrer de plus en plus et de me contraindre a m'enfermer dans la place : ce projet était adrnirable; il ne s'agissait que de l'exécuter; la chose était moins facile. J'avais couvert le front d'Oliwa et celui du Hagelsberg par un camp retranché formidable ; neuf ouvrages le composaient: la lunette d'Is trie occupait le point culminai nt des hauteurs qui domineiit le fort et la gorge d'Hagelsberg ; elle était flanquée par les batteritjs Kirgener. et Caulincourt. Ou choisit ensuite, parmi les mamelons 'qui se trouvaient entre ces ouvrages et l'allée deLangfuhr, ceux qui étaient le plus avantageusement situés, etoa les fortifia, voici quelle était la disposition de ces redoutes: eu partant delà droite de Caulincourt,. la redoute Romeuf, ^labaiterie Grabowsky , la redoute Deroy, la batterie Mont brun. Enfin, pour compléter cette ligne de fortification^ et la prolonger jusqu'il la Vistule, on établit encpre deux
batteries; l'une, dite de Fitaer , au travers de L'allée de Langfuhr': l'autre , <5onaue sous le nom de Gudin, était un peu plus éloignée:
elle s'appuyait à une inondation artificielle qui ' s'étendait jusqu'à la digue de gauche de la Vistule, et formait la droite de toute la ligne, qui renfermait encore deux batteries placées de l'autre côté du fleuve. Tous ces ouvrages étaient palissades , munis de logements et de magasins a poudre. Je fis en outre construire deux camps de baraques : l'un de quatre cents hommes , vers l'extrême gauche, derrière Kirgener; et l'autre, pour cent cinquante, derrière Môntbrun. i.a^ partie de cette ligne qui s'étend de Môntbrun jusqu'à Gudin fut liée par une espèce de chemin couvert; celle qui se prolonge sur la gauche était suffisamment garantie par les difficultés du terrain ; je pensai d'ailleurs qu'il fallait se ménager la faculté de prendre l'oiFensivé dans tine portion de ces ouvrages.
Ohra fut également mis en état de défense.
Une masse de maisons qui communi,quaient entre elles et dont les portes , les croisées, avaient été fermées avec soin ; des parapets, des palissades , qui n'avaient d'issue qu'une langue de terre comprise entre deux fîaques d'eau assex profondes, formaient un retranchement avancé connu sous le nom dé première coupure dQhra; la deuxième, située a deux cents toises en arrière, était composée des mêmes éléments, et s'appuyait a un grand couvent de jésuites qui avait été crénelé. Les hauteurs et les gorges qui pendent vers le faubourg furent fortifiées ; les redoutes dont elles
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furent revêtues mirent rennemi hf>rs d'état de nous tourner, et devinrent bientôt fameusesf^ souj» le nom de batteries et d'avancées FrîouL
Pendant que nous exécutions ces travaux, rennemi venait fréquemment s'exercer contre nos avant*postea : Schidlitx, Ohra^ Stoiaenhergj^ étaient tour a tour Tobjet de ses attaques.
Rejxoussé sur tous les )>oints , il tente une surprise sur Heubude ; mais il se jouait a |>lus Bn que lui: le commandant Carré, vieux militaire plein de vigilance et de ruses, aperçoit ses colonnes, réussit a les mettre aux prises, et «e retire sans perte d'une position critique, '
Tout honteux de cette mystification cruelle, les Russes se flattent de prendre leur reviinche a Kabrun. Ils Tentourenl , ils l'escaladent»; mais , accueillis par une fusillade mejurtiière que dirige le capitaine Naszewski , Us s'éloignent et laissent les fossés remplis de morts. Ils se portent de nouveau sur Schidlit»; mis en fuite une première fois , ils reviennent a la charge avec une vigueur , une impétuosité nouvelle; mais 1 adjudant-major Boutiiv, Iç?
capitaines Kléber et Feuillade' exaltent Jsi bien nos soldats, qu'ils se jetteni sur les alliés et les enfoncent^
La flotte n'était pas non plus oisive : le 4 , dès la pointe du jour , elle réparait ea ligne; elle avait échoué la surveille dans deux attaques consécutives, et dépensé en pui'e perte plus de sept mille coups de canon. La honte y la so^f de la vengeance, t4>ut l'excitait a combaUre: ce fut l'explosion d'un volcan.. Les frég^^tes et les canonnières tonnent a la foi?, et nous couvèrent d'un déluge de projectiles ; -mais, Iqm
des^efFrayer , noç batteries redoublent de calme -et de justesse. Officiers et soldats, tous s'élèvent àu-desstte du danger et ne songent qxi a la victoire. Un canonmer chargé de récouvillon a le bras emporta ; le capitauie Ponierenslû . s'en einpare et feit le service. Le sei^ent Viard sert une pièce qui tire ^ boulfets- rouges -, et
t>ointe comme au polygpne ; le lieutenant Miewski ajuste, surveille les siennes, coule une canonnière, en endommage d'auti'ès, et les force d'évacuer le champ de bataille. Le capitaine Leppigé , le sergent-major ZackowsKi, le sergent Râd^miski , le caporal Multarowski, donnent les exemples les plus admirables de sang-froid et d'intelligence. Le capitaine Henrion^ le lieutenant Haguenj , le capitaine de frégate Rousseau, les marins Dëspeî^tre; Coste, les capqraux Davis, Dubois, s'attachent aux pièces , et ne cessent de cbmbi^ttre que lorsque 1 ennemi a pris la fuite. La flotte, convaincue de l'inutilité ^e ses elForts, gagne le large avec la satisfaction d'avoir tiré neuf mille coups de canpii pour nous tuer deux hommes: elle nous avait aussi démonté deux pièces ; mais elle avait peMu deux canonnières ; neuf autres étaient fortement endommagées . et ses frégates criblées d'obus et de boulets.
. Nous eûmes bientôt un ennemi plus redoutable a combattre. Tout a coup la Vistule s'enfle; elle franchit, elle rompt les digues et s'échappe avec impétuosité. La place ; les fortifications, devi'enneni la proie des flots. Les |ionts sont ejiftportés , les éclui?es anéanties, et le$ ' cha^ussées èntro^i vertes : les eaux, dé- ' sorniais -sans obstacles , s'engouffrientdans les
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fosisés et sapent les bastions. Celui de Bœren, celui de Braun^Ross , étaient en ruines , et il était k craindre qu'on ne pût maintenir Tinonr dation lèrsque la Vistule rentrerait dans son lit : mais le génie ne s'oublia pas dans cette ^
circonstance désastxeuse; a force d'habileté et de constance, il parvint k rétablir les brèches^ et', quand le fleuve s'abaissa , l'inondation^ alimenfée par les branches qui sillonnent le . Werder , n'éprouva qu'une variation de niveau presque insensible. .
C'était maintenant le tout des Russes: ils '
avaient profité des embarras que ftous causait la crue des eaux; ils avaient élevé batteries sur , batteries, et le 15 novembre ils en démasquèrent une vingtaine , armées de pièces du plus gros calibre. La flotte vint aussi s'essayer devant nos forts. Des masses d'infanterie étaient prêtes k donner l'assaut dès qiie les palissades seraient détruites. L'action s'engage ; trois bom* bardes, quarante canonnières, vomissent lé fer et la flamme sur Neufahrwasser, Loin de les abattre, le danger enflamme nos soldats; ils jurent de vaincre, ils jurent de punir les agresseurs. Les troiipes de ligne s'attachent aux pièces; l'artillerie ' les pointe comme k la manœuvre; elle endommage, elle démâte une foule de canoiinières. Tout k coup une explosion' terrible se fait entendre : un boulet a pénétré dans la saintebarbe, et le sloop a disparu. La même détonation se répète. On se félicite, on s'encourage ; on brûle d'imiter les braves qui tirent avec cette admirable justesse. Ti'ois ei«tbarcatioas deviennent presque en même temps la proie des flots , et la première ligne
86 retire toute couverte de débris. La deuxième prend sa place sans être ]>lus heureuse ; et les divisions se succèdent ainsi de trois heures ^ sans que le feu se ralentisse. Enfin, rebutée
W des obstacles que lui opposaient le courage de
nos soldats, les excellente^ dispositions du colonel Rousselot, et la vigilance du major François, elle se retire et va réparer ses avaries. Douae heures de combat, vingt mille coups de canon, avaient abouti a nous tuer ou blesser une demi - douaaine d'hommes , et a nous endommager trois aiFuts. Ce fut la dernière tentative. Quelques mois plus tôt elle eût été infaillible ; mais a la guerre il faut saisir l apropos.
Les troupes obtinrent plus de succès. Elles attaquèrent nos postes en avant d'Ohra, et s'emparèrent de celui de l'Étoile sur les hauteurs a droite du village. Le major Legros ne leur laisse pas le temps de s'y établir; quatre compagnies d'élite , sous la conduite des capitaines Valard et Aubry , s'y portent sans délai. Elles surprennent, elles taillent les Russes en pièces. En vain ils reparaissent avec des troupes fraîches ; culbutés , mis en fuite, ils se disj>ersent , sans néanmoins perdre courage. Ils tentent un nouvel effort; mais, a<^cueillis par une fusillade meurtrière : ils se débandent et tombent sous le feu de deux compagnies placées dans la viHage de Stadgebicth, qui les anéantissent.
du génital Rapp. 267
CHAPITR.E XLII.
Là saison devenait chaque jour plus âpre.
Les pluies ne discontinuaient pas et entretenaient un brouillard fétide, qu'un spleil sans chaleur pouvait k peine dissiper* Mais , ce qui était bien plus grave , la disette allait toujours croissant. Les chevaux , les chiens , les chats, étaient manges ; nous avions épuisé toutes noê ressources, lè sel même nous manquait. Il est vrai que Tindi^strie y suppléa. Quelques soldats imaginèrent de faire bouillir des débris de vieilles planches, qui avaient autrefois servi dans un magasin; Texpérience réussit. Nous exploitâmes cette mine de nouvelle espèce , et les hôpitaux furent approvisionnés. La population était réduite aux abois elle ne vivait plus que de son et de drèche^ encore n eq avaitelle pas de quoi se satisfaire. Dans cet état de détresse , je pensai que les philanthropes alliés ne repousseraient jims des compatriptes, et j'expulsai les détenus et les mendiants , tous ceux, en un mot , qui n'avalent pas de subsistances. Mais îeâ l^russiens furent inexorables ; et sans les habitants de Saint- Albrecht, ils Ips eussent fait périr d'inanition. D'autres se dirigèrent du du cote qu'occupaient les Russes, et ne furent pas mieux accueillis. Sans abri, sans aliments d'aucune espèce , ils eussent expiré sous les yeux de ces libérateurs de l'humanité, si je n'eusse pris pitié de leur misère. Je leur distribuai quelques seç!ours et les renvoyai chea
eux. Plusieurs demandèrent a être employés aux &>rtiticatious, et recevaient la moitié ou le quart d'un pain de munition pour salaire.
Cependant l'ennemi avait perfectionné ses ouvrages. De temps à autre, il essayait ses batteries y et semblait préluder a une action plus sérieuse. Le 10,. en effet, toutes sont en leu dès la chute du jour. La ville, le Uolm, le^ camp retranché de Neufahrwasser, sont inondés de bombes, d'obus, de boulets rouges. L*incendie éclate et dévore le couvent des .Domiuioains. Les prisonniers russes soignés dans cet édifice allaient périr; nos soldats accourent et les arrachent a la mort. Toujours plus ardentes, les flammes tourbillonnaient sur les maisons voisines et menaçaient de Içs réduire en cendres. En même tem]>s, les alliés se présentaient en force devant nos.j^ostes d'Ohra et les repliaient jusqu'à Stadtgebieth. J accours avec le comte Heudelet. L'ennemi culbuté a la baïonnette essaie vainement de revenir a la charge; le général Uusaon, le major Legros, repoussent toutes ses attaques. Une méprise augmenta ses pertes. Deux de ses colonnes se jwennent pour ennemies, et en viennent aux mains. Elles se reconnaissent aux cris des blessés; mais plus de trois cents hommes étaient déjà couchés dans la poussière. De notre côté, nous en avions une centaine hors de combat.
Dès le lendemain il reparut devant les maisons situées aurdela de Stadt^cebieth. Repoussé deux fois, il y mit le feu. Quoique chiii'gé de deux blessures, le capitaine Basset hésitait encore a les évacuer; mais le progrès des flammes ne tarda pas h l'y contraindre : il se retira en
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combattant toujours* Maîtres du village, les alliés se précipitent tout d'une haleine sur le plateau d<è TEtoile , et s'en emparent. Lés postes qui l'estaient sur le rampant de la montagne étant désormais trop faibles, je les rappelai. Lennemf occupait enfin la position; mais il la payait assez^ cner pour une simple levée ,de terre.
Plus il cheminait du coté de Langfuhr, plus sa ']>osition devenait fêeheusè; pris en flanc et a; revers , foudroyé par les batteries du Holni, il ne put bientôt plus déboucher des redoutes qu'il avait élevées à Kabrun. Confus de s'être mépris sur le véritable point d'attaque, il porte, il concentre ses forces sur les hauteurs d'Ohra. Il tenle tous les moyens de s'en rendre maître ; |e n'en^ néglige ^aucun de les défendre. J'améliore, je multiplie mes ouvrages. Je mets a con^ tribution toutes les lumières. Des officiere supérieurs de chaque arme, présidés par le général Grandjean , avisent aux mesures qu'exige la sûreté de la place. Ils mettent nos vivçes, nos munitions a l'abri des ravages de l'incendie. Ils divisent les approvisionnements, orglanisent le Service des pompes, et font construire des moulins, afin que si les bomJ>es venaient à détruire ceux qu'on possédait encore , on fût a même de les suppléer. Cei:)endant le feu des . alliés allait toujours croissant. Les incendies succédaient aux incendies et menaçaient de tout réduire en cendres. Tout k couj5 les batteries se taisent, la fusillade est suspendue. A ce silence inopiné , les habitatnts reprennent courage ; ils courent, ils volent au secours des quartiers embrasés.' Malheureux ! ils disputentaux
flammes quelques pana d'édifices , et la place touche a sa ruine !...
L'ennemi n'avait cessé le feu que pour le rendre p^us terrible. Dès que ses dispositions sont laites, il l'ouvre avec violence. Les batteries de rÉtoile, celles du Johanifisberg , de Kabrun^ de SchellmuUey de Langfuhr» tirent a coups redoublés et nous accablent de bombes, de l'usées et de boulets rouges. Les incendies éclatent; les édifices tombent; s'écroulent.
Dantzic ne présente plus que Timage d'un volcan dont les éruptions s'échappent^ s'éteignent, se reproduisent sur tous lespoints« Les deux rives de laMoltlau, le Butter-Mark, le Proggenfull, le' Speicher-Insel , tout eât consumé. £n vain les troupes accourent au secouirs; une grêle continue de projectiles triomphe de Leurs efforts, et une i>erte de plusieurs millions vient aggraver encore les .malheurs d'une population désolée.
]Nos forts, nos villages n'étaient pas dans un meilleur état; Ohra surtout n'était plus qu'un amas d^ cendres. Cinq batteries le foudroyaient sans relâche ; des nuées de tirailleurs, abrités par les accidents du terrain, nou^ accablaient de balles , et entravaient le jeu de nos pièces. La première coupure, presque anéantie par le feu et les boulets y résistais toujours. Le major Schneider la défendait avec une valeur , une sagacité qui promettaient *encore une longue résistance; mais elle était sur le point d'être prise par la tranchée; je la fis évacuer. Je cédai également la tête de Schidlitz. L'ennemi avait essayé quelques jours auparavant de is'en rendre maître.
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Trois compagnies s'étaient présentées devant nos j)ostes ; chargées avec vigueur par le capitaine Leclerc et le lieutenant Kowai^ky, elles ^rent mises en déroute , et cherchèrent leur salut dans la fuite. Cette leçon ne fut pas perdue; les alliés revinrent avec des forces plus considérables, et s y établirent. Un accident plus grave nous survint bientôt après.
Une bombe éclata dans un magasin de bois et rincendia. La poudre n'est pas plus prompte : en un instant tout est embrasé. Les ilanuaes^ dévelo})pées par un vent impétueux , se c6mmunicpient ue proche en proche , et présentent une masse de feu qu'aucuji eÛbrt ne peut dompter. Triste spectateur d'un désastre aussi cruel 9 j'espérais au moins préserver les bâtitiments éloignés. Mon attente fut encore déçue , et nous eûmes la douleur de voir consumer sous nos jeux la plus grande partie de nos subsistances. Officiers et soldats ^ tous étaient plongés dans un laorne silence , tout contemplaient avec stupeur cette scène de désolation j quand tout a coup une fusillade rible se mt entendra. L'ennemi atu l'avancée Frioul et s'en emj)arait. Le taineChambure vole au secours. Cebiaire< mandait une troupe 4'élite appelée la nie franche ou les enfants perdus ; il s\ dans la redoute et taille les Russes ea Aucun n'échappe; ceux qui éviteM la nette tombent sous le feu des cfaefr été
Ion Clamon etDvbowski. Le
rad fit preuve, dans cette occa«uiia^ 4, y
constance. L'épaule fracansee
il se jette au plus épais de la aar^ifc, L
bùrç le dégage: „Vbus êtes blessé, lui ditril, „votre place n'est plus ici ; . ailes annoncer au ^général que nous sommes dans la redoute. — Capitaine , répoftd l'intrépide lieutenant , J'ai encore mon bras droit, vous n'avea que le „gàuche!" et il continue de combattre^
Battu à Ja gauche, l'ennemi se jette sur la droite et nous replié jusque sur nos îortSi Jfd lie jugeai pas a propos de rej>rendre l'attaque
Sir une nuit obscure , j'attendis a^ lendemain, eux colonnes commandées pjar les généraux Breis$an et Devilliers se portent à la fois sur Stolzenberg et Schidlita: les Russes les occupaient en force ; mais nos troupes combattent avec tant d'abandon , le m^jor Deskur , les chefs de bataillon Poniatowski , Crikicowski et Carréy les capitaines Fahrenbeck, Perrin, Kalisa et Ronsin , les guident avec tant d'habileté et de bravoure, quelles alliés, rompus, laissent le champ de bataille jonché de morts. Malheureusefnent lé succès nous coûtait cher : le général Breissan, si recommandable par ses talents et son courage , était dangereusement i>lessé. On lui prodigua vainement tous les secours imaginables, u expira a|H*ès un mois de souffrances aiguës.
jN os troupes étaient victorieuses ; mais quel «pectacle les attendait dans la placç ! des ruines, des décombres , voila ce <jui restait de nos magasins. Un seul avait échap2>é. Sa conservation, due au colonel Cottin et au sôus-chef d'étatmajor Marqùessac , n'avait été assurée qu'à force de xêle et de constance. Le chef d'esca-' dron Turckheim , qui avait déjà donné tant de preuves de dévouement, et le lieutenant Fleuiy,
étaient
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étaient aussi parvenus k sauver quatre miile quintaux de grains ; tout le reste était flagrant» tout le reste avait j>éri. Nous ne conservions pas j)out deux mois de subsistances , que les Siammes toujours plus actives et un bombardement continuel menaçaient encore.
Les Russes 'cheminaient lentenient , mais ils cheminaient toujours. Ils s'étaient emparés de divers ])ostes et s'étaietit portés en masse sut Stolzenberg. Trop faibles pour opposer une résistance efficace, nos soldats l'avaient évacué. Le général Hnsson rassemblé queloties troupes et fait battre la charge. Elle eut lieu avec une rare impétuosité. Le capitaine Milsent, l'adjudant-major Rivel, s'élancent a la tête 4^ plus braves, joignent l'ennemi et le culbutent.
Le capitaine Chartibùre lui préparait uA0 leçon plus sévère. Il s'embarque par une nuit obscure, trompe la vigilance de lu flotte et descend vis-a-vis Bohnsack. Il surprend le village, incendie les habitations , les magasins , tue 9 égorge les hommes, les chevaux, et regagne ses chaloupes. Elles n'étaient plus sur le rivage. Les trompettes sonnaient, la générale se fai-^ sait entendre: la mort paraissait inévitable. Néanmoins il ne perd pas courage; il calme ses soldats, se jette a travers les retranchements eiuiemis, et arriye sain et sauf au moment oii on le croyait perdu. Il se remet bientôt en route et marche sur Brœsen ; il tombe a l'im- 2>roviste sur les troupes qui l'occupent , les renverse , et ne se retire qu'après avoir brûlé leur camp. A peine rentré, il court a une expédition plus périlleuse. . Il pénètre dans la tr^anchée^e lennemi, culbute, <:;hasse sespos-
tes, et vî^nt s'abriter der&*ière nos, batteries. Le lieutenant Jaiaiebon , grièvement blessé en commençant lattaipie , combattit comme si\ n'eût pas été brisé par la douleur > elle était si aiguë que la crainte de décourager les soldats fut seule capable d'étoufler ses plaintes. Il mourut cinq jours aj>rès; honneur a sa mémoire!.,. La compiignie franche devenait chaque jour plus audacieuse., Les^^tranchées , les palissacieH étaient des obstacles illusoires; elle pénétrait partout. , Au* milieu d'une nuit épaisse , elle se glisse d'arbre en arbre le long,de Tallée de Langfuhr, et s'approche sans que les Russes l'aperçoivent.^ £lle s^ute aussitôt dans leurs pu\Tages, tue les uns., chasse les autres .et les suit jusque dans Kabrun. Le brave Surimont, i'intrépide Rozay , Payen , De^seau , Gonipet et Francou , se précipitent dans la redou^te et rem|K>rtent. Une cent|tine d'hommes Eurent
{cassés au fil de répée,. les autres ne durent eur salut qu a la fuite.
INous faisions a l'ennemi une guerre de surprise et <d audace ; il nous en faisait une de ruses et de j>rocla^ations. Ses batterie$ n'arrêtaient pasi 9 et nos magasins étaiept d^truit^. IN os troupes, exténuées, haras^sé^s de corvées et dm- ^mnies , n'avaient jMmr réparer, leurs forces quun peu de pain et une once de viande de cheval, si toutefois on peut appeler ainsi Ifcs débris d'animaux qui, rebutés parla.qavalerie, febuté^ par. les charrois, tournaient la meule jCisqua ce que, devenus, incapable^ de se soutenir.,, ils étaient traînés a la bouclierîe. C'est à des homtnes si las de combattre et de souffrir qu€( les Russes promettaient le repos «t l'abon-
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datice. Tous les genres de flféiuotton étaient' employés: loi*, rai*gent^ les menacils'^* lir co^^ 1ère du prinde^ la voix tie la patrie-^ ëtaieni ofFerts et invo([ués« Le du<;''Se joignait k ses émissaires; il écrivait $ priait^ prote^ait^ '•0i¥«> convenait les cUefs et les soldats* La4esertion se init dans les troupes étrangères, el bientôt ' elles refusèrent tout service, Les Bavarois, les: Polonais eux-inénies , trop convaincus de nos malheurs, craignaient âè f^ire de leiirs'*artnes) un usage sacrilège et se ten^tient dansl-inaclièn. Nous étions réduits auxBeules forces 'natietna*^: leb, c est-a-dire a moins de six mille hommes } et nous avions plus de deux lieues d'^ndae' a défendre. Je résolus de faire cônmifl^tt^ k l'empereur la situation fâcheuse où* nou» étions* La chose n'était pas aisée ^'F^Adlemaghe entière ^ était en insurrection; la mer ^tait couverte de croisières ennemies.. Mais aucuÀ péril', '4ts<iun obstacle n^é tonnait le câpitaineMarni€{r} il» Jwirt
1)our cette expédition aventureuse, capture un. )âtimént , convoie avec la flotte anglaise et lui * échappe» / " • . :
Le duc de Wurtemberg semblait' aVoii? 1« ' projet de tout séduire. Jene-fuspasmoi^mértié' a l'abri de ses tentatives. Il exakait ses ressour* ces, dépréciait les miennes, parlait d« la France; ^ de la Sibérie, et me proposait de rendre la place* Ces menaces, ces oppositions s'adressaient mal ; je le lui témoignai , et il n'en fut Î)lus question* Des moyens plus convenables urent mis en œuvre ; les feux furent doublés^ et le bombardenient , toujours plus terrible, ne discontinuait ni le jour ni la nuit/ La ville,' le Bischfberg , les redoutes Frioul , étaient
27è Mémoires i
éorasiéa^ Soutenus par un feu dartiilerie si formidable^ les Russes imaginent de nous enlever. . Us s'avancent munis de bâches , d'échelles, et fondent sur la batterie Gudin. Le capitaine Raxumsky la commandait; il les accueille ^ar des décharges à .mitraille , et les renverse, se remettent néanmoins , et tentent l'escalade^-mais, accablés par une fusillade meurtrière, ils se dispersent à la vue du major Deakur et laissent armes et éche)lles dans les mains des braves capitaines Zbiewiski et Pro-
SQcki.. Ils essaient,, avec aussi peu de succès, e se rendre maîtres de la batterie Fitxer, dans l'allée de Langfuhr. Le colonel Plessmanh, le Capitaine .Reuouard. et Tadjudant StoUing leur opposent une résistence qu'ils ne peuvent vaincre : trois fois ils reviennent à la charge , trois fois ils sont défait». . ,
' r Cepeiidant les redoutes Frioul étaient dans un état déplorable : sans parapets , sans foug^siêft, accablées par les obus et la mitraille, elles ne. présentaient plus aucun moyen de défense ; je les fis évacuer. La plus grande partie A^ fortifications était eilcore intacte; mais nos vivres. touchaient k leur terme. Le temps des
{places était arrivé. Il aurait fallu vingt mille iomiu^s pour m'opmser aux progrès du siège, f garder les forts , imondatioii , et maintenir ibre le cours des eaux. La lutte était trop inégale ; c'eût été verser le sang pour le seUl plaisir de le verser.
Je crus trouver un moyen qui conciliait mes diîvoirs et Ihumanité. Je calculai le nombre de Jours que devait fournir ce qui nous restait de subsistances ; je proposai de suspen-
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dre les hostilités et de remettre la place a cette époque , si le cours des choses n en disposait autrement. Le conseil adopta cet avis a iuna* nimité. Les négociations s'ouvrirent , le feu cessa. Le général Ueudelet et le colonel Ri* chêmont se rendirent au camp , et arrêtèrent une capitulation oii la faculté de rentrer en France nous était spécialement garantie. Une
1>artie de ces conventions était déia exécutée; es prisonniers russes avaient été rendus, les forts livrés , lorsque j'appris que - l'empereur Aiexandte refusait sa ratification. Le auc de Wurtemberg m'oi&ait de remettre les choses dans leur premier état. C'était une dérision.. Mais que mre ? nous n'avions plus de vivres. Il fallut se résigner. Il régla les choses eomme il l'entendit, et nous primes le chemin de la Russie.
Touchés de nos malheurs, les auxiliaires eussent voulu les partager. Les Polonais briîsaient leurs armes ; les Bavarois juraient de ne jamais les tourner contre nous. Mais le*devair fait taire les affections. Il fallut se séparer. / Lé général, prince de Radsiwil et le colonel Butt^ 1er, si distingués l'un et l'autre j^ar leur caractère et par leurs actions, les reconduisirei^ dans leur patrie, i
Ainsi nnit , après un an de combats , un^ défense pénible , oii nous eûmes k lutter conftre tous les fléaux , tous les obstacles , et qui n'est pas une des moindres preuves de ce que peuvent le courage et le patriotisme des soldats français.
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