CHAPITRE XLIIL
Noiis -fûmes conduits a Kiow. Nous y apprîmes les prodiges de cette poignée de braves qui n'avaient pas désespéré du salut de la patrie. Us avaient triomj>hé a Montinirail, a Sesaiinè y a Champaubert, partout où l'ennemi avait osé les attendre. L'Europe entière fuyait devant eux, la coalition était dissoute.... Xi'obstination d'un soldat noiis arracha Les fruits de la victoire. Il &Uut combattre, vaincre encore; niais les nvunitions 'manquaient, les 4x>rp8 ii'a;rrivai(mt pas , les généraux haranguaien<i la troupe ppur lui faire recevoir des capitulations, fout fut perdu: notre gloire, aMS ciônquéteè s'évanouirent comme une ombre ; les ^gnes même en furent répudiés.
Le but de la coalition était atteint. Notre captivité n'était plus profitable; nous fumes rândiis;a laliberte. Nous revînmes en France: i{uèl spectacle elle présentait! L'émigration avait envahi l'armée , les antichambres ;' elle {>liait sous les insignes du commandement et les décorations. La première personne que je rencontrai aux Tuileries ^f ut un chef de bataillon que j'avais autrefois secouru et protégé: il était devenu lieutenant - général ; il .ne me reconnut plus. Un autre que j'avais eu longtemps' a Dantsic, n'avait paô mieux conservé sa mémoire. Je l'avais accueilli a^a recommandation du duc de Cadore; j'avais essuyé ses fades adulations : il me traitait de monseig-
du général Rapp. 279
neur, d'excellence^ il m'eiU volontiers appela réternel. Plus je lui témoignais combien ces sottises me ^déplaisaient , plu? il renchérissait; il imagina' même d'assister a mon le^er. Une tint pas a lui que je ne me crusse un souverain. Ses malversations me délivrèrent de cet obstiné flatteur; elles devinrent si criantes que le gouvernement fut près de sévir. Je sauvai au gentilhomme la honte d'unexondamnatiap; mais je le fis éloigner : il alla exercer son industrie a Il eut bientôt connaissance de
nos revers , s'efFraya , prit la poste , et n'arrêta pas qu'il lie fût en-deça du Rhin: là peur le servit mieux que n'eût fait le courage. Il , avait des épaulettes a gros grains , et quatre ou cinq décorations : c'était asses bien débuter dans la carrière; . on ne va pas si vite sur le chamjî de bataille. Il s'éloigna dès cru il m'aperçut:, apparemment que son costume l'embarrassait. J'en rencontrai un troisième. , que ma présence ne mit pas a l'aise. Attaché au- 'trefois a Joséphine, il avait fait preuve d'une prévoyance véritablement exquise : afin d'être \ en mesure contre les cas imprévus qui pouvaient survenir dans les promenades et les voyages , il s'était muni d'un vase de vermeil, qu'il portait constamment sur lui. Quand la circonstance l'exigeait, il le tirait de sa poche, le présentait , le reprenait, le vidait, Tessu-
{rait, et le serrait avfec soin. C'était avoir 'instinct de la domesticité. . '
Mais tous ces preux si ardents a la caisse, aux décorations, àUx commandements, donnèrent bientôt là mesure de leur coufage.
Napoléon parut, ils s'éclipsèrent. Ils avaient
mnégi Loub XVIII dispensateur dM grâces; ils n eurent pas une amorce k brûler pour Louis XYin malheureux. Nous essiayàmes quelques dispositions; mais le peuple, les soldats n'avaient jamais été complices des humiliations de la France; ils refusèrent de combattre les couleurs qulls adoraient , etl'empereur reprit tranquillement les rênes de l'état.
Les géfiéraux Bertrand et Lemarrois m'é- , crfvirent de me rendre aux Tuileries. Je revins k Paris. Une nouvelle invitation m attendait .a mon hôtel; le grand maréchal m'annonçait que sa majesté désirait me voir. Je ne voulus pas me faire attendre ; j allai tel que
1*e lue trouvais, bien sûr que Napoléon saurait aire \b^ part du devoir et celle des aifec tiens. Je fus introduit sur-le-champ.
, „NAPOi^ioN. Vous voila , monsieur le géhéy^ral Rapp; vous vous êtes, bien fait desurer? D'où, venea-vous ?
R^PPt D'Écouen , où j'ai laissé mes trou- „pes k Ja disposition. du ministre de la guerre. . ,JNapqleoîî. Vouliea-'Vous réellement vous ttbaittre contre moi ?
,,Bapp, Oui, sire, „Napp;-eq]s, Piable!
,,Papp. Lfi^ résolution était obligée.
„]SA]poi<ÉoN. (jyun ton animé») F....e, je yysavais l?ien que vous étiex devant moi. Si Ton §je fut battu , j'aurais été voVis chercher sur le chsimp de bataille. Je vous aurais fait voir U „ tête de Méduse; : £^urie:$-vous osé tirçr sur moi? ,. i,Ra.pp. Sans douter; moji devoir,...
,,]V APOif^EQK . C'est trop fort. Mais les soldat^ ;^^fie vous auraient pas obéi; ils m'avaient con-
du généhal Rapp. 281
,,servéplus d affection. Si d'ailleurs vous avîes „tiré un seul coup , vos paysans d'Alsace vous ,, auraient lapidé.
„Raïp. vous conviendrez, sire, que laposi'^ „tion était pénible : vous abdîquies , vous par- , ^tes, vous nous engagez a servir le roi; vous „revenea... ïoute la puissance des souvenirs ,,ne peut nous faire illusion.
„Napoleon. Comment cela? Que voulex- ,,vous dire? Crojea-vous que je sois revenu „sans alliance, sans accord?... D'ailleurs mon „système est changé: plus de guerre , plus de ,,conquétes; je veux régner en paix, et faire „ le bonheur de mes sujets.
'„Rapp. Vous le dites: mais vos anticham- „bres sont déjà pleines de ces complaisants qui „ont toujours flatté votre penchant pour les ,,armes. .
,,NapolÉon. Bah! bah! l'expérience. •• Al-> „lie«-vous souvent aux Tuileries ?
„Rapp. Quelquefois, sire.
„Napoleon. Cqmment vous traitaient ces „gens-ra ?
,,Rapp. Je n'ai pas a m'en plaindre.
jjNapoleon. Le roi paraît vous avoir bien „reçuâ votre retour de Russie?
„Rapp, Parfaitement, sire.
„]Napoleon. Sans doute. Cajolé çl'abord, mis
^ensuite a la porte. Voila ce qui vous attendait
, „tous ; car enfin vous n étieapas leurs hommes,
„vous ne pouviez leur convenir; il faut d'autres
„titres, d'autres droits pour leur ujaire.
„Rapp. Le roi a débarrassé la France des ,,^lli^s.
„Napoleon. C'est bien; mais a quel prix!
„Et ses engagements, les a-t-il tenus ^ Pour- ^,quoi n a-t-il pas fait pendre Ferrand pour son
,,avec trois millions de paysans qui accouraient ,,pour se plaindre et m offrir leurs services. „Mais j'étais sûr de ne pas trouver de rësis- „tance devant Paris. Les Bourbons sont bien „heureux qqe je sois revenu: sans moi ils ,,auraient fini par une révolution épouvantable.
„Avea-vous vu le ^^amphlet d^ Chàteau- „briand, qui ne m'accorde pas même du courage ,,sur le champ de bataille? Ne m'avez -vous „pas vu quelquefois au feu? Suis-je un lâche?
„Kapp. J'ai ])artagé l'indignation qu'ont res- ,, sentie tous les honnêtes gens, d'une accusa- ,ytion aussi injuste qu'elle est ignoble.
i,NAPOLEON. Voyiez-vous quelquefois le duc „d'Orléans ?
„Rapp. Je ne l'ai vu qu'une fois.
jjNapoleon. Cest celui-là qui a de Fesprit „de la conduite et du tact! Les autres sont „mal entourés, mal conseillés. Ils ne m^aiment ,,pas. Ils vont être plus furieux que jamais: „il y a de quoi. Je suis arrivé sans coup ,, férir. C'est maintenant qu'ils vpnt criera , , l'ambitieux : c'est la l'éternel reproche; ils „ne savent dire autre chose.
„Rapp. Ils* ne sont pas les seuls qui vous „accusent d'ambition.
„Napoi.bon. Comment... suis-je ambitieux, „moi? Est-on gros comme moi qUand on a „de l'ambition? (Il se frappait avec les deux .mains sur le ventre.)
du g'^nérul Rajjp: 283
„Rapp. Votre majesté plaisante.
„Napoleok. Non j'ai voulu que la France:
,,fût ce quelle doit être; mais je.n'ai jamais ,,été ambitieux. D'ailleurs de quoi s avisent ,,ces gens-la? Il leur convient bien de faire ,,cie l'importance avec la nation et avec Tàr- %inée. Est-ce leur courage qui les rend si ,, avantageux? .^
„Rapp. Ils eU/Ont quelquefois montré, a ,,rarmée de Condé par exemple.
„]NapolÉon, Quel est cet ordre que je vous ,, aperçois?
„Rapp. La Légion-d'Honneur.
,,]Napoi>eoi3. Diable! Ils ont eu au moins „resprit d'en faire une belle décoration. Et ces „deux croix-la ? (Il les touchait.)
,,Rapp. Saint-Louis et le Lis. (Il sourit.) s^ „]Sapoleon. Concevez- vous cette b.... de^ ,,Berthier, qui n'a pas voulu rester. Il revien- .,dra; je lui pardonne tout, a une condition ,,cependant: c'est qu'il mettra son habit de garde ,,du corps pour paraître devant moi. Mais tout ,,cela est fini. Allons, monsieur le général Rapp, „il faut encore une fois servir la France, et nous „nous retirerons d'où nous sommes.
„Rapp. Convenez , sii-e (puisque vous avez „eu quelquefois la bonté de me permettre de *„vous parler avec franchise), convenez qiie vous • y^ave^ eu tort de ne pas faire la paix a Dresde: „tout était réparé si vous l'eussiez conclue. Vous „rappelez-vous mes rapports sur l'esprit de l'Al- ,^lemagne ? vous les traitiez de pamphlets; Vous „iae faisiez des reproches.
„]N apoléon. Je ne |>ouvais pas faire la paix „k Dresde; les allies n'ptaient pas sincères. Si
,,d'ailleurs chacun eût fait son devoir au renou- „vellement des hostilités , fêtais encoce le mai- „tre du monde. J'avais déjà pris de mon cote „trente-deux mille Autrichiens.
„Rapp. Il n'y a qu'un instant que votre majesté n'avait pas d'ambition", et voici qu'A est encore question de la souveraineté du monde.
„NapolÉon. Eh ! mais, oui. D'ailleurs, Mar- ^,mont» les sénateurs... Mon plan était combiné „de manière a ne pas laisser échapper un seul „allié. •
„Rapp. Tous ces malheurs sont la conse- ,,€juence des revers de Leiptzic: vous les eus- ,,siez prévenus en acceptant la paix a Dresde.
„]Vapoleon. Vous ignores ce qu'eiit été une ,;paix semblable. ^^ £t s'animant tout a coup, „ Aurais-tu peur , me dit-il avec vivacité , au- „rais-tu peur de recommencer la guerre, toi „qui as été -quinze ans 'mon aide - de - camp ? „Lors de ton retour d'Egypte, à la mort de lîe- „saix, tu n'étais qu'un soldat, j'ai fait de toi ,,un homme; aujourd'hui tu peux prétendre „a tout.
„Rapp. Je n'ai jamais laissé passer une occa- „sion de vou^en témoigner ma reconnaissancei „et si je vis encore, ce n est pas ma faute.
„Napx)lÉon. Je n'oublierai jamais ta con- „duite a la retraite de Moscou. Nej et toi, „vous êtes du petit nombre de ceux qui ont ,4'ânie fortement trempée. D'ailleurs a ton „siége de Dantaic , tu as fait plus que l'im- „po8sible.*^
Napoléon me sauta au cou , mè serra avec véhémence contre lui pendant au moins deux
du général flapp. 285
minutes. Il m'embrassa plusieurs fois, et me dit en me tirant la moustache:
^Allons, un brave d'Egypte, d'Austerlitx, ,,ije peutm'abandonner. Tu prendras le com- ,, mandement de Tarmée du Rhin, pendant ,,que je traiterai avec Ips Prussiens et les Rus- ,,ses. J'espère que d'ici a un mois tu rece- ,,vras ma femme et mon fils a Strasbourg. Je ,,veux que dès ce soir tu fasses ton service ,, d'aide-de-camp auprès de moi. Ecris au comte ^Maison de venir m'embrasser: c'est un bravé yyhômme; je veux le voir."
Napoléon raconta une partie de cette conversation a quelques personnes de ses alentours. Il leur dit crue, je lui avais parle avec trop de. liberté , qu'il m'avait tiré les oreilles.
La fortune lui souriait. Les courtisans ac* couraient en foule ; c'était un abandon , un. dévouement ! ils bouillaient de aèle. Ces protestations n'eurent pourtant pas tout l'effet qu'ils s'en étaient promis. Beaucoup furent repoussés : un sourtout , qui s'obstinait a faire accepter ses services, fut durement ^P^^^^^* Comblé de faveurs , d'or et de dignités , il . avait accablé d'outrages son bienfait^tu: mal-, heureux ; il fut conspué , traité de misérable. Ces messieurs se targuent aujourd'hui d'une fidélité a toute épreuve. Ils accusent l'indulgence du joi dans les salons du fauboiirg 5aint- Germain. Ils voudraient voir conduire a lechafaud tous Ceux qui ont été employés dans les cent jours.. Le hasard les a servis, les apparences sont pour eux; a la bonne heure:
mais les généraux , les ministres de Napoléon, les officiers attachés a sa personne, sa-
vent ce qu'ils doivent penser de. ces stoïciens d'antichambre. Tôt oii tard le gouvernenienr royale sera éclairé : il y a de quoi suppléer au livre rouge.
Napoléon me fît demander le 29 mars, et m'annonça qu'il fallait partir pour 1 armée du Rlan. Il me donna le grand aigle de la Légion-d'Honneur , qu'il m avait destiné a})rès le siège de Dantxic. Il me dit qu avaiit qumze jours mes troupes seraient portées a quarante niille hommes (j'en avais quinae mille au commencement des hostilités); je lui observai que c'était bien peu en comparaison d^ celles que nous allions avoir sur les bras , que le congrès (sa déclaration était déjà connue) nous menaçait d'un déluge de soldats. „La déclaration k ^laquelle vous faites allusion est fausse , répli- ,,qua-t«il avec hutfneur; elle est fabriquée à „Paris. Au reste, allez. Lecourbe commandera „en Franche - Comté , Suchet dans les Alpes.
9,Clausel sur la Gironde. Nous avons bien des „chances. Gérard va à Metx; il vient de me ,, tourmenter pour que je lui donne ce Bour- ,,miont, je lui ai accordé a regret; je n'ai ja- ,,mais aimé cette figure-la.
„Les propositions que j'ai faites aux sou- ,verains ont été froidement accueillies. Cepen- ,dant tout espoir d'arrangement n'est pas dé- ,truit. Il est possible que l'énergie avec la- ,quelle se ])rononce l'opinion les ramène à ,des sentiments de paix. Je vais encore faire ,une tentative. Voici la lettre que je leur décris:
du général Rapp* . 287
^^^onsienr mon frère ,
„Vou8 aurez ^^^ppris dans le çoiir^ du mois
,,demifir mon retour sur les côtes de. France,
„mon entrée a Paris > et le départ de la famille
,,de& Bourbon^. La véritable natur de ces évé-
,,nements doit maintenant être connue de ^ otre
,, majesté. Ils sont touvrage d'une irirésistible
^puissance, louvrage de la volonté unanime
,,d'une grf^nde nation, qui cdnnait sesi devoirs
5, et ses droits. La dynastie que la force avait
,, rendue au peuple français n'était plus faite
,,pour lui: les Bourbons n'ont voulu s'associer
,,ni a ses sentiments ni a ses mœurs; la France
„a du se séparer d'eux. Sa voix appelait un li-
,,bérateur. L'attente qui m'avait décidé au plus
,, grand, des sacrifices avait été trompée. Je sais
„venu; et du point où fai touché le» rivage,
,,ra|iiOur de; mes p^uples^^ ril'a porté jusqu'au
,^sein.,.de. ma capitaltj. Le premier besoin de.
„mo^ coeur est de payer tant d'affection par le
^^aimtien d'une honorable tranquillité. Le ré-
,,tablissement du trône impérial était néces-
,^aii;e àutonheyr des. Français; ma plus, douce
„pensée e$t de le rendre en ipérae t^iaps utile
„a laffermissemerit du rej^os de l'Eufrope. Assea
„de. gloire a illustrée tour à. tour Us drape.aux
„d^*s diverses njationSf^ les vicissitudes du sort
,, ont assez fait succéder, de grands revers a dé
. „grands succès. Une 2>lus belle ârçne est ou-
„verte aujourd'hui auuc souverains, et je suis
„le.prenxier a y descendre. Après avoir pré-.
„senté au monde le spectacle de grands com-
„bats> il sera plus doux de ne connaître désor-
„mais d'autre rivalité quç celle <i«fi avantages
y,de la paix, d'autre lutte que la lutte sainte de ,,la félicité des peuples. La France se plaît a y^proclamer avec franchise ce noble but de tous y,se3 vœux. Jalouse de son indé|)endance , le ,yprincipe invariable de sa politiaue sera le „respect le plus ''absolu pour rindépendance ,,des autres nations. Si tels sont, conune j'en ,yai rheureuse confiance , les sentiments per- ,,sonnels de* vojre majesté , le calme général < y,est assuré pour long-temps , et la justice , as- ,,sise aux confins des divers états , suffira seule y, pour en garder les frontières.
„Je suis avec empressement, etc." Mais toutes ouvertures furent inutiles. Il était hors des proportions humaines, il assurait la suprématie de la France: c'étaient la des griefs que rien ne ]>ouvait balancer; j'en étais convaincu. Sa perte était résolue.
Je jiartis pour l'Alsace; l'attitude hostile des cours étrangères y avait excité une indignation générale : toutes les âmes généreuses , tous ceux qui abhorrent le joug de l'étranger, se disposaient a repousser cette ligue de rois qui , sous prétexte de combattre un homme , ne cherchaient qu'à s'enrichir de nos dé][K>uill^. Les habitants, de concert et par un mouvement - spontané , s'étaient portés sur les haiiteurs qui oominent les défilés, les routes ou passages, et travaillaient à y construire dés retranchements; les femmes , les enfants mettaient la main k l'œuvre. On s'égayait, on s'animait Tun l'autre en chantant des refrains patriotiques. Il y avait entre tous les citoyens rivalité de sèle et de dévouement : les uns élevaient des redoutes, les autres coulaient des balles , remontaient
fie
du général Rapp. ' 289
de vieux fusils , confectionnaient des cartou* ches.. Enfin tous les bras étaient en mouvement; chacun voulait travailler a la défense commune. ' .
LTué scène touchante et digne des temps antiques eut lieu a Muhlhausen lorsque j y arrivai. On donnait un bal , les personnes les plus dis* tinguées de la ville étaient réunies; rassemblée était brillante et nombreuse « Vers la fin de la soirée on parla de la guerre > de l'invasion du territoire; chacun comnmniquait son avis, chacun faisait part de ses espérances et de ses ctain* tes. Les^dames discutaient enti'e elles, et ^entretenaient des dangers de la patrie* Tout k coup une des plus jeunes propose a ses com* pagnes de jurer qu'elles n'épouseront que des . Français qui aient défendu les frontières. Dçs cris de joie, des battements de mains accueil-* lent cette proposition* DtT^toutes les parties de la salle on se dirige vers cet essaim de beautés; on les environne, on se presse autour d'elles* Je me joignis a la foule , j'applaudis a la motion - généreuse qui avait été faite, et j eus l'honneur . de teGevoir* le serment que chacune des jeunea patriotes vint prêter entre mes mains*
Ce traii rappelle Itis mariages des Samnites, mais il a peut-être quelque chose de plus admi-^ rable encore : ce qui était une institution cheiï ces peuples fut parmi nous leiFet d'une résolu* tion spontanée ; chea eux le patriotisme était ' dans la loi, ches npus il était dans le cœur dès jeunes «j lies.
MM