LIVRE DIXIÈME
Lç petit voyage que je viens de faire à La FertéyidamiB , o\\ M. le cardinal de Bouillon a demeure quelcpe temps en s'en retournant à Cluny, m'a fait Tçnir la pensée d'écrire des Mémoires sur sa vie : elle est pleine d'événemens si grands et si singuliers, qu'ils méritent de pasiser à la postérité. Cinq con^ clayés, pù il a fait yoir sa capacité; deux exils assez longs, qu'il a soutenus avec fermeté; les évéchés de Liège et de Strasbourg, qu'il n'a manques que par les intrigues de ses çpnettiis; le cardinalat, la charge de gr^d aumônier de France , l'abbaye de Gluny, dont il a ^u la principale obligation à son habileté dans les affaires du monde -, les disgrâces de la fortune et ses faveurs, me fourniront une belle matière, pourvii que je sois instruit de toutes les particularités; et je me vante que personne ^ur la terre ne Test mieux que moi. Je suis ami du cardinal depuis son enfance ; je rai suivi dans plusieurs de ses voyages; j'ai été son condaviste à l'exaltatiqu du pape Innocent xi ; j'ai fait plusieurs campagnes du Rod dans son carrosse , et dans tous Içs temps U a eu peu de choses cachées pour mail Feu M. de Turenne étoit le meilleur ami de ma pière ^ jusque là qu'étant devenue vieille , elle lui dispit : « Cpmment se peut-il faire qu'ayant plsissé « notre vie eiisemble, vous jeune, moi jolie, vous ne (( m'ayez jamais dit pis que mon npm? » Ainsi le car-
dihal et moi avons été accoutuoiës dès Tenfance à nous connoilre, et, si je Tose dire, à nous aimer. Il commença à faire parler de lui par une querelle qu'il eut à un collëge avec Tabbë d'Harcourt, qu'il soutint vigoureusement. Le lendemain, ma mère me demanda si j'avois été lui offrir mon bréviaire : je lui dis que non, et que l'abbé d'Harcourt étoit dé mes amis. (( Comment, me dit-ellé, le neveu de M. de Turenne ! <c Courez vite, ou sortez de chez moi. » C'étoit une maîtresse |emme, qui faisoit ma fortune. Ty allai, et depuis ce jour-là j'ai toujours été attaché à lui ; et jar mais (ce qui est assez rare dans une amitié de plus de cinquante années) il n y a eu le moindre froid entre nous. levais donc écrire des Mémoires que je commencerai dès sa plus tendre enfance, et je me' garderai bien de lui en parler. Je m'instruirai à fond dans nos conversations des choses que je ne sais pas assez exactement : il aime assez à parler de ce qui le regarde quand il parle à un ami particuli^ , et cela est fort naturel; et d'ailleurs je me veux réserver le droit de le blâmer quand il sera blâmable. Tous les hommes font des fautes ; mais la plupart n'aiment pas qu'on les avertisse, et surtout les grands seigneurs, qui sont accoutumés aux louanges. Je l'aime tendrement , mais j'aime encore mieux la vérité *, et tout mon attachement ne me fera jamais rien dire à son avantage qui ne soit vrai : aussi je ne cacherai rien de ce qui peut le justifier sur les prétendus crimes qu'on lui a imiputés -, et , sans itianquer au respect que je dois 'à ceux que Dieu a mis sur nos têtes,' je dirai simplement les choses comme elles se sont passées. Je dirai de plus que je n'ai pas été élevé dans une bou-
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béille : ma mère, qiioique femme d'un homme de robe , avoit tous les jours toute la cour chez elle ; nous logions dans une belle maison à la porte du Louvre: d'ailleurs j'ëtois le dernier de mes frères; et comme ma mère m avoit eu dans un âge assez avancé, je la faisois paroltre encore jeune , ce qui faisoit sans doute qu'elle m'aimoit plus que mes frères. Elle envoya l'aîné conseiller à Toulouse, où nous avions beaucoup de parens; le second, qu'on appeloit Baleroy, alloit à la guerre, où M; de Turenne, le héros du siècle, le faisoit valoir en toutes occasions^ et moi, j'étois toujours avec elle. Tous les matins j'écrivois au chevet de son lit toutes les lettres qu'elle écrivoit aux plus grandes princesses de l'Europe, avec qui elle avoit commerce, et principalement à la princesse Marie, reine de Pologne , son amie particulière ^ et toutes ces lettres parloient d'affaires souvent très-importantes : de sorte que j'ai étS initié de bonne heure aux intrigues de la cour. Tout^cela m'étoit fort avantageux, et de voit me former l'esprit^ mais^ d'un autre côté, ma mère avoit tant de foiblesse pour moi, qu'elle étoit continuellement à m'ajuster« Elle m'avoit eu à quarante ans passés ; et comme elle vouloit absolument encore être. belle, un enfant de huit à neuf ans qu'elle menoit partout la faisoit paroître encore jeune. On m'habilloit en fille toutes les fois que le petit Monsieur V I) venoit au logis, et il y venoit au moins deux ou trois fois la semaine. J'avois les oreilles pei'cées, des diamans, des mouches , et toutes les autres petites afi'éteries auxquelles on s'accoutume fort aisément, et dont on se défait fort difficilement. Monsieur, qui ai-
{i). £re peiit Monsieur : Le duc d^Anjoa , depuis dnc d'Orléans.
moit aussi tout cela , me faisoit toujours cent amitiés. Dès qu'il arrivoit, suivi des nièces du cardinal Mazarin et de quelques filles de la Reine , on le mettoit à sa toilette, on le coifibit. H avoit un corps pour conserver sa taille (ce corps ëtoit en broderie) : on lai ôtoit son justaucorps, pour lui mettre des manteaux de femmes et des jupes *, et tout cela se faisoit, dit-on, par Tordre du cardinal, qui vouloit le rendre efiemioë, de peur qu il ne fit de la peine au Roi , comme Gaston avoit fait à Louis xni. Mais la nature a ëtë la plus forte en lui : quand il a fallu se battre , il s^est montre du sang de France, et a gagne des batailles-, je Tai va pendant des campagnes entières quinze heures à cheval , en suivant les ordres du Roi , exposant toute sa beauté à un soleil qui ne Tëpargnoit pas. Quand Monsieur ëtoit habille et pare , on jouoit à la petite prime (c'ëtoit le jeu à la mode), et sur les sept heures on apportoit la collation -, mais il n^ paioissoit point de valets : j'allois à la porte de la chambré quérir les plats , et les mettois sur des 'guéridons autour de la table ; je donnois à boire , dont j'étois assez payé par quelques baisers au frràt, dont ces dames m*honoroient. Madame de Brancas y amenoit souvent sa fille, qui a ëtë depuis la princesse d'Harcourt. Elle m'aidoit à faire ce petit ménage -, mais quoiqu'elle fât fort belle, lés filles de la Reine m'aimoient mieux qu'elle : sians doute que , malgré les cornettes et les jupes, elles sentoient en moi quelque chose de masculin. J'oubliois à dire que madame de Brancas et ma mère envoyoient leurs enfans à cul nu sur un petit degré dérobé , persuadées que cela les feroit gagner, j'ai cru devoir rapporter ici toutes ces bagatelles, afin
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de fonder la créance de ceux qui liront ces Mémoires, en leur apprenant que j'ai passé ma vie avec des gens qui ont pu mHnstruire de tout.
J'ajouterai q^e dans la suite je me suis trouvé dans la familiarité de tous Jes ministres^ à rêxception de M* de Louvois, qui me haissoit fort, à cause qu'il me crdyoit attaché au e^ardinal de Bouillon. Je n'ai pourtant pas eu grand commerce avec M. Colbert; je n'aimois pas à aller chez lui, il sembloit qu'il fût toujours fâché*: mais je voyois souvent M. LeTellier, encore plus souvent M. de Lyonne^ à cause de ses enfans qui m'aimoient fort^^t M..de Pomponne, quiavoit grande obligation à ma mère. Elle avoit un an durant montré au Roi dé belles lettres qu'il luî écrivoit de Suède , et cela n'avoit pas peu contribué à le faire ministre. U est vrai que ces belles lettres il étoit trois mois à les £aiire \ #t quand il fut en place , on s'aperçut bientôt que c'étoit un bon homme, d'un génie assez court. Je vog^oÎB aussi M.* de Groissy, qui avoit plus de capa* cité qu'on n'a cru dans le monde. Son air grossier, pour ne pas dire brutal, lui a fait tort : personne n'écrivoit mieux*, et toutes ses dépêches, qu'il dictoit lui-même sans le secours de ses commis, étoient admirables. Bergeret, son premier commis, se donnoit làndessus une vanité ridicule : il alloit tous les jours écrire sdus son maître les lettres qu'il lui dictoit, et n'étoit que simple scribe, quoiqu'il eût deux mille écus d'appointemens ; il n'y changeoit pas une parole : et cependant lorsqu'on pari oit des belles dépêches de M. de Croissy, et qu'on le flattoit d'y avoir quelque part, il se donnoit un air modeste qui laissoit
entendre ce qui n'étoit pas , sans pourtant qu'on pût T. 63. 28
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1 accuser de s'en être vante groflrièrèment. J*ai moimême ëté tromifé comme Jes autres , jusqu'au jour quàla honte de notre. siècle, TAcadëmie française le préféra à M. Ménage. Alors il me consulta snr une harangue que M: d'Haucourt son ami lui ayoit faite; et je connus son incapacité par les manières inno» centes et niaises dont il reçut mé^ corrections, dont il n-entendoit pas la moitié. M. de Poiitchartrain , devenu chanceli^r, étoit auâsi, et plus que pis un, de mes amis. Nous avons étudié ensembhe ; et sen père, président des comptes, signa parmi mes parens quand on me fit énfanciper. Après iout ce veriiiage , dont je me serois peut-être bien passé, je viens à mon dessein.
Emmanuel-Théodose de La Tournd' Auvergne , cardinal de Bouillon , Yiaquit dans le château de Tnrenne le 24 d'août 164^9 quoique dans toute lltalie il passe pour être, né à Rome en 1644) ^^^ 1^ temps qu^Ie feu duc de Bouillon son père s'y rendit pour être généralbsime des troupes du pape Urbain vin. Sa femme Eléonore de Bergues , princesse dont la piété solide égaloit le courage, la beauté et la naissance, le suivit avec quelques-uns de ses enians; et peut-être que le cardinal de Bouillon ne s'est pas opposé à celte créance commune , dans la pensée qu'étant cru né Romain , on l'en aimeroit mieux dans Rome en le croyant compatriote. Sa maison est regardée comme une des plus il* lustres de l'Europe. Justel etBàluseen ont fsit la généalogie , et la font descendre des ducs d'Aquitaine , comtes d'Auvergne \ et quoique Le Beuchet , fameux généalogiste, ait paru en plusieurs occasions peu favorable à messieurs de Bouillon, il ne laisse pas d'à-
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Yoùer qu'ils descendent en ligne directe de Géraiid de ni Tour, qui»vivoit en 937, qu'il dit bien être de la maison d'Auvergne , mais non pas descendre d'Asfred , comte d'Âutergne et duc d'Aquitaine , dont Justel les a fait descendre le premier, mais de Bernard, vicomte d'Auvergne, qui vivoit vers Tan 900. «Une si grande anciaoïïietë^ jointe à quinze alliances avec la maison royale, mettent la maison de Bouillon au-dessus de beaucoup 4'autres qu'on s'efforce tant de faire valoir. Quelque teèlps aprèis la maissànce d'Emmanuel- ThéodoBe^ on le destina à être chevalier de Malte, maigre la répugnance de la duchesse de Bouillon sa raèi^e, qui trouvoit fort dangereux pour le salut un ^tat de vie qui engage à des vœux religieux, <lont l'observation est si difficile par le commerce du grand monde et par la vie militaire. ïl porta le nom de che» valier jusqu'à ce qu'il embrassât l'état ecclésiastique.' Au commencement deîânhée i644j 1« duc et la duchesse de Bouillon , sous prétexte d'un pèlerinage au Puy j partirent de Turenne , et passèrent en Italie •, ils' remirent ce petit chevalier entre les mains de madame de Duras sa tante, que le duc aimoit plus tendrement que ses autres sœurs : ce qui a bien paru dans là suite , messieurs de Buras ayant' plus profité de l'amitié et de la protection de M. de Turenne , cpii pensoit sur leur sujet comme son frère , que tous ses autres neveux, fils de ses sœurs. Madame de Duras garda chez elle le petit chevalier de Bouillon jusqu'en 1647, que le duc de Bouillon étant revenu à la cour après la paix dTtalié, sollicita le dédommagement qu'on lui avoit promis pour la souveraineté de Sedan.
Les livres sont pleins du traité que M. de Cinq*
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Mars , grand ëcuy er de France , fit avec le roi d'Espagne pour chasser le cardinal de Richelieu. Tai été berce de toutes les particularités de cette affaire ; ma mère ëtoit de tous les secrets de la cour. La prince^ Marie de Gonzague, qui a ëtë depuis reine de Pologne , ëtoit son amie intime , et lui avoit promis de faire .mon père garde des sceaux , après qa elle auroit ëpousë M. le grand, qui devoit être connétable. Elle ëtoit confidente de leurs amours. Mon père, alors intendant de Languedoc , ne savoit rien de tout cela : il eut ordre du Roi d aller chez M. le grand , qui avoit été arrêté , et Àe saisir tous ses papiers , même ceux qui ëtoient dans ses poches. U le trouva dans sa cbainbre à Montpellier , se promenant à grands pas devant un grand feu où il avoit. jeté. beaucoup de papiers. « «M. de Choisy, lui dit-il en le voyant, vous seriez te bien fâché de trouver tout ce que je viens de hrùr (( 1er. » Enfin touUfut découvert.
M. le duc d'Orléans, oncle du Roi, avoit signé le traité d'Espagne -, et Ton prétendait même , sur de grandes apparences, que le Roi, qui n'aimoit plus le cardinal de Richelieu, qui le craignoit, avoit tout approuvé. Ce prince , dont on a dit avec raison qu'il ëtoit grand dans les petites choses, et petit dans les grandes, avoit eu envie de temps en temps de se défaire de ce cardinal , et n'avoit jamais eu la force de le faire. M^ le grand eut le cou coupé ^ M. de Thou l'eut aussi , quoiqu'il n'eût point signé ce traite , mais parce qu'en ayant eu connoissance , il n'en avoit riea dit*, M. le duc d'Orléans en fut quitte pour aller à Blois-, et M. de Bouillon, qui commandoit l'armée du Roi en Italie, fut arrêté, et conduit à Lyon auchâ-
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teau de Pierre-Encise. Il nioit fort d'être entré dans le traité , et il né se trouva point de preuves contre lui : mais comme Fontrailles, agent de M. de Cinq- Mars , Tavoit nommé parmi ceux qui n'aimoient pas le cardinal de Richelieu , et que Monsieur lui avoit fait promettre de lui donner rétraite dans Sedan en cas que le Roi vînt à mourir, on le menaça de lui faire un mauvais parti s'il ne faisoit rendre au Roi la ville de Sedan , dont on lui donneroit un dédommagement considérable. Le cardinal Ma^arin , qui commençoit à entrer dans les affaires sous les' ordres du cardinal de Richelieu, ménagea raccommodement. Sedan fut livré , au grand regret d'Elisabeth de Nassau ,' mère du duc de Bouillon , qui vouloit plutôt souffrir les dernières extrémités , et hasarder la vie de son fils. Le duc de Bouillon fut mis en liberté, et relégué à Turenne , où il demeura jusqu'à la mort du roi Louis xiïi. Il fut alors persuadé que le cardinal. Mazarin, tout puissant sur IJesprit de la Reine régente, lui feroit rendre ju^ice sur le dédommagement qu'il lui avoit promis de la part du cardinal de Richelieu. Il revint à la cour avec de grandes espérances. Il y fut assez mal reçu ; on le regarda comme un homme qu'on ne craignoit plus depuis qu'il n'avoit plus Sedan , et sa présence devint bientôt importune. Il s'en aperçut, et s'en alla à Turenne, où il négocia pendant l'hiver le généralat des troupes du Pape. Il passa en Italie^ et y étant demeuré jusqu'en 1647, ^^ ^^ ^^^ point en état de solliciter smt dédommagement. Il vint alors à la cour, et y fut traité d'abord assez bien , et ensuite si mal , qu'il se vit obligé à suivre l'exemple de M. le prince de Conti ; qui s'étoit déclaré pour la ville de
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Pfiiis contrit le Roi : le duc de Longuevilljs se dëclaira au^i. On ineaa les enfans 4e M. le duo de Bouillon à rbotol-Kle-Tille.^ pour y serrir d*otage;s^ de la fidélité de leur père« Ms^dame de Longueville , sœur des princes de Condé et de Conti, fut aussi conduite à Thôtel*^ de-ville pour y servir d'otage i et elle, y accoucha dû comte de S^int-Paul , qui fut tenu sur les fonts de baptême par le prévôt des marchands et échevins de la ville de Kari^^ et par madame de. Bouillon, qui le nommèrent Charles Paris* C'eil lui qui fut tué au passage du Rhin, en 1679» dans le temps quil alloit tâcher de se &ire roi de Pologne.
Pen4ailt qioe M..de.6ouiUQn étoit déc;Idré Vnn des généraux de la ville de Pari3> M. de Turenne, qui oomntandoil Varmée du Roi .en Allemagne ^ la £iisoit confédérér contre la cour; juÂts^peu apr^àfr, par les intrigues de AL le prince^ qui t^vOit conservé beau-^ coup de crédit sur cèd troupes^ .({u'ili^voit comman* dées long^témpst» M. de Tutenne s'en vit abandonné^ et fut obligé de se retirer en Hollande4 . La guerre de Paris i|e durapasi long-temps : Ja ville se soumit au Roi; il y eut u^ jamnistîe générale, et le duc de Bouillon el le vicomte de Turepne y furent nommés expressément. .Mais cette, paix ne fut pas longue : le cardinal Maaarin y &tigué de la manière impérieuse dont iLéloit traité, par M. le prince ^ qui vouloit faire donner à ses créatures toutes les charges et tous les gouyernemens , persuada à la Reine mère et régente, qu^il gouvenioit absolument, de faire arrêter les princes; car M^ le prince^ le prince de Conti et le duc de Longueville étaient unis insépsH rablement par le Bang et par Tintérét^ Il s'assura en
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secret, avant que de Fentrepretidi'e , du parti des frondeurs ; il gagna le coadjuteur He Paris ^ depuis cardiiifil de Retz, el le duc de Beaufort, et fit conduire les princes au château de Yincennés, dans lé temps qu'ils s'y attendoient le mdiiis^ Usaviiîent reçu plusieurs avis secrets dont ils s'étoient moqués, quoi*qu^ils prissent fa précaution de n'aller jamais tous trois ensemble au Louvre. M. de Longueville étoit alors à une petite maison à Chaillot, ou il prenoit des eauiii Quand toutes les mesures furent prises, la Reine mère écrivit le soir à M. de Longueville que s'il vouloit là venir trouver le lendemain, elle lui donneroit con-» tentement sur le gouvernement du Pont-de4'Arche , qu'il demandoit depuis long-temps; quelle étoit in^ commodée , et ne tiendroit gas conseil ce jouivlà. Il n'y manqua pas , et fut tnen étonné quand il vit les deux princes déjà arrivés pour le conseil. Le cardinal Mazarin entra aussitôt, et leur dit que la Reine ache^ voit quelques dépêches. Un moment après entra le vieux Gui tant, capitaine de ses gardes, qui les arrêta ùe la part du Roi , et les pria de passer par un petit escalier dérobé. M. le prince, en voyant cet escalier fort obscur, et plein de gardes du corps la carabine haute , lui dit : n Guitàut , ceci a bi^n l'air des Etats tt de Blois. -^ Non , non . monseigneur, lui répondit-^ a ij; je ne m'en mélerois pa;5. » Ils descendirent, et furent mis entre les mains du comte de Miossens, capitaine lieutenant des <!hevau-légers, qui en devint maréchal d'Albret. Il les mena à Yincennes; et dans le chemin le carrosse s'étant rompu,. M. le prince, pendant qu'on le raccommodoit, dit tout bas à Miossens : « Voici une belle occasion pour un cadet de
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a Gascogne. » Miossens ne fut point ëbranlé , et mena ses prisonniers à Vincennes.
Dès que les princes eurent été arrêtés, le fine de BouiUon et M. de Turenne se déclarèrent hautement pour leuriiberté* Le duc s'en alla à Montrond prendre fnadame la princesse, et la conduisit à Bordeaux, avec trois ou quatre mille hommes de la vicomte de Turenne^ M. de Turenniî, de son côté, s^en alla à Ste^ nay. La Reine mère envoya aussitôt le sieur de Carnavalej:, lieutenant dies gardes du' corps, arrêter la duchesse de Bouillon, qui logeoit dans la vieille rue du Tenîple , et qui étoit ptête d'accoucher. Dès que $es suisses virent venir les gardes du corps, ils fer-^ mèrent la porte , et la vinrent avertir. Elle n'eut que le temps de dire à un va}^t de chambre de faire sauver ses enfans. Elle avoit alors quatre garçons; le petit chevalier de Bouillon , dont j'écris la vie , étoit le troisième. Ce valet fit mettre promptement les chevaux au carrosse pendant qu'on ouvroit -les portes aux gardes du corps, qui s"ê postèrent sur l'escalier; mais il passa hardiment au milieu d'eux avec les quatre enfans, en leur disant : « Âllez-vous-en, messieurs; a nos petits princes ont bien d'autres choses à &ire « tju'à jouer, le§ voilà prisonniers; » faisant accroire aux gardes que c'étoient des enfans du quartier qui étoient» venus pour jouçr avec eux. Les gardes .les laissèi^ent passer : il monta en carrosse avec eux, et les mena chez la maréchale de Guébriant, amie de la maison. Le marquis Du Bec, son frère, étoit lemeilleur ami de M. die Bouillon. Ils n'y demeurèrent que quelques jours ; et la maréchale, pour les mieux cacher, le&^fit habiller tous quatre en filles, et les mena
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dans une petite maison qu'elle loua auprès de Bellechasse, quartier où il n'y avoit alors que des Jardins. Us y demeurèrent près de deux mois , et y pensèrent être dëcouYerts par l'imprudence de ceux qui les ser- ▼oient. Ils leur laissèrent faire dans le jardin un petit fort, quelles uns attaquoient et que les, autres défendoient avec grand bruit. Ces enfans n'étoient pas nés pour vivre en filles. Une jardinière du voisinage les vit p^ dessus la muraille , et dit à ses voisines : <r n y a là dedans de plaisantes petites filles qui font « les gendarmes. » Le marquis Du Bec, quijes venoit voir souvent, en fut averti, et résolut de les changer de lieu. Cependant la.duchesse de Bouillon, qui ëtoit accouchée, et en bonne santé, songea à se sauver pour aller trouver son mari à Bordeaux. Mademoiselle de Bouillon sa belle-sœur, et Sja fille aînée qui a été dépuis duchesse d'Elbœuf, jouoient toute la journée avec Carnav|lçt. La duchesse les quittoit souvent pour aller écrire, disoit-elle, ou prier Dieu. Elle se cachoit les soirs daifs qudque coin de la maison pour mettre en peine CarnavaJet , qui la trouvoit tou- JQurs; et enfin elle l'y accoutuma si bien, que, quand il ne la trouvoit pas d'abord , il ne s'en étonnoit pas. Un soir qu'elle avoit bien pris ses mesures , elle sortit par le soupirail de Ja cave avec sa fille aînée , pendant que Carnavalet jouoit au reversis. Un gentilhomme de M. de Bouillon Fattendoit dans la rue;^ et la conduisit chez un de ses amis, à qui il ^t accroire que c'étoit une riche veuve qu'il 'venoit d'enlever. Elle passa le lendemain dans la maison d'un Jîrère de Bartet , qui a été depuis secrétaire du cabinet , et qui est mort en 1707 à Neuville auprès de Lyon, chez le
maréchal de Yilleroy^ âgé de plas de cent ans* Elle se prëparoit à partir en poste , déguisée en homme, pour se rendre à Bordeaux , lorsque sa fille eut la petite vérole* Elle n& put pas se résoudre à la .quitter . en cet état'-Ià; et cependant la cour^ qui faisoit faire de grandes perquisitions, fut avertie du lieu de sa retraite. On vintPâirréter pour la seconde fois, pour la mener à la Bastille, d'où elle ne sortit qu'à la paix. Carnavalet y fut mis aussi, pour le punie de sa négligence* On accusa Bartet d'avoir averti le cardinal Mazarin du lieu où étoU madame de Bouillon *, et ce soupçon fut bien fiortifié lorsqu^ou le vit peii de temps après secrétaire du cabinet. Cependant le marquis'Du Bec, qui s'étoit chargé de faire sauver les enfans de M. de Bouillon, les avoit fait partir tous quatre toujours habillés en filles, et voulut Jes conduite lui-^méme jusqu'aunielà de la Loice , où ils n'airoient phifi lien à craindre* Il les mena heureusement jusqu auprès de Blois, où le petit chevalier de Bouillon tomba malade si dangereuse^ ment, que le marqifis Du Bec le confia à madame de Fléchine sa parente , qui avoit une assez belle maison près de Blois, la priant de le faire passer po^r une de ses nièces. Cela nMtoit pas difficile , la beauté de son Visage et la délicatesse de ses traits le pouvant fort aisément faire croire du beau«sexe. Madame de Fléchine envoya chercher le sieur Bellay, fameux médecin d^ Blois qui est rooi^t premier médecin de feu Maidemoiselle , et fut obligée de lui dire le secret ; il. h garda même à M. le duc d'Orléans, qui étoit retiré à Blois; et ne lui déclara la vérité qu'après que la paix fut Êiile. Le petit chevalier de Bouillon étant guéri , demeura chez madame de Fléchine toujours
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habiUé en fille , san9 que personne se doutât de la vérité de son sexe^ mais la Reine régente et le cardi7 nul Mazarin ayant résolu d'aller assiégei" Bordeaux^ rà madame la princesse s*étoit retirée sous. la conduite du duc de Bouillon, et la cour étant venue à Blôi$,i madame de Fléchine eut si grande peur qu'on ne trouvât chez elle un fils de M. de Bouillon , et qu'on ne le conduisit au 'siège pour le mettre à la bouche d'un canon, et obliger peut-*être son père à rendre la ville ^ qu'elle prit une^ résolution qui paroitroit fahut leuse, si l'on ne jsavbit pas qu'elle est* véritable. Il.)ç avôit dans le parc de sa maison, quoiqu'il. ne fût pas foi^t grand, un petit bois très^épais où elle avoit re^ marqué un gros buisson fait en forme de voûte, ok l'on ne poutoit entrer qu'en se traiûant à terre sou;» des ronces et des épines. Ce fut dans cette niche qu'elle fit entrer le petit chevalier de Bouillon, aprè^ lui avoir fait quitter ses habits de fille ^ et l'avoir ha-^ bille en garçon d'une étofie fort simple , afin qu'on le.remarquât moînSb Elle fit'entrer avec lui son valet de 'chambre nommé Desfargues, qui ne l'avoit point quitté; elle leor donna du pain, du vin et de l'eau, un pâté, un oreiller^ et un paj^asol de toile cirée pour les garantir de la pluie. Desfargues en sortoit le soir pour aller faire la ronde dans le parc, et observer si'il ne venoit personne pour enlever son maîtte. La bonne dame craignoit son ojnbre , perjsuadée que la cour ne soogeoit qu'à cette aiSaire^là. Elle soupçonna deux capucins d'être espions du cardinal Mazariu , parce que l'un d'eux avoit dans sa manche un mouchoir de toile fine avec des* glands.; ce qui.étoit fort à. la mode en ce temps-là, mais ne s'accordoit pa^
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avec la simplicité religieuse. Un soir que le yàlet de chambre étoit sorti du buisson pour aller recevoir le» petites provisions que madame de Flëchine lai apportoit elle-même , il iSt un orage furieux , accompagné, dç pluie et de tonnerre : le petit chevalier, qui n'avoit que sept ans, et qui étoit seul dans son buisson , fut fort désolé \ et voyant un v.er luisant (animal qu'il ne connoissoit point) , il crut que c'étoit le tonnerre , et cria à son valet d« chambre , qu'il aimoit fort, et qui vouloit rentrer dans le buisson , de prendre garde à lui*. Desfargues prit aussitôt à la main le ver luisant, et rassura le petit chevalier, qui lui Hit qu'un pareil tonnerre ne le feroit plus trembler. Un ttatre jour, ils trouvèrent leur pâté tout plein de fourmis : ils ne laissèrent pas d'en manger, faute d'autre chosQ. Ils passèrent huit ou dix jours dans ce buisson, jusqu'à ce que la cour étant partie dç Blois, madame de Fléchine les fit cacher dans une grange, et ensuite dans une petite tour qui étoit au bout de son parc , où ils étoient onfermé^toute la journée , s'occupant à faire de petits paniers d'osier ; elle leur donna aussi la P^ie des Saints , et quelquefois la gazette, que le petit chevalier dévoroit, parce qu'il y apprenoit quelquefois des nouvelles de M. de Bouillon. Il fut un jour bien fâché d'y voir que la populace de Bordeaux s'étoit voulu révolter contre ma- ' damé la priQCçsse , et que les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld avoient eu bien de la peine à Tapaiser.
Us s'étoient servis pour cela d'un fils de M. Bouillon qui n avoit que douze ans -, on Fappeloit alors le prince de Raucourt , et il s'est appelé depuis le chevalier de
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Bouillon, parce que celui dont j'écris la vie, en embrassant Fétat ecclëskstiq[ue , prit le nom de duc d*Albrei. On mit un buffle au petit prince de Raucourt , une cuirasse, et un casque en t^te^ et, monté sur un petit bidet, il alla dans toutes les rues de Bordeaux haranguée*" le peuple. Son esprit passoit son âge : il est mtrfà Tâgç de Vingt-trois ans^ et, selon les apparences, il eût égalé , s'il eût vécu, les plus grauds hommes de sa maison.
Dans le temps que le duc de Bouillon s'en alla à Bordeaux, il écrivit à M. de Turenne que 1^ cardinal Maïarin avoit manqué à toutes les paroles qu'il lui avoit données; que Ton ne 4e regardoit à la cour que comme un misérable solliciteur dei procès; et que s'ils ne trouvoient l'un et l'autre le moyen de se faire rendre justice en se faisant craindre,, ils pou voient compter leur maison abattue et ruinée. C'est ce qui obligea M. de Turenne à*se mettre à la tâte de l'armée d'Espagne ,. et à la faire entrer en France. Il y avoit joint<quelques régimens d'infanterie et de cavalerie, sur lesquels il avoit un pouvoir absolu. U avoit hésité quelques momens à prendre le parti de M. le prince, dont.il n'avoil; poiM sujet d'être content-, ce qu'il lui avoit signifié en parlant à sa personne huit jours avant qu'il fût arrêté : mais comme leur liaison étoît publique, et que le styet de leur brouillerie étoit fort secret , il crut qu'il y alloit de son honneur de sacrifier en cette occasion son ressentiment particulier, et se déclara hautement pour lui. Il s'avança en Picardie^ et perdit la bataille.de Rethel contre le maréchal Du Plessis-PrasHn* Le duc de Bouillon, de son côté , fut plus heureux à Bordeaux : il soutint
fut bien aise. Charost n'aiilioit pas le cardinal Mazarin ^ il avoit ëté au cardinal de Richelieu , qu'il ne nommoit jamais sans l'appeler mon Bon maître.
Après avoir conduit le duc d'Albret à Tâge de vingtqua^e ans , et Favoir^ fait passer par tous les 4^grés d'esprit, de vertu, de science et de capacité, pour parvenir à Festime gëhërale , <}ue persono/e ne lui refùsoit , il est temps d'expliquer la manière dont il se fit cardinal^ car on peut dire (et je m'en vais le prouver) que si la'jiaissance et la considératiçn de M. de Turenne commencèrent l'ouvrage , il ne fut achevé que par*une prudence infinie, une pénétration sans bornes, et une fermeté à toute épreuve. M. de Pérëfixe ,. archevêque de Paris, avoit lié une amitié très^étroite avec le duc d'Albret depuis quil avoit prësidé»*à soh acte de tentative en 16649 et quil avoit voulu être le grand-maître de ses étttdés pendant sa licence.; La fréquentation augmentoit chaque jour la tendresse -,.et le boa archevêque ne lui cacboit point que la chosadu monde .qu'il SQuhaitoit le plus étoit de le voir son cba^djujteur , persuadé que l'Eglise de Paris seroit he'ujreuse d'êlre conduite par on si digne pasfieur. Le duc<l'ÂlBret,'qui demeuroit dans le cloître Notre-Dame , culti voit avec sdîn une amitié qui pouvoit si bien rendre , et alloit souvent les soirs à l'Archevêché , par- la petite porte , y passer les après-soupers. M, de P.éréfixe étoit le meilleur homme du monde, viglent , aisé à mettre en colère, mais qui revenoit un moment après : il avoit aussi bien de l'amitié pour moi , et me fit Thonnear de présider à mon acte de tentative , que je dédiai au Roi. Il me souvient que la veille il me vint voir au
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Luxembourg, et me lit ses trois argumeds^ après quoi 'il me dit: a M. l'abbé, Vous savez que l'abbé « Le Tellier, qui est en licence, fait tout ce qu'il « péut*pouï' démonter tous les répondons \ ses doqu leurs lui font de bons argumeas, et son plaisir est <( d'obliger le président à prendre la parole. Je vous (( veux faire le phisir de ne point ouvrir la boqcbe : u "défendez - vous comme vous pourrez. » B Je fit comme irme l'avoit dit. L'abbé Le Tellier euit beau crier et demander justice au président, je cnoii/s aussi haut qu9 lui*, et soit que j'eusse raison ou non, les vieux docteurs frappèrent sur les écoutes, et lui imposèrent silence. LeXiuc d'Alliiret étant si bien avec M. de Péréfixe, ^pprenoit avec peiae que quelquefois M. de Turenne blâmoxt la * conduite de J'archevêque à l'égard des filles de Port-Royal. M. de Jurenne étoit encore huguenot*, et les huguenots qui nieot ^xxssi bieii*c[ue lès j^séni&tes le mérite des honnès œuvres {avorisent«en tout les jansénistes, à cause de la conformité de leurs sentimens sur la grâce. Le duc.d'Al^ bret supplia M. de Turenne d'avoir un peu plus d'attention pour un archevêque qui Itii témoignoit tant d'amitié, et qui avoit.tant de considération pour sa maison, dont il avoit fait tant d'éloges dans d^s discours publics ; ce qu'il lui promit de faire, et ce qu'il fit effectivement.
Les choses en étoient là , et paroissoient vouloir de-^ meurer quelque temps au même état, lorsque l'abbé Le Tellier obtint du Roi la coadjutorerie de Langres. Cet évêçhé^ l'utte xle/s «ix pairies ecclésiastiques de France, ,4toit possédé» paxil'abbé de La Rivière, qui, en qualitéde favori de M. Gaston, oncle du Roi, avoit T. 63. 29
45o MÉBCDIRËS '
fait Une si grande fijgtire peiidant la régence* mais Tabbë Le Tellier avoit de bipn plus grands desseins, il songeoit à rarchev^clië de Reims. Un nommé Saint- Laurent, commis de Mainrievillette , récéverir'général du clergé, alla à Reims, avec un feuillant qui avoit un grand pouvoir surie cardinal Antoine, pourtâckr d'obtenir la coadjutorerie. Us lui persuadèrent. que si Vabbé Le Tellier étoit son coadjutçur, il mettroitbientôt son chapitre à la raison par lé crédit dn ministre, et Tobligèrent à demander cette grâce ^ que le Roi lui accorda. Le duc d'Albret en fut averti , et l'alla dire à M. de Turenne , qui prît feu , résolu d'en* aller surle-champ avertir le Roi , et rompre par là la négociation -, mais le duc d'Albret s'y opposa. « Si J'abbë Le Xi Tellier, lui dit-il, «st coadjutéux de Reims, il feut (( demander pour moi la coadjutorerie de Paiis^et, <( en cas de refus, la nomination au cardinalat. Le <c Roi sera si honteux d'avoir fait l'allé Le. Tellier u coadjuteur de Reims, qu'il n'osera vousT refuser. » Le Roi ètoit bien disposé en faveur du duc d'Albret : ma mère, que Sa Majesté bonôroit de quelque cod-fiance, lui avoit dit plusieurs fois que le duc dAlbret avoit tout le mérite du monde, et qu'il étoit du bois dont on fait les cardinaux. Elle m'a conté qu'étant un jour dans la chambre du Roi, ^n attendant l'audience particulière qu'il lui donnoit deux ou trois fois la semaine dans son cabinet, le duc d'Albret y étoit entré, et l'avoit entretenue pendant une demi-heure. Elle s'étoit fait donner ces audiences , en disant an Roi avec hardiesse, pour ne pas dire eflTronterie: «( Sire, si vous voulez devenir honnête homme, il faut « que vous m'entreteniez souvent. ))Xe Roi hfitap-
DE l'â^BÉ d£ GHOlSY. 4^^
peler, çt «ut la bonté de lui direr qu'il ëtoit fâché de ravoir fait tant attendre! c< Sire, lui dît-elle,- je ne « me §uis point .ennlUytée •, j'étois avec ce petit duc (( d'Albrét , ,^ se pkis d'esprit que moi : ce sont de « ces gehs*Ià, quand ils ont la naissance et le mérite, « qiie Votre Ms^esté doit .élever aux premiers postes. « Vous devriez lui dpnner votre nomination au car- « jlinalat ; quç pouvez-vous mieux faire ? » Elle prit là-*âes5iïé occasion de passer en revue tous ceux qui pouvoiënt alors4[>rét^ndre au cardinalat , et leur donna à chacun un petit- çpup de pâte , sans en excepter réveque dé Laon son bon ami ( depuis cardinal d'Estrées ), mais qui ne Fëtoit pas tant que le duc d'Albrét. « Mais, reprit le 'Roi , il est bien jeune. — « Il est vriû , mais il est bien sage; et d'ailleurs quand 4 VOUS le nomtoeriez aujourd'hui , il ne seroit peut- « être pas cardinal dans dix ans. » Ce discours, jeté à l'ayaiUure ,\germa dsips la, suite; et le cardinal de Bouillon m'a dit plusieurs fois qu'elle avoit la prentiërë rompu la glace sur son cardinalat. Aussi, dès qu'il eut la. nomination, il vint tout courant lui en dire la nouvelle ; et sur sa^table il m'écrivit un billet charmant pour, me le faire savoir. J'^itois allé en Bourgogne, à mon abbaye de Saint-Seine ; et lorsque je reçus son billet je dinois à Dijon avec M. Bouchu, intendant de la province. J'eus bientôt pris mon parti, et demandé à l'intendant- s'il vouloit mander quelque chose à Paris; et qu'au sortir de table j'allt>is prendre la poste. Je le fis , je volai ; j'embrassai le nouveau cardinal, et deux jours après je retournai à SaintrSeine faire mes.affaires. Mais pour revenir au duc d'AIbret , M. deTurenne approuva son raisonnement, et lui dit :
452 M^OIRES
V Effectivement vous avez plus d'esprit ([de moi : il m n'y a qu'à laisser faire la coadjutorerie de Reims , et K en. profiter par contre-coup' en oblLenant geUede « Paris , ou la nomination au gardinalat. » En effet, quatre jours après i abbë Le Tellier fu|t dëclaré coadjateur de Reims ^.ét Saint-lAurent , pour sa récompense, fot receveur général du dergé^ Le duc d'Albret alla aussitôt trouver îarchevéque de Paris , ^t lui dit : u Je « ne viens point ici , monsieur, vous presser sur une « chose que vous m'avez témoigné tant de fois souci haiteravec passion ; c'est seu^ment pour vous dire tt que la conjoncture est &vorable : le Boi viçnt de « faire l'abbé Le TelUer coadjuteur de Reims ; il ne « vous refusera pas si vous me demapdez présente- « ro^nt pour votre coadjuteur, et que M. ^ Tùrennc a joigne ses prières aux vôtres. Mais^, monsieur, ne u me répondez point présentement; j'aurai l'honneur <( de vous voir demain matip. » L'arcbevé4pie l'embrassa avant que de lui répondre , et lui dit qu'il falloit voir avec M. de Turenne comment il s'y faàdroit prendre pour faire réussir une chose qu'il souhaitoit passionnément. Le lendeipain, M. de Turenne, que le duc d'Albret avoit fait avertir, vint diner chez lui, et y trouva M. Boucherat, conseiller d'Etat, mort depuis chancelier de France. Il avoit été tuteur de messieurs de Bouillon conjointement avec M~. le premier président de Lamoignon et le président de Mesmes; il étoit ami particulier de M. de Turenne. Le duc d'Albret l'avoit prié d'y venir pour fortifier en cette occasion la foiblesse naturelle de M. de Turenne, que sa iiiodestie et son désintéressement empêchoient souvent de parler au Roi en faveur de sa maison. Aussitôt
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aprè»'iâhie», M. d^Turenne alla voir l'archevêque ; et l'ayant trouve .^nS les mêmes sentimens , il partit sur-le-chanîip pour Saint- Germain, et dès le soir il ddcnanda au Ëoi la coadjutorerie de Paris pour son neveu, assurant le Roi que. l'archevêque devoit lui faire la même prière; et lui avouant qu'il avoit eu quelques vues sur l'archeséché de Reims. Le Roi ; qui se souvénoit encore de* la guerre de Paris, où le coadjuteur cacdihal de Retz lui avoit fait tant de peine, lui refusa tout net la>coaâjut6rerie : « Lé duo a d'Albret, lui dit-^il, est trop jeune pour lé charger tt du soin de tant d'ames. » .Mais il lé refusa avec les fermes du monde les plus obligeans , l'asîmrant qu'il Im accorderoît toute autre chose. Alors «M. de Tu-, renne , suivant qu'il en ëtbit convenu avec le duc d'Albret , lui demanda pour lui la nomination au car-r dinalat ; ce que S^ Majesté lui accorda avec plaisir , lui recommandant seulement de ne le dire à personne du iBoude qu'à son neveu. Cette nomination {iarois-* soit alors fort éloignée , le pape Clément ix , qui n'étoit pape que depuis un an , n'ayant pas encore songé de faire la promotion de ses créatures, qui devoit précéder celle des couronnes. M. de Tureftne envoya dès la nuit un courrier au duc' d'Albret, et lui manda ce qui s'étoit passé , conseillant à M. de Paris de dit-férerson voyage de Saint-Germain de quelques jours. M. le duc d'Albret envoya sur-le-champ l'abbé Le» Sauvage son .précepteur, mort depuis évêque de Lavaur, dire à l'archevêque que le Roi avoit refusé la coadjutorerie 9 et que M. de Turenne lui conseilloit de ne pas aller si tôt à Saint-Germain. Il lui dit eu ffiéme temps que, malgré le respect que le duc d'Al-r
454 igllHOlRES
bret avoit pour les ordres de M. de t'ur^nne, il lui conseilloit d'y aller dès le grand nlatin^ aQn d'être à la première entrée (privilège qu'il avoit conservé comme ayant été précepteur de Sa Majesté)/ et de pouvoir lui dire qu'il venoit lui rendre compte dé la proposition que M. de-Turenne lui avoit faite la veille, proposition qu'il avoit acceptée de tout son cœur, persuadé qu'il n'y avoit point dans l'Eglise' un meilleur sujet que le duc d^Albret. C'étoi^ la manière dont Tarchevéque s'expliquoit ordinairement. Uabbé L^ Sau-^ vage ne lui dit pas un n^t de la nominatioi^ au cardinalat, soit qu'il la sût ou qu'il ne la sut pas^ ce que je n'ai jamais su moi-même. L'archevêque parut fort affligé : de? la pointe du jÔAr il alla au«lever*du Roi, qui ne tâta point de ses rsKsons, et lui dit assez durement qu'il ne devoitpas consentir à sa coadjutorerie sans lui en parler, lui reprochant par là qu'il l'ayolt exposé à refuser quelque chose à M. de Turenne; et peut-^tre dans son cœur pensa*t-il qu'il l'avoit forcé à lui accorder la nomination au cardinalat. M. Le Tellier ne put pas cacher ce secref au* coadjutear de Reims, qtfi quelques jours après, en retournant à Paris tête à tête avec le duc d' Ajbret , lui dit malicieusement, en descendant la mcftitagne de Chantecoq : « Voilà des tours (c'étoit les tours d^ Notre-Dame) (( qui vous siéroient bien, et que je vous souhaite de « tout mon cœur. — Je né vole pas si haut, » lui répondit le duc d'Albret , qui affecta un air contrit et humilié, quoique intérieurement il se sentit bien dédommagé par la nomination au cardinalat. Et dans la suile des années l'archevêque de Reims ayant avoué au cardinal de Bouillpn qu'il lui avoit parlé des tours
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de Notre -Dame pour .lui faire dëpit ^ parce que son père*lui venoit dç confier {|ue le Roi les avoit refusées à M. de T^ureiuie, le cardinal lui dit : (c Je n'ëtois « pas si abattu, qyie vçusje crpyiez : le Roi m'avoit aca cordé sa nôminatiohau' cardinalat. Nous nous mo- (( quions alors Ihin de l^oitre , et nous avions tous ft deux rai^od. » ' ^ i '
II** est bon de remarquer icitpie Madame (c'étoit aloil^ la pnncesse d'Angleterre), à la première nouvelle de la coadjutorerie de Reims, dit au Roi qu'un coup de. cette importance marquoit assez que ses ministres le-^oûvernoiènt. Ce discours, qu'elle fit au Roi avant^que M. de Turenne lui parlât de la coadjutoresîe de Paris, disposa petit -être l'esprit du Roi, qui vit bien^t^ue Madame avoit raison, à faire quelque chose en faveur du duc d'Albrèt , et à lui accorder au moins la-nom^ination au cardinalat, puisque la poH-* Jtique lui défeqdoit absolument de consentir qu'un homme si jeune , et de sa naissance , fût coadjuteur de Paris. Les Tellier crurent que M. de Turenne , pour se faciliter la coadjutorerie de Paris , avoit poussé Madame*, qui étoit fort son atnie, à tenir ce discours au Roi -, mais cela n'étoit pas vrai. M. de Turenne alloit rondement, et son médite lui faisoit oroire qu'il n'avoit pas besoin d'autre sollicitation. On a su que c'était le marquis de Bellefond qui avoit prié Madame de parler ainsi, afin que le Roi lui fît des grâces sans consulter, ses ministres, quil affectoit de mépriser, pour faire croire au Roi qu'il ne s'attachoit qu'à sa personne. En effet, peu après le Roi le fit maréchal de France avec Créqui et Humières, pour montrer au public que les ministres ne le gouvernoient pas. Il§
furent trës-mortifiës de voir le Roi s adonner à faire des coups d^autorité saq^afleur en dirQ une seolê piaro]e; mais sni^tout ils furent fâchés de la nominalton du duc d'Albret au cardinalat, qua|ld ils Tapprirenl cinq mois #près. Le Tellier et Looyois n'ëtoient pas des amis de M. de Turenne depuis'que la Sorbonne avoit fait une si grande différence entrie le duc d'Aïbret et Fabbë Le Cellier, accoi^ant à run tontes sortes de distinctions, et refusant à l'autre les choses les plus communes,, tant Tun .étoit aime et estime, et Tautre haï et peu estime. Le Tellier se souvint aussi d'un bon inot qui échappa k M. de Tureime pendant le procès de M. Fonquet. Quelqu'*Tin blâmait jdeVant lui remporterhent de Colbert contre Fouquet, et l«iuoit la mlodération de M. Le Tellier. « Effectivement, dit
* M, de Tnrenne j je crois <}ue M. Colbert a pliis d'en- « vie qu'il soit pendu , et que M. Le Tellier a pïns de
* peUV qu'il ne le soit pas. » Et de plus M, de Turenne avoit sollicité pour M. F.ouquet deux amis intimes qu'il avoit parmi ses juges, savoir, M. d'-Ormesson, rapporteur, et M. de Catinat, conseiller de la grand'chambre , qui opinèrent tous deux en sa faveur. Le sieur Lyonne fut assez aise de la nomination du duc d'Albret : il avoit fait avec lui une amitié particulière, et n'aspiroît point ^gouverner le Boi, content de faire sa charge avec honneur , de tirer de là cour de gros appointemens qu'il employoit souvent en des dépenses inutiles, et de s'abandonner sansmesure à toutes sortes de plaisirs. Cinq mois après, le Roi déclara publiquement qu'il avoit donné au duc d'Albret sa nomination ati cardinalat. Lyonne lui en expédia le brevet, et la lettre du Roi, dont voici la copie :
DE l'abbé de ghoisy. 4*^7
« Très-sainl Père, entre, tqu» les sujets de notre « royaiyifte , àe profession ecclésiastique , qui nous a ont semble être f^us dignes pai? leur grande qua^ u litë que nous leur procurassions rbôntieur d'entrer « daqs le sacré collé^ des cardinaux, nous avons a plus parjiculièfrement considéré notre très-cher et ^
« bien amé cousin Emmaàuel-Théodose de La Tourte d'Auvergne, duc d'Albret; lequel dafns sa plus ten- ^ dre jeui^essç, fuyant dls^lors toutes les autres oc- « cupalions agréables a cet àge4ài que sa nâissatce « de prince ne pouvoitque trop lui inspirer, a si bien « marché ♦depuis par sa propre inclitfâtioii et de son a seul mouvement dans' lé chemin' le plus péiiible , <c comme le plus glorieux , qu'il à continuellement « donné des preuves d'une piété solide et exemj^aire, « et s'est d'ailleurs si laborieusement 'et stvec tarit de « succès, appliqué aux études de toutes les' sciences « les plus élevées, qu'après les acclamations publi- « ques données efi plusieurs actes Célèbres à la proie fondeur de soij érujdition et de sa doctrine, il a « mérité à vingt^qufatre ^ns le doctorat de la Faculté « de Paris, avec des éloges qui ont été au-delà de « toute expressionr. Ces considérations, sans mélange «^ fl*aucunè autre, nous ont fait juger, très-saint Père, « que l'avancement de notredit cousin dans les di- « gnités de l'Eglise les plus hautes, sous la suprême, <( ieroit eh plusieurs rencontres d'un très-grand avarir « tage au bien de la religion : c'est pour(juoi nous re^ k quérons et supplions très-instammehtVotre Sainteté c( dé vouloir, à notre nomination et présentation ^ ho- « noter de la dignité de cardinal notredit cousin le te duc d'Albret, dans la première promotion qu'elle
« fera, selon lusagfe, pour. gratifier les couronnes. c( Les grandes et recommandables quali tes qi^ se ren- « contrent en là personne de notredit cousin, jointes « à Fardénte inclination que nous voyons en lui de (( les employer pour les intérêts de TEglise, nous <c donnent une pleine*^ assurance que Votre Sainteté (( aura une entière satisfaction d^ ce choix que nous (c faisons, et que nous jious promettons qu'elle vouce dra bien consommer le (dus promptement qu'elle « pourra par un nouvel effef de sa bonté paternelle, « dont npùs nous tiendrons très-sensiblement obligé a à Votre Béatitude, laquelle cependant npus prions « Dieu', très-saint'Père, de vouloir conserver loQgues « années au bon régime de notre mère sainte Eglise. « Çcrit à Paris le t8 novembre 166Q. Votre dévot c< fils. Signe j le roi de Fraiice et de NaVarre, Louis \ « et plus ba&, dé Ljpflne. », « *. • , .
On peut juger , par le âtyle de cette lettre , que M. de Lyonne étoit ami du*duc d'Albret, qui ayoit présidé Tannée d'auparavant à li^cte âe tentative de Tabbé de Lyonne \ ce qui avoit fait une grande liaison entre eux, M. de Lyonne layaiit préféra à tous les évéques et archevêques de France, qui se fussent fait honneur de présider à lacté de son fils. Mais il faut avouer que si l'abbé Le Tellier, en obtenant la coadjutorerie de Reimç^, avoit en quelque sorte sans y penser procuré la nomination au Cardinalat, il fut encore la principale cause qui la rendit publique. Ce coadjuteur fut sacré en Sorbonne par le cardinal Antoine , en présence de la Reine et de toute la cour, qui oublia ce jour-là que \t Roi étoit à Saint-Germain , où
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il n'y eut pe^^nii^ *dè toute la journée. Lç duc d'Albret, par malice , se trouva au saâre dan&la foule 4^» docteursiy afin qu on fît la Comparaison de lui et âe lld)bë.Le Tellier. Les nouvelles mânusprites ne manquènent pas de marquer la différence de mérite de Tun et de Fautre; ladduceur, la.modTestie et la capacité de Tun, opposées à41)rguéire^^ la- pétulance de Tautre. L'abbé Le Tellier étoit entouré de trois ou quatre docteurs qui lui soulBoie^t continuellement de la science. Il avoit assez bonne mémoire, et n'appli-* quoit pas mal ce qu'on lui avoit recbrdé : niais ^uand, plein de lui-même*, gros d'argent, bouffi 'd'orgueil, et ne croyant ptus avoir besoin de conseil, il s''est trouvé à la tête du clergé, il, a vu les étoiles en plein midi, il a pecdu teçr^, ,et a* été obligé de remettre le gou- Vernailii une tête qui, quoique très-médioore, s'est trouvée meilleure que la sienne. Sop sacre fut donc d'un grand éclat. Quelque bonne ame prit soin de faire tomber les nouvelles manuscrites entre les mains de M. de 'iÇurenne, sur lequel elles firent leur effet. II courut à Saint-Germain, et supplia le Roi de déclarer publiquement la nomination def son neVeu au cardinalat. Sa Majesté li^i dit qu'elle le feroit avec plaisir ; mais qu'il songeât qu'il ne s'étoit converti que depuis huit ou dix jours , et que les huguenots ne manqueroient jamais de dire que c'étoit la récompense de sa conversion,, a Je suis trop bien connu, sire, a reprit M, de Turenne , jpour craindre de pareils « discours \ et mon neveu sans moi pouvoit fort bien (i espérer tîette grâce de Votre Majesté. Je me suis « converti dans un temps non suspect. — Il est vrai, a lui dit le Roi, que si vous l'aviez voulu faire en 1660,
46b MÉMOlltBS
« Vous pouviez ëspërer atitre tàkO^ qu'un chapeau « rouge. ))'Ce fut 4e niatin, avant que les ministres fussent assembles pour le conseil , (pie le RoL fit aip^ peler M. de Lyonne dan^ son cabinet, pour lui ordonner d>eicpëdier la lettre au Pape pour la nomination du duc d'Albret*au cardinalat.Xyonne, au sortir du cabinet, vit M. 'Le T^illiér} et sàt^bant bien qu'il allôit le mettre au désespoir, fui dit tout bas : « De- « viiiez- qui a la nomination du Roi au cardinaflat. i» Le Tellier lui ayant nomnté cinq où six personnes Tune après Tantre : a Non, lui dît Lyotme, c'est le il duc d'Albret. v II pilit, et Lyonne pensa lui offrir son flsicon'd'eau deia reine de Hongrie: *
Jjb crois que voici lé lieu de parler dé la conversion de M. de Turenne. Elle a. fait'talit de,^ruit dans le monde ; les catholiques en ont été si aises, et lès protestans si fâchés , qu'il faut apprendre aux uns et ^tux autres la vérité d'un; fait dont on a parlé si diversement. Jurieu et quelques autres ministres ont osé dire qu'il avoit changé de religion pat politique -, mais en le disant ils se $Ont exposas à la risée de tout le monde, qui a sii qu'à la paix'dies Pyrénées le cardinal Mazarin , île sachant quelle récompense procurer à M. de Turenrie pour les gprands services qu'il avoit rendus à l'Etat, lui offrit l'épée de counétaBle pourvu qu'il se fît catholique. L'accommodement de M. le prince n'étoit* pas encore fait, et le cardinal n'eut peut-être pas été fâché de le mortifier encore : mais M. de Tutenne en fait de religion ne se conduisoit pas par dès vues humaines ; et , se voyant attaqué d'une manière si forte , il se roidit contre la grâce qui vouloit l'éclairer^ et demeura encore plusieurs années
DE l'ibçë de GHOISY. ^6l
dans rincertitude. U avoit toute sa vie aîmë à parler de^^religion , dans Tespërance de trouver la vëritable en la cherchant. U me souvient à ce propos d'avoir ouï dire au cardinal de ]^ouî]lon qu'un jour M. de Turenae s'ëtant trouve dans son cabinet avec M. de Belinghen let YaUrBeuning ^ ambassadeur dé Hollande , après avoir beaucoup parle de religion ^ Van-Beuning avoua que s'il ëtoit bien persuade qu'il n'y eût qu'une religion de bonne , il choisiroit la caihotique ; mais qu'il croyoit qu'oit pouvoit aller au Ciel par diiFërem» chemins. « Si je croyois comme vous, lui dit M. de Tuc< renne, je serois bientôt catholique.Ne (aut-il pas tou- <( jpurs aller au plus sûr t^ » Il sentoit assez souvent qu'il màiiqupit qijielque chose à la.doctrine qu'on «lui avoit enseignée dans son enfance. Ses premiers prëjugës contre la religion catholique s'ëtoient évanouis par la conversation de quelques évéques de ses amis : M. de Choisjeul, évoque de Tournay, et M. Vialart, évéque de Châlons, la voient embarrasse ; l'abbë Bo^uet, depuis évéque de Condom , et enfin de Meaux , l'avoit peut-être ébranlé par quelques uns de ses sermons, ou dans une conversation qu'jl eut avec lui chez madame de Longueville. devant sa conversion^ le duc d'Albret son neveu, nouveau docteur, et frais sur ces matières, lui en avoit parlé cent fois. Enfin Je moment arriva*, et, sans le dire à personne, sans sonner la trompette , sans ostentation , et seulement pour le salut de son ame, il fi^t son abjuration dans la chapelle particulière de l'Archevêché, entre les mains de M. de Përéfixe, dans un temps où toutes les raisons mondaines aembloient s'y opposer. Il vit fort bien qu'il se confondoit par là dans la foule des courtisans qu'on
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Biëprise^ parce que Ton ne lés craint pas^ au lieu que, demeurant huguenot , il se voyoit à la tête d un parti autrefois^ si puissant, et qui ferojt les derniers efforts pour se soutenir jusqu'à la fin. Ainsi sa .conversion fut sincère ; et la meilleure preuve qu'il en donna fut le zèle qui l&dëvoroit pour le salut de se.s^Vères errans. U dit à Tëvéque dcfCondom , avec lequel il fit depuis une amitié très-intime, que la plupart des huguei^ots ne se convei^tissoient pas, faute d'entendre la vëritable**doctrine de l'Eglise catholique; et. lui donna preut-etre les premières vues qui .ont produit le livre admirable de V Exposition de la Foij en lui exposant les articles qui lui'avoient fs^it le'plusbde peine, <ft qui pe lui en faisoient plus de la manière dont Vëvâqiie de Condom les expliquoit.
Je n'oublierai pas que M. de Turennîî;ayant prjs sa dernière résolution de se convertir, dit un matin au duc d'Albret^. «.Vous allez être bien aise et bien fâ- « ché; je vais me faire catholique»: et je vous 'en ai tt fait le secret, de peur qu'on ne .dise qùe«v6us mV <( vez converti. Je voudrois, si cela se pouvoit, que a personne ne le sût; jpt je veux- trouver un simple <(':pfétre qui reçoive mon abjuration. » Le duc d'Albret l'assura' qde là joie étouffoit en Jui tout autre sentiment -, mais qu'il le supplioit de se souvenir que M. Ijarchevéque de Paris étoit son pasteur, et qu'il devroit aller recevoir ses instructions , quand même il ne seroit pas autant de leurs amis qu'il l'étoit. Il y alla, et fit son abjuration entre ses mains le lendemain , en présence de Perthuis, capitaine de ses gardes, de De^rezi^rs son maître d'hôtel , et de Duhault son premier valet de chambre, tous trois catholiques, qui
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fondoient en larmes en voyant leur maître rentrer dans te bon che«iin.* M. Boucherai et M. Tabbé Le Sauvage y furent aussi prësens ^ je ne sai&pas pourquoi le duc d'Albtet ne s'y* trouva pas.:
M. de Turenne n'étoit pas alors en faveur! La campagne de 1667 avoit ëtë trop brillante pour lui : les ministres s'ëtoient rëunis contre* un si grand crëdit naissant ; et ^annëe syuivante le |loi Ijii avôit cache son entreprise sur kFranche-CQmtë, et s'ëtoijt servi de M. le prince. Son crëdit recommença en 1670, loKSque le Roi ayant pris la* rësolùtion secrète de faire la guerre aux Hollandais, .envoya Madame en Angleterre signer le traite atec le Roi son frèrç. Il n'y eut dans le secret que cette princesse et M. de Turenne. Mais il faut avouer qu'en cette occasion ce grand homme fit une'fatite impardonnable : il dit à sa maîtresse le secret de son.maitre. *
U avoit la foiblesse d'aimer madame de Coaquin : elle ëtoit jeune; il avoit près de soixante ans. OnWeut rëparer Tâge par un grand amour, qu'on croit marquer par une grande confiance. U lui disoit tout. Elle avoit de son côte une passion bien plus vive : le chevalier de Lorraine à vingt-six ans devoit l'emporter sur un vieux guerrier. Le chevalier sut par elle le traite d'Angleterre, et le dit à Monsieur, dont il ëtoît fa«vori-, et peut-être lui apprit-il en même temps les bruits ridicules qui couroient sur le comte de Guiche. Quoi qu'il en soit , Madame mourut peu de temps après, d'une manière si subite qu'on ne la voulut pas croire naturelle. Le Roi reprocha à M. de Turenne son indiscrétion, et l'excusa en apprenant ce qui l'avoit causée. Mais pour revenir à la nomination du duc
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d'Albret au cardinalat, à ^çeine. fal-il Bommë, quil alla trQiiver M . TarcheTéque de Paris pour lui ^en dite la première nouvelle. Il lui.ayoit assez d'obligations pour cela : mai^ il fit plift, et lui offrit de lui céder une dignité quil méritoit, dis>ott-il, beaucoup mieux que liii. L arcjbevéque , qui connois^oit le ccear du duc d'Albret , ne traita point ce, discours de compliniènt\ et rçmjbrassant'aveiC tendresse : « S'il y a¥^it>^ (c lui dit-il, un chapeau ûe cardinal par terre , ^ <{a'il (( dëpejidit de mol de le mettre sur votre tête ou sur (( la mienne , je ne balitncerois pas un momeiM^ à le « mettre sur la vôtres et je m'en vais de ce pas re- « mercier le Rjoi, au nom dé TEglisede France, du « bon choix qu'il vient de faire. » Il le &t comme il Tavoit dit*
Cependant le duc d'Âlbret songea aux moyens d^ faire avancer sa .promotion, ^malgré tous leB obslacles qui sembloient s'y opposer. Il envoya un courrier au cardinal KospigUosi, nev^u du Pape, pour lai en donner part. Il avoit £ait une grande amitié aveciui à son passage de Bruxelles à Pafis, len ajlant à -Rome après l'exaltation de ^on oncle. Le père Rapia , jésuite, apii de l'un et de l'autre, étoii alors à Rome, et ne contribuoit pas peu à foritaer entre eux une liaison plus intime. U n'y avoit aucune appai^ence que le Pape n'ayant point encore fait la promotion de ses créatures , en voulût faire une particulière uniquement pour le duc d'Albret ,' qui n'avoit droit qa'à celle des couronnes^ et cette promotion paroissoit fort éloignée : ainsi tout étoit à craindre d'uu'^ long iretarde* ment. Le prince .de. Coati et.I'ahbé de La Rivière avôieut eu loiig-temps. la nomination de France sans
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^ncDii ^S^t : Vex^mple étoit achevas, et Récent. Le duc d^Âlbf et, Jeune, plein de fen, et dune imagina^tiôn féconde , ne dë$e$përa pas de réussir. La con<* version de M. de Turenne, qne ]e Pape avoit regar-^ dée comme un triomphe pour HËglise, étoit une con* joncture favorable*; le siège de Candie en ëtoit une Autre bien plus importante; Cette TÎlle , assiégée par les Turcs dépuis douze ou quinze ans , étoit fort p#es^ sëe par le grand visir Coprogii; et le Pape ne son^ geoit qu'à y envoyer du secours. M. de Turenne en celte occasion pouvait le servir auprès du Roî, qtli pouvoit seul y envoyer une armée capable de faire ieVeçle siège. D'ailleurs le duc d'Albret étoit déjà fort connu de Sa Sainteté; il lui avoit écrit sui*sdn ênlt^tson au souverain pontificat; il lui avoit déd}ë 1# l'^eueil de ses thèmes de théologie : ce qui lui avôit 9idti, sai^ que le Roi s'en mâlât, le graiis de ses nbbayes de Tburnus et de Saîht-<-Ouen. Il Hi avoît écrit en d aàtres occasions par M, le duc de Chaulnes , ambassadeur k Rome. Il résbltit, pour avancer cette affaire , d'envoyer à Rome l'abbé Bigorre , qui y avoît dé)à été secrétaire de l'ambassade sous le duc de Ckaidnës, et qui étoit fort connu et aimé de Jfl. dé Lyoïine. M. de Turenne en parla au Roi, qui fit écrire au Pape et au cardinal Rospigliosi qu'ils lui feroîent un plaisir sensible d'avancer la promotion dû duc d'Albret, Sa Majesté leur promettant de ne point demander d'antre chapeau à la promotion des cou^^ rornies^ Le Roi eut même la bonté de le dire de sa propre bouche à l'abbé Bigorre lorsqu'il prit congé dé Sa Majesté, afin qu'il en pût rendre compte au Papei. M. de Lyonne écrivit en conformité^ quoiqu'il crût T. 63. 3o
faire en ce)^ des pas fort inutiles. M. de Turenne se fit prier pour en. parler au Roi : il n'aimoit pas à faire le suppliant^ et souvent manquoit les affaires parce qti'il ne vouloil pas se donner la peine d'y travailler. H ëcrivit néanmoins au Pape pour informer Sa Sainteté, comme vicaire de Jësus^Christ en terre ^ de la grâce que Dieu venoit de lui faire en le faisant rentrer dans son église. Dès que TabbëxHigorre fut arrivé à Rome, il eut audience du P^pe^ et lui fit sa proposition. Sa Sainteté Tassuraqu'ayec une véritable joie elle com^ prendrpit le duc d'AIbret dans la promotion des couronnes ^ et lui fit bien des complimens pour M. de Turenne. Elle répondit à la lettre du Roi dam les mépies termes,. et ^'expliqua encore plus nettement avec Fabbé de Bourlemont, auditeur de rote^ qui faisoit les affaires de France en l'absence de Tambassadeur. Le Roi, sur ces nouvelles, dit à M* de Turenne : ft II n'y a rien à espérer pour votre neveu*, a mais il est bien* jeune, et peut attendre. » Cette indifférence que le Roi témoigna là-dessus donna occasion au duc de Créqui , qui avoit été ambassadeur à Rome, et qui y avoit conservé quelque commerce , et au coadjuteur de Reims (ils n'aimoient pas M. de Turenne), d'écrire à leurs amis, afin sans doute que cela parvînt jusqu'aux oreilles du Pape, que le Roi ne se soucioit guère de cette affaire^ L'abbé Bigorre en ayant eu connoissanee , le manda au duc d'Albret, qui trouva moyen d'en tirer avantage. JSf . de Turenne et M. de Lyonne le dirent au Roi, qui renouvela ses instances avec plus de vivacité , ajoutant qu'il savoit les mauvais ofiSces que des courtisans envieux avoient voulu rendre au duc d'Albret; Mais il
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anivsr . quelque temps après un incident, qui pensa tout gâter. Le prince d'Aversberg, l'un des prihcipaut ministres de FEmpereur, avoit obtenu sa nominati<m secrète au cardinalat v et pour y réussir il avoit fait dire au Roi qu'il seroit dans Ses intérêts s'il y touloit iconsentir. Le Roi y avoit consenti^ mais le prince d'Aversberg, averti des instances que le Roi faisoit auprès du Pape pour le duc d'Albret, s'e^iplaignit^ et le Roi le dit à M; de Turenne, qui, ne balançant jamais entre ses intérêts et ceux de l'Etat, étoit prêt de tout sacrifier au Roi /lorsqu'on apprit que le prince d'A^versbefg étoit disgracié , et que l'Empereur avoit donné la place dans son conseil au prince de Lobkoivitz, et la nomination au cardinalat au prince de Bade , moine bénédictin , coadjuteur des abbayes de Fuldes et de Kampen.
Il arrivardans le même temps un autre incident qui jeta quelque froideur entre le duc d'Albret et l'é-vêque de Laon. Ils ne s'étoient jamais fort aimés, se regardant «omme rivaux. La naissance et le mérite du duc d'Albret parioient (0 à l'âge et à l'expérience de l'évêque de Laon. Messieurs d'Estrées étoient parens. de la reine de Portugal, et par leurs intrigues ils ^voient rompu le mariage du prince don Pèdre avec mademoiselle de Bouillon. L'évêque de Laon avoit obtenu la nomination de Portugal , et le Roi venoit de lui permettre d envoyer à Rome le sieur Foucher pour solliciter son chapeau. Le duc d'Albret en fut averti, et courut chez M. de Lyonne pour savoir si cela étoit vrai. M. de Lyonne lui dit qu'oui ^ mais que cela ne lui feroit aucun tort, puisque le Roi, en
(i) Parioient : de pariare , égaler.
écrivant en faveur de Tévéque de Laon, renoarelleroit ses instances pouf Favancement de sa promotion. Le duc d*Albret ne fut point.tottchë -des raisoDi dc) M. de Lyonne^ d'aotant'plus que Ton parloitdëjà du mariage de niademoîselle de Lyenne avec lo marquis de Ckeuvres , neveu de Tëvêque de Laon. Tout te qu'il put obtenir de lui fut que si le Roi, à la prière de M. d^illTurenne, en reparloit au conseib^ il seroit d'avis de ne point envoyer Foncher , jusqu'à ce que le duc d'Albret fût cardinal. La chose arriva ainsi. M. de Turerine en parla au Koi, et le Bioi à son conseil; et Sa Majesté fit dire à Tëvëqùe de Laon de ne point envoyer Foucher à Rome. Il l'envoya seulement à Turin, où il demeura deux ou trois mois, jusqu'à la promotion du cardinal de Bouillon.
Cependant les Vénitiens, appuyés de laT recoin* maadation du Pape, demandoient au Roi deSf troupes et des vaisseaux pour tâcher de faire leVer le siège de Candie : Morosini, leur ambassadeur, pressbit fort. Le duc d'AIbret lui fit dire qu*it sa* prière* M. de Turenne y emploieroit tout son crédit; et l'ambassadeur 6 en aperçut si bien , que sur son rapport la République, par reconnoissance , ordonna à son ambassadeur à Rome de presser le Pape pour la promotion du duc d'Albret. M. de Tûrenne avoit eu là^essos plusieurs conférences avec Morosini, qui seul, de tous les ambassadeurs et ministres étrangers, eut la permission de suivre le Roi à son voyage en Flandre. U fit le voyage avec M. de LauEun, qui étoit une espèce de favori. Le maréchal de Navatlles , qui devoit conduire les troupes du Roi à Candie, disoit aussi tous les jours à l'ambassadeur que la République
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en avoit l'obligation à M. de Turenne : ce qui ëtoit d'autant plus beau à lui qu il avoit une liaison très-* intime avec M. Le Tellier, qui n'ëtoit pas dés amis de M* de Turenne. Navaillës étoit honnête bommç ^ et i^endoit honneur à la vérité. Les choses pavois-^ soient assez bien disposées , lorsque le cardinal Ros-> pigliesi y par ordre du Pape» écrivit à M. de Lyonne que si le Roi vouloit donner sa nomination à M. de Turenne lui-même , il le feroit cardinal le lendemain de l'arrivée du courries^ persuadé que les plus grands ennemis de France ne pourroient pas y trouver à re^ dire. M. de Lyonne lut à M. de Turenne la lettre du cardinal Rospigliosi, et lui cita l'exemple récent de M* le cardinal de Vendôme. « Ah! monsieur, lui dît « M. de Turenne, que ferois -je d'une calotte et tt dune grande queue? cet équipage m'embarrasse-^ « roit fort. Je vous prie de remercier bien le Pape <i pour moi , et de le prier, de faire mon neveu car^ «c dinal. » M. de Lyonne en rendit compte au Roi, qui lui dit : ce J'eusse été bien surpris si M. de Tu* « renne avoit taupe à la proposition. » M. de Turenne ne laissa pas de vouloir s en divertir un moment , eh disant au duc d'Albret : «, Vous avez un concurrent <c pour le cardinalat bien dangereux : le Roi n'a qu'à « lui donner sa nomination, le Pape offre de le faire « cardinal à l'arrivée du courrier. Ne craignez rien , « ajouta*1>*iI •, ce concurrent, c'est moi- »- -"
C'étoit le temps des incidens , tous capables de retarder la promotion du duc d'Albret. M. de Bonzi, ambassadeur du Roi en Pologne, s'étoit trouvé à r^ïection du. roi Michel Wiesnowieski ; et lui ayant persuadé qu'il y avoit beaucoup contribué , quoique
Gè prince eût été mis shr le trône par la faetion d'Autriche^ il avoit tiré de lui parole de sa nomination au cardinalat , pourvu que le Pape promit d'y avoir égard à la promotion des couronnes, et ne fit pas comme Alexandre vu, qui avoit méprisé lai nomination du roi Casimir. Bonzi, satfs perdre de^ téiiips, avoit dépêché un courrier au Roi pour le stippHer d'écrire au Pape pour tirer cette parole de Sa Sainteté , qu'il croyoit assez bien disposée en sa faveur. Ils étoient de même pays, tous deuiE sujets du grand duc. Le duc de Chaûlnes, ambassadeur du Roi à Rome, avoit obtenu du Pape cette parole verbale dans le temps qu'on crôyoitque les Polonais éliroient pour leur roi ou le prince de Coiidé, ou le due de Neubourg ; et l'un et l'autre avoieni promis leur nomination à M. de BoDzi. M, de Lyonné, son ami particulier, avoit déjà fait la lettre du Roi au Pape, et étoit prêt à l'envoyer, lorsqu'un rémords le prit en faveur du duc d'Aibret, jugeant bien que cette nouvelle prière du Roi seroit peut-être un prétekte au Pape de différer encore sa promotion; qu'il promettoit de faire incessamment. Il envoya éveiller le duc d'Albret à six heures du matin, et le prier de venir chez lui. Il avoit loué une pelite maison à Saint'<^er'main pour mieux solliciter son affaire.
Dès qu'il fut entré dans le cabinet de M. deLyonne, ce ministre lui fit promettre un secret inviolable, même à l'égard de M. de Tùrehne. U lui e^spliqua ensuite l'affaire de Bonzi, lui avouant qu'il n'avoit pas songé qu'en servant son bon ami. il nuiroit peutêtre à son meilleur ami; que le remède étoit diiO&cile, parce que la chose avoit été arrêtée au conseil, etque
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messieurs Le TeUier et Cdbert L'avoient appuyëë de tout leur cœur, daus la pensée peut-être d'éloigner sa promotion^ qu'il falloit qu'il allât éveiller M. dei Turenne, et lui dire qu'à l'insu.de M. de Lyonhe il àvoit appris par un commis renyoi de ce courrier , et qu'il falloit l'empêcher de partir, en cepr^entant au Roi les inconvénieus. M.deTurenne,qui'sejititi!impor« tan,ce de la chose, s'habiUa pi^omptement ^ pendant que le duc d'AlLret dréssoit le m^ôire auHoi. Il monta en haut, et demanda à Sa Majesté un moment d'audience dans son cabinet. Il lui expliqua tonte Tafij^ire , et lui donna son petit mémoire , que le Roi fit lir^ au conseil.. M. de Lyoiine fut d'avis d'attendre ^U motus l'arrivée du premier courrier de Rome avant que de fyixe partir celui-ci : mais les deux autres mi* nistres insistèrent à le faire partir sur-^riehàmp , en ajoutant seulement aux.lettresdu Roi que Sa Ma* jesté, en faisant cette prière au Pape , renouvèloit ses instances pour avancer la promotion du duc d'Àlbret. 4.1a sortie du cjon^eil , M. de Lyonne vint dire à:M, de Turénne et au duc d'Albret, qui étoit avec lui,; ce qui s'était passé dans le conseil, et tâcha de leur per* suadet que les additions ordonnées aux lettres du Roi remédieroient au mal. Il persuada aisément M.^de Xurenne, qui crut qu'il y alloit du service du Roi, de s'assurer au plus tôt de deux chapeaux, au hasard d'avoir celui de son neveu un peu plus tard. JLe duc d'Albret, dont l'esprit étoit d'une vivacité surpre* nante, fertile en expédiens, lui dit :« Permettez* a .moi, monsieur, de vous dire que , pour assurer le «^ .chapeau de M., de Bonzi, il y a une voie bien plus « courte. C'est , au lieu d'envoyer Ip courrier à Rome;
« de le reiitoyer eu Bologne asinrer le roi Michel ft que le Pape ayant promis an duc de Chaulnes de « &ire cardinal Tambassadeuft de Finance en ^Pologne t. s'il avoit la nomination ânïiQUtean roi, il peut en K aûrèté donner la sienne à M« de^oi^, le Roi se « faisant ^drt de lui faire avoir son effets » M. de Turenne et Al. de Lyonne approuvèrent extrêmement la pensée du duc d'Âlbret. « Mais comment faire? K. dit M. de Lyonne* Le roi Midièl n'a pas encore k donné part au Roi de son élection : le Roi ne peut fc <]pas le prévenir, et lui écrire le premi^y^,— ^Hé bien! f< reprit M. lé duc d'Albret, le Roi n'a qu'à écrire % tont:ce que je viens de dire à M. de Bonzi,'et lui k ordoi^ter de remettre sa lettre en èriginal entre les 4c mains du roi Micbel, pour sûreté de la parole de « Sa Majest^» M. de Lyonne ayant approuva encore ce nouvel expédient, et donné mille louanges au doc d'Albret de Ja fertilité de son imagmation, conseilla à M. de Torenne de Taller proposer au Roi, lai permettant de dire à Sa Majesté que M. de Lyonnç Tapprouvoit en tout, per/suadé que c*étoit le môUeur moyen d'assurer le chapeau de Bonzi, sans reculer la promotion du duc d'Albret. M. de Turenne proposa la chose au Roi, qui étoit pressé d'aller à h chasse, et qui lui dit : a Votre neveu a raison, et « j'approuve l'expédient, puis<|ue Lyonne en est dV tt vis, lui qui appuyoit le plus l'envoi du courrier à 4( Rome. Dites-lui qu*il n'a qu'à le dépêcher en Po- « logne. » Cela fut faiit le même jour, et tout réussit. Le roi Michel, content de la parole du Roi, donna sa nomination à Bqnzi ; et trois semaines après, ao mois d'août 1669, le Pape déclara le duc d'Albret
D£ L ÂBBÉ I>£ CHOISY. fyj'i
cardinal le lendemain de la mort de don Thomaso Rospigliosi 6on neveu, qu'il feignis d'ignorer, afin* de pouvoir (enir le consistoire, et faire la promotion. Le Pape n'avertit que quatre personnes de la résolution qu'il avoit pr»e de faire le duc d'Aibret cardinal, savoir, le cardinal Giacomo Rospigliosi, so» neveu ^ le cardinal Ottoboni, dataire , qui fut depuis Alexandre viu^ le carcUaal Azolini, secrétaire d'E-^ tat ^ et le cardinal Chigi , neveu de son bienfaiteur le pape Alexandre vm. Il avoil tant de ceconnoissance des plaisirs que l'on lui avoit faits , qu'il avo^t résolu de faire l'abbé de Lyonne cardinal aussitôt qu'il au-^ roit pris le bonnet de docteur. U croyoit devoir la papauté à M. de Lyonne , qui lui avoit ménagé secrë* tement l'amitié de la France , quoiqu'il eût été nonce en Espagne \ et le cardinal de Retz nous a appris que, dans le conclave où Clément ix fut élu, la France souhaitoit eu, premier lieu le cardinal Famèse, et en second lieu le cardinal Rospigliosi; au lieu que l'Es* pagne souhaitoit Rospigliosi avant tout autre : ce qui fit réussir son affaire , la &ction de France ayant aisément donné les mains à**son élection. Il est bon de remarquer que, dans le consistoire où le Pape àé^ clara le duc d'Aibret cardinal de Bouillon , il déclara en même temps qu'il se réservoit un autre chapeau in petto pour celui en général que la Reine régente d'Espagne, mère du roi Charles ii, lui nommeroit; Or elle en nomma deux, savoir, Porto - Carrero , doyen de Tolède , par une nomination publique souscrite par la junte au conseil ^'Espagne \ et le père Nitard, jésuite,. son confesseur, par une lettre parti* culière fort pressante. Le Pape fut assçz embarrassé^
et lorsqa*il se vit prêt à mourir il se détermina , par le 'conseil de ses ministres / en faveur de Porto-Carrero, qui ëtoit appuyé de tous les ministres d'Espagne^ Cest ce qui Tobligea de dire à l'abbé Bigorre , qui le remercioit pour le cardinal de Bouillon : « Je lui ai a donné deux chapeaux, puisque, pour pouvoir lui en « donner un, il m'a fallu en donner un autre à un ink connu , 9 h nomination de la reine d'Espagne. »
Ce fut en 1671 que le Roi donna au cardinal de Bouillon la j;harge de grand aumdniet de France , vacante par la mort du cardinal Antoine Barberin. Le public s'imagina que c*étoit à la considération de M. de Turenne, et il se trompa lourdement, comme la suite de cette affaire le fera voir dans ses plus petites circonstances , que je n'ai pas ignorées. On croit communément (et c'est le sentiment de l'apologiste dû cardinal de Bouillon ) qu'il doit toute sa fortune à M. de Turenne; mais on a déjà vu, par le récit que j'ai fait de la manière dont il a été fait cardinal , la bonne part qu'il y a eue lui-même par son habileté et par sa vigilance. Il se doit encore bien davantage la charge de grand aumônier, puisque M. de Turenne, bien loin de le servir, lui fut un obstacle pour l'obtenir. Je dirai , à propos de cette apologie tant vantée du cardinal de Bouillon, que si en la lisant j'ai admiré comme les autres la manière d'écrire de Tauteur , j y ai remarqué beaucoup de' faits ou faux ou altérés , où j'ai reconnu d'abord qu'elle n'avoit point été faite par so» ordre , puisque jamais il n'y eût laissé mettre qu'il doit toute son élévation à M. de Turenne ; que sa vie est une suite continuelle de bienfaits que le Roi a daig;né répandre sur sa personne; et y eût peut-être
DB l'aBBA de €H0ISY. ^7^
fait couler ud mot des évéehés de Lië^ et de Stras** bpprg^ qae $a Majesté a jugé à propos de Itii ôter: ce qui pourroit faire compenser les injures avec les bienfaits. Mais c est ce que nous examinerons dans son lieu. -
La santé du cardinal Antoine étoit depuis quelque temps fort altérée : cela faisèit penser à sa dépouille. M.. Le TelUer ayoit déjà eu pour son fils la coadjutorerie de Tarcheyéché de Reims; il lui avoit aussi fait offrir six cent mille livres pour avoir sa démission de la charge de.gi'and aumônier : mais Tévéque d'Orléans , depuis cardinal de Coaslin , premier aumônier du^oi depuis trente ans, avoit tiré parole de Sa Majesté que personne n'auroit à son préjudice Fagrément de traiter de celte charge avec le cardinal Antoine, soit par démission , soit par coadjutorerie. Les choses étoîent dans cet état-là lorsque le cardinal de . Bouillon partit de Paris au mois de décembre 1669 pour aller à Rome avec le duc de Chaulnes, .ambas^ sadeur de France , assister au conclave qui se tenoit pour élire un pape après la mort de Clément ix. U apprit. en chemin que le cardinal Antoine étoit fort malade , et prit dès-lofs sa résolution de faire tous ses e£Ebrts, au cas qu'il le trouvât encore en vie, pour obtenir de lui la démission de sa charge de grand aupônier. U en vint à bout : la santé du cardinal Antoine se "raffermit un peu; et son amitié pour le cardinal de, Bouillon fut si grande, qu'il lui donna parole de lui envoyer sa démission dès que. le Roi Taui^oit agréée.. Mais pendant que le cardinal de Bouillon négocioit cette affaire à Rome, Tévéque d'Orléans fit dire à M. de Turenne par Perthuis, capitaine de
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ses gardes , et l'ami particalièr de TëTéque , que s'il sangeoit à faire tomber à M. le cardinal de Bouillon la charge de grand aumônier, il n'y songeroit plus, ne voulant pas se trouver en son chemin. M. de Turenne, qui ne savoit rien des vues de son neveu, et qui dans ]e vrai n'avoit eu aucune idëe pour cette charge, répondit à Perthuis qu'il i\'y pensoit point , et qu'il souhaitoit de tout son cœur que M. d'Orlëans put Tobtenir. Il l'en assura lui-même dès le lendemain; et tous les Coasiin, ravis de n'avoir point un couipëtiteur si dangereux, l'en remercièrent, et s'en vantèrent hautement* Le cardinal fut aussitôt averti à Rome d'un engagement pris si légèrement, et capable de renverser son projet. Il n'en écrivit rien à M. dé Turenne, et lui manda seulement qu'il. ne pouvoit suivre son
conseil, qui étoit de demeurer encore quelque temps à Rome ; qu'il avoit déjà pris congé du Pape et du sacré collège ; que son équipage étoit parti pour retourner en France , et qu'il alloit à Munich voir madame la duchesse de Bavière ; qu'il y attendroit des nouvelles de M. de Turenne -, et que s'il le vouloit absolument, il retourneroit à Rome, quelque dépense qu'il fût obligé d'y faire à causé de son âge et de sa naissance. M. de Turenne lui manda à Munich qu'il n'avoit qu'à revenir en Fra«ce •, ce qu'il fit aussitôt. Il lui rendit compte en arrivant de ce qu'il avoit négocié avec le cardinal Antoine, sans faire semblant de savoir les engagemens que M. de Turenne avoit pris avec l'évêque d'Orléans. Alors ce grand homme vit bien qu'il s'étoit engagé un peu vite , et dit à son neveu qu'il pouvoit aller son chemin; mais que pour lui , après la sottise qu'il atoit faite (ce «ont les termes
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d#iit il se servît en lui avouant tftùt), il ne pouvoit en honneur solliciter po|ir lui; mais qu'il lui conseilloit de conter au Roi comme la chose s'ëtoit passée, et de dire & Sa Majesté que c'ëtoit la raison qui Tempéchoit de lui en parler. Dès que le cardinal de Bouillon fut arrivé, il demanda au Roi une audience particulière dans son cabinet, et lui décbra que M. le cardinal Antoine lui avoit promis de lui envoyer H démission de sa charge, si Sa Msyesté Tavoit agréable, la suppliant seuleodait de lui accorder une place de prélat commandeur de Tordre du Saint-Esprit, parce qp'il n^ lui convenoit pas.de porter le Saint-Esprit par brevet, comme ayant eu la charge de grand, aumônier* Le Roi lui parut écouter la proposition avec plaisir; mais, sans donner de parole positive, il lui dit quUl iseroit bien aise que cela se pût faire dai^s la suite, et qu'il lui donheroit la cBarge dans le moment, s'il n'avoit pas promis à l'évéque d'Orléans, son prer mier aumônier, de ne point agréer que personne à son préjudice traitât avec M. le cardinal Antoine, soit par survivance, soit par démission; et qu'il pouvoit le mander au cardinal Antoine. Il le fit aussitôt; e$r le cardinal Antoine lui répondit qu'il ne changeroit point de sentiment à son égard, et seroit toujours. prêt à lui envoyer sa démission lorsque le Roi l'auroit agréable. Les choses en étoient là, lorsqu'un incident pensa tout renverser. M. de Péréfixe, archevêque de Paris, mourut au commencement de l'année 1671. Il étoit proviseur de la maison de Sorbonne. Aussitôt tous les docteurs se dirent publiquement les uns aux autres qu'il falloit élire deux joursaprès le cardinal de Bouil-r Ion, qui étoit de leur maison et société, et dont la
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naissance et le mérite personnel lenr ferôit honneuf. Il en fut bientôt averti , et Tëçrivit an père ^Ferrier , confesseur du Roi , le priant de dire à Sa Majesté qu'il auroit été lui>-méme au Louvre lui en faire part , s'il n'avoit pas eu peur qu'on ne crût qu'il alloit deman^ der l'archevêché de Paris ; et que ce qui Tarrétoit encore davantage, c'étôit qu'il venoit d'apprendre que M. de Péréfixe, à son insu, avoit en mourant ordonné à l'abbé de La Motte, son meilleur ami, de dire à Sa Majesté qu'il ne connoissoit personne en France , par rapport au service de l'Eglise et du Roi, plus propre que le cardinal de Bouillon à remplir dignement le poste d'archevêque de Paris.
Le père Ferrier, plus ami de M. de Chanvallon, alors archevêque de Rouen , que du cardinal de Bouillon , ne se pressa pas de parler de lui au Roi, Sa Majesté lui ayant dit d'abord , à ce que dit le révérend père, qu'elle donnoit l'archevêché de Paris k M. de Chanvallon*, et que, pour le bien de son service, elle souhaitoit qu'il fût aussi proviseur de Sorbonne. Et le père Ferrier eh ayant donné avis au cardinal, ce jeute homme , vif ^ et piqué qu'on lui enlevât ainsi la provisorerie de Sorbonne malgré tous les docteurs, s'en alla au Louvre fort échauffé^ et repré^nta au Roi dans son cabinet, avec une vivacité surprenante, et même avec des larmes aux yeux qui lui échappé^ rent, qiie c'étoit le déshonorer que de le croirç moini attaché au service de Sa Majesté que M. de Chanvallon^ et qu'enfin c'étoit le traiter comme le cardinal de Re^) qui n'avpit pas été proviseur de Sorbonne parce qu'il avoit fait la guerre au Roi, et qu'il étott alors dans les pays étrangers. Le Roi lui répondit as-
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S6Z. froidement : . a Je verrai , et vous ferai savoir ded main ma volonté. » Le cardinal de Bouillon, qui songeoit en même temps à plus d'une chose , s^imàginant que la vacance de rarchevéchë de Rouen pourroit dégager le Roi des engagemens qu'il avoit pris avec M. Tévêque d'Oriéan^s pour la grande aumânerie, proposa à Sa Majesté de lui donner Tarchevéchë de Rouen ^ à quoi Sa Majesté^ sans doute piquée de la hardiesse , pour ne pas dire de l'indiscrétion , du jeune cardinal , ne répondit rien. Elle eut pourtant la bonté d'ordonner à M. Roze, secrétaire du cabinet^ d'al}er trouver l'archevêque de Paris , pour lui dire de ne parler à personne de la provisorerie de Sorbonne : mais Roze, intime ami de l'archevêque , rapporta surle-champ qu'il en avoit déjà reçu les complimens de tons les docteurs /et qu'ainsi l'affaire étoit consommée, soit que cela fût vrai, soit que cela eut aidé à la précipiter. J'oubliois de dire que le Roi , en parlant de la provisorerie de Sorbonne , ayant dit au cardinal que les docteurs, suivant les apparentées , lui préfér roient un archevêque de Paris , dont ils a voient besoin tous les jours, il répondit fièrement que si le Roi vouloit bien ne point s'en mêler, il étoit assuré d'avoir dix voix contre une.
Le lendemain, le cardinal^'é tant trouva au prie-dieu du Roi avec larchevêque de Paris , cet archevêque croyant adoucir les choses, lui dit tout bas qu'il sou^ haitoit passionnément que le Roi donnât l'archevêché de Rouen à une personne qui, par sa naissance et par son mérite , pût réparer les fautes qu'il y avoit fiiites ; mais le cardinal, piqué de ce qui s'étoit passé, lui répondit : « Je 2!rois, monsieur, qu'il y a là des gens qui
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M seroient bien aises d'être arcke^quedeRotieii ; mais « pour moi, je n'en fais pas Tobjet de mes désirs, d Le même jour , le père Ferrier vint dire au cardinal de«Boiûllon que le Roi, pour le bien de son service , persistoit à vouloir que la provisorerie de Sorbonne fdt unie à rarchevéché de Paris ; que cela ne le regardoit point personnellement ; qu'il n^y avoit en cela aucune préférence d^estime et de confiance \ et que , pour lui en donner uiie preuve, Sa Majesté le nommeroit, s'il vouloit, à Tarchevéché de Rouen. Le cardinal répondit an père Ferrier qu'il étoit prêt d'obéir au Roi en toutes chos^ ^ mais que dans la conjoncture présente il accepteroit l'archevêché de Rouen -comme si c'étoit Tévêché de Grasse : réponse qui ne plttf point au père Ferrier, qui alla trouver M. de Turenne pour le prier de modérer, s'il pouvpit, la vivacité du cardinal. Il fit cependant réflexion de loimême sur ce qu'il venoit de faire , et s'en alla an Louvre , où il dit au Roi qu'il avoit cru jusque là qu'il y alloit de son honneur d'être proviseur de Sorbonne; mais qu'il en venoit faire le sacrifice à Sa Majesté-, et que même, si elle le vouloit ^ il iroit en Sorbonne parmi les docteurs donner sa voix à M. rarchevêque de Paris. Le Roi lui répondit qu'il ne lui en demandoit pas tant, et qu'il le remercioit de cette offre. Le cardinal , au sortir de son audience , alla rendre compte à M. de Tûrenne de tout ce c^î s'étoit passé. M. de Turenne le gronda fort , et craignit avec raison qu'une si grapde hauteur ne lui fît tort dans l'esprit du Roi, et ne nuisit à la grande aumônerie, sur laquelle il n'avoit que de bonnes parles : il lui dit même que l'abbé Le Camus, depuis peu mort cardi*
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nal , étoft sorti de sa retraite, auprès» des chartreux , où il n'étoit pas toujours en oraison, pour le venir avertir que le Roi n'étoit pas content du cardinal 5 et qu'il -le savoit de bonne part. Le cardinal, sur cet avis, s'en alla le lendemain au lever du Roi, et lui dit tout bas , lorsqu'il se mit à genoux pour prier Dieu , qu'il étoit pénètre de douleur, dans la crainte où il «toit de lui avoir déplu *, et qu'illui demandoit un mo^ lùent d'audience daus son cabinet. Le Roi lui répondit, avec un visage assez sérieux : ce Monsieur, cela n'est <( pas nécessaire. » Et sur ce que le cardinal insista, le Roi lui promit avec un visage riant de le faire appeler 5 ce qu'il fit un moment après. Dès qu'ils furent seuls , le, cardinal dit au Roi qu'il venoit lui d^ernander pardon de liii avoir parlé d'une manière qu'on disoit lui avoir déplu. « Il est vrai , dit le Roi , que je n'ai pas « été content de votre vivacité sur la provisorerie de <i Sorbonne, que j'ai regardée comm^ bonne à mon « service. — Sire, reprit Iç cardinal , j'ai encore eu c( grand tort en osiant proposer à Votre Msyesté de « donner l'ar chevêche de Rouen à M. révêqiie d'Or-
, « léans, comme si elle n^ savoit pas bien les moyens « de contenter tput le monde. » Le Roi lui répondit
•qu'en cela il n'a voit fait aucune Êiiite, puisqu'il étoit résolu de lui donner la charge de grand aumônier au plus tard à la mort du cardinal Antoine. Le cardinal piei^ se jeter à ses genoux ^ mais comme Monsieur ailoit entrer dans le cabinet , il lui dit seulement : in Sire , Votre Majesté en vingt-quatre heures m'a vu u en deux états bien différons de douleur et de joie , <i tous de;ux causés par mon attaehtêment à sa per- « sonne, et par l'envie de lui plaire. »
Au sortir de chez le Roi , le cardinal alh dire ce qui venoit de se passer à M. de Turenne, qui le lendemain dit au Roi : ci Sire, je vis hier au soir un homme « bien pénétré de la bonté qu'a eue Votre Majesté <t de lui pardonner toutes se5 fautes, et d'y ajouter en- <t core des grâces. — Il avoit eu tort, lui dit le Roi; (( mais il a bien réparé tout cela, et nous. sommes fort « contens l'un de l'autre. » Depuis ce temps-là le cardinal se tint assuré de la charge de grand aumônier, d'autant plus que I^ cardinal Antoine , qui languissoit toujours, lui fit écrire que M. l'évêque d'Orléans lui ofFroit quatre cent vingt mille livres de sa Coadjutorerie -, mais que , pour lamour de lui , il ne vôuloit écouter aucune proposition. Le cardinal porta sa lettre au . Roi , et lui avoua qu'il craignoit toujours que le cardinal Antoine , prêt à mourir , entouré de parens et de valets ardens à l'argent, ne se laissât enfin aller aux sollicitations de M. d'Orléans, qui pourroit bien un beau matin apporter à Sa Majesté la démission de sa charge en sa faveur, et qu'alors elle seroit bien empêchée. Le Roi lui dit qu'il avoit raison, et sur-lechamp ordonna à Chamarante , Tun de ses premiers valets de chambre, de dire à M. d'Orléans qu'inutilement il tràiteroit avec le cardinal Antoine , puisque la charge de grand aumônier ne seroit exercée à l'avenir que par un cardinal.
Ce pas fait , le cardinal de Bouillon crut son affaire faite, et attendit en patience que Dieu disposât de M. le cardinal Antoine. Il mourut au mois d'août de la même année. Le Roi en reçut la nouvelle à Fontainebleau ; et sitôt que M. de Turenne l'eut apprise , il envoya un courrier au cardinal , qui étoit à Saint-
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Martin, lui conseillant de venir sur-le-champ. à Fontainebleau, à moins qu'il n'eût change d'avis en pensant que peut-être ce grand empressement déplairoit au Roi, après la parole positive que Sa Majesté lui avoit donnée de le faire grand aumônier à la mort du cardinal Antoine. En effet, M. de Turenne, après y avoir réfléchi, trouva qu'il avoit raison, et lui manda de retourner à Saint-Martin, au lieu de venir à Fontainebleau. Le Roi lui avoit dit à l'oreille : « Le car- <c dinal Antoine est mort, et je me souviens bien de <t ce que j'ai promis à votre neveu. » Là-dessus M. de Turenne dit au Roi qu'il avoit mandé au cardinal de venir incessamment à Fontainebleau, et qu'il n'avoit pas jugé à propos de le faire, u II a bien fait , dit le « Roi 5 sa présence n'avanceroit pas ses affaires, et en « cette occasion il a mieux pensé que vous. »
Cependant le cardinal, croyant avoir besoin de tout, envoya faire des complimens à M. l'archevêque de Paris, avec qui il étoit en quelque froideur depuis ce qui s'étoit passé au collège de^ Navarre à un acte de l'abbé Amelot^ et ses complimens furent si bien reçus, qu'à peine fut-il arrivé de Saint-Martin au cloître de Notre-Dame, ou il demeuroit encore , que l'archevêque le* vint voir, lui apprit là mort du cardinal Antoine, et -lui souhaita la charge de grand aumônier. Le cardinal lui avoua confidemment que cette nouvelle l'embarrassoit , et qu'il ne sa voit s'il devoit aller à Fontainebleau. Le lendemain, ayant reçu la réponse de M. de Turenne , il alla voir l'archevêque , et lui dit qu'après y avoir bien pensé il n'iroit point à Fontainebleau, et s'en retourneroit'tVr. Saint-Martin-, ce qu'il fit. Le Roi avoit dit à M. dé
Tarenne : <c Mandez au cardinal de Bouillon de venir « à Versailles le jour que j'y Jarriverai , et je lui donci nerai la charge tant souhaitée. » En effet, elleétoit demandée par le cardinal d'Est , par le cardinal Rospigliosi, par Févéque de Laon, qui attendoit àtoot moment le chapeau en vertu de la nomination de Portugal-, par Tévéque d'Orléans, par l'àrchevéque de Reims, et par l'archevêque de Tours, depais cardinal de Bonzi. Le cardinal dé Bouillon ne maïupia pas au lever du Roi ^ mais Sa Majesté ne lui parla que de la nouvelle qui venoit d'arriver que l'éTéque de Laon étoit cardinal, sans faire aucune mention delà grande àumônerie. Quelques mois se passèrent sans qu'on eii parlât. Etifin un uiBiin que le hasard avoit fait que le cardinal , au défaut des aumôniers de quartier, avoit fait la prière du Roi, Sa Majesté loi dit de le suivre dans son cabinet , où elle lui dit qu'elle lui donnoit la charge de grand aumônier; et qu'elle ne Favoit pas fait plus tôt , afin de régler certaines choses sur cette charge , comme d'eb distraire les maladreries, etc.... « Mais, lui dit le Roi en riant) « je vous laisse les Quinze-Vingts. » Le cardinal , en sortant du cabinet du Roi, affecta un visage sérient, pour tromper M. Le Téllier qui l'examinoit, et pour avoir le plaisir d'en porter la première nouvelle à M. de Turenne.
Ce fut alors que M. l'évéque d'Orléahs et toM les Coaslin se déchaînèrent contre M. de Tureone, qu'ilst accusèrent d avoir manqué à sa parole ; ce qui n'étoit pas vrai, sa bonne foi et sa droiture Tayafl* empêché de faire là-dessus aucune sollicitation an-
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près du Roi, et »'ëtant contenté de savoir toute la $uite de cette affaire.
J'ai déjà dit que le Roi , à la sollicitation du Pape et à la prière de M. de Turenne , avoît envoyé au secours de la' ville, de Candie six mille hommes de ses meilleilres troupes , sous la conduite du duc de Na-^ vailles. Plus de la moitié y étoient demeurés , et le duc de Beaùfort y avoit été tué. Le Pape ne se rebutoit point, et soUiCitoit un nouveau secours; et, pour Tobltenir plus facilement, il résolut enfin de consoler le Roi, et de témoigner à M. de Turenne la joie qu'il avoit de sa conversion, en faisant le duc d'Albret cardinal : ce qu'il fit au mois d'août 1669, au grand déplaisir de M, Le^ Tellier, et encore plus de M, de Louvois. Ce ministre, si habile dans les détails, où sa prévoyance n'oublioit rien, avoît toujours été mal avec M, de Turenne ^ qui ne lui faisoit aucune part de ses entreprises : il prenoit des villes et gagnoit des batailles, et ne l'apprenoit que par la gazette. Le Roi étoit quasi dans le mém^cas, et dit un jour, à un officier qui s'en retourooit à l'armée d'Allemagne , ces célèbres paroles si dignes d'un bon roi : k Dites à M. de tt Turenne que je vouA'ois bien savoir quelquefois « ce qu'il veut faire. »
Le cardinal de Bouillon ne songea guère dans la suite à regagner les bonnes grâces de M. de Louvois : il souitint viveipent les intérêts du comte de Marsan , jeune prince de la maison de Lorraine, qui galantisoit la vieille duchesse d'Aumont, que l'on croyoit riche à millions , et qu'il ne trouva pas digne de son attachement. Après la mort de M, de Turenne, il
obtint pour le comte d'Auvergne son frère la charge de colonel gënëral de la cavalerie, que ce ministre, pour lui faire dëpit, vouloit fairç supprimer, comme celle de colonel générât d'infanterie Tavoit été après la mort de M. d'Epernon : mais M. de Louvois se vengea bien. L'évêché de Liège étoit vacant, et disputé entre le cardinal de Bouillon, le prince- Gnillaume de Furstemberg, et*le prince de Neubourg. Xe cardinal avoit sept voix, le prince de Neubourg neuf, et le prince Guillaume quatorze : mais le prince Guillaume , pour le bien de la France , étoit prêt h céder ses voix au cardinal, lorsque N , envoyé extraordinaire du Roi à Liège, déclara aux chanoines, par Tordre de M. de Louvois, que lé Roi ne consentiroit jamais à Télection du cardinal, et qu'il aimoit mieux que ce fût un étranger. A ces nouvelles , le Pape s'attribua, comme il ne manque jamais de faire en pareille occasion, toute l'autorité de l'élection 5 et ne voulant point le prince Guillaume , qui étoit désagréable à l'Empereur, il donna un bref d'éligibilité au prince de Neubourg, qui filt reconnu unanimement.
M. le cardinal de Bouillon, après avoir pris congé du Roi pour aller au conclave où fut élu Odescalchi, dit Innocent xi , me demanda en badinant si je vou- Ipis venir à Rome être son conclaviste : je lui dis que ^cela me feroit grand plaisir. « Je m'en vais partir dans «deux heures, me dit-il-, mais vous me rattraperez «bien.. Allez en demander la permission au Roi, et « lés instructions du ministre, et vous mettez dans la « diligence de Lyon : j'y serai encore dans six jours. » Cela fut fait îbrt brusquement 5 et , en arrivant à deui lieues de Lyon , je trouvai un carrosse de M. de Vil-
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leroy, archevêque de Lyon, qui m'attendoit ; et j'arrivai que le cardinal étoit .encore à table. Je lui rendis compté après dîner de ce que j'avois fait à Saint-Germain, Il me demanda si je savois ritalien : je lui dis que non. « Et coiniçent ferez- vous ? me M dit-il;. la plupart des cardilÈmux n'entendent point tt le frauçais. -^ Oh ! monseigneur^ lui rëpoudis-je, « cela ne m embarrasse pas -, nous ne serons à Roi]ie « que dans quinze jours, et je m'en vais jurer de ne « «parler qu'italien, bieu ou mal. Je lesaurai quand nous « arriverons à Rome. » Il se mit à rire, et dit : << Vous. « ferez comme vous pourrez. » Et je le fis fort bien; je niettois. partout des Rosira signoria : le latin et le;françans apprennent bientôt un italien de cuisine, qui suflUt pour se faire entendre. Mais quand nous fûmes entres au conclave, je me trouvai fort déconcerte. J'avois compté savoir toutes les négociations les plus secrètes, et le cardinal de Bouillon ne me disbit rien. Le cardinal de Retz étoit son ancien^ et avoijv' seul droit déparier. Heureusement le cardinal de tletz eût la goiitte, et je lui allois tenir CQmpagnie dans sa* chambre : il me. demanda comment je m'accommodois du conclave. « FDrt mal, monseigneur, Cl lui répondis- je : je ne sais rien; les valets du con- « clave en savent plus que moi. » Ce bon cardinal avoit envie de me faire plaisir. Outre l'ancienne amitié des Calimartin mes parens , mon frère étoit intendant de Lorraine et de Commercy, et lui rendoit tous les services qu'il pouvoit. « Je veux, me dit-il, vous (i prendre pour mon conclaviste : le cardinal de « Bouillon en sera bien aise, et par ce moyen vous tt saurez tout ^ et serez le conclaviste général des car-^
a dinaux français. » Le lendemain, je fus installe dans le conseil des Français ; je fis toutes leurs dépêches. Ils ëtoient quatre t Retz, Bouillon^ d'Estréés et Bonzi. Le cardinal Maldachiiii ëtoit reçu pariqi eux quand il y Youloit venir; mais alors ils changeoîent de discours, sans jamais lui dire le secret. Les cardinaux de Retz et de Bouillon avoient toujours quasi les mêmes avis ; les deux autres étoient d'avis contraires : d'Estrées vouloit être chef de parti, et Bonzi n'aspiroit qu à la fin du conclave pour s'en retourner à Montpellier. La faction d'Espagne et celle de TEmpéreur ëtoient les plus fortes ; elles vouloient OdesCalchi. Les cardinaux français se séparèrent, et résolurent d'écrire au Roi leurs sentiment. Je fis leurs dépêches l'un après l'autre. Retz et Bouillon lui proposoient Grimaldî , qui avoit. quatre-vingts ans, et qui auroît pouf lui la faction des^Chigi et tous les vieillards, dans l'espérance de revenir à la passe. D'autre côte, les Cardinaux d'Estrées et Bonzi lui disotent des biens infinis d'Odescalchi ^ qu'il avoit cinquante mille lécus de rente -, qu'il soulageroit la chambre apostolique ; qu'il ëtoit homme de bien. Le Roi en cette occasion fit voir sa piété, et manda que, préférablement à tont, il souhaitait le bien de l'Eelise, et qu'ils coijicourusseht à Télection d Odescalchi. Il fut élu le même jour, et proclamé le lendemain. M. le cardinal de Bouillon m'envoya à neuf heures du soir (heure indue) demander à Odescalchi une audience secrète : il y alla , et fût une demi-heure avec lui sans lui faire aucune proposition. Il n'étoit pas homme à en recevoir. Quand le cardinal fut sorti , je me jetai aux pieds d'Odescalçhi, en disant: 0! baciatoilprimoglipiedidif^ostm
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Santita. Il me répondit : Non è encora. Mais il me parut qu'il n*ëtoit pas kidiffëreht à cette nouvelle. Il a toujours depuis ce temps-là suivi sa pointe , sans ou^ Mier que la France lui avoit fait perdre six années de pontificat,* en lui donnaiit l'exclusion à la dernière vacance: Il faut aussi un peu avouer que l'assemblée de i68î Tavoit poussé à bout. On a bien voulu dire qu'il avoit envoyé de l'argent au prince d'Orange , mais je n'^n crois rien : la passion ne mène point si loin les* plus gens de bien. Le cardinal de Bouillon demeura encore six semaines à Rome après le conclave, faisant une dépende effroyable. D avoit vingtquatre pages et soixante valets de pied le soir autour de sa chaise avec des flainbeaux de cire blanche, et vingt-huit carrosses de ses livrées, dont il en cnvoyoit deux*à (îhaque Français de condition qui arrivoit à Rome. Il dépensa cent miHe écus en trois mois*. Le cardinal de Retz fit bien une autre dépense quand il se sauta* du château de Nantes. Il craignoit d'être en- Jevé par le cardinal MaJjarin : il prit pour valets de. pied Jtrois cents soldats bien armés sous la mandilte. Je me garderai bien de vouloir défendre M. le cardinal de Bouillon sur sa dernière escapade-, il n'y a ni rime ni raison. Il écrit ai\ Roi comme à son égal -, et, dans le temps qu'il étoit près de rentrer en grâce , il va se jeter parmi les ennemis, qui le reçurent en triomphe. Le prince Eu^iie lui fit des honneurs extraordinaires , mais cela ne dura guère -, car s'étant aperçu qu'il ne lui étoit bon à rien, il le laissa en Flandre , sans lui marquer aucune considération. Il s'en aperçut bientôt, et alla à Rome. Il s'y étoit fort signalé dans son dernier voyage : cinq ou six vieux
cardinaux Tavoient laissa, passer devant eux ^ il ëtoit devenu doyen, avoit ouvert ]a porte sainte pendant la vacance du Saifit-Siége , et eut grande part à Félection de Clément xi. Ce pape ne lui en témoigna pas grande reconnoissance , et' fit peu de pas pour ]e raccommoder avec le Roi , qui lui permit seulement de revenir en France en exil , et de, jouir de ses bénéfices.
Cet exil dura dix ans assez doucement, ha cardinal alloît et venoit à La Claire près de Lyon, à une*maison auprès d'Orléans*, et à une auprès de Rouen. J allois de temps en temps passer deux mois avec lui : il passoit ordinairement par Paris. Et enfin , qqand il eut pris sa dernière et funeste* résolution, il me*inanda de le venir trouver à Qrmes'son^ me fit beaucoup d'amitiés, ne voulut voir que moi de tcfùs ses amis de Pari», et me dit que le Roi lui avoit permis d'aller visiter ses abbayes de Flandre. Je lui offris de le suivre à ce petit voyage : il me jdit qu^il vouloit ^Uer seul, et que dans six semaines je le vinsse trouver à Rouen. U savoit bien qu'il n y seroit pas^ et jugeant biep que je n'approuverois pas un dessein si mal concerté, il ne voulut pas m'y embarquer malgré poi. J'ai déjà dit qu ijl n'eut pas grande satisfaction en Flandre. Le Pape le reçut à Rome assez froidement, et lui accorda seulement sûreté de sa personne. U n'avoit rien à craindre du Roi, qui ne songeoit pas à le faire arrêter : il en, eût été embarrassé, et. ne ressembloit pas à Louis XI , qui tint le cardinal de La Balue treize ans en prison. "
DE l'iBBÉ de GHOIST. ^gi