LOUIS XIV ET M>^ DE LA VALLIÈRE (D
Le Roi , dans le commencement de ses amours avec mademoiselle de La Vallière , crut que pour lui plaire il falloit faire des vers : c'étoit alors une des princi-
(t) ffittfascrfts de Choisy, lome i, f*» a43, t».
Ds l'âbbé de choisy. 5iS
pales parties de la galanterie. Il fit quelques chanson^ asseiS jolies, entre autres celle de madame de Brëgis : J^ous aveZj belle Brégis^ etc. Il voulut aller jusqu'à Tëlëgie \ et le matin à son lever il en donna une de sa façon à lire au maréchal de Gra* mont. Le vieux maréchal , le plus flatteur des courtisans , n'imagina jamais que le Roi en pût être Tauteur; et la trouvant* fort mauvaise, il s'écria : « Qui « diable a pu faire ces Vers-là ? — C'est moi , dit le « Roi en s'approchant de son oreille \ mais je n'en « ferai plus («) : » et depuis il s'adonna à la prose. Mademoiselle de La Vallière lui*répondoit exactement^ elle n'avoit autre chose à, faire qu'à penser à son amant.. U n'en étoit pas de même du Roi 5 il vouloit gouverner un grand Etat. Un jour, dans le temps qu'il alloit tenir conseil , il reçut une lettre de mademoiselle de La Vallière. Il vouloit faire réponse , mais il vouloit encore plus fortement donnei* des lois à l'Europe. Il envoya chercher le marquis de Dangeau , dont il connoissoit l'esprit, et lui dit de faire la réponse pendant le conseil. Elle fut faite promptement, et envoyée à la demoiselle. Le Roi trouva cela fort eommode : Dangeau lui faisoit tant de lettres qu^il vouloit, et toutes les plus polies du monde. La pauvre La Vallière, surchargée de travail, eut aussi recours à Dangeau, qui passoit tous les soirs en quart avec elle, le Roi et mademoiselle dTArtigny , qui a été depuis la comtesse Du Roure C^). Dangeau en eût fait encore
(k> IiH mémç anecdote est raooniée par raadama de Sevign^ dans sa lettre à M. de Poiçiponve ,. dii i*'' décambre 1^61^ — (a) CUiKLe^Marie Da Gast d'Artigny, mariée en 1666 à Louis-Pierre-Scipion de Grimoard, comte Du Roure.
quatre fois autant. Il faisoit ainsi les lettres et les rë^ ponses; et cela dura un an, jusqu'à ce que La Vallière, dans une effusion de cœur, avoua au Roi, qui à son gré la louoit trop sur son esprit, qu'elle en devoit la meilleure partie à leur confident mutuel, dont ils admirèrent la discrétion. Le Roi, de son côté, lui avoua qu'il s'étoitservi de la même invention. Ce petit commerce cessa : le mystère en £ûsoit l'agrément.