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MAIRES

Enfin Tabbé de La Rivière n'ayant pas voulu que cette affaire eut plus loxiqg trait, î]^ Ta termiiayëe le vendredi i3 novembre, et dans un moment ron a publié par la ville que M. le duc d'Orléaofi étoit satisfait et content ^ et de fait M. le cardinal Mazarin a été au palais^d'Orléans, et s'est mis daps son carrosse pour venir au Palais^Royai avec Im. Ledit seigneur duc d'Orléans a vu la Reine , mais les conditions du traité ont été inconnues \ elles ont été négociées par AL Le Tellier , secrétaire d'Etat -, et , autant que je l'ai pu apprendre , elles n'ont été autres, sinon que M. le duc d'Orléans auroit le choix de prendre Montreuil ou Aigues-Mortes^ mais bien entendu qu'il ne choisiroit point Montreuil, ou que M. le comte de Lannoy ne le donneroit poi^t. Le surplus ont été des civilités et des espérances.

Le même jour 1 3 novembre , M. de Mereœur , fils aîné de M. de Vendôme, a vu la Reine, laquelle lui a permis d'être à la cour , et de soUiciter le retour de M. le duc de Vendôme, et k sûreté de M. de Beaufort son cadet : laquelle chose a été imputée faire partie de l'accommodation de' l'affaire de M., le duc d'Orléans, parce qu'elle s'est conclue en même temps ^ mais en effet c'a été l'exécution d'un traité qui se négocioit il y avoit deux mois, et que *M« le cardinal a été bien aise d'achever, parce que les menées secrètes que faisoit M« de Beaufort à Paris, ou que l'on lui faisoit croire qu'il faisoit, lui donnoient beaucoup d'inquiétude à l'esprit, et de crainte personnelle.

Après la Saint-Martin, les esprits se trouvèrent aussi échauffés qu'ils avoient été auparavant ^ les mêmes factions continuèrent., et sous les mêmes

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prétextes ^ les zëlës du parlement se plaignirent de l'inexëoution de la déclaration , et cotèrent une infinité de cas particuliers , vrais ou supposés , dans lesquels ils disoient qu'elle avoit été violée.

Le premier bruit s'excita sur le sujet de la chambre de redit, dans laquelle M. Regnault, conseiller, y avoit été laissé , lequel s'y trouvoit être pour la cinquième ou sixième année. M. le premier président proposa d'assembler une mercuriale pour examiner ce qui se pouvoit faire dans cette occasion; ce qui fut fait sans nous y appeler, et fut proposé que la Reine seroit suppliée d'envoyer une déclaration au parlement portant que chaque conseiller ne pourrpit être continué après ses deux années, et que nul de ceux qui y auroient servi tf y pourroit entrer que six ans après qu'ils en seroient sortis, et que de chacune chambre des enquêtes il y en auroit deux au moins. Laqudle proposition, rapportée le lendemain dans l'assemblée de toutes les chambres, fut jugée raisonnable, multis reclamantibus ^ lesquels étoient d'avis que la déclaration qui avoit été envoyée ne devoit point être registrée, et qu'il en falloit demander une autre , qui eût été une injure à M. le chancelier.

Ensuite les députés des enquêtes, le 9 décembre, demandèrent, par la bouche de M. Benoise, l'assemblée de toutes les chambres, sur le défaut de l'exécution de la déclaration , dont ils cotèrent quatre ou cinq articles principaux, savoir, que, sous prétexte des étapes , la taille étoit ei^ effet rehaussée , et la remise promise au peuple inutile*, que toute la campagne proche de Paris étoit pleine de gens de guerre. T. 61. «4

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Les autres cOncernoient le droit du sceau, et autres petites affaires particulières.

M. le premier prëside&t les ayant voulu instruire sur le sujet des plaintes qu'ils faisoient article par article, il leur ajouta qu'il assembleroit mesisieurs des trois chambres pour leur faire entendre leurs propositions ] ce (jui ne se put faire le lendemain , qui ëtoit jeudi, ni vendredi et samedi, auxquels jours s'acheva une grande cause commencée : mais le lundi ensuivant 1 4 décembre, fut résolu que les èhambres seroient assemblées le mercredi ensuivant, laquelle réponse ayant été mandée à messieurs les députés des enquêtes, qui furent priés de la venir recevoir de la bouche de M. le premier président, lequel étoit dans la grand cb ambre proche le feu, ils ne voulurent pas y venir, soit quHls crussent que cette réponse leur devoit être faite in loco majorum, soit qu'ils fussent mal satisfaits du long temps que Ton avoit employé avant que de leur rendre réponse. Et de fait, le lendemain mardi 1 5 décembre , pendant que messieurs le$ prësidens étoient à prendre leurs manteaux , ils entrèrent dans la grand'chambre et y prirent leurs places; dont messieurs ayant été avertis , ils allèrent dans la grand chambre , et quoiqu'ils promissent de les assembler le lendemain matin , ils ne voulurent point se retirer, et ainsi ils passèrent toute la matinée à ne rien faire. Le mercredi 16 décembre, M. le duc d'Orléans, M. le prince de Condé, assistés* de quelques ducs et pairs, entrèrent dans la grand'chambre, lesquels firent entendre à la compagnie que l'intention de la Reine étoit d'exécuter la déclaration de bonne foi et sans équivoque ; que s'il s'y rencontroit quelque man-

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qiiement) qu'elle dësiroit en être avertie, pour y ap* porter les remèdes nécessaires ; qu'ils 'demeuroient d'accord d'avoir été les entremetteurs et les garans de la parole de la Reine^ mai» que si l'on cherchoit des prétextes pour empêcher les levées des deniers et la subsij^nce de l'Etat , et que sous apparence du* bien public l'on voulût y apporter des obstacles et des difficultés- étudiées, qu'ils seroiént les premiers à conseiller à la Reine de chercher les voies nécessaires pour conserver l'autorité royale et faire subsis^ ter l'Etat. Ensuite ils remarquèrent la nécessité des affaires publiques, l'avantage que les Espagnols en vonloient prendre , et que dans ces divisions , qu'ils s'imaginoient être préparées, il étoit impossible d'e&* pérer la paix générale.

Sur cela la délibération ayant été commencée , et coiitinuée jusques h onze heures^ les choses passèrent à quelque chaleur de la part de M. le prince, qui parla hautement, et ne put pas s'empêcher d'être exposé au bruit de messieurs des enquêtes, lesquels par des voix confuses témoignoient n'avoir pas agréable son discoars.

M. le président Viole s'échappa de dire que tous les désordres ne cesseroient point, si l'on ne mettoit la main à la racine *, mais il n'osa passer plus avant.

M. le duc d'Orléans leur dit que ce qui avoit été imposé sur le peuple pour les étapes n'augmentoit point la taille; que c'étoit une simple avance pour iaire subsister les troupes; que les désordres des gens de guerre étoient de sa conduite et de sa direction; qu'il y donnoit ordre tous les jours, et qfu'il feroit en

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sorte que Ton n'auroit pas occasion de s'en plaindre*

L'assemblée remise au lendemain matin 17, fut avisé que les députés de la grand'chambre et des enquêtes se trouveroient chez M. le premier président pour examiner ce qui n'étoit pas exécuté dans la déclaration, et le rapporter à la compagnie ; et de fait rassemblée fut faite , et remise au lendemain après midi. Le samedi 19 décembre, toutes les chambres furent assemblées, où nous fûmes mandés sur les dix neures, et trouvâines les esprits infiniment échauffés, parlant tous en même temps avec grande confusion, sans discipline ni respect à ceux qui tiennent les pre^ miëres places de la compagnie. Là nous fut délivré un arrêt portant défenses aux gens de guerre de faire aucune extorsion et commandement aux officiers de la maréchaussée pour informer des désordres.

Outre plus, ils demandèrent à M. le procureur général quelle diligence il avoit faite pour Texécution des procès qui se dévoient faire à quelques partisans, et pour Texécution de quelques articles de la déclaration -, ce qui se fit avec peu de dignité et avec beaucoup de tumulte : de sorte que M. le procureur général fat obligé de leur répondre avec quelque sorte de mépris; ce qui. ne produisit que de la confasion.

Le ao, dimanche; le lundi 21, jour Saint-Thomas*, le mardi 22, il y a eu audience le matin etlV près-dlnée.

Le mercredi 28 décembre, assemblée chez M. le premier président.

Deux choses oM encore servi de prétexte : l'une, que la cour des aides, délibérant sur la déclaration du 22 octobre, avoit ajouté défenses de mettre les

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tailles en parti, ni de faire aucunes avances sur les dealers des tailles, à peine de la vie : de laquelle clause la Reine s'étant plainte, parce qu^elle ne pou- Yoit recouvrer argent que par ces voies, messieurs des aides sursirent Texécution de leur arrête pendant six mois. L^autre, que pour avoir quelques avances des hommes d'affaires il leur convient accorder des intérêts, lesquels ci-devant ont passé en comptant: or les comptans ayant été réduits et modérés à trois millions de livres par| chacun an par un arrêté de la chambre des comptes , la Reine envoya une déclaration à la chambre pour autoriser les intérêts qui seroient donnés aux gens d'affaires , lesquels sans cette déclaration ne trouvoient pas leur assurance pour traiter avec M. le surintendant. Les zélés du parlement, et qui cherchoient noise, se formalisèrent de l'une et l'autre de ces affaires, et résolurent d'en parler en la première assemblée-, mais aucuns passèrent' plus avant, car ils soUicitoient les officiers de la chamhre des comptes et de la cour des aides pour ne se peint rendre faciles aux choses qui leur étoient demandées , leur disant qu'ils accueilleroient sur eux la haine publique, et que ce que l'on désiroit d'eux, étoitpour les détacher du parlement, et les mettre mal ensemble.

Mais le pis de tout étoit l'esprit de faction et de sédition, et d'intérêt particulier; car outre la haine et le mépris de la personne de M. le cardinal Mazarin(i), et l'opinion que tous les gens de bien avoient

(i) Ce mépris fut si grand , qu'il se débita à Paris one reqoéte imprimée, adressante aa parlement au nom des trois Etats du gouvernement de nie de France, joints avec les bourgeois et habilans de la ville de

conçue qu'il n'avoit pas voulu la paix jfénévûe , laquelle il avoit rompue par artifice, outre plus M. dé Châteauneuf avoit des partisans qui souhaitoient sou retour , et plusieurs s^imaginoient qu'il avoit plus de capacité pour gouverner que ceux qui étoient dans Tadministration. M. de C^avigny avoit ses parens et ses amis, qui ne pouvoient souffrir son éloignement, s'imagjuoant qu'ils profiteroient dans la nouveauté et le changement. M. le marquis de La Yieuville étoit considéré comme un bomme fort propre à ménager les finances , et remplir la place que tenoit le maréchal de La Meilleraye, lequel étant d'humeur fa* rouche et difficile, n'étoit aimé de personne. Ajoutez à cela le naturel des Français, qui naturellemeift aiment choses nouteUes, et haïssent ceux qui sont eo cr^it, et qui facilement se persuadei^t de gagner au change (ce qui arrive fort rarement), et parjdessûs tout la misère publique des peuples, et la richesse immense d'une centaine de particuliers, qui possédoient tout le bien de l^tat. Outre plus, il y avoit une douzaine d'officiers du paiiement, lesquels étoient dans une défiance perpétuelle, parce qu'ayant offensé M. le cardinal Mazarin , quelque oubliance qu'il eût promise du passé, ils ne pouvoieni prendre confiance pendant qu'il seroit dans le gouvernement. Fait ce làg décembre i648«

Paris , se faisant forts do consentement et de Panton des treise provinces et gouvernement du royanme, par laquelle ils conclooient k ce qn^il plût nu parlement faire reinontrance à la Reine sur^ les désordres présens , et sor l'expulsion dudit cardinal Mazarin , duquel ils parloientavec ternies d^înfamie, et de la deiniière diffamation. L'imprimeur fot arréte't et cotidamnc an Châtcle^ faire amende h«|»rable e^A 4tre banni. ( JVote cPOmer Talon, )

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Le mercredi Botlëcembre, toutes les chambres ayant été assepiblëes , il fut parlé de la déclaration envoyée en la chambre des comptes, laquelle permettpit les prêts et les avances , et autofisoit les intérêts \ outre plus qui remettoit les tailles en parti. Et après plusieurs contestations nous fûmes mandés au parquet,, et nous fut dit par M. le premier président que nous savions les peines et les soins avec lesquels la déclaration du mois d'octobre dernier avoit été faite , dans laquelle le parlement avoit principalement travaillé pour empêcher la dissipation des finances, par le moyen des intérêts usuraires qui avoient été établis; que le parlement étoit averti qu'il y avoit une déclaration portée à la chambre des comptes, «laquelle ruine toutes ces précautions -, et nous a demandé si nous en savions quelque chose. Je lui répondis que nous n'en pouvions rendre compte certain à la cour, parce que nous n'en avions rien appris que par le bruit de la ville ; que chacun savoit que le jour pré* cèdent la chambre des comptes avoit été assemblée pour travailler sur cette cifclaration , mais que la dé- Ubération avoit été remise à samedi prochain; qtîe si la cour dësiroit que nous en sussions des nouvelles, que nous nous en informerions. Nous retirés , il y eut trois avis : les uns d'assembler les compagnies dans la chambre Saint-Louis, les autres de délibérer présentement sur la proposition , et l^s troisièmes de nous maAder , afin que nous pussions retirer des gens du Koi de la chambre des comptes un duplicata de la déclaration ; et outr^ que l'un des notaires et secrétaires de la cour se transporteroit«à la chambre des comptes, pour les prier de la part de la cour d'en-

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voyer Tun de leurs prësidens et devLX maîtres des comptes pour conférer sur le sujet 4'affaif<ès importantes.

Mais parce qu'il étoit près de âiidi lorsque la délibération fut achevée , messieurs des comptes étoient retirés; de sorte que Radigues, secrétaire de la cour, ne put y aller que Taprës-dînée , où ayant parlé auxdits sieurs des comptes, ils lui dirent qu'ils ne pouy oient faire réponse que les semestres assemblés , et qu'ils ne manqueroient pas de s'assembler demain pour rendre réponse à la cour. Quant à nous au parquet, nous envoyâmes un des substituts du parquet vers M. Dreux, avocat du Roi de la chambre des comptes ,* parce que la place de procureur du Roi n'étoit pas remplie, pour avoir copie de la déclaration, qui nous en envoya une , mais non coUationnée ni constatée, soit par lui, ou par aucun officier de la chambre.

Le jeudi 3i décembre, toutes les c}iambres assemblées, je di4 à la cour , en deux paroles ^ que Tavocat du Roi de la chambre des comptes n'avoit pu nous bailler autre chose que la copie , laquelle nous leur apportions.

Cependant à la chambre des comptes les semestres ayant été assemblés pour délibérer sur la semonce qui leur a voit été faite de la part de la cour, il y eut trois avis : le premier , d'envoyer les gens du Roi de la chambre des comptes, pour savoir de nous au parjquet quelles étoient les affaires de conséquence sur lesquelles ils étoient priés de venir conférer 5 l'autre, de prier messieurs du parlement de députer aucuns d'entre eux pour faire la conférence en telle chambre

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du parlement qu'ils aviseroient, et que messieurs de la chambre des comptes nommeroient autant d'entre eux en nombre égal pour assister à ladite conférence ; le troisième avis, et qui fut suivi, fut d'envoyer un président et quatre maîtres des comptes, pour venir en la grand^cbambre entendre ce que la cour leur Youdroit dire ^ et à l'instant le greffier de la chambre des comptes avertit qu'un de messieurs les présidens de la chamibre des comptes, et quatre maîtres, avoient ordre de leur compagnie de venir en la grand'chambre -, qu'ils prioient messieurs de la cour de leur envoyer deux huissiers à la Sainte-Chapelle , ainsi qu'il est accoutumé : ce qui fut fait à l'instant, et nous fumes mandés au parquet, pour être présens et assister à cette cérémonie. Messieurs des comptes s'étant fait attendre assez long-temps, lorsqu'ils furent dans le parquet des huissiers ils mandèrent à M. le premier président, par Boileau, clerc du grefib, que M. le président Aubry désiroit être assis au-dessus des maîtres des requêtes 5 ce que M. le premier président a^y ant fait entendre , l'on crut que c'étoit une occasion de querelle : mais l'on lui manda que sa place étoit au-dessus du doyen de la cour , de l'autre côté des maîtres des requêtes-, que c'étoit la place qui se donnoit aux premiers présidens des autres parlemens quand ils entroient en la cour; dont ledit sieur Aubry se contenta. Ainsi ils entrèrent dans la grand'chambre , et prirent place , M. le président Auhry au-dessus de M. le doyen du parlement, et au banc où les lieutenans généraux sont assis lors de laudience publique ; les quatre maîtres des comptes fwent assis au banc proche où se place le clerc du

greffe. M. le président Aubry protesta que la place qui liii ëtoit donnée ne porteroit point préjudice à la prétention de la préséance qu'avoient messieurs les maîtres de$ requêtes, et M. Foulé, maître des requêtes, protesta au contraire.

M. le premier président prit la parole, et dit: « Messieurs, la cour vous a priés de venir ici prendre « place, pour vous faire entendre que par la der- « nière déclaration vérifiée en cette cour et dans les <( autres compagnies il a été pourvu non-seulement « aux nécessités du peuple, mais aussi à la conserc< vation des. finances, pour empêcher la dissipation, « cojQ^me il a été fait par le passé : néanmoins la cour (( est avertie que vous travaillez à la chambre des « comptes à la vérification d'une déclaration qui au*: c< torise les maux desquels jusques à présent Ton s'est « plaint; en telle sorte que si cela étoit véritable, et « *qu'il fût autorisé, inutiles croient tous les soins m qui ont été pris à ce sujet, et d'ailleurs Fautorité a du parlement seroit rendue inutile et toute sa pré- « voyance, si par une déclaration de cette qualité « les désordres du passé se renouveloient à Favenir. « C'est pour celf^ que la cour a désiré vous parler, « dans la croyance qu'elle a que vous ne toucherez a point à une déclaration de cette qualité sans lui « en donner part, cogime étant chose qui est de sa c< connoissance et de sa juridiction , afin que. chacun « dans son détroit travaille à ce qui peut être du ser- « vice du Roi et du soulagement de ses sujets. » M«le président Aubry a répondu qi^l ne pouvoit pas donner compte à la cour du contenu dans la déclaration , laquelle avoit été lue dans la chambre , les deux se-

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mestres assembles ^ mais que la délibération en avoit été remise à samedi prochain , de sorte que les clauses n'en ont point encore été examinées ni concertées ^ qu'il fera entendre à sa compagnie ce qui lui a été dit de la part de la cour; que s'il y avoit quelque chose qui fut sujet à conférence et à discussion , que cela ne se pourroit pas faire en ce lieu ; et que n'étant que cinq députés de la chambre des comptes, ils ne pourroient pas conférer avec deux cents personnes ; qu'en ce cas ils prieroient la cour de trouver bon de nommer des députés en nombre égal ^ pour pouvoir s'éntré-parler et s'entendre les uns les autres.

M. le premier président a dit que l'usage des conférences entre le parlement et la chambre des comptes étoit ancien ; qu'elles se faisoient par le ministère des gens du Roi des deux compagnies, et que s'ils ne se pouvoient accorder, messieurs des comptes venoient en la cour, et faisoient entendre leurs raisons; que cela avoit été pratiqué depuis trois mois , à l'occasion de la levée d'un scellé qui avoit été fait de l'autorité de l'une et l'autre des compagnies ; qu'il ne s'agissoit pas dans ces occasions d'opiner ni de faire un arrêt, mais de remontrer ses raisons, et chercher les voies d'un accommodement : à quoi M. le président Aubry ayant répliqué avec assez de fermeté qu'il feroit entendre à la chambre ce qui lui avoit été dit, et ne s'étant pas votalu ouvrir davantage, M. le premief président lui a dit : « Mais quoi ! monsieur , si samedi <( prochain étant assemblés vous travâiUiez à la véri- ^ fication de la déclaration du R6i qui vous a été en^ ^ voyée, nous aurions occasion de nou& plaindre, « parce que sitôt qu'il y a ombre, apparence ou préf

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« texte de conflit de juridiction entre les deux com- <( pagnies, aussitôt doivent cesser toutes sortes de (( procédures de part et d'autre ^ et puisque nous en « avons toujours usé de la sorte , nous espérons que « la chambre le fera pareillement ; et c'est pour cela « principalement que nous vous avons prié de venir (( prendre ici vos places, pour vous faire entendre « les prétentions de cette compagnie, laquelle se « contenant dans les termes de Thonneur et de la . a bienséance, doit attendre de vous la même chose. » Et quoique dans ce discours M. le premier président ait usé de termes fort civils, fort obligeans, et à mon sens trop humbles pour la place qu'il tenoit , le président Aubry, suivant en cela son humeur rude, fière et altière , ne lui a fait aucune civilité , mais s'est tenu dans cette démarche qu'il en parleroit à sa compagnie, n'ayant rien ajouté de son particulier, ni témoigné qu'il ne doutoit pas que la chambre ne prit à honneur les civilités qui lui étoieiit rendues. De sorte qu'il se peut dire qu'il a fait ce que des députés du parlement auroient fait s'ils avoient été à la chambre des comptes, et ce que des supérieurs feroient à ceux qui leur tiendroient lieu d'inférieurs.

[r649] Le samedi deuxième jour de l'année 1649, la déclaration qui avoit été portée à la chambre des comptes fut retirée par M. le président Tubeuf , dont la chambre des comptes donna avis au parlement par leur grefiier : ce qui fut réputé peu civil.

Le lundi 4 janvier, il y eut audience, et le mardi pareillement.

Le mercredi 6 janvier, jour des Rois, le Roi sortit de Paris à quatre heures du matin , et la Reine à

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six heures , nul n'en étant averti que M. le duc d'Orléans, M. le prince, et les principaux de la cour, qui sortirent en même temps, et se retirèrent vingt carrosses ou environ, et allèrent à Saint-Germain. Paris fut 'Consterné à cette nouvelle , tout le peuple , les grands , les médiocres et la populace s'excitèrent ^ Ton courut après ceux qui vouloient sortir, et en trois heures la plupart des portes furent investies de bourgeois et gardes , et quelques chariots de bagages qui vouloient sortir furent pillés *, beaucoup de messieurs du parlement se ren.dirent chez M. le premier président, où l'on eut avis que le Roi avoit écrit au prévôt des marchands de Paris , et déclaroit que sa retraite si soudaine avoit été nécessaire à cause de l'entreprise d'aucuns du parlement qui étoient intelligens avec les ennemis de l'Etat. Les échevins se rendirent au parlement, et y apportèrent cette lettre , sur laquelle nos conclusions nous ayant été demandées , nous requîmes trois choses : qu'il plût à la cour soigner le* dedans de la ville pour empêcher le pillage , et à cette fin qu'il étoit besoin que le prévôt des marchands, qui commande les armées dans Paris, y donnât ordre ^ que pour le second chef, qui étoit le dehors de la ville, le lieutenant civil eût à envoyer les commissaires partout pour faire venir les denrées ^ et à l'égard de la lettre écrite à l'hôtel-deville , qu'il plût à la- cour députer vers la Reine pour l'informer de la sincérité des actions de la compagnie, et la supplier de ramener le Roi à Paris.

U y eut arrêt le même jour sur les deux premiers chefs conforme aux conclusions, et à l'égard du troisième il fut arrêté d'y délibérer le lendemain.

Le lendemain matin , Delide , lieutenant des gardes du corps , nous fut amené au parquet par Tun des hommes de M. le premier président, lequel ayoit un paquet à bailler à la cour; lequel Delisle. ayant pris un paquet placé proche M. le procureur général, il nous dit qu'il avoit des lettres patentes à rendre à la cour, et une lettre de cachet pour M. le premier président , et qu'il avoit aussi une lettre pour nous , dans laquelle lettre le Roi nous avertissoit qu'il transféroit son parlement de Paris à Moutards, et nous enjoignoit de tenir la main à Texécution de sa vo* lonté.

Nous entrâmes dans la grand'chambre , et diDaes à la cour ce que Delisle nous avoit dit ; et la cour nous ayant interrogé ce que contenoit son paquet , nous répliquâmes que nous ne le savions pas, mais que notre lettre parlôit de la translation du parlement : sur quoi messieurs nous ordonnèrent de dire à De* lisle que l'ordre étoit que les lettrespatentes dévoient passer par le parquet ; qu'il pouvoit nous donner son paquet, afin que les .choses pussent être âiites par les formes ordinaires*

Delisle, auquel nous rapportâmes cette réponse, lions dit qu'il avoit charge de rendre ce paquet au parlement, et non à d'autres; qu'il étoit responsable au Roi de sa tête , et qu'il ne pouvoit nous le bailler : ce que nous reportâmes à messieurs de la cour as' semblés, lesquels nous dirent qu'ils n'avoient autre réponse à lui faire, et ainsi il se retira.

La cour ayant délibéré , ordonne que la Reine serôit informée de la sincérité des actions de la compagnie, qu'elle seroit suppliée de nommer lé nom, et

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de dire les preuves qu'il peut y avoir contre ceux desquels il est parlé dans la lettre de la ville ^ que la Reine sera suppliée de faire retirer les gens de guerre , et déclarer dans cette occasion ce que Sa Majesté désire pour recevoir du parlement tous les respects et les obéissances qui lui sont dus, et qu'à cette fin* les gens du Roi se transporteroient vers Sa Majesté. .

Et de fait le même jour étant partis à quatre heures du soir de Paris, et retournés à huit heures du matin, le lendemain nous fîmes relation à la grand chambre , toutes les chambres assemblées , en la manière qui ensuit :

(( Messieurs , suivant Tordre que nous reçûmes hier « de la cour, nous montâmes en carrosse à quatre « heures après midi , et passâmes dans la rue Saint- « Honoré, dans laquelle il y avoit force populace « armée de bâtons, de haches, et autres armes de « cette qualité , qui portoient sur leur face le dessein « de la sédition ; à la porte nous y trouvâmes beau- « coup de mauvais ordre , et y passâmes avec diffi* « culte et péril ; de sorte que nous n'arrivâmes qu'à « huit heures du soir au haut de la montagne du « Pecq y auquel endroit un gentilhomme s'étaiit ap- « proche de la portière du carrosse, nous dit qu'il « étoit envoyé de la part de la Reine pour nous dire « que si nous venions comme particuliers obéissant « à la déclaration qui avoit été portée ce matin au « parlement , et que nous fussions sortis de Paris pour << aUer à Montargis , qu'en ce cas nous étions les bien « venus, et qu'elle nous verroît avec joie-, mais si « nous venions comme députés du parlement , qu'elle

« n'en reconnoissoit plus de séant à Paris , et qu'elle K ne nous vouloit point yoir , et que nous eussions à K retourner présentement. Nous lui répliquâmes que «c lorsque nous allions à la cour , soit comme députés . « de la cour , soit de notre chef, que notre adresse « étoit toujours à M. le chancelier^ que nous le a priions de faire en sorte que nous pussioûs parler « à M. le chancelier, et qu'outre plus il lui plût nous a dire son nom , afin que nous sussions à qui nous « parlions, et de qui nous recevions le commande- « ment. Il nous dit qu'il s'appeloit Sanguin , et qu'il (( étoit maître-d'hôtel du Roi servant à présent ^ qu'il « alloit trouver M. le chancelier, et nous rapporte- « roit réponse^ mais que nous n'eussions pas à avanie cer. Après quelque temps il' retourna , et nous dit c< que M. le chancelier lui avoit dit qu'après ce qui « nous a été mandé par la Reine, et le commandeci ment donné en sa présence, qu'il ne pouvoit nous (( voir si nous ne faisions notre déclaration. Nous « avons insisté, et l'avons prié de vouloir prendre la a peine de voir la Reine , et lui dire que nous n'a- (( vions rien à lui dire que des paroles d'honneur, et « qui vraisemblablement lui seroient agréables -, que (( nous la suppliions de nous entendre en telle façon <( qu'il plairoit à Sa Majesté , ou comme particuliers, « ou comme députés, ou comme ses plus spéciaux « et particuliers oiEciers*, que nous étions venus par « le mauvais temps , pour satisfaire à la nécessité de a nos charges et pour le service du Roi, qui étoit K notre seul et unique emploi, et que nous nous tt trouvions réduits dans la mauvaise saison, exposés tt à l'injure du temps à neuf heures du soir, et com-

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« mandé» de retoomer ^ que nous sambns bien que « la Reiite avoit'trop de bonté pour nous traiter de <c la: sorte. Lé sieur Sanguin nous promit de yoir la ic Reine, et de pous rapporter réponse-, et de Êdty ft après un' assez^ long temps, il retomtia, et nous dit « que Sa Majesté vouloit bien que oomme se^ servie « teors , qu'eUe savoit être affectionnés à son iteret Tice, nous entrassions dans le bourg Saint^C^r- « main pour nous mettre à couvert ,^ et qu'elle nous « feroit savoir sa volonté. Et de fait nous sommes « descendus à la Capitsînene , où les domestiques « de M. le présidées de Loilgueil nous ont civile^ <x ment accueillis.

(( Là nous avons été visités par M. Du Plessis-Gué-^ (( négand, secrétaire d^Efat, et .le sieur dei Guéné^ « gaud^ trésorier de l'épargne, son frère, et par « M. le président Tubeuf , avec lesquels ayant été « une heure et plus , envii:on sur les onz^ heures du « soir le sieur Sanguin nous est venu trouvée pour « nous dire de la part de la Reine que nous eussions « à voir M. le chancelier , lequel nous avons trouvé 41 seul dans son cabinet, et auquel ayant voulu feire (c entendre le sujet de notre députation , il nous té« « moigha ne nous pouvoir entendre; mais que le (c parlement n'ayant pas voulu recevoii' le paquet du « Roi, sous prétexte de cette formalité que c'étoient « des lettres patentes qui dévoient passer pai' le papfc qnet, la Reine lui avoit commandé de nous' le re^^ «t m^tre entre les nlains pour le vous! présenter , f( messieurs, k ce que vous eussiez à y satis&ire. Et « ensnite û no» a é%p)iqùé en peu de mots que la K Reine étdit mal satisfaite des assemblées qui avoient T. 6i. a5

386 [^^4^] ^li^oiiuss

«c été. faites depuis la Saint-Martin, au préjudice de « la promesse que le parlement aVoit faite de ne « faire plus aucune assemblée après la déclaration du a inois*d'octobre dernier passé ; que depuis Tabsence tt du Roi le parlement layoit entrepris sur raiitorité « royale, ayant défendu aux gouverneurs des places ft de recevoir des garnisons ; et cejourd'hui , quiétoit « le jour d'hier, d'avoir refusé de recevoir le pstquet « du Roi , lequel le roi d-Espagne , qui est un souvea rain et ennemi du Roi , n'auroit pas refusé ; et que « nous pouvions retourner présentement à Paris. Sur a quoi ayant dit à M. le chancelier que nous appréc( hendions les suites fâcheuses quWe afTake de « cette qualité pouvoit produire, M. le chancelier a nous dit qu'il étoit vrai que Taflaire seroit diiEcile, c( parce que la Reine étoit résolue de faire obéir le « parlement à quelque prix que ce fût, et qu'il nous « pouvoit dire que Paris sermt. assiégé si le parle- «.ment n'exécutoit la translation 3 que jà toutes les ce avenues étoient occupées, que M. le duc d'Orn léans étoit au pont de Saint-Gloùd avec des forcés, « M. le prince à Charenton; que Saint-Denis, étoit 4i occupé par des troupes suisses, etquédaiis viiigt- K quatre heures il y auroit vingt-cinq mille hommes 1^ auprès de Paris. Et nous ayant répété le comman- « dément de la Reine que nous pouvions^ présenteci ment nous retirer, nous n'avons pas voulu emic ployer un mauvais compliment , pour avoir quelque a relâche de la dureté de ce traitement, tu l'heure « indue et . la saison : de sorte qu'après avoir de- « meure quelque temps dans la Capitainerie, et ayant « mesuré notre temps pour arriver à Paris les portes

« ouvertes ^ nous soimnes présentement amyés. Dieu « veuille , messieurs , nous garantir des malheurs c( desquels nous sommes menacés , et des maux que « nous appréhendons, desquels il n'y a que la Pro- A vidence' divine qui puisse nous protéger! y>

Ayant ainsi fini, M. le procureur général a mis sur le bureau le paquet qui lui avoit été donné clos et scellé : la cotir ne Fa pas ouvert, mais a délibéré sur l'état présent des affaires ^ et ne voyant pas d'issue honnête pour sortir de cette affaire, ils passèrent à Textrémité, déclarant M. le cardinal Mazarin auteur de ces pernicieux conseils, perturbateur du repos public, avec injonction de quitter la cour, et de sortir du royaume dans huit jours»

Cet arrêt ainsi rendu satisfit toute la populace, étonna les bourgeois dans l'incertitude , mais il consterna tous les honnêtes gens , qui aimoient la tranquillité publique et le bien de l'Etat, qu'ils voy oient être en ]péril par une déclaration de cette qualité.

L'après^inée , fut tenue police*générale pour donner ordre aux vivres et à la facilité de leur entrée: mais le jour précédent , pendant que nous étions à Saint-Germain , le Roi écrivit à la ville de Paris , et lui envoya la copie de la déclaration par laquelle le parlement étoit transféré à Montargis, avec défenses de plus obéir ni recevoir les ordres du- parlement^ et au même temps fut donné un arrêt au conseil d'Etat portant défenses aux marchands de vendre leur bétail à Pois^y aux bouchers pour la fourniture de la ville de Paris. Tout ce procédé si confu;s et si peu ordonné, qui commençoit par l'exécution ou plutôt par l'extrémité , qui ne donnoit pas le loisir aux

388 [^^49l MÉMOIRES

hommes d'obéir honorablement , qui réduisent au désespoir toute lu ville et le parlem^it, fut le motif de Tarrét duquel il a été parlé cinlessus.

Le même jour vendredi 8 janvier , les échevitis de la ville de Paris furent à Saint-Germain; outre pins, la chambre des comptej^ y députa, et la cour des aides : les premiers intercédèrent pour la liberté de la ville de Paris , et pour apaiser la colère de la Reine -, les autres firent un sim|de compliment xle civilité, avec assurance dé leur service. La Reisie le&r fit répcmdte à tous également, par M. le chancelier, le peu de satisfaction qu'elle avoit du parlement, ^i non-^eujement avoit entrepris ^ir la puissance rojak, mais même sur la juridiction des autres compagnies; que Dieu avoit mis en la main des souverains la force et la puissance pour goui»eriier ses peuples , et obliger ceux cpxi étoient hors les termes de leur devoir de se soumettre aux ordres légitimes ; que la Reine ne pouvant souffrir la diminfLtion de If autorité royale, qui se rainoit dans* le parlement, elle x été obligée d^user des remèdes extrêmes, lesquels eUe désire être exécutés,' et ne s'en peut départir; ctcàt que sa bonne ville de Paris ne manquera pas de fidélité ni d'iaffectiOn au serviee du Roi.

Le samedi matin 9 janvier , les échevins firent re* lation à la cour de ce qu'ils avoient {ait à Saint-Ger* main, et rapportèrent une seconde lettre que le Roi leur avoit écrite, par laquelle il leur commaiidoit de chasser les ojBSlciers du parlement hors la ville de Pa^ ris, et d'employer les forces de la ville pour fiure exécuter la translation ; sur laquelle lettre ifs ne délibérèrent point à la ville ^ parce que les officiers du

d'omer talon. [1649] 389

parlefl&ent, députés pour «ssister aux délibérations d'icelles, Tempéchèreat,

Ensuite la cour délibéra des moyens de la conser- Yation publique, et pour y parvenir arrêtèrent de former un million de livres , dont il seroit donné trois cent mille livres par les conseillers de nouvelle création, lesquels par ce moyeu seroient traités également avec les anciens, outre que chaque particulier paierait le double de la taxe qui fut payée en Tannée i636, lors du siège de Corbie^ et que pour par^ fournir le total de la somme il sera emprunté cinquante mille livres par la grand'chambre , autant par chacune des cinq chambres des enquêtes et par le^ requêtes du Palais, et cent 'mille livres par messieurs les maîtres des requêtes, laquelle somme a été incessamment fournie; et que les autres compagnies et commnnautés de la ville de Paris seroient excitées de faire le semblable. Et de fait Faprès-dinée, en la police tenue en la chambre Saint-Louis , les officiers de la chambre des comptes et de la cour des aides ont été inforînés par M. le premier président de la résolution pris^ le matin, et invités à vouloir s'y conformer (ce qu'ils ont promis de rapporter à leurs compagnies) : ensuite ont été faites diverses propositions pour la subsistance de la ville.

Le dimanche i o janvier , toutes les chambres assemblées, rapport fait à la cour de tout ce qui s'étoit liasse dans Thôtel-de-ville , et de ce que M. le duc dJElbc^uf ayant été requis de vouloir être général des armées de la ville de Paris pour le service du Roi , qu'il l'avoit accepté , et qu'il en aVoit feit le serment. Il a été invité de venir prendre $a place dans la com-

Sqo [1649] MÉMOIRES

pagnie ; ce qu'il a fait , et a protesté qu'il rëpandroit son sang et sa yie pour la conservation de la yille^ pour maintenir Tautorité du parlement , lequel nV gissoit que pour le bien de TEtat, et empêcher Toppression du pauyre peuple.

Au même temps le parlement fut averti que M. le prince de Conti ^t M. de Longueville s'ët;oient présentés à la porte de la Conférence à cinq heures du matin*, qu'ils avoient été reçus, sitôt que le jour avoit paru,', par M. le coàdjuteur de Paris et M. le président de Blancménil; qu'ils avoient amené avec eux quelque noblesse considérable , et entre autres le marquis de Noirmoutier. Sur quoi M. le duc d'Elbœuf témoigna qu'il avoit rompu la glace, qu'il s'étoit offert le premier à rhôtél-de-ville , et qu'il avoit fait le serment qu'il n'y avoit point à la vérité de compétence entre M. le prince de Conti et lui, mais qu'il auroit peine de quitter la qualité de général qui lui avoit été donnée.

Le reste du jour fut occupé en discours de l'accoïnmodation de c«s princes, et dans des défiances qui se semèrent dans l'esprit des peuples , qui pensoient que M. de Longueville fût venu pour retirer madame sa femme de Paris, et amuser les Parisiens; et d'ailleurs dans la manière en laquelle ils pourroîent régler leurs rangs et séance.

Le lundi 11 janvier, M. le prince de Conti fut invité de venir au parlement prendre sa place; mais parce qu'il ne vouloit point se séparer de M. de Longueville , et que M. d'Elbœuf ne Touloit point quitter à M. de Longueville (lequel seigneur de Longueville n'a pas la qualité de pair), il fut avisé que M. le

d'omur talon. [1649] 391

prince de Conti préndroit place au-dessns de M. le doyen ^irle banc des lieutenans généraux, et proche de Ini M. de Longaeyille , et que M. d'Elbœuf seroit assis sur le banc des pairs, et auprès de lui M. le duc de Brissac ; ce qui fut exécuté , et tous ces messieurs témoignèrent grande civilité au parlement, jusques à ce point que M; de Longueyille, pour otage de sa .fidélité , donna madame sa femme, mademoiselle sa fille et monsieur son fils, qu'il conduisit dans Tbôtel^ de-vîUe , où Ton leur donna logement.

Ensuite M. le duc de Bouillon s'étant déclaré , est aussi entré dans le parlement, et a pris place audessous de M. le duc de Longueville *, et pour assu* rance de sa fidélité il offrit ses. quatre enfans, lesquels il fit apporter dans la grand'chambre. M. le maréchal de La Mothe-^HoUdancpurt fit pareillement offre de son seiryice, et eut place au-dessous de M. le duc de Bonillon^ mais la difficulté se rencontra sur lé commandement, dans laquelle aucuns ayant dit qulls s'accommoderoient, d'autres insistèrent pour les obliger de faire leur accommodation présentement^ et fut un avis fort excellent d'en user de la sorte, car si sur-le-champ cela n'eût été fait, il eût été peut-être diflScile de le faire , et cela pouvoit pror duire de fâcheux accidens. Donc les uns entrèrent dans la quatrième chambre , savoir M. le prince de Conti, M. d'Elbœuf et M. de Bouillon, et dans la seconde M. de Longueville ^ et après plusieurs allées et venues faites par quatre de messieurs les présidens, qui sortirent de leur place, il fut convenu que M. le prince de Conti seroit généralissime , messieurs d'Elbœuf, de Bouillon et maréchal de La Mothe lieu-

teoiuQs gëoéraux , qtii ^rviroieat 4 hsm tour. Et aki»l rà9«^wblëe fut isati^Ëiite , M. de LongueTiUc ayant A^é^ de lie prendrie aucua emploi, pour ne point nuire à racconunodation.

{#e fioardi la janvier, raasemblëe continuée»

L'ftprèsrdinée, la police, en laifiieUe messieurs des jQomptes offrireni; de contribuer trois cent mille 11wreSj la cour de^ aides dieux cent mille livres, les officiers da Gbàtelet le 4oubLs de ce ^'ils avoîent paye à Corbie^ idem^ les avocate et procureurs du parlement. ^

he mercredi x3 janvier, la reine d'Angleterre {<), Ipgée dans le Louvre et réduite à rextrémité , demanda secours au parlement, qpi lui ordonna vingt mille livres pour sa subsistance.

Ce même jour, M. le prince de G>nti entta dans le parlement, ^ et prit sa pkce aunlessus du doyen, ^t fT^$tii à la cour, avec grande civilité, qu'il n^enten4oit (exercer aucune autorité, sinon au nom da 1^, çt $ous la juridiction ^averaine du parlement.

Ç^ jpur, les eaux de la. rivière crurent de telle IHortQ^ que dans la Grève eUepassoit de deux piqass la porte du SaintrEsprit^ dâo^ le place Maubert, elle gag9ioit Tentri^e de la rue des Noyers , et au bout du pont Sai^t-Micbel $Ue entroit dans la rue Sainlr^Andpé bien avant. Laquelle crue des eaux augmenta le jieudi i4 ^^ I^ vendredi i5 janvier; en telle sorte qa'3 y 4^ut péril pour les ponts, mépfie ceux de pierre; car le pont de bois bâti au Rêvant des Tuileries fut abattu par Timpétupsité 4es eaux. Ce qui fit r^sgoigeF

(1) La reine d'Angleterre : Henriette-Marie de France^ fiUe de Heur) iv » et femiQ« de Ciiacles i , roi d'Angleterre.

D'oitlËR TALON. [l()49}' %^

les eaux daiis plu^ufs endroits de la vitie a été ia quantité dé pouls de pierre, lesquels occupent une partie du Ut de la rivière ^ par 4a grandeur et grosseur des piles ^ outre plus , le bâtiment des maisons de 111e 9 laquette a été .eayironaëç de quais qui retiennent l'eau V ot en dernier la construction d'une ruQ iappelée la rue de Gévres^ qui resserre le lit de la rivière yis*à-Tis ThiOKfaige du Palais.

Jiie ^4 janvier, M, de Beaufbrt, lequel ëtoit arrivé il Pan$ la 3oir préoééent lui deuxième , bailla sa requête au parlement pour se purger de l'accusation contre lui intentée : sur quoi .la cour ayant ordonhé (pe le procès nous seroit communiqué pour prendre conclusions définitives, nous requîmes le procès être jugié;^ et }^ lendemain f $ janvier intervint arrêt d'absplutio^ , s^uf k 9e pourvoir pour ses dommages et iftléré^ çt^nXfe qui. il verroit à &ire par raison.

Quel sera Tévénement de toutes ces affaires porbliqpies? Xi o^t asiez difficile de le* pouvoir deviner. {^^ impusl^es k ia oour avoient cru étonner la ville de Paris, et, la menaçant d'un siège, donner en trois im^ tell^ épouvante à tout le peuple , que pour se S^vm^ il «^ révolteroit contre le parlement, et que pln^ieiirs ayaiitohéi à la translation , ceux qui ferpient refi|s d'y (satisfiiire seroient obrués (i) par la multitude du peuple qui Hiourpit de faim ; et pour ce faire ils ^V^^ P^nf^ qu'ils ne dévoient pas donner le loisir de ^ F^çom^o^tre, e| qu'ils dévoient jeter l'efftoi et l'é-^ ppuv^te daiis l'esprit de toute la populace. Mais çatte pep^0 P0 leur a pas réussi, car la haine publiq^ç ' oppçu? contre M. le cardinal Maasarin étoit

(i) Ohrues : accablai ( du latin obruere).

augmentée à tel excès, que le peuple a suggère an parlement Tarrét qu'ils ont rendu le 8 janvier, et se fut ému si cet arrêt n^eût été donné ^ en telle sorte que sa subsistance à Tavenir dans les affaires semble être une chose impossible avec raccommodement que Ton espère : d'aiUeurs tout d'un coup ils ont porté toutes choses aux dernières extrémités , et partant an désespoir, qui. est un mauvais nlaître, et qui suggère de mauvais conseils; de sorte que la crainte de périr a porté le parlement aux dernières résolutions qu'il a prises. Mais ce qui donne grand' peine aux esprits qui aiment et qui souhaitent le repos procède de la multitude des personnes qui s'engagent de part et d'autre.

Je n'écris point ici ce qui s'est fait dans le parlement de jour à jour, parce que ce seroit un transcrit du registre ; mais je marque seulement qu'une lettre circulaire a été envoyée aux autres parlemens , souscrite du greffier de la cour , et une autre aux bonnes villes du royaume , pour leur faire entendre en peu de mots l'état de la ville et les conséquences de cette affaire.

Outre plus , M. le président Le Coignéux , M. de Broussel et M. de Longueil , conseiller , ont été commis pour dres^r des remontrances ; lesquelles ayant été achevées et lues en la grand'chambre toutes les <;hambres assemblées, le samedi a3 janvier furent baillées à M. le procureur général pour les faire tenir et les faire présenter à la Reine , , et furent baillées le luûdi au maître des courriers de Paris , pour être portées à Saint-Germain-, et pour cet effet lui fut baillé un passe-port du parlement pour porter ledit paquet, et non autre.

D*OMER TILON. [1649] 395

Ce pa^et ëtoit adresse à M. Dut Plessis-Guënëgatld, secrétaire d'Etat, et dans icelui il y avoit une lettre cachetée adressante audit sieur de Guénégaud, ëcrite par M. le procureur général, contenant qu'il ëtoit chargé par ordre de ]a cour de lui faire tenir les remontrances ^ outre plus, Tarrét en parchemin, par lequel les remontrances lui avoient été baillées, et Foriginal desdites remontrances, signé du greffier en chef.

Le même jour lundi a 5 janvier, M.. le coadjuteur de Paris prêcha à Saint-Paul (c'ëtoit le jour de la Conversion saint Panl), et son sermon fut de la pénitence, qu'il divisa en trois points : le premier, que saint Paul erat prostratus ^ que nous devions être prosternés de cœur devant Dieu ; le second ( Saul, Saul^quid me persequeris?) ^ que nous devions être appelés de Dieu, et le regarder dans notre affliction; le troisiètne (Domine ^ quid vis mefacere?), que nous devions nous humilier , recevoir la pénitence et les afflictions de sa main, principalement dans ce temps de misère et de tribulation publique , dans lequel les peuples étoient obligés de prendre les armes conitre les ennemis domestiques de l'Etat, contre un étranger qui usurpoit l'autorité royale, ^

A ce sennon ëtoit présent M.' le prince de Conti et madame la duchesse de Longue ville sa sœur, dedans l'œuvre de l'église-, auquel seigneur prince de Conti il adressa sa parole pour le fortifier dans sa résolution.

L'union qui a été faite entre les princes et généraux des armées étant dans Paris, dont l'original est demeuré en dépôt entre les mains de M. le coadju-

teur de Paris, n'ayant autre intention que celle de eonserrer FEtat et Tautorité royale dans le lustre et dans rédat que tous fidèles sujets les doivent maintenir, ayant connu que k mauvaise admiAÎstration du cardinal Mazarin, marquée par une infinité d'actions injastes et violentes, en causeroit indubitablement la dissipation et rabaissement, principalement dans Toppression notoirement entreprise contre les cours souveraines et la dignité des lois. depuis si long-temps établies en ce royaume , nous avons promis et juré d'un commun consentement que pour les soutenir nous emploierons librement et franchement nos biens et nos vies ^ et pour ce sujet nous vouloas ^tre tenus, ou ceux de nous qui contreviendront à la parole qu'ils en ont si solennellement donnée , pour être gens sans foi et sans honneur , s'il arrive qu'en général ou en particulier il s'en rencontre aucun capable de se relâcher , accepter nulles offres ni conditions, sans exception, que ledit cardinal n'ait été chassé du royaume con^me perturbateur du repos public; et ainsi qu'il l'a été déclaré par arrêt du parlement^ chacun de nous rétabli dans ses charges, biens et honneurs, et tous les sujets du Roi s^urés contre- les violences exercées durant son ministère; la grandeur de l'Etat et le service de Sa Majesté considérés ainsi qu'il est raisonnable, et que le devoir de notre naissance nous y oblige : el daQs ce dessein, qui doit être si généralement ap{M*ouvé , étant appuyé ' sur de si légitimes fondemens , nous nous promettons 'réciproquement aussi, pour quelques c^ses, CQiisidiirations ou prétextes que ce soit, d'intér^ ou d'ar vuntage particulier, kjirsque les choses viendfwt ^ un

D'OMlta TALON. [1649] 'ifffj

accoiilaiod«ment> de ne nous dësanir jamM» les uns de» autres, et ne point traiter séparément, miis tous ensemble. En foi de quoi nous avons respectivement signé le présent écrit, duquelnous protestons de ne point nous départir, et d'obsérvèr inviolablement tout ce qu'il contient ^ et qu^en cas que ledit cardinal Mazarin se retire du royaume pour n'y plus rentrer , ou qui) ait reçu le châtiment que méritent ses crimes , nous nous engageons à toute Tobéissance que doivent des sujets fidèles, et à ce qu'ils sont obligés en hon*^ neur et en conscience d'apporter du leur pour s'oppo-^ ser aux étrangers ennemis de l'Etat, afin de pouvoir parvenir à une paix glorieuse à Sa Majesté royale et avantageuse à la France -, et pour l'exécution des con-* ditions susdites concernant nos intérêts et nos pré-^ tentions , nous promettons dès à présent de nous en remettre absolument aux avis de messieurs du par^ leiûent.

Tod les matins toutes les chambres étoient as<semblées, et ne se parloit d'aucunes affaires que de celles c[eà étoient publiques *, les princes et officiers de la couronne , lesquels avoient place au parlement, y venment souvent, pour voir ce qui s'y passoits deux ou. trois fois la semaine se tenoit police dans la chambre Saint^Louis pour la dbtribution du pain aux jours de marché \ il y avoit de messieurs les conseils 1ers qui se transportoient dans les places publiques pour empêcher le désordre , même il s'y trouvoit des <{ompagiiies de bourgeois armés pour contenir la po- {ndaee^

L'on établit une chambre des finances qui se te^ Mît.ohez Mk le premier président ^ composée d'offi-»

398 [l649] MÉMOIRES

ciers du parlement, de la chambre des comptes et cour des aides, même de trésoriers de France, qui ordonnoient des choses nécessaires pour la levée et subsistance des troupes : pour quoi faire Ton faboit des taxes sur les maisons et sur les particuliers qui étoient estimés riches, et plus à leur aise que les autres.

Et d'autant qu'il se trouva grande diflSiculté pour les passe-ports qui étoient demandés par plusieurs personnes , et que les bourgeois avoient peine à y déférer lorsqu'ils leur étoient apportés aux portes ès^ quelles ils étoient en garde, fut établie une chambre composée d'une douzaine de conseillers de la grand'^ chambre et des enquêtes, pour accorder lesdits passeports à ceux qu'ils aviseroient être raisonnable..

Outre plus, plusieurs donnoient des avis de l'argent qu'ils savoient être caché dans divers lieux, appartenant à ceux qui étoient absens et dans le parti contraire , lesquels produisirent en huit jours six cent mille livres et plus , qui furent confisquées ; et d'autant que le gain que l'on donnoit aux délateurs, du dixième ou environ , produisoit quantité de faux avis, et que nul n'eût été assuré dans sa maison si cette licence eût été autorisée, il fut fait une autre chambre composée d'une dizaine de conseillers pour recevoir et examiner lesdits avis, et sur iceux agir ainsi qu'ils estimeroient en leur conscience être raisonnable.

Il fut encore établi une chambre des dépêches poar examiner toutes leslettres et les paquets qui seroient interceptés, et pour voir ceux qui seroient envoyés, et auxquels il seroit à propos de faire réponse; la-

d'om£r talon. [1649] 3g9

quelle chambre étoit composée des plas intelligens du parlement, qui conduisoient les autres, laquelle se tenoit au logis de M. le président Le Coigneux, et dans laquelle se faisoient les conférences secrètes, et les résolutions de ce que ces messieurs pensoient devoir être proposé pour leurs avantages particuliers; . Le parlement de Provence et celui de Normandie , fâchés du nouveau semestre qui leur avoit été donné , et de ce que de parlemens ordinaires ils avoient été faits semestres , et ainsi que la moitié de leur autorité étoit diminuée, envoyèrent des députés au parlement de Paris pour demander leur jonction, et obtenir, si faire se poûvoit, la révocation du semestre; et fat avisé que le parlement ne pouvoit pas casser ce qui s'ëtoit fait par l'autorité du Roi dans une province hors rétendue du ressort du parlement : de sorte qu'il fut accordé Tunion et la bonne intelligence, que très-humbles remontrances seroient faites à la Reine sur cette création nouvelle et multiplication. doflBiciers, et que tous ceux qui étoient pourvus de ces charges ne seroient point réputés officiers à regard du parlement, mais simples personnes pri-. vées.

Une autre difficulté fut de savoir si , dans Tunion et la jonction qui leur seroit accordée , le parlement promettroit de ne faire aucune accommodation publique sans leur participation*, ce qui ne fut pas estimé raisonnable, parce qu'autrement c'eût été faire une liaison semblable à celle des cantons des Suisses, <{ui ne résolvent rien de conséquence les uns sans les autres : mais il fut avisé d'arrêter qu'il ne.se feroit aucune accommodation que pour le bien de l'Etat,

4oo [1^49} wtnovMS&

\% sôolagemefit des peuples, et la conservation de toutes les compagnies.

Le'Sanedî 6 février, M. le procureur général étant seul au parquet, il mt mandé à la chambre, et interrogé s'il n'avoit pas reçu lettre de son substitut, contenant que .le paquet du parlement n'atoit pas été ouvert par le présidial d'Orléans, mais renvoyé à la cour à Saint<7erniain , et qu^il y avoit une déclaration qui leur attribuoit une juridiction souveraine-, dont étant demeuré d'accord, et s'étant voulu eiduserde ce qu'il ne l'avoit pas aj^porté^ il fet maltraité pai* une infinité de jeunes gens des enquêtes , de voit confuses qui laccusoient de prévarication , etc:

Le lendemain, ledit sieur procùreor généi^me visita, et m'ayant fait ses plaintes de Ce qui lui étoit arrivé^ nous nous àsseml^àDes tous trdi^ du pàrqtiél, et résolûmes d'aller le laidemàin ensemble dans k grand'chambre pour discu^r ledit sicfur prôoturenf général, même pour faire quelque pr^opositioli snr l'état présent des affaires.

Ce qili me donna peine dans l'eik^cutiofi ftit que je fu» fort bien averti que la cabald étôit faite pour empêcher tout^ sorte d'ouvertures et de délibérations sur ce sujet, parce que l'on savoit bien* qiie led deux liera du parlement étoîent las de tout cet eifibârras, et qu'ils désiroient quelque accommodation.

Néanmoins je me résolus de dire quelque cho^; et de fait, le litndi- 8 février, ncMos efrtiftnies dans la grand'ohambre , et je dis à lacour : << Messieurs', notts « vous apperUws une* lettre du substiflot de M. k « procureur général à Orléamsr, dàfée dû 3o jaiiviei', t( qui lui a été rendue jeudi dernier wm à la nuit,

d'omek talon. [1649] 4ot

% par laquelle , si tous la daignez lire , vous appreu- « dres que le 8 du mois passé il reçut UQe lettre de n cachet, laquelle lui fut donnée par le gouverneur a d'Orléans pour la porter au présidial , par laquelle u il leur étoit défendu de reconnoitre ni déférer aux « ordres du parlepient ^ à peine de confiscation de « corps et de biens; trois jours après laquelle lettre « présentée il avoit reçu le paquet du parlement, « lequel ayant porté au présidial, il avoit été ar« a rêté de porter au gouverneur, lequel Ta voit envoyé tt à Saint-Germain; que depuis il a reçu une dé- « claration du Roi , par laquelle le présidial d'Or- « léans est établi juge souverain dans toute sorte a d'affaires (laquelle déclaration a été enregistrée « dans le présidial), que le lieutenant général tra* a vaille à la convocation des Etats généraux, ainsi a qu'il lui a été ordonné par les ordres du Roi ; et au <i surplus il mande qu'il n'a autres nouvelles à lui <c faire savoiré Laquelle lettre n'est qu'un simple avis « particulier, lequel n'étant pas fortifié de l'envoi « des pièces qui sont mentionnées dans la lettre, il a semble que l'on auroit pu attendre un second avis ; c( que si, messieurs, dès à présent votre dessein est « de donner arrêt, nous ne faisons de difficulté de u requérir qu'un nouveau paquet soit envoyé à Ora léans, d'enjoindre au substitut d'en requérir l'en- « registrement , et au bailli d'Orléans de l'exécuter, « à peine d'interdiction ; et outre plus leur faire dé« te fânses d'entreprendre aucune cour, juridiction ni (i connoissance , que celle qui leur est attribuée par « les édits et ordonnances vérifiées dans le parlent menL Mais il nous semble, messieurs, qu'il y a T. 61. Î16

4oi [1^49] MÉMOIRES

a quelque chose de plus pressant et plus de consé^ tt quence qui mërite votre réflexion, savoir est les a déclarations qui ont été publiées à Saint-Germain « et envoyées à quelques particuliers de cette ville (( de Paris , qui portent suppression de tous les offices « de cette compagnie ^ déclaration qui ne peut avoir « autre fondement que les arrêts que vous avez ren- « dus depuis le 6 janvier, et la levée des troupes qui « ont été assemblées pour la défense de notre vie, et (( pour l'ouverture des passages par lesquels le pain « peut être conduit en cette ville de Paris : et d'au- « tant que les armes qui ont été prises sont légi- « times parce qu'elles sont nécessaires, et (pie la dé- « fense de sa vie et la conservation de ses enfans est <( du droit de nature, qui n'a jamais été improuvé « ni par la loi de Dieu ni par les lois des hommes, le n parlement se peut plaindre justement d'ê&e traité « de la sorte pour s'être voulu défendre , et garantir a sa vie dans une occasion de cette qualité : de sorte tt que pour se justifier devant Dieu et devant les homa mes, pour justifier les armées sur le point qu'elles (( sont de battre aux champs , auparavant que les dra- « peaux et les cornettes sortent de la ville, nous (( avons estimé être obligés de vous proposer de faire « de secondes remontrances à la Reine, lui faire en- K tendre la justice d'une défense naturelle , lui faire (( connoître que nos armées ne sont que sur la défen- « sive, que nous ne faisons la guerre que pour avoir a la paix et du pain, par ce moyen se mettre dans^ a un devoir qui est toujours légitime et honorable a en la personne des sujets à l'égard de leur prince; « que si la Reine ne veut pas recevoir vos remon-

c( trances, comme elle tfa pas voulu voir les pre- « mières, les peuples les verront, et apprendront « que rien ne vous doit être imputé, et que vous <( vous êtes mis en votre devoir. »

Ce discours passa dans Tesprit des auditeurs sans être suggillétO en notre présence 5 mais 1 affaire ayant été mise en délibération, M. Crespin, doyen de la cour, ayant dit qu^il étoit vieil, que son âge Tobligeoit d'avoir peur, et qu'il eût bien souhaité que la Reine eût été suppliée de donner la paix a la France et à la ville de Paris, sur cette ouverture s'émut une grande clafmeur de conseillers des enquêtes, qui empêchèrent que la délibération fût continuée, et qui disoient que cela n'étoit pas juste de parler d'accommodation jusques à ce que l'arrêt du 8 janvier fût exécuté ; d'autres disant qu'il ne le falloit pas faire sans en avertir les généraux. De sorte que dans ce tumulte, quoique le nombre de ceux qui souhaitoient la paix fût le plus grand, néanmoins la clameur de ceux qui résistoient obligea M. le premier président à dire qu'il falloit opiner sur l'affaire d'Orléans, et non pas sur la dernière proposition par nous faite.

Pendant cette altercation, l'on envoya quérir M. le prince de Conti, lequel dît à la cour que Charenton étoit assiégé par les troupes du Roi, que tous le^ généraux étoient allés au secours , que les armées étoient en présence , et qu'il n'étoit pas à propos de rien innover pendant que ces messieurs exposoient leurs personnes pour la défense de la ville.

Ainsi notre proposition, qui n'étoit pas une proposition de paix ni d'accommodation, mais laqjielle

{*) Suggillé : de suggillatus f ûétri , hlhmé. .

4o4 [^^49] MÉMOIRES

y ponvoit être fartée ^ étant rectifiée, fut éludée pour cette fois y et y eut arrêt, pour Orléans seulement, conforme aux conclusfons.

Ce même jour 8 février, les troupes du Roi attaquèrent Charenton, dans lequel il y>avoit deux mille hommes commandés par Clanleu, et ce en plein jour. L^attaque fut faite par trois endroits, et après une heure et demie de résistance assez forte et assez vive Clanleu ayant été tué, qui ne voulut point de quartier , la place fut emportée , laquelle n'étoit point fortifiée ni terrassée, et à Tinstant fut abandonnée par les armées du Roi -, dans laquelle attaque le Roi perdit M. de Ghâtillon, fils unique du maréchal de Cbitillon , et seul héritier de cette maison , lequel avoitun brevet de duc et pair , et lequel laissa sa femme grosse, fille de Boutteville-Montmorency , laquelle il avoit épousée par amourette , et à laquelle il ne laissa aucuns biens -, outre pi us , fut tué Coligny , fils du comte de âoligny , et plusieurs officiers du régiment de Navarre, braves gens-, ce qui ne pouvoit arriver autrement, parce que Fattaque fut faite en plein jour, et que Ton tiroit sur les assaillans à découvert*

Le mercredi 10 février, aucuns ayant proposé de délibérer sur la proposition par nous faite le londi précédent, M. de Brou&el dit qu'il n'étoit pas temps: à quoi lui fut répondu par M. Sevin , conseiller de la grand'chambre , qu'il ne lui appartenoit pas de décider ni de donner la loi , que chacun en devoit dire son sentiment, et que les gens d'honneur étoientlas d'être obligés de défârer aux sentimens de ceux qui vouloient faire les choses par violence, et par la <^odduîte de leur jugement particulier; ce qu'il poussa

D^OMSII TkLOff. [l(>49] 4^5

61 avant, qu'i] obligea M. de Broussel de se taire.

Efisaite M. de Godard dit que dans la quatrième chambre des enquêtes Ton avoit résolu d'aller aux chambres prier messieurs, et leur proposer que les délibérations fussent libres ^ que les jeunes gens ne se donnassent plus d'autorité d'empêcher par leurs clameurs les propositions que Ton Touloit faire -, que cela n'étoit pas supportable, mais contraire à Thonneur de la cour et à la bienséance publique t laquelle proposition fut écoutée , et jugée raisonnable , et fut dit par plusieurs qu'il falloit avertir ^nessieurs les généraux pour délibérer sur noire proposition au premier jour.

Ce même jour, fut arrêté de contribuer la même somme qui fut donnée en l'année i636 lors de la prise ^ Corbie par les Espagnols , qui étoit deux cent ▼ingt^cinq livres pour chacun de messieurs *, ce qui fut fait multis reclamantibus ; et M. le premier pré* side^t ayant fait entendre que messieurs de la cliambre des comptes* et de la cour des aides refusoient de bailler de l'argent jusques à ce que l'on eût rendu compte, et justifié de l'emploi de celui qui avoit été fourni, le jeudi ii février. M; deBrassac, con^eil-^ 1er , renouvela la proposition que j'avois faite le lundi précédent, et se trouva trës*grande contradiction par une vingtaine de personnes , lesquelles excitèrent méflie quelque bruit sourd dans la salle du Palais de gens qui disoient qu'il n'étoii pas à propos (Je rece<^ voir ni entendre. aucune proposition qui aboutît à l'accommodation , que le cardinal ne fût retiré et que les passages ne fusseçit libres, parce qu'autrement raccommodât! on né seroit pas faite en liberté, et ne pourrrà paa être raisonnable.

4o6 [^^49] MÉMOIRES

Lequel discours procëdoit de deux principes : Tub qu'il étoit inspiré par ceux qui vouloient s'ayautager de ce désordre public; Tautre, de la haine que les peuples avoient conçue contre le gouvernement.

Le vendredi 12 février, M. le maréchal de La Mothe bailla requête au parlement, narrative que la cour lui avoit donné entrée en qualité de l'un des généraux, d'armée, pour faire entendre ce qui se pa^eroit dans les occasions; mais qu'il n'avoit pas eu voix délibérative , laquelle il demandoit de grâce lui être oqtroyée, pour assister dans la compagnie à toutes occasions. Sur quoi nous baiJlâmes conclusions aa parquet, portant consentement en attendant qu'il pût obtenir lettres de conseiller honoraire , et qu'à cette fin il. seroit informé de ses vie et mœurs; et ainsi fut ordonné , et prêta le serment le lundi 1 5 du même mois. .

Ce même jour 12 février, arrivèrent deux choses notables : savoir , que le chevalier de La Valette, bâtard de feu M. le duc d'Epernon, homme de considération , lequel a long-^temps commanflé , même avoit été général des armées de la république de Venise, étant dans Paris, et ayant obtenu passe^port du parlement pour se retirer, fut trouvé à six heures du matin dans son carrosse , assisté d'un récolet qui semoit des placards par la ville de Paris tendant à émouvoir le peuple contre le parlement et les généraux des armées , et outre plus justifiant la conduite et le gouvernement présent, même la personne de M. le cardinal Mazarin; outre plus, jetant sur les boutiques et dans les rues des copies imptimées des déclarations qui avoient été publiées à Saint-Germain contre

d'oiier tàlow. [1649] 4^7

le jparlement. Le moine qui ëtoit avec lui se sauya , le ehevalier fut pris, et mené à rhôtel-de-ville.

Une heure après se présenta à la porte Saint-Ho*- Dorë^un héraut d'armes revêtu de sa cotte, tenant son bâton royal à sa main , étant à cheval , assisté de deux trompettes, lesquels ayant fait chamade à la porte, demandèrent à entrer dans la ville pour parler au parlement. Le capitaine qui commandoit Payant fait entrer dans une maison voisine au faubourg, en donna avis à la compagnie : M. le procureur général fîit mandé dans la grand'chambre , étant seul au parquet, pour savoir de lui ce qu'il croy oit être à faire, lequel ayant dit que l'ordinaire é toit de recevoir ceux qui sont envoyés, même de la part des enneinis, que néanmoins la cour pouvoit trouver quelque expédient.

Sur quoi la cour ayant ordonné que M. le prince deConti, et autres princes et généraux d'armée qui ont voix et séance au parlement, seroient mandés, et aucuns d'eux venus, a été résolu que nous irions dire au héraut que la cour a différé par respect à l'entendre-, et outre- que nous nous transporterions pré* sentement vers le Roi et la Reine régente, pour leur faire entendre les raisons de la cour, et témoigner ses soumissions et obéissances.

Ce que nous avons exécuté à l'instant, car nous avons été hors la porte Saint-Honoré trouver le héraut, qui étoitdans une chambre revêtu de ses habits et son bâton à la main, lequel en cet état et couvert a écouté la réponse que nous lui avons faite de la part de la cour. U avoit avec lui un gentilhomme nommé Petit, homme d'esprit, qui l'accompagnoit, et lequel étoit

4o8 [I-649I MÉMOJ

porteur de riostraction, lequel noi^^ voulut faire croire que le Roi teroit mécontent dece refiivet qu'un hérânt qui seroit reçu dans les terres ennemies ae devoit point être renvoyé ^ans Técouter. Auqu«ijious dîmes que le parlement n'avoit pas refusé mais différé d'entendre ce héraut, parce que telles personnes ne s'envoient qu'aux souverains on aux ennemis ; que pour le premier nous n'en avions aucune pensée, et pour le second nous serions bien marris que la Reine nous estimât autres que ses très-bumbles sujets ; et que nous étions députés pour aller à Saint-Oermain informer Leurs Majestés de cette vérité , et que nous le priions de vouloir recevoir nos lettres, et les porter à Saint-Germain, pour avoir nos passe-ports et saufs«conduits nécessaires.

Ce gentilhomme nous répliqua qu'il y avoit beaucoup de malentendu en la matière , qu'il n'apportoit que paroles nouvelles de douceur et d'amour, et nons répéta cinq ou six fois ces mêmes termes ; que pour nos lettres il les porteroit Volontiers, pourvu quil les tût auparavant vues. Et de iait à l'instant nous écrivîmes à M. le chancelier, et à M. Le Tellier, secrétaire d'Etat de la guerre *, en ces termes audit seigneur chancelier :

« Monseigneur , le parlement nous ayant déyutés a ce matin pour porter à Leurs Majestés les témoi" « gnages de son obéissance, et lui faire entendre « que c'est par respect qu'il n'a pas entendu le hé- « raut qu'il leur avoit plu envoyer , nous vous sup- « plions de nous faire savoir l'intention de Leurs « Majestés, si elles auront agréable que nous noua

d'ombh talon. [1649] 4^9

« acquittions de la cômmissioii qui nous a été don* 41 née , dans Vexëcution de laquelle nous n^atons autre ^ 'pensée que le service du Roi y et le dessein de de^ i( meurer, etc.

(( Signés Talon, Méliant, Bignon. »

Au sieur Le 'ïellier :

Cl Monsieur, nous avons écrit à monseigneur le « chancelier, et lui avons fait entendre que le parie lement nous a donné ordre de témoigner à Leurs n Majestés les respects et les^ soumissions de la com- « pagnie (ce que nous n'avons osé faire jusques à ce « que nous ayons la permission expresse de Leurs « Majestés) 5 que si notre commission n'est pas désce agréable, nous vous supplions de nous envoyer « les passe-ports et l'escorte que vous savez être né- « cessaire pour nous conduire, et nous faire savoir « la route que nous devons tenir. L'heure qu'il est, « et la promptitude avec laquelle nous écrivons , ne « nous a pas permis d'envoyer un homme exprès pour « en rapporter la réponse , laquelle nous attendrons <( dans le dessein et la pensée seule du service du « Roi , et de demeurer vos très-huml)les et très-obéis- « sans serviteurs. Talon, Méliant, Bignon. »

Aussitôt que qiMS eûmes baillé nos lettres à ce gen-^ tâhomme , lesquelles il avoit avant voulu voir, il nou& piessa de recevoir le paquet qu'il «upportoit au parle-^ nient , lequel nous refusâmes d'accepter , lui disant que nous faisions partie du corps, et que le parlement ayant différé de le recevoir , que nous ne pouvions pas le Êdre de notre chef.

4lO [1^49] MÉHOIKES

Ce gentilhomme insista sur notre qualité, de gens du Roi, et nous dit qu'il chargeroit son procès-verbal de notre refus. Nous lui dîmes que nous étions députes de la compagnie pour aller vers la. Reine, et faire quelque bon effet ^ que si nous acceptions son paquet nous perdrions toute sorte de créance vers ]e parlement, et si dans son procès-verbal il disoit que nous l'eussions refusé, qu^il rendroit notre fonction moins considérable vers la Reine ^ dont il demeura d'accord.

Ainsi nous nous séparâmes d'avec lui, après lui avoir baillé notre réponse par écrit dans un billet non signé, afin qu'il ne rapportât pas un terme pour un autre.

récrivis, par le conseil de messieurs mes collègues, un mot â M. Le Tellier, par lequel je Tassurois qu'il y avoit dans la compagnie de bonnes dispositions pour la paii et le service du Roi.

Le héralit nous dit que nous ne lui faisions réponse que pour le parlement, et que n'en ayant point eu, ni de la part de M. le prince de Conti ni du prévôt des marchands, qu'il alloit faire une seconde semonce (ce qu'il fit à l'instant par deux trompettes)^ et celui qui commandoit à la porte ayant reçu la parole du héraut, le pria d'attendre, et qu'il en avertiroit ledit seigneur prince et la ville. Ce qui ayant été fait, M. le prince de Conti envoya un gentilhomme, et la ville donna charge à M. de Longueil , conseiller, colonel de son quartier, et étant ce jour-là en garde, de faire des civilités au. héraut, et lui dire qu'ils se conformoient à la réponse du parlement ; que. si Sa Majesté l'avoit agréable, qu'ils lui enverroient

d'omer talon. [1649] 4^'

des députes pour lui protester leurs respects et obëis^ sances. •

Le lendemain i3 février, le héraut ayant fait une troisième chamade, il laissa ses paquets sur la* barrière, et le parlement ordonna qu'ils demeureroient entre les mains du capitaine commandant à la porte.

Ce même jour, nous n'eûmes aucune réponse de nos lettres, ni le lendemain i4 février; ce qui arriva parce que Petit, auquel nous les avions baillées, fut blâmé de les avoir reçues sans en avoir ordre particulier : de sorte que nous crûmes être obligés le même jour d'envoyer un courrier exprès pour en rapporter réponse.

L'une des difficultés des passe-ports fut de savoir quelle qualité nous seroit donnée; mais il fut avisé de nous traiter à l'ordinaire , attendu que nous étions encore dans le temps que le Roi nous avoit baillé pour satisfaire à sa déclaration ; car , à ce que j'ai appris, le héraut apportoit au parlement la déclaration du Roi portant suppression de tous les officiers, en cas que dans huitaine nous ne nous rendissions auprès du Roi: laquelle (|^claration il avoit ordre de lire dans le parlement mot à mot, pour en faire la signification à la compagnie , et que personne n'en pût prétendre cause d'ignorance ; et ensuite déclarer que la bonté de la Reine étoit telle qu'elle donnoit assurance plénière pour la vie , les biens et les offices de tous les particuliers, sans nul excepter : et, pour certitude de cette déclaration qu'il faisoit, il devoit laisser sur le bureau copie de son instruction.

Nous reçûmes lettres de la cour le miardi 16 fé- Wer à trois heures après midi , avec les passe-ports

nécessaires , Fassurance de Tescorte et de la route ; de sorte que le lendemain 17 nous partîmes de Paris à s^ heures du matin, et retournâmes le lendemain à quatre heures après midi; et le vendredi 19 février, je fis la relation de ce qui s'étoit passé dans notre voyage. Après cette relation ainsi faiite, M. le premier président nous dit : « Gens du Roi, présentement « M. le prince de Conti a dit à la compagnie qu'il 4c éfbit arrivé hier au soir un envoyé de la part de <i M, Tarchiduc Léopold, qui portoit une lettre de u créance adressante à la compagnie, et qui désiroit « être ouï ; que la cour désiroit savoir nos sentimens <( si dans Fëtat présent des affaires de la ville de Pa^ Ci ris et des affaires publiques du royaume il y avoit ii quelque tempérament à prendre, et ce que nous « pensions qu'il y avoit à faire. 9 Nous retirés pour en délibérer entre nous , et rentrés dans la grand'^ chambre, je dis : a Messieurs, nous n avons rien i (( ajouter à la relation que nous avons faite, sinon « que nous croyons avoir vu les esprits disposés à « Taccommodation , et les pensées de la Beitie ^ sou* a haiter la réconciliation g^érale ^ que si ses désin « et ses bonnes intentions sont reçues avec respect, (( elles pourroient produire à notre sens quelque ef^ <i fei considérable : pour cela nous estimons qu'une « députaticm de la compagnie , qui confirmera à la K Reine les («iroles que nous lui .avons données, a lesquelles étant générales, néanmoins, outre une <i réponse générale pleine de civilités, nous avons « encore rapporté dès assurances particulières pour <i la sûreté, des personnes et des fortunes de tous les « particuliers, sans nul excepter : de sorte que si

d'oher taloii. [1649] • 4i3

« tontes ces bonnes intentions sont recueillies avec « honneur, et aidées par un nombre considérable de « messieurs qui seront députés^ nous espérons queï- « que issue favorable d'une négociation de cette qua*- « lité, dans laquelle vous pourrez, messieurs /faire « entendre à la Heine Tenvoi de celui duquel vous « nous avez fait l'honneur de nous parler, et lequel , (( à notre sens, ne doit pas être ouï dans la compa- « gnie jusques à ce que la Reine en ait été avertie. » Sur quoi ces messiieurs ayant délibéré , et dans la délibération ne s'étant trouvé autre difficulté, sinon celle de savoir si cet homme envoyé seroit ouï, ou s'il seroit sursis à l'entendre, il passa à dire que ledit envoyé seroit ouï en sa Créance , et après l'avoir ouï qu'il en* sera donné avis au Roi et à la Reine régente par députés , lesquels leur feront entendre que par respect la cour n'a rien délibéré sur le dire dudit envoyé ^ qu'ils ne sachent leurs volontés ; qu'à cette fin là lettre de créance leur sera portée avec ce qui sera dit par ledit envoyé, qu'il baillera par écrit signé de lui; Supplieront ledit seigneur Roi et ladite dame Reine régente de faire retirer les troupes des environs de Paris , et de laisser les passages libres pour h commodité des vivres, et que de ce sera donné a?is au sieur duc de Longueville, aux députés du parlement de Rouen et Aix , et aux compagnies souverjiines de Paris; ensuite duquel arrêté cet envoyé, ({m étoit dans le parquet des huissiers , fut introduit dans la gtand'chambre , eut place auprès du greffier sur les bahcs de la grand'chambre proche M* Payen, 6t fûmes mandés au parquet pour entendre son dis« cours. C'étoit un hoii^me mal vêtu , que l'on a dit de-

4l4 • [^^9] MÉMOIRES

puis être Espagnol naturel, religieux bernardia de profession , lequel ayant étudié six ou sept ans à Pafis, sa voit bien la langue française, aucuns croyant qu'il fût encore moine , d'autres qu'il avoit quitte le cloître. Quoi qu'il en soit, cet homme présenta sa lettre écrite en petit volume , dont la suscription étoit telle :

« A messieurs les présidens et gens tenant la cour

de parlement.

<( Messieurs, je vous envoie le porteur de cette, <( qui vous dira de ma part ce que je lui ai enchargé, <i et ainsi je vous prie de lui donner entière foi et « <;rédence -, et sur ce je prie Dieu de vous avoir , a messieurs, en sa sainte garde.

« De Bruxelles, le 19 féirner 1649*

« Votre très-affectionné Léopold-Guillaume.»

Après cette lettre , le sommaire de son discours fut que M. l'archiduc Léopold l'avoit envoyé vers le parlement pour lui dire que les députés des couronnes ayant été assemblés à Munster pour traiter les articles de la paix générale, le cardinal Mazarin ne l'avoit pas voulu résoudre à des conditions fort avantageuses à la France ^ qu'à pjr ésent il le pressoit pour conclure la paix, et leur offroit des conditions beaur coup plus avantageuses qu'il ne faiisoit les années précédentes : lesquelles offres ne pouvoient avoir autre fondement que l'état présent des affaires, parce qu'il désiroit, en concluant la paix, que M. l'archiduc lui promit l'aider de ses troupes pour ruiner le parlement et la ville de Paris, disant que celte affaire étoit la cause des souverains, qui ne dévoient pas souffrir la rébellion de leurs peuples -, lesquelles offres Son Al-

d'oMER TAtOI9. [1649] 4l5

tesse impériale n'a pas voulu écouter, ne les jugeant ni honnêtes ni assurées : honnêtes, parce qu'elles ont pour fondement l'intérêt particulier d'un premier ministre qui travailloit à ses fins^ assurées, parce que le cardinal Mazarin ayant été déclaré perturbateur du repos public par arrêt de cette cour, il n'y a voit aucune sûreté de traiter avec lui. Pour cela le roi Catholique son maître, qui désire une bonne paix, sera bien aise de traiter avec le parlement, lequel est naturellement tuteur des rois pendant leur minorité, voire même vous rendra juges des difficultés qui se présenteront, n'étant pas la première fois que les souverains ont remis leurs intérêts entre les mains de cette compagnie : que si elle y veut entendre , le roi Catholique son maître donne au psurlement le choix du lieu et des députés où cette afffire pourra être traitée. « Si vous voulez, messieurs, ique ce soit tt à Paris, le roi Catholique y enverra ses députés 5 « si vous désirez que ce soit ailleurs, cela lui est in- « différent : ce qu'il souhaite est que Son Altesse de « Lorraine soit comprise dans le traité de paix , parce u que ses intérêts et ses armes sont jointes avec les « siennes-, qu'au surplus le»rpi Catholique est fort « bien averti que dans Peronne il n'y a que deux tt cents soldats et quatre cents paysans, et autant « dans Saint-Quentin 5 qu'il y en a bien moins dans u Cuise, dans le Catelet et La CapeHe, lesquelles « places il pouvoit emporter d'emblée , même énva- <( hir une partie de la France -, mais qu'il a mieux tt aimé entrer dans une négociation de paix , pendant « laquelle il a charge d'offrir dix-huit ou vingt mille tt hommes qui sont dans le Hainaut et le Cambrésis ,

4l6 [^^49] MÉVOIRES

(( lesquels ne prendront autre parti que celui que «( TOUS voudrez ^ si vous désirez leur donner des chefs , « ils obéiront à ceux que tous leur nommerez ^ si vous « voulez qu'ils avancent pour faire Icfv^er le blocus « de Paris , ils le feront : bref, ils seront employés (( ainsi que vous Je désirerez, et que vous estimerez <i pour votre avantage , et le bien général de Tune « et Tautre des couronnes. »

J'entendis avec douleur le discours de cet envoyé, parcç qu'étant serviteur du Roi , et dans la place que j'occupe, ma conscience me reprochoit, ce me senn ble, des propositions de cette qualité.

Le samedi, la cour nous manda, et nous dit que nous eussions à faire les diligences nécessaires pour obtenir les passe^ports et l'escorte nécessaire pour la conduite dés députés : si bien que nous envoyâmes à l'instant ;néme un courrier avec lettres adressantes à M- le chancelier et M. Le Tellier, secrétaire d'Etat-, mais il y eut grande contestation , savoir si oous devions être entendus après avoir reçu un envoyé de l'archiduc sans la permission du Koi , et avoir refusé le lieutenant aux gardes et le héraut que le Roi avoit envoyé. Néanmoins il fut résolu que nous serions entendus, non pas par attente .d'aucun succès, mais pour disculper la Reine, et montrer qu'elle n'avoit rien oublié pour ramener Paris en son devoir; et outre plus il fut avisé que dans les passe-ports il ne seroit donné aucune qualité aux députés, soit afin de les empêcher de venir, ou du moins pour les noter comme personnes qui étoient dans l'indignation du Roi*

Ft quoique nom eussions envoyé un courrier dès

d'omer talon. [f649] 4' 7

le samedi, méaninoins nous n'en eûmes réponse que le mardi après dîner, auquel jour nous en avions envoyé un second pour savoir des nouvelles -, lesquels courriers s'étant trouvés à Saint-Cloud , nous apportèrent deux lettres. Tune de M. le chancelier, Tautre de M. Le Tellier, adressante à messieurs Talon, Méliant et Bignon, sans autre qualité. M. Le Tellier nous mandoit que nos passe-ports étoient écrits, signes et scellés, mais qu^l étoit besoin d avoir les noms particuliers pour les remplir, et que M. le chancelier nous faisoit entendre la volonté du Roi. La lettre dudit seigneur chancelier étoit conçue en ces termes :

« Messieurs,

« Vous recevrez avec la dépêche de M. Le Tellier « les passe-ports que vous désirez 5 je souhaite que « Ton vienne de deçà avec un esprit et un dessein « de. terminer les désordres qui n'ont duré que trop « long-temps, et qui prendront peut-être telle force , a que ceux qui les auront formés en auront un sen- <c sible déplaisir, vous assurant que je suis votre « très-affectionné serviteur. »

De sorte qu'ayant renvoyé le courrier avec les nom» des députés particuliers , il trouva le commis de M. Le Tellier à Saint-Cloud, lequel remplit les passe-ports du nom de tous les députés, chacun ayant le sien en particulier et sans aucune qualité, lesquels nous portâmes à M. le premier président, qui se trouva fort surpris et fort étonné , disant en un root qu'il ne falloit {loint ouvrir ni se servir des passe-ports , mais de l'escorte qui nous étoit envoyée. Il nous pria pourtant de voir M. le président de Mesmes , et de l'en- T. 61. 27

4aO ['^49] MÉMOIRES

raccommodation de TaSaire ; ce qui se fit par degi['ésj Premièrement, ils nous permirent de descendre à la Capitainerie , et lorsque nous y fumes descendus ils trouvèrent bon que nous pussions coucher à Saint- Germain; auquel lieu étant arrivés sur les deux heures après midi, nous allâmes à Faudience sur les quatre heures , en laquelle M. le premier président parlant à la Reiae lui dit que les respects qui sont dus aux souverains sont si grands , que si pour leur complaire les sujets sont obligés quelquefois de se reconnoitre criminels, nous serions tous disposés à le faire, innocens pourtant. « Députés *de la première compagnie a du royaume, nous abordons Votre Majesté pour la « supplier de faire retirer les troupes qui investissent <c la ville de Paris avec des actes dliostilité qui peutt vent passer pour barbarie, puisque non-seulement « les pauvres paysans, qui n'ont rien démérité, se (( trouvent ruinés sans ressource , les femmes violées , « les églises polluées , mais même le saint-sacrement « n'a pas été exempt de la fureur de la soldatesque.

tt Votre Majesté, madame, sait bien que les armes K que Dieu a mises entre les mains des souverains tt sont pour garantir leurs peuples , et non pas pour tt les opprimer, si ce n'est lorsqu'ils s'éloignent de « leur devoir, et qu'ils méritent quelque châtiment « exemplaire. Le parlement de Paris n'est coupable tt d'autre crime que d'avoir travaillé pour le soulage- « ment du pauvre peuple , d'avoir, excité Votre Ma- « jesté d'avoir compassion des misères de la compatt gnie , dans laquelle fonction ils s'imaginent n'avoir tt rien fait qui leur puisse être iik^puté contre le dett voir de leurs charges et l'honneur qu'ils doivent à

d'oMBH TALON. [i649] 4^^!

« Voire Majesté, dans lequel ils espèrent y conti- « nuer toute leur^vie en qualité de tnës-^humbles et « très-fidèles sujets de Votre Majesté; et pour le lui « témoigner ils ont charge de lui dire qu'un envoyé <( de la part de rarchidùc s*étant présenté avec des « lettres de créance , et Tayaut entendu , ils ont arrêté* « d'apporter à Votre Majesté sa lettre et sa créance, .ft et ne lui point faire de réponse que suivant sa voci lonté ; laquelle action nous supplions Votre Majesté i( de vouloir considérer comme un effet de notre de- « voir, et une marque de notre, obéissance touten^ « tière. »

La Reine répliqua : «.Si vous eussiez suivi l'avis. « de ceux qui ne vouloient pas entendre ce député, tt vous eussiez bien mieux fait. » M. le premier pré«sident repartit : « Nous l'avons entendu, madame, « pour savoir ses intentions et les apporter à Votre A Majesté , afin qu'elle nous ordonne la réponse qui « lui doit être faite. »

La Reine dit : a M. le chancelier est malade ; je « vous ferai savoir ma volonté par l'un des secrétaires a d'Etat, qui vous la portera par écrit. »

Ainsi nous nous retirâmes dans la Capitainerie , où messieurs les présidens demandèrent audience à M. le duc d'Orléans et à M. le prince pour les entretenir, et trouver quelque expédient en cette affaire.

Laquelle audience leur fut accordée, et dura trois heures , et y fut présent M. le cardinal Mazarin. Les choses y furent conduites avec beaucoup de contenu tion, messieurs les présidens leur voulant persuader que cette affaire pouvoit produire la désolation de l'Etat; que Paris étoit capable de prendre parti avec

4aa [1^49] MÉMOIRES

FEapagnol dans le désespoir ; que d'aatres proposeroîeat de donner atteinte à ia régence de la Reine , et la dcmner à Tnn des princes du sang qui la toqdroit accepter; que d^aulres snivroient le malheurèui exemple d'Angleterre, et déclareroient que toute Fautoritë royale rësidoit dans le parlement. Mais ces messieurs ne témoignèrent pas grand étonnement de toutes- ces menaces, et les considérant comme des effets de la colère de gens de robe longue , ils n'y firent pas la réflexion que Ton en attendoit, et témoignèrent qu'ils appréhendoiei^ plus ie canon que les arrêts.

Ensuite ils parlèrent des conditions que la Reine désîreroit pour humilier le parlement; mais ils De convinrent d'aucune chose , et se séparèrent à neuf heures du soir.

Le lendemain matin, M. de Guénégatidet M. Le TeUier apportèrent la réponse de la Reine , avec les originaux de trois lettres écrites par le comte de Pi^ gneranda, ambassadeur d'Espagne à la paix de Munster; lesquelles lett]:es étoient envoyées pour fidre connoîtreau parlement que l'instruction que Pen- ^veyé de Tarchiduc. aToit baillée par écrit ne pouvoit être véritable, parce que dans icelle il avançait que la Reine vocdoit toiit quitter à Espagne pour Fobli^r à faire la paix, et prêter ses forces pour opprimer Paris; laqujelle proposition étoit détruite par les lettres du comte de Pigneranda , qui se plaignoit que M< le cardinal Mazarin ne lui avoit écrit que des corapUmens et des paroles générales.

M. le premier président ayant interpellé M. Le TeMier pour sav<Qir ce qui étoit coYitenii dans cet

d'ombr talon. [1649] 4^3

écrit , et ayant appris en sommaire qu'il iVy avoit aucune bonne proposition à apporter à la compagnie , se résolut encore une fois de voir les princes , et , sous prétexte de prendre congé d'eux, de tenter d'pb tenir quelque 'nfeilleure réponse : ce qu'ils firent, et après une heure de conférence ils^ nous rapportèrent que la Reine promettoit que si Ton vouloit venir 4 quelque conférence, et que les députés eussent plein pouvoir , qu'en ce cas elle ouvriroit un pas* sage pour la commodité de la ville.

 Tin^nt nous retournâmes à Paris le vendredi »6 février , à six heures du soir.

Le lendemain matin 27, sainedi, la relation ayant été {aite en la présence des généraux et de toute la compagnie, nous présens, Fécrit baillé fut lu, lequel irrîjta les esprits infiniment. Il étoit fort âpre , et reprochoit au parlement d'avoir écouté cet envoyé , et outre que le roi d'Espagne choisissoit le parlement pour arbitre de la paix générale, lui qui n'en avoit pas voulu croire les médiateurs qui étoient à Munster, ni les Hollandais , ni la reine de Su^de *, et ainsi que le roi d'Espagne avoit plus de confiance au parlement que non pas k tous les alliés communs. La conclusion de cet écrit étoit que le Roi donnoit assurance des personnes , des fortunes et des offices de ceux qui dans le sixième du mois se rendroient auprès de Sa Majesté.

Cet^écrit , qui étoit fort long , ayant été lu , et outre les lettres du comte de Pigneranda qui étoient en espagnol 9 la délibération fot remise à l'après-dinée ^ mais l'indisposition de M. le prince de Conti , feinte ou véritsiïle , la fit remettre au lendemain 28 févrie^r,

jour de dimanche , après que nous eûmes pris conclusions, et remontre qu^une affaire de cette qualité, qui ëtôit une affaire de guerre et non de justice , ne se'pouvoit traiter que par conférence, et avec pouvoir de ceux qui conféreroient*: 'autrement que Ja conférence seroit inutile.

Ce même jour, la prise de la ville de Brie par les troupes du Roi , et le peu de secours qui y avoit été donné , donna Falarme à Paris : les bourgeois allèrent au Palais , s'écriant sur le mauvais ordre et sur la cherté du pain , d'autres disant qu'il y avoit des traîtres dans la compagnie, et qu'il falloit les assommer; ce qui donna quelque terreur. En telle sorte que, par arrêté d^i ^8 février, il fut conclu que la conférence seroit tenue en lieu sûr, tel qu'il plairoitauRoi; qu'à cette fin y assisteroiént quatre présidens , un ou deux des généraux , un maître des requêtes , deux conseillers de la grand'cbambre , un de chaque chambre des enquêtes , un des requêtes, et deux- de chacune des compagnies souveraines de cette ville de Paris , avec le prévôt des marchands ou l'un des échevius, tous lesquels auront plein pouvoir de traiter et résoudre ce qu'ils jugeront par leur prudence , et qui sera trouvé plus propre et plus utile pour le bien de l'Etat, le soulagement des peuples et particulièrement de la ville de Paris , autorité des compagnies , et conservation des intérêts de ceux qui ont témoigné leur afl^tion ^t fidélité en cette occasion si importantcT; dont sera donné avis au sieur duc de Longueville , auxdites compagnies souveraines de Paris, aux députés de ^ Rouen et d'Aix en Provence , et auxdits prévôt des marchands et écbevint ; et seront les gens du Roi dé-

D^OMER TALON. [i649] 4^^

pûtes pour aller vers la Heine lui faire entendre le présent arrêté, et la supplier que, suivant la parole donnée , les passages soient ouverts pour la liberté des choses nécessaires en cette ville de Paris.

Cet arrêté n'ayant été fait et achevé que sur les trois à quatre heures après midi , il ne fut lu ni arrêté que le lendemain premier jour dé mars, auquel jour nous fumes mandés dans la grand'chàmbre , avec ordre d'aller présentement à Saint-Germain ; ce que nous n'exécutâmes point si pressamment, sachant bien que nous avions besoin de passe-ports et d'escorte , pour laquelle obtenir nous dépêchâmes un courrier vers M. L^ Tellier , auquel nous donnâmes copie de l'arrêté du parlement avec notre lettre; et par ce courrier M, le premier président écrivit à M. le duc d'Orléans et à M. le prince, les sommant de leur parole.

Nous reçûmes nos passe-ports la. nuit du lundi au mardi , et partîmes le mardi deuxième jour de mars à sept heures du matin , dont nous retournâmes le lendemain à neuf heures du matin, où je fis la relation de notre voyage en cette manière :

tt Messieurs, suivant l'ordre que nous reçûmes ce lundi matin, nous partîmes après avoir eu nos « |>asse-ports hier matin ; et n'ayant point trouvé de « trompette à la porte Saint-Honoré , nous aimâmes « mieux ms^quer à notre sûreté particulière qu'à la « diligence que hoiis devons au public.

« Nous nous sommes confinés à la garde de Dieu, et « sans escorte nous avons marché jusqu'au milieu du « bois de Boulogne, où l'escorte qui venoit au devant f( de nous nous a arrêtés comme en terre ennemie :

cation de cette parole M. Le Tellier , secrétaire d'Etat, a expédié les lettres adressantes à^ceux qui commandent dans Corbeil, qu'ils nous ont dit être obligés d'envoyer avec escorte parce que les chemins ne sont pas libres*, et outre plus ils nous ont donné un passe-port nécessaire pour celui que la cour y voudra envoyer, avec des lettres au gouverneur ei à Tintenda^it de justice dans Corbeil pour faire dès aujourd'hui délivrer les cent muids de blé , et tous les jours que durera la conférence la mém§ quantité.

Lesquelles lettres et passe-port nous vous apportons, messieurs, avec notre instruction particulière, bien marris que dans une occasion de cette qualité nous n'avons pu y apporter plus de circonspection.

Sur quoi M. le président Le Coigneux (0 nous ayant témoigné quelque satisfaction de notre, négociation, nous nous sommes retirés, et iacontinent après la cour nous a mandés pour nous dire qu'eUe assisteront à la conférence selon la volonté de la Reine, et que nous en pouvions donner avis. •

Pendant que nous étions allés à Saint-Germain, M. le premier président, pour faciliter nos voies, avoit écrit à M. le duc d'Orléans et k M. le prince de Condé, les sommant en effet d'exécuter la parole qu'ils lui avoient donnée de faire ouverture des passages à l'instant que le parlement aurpit résolu d'aller à la conférence , et de faire fournir les choses nécessaires pour les commodités de la ville : à quoi ces messieurs répondirent qu'îis n'avoient pas été si avant, et qu'ils n'avoient promis que l'ouverture d'un pas-

(i) Le premier président étoit indispose, le prdsident de Mesmcs ah- »eni.{^oted'Otner Talon.)

d'omer talon. [1649] 4^9

sage , avec une certaina quantité de blé limitée pour la nourriture des pauvres : lesquelles lettres ayant été portées audit sieur premier président, qui se trouya indisposé, il ]es envoya closes à la grand'chambre, où ayant été lues, elles causèrent une grande émo-» tion dans les esprits contre ledit sieur premier président et contre M. le président de Mesmes, lesquels manquoient de garant de la parole qu'ils avoieiit donnée y de sorte qu'il fut arrêté que M. le premier président nous écriroit, et nous donneroit avis de ce refus, ce qu'il fit: mais sa lettre, qui nous étoit portée par M. de Champlâtreuic son fils, ne nous fut rendue que dans la garenne de Saint-Gbrmain , pro* che de Chatou, étant jà assez tard^ de sorte que cela ne nous empêcha pas d'achever notre voyagé et retourner coucher à Ruel , où nous lûmes sa lettre , qui étoit adressante en sa susçription à messieurs les gens du Roi, par laqueUe il nous témoignoit sa dou^ leur: que les paroles qu'il avoit portées en la grand'chambre ne fussetit pas avouées par M. le duc d'Orléans et M. le prince, ajoutant que qwand il àuroit mal entendu^ ou que pour faire réussir une affaire dé cette qualité il àuroit avancé quelque chose, qu'il devroit avoir été considéré, nous priant de faire en sorte que ce déplaisir ne lui demeurât point, dans lequel lui et M. le président de Mesmes couroient fortune de leurs vies-, de sorte que la relation que nous fîmes le lendemain matin, dont il a été parlé ci-dessus, ayant satisfait le parlement, fit oublier tout ce qui s'étoit passé le jour précédent touchant les lettres de M. le duc d'Orléans et de M. le prince de Condé adres^ sante& audit sieur premier président.

43o [1649} BlÊMOIltfiB

Cependant M. de ChAinplitreux alla à Saint-Germain, pcNrteiir des lettres du premier président son père , où il ne fut pas trop bien reçu, et Ton le yonlnt arrêter parce qu'il y étoit allé sans passe-port ; et fot oblige de retourner sans autre réponse, sinon que la Reine avoit fait savoir aux gens du Roi son intention.

Le jeudi 4 mars, les députés pour la conférence partirent pour Ruel au nombre de vingt-deux , douze du parlement, un maître des requêtes, trois de la cbambre des comptes et de la cour des aides, savoir les premiers présidons des compagnies et deux msd^ très de la chambre , et deux conseillers de la cour des aides , deux échevins et un conseiller -de la ville ; ils travaillèrent à la conférence jusques au jeudi ensuivant, qu'ils signèrent les articles, et retournèrent le vendredi 1% mars.

Nous fûmes en difficulté , messieurs mes collègues et moi, si nous irions à oette conférence. M. le procureur général et M. Bignon le pensèrent, et de fait le jeudi matin ils passèrent chez moi pour m'y mener; mais après qu'ils eurent entendu mes raisons ils ne logèrent pa^ propos d'y aller, savoir est que ce n'étoit pas une conférence simple ad référendum à la compagnie, auquel cas nous sommes députés nés, parce que dans la relation qui se fait au parlement nous en disons notre sentiment, et pour cela nous y pouvons être présent ; mais cette afiaire étant une conférence pour opiner, pour résoudre, et avec plein pourvoir, le nombre des députés devoit être certain ^ que le premier homme des députés qui nous disputeroit notre séance ou qui seroit en mauvaise humeur nous pourroit révoquer notre présence, parce que nous

DWfiR TÂ1X>N. [1649] 43 1

n'étions psis nommes dans Tarrét de dëputation; que d'ailleuFS si le traite étant fait ne plaisoit pas à tout le monde, ceux qui y trouveroient à redire àrticuleroient pour prëtette de nullité notre présence; etaprès tout, bien que ce fût honneur à nous d'assister à un acte de cette qualité , que néanmoins il étoit à souhaiter d'être désiré et appelé dans ces occasions , plutôt que s'avander soi-même. Et ainsi par ces raisons, qui furent goûtées par messieurs mes collègues, noiïs sub-^ sistâmes sans aller à la conférence , dont nous n'avons été Uâmés et ne nous sommes pas repentis, quoique nous ayons été avertis que si nous y eu9sions été nous étions destinés pour être les médiateurs et porter les paroles, qui eût été un emploi honorable.

Le samedi 6 mars , messieub étant assemblés pour rapporter le procès-verbal de leur négociation et les articles du traité , il y eut grand bruit dans toute la ville lorsque Ton fut informé que M. le cardinal Mazarin avoit signé le traité , tant étoit grande la haine contre son gouvernement, laquelle d'ailleurs étoit fo* montée par les princes et généraux de nos armées, et par plusieurs du parlement, qui ne pouvoient prendre confiance en sa personne pendant qu'A auroit Tautorite ^ de sorte que la salle du Palais se trouva remplie de mille ou dou^e cents personnes , dont la plupart s'écrioient qu'ils ne vQuIoient point de cardinal , point de Mazarin *, lesquelles voix confuses , suivies de menaces et de.mauvaise$ paroles, portoient l'image d'une sédition toute formée , et £aiisoient horreur.

La délibération de la matinée n'aboutit à autre chose ùnon que le traité ne seroit point lu, mais que les députés du parlement retoumeroient devers

43a [^649] MÉMOIRES

la Reine pour ménager les mtëréts des généraux, les* quels n'avoient été considérés qu'en général, par Toubliance du passé et la conservation dé leurs per-^ sonnes et de leurs dignités ; lesquels intérêts lesdits sieurs généraux déclarèrent qu'ils bailletoient par écrit, et ne vouloient autres médiateurs que mes~ sieurs les députés pour les défendre.

Après cette délibération , messieurs du parlement eurent grande peine à sortir, à cause de la violence du peuple^ et les -généraux, qui vouloient faire peur à M. le premier président , le conseilloient de sortir par la porte dç derrière, et retourner chez lui en su^ reté ^ ce qu'il ne voulut jamais faire , mais il obligea M. de Beaufort et M. le coadjuteur de sortir avec lui tout au travers de la grand'salle par son chemin ordinaire, en quoi il témoigna avoir cœur et générosité tout entière.

M« le premier président donna avis à Saint-Oermain de ce qui avoit été arrêté dans le parlement , et de* manda les passe-ports nécessaires; et le même jour j'ai appris qu'il fut visité d'aucuns des généraux^ auxquels il fit entendre que si dans leurs prétentions ils vouloient employer l'exclusion de M. le cardinal , que c'étoit peine perdue , parce que la Reine ne vouloit pas souffrir que la proposition en fût faite , disant qu'il s'agissoit en cela du point de son autorité , et que le parlement lie lui imposeroit point cette loi de chasser un ministre que le défunt Roi avoit choisi, auquel elle s'étoit confiée , et lequel étoit dans l'union et l'agrément des princes du sang.

Le lendemain matin sur les huit heures , 1 4 du mois de mars, jour de dimanche, arriva Sainctot, maître

DOMER TALON. [1649] 4^3

descërëmonies, avec un trompette, qui nous apporta lettres du Roi, Tune adressante^ à nous et Fautre au parlement, avec les superscriptions ordinaires, par lesquelles le Roi mandoit que le traite ayant ëtë signé dès le jeudi dernier , et par lui exécuté par l'ouverture des passages et Faboncknce des vivres fournis à Paris, qu'il entendoit qu'il fut exécuté par le parlement, et néanmoins que, sous prétexte de discuter les intérêts des généraux , ils en avoient différé l'exécution ; ce qui ne se faisoit que pouF attendre des nouvelles du marquis de Noirmputier, qui est allé vers Tarcfaiduc Léopold pour procurer son entrée dans le royaume : et d'autant que cet envoi a été fait sans la participation de la compagnie, le Roi déclare qu'il veut et entend que le traité signé par les députés , auxquels a été donné plein pouvoir et autorité de le faire ^ soit incessamment exécuté ^ et après l'exécution Sa Majesté trouve boi\ que les députés retournent à SaintrGermain pour éclaircir les difficultés, si aucunes y a, pour les intérêts de M. le prince de Conti, et autres princes et officiers qui sont joints avec lui. Laquelle lettre nous présentâmes à la compagnie , et ensuite nous leur fîmes entendre que Sainctot étoit à la porte, qui avoit.d'autres lettres à rendre à la cour; et après être entré il donna deux lettres , l'une de M. le duc d'Orléans , l'autre de M. le prince de Coudé , adressantes au parlement et tendantes è mêmes fins : sur quoi ayant été opiné , il fut arrêté de faire lecture du procès-verbal et des articles ; et d'autant qu'il étoit tard, parce que messieurs n'avoient pas pu être avertis attendu qu'il étoit dimanche, cette lecture fut remisé au lendemain matin.

434 [i^49j MiMOJiRSs

NoUij que ce jour il y eut grand ordre da^ h Palais, rentrée de la grand'aalle ayant été interdite à toute sorte de personnes, et des gardes disposées à toutes les portes et avenues du Palais , pour prévenir le même bruit qui avoit été fait le jour précédent.

Le lundi i5 mars, le même ordre fut gardé dans le Palais par les gens de guerre. Messieurs s'assemblèrent à neuf heures pour faire la lecture du procèsverbal de leur négociation et les articles du traité , où nous ne fûmes p#int appelés , et opinèrent ensuite \ et dura rassemblée jusques à sis heures du soir , dans laqueUe il fut arrêté de faire savoir à la Reine que le parlement avoit reeu raccommodement fait à Rue! ; supplier Sa Majesté que les députés de k compare retournassent vers elle pour obtenir la révocation de trois articles, le premier du lit de justice qui doit être tenu à Saint-Germain, l'autre de la cessation des assemblées pendant une année , et le troisième du rétablissement des prêts et avances pendant Tannée 1649 et i65o, et que les mêmes députés traiteront les intérêts des généraux, et de ceux qui s<mt engagés dans le parti.

Pencknt cette délibération, de laqueUe Tévënement étoit incertain, les/«nfans de M. le duc d'El* bœuf et le marquis de Yitry travattloient dans b grand'salle et dans la cour du Palais, où les compagnies de bourgeois étoient sous les armes pour exci*ter ceux qui y étoient présens et les émouvoir, en leur disant que Ton vouloit conserver le cardinal, d'autres fois que Ton vouloit les éloigner avec leurs troupes, et que lorsqu'ik n'auroient plus de force, que le cardinal les feroit tous assommer : lesquels discours

O'OMER TALON. [l649] 4^5

ne faisoient pas d'impression dans Fesprit , mais bien dans la pensée du menu peuple, qui ne discernoit pas leurs intentions.

Le mardi i6 mars, arriva sur les neuf heures du matin Sainctot, qui apporta une lettre de M. Le Tellier, secrétaire d'Etat, adressante à M. le premier président, par laquelle la Reine avoit agré^le la délibération du jour précédent, et envoyoit un passeport pour les députés du parlement, et quatre passeports en blanc pour ceux des généraux ou de leurs procureurs qu'ils voudroient envoyer pour négocier leurs intérêts. <

Cette nouvelle , qui n'étoit pas espérée , réjouit les gens d'honneur, qui souhaitoient une accommodatioii raisonnable, et lesquels avoient appréhendé que la Reine ne fût offensée de ce que le traité fait à Ruel n'étoit pas accepté purement et simplement par le parlement, vu qu'il avoit été signé par ceux auxquels le parlement avoit donné plein pouvoir.

Les députés du parlement, le mardi i6 mars, allèrent coucher à Ruel, et le lendemain 17 se rendirent à Saint-Germain, où la conférence commença. &|e$^ sieurs les princes ni M. le cardinal Mazarih n'y assistèrent point, mais Uen M. le chancelier, M. le xyiaréchal de La Meilleraye, le maréchal de VUleroy, M* d'Àvaux, M. de La Rivière, M. lé comte de Brienne, M. Xe Tellier; d'autre côté les députés du parlement seuls , et non oeux de la chambre des comptes, ni de la cour des aides, ni de l'hâtel-deville; et ce premier jour, ensemble le lendemain 18, m passa en complimens, et à la lecture des articles envoyés par nos généraux , lesquels les avoient mis

436 [l^49j MÉMOIRES

entre les mains de M. le duc de Brissac, jeune homme âgé de vingt-cinq ans au plus, et peu expérimenté aux affaires, auquel ils avoient donné pour adjoint Barrière, maréchal de camp, et Gressy l'écuyer, qui prenoit la même qualité, lequel ayoit été autrefois conseiller en la cour et maître des requêtes , et le* quel depuis sept ou huit ans avoit mis une épée à son côté. .

M. le prince de Conti demandoit dans son gouver* nément de Champagne une place de sûreté, comme Saint-Dizier ou le Mont-Olympe.

M. de Bouillon demandoit Texécution du traité qu'ila voit fait avec le Roi pour l'échange de Sedan, et pour son frère lé maréchal de Turenne il demandoit le gouvernement de Philisbourg et celui de TAlsace, qu'il disoit lui avoir été promis,, même l'expédition lui en avoir été faite à la cour 5 et pour son beau-frère M. de La Trémouille il demandoit le comté de Roussillon en vertu <i'une ancienne prétention de sa maison, et Montbéliard.

M. d'Elbœuf demandoit la survivance du gouvernement de Picardie pour son fils, et le gouvernement particulier de Montreuil pour son même fils, attendu qu'il avoit épousé la fille du comte de Lahnoy , gouverneur de cette place , lequel étant décédé , il prétendoit comme gendre ce gouvernement lui devoir appartenir. M. de Longueville demandoit on l'amirauté de France, ou le Havre-de-Grâce , ou la survivance de son gouvernemeiit pour son fils, avec le gouvernement dû Pont-de-l' Arche.

M. le duc de Beaufort demandoit aussi l'amirauté qui avoit été promise à M. de Vendôme son père lors

d'omer talon. [1649] 437

de la mort du feu Roi , avec le gouvernement de Bre^ tagne , que le roi Henri iv lui avoit donne par son contrat de mariage , et le remboursement de quelques fortifications faites autrefois dans Blavet.

Lé maréchal de La Mothe demandoit le gouvernement de Seurre , autrement dit Bellegarde , auquel il avoit pourvu pendant sa détention , et le remboursement des sommes qui lui étoient dues, et la jouissance du duché de Cardonue.

Le comte de Maure demandoit la révision du procès du maréchal de Marillac, oncle de sa femme , condamné à mort en Tannée i632, et le gouvernement de Verdun , qu'avoit ledit maréchal de Marillaç.

Le marquis de Noirmoutier et celui de Vitry demandoient le tabouret pour leurs femmes*, le duc de Luynes, le retour de madame la duchesse de Chevreuse sa mère , et le remboursement du dégât fait «n sa maison de Lisigny.

Ces propositions, qui étoient en quelque sorte exorbitantes et difficiles à être accordées, faisoient juger aux plus sensés que les généraux n'avoient pas dessein de faire un accommodement^ et qu'ils cherchoient Toccasion de rompre : ce qui en augmenta la créance fut ce qui se passa le vendredi dans la conférence, en laquelle les députés du Roi firent voir un ordre donné par M. le marquis de Noirmoutier, envoyé à plusieurs villages pour fournir les vivres et fourrages nécessaires pour la subsistance de Tarmée de M. Tarchiduc ; ledit ordre tant au nom de M. le prince de Conti, généralissime, que du parlement.

0«tre plus, ils expliquèrent une lettre écrite en chiffre qui avoit été interceptée , et qu'ils disoient

être écrite par Fefivoyé de Farchiduc , qui est encore à Paris, par laquelle il mandoit au comte de Fttensaldagne que quand bien la Reine ëloigneroit le cardinal Mazarin , les généraux demeureroient unis àyec Tarchiduc , et ne désarmeroient point que la paix générale ne fût faite avec le roi d'Espagne, et eux sa** tisfaits de toutes leurs prétentions; et c^tte même lettre parloit aussi d'un traité partictdier projeté avec le roi d'Espagne par M. le diic de Bouillon.

Toutes lesquelles choses potivant faire quelque mauvaise impression contre la conduite et les desseins des généraux, pour se rétablir dans l'esprit dés peuples ils s'avisèrent.

Le lendemain samedi do mars, M. le prince de Conti, assisté des autres généraux, entra dans là grand'chambre , et déclara , tant pour lui que pour lesdits sieurs généraux , qu'ils n'ont donné les prétentions desquelles sont chargés leurs députés que psff ia nécessité où ils se sont trouvés de chercher letirs sûretés en cas que le cardinal Mazarin demeure dans lé ministère, protestant de renoncer à tous leurs intérêts particuliers du moment qu'il en sera exchis*, mais en cela comme en toute autre chose ils se soumettent au sentiment du parlement , duquel ils protestent de ne se point désunir , déclarant qu'ils ne se sont jamais joints à cette compagnie que pour la paît générale , le soulagement des peuples et la conservation de la ville de Paris : de laquelle déclaration ils ont dressé un Mémoire signé dudit seigneur prince de Conti , qu'ils désirent être inséré dans le registre; et a ledit seigneur prince de Contr déclaré que M. de Longueville étoit dans le même sentiment.

d'omer talon. [1649] 439

Laquelle déclaration fut portée aux^léputës par M. le comte de Maure , qui n'en éUt pas grande satisfaction de M. le premier président.

Dimanche, ai.

Le lundi 2!i mars étoit le jour destiné à la procession générale pour la réduction de la ville de Paris en Tobéissance du roi flenri iy, faite en Tannée 1694 à méine jour ^ mais d'autant qu'il y avoit eu brouillerie entre itiessieurs les préside^^s du parlement et ceux de la chambre des comptes sur le sBJet de leur marche , quand ils Sortirent du choeur de Féglise de Notre-Dame il y avoit dix ans ou environ, depuis ce temps la procession ne se faisoit plus en la manière ancienne ^ mais les compagnies reçurent ordre du Roi qui les en dispensoit, à la cbaicge de se trouver eii l'église des Augustins pour assister à la messe, laquelle étant dite, le parlement sort par la grand porte du chœur, et la chambre des comptes sort par en haut, et pour ce faire le Roi envoie un exetnpt avec six gardes du corps, qui fait observer Tordre.

Pour conserver cet établissement ^ Ton envoya à Saint-Germain pour obtenir une lettre de cachet en la manière accoutumée , et faire que l'exertipt et les gardes se trouvassent aux Âugùstins , ce qui fut facilement accordé^ de sorte c}ue lés choses tie ohangèrefnt point de face.

Ce môme jour, fut publié li î^aris un arrêt du conseil pour le rétablissement du commerce , qui avoit cessé et qui avoit été interrompu partout.

Ce même jour, le grand (^nseil fut rétabli dans Parie par une lettre de cachet, sa juridiction oiyant été interrompue par l'Ordre qui leur avoit été en-

44o [1^49] MÉMOIRES

voyë le 7 jaimer, et auquel ils n'avoient pu déférer, n'ayant pu sortir de Paris, mais ayant cessé Texercice de leur juridiction pour satisfaire k la volonté du Roi.

Ce même jour, M,, le prince de Conti fit dire au parlement, par M. le coadjuteur, qu'il avoit reçu lettre de M. Tarchiduc , par laquelle il lui doiinoit avis de son entrée dans le royaume, et que son avantgarde avoit passé la rivière au Pontavert; qu'il y étoit venu pour le service du parlement, et pour faire la paix générale; qu'il avoit avec lui le comte de Pigneranda , plénipotentiaire , pour traiter de la paix si le parlement y vouloit envoyer ses députés avec ceux du Roi.

Sur quoi. aucuns ayant voulu mettre la matière en délibération pour savoir quelle réponse seroit faite, et engager l'affaire avec les Espagnols , et ayant pris leur temps en ce jour, auquel d'ordinaire personne ne se trouve au parlement que ceux qui vont k la procession, néanmoins M. le président de Novion rësijsta; et ne fut fait autre chpse, sinon qu'il seroit donné avis de tout aux députés de la compagnie étant à Saint-Germain.

Le lendemain mardi ^3 , le comte de Maure , dans là conférence tenue à Saint-Germain, insista sur la déclaration de messieurs les généraux touchant la personne de M. le cardinal Mazarin -, à quoi lui ayant été répondu que c'étoit une affaire consommée par le premier traité fait à Ruel , ratifié au parlement et dans les autres compagnies , et à l'hôtelf de-ville , : et que de remettre cette proposition sur le tapis c'étoit rompre la conférence, il se retira, disant que le lendemain M. le prince de Conti et messieurs les générant

d'omer talon. [1649] 44 1

feroietit proposer au parlement quel étoit leur dessein sur cette proposition, et s'ils entendoient traiter letHT- accommodation , le cardinal Mazarin demeurant dans les affaires. Lequel discours donna de l'étonnement dans Saint-Germain, chacun s'imaginant que la cabale étoit faite , et qu'il se passeroit quelque chose de nouveau dans la compagnie. Ce qui n'arriva pas pourtant, parce que les généraux n'osèrent faire la proposition, et se contentèrent de tenter celte voie en faisant parler de la vente des livres de M. le cardinal Mazarin, pour savoir quelle seroit l'intention du parlement; mais n'ayant pas trouvé de disposition dans cette tentative , ils jugèrent qu'une autre proposition ne leur succéderoit point.

Le jeudi a5 mars, le parlement fut assemblé l'après-dînée extraordinaire ment pour aviseV de la continuation de la surséance d'armes, laquelle fut prorogée pour quatre jours, finissant au lundi ensuivant, messieurs les généraux témoignant que cette continuation de surséance d'armes ruinpit leurs troupes; mais pourtant ils n'y apportèrent aucune résistance.

Le vendredi a6 mars, il ne se passa rien de conséquence.

Le samedi 27 , M. le prince de Conti avec tous les généraux entrèrent dans le parlement, et fut proposé par M. le prince de Conti qu'il étoit averti que toutes les provinces étoient soulevées et en armes, qu'elles avoient pour prétexte la haine publique contre le cardinal Mazarin et son ministère ; qu'il étoit à appréhender que dans l'état présent des affaires tout le royaume ne tombât dans une révolte. générale pour la considération d'un seul homme ; qu*il estimoit être

44^ ['^49] MÉBiomEs

nécessaire d*opiner sur cette proposition ptiur savoir ce qull y avoit à faire : laquelle proposition M^ le pré^ sldent de Bellièrre, qui prësidoit dans la compagnie , ayant voulu éluder , ou à boh escient un par fèilitè , et ayant dit que le parlement n'y àvôit pàS tënlu toucher, et que pendant la conférence &i fort avancée il seroit dangereux d*y apporter quelque changement , M. le prince de Conti a insisté ; et Tafiliifè ayant été mise en délibération, aucuns ont été d'avis de de^ meurer in deliberatisj et ne rien résoudre stir cette proposition , qui n^étoit pas nouvelle 2 mais s'ëtant trouvé peu de monde , les deu^ grands avis furent , Pan que M. le président de Bellièvre écriroit à M. le premier président la proposition de M, le prince de Conti ^ pour y faire telle réflexion qu'il airiseroit dans la conférence; les autres;, et qui l'emportèrent, qtfîl falloit faire registre de la proposition de M. le prÎBce de Conti, et l'envoyer à M^ le premier président, et lui mander que la compagnie a arrêté qu'il feroit in* stance pour en obtenir l'exécution : de sorte que ceUx qui excusoient cet aVis disoient que le parlement n'avoit pas absolument autorisé la proposition ^ qu^il ne l'avoit pas faite sienne , mais qu'il l'avoit considët^e comme venant et étant faite par un prince du sang, et que telle il l'avoit envoyée aux députés.

Notaj que M., le président cle BellièVirë fut d'âVi^ de Farrêt^ quoiqu'il semblât improùver là pwposition , et qir'il eut travaillé en apparence pour en empéeher la délibération « M. ie coadjuteur de t^ris fut d'avis d^nsister, et de persister en k proposition. L'avis de cet arrêté éttlinà ceux qui travâilldiè^t à Saint-G^rmaîtijet crûrent que dans le pariement ^€4^

d'omkr talon. [1649] 44^

^aes flkctteiix vduloient rompre la confërence-, de sorte que le leodemain, qui ëtoit un dimanche a8 mars, jour des Rameaux, la conférence ne fut point tenue; mais M. Le Tellier, secrétaire d'Etat ^ fut à Ruel conférer avec messieurs les députés dû parle-^ ment , lesquels le lendemain allèrent à Saint-Germain^ et travaillèrent à examiner ce qui restoit des articles, et se résolurent de retourner le lendemain -, dont M. le prince de Conti et les généraux étant avertis , et s'i» maginant qu'ils pourroient obtenir davantage que ce qtii leur étoit promis , ledit seigneur prince écrivit à M. le premier président, et le pria de vouloir surseoir son retour jusques à ce que tous leurs intérêts pussent être accommodés : ce que M. le premier président refusa, disant que leur séjour et leur présence étoient itiutiles pour leur affaire , d'autant qu'ils n'avoient aucun pouvoir de traiter de leurs intérêts , et que ceux lesquels étoient porteurs des prétentions desdits seigneurs princes ne leur donnoient aucune part de leurs intentions, et ne leur faisoient point savoir quels étoient leurs desseins-, outre plus, cha^ cun de ces messieurs avoit un député particulier et secret qui traitoit leurs intérêts dans le cabinet 5 et ainsi la plus longue demeure et le séjour qu'eussent fait à Saint-Germain messieurs les députés du parlenient n'eût été que pour donner aux généraux plus de temps pour faire leurs affaires et faire réussir leur$ intérêts, pour lesquels messieurs du parlement avoient bonne etiviè de s'employer et d'y faire leur possible , mais avec honneur et bienséance, et non pas amuset le tapis et discuter des intérêts en apparence , pen^ Ôaht que d'autres les traitoient dans le particulier ;

444 ['^49] MEMOIHES

de sorte qu'y ayant travaillé de bonne sorte et avec toute sorte d'affection, leur séjour étoit inutile, et n eût pas été honorable à la compagnie, joint que le parlement les avoit priés d'scheverla conférence dans quatre jours , lesquels finissoient ledit jour de lundi 29 mars.

Ainsi ces messieurs retournèrent à Paris le mardi 3o mars sur les cinq heures du soir, ayant au devant de leur carrosse cinquante archers de la ville , environ cent cinquante cavaliers bien armés qui les accompagnoient, et les bourgeois de Paris soqs les armes par toutes les rues par lesquelles ils passèrent, depuis la pprle Saînt-Honoré jusques au Palais, où M. le premier président alla descendre chez lui.

Le mercredi 3i mars, toutes les chambres étant assemblées, messieurs de la chambre des comptes, savoir un président et quatre maîtres des requêtes, étant entrés et ayant pris les places, demandèrent d'assister à la relation qui seroit faite par M. le premier président, d'autant qu'il s'agissoit d'une cause commune à toute la ville et à toutes les compagnies^ qu'ils avoient été des députés de' la première conférence, et que n'ayant point été appelés à la deuxième conférence , du moins ils dévoient être présens à la relation qui endevoit être faite.

M. le premier président leur repartit que, dans la première conférence tenue à Ruel , tous les intérêts de la ville de Paris et des compagnies avoient été terminés et consommés ; que s'agissant de l'intérêt des généraux qui les avoient priés de retourner et leur avoient confié leurs prétentions, qu'ils n'a voient pas pu les y appeler, et que pour être présens à la re-

d'0M£R talon. [1649] 445

lation cela dépendoit de la compagnie. Sur quoi plusieurs s'étaiit élevés, et ne le voulant pas souffrir, et pendant ce temps un président de la cour des aides et deux conseillers étant aussi venus prendre leurs places dans la grand'ehambre , M. le premier président, sans mettre l'affaire en délibération, a commencé sa relation en peu de paroles, disant qu'ils étoient partis en tel jour, qu'ils avoient séjourné à Ruel , et tous les jours à Saint-Germain travaillé taur tôt à la chancellerie, tantôt chez M. le duc d^Orléans; qu'ils avoient rédigé par écrit tout leur travail, et ce qui s'étoit passé en la matière ; qu'ils s'estimeroient bien heureux si leurs soins et leur industrie pôuvoient être agréables à la compagnie, et qu'ils eussent pu faire quelque chose d'utile pour le public. Et ce faisant, il a commandé au greffier de lire le procès-verbal-, ce qui a duré deux heures entières, car l'on a fait lecture de tous les Mémoires que messieurs les princes et généraux avoient baillé, même jusques aux simples officiers, entre lesquels il y en avoit d'extravagans et de ridicules, qui offensèrent ceux qui en écoutèrent la lecture. Pendant laquelle lecture ceux qui étoient présens, et des intérêts* desquels il étoit parlé, disoient quelque chose de ce quilesconcernoit; et parce que M. le prince de Conti dans ses articles en avoit couché un par lequel il demandoit que la charge de général des galères fût rendue à M. le duc de Retz, M. le coadjuteur de Paris, son frère, déclara qu'il avoit prié messieurs les députés de rayer cet article , et de n'en point faire de mention; ce qui fut certifié être véritable par M. le premier président.

44^ [^^49] ME;M01iiË3

Cette lecture ayant été faite , M. le prince de Coûtî dit qu'il se trouvoit incommode, et fut la délibëFation remise au lendemain matin. Pendant ce jour , messieurs les généraux, qui n'étoient pas satisfaits de ce qui leur ayoit été accordé, travaillèrent par divers moyens pour éloigner la délibération le lendemain, par sollicitations et par menaces , qui allèrent si avant qu'ils firent imprimer des billets, par lesquels ils faisoient entendre au peuple qu'ils ne vouldient pas empêcher la paix , mais qu'ils ne pouvoient souffrir pour Thonneur dé la France un étranger , sujet du roi d'Espagne par sa naissance , demeurer dans le ministère : ce qu'ils faisoient, sachant bien que c'étoit la seule voie pour émouvoir l'esprit du peuple par un prétexte de cette qualité.

Ils passèrent plus avant, car ils voulurent intimider l'esprit de M. le premier président par des avis qu'ib lui firent donner de toutes parts , et aux principaux qui n'étoient pas de leur faction , iqu'il y auroit une sédition sanglante dans le Palais, et que s'ils étoient refusés de ce qu'ils désiroient, que l'on joueroit du poignard ^ mais ils trouvèrent l'esprit du prettier président intrépide, et résolu à toutes extrémités en disant son devoir, ^{éanmoins l'^prdre qui fut donné fat de faire entrer en garde dans la cour du Palais et dans la grand'salle des compagnies de bourgeois dès quatre heures du matin , lesquels chassèrent quarante ou cinquante séditieux qui se vouloient attrouper, et ensuite &ire mettre des corps-de-garde dans toutes les avenues du Palais; ce qui fut fait fort exactement, en telle sorte qu'il n'y eut aucun brait.

Sur les neuf heures du matin, le premier avril, qui

d'oMER TAï-OlH. [1649] 447

^IQÏX le jeu(}i da h semaine sainte , la cour fut assemblëo^, 4ans laquelle nous entrâmes pour présenter la déclaration du Roi : de sorte que nous fûmes présens à tout ce qui s'y passa , comme nous y avions été le joinr précédant, M. le premier président dit que la lie^ne lui avoit envoyé la réponse qu'elle avoit faite aux deimapdes ^e jnessieurs les généraux, laquelle il. étoit bf^sqin 4e lire : siur quoi M. le prince de Conti ^yant pris {a parole , il déclara que son intention n'é«toit pas de cpntredire''ni d'apporter aucun obstacle à la pai^ , laquelle il souHaitoit pour le bien du royaume, mais qu'il seroit bien aise que les intérêts de mes-^ sieurs lefii ||énér^ux fussent, considérés. Et eux ayant demandé communication du papier qui concernoit leurs intérêts , et duquel ils disoient devoir avoir eu copie, M. le premier président leur fit entendre que le papier lui avoit été envoyé par le Roi pour le faire voir à la compagnie \ qu'il ne pouvoit pas de son au^ torité le communiquer \ que cela dépendait de la cour de l'ordonner..

Ce papier fut lu par M, Menardeau, qui avoit été l'un des députés à la conférence, et concernoit, outre rpubliance générale des çlioses passées, pour tous ceux qui s'^toient engagés dans le parti, et qui avoient levé des ti^Qupf^, pris de^ deniers, ou eu des intelligences dedans et dehors le royaume , l'intérêi; d'aucuns de messieurs les^ généraux , comme de lVt< de Beaufort, 4e M, d'Elbœuf, de M. le duc de Bouillon, M* le piaréçbal de Turenne, M. le maréchal de La Mothe et le prince de MarsiUa^ ( et n'étoit point parlé de Itf , de fjOi^gueviUe, lequel étoit accommodé par autre ^QÎe), chacun desquels lorsqu'il fut parlé de son in-

tërét témoigna n'avoir pas satisfaction entière ; mais néanmoins, après quelques répliques de la part de M. le premier président et de messieurs les autres présidens', ils cessèrent de se plaindre. M. de Bouillon fut fort dijQ&cile dans la discussion de ses intérêts, tant pour lui que pour M. le maréchal de Turenne son frère*, et quoique à son égard il fût convaincu, par raisons nécessaires, que l'accommodation et la récompense de Sedan ne se pouvoit faiire que par échange, et par les voies ordinaires de la justice, savoir est par des prisées et estimations préalables, et ce par des officiers du parlement et de la chambre des comptes, i^éanmoins il contestoit toujours, pour désirer que son affaire se pût faire en même temps que les affaires publiques se trouvoient composées; ce qui étoit impossible : mais en vérité son dessein étoit de ne point terminer son affaire , sinon avec la paix générale , et que son intérêt en fût l'un des articles, non-seulement pour être considéré dans cette occasion comme souverain, mais qui plus est afin que les Espagnols demandassent son rétablissement, comme d'un prince spolié , eux étant plus aises d'avoir un petit seigneur pour prince de Sedan, que non pas de voir cette place entre les mains du Roi*, de sorte qu'après être convaincu par raisons évidentes que son affaire ne se pouvojt faire autrement ni même sûrement pour sa famille que par cette voie, comme il y trouvoit toujours des difficultés, M. de Champlâtreux , fils de M. le premier président, et lequel en qualité de conseiller d'honneur avoit place dans le parlement, prit la parole, et dit qu'il avoit été à Saint-Germain le soir précédent, où il avoit vu

d'0M£R talon. [1649] 449

laffaire de M. de Bouillon être arrêtée à onze heures du soir et rompue à minuit, par la résistance d^Aubertin son agent, lequel avoit porté les choses à l'excès , et avoit fait monter les prétentions dudit seigneur à neuf millions , disant cpi'il ne se contenteroit pas à moins, et que si Ton ne lui faisoit raison, qu'il se retireroit -, à quoi ledit seigneur duc de Bouillon répliqua par un désaveu dudit Aubertin : mais M. le premier président répliqua qu'il lui avoit obtenu un passe->port pour être k Saint-^Germain pendant la conférence , et qu'il ne pouvoit le désavouer. Reparti par ledit sieur de Bouillon que cet homme avoit été lieutenant en la justice de Sedan , et qu'il avoit connoissànce de ses affaires domestiques, mais quMl n'avoit charge de faire aucunes propositions de î|a part; laquelle réponse ne fut pas estimée légitime. - De là l'on passa aux propositions faites par M. le maréchal de Turenne , qui demandoit à être rétabli dans le commandement de l'armée du Roi en Allemagne, le paiement des deniers qui lui étoient dus pour avoir feiit subsister l'armée, et outre plus le gouvernement de l'Alsace qui lui avoit été promis , et dont il di^oit les lettres en avoir été expédiées : sur quoi le Roi avoit répondu qu'il il'aVoit point de besoin d'armée en Allemagne , parce que la paix étoit faite avec ' l'Empereur et lés Etats de l'Empire ; que pour les frais de l'entretenement des gens de guerre, il étoit raisonnable de les lui payer ; et outre plus que le Roi ayant sa personne en grande estime , il faisoit état de lui donner un emploi considérable dans ses armées en là présente campagne. Sur cela M. de Bouillon s'écria qu'il ne pouvoit honnêtement abandonner les intérêts X. 6i, ^9

45o [1^9] MÉMOIRES

de son frère , vingt années de service dans lesquelles il avoit consomme tout son bien, après lesquelles.il avoit espéré pour toute récompense le gouvernement de TAlsace, dont les provisions non-seulement lui avoient été promises, mais expédiées^ que pour avoir pris parti et s'être déclaré pour le parlement, qulil étoit fort extraordinaire que le parlement TabandonnÂt : à quoi ayant été répliqué que dans la conférence cette dernière prétention n'ayant pas été justifiée, et les ministres duRoi^'en étant pas demeurés d'accord, qu'il avoit été impossible d'e;n obtenir davantage *, à quoi ledit seigneur duc de Bouillon n'ayant point acquiescé , et s'étant écrié au contraire, disant que c'ëtoit chose qu'il ne pouvoit souffrir, enfin il a été obligée d'acquiescer et d'écouter le reste des articles , après la lecture desquels j'ai dit à la cour :

« Messieurs , nous vous apportons une déclaration « du Roi qui contient l'exécution des articles dont la « lecture a été présentement faite, et que noxis esti- « mons être le sceau et le complément de toutes les <'. conférences, par le iQoyen de laquelle nous devons a espérer la tranquillité publique non-seulement dans (( Paris, mais dans tout le royaume^ sur laquelle uqus <( avons pris nos conclusions par écrit, qui ne con- « tiennent autre chose que les termes précis et so- (( lenùels èsquels là cour a coutume de prononcer en « telles matières, savoir est que sur le repli des let- « très il soit mis qu'elles ont été lueSj publiées et ntt gistrées. Outre lesquelles conclusions nous avons a pensé être obligés de vousl proposer qu'après un a ouvrage de cette qualité et de cette conséquence, tt si utile à la France et si avantageux à la ville de

d'omek talon, [1649] 45 1

« Paris et honorable à cette compagnie , il est de la (( bienséance et du devoir de penser à remercier Dieu, ce qui est le père et le prince de la paix , laquelle nous a ne pouvons espérer dans nous-mé)tnës ni avec nos (( concitoyens que par les ordres et les soins de la/ c< Providence divine ^ ce qui se peut faire ou par une tt action de grâces publique dans Féglise de Notre- « Dame, ou par une procession générale ; et à' cette fc fin inviter M. Farchevéque de Paris de venir pren- « dre sa place en ce lieu^ pour en conférer avec lui ft en la manière accoutumée.

« En second lieu, nous estimons qu^il est nécessaire « de remercier le Roi et la Reine de la bonté avec tt laquelle elle a donné l'a paix à ses peuples , et la « supplier de vouloir mesurer la fidélité du parlement « par rafiection qu'il a toujours témoignée à conserver « la grandeur du royaume et le bien général: de FEtat; u outre plus, vouloir témoigner gratitude à M. le (( prince de Conti , à la bonté duquel nous sommes a . obligés , aussi bien qu'à sa naissance , d'avoir con- « tribué sa bonne volonté pour Texécution d'une paix « tant souhaitée par tous les gens de bien , et dans « les occasions particulières rendre toute sorte d'ofxi fices possibles et raisonnables pour faire donner « contentement à ces messieurs , qui de bonne foi , il et sans autre intérêt que celui de leur générosité, K se sont engagés dans les intérêts du parlement et « de la ville de Paris. »

Sur quoi ayant été délibéré , il ne se trouva point de difficulté^ un seul, savoir M. de Blancménil, président des enquêtes , fut d'avis que ce qui n'avoit pu être fait dans ce rencontre pour l'expulsion du càrdi*

45!l [1^49] MÉMOIKES

nal Masarin fût réseirë dans une autre occaaîon en laquelle Ton pourroit faire connoitre à la Reine qu'il étoit avantageux au royaume qu'un homme de cette condition ne fut pas plus long-temps dans remploi de premier ministre.

Le surplus de tous ceux qui opinèrent furent cf a* vis de registrer les lettres ; mais parce qu'il étoit tard^ et qu'il n'ëtoit pas jour ni heure d'ouvrir Taudience^ que la publication seroit suppléée, et outre arrêté qu'il sera rendu grâces à Dieu, et le Roi et la Reine remerciés de ce qu'il leur a plu donner la paix k leur peuple; qu'à cette fin seront députés des présidens et conseillers pour faire ledit remercîment, et supplier ledit seâgneur Roi et ladite dame Reine d'honorer de leur présence la ville de Paris et d'y retourner, comme aussi feront instance pour l'intérêt de tous les généraux ; et outre arrêté qu'il sera donné ordre pour le lieeneiement des troupes.

Cet arrêt fut reçu avec satisfaction intérieure de tous lès gens d'honneur qui aiment la tranquillité pu* blique, des bons boui^eois qui avoieat ressenti l'incommodité de la guerre depuis les trois moi&cLemiers \ mais il ne reçut pas une acclamation publique de tout le peuple , lequel étoit échauffé dans cette pensée que le cardinal Mazarin devoit être chassé, et.que lui n'o^ saut jamais retourner à Paris , il empêcheroit leRoi et la Reine d'y retourner. Il faut observer en ce rencontre que dans la première conférence qui avoit été tenue i Ruel , où les article3 avoient été signés de part et d'autre , il y en avoit un qui portoit qu'il seroit tenu à Saint-Geimain un lit de jiustice auquel seroit publiée la déclaration qui contiendroit les articles des-

d'0M£R talon. [1649] 453

qmh foa ëtoH coaTenu; otitre phis^ que pendant Fanage 1649 ^^ chambres ne seroient point assem-^ blées; en troisième lieu, que- la Bastille seroit remise entre les mains du Roi ; et le dernier, qu^il séroiti|>er"* mis de faire des prêts au Roi pendant Tannée 49 ^t 5o, et d'en payer aux préteurs Tintërét raisonnable. S^r trois desquels articles le pailement ayant ordonne que remontrances seroient faites à la Reine , Tarrét pôFtà seulement que la Reine seroit suppliée de modérer aucuns des articles , sans les spécifier : mais à la cour ils trouvèrent que l'accommodation leur étoit si nécessaire, quils les accordèrent tous , ou quoi que ce soit% Dans la déclaration qu'ils stipulèrent dans la dernière conférence , il n'a point été parlé de lit de justice 9 ni de la défense de s'assembler ; à l'égard des prêts, ils ont été réglés et modérés selon que mes^ sieurs les députés du parlement l'ont désiré; et pour le regard de la Bastille, il n'en a point été parlé, de sorte quelle est demeurée entre les mains de M. de Broussel, conseiller de la cour; et d'autant qu'il y atoit un autre article qui portoit que les armes se>* roient posées dans Paris, et qu'elles ne pourraient être reprises que par l'autorité dû Roi, ceux qui étoient contraires aux voies d'accommodation ayant fait entendre que l'on vouloit les désarmer, porter les clialnes de la ville dans le bois de Vimsei^nes, et autres discours semblables , cet article n'a point été pareillement inséré dans la dédiaration ; au contraire, il y eut une lettre de cachet portée au prévôt des mar^ chauds et éckevins, par laquelle U leur étoit enjoint de demeurer sous les armes , et de garder la ville tant qu'ils l'estimerôiént nécessaire ; ce qu'ils firent jus-

qxies au jeudi 8 avril, auquel jour toutes les troupes qui ëtoient auprès de Paris s'étant retirées, la garde des portes cessa, par opdre du prévôt des marchands et ëdievins.

La déclaration du Roi devoit être lue et publiée à Taudiencé, et les conclusions le pôitoient ainsi; mais la qualité du jotir auquel elle fut délibérée , qui étoit le jeudi dé la seiûaine sainte , Fempécha.

Voici ce que j'avois préparé pour dire lors de la lecture publique de la déclaration, si elle eût été

faite:

« Messieurs , lès termes de la déclaration dont la « lecturie a été présentement faite, par lesquels rouet bliance nou'^eulement nous est commandée, mais a qui plus est se trouve absolument nécessaire pour « composer les désordres publics , consolider les af- « fections des peuples, réunir leurs cœurs et leurs c( esprits dans Tobéissance véritable, même pour « éteindre le feu d'une chaleur excessive , c^àMé de « consommer les parties nobles et solides de l*Etat, « nous fait connoltre que le silence devroit être le a langage le plus éloqueht de nos lèvres , dasis lequel « étouffant la souvenance de nos maux , dont la mé- « moire ne peut être que douloureuse, nous pussions « faire réflexion sur les ordres de la providence du c< Ciel, qui nous a regardés pour nous bien faiie, et « laquelle, travaillant contre nos propres intentions, a a formé de la division de nos esprits Tespérance « et la matière d'une parfaite réconciliation.

« Les volontés de nos rois et les inteiftions de cette (( compagnie n'ont jamais- été différentes dans leur « substance, dans le point et Tunité de leurs incli-

D^OMER TALOW. [l649] 4^5

« ' nations , lesquelles ont perpétuelleinent abouti à « conserver la majesté de Tempire , la grandeur du a royaume et le biett de FEtat.

« Nos expressions ont été quelquefois différentes, « et là manière de nous expliquer a produit des con-^ c( figurations inégales , parce que les sentimens des a hommes suivant toujours leur façon particulière de a concevoir, qui sont autant d'espèces de peintures a intérieures, leurs pensées sont souvent dissembla^ « blés les unes des autres dans la manière' dé leur <c f)roduction , mais elles ne sont jamais contraires a dans la vofenté de bien faire^ Ainsi Fassemblage (( des eaux dans un même lieu , dont il est parlé dans a TEcriture, n'est pas chose véritable à la lettre; nous (( savons la distance qui se rencontre entre la source « des fontaines qui sont sur les hautes montagnes, et « le cours des rivières qui coulent dans les plaines, « et sommes assez informés qu'il y a des mers éloi- « gnées de l'Océan par un grand intervalle de terre : ce mais l'inclination qu'elles ont à se réunir dans un a même lieu , cette pente naturelle qui les fait aboutir « à la grande mer par des chemins inconnus, doit a être le sens et la pensée de Moïse.

a II est de l'ordre et de l'instinct de la nature d'ho- « norer ceux qui nous protègent , qui jsont capables n de nous garantir de la violence et de l'oppression « des plus forts -, mais le respect que nous portons à « nos princes, en quelque âge que Dieu uous les « donne , en quelque état et condition qu'ils se ren- « contrent, doit être l'effet d'une influence supé- « rieure, de quelque vertu particulière, ou d'un « charme secret.

456 [i649] UEMOiiics

t< Noos ne rendons à Dieu que Thommage de nos Il livres, et de notre cœur, et quelquefois les prë^ a mices de nos biens : les rois reçoivent de leurs su^ (( jets le triliut de leurs vies, et dans les nécessités (( véritables de TEtat pous y ^contribuons volontiers , (( outre le ^ng, nos for);unes particulières^ tant de « millions d^am^es qui habitent le voyaume , dont les a esprits sont aussi différens que les visages, cpii (( tous^ abondent en la plénitude de leurs sens , dont « la plupart s'ims^neiit être capaUes de gouverner 4( TEtat , et qui croient que c'est injustice ou m|iu^ a vaise fortu|ie qu^ind ils n'y sont p» afqpelés, ils « s'humilient tou4 pourtant devant la face de leur « prince ^ la majesté royale leur^ni^pire quelque sorte a de vénération par amour ou par crainte \ et bien K que ces sentimens ne soient pas fortuits ni caaoéls^ c( parce qu'ils arrivent tous les jours, ils sont poor- « tant susceptibles d'erreur ou de mécompte en la (( personne de ceux qui se laissent surprendre aui a apparences.

« Les compagnies souveraines travaillent inces* «L samment pour soutenir cette économie générale « et conserver les ordres ancieps^ elles répandent <( dans. le caeur des peuples les j^eniières semences K de ses inclinations royales par Im distribution de la tt justice publique ^t particulière , dans laquelle ils a représentent la première et la véritable fonction a de nos rois^ elles contiennent les esprits dans des (( sentimens de modération qui leur rendent légiste times toutes sortes d'établissemens lorsqu'ils les au* a torisent : car ce n'^st pas l'éclat de ja lumière, mais « la chaleur modérée du soleil , qui élève les sapeurs

DOMER TÏlLON. [1649] 4S7

i( de la terre; elles sortent de son si^in'par la.dou- « eeur d'une vertu tempérée : l'excès du chaud et jK du* froid , qui sont des qualités nuisibles et malfai- « santés , sont les causes des grandes stérilités, et le ft symbole des puissances qui agissent avec trop de u dui^eté ; le cœur des hommes généreux s'endurcit a et se resserre pour résister à la volonté de ceux qui « veulent être obéis avec violence.

a liés bons princes.eomme le nôtre ne jouissent ja^ tt mais du repos qu'ils procurent à leurs peuples, ils ft sont toujours inquiétés pour établir la tranquillité a de leur Etat*, et comme ils savent bien que les « moindres actions de leur vie né peuvent être caa chées, que leurs desseins et leurs affections les n plus secrètes se manifestent par le temps , ils doi* « vent être en effet ce qu'ils souhaitent être quelque fi jour dans l'estime -et la réputation des siècles à « venir.

c( Que si toutes les pensées qui ont été conçues de « pjirt et d'autre pour le bien de l'Etat se trouvent « avoir été conduites par des voies non-seulement « diff^érentes, mais contraires , en telle sorte que l'in-^ a égalité des mouvemens ait produit des constella* « tiens ennemies, des regards et des aspects oppo^ <( ses, Dieu soit loué que la vertu et l'obéissance des <( étoiles fixes aient fléchi et apaisé, la rapidité du « premier mobile ; que la froideur de Saturne puisse a modérer la violence des planètes*, et que comme « dans le bouclier d'AJcibiade l'Amour embrasse et fc arrête la foudre de Jupiter, qu'à l'exemple de Juadith nous puissions consacrer tous les équipages « de la guerre par un anathème d'oublîance, un mo-

458 [l649] MÉMOIRES

<( nument d€ gratitude, uti trophée d^actions de grâi( ces, lequel /nous humiliant sous les ordres de la « Providence, nous oblige d^avoùer que nous^ sommes « nous«méme&les causes des calamités publiques qui « nous ont aâg[igés *, qiie les délices de la paix , Taa bondànce de Paris, celte cité glorieuse qui marie choit superbement et en confiance sûr la tête des c( autres provinces, ont attiré Findignatibn du Ciel, « et produit la matière de notre douleur., qui a été a telle que nous avons leu occasion de craindre la « menace du Prophète, que Fonction et le jugement (( n'abandonnassent nos murailles.

« Tant est véritable la pensée de ceux qui connois- « sent la différence qui se rencontre entre la médi- « tation des choses générales que notre esprit peut a s'imaginer, et le détail ou Fexécution des choses (( singulières qui tombent sous nos sens. Ceux qui « considèrent dans leur cabinet les ouvrages extraor- « dinaires de la nature, les périodes et les révolu- <( tions des siècles passés, ils conçoivent avec indif- « férence ce qu'ils ressentent avec horreur ; la véri- « té , quand elle arrive , les offense et les afflige ; et « comme nous voyons avec quelque sorte de saisisce sèment les prodiges et les monstres , les déluges et « les grandes sécheresses, aussi nous souffrons avec « douleur les désolations de la guerre, et le sentitt ment des choses présentes nous a plus instruits en « deux journées que Fexemple et le souvenir du a passé. Nous nous sommes aperçus en un moment « de la différence qui se rencontre entee les fonctions « de la justice , Fémpire et le royaume de la loi, et « le malheur de la guerre qai nous a persécutés , ces

d'ômer talon. [1649] 459

(( joarnëes de tf ibulation, dans lesquelles les hommes <( armés n'ont connu autre puissance que celle de leurs « enseignes, comme les légions romaines n'adoroient « autre divinité que les aigles. Et partant heureuse « • la journée qui a éteint le feu qui nous alloit dé- « vorant, qui a maintenu la puissance royale dans le « point véritable de son autorité , qui consiste dans a Toccasion de bien faire ^ qui a rendu à la justice « la liberté de ses fonctions, et à tous les sujets du « Roi la jouissance de leurs biens, qui se trouvoient a exposés à la licence et à la discrétion des plus « forts!

« Que si, pour condamner ^à mort un criminel ac- « cusé de sacrilège , voire même de parricide , tant « de circonspections et de formalités sont désirées « non-seulement par les lois du royaume , mais par « le consentement de toutes les nations de la terre, « qui estiment la vie d'un homme précieuse, quelle « doit être la pensée de ceux qui autorisent la licence a de la guerre, dans laquelle le meurtre et le pillage (( sont nécessaires, et la profanation des choses saintes « est rendue légitime !

« C'est dans ces occasions, disoit Gambyse à son « fils, qu'il est inutile de consulter les oracles, d'as- « sembler des augures qui répondent avec ambiguité : « les ordres des dieux ne sont pas inconnus aux sou- « verains, ils n'ont pas besoin de truchement pour « les apprendre; de quelque^côté que le foudre pa- « roisse , que les éclairs brillent et que tombe le ton- « nerre, le présage est toujours bien heureux lorsqu'il « s'agit de procurer le salut des peuples, et, à Texem- « pie d'Auguste , mépriser des statues particulières ,

46o [1649] MÉMOIRES

a pour en ériger à la Concorde, à la Paix, et à la èû* « retë publique de TEtat.

« Malheur à ceux qui se nourrissent dans des pen-r a sëes contraires, lesquels, étant infatués et amouf( reux de Tirnage de la fortune publique , se laissent « surprendre au démon de la vanité et à la complaitt sance de leur cœur, lesquels étant inquiétés et mal « contens dans leurs places , se repaissent de respë^* « rance de choses nouvelles ! Stellœ dederunt lumen « in custodiis suis^ et UetaùB sunt, dit le Prophète : « les étoiles ont donné leur lumière à la terrie chacune (( dans le lieu de son établissement *, eUes sont demeu- « rées fermes dans leurs stations et les périodes que a leur auteur leur a données, et dans cette corres- « pondance universelle la nature se réjouit et se con* « serve.

« C'est le reproche que Ton faisoit aux Samari- ^ tains, quils avoient connoissance du vrai Dieu, « mais qu'ils ne Tadoroient pas en vérité , parce qu'ils « rendoient honneur aux idoles, et souffroient dans « leur ame un mélange de qualités qui n'en sont pas « susceptibles.

<( Quant à nous , messieurs , qui comme gens du (( Roi sommes obligés, non-seulement par le titre <( de nos charges et l'obligation de notre serment, <( mais même par les principes de l'Evangile , qui sont « les fondemens de notre religion, et qui contienne nent le devoir indispensable de notre. conscience, (c d'obéir aux puissances légitimes que Dieu a établies (( sur la terre , et qui ressentons dans cette occasion K la satisfaction publique de la paix, noc& n'avons « autre sentiment que de gratitude et d'obéissance

d'omer talon. [1649] 46 >

« pour exécuter les volontés da Roî, satisfaire à la « déclaration, et nous fortifier dans cette pensée que « Tesprit de paix et de concorde est Tesprit du fils « de Dieu, le sceau de son testament, la devise de « ses enseignes, le caractère de notre adoption, dans c( Tespérance de laquelle nous n'avons autre souhait à tt faire que celui du poëte Manile :

k AUfùe adamanteU Dùcordia , vincta caieniSf «c MttriMs kabèatjrenos , in cartere clmusa.

a Nous requérons que sur le repli des lettres il soit K mis, etc. »

L'après-dinée de ce même jour, le prévôt des marchands assembla tout lliôtel-de-ville , et députèrent pour aller remercier le Roi et la Reine par une grande et solennelle députation , dans laquelle les six corps des marchands voulurent être agrégés, pour témoigner leur satisfaction particulière.

Le samedi 3 avril, veiUe de Pâques, furent assemblées la chambra des comptes et la cour des aides , pour lire la déclaration et la vérifier *, ce qu'ils firent, et ordonnèrent qu'au même jour que le parlement iroit à Saint-Germain remercier le Roi , qu'ils iroient pareillement.

Le lundi, lendemain^de Pâques^ fut chanté le Te Deum dans l'église de Pari$ : pour cet effet le Roi écrivit une lettre de cachet à M. l'archevêque, lequel fit difliculté de recevoir cet ordre de la part du par^ lement.

Le mardi, nous allftiaes à Saint-Germain avec trente diépulés du parlement saluer le Roi et la Reine , et intercéder pour les généraux. Il me sembla que l'esprit de la Reine n'étoit pas adouci *, de sorte qu'elle nous

reçut étant accompagnée de tous les grands de la cour, ' hommes et femmes, et avec peu de compliment.

Ensuite le Roi donna à dîner, et les officiers de M. le prince firent complimentée sa part, en qualité de grand- maître de la. maison, de ce que la chère u'étoit pas assez grande.

Le lundi , lendemain de Quasimodb , les audiences^ commencèrent, sans la lecture des ordonnances et sans discours d'ouverture, ut maris est^ M. Bignon ayant été bien aise de ne se pas engager en discours , et n'être point obligé de parler du passé; et M. le premier président, trop fatigué de la conférence, n'ayant pas voulu se préparer pour une action de cette qualité.

Le mercredi, n'y. eut point pareillement de mercuriale \ les chambres néanmoins furent assemblées pour leur faire relation de ce quis'étoit passé à Saint- Germain le jour du remerclment.

Le jeudi i5 avril, M. le duc d'Orléans étant arrivé dans Paris sur les cinq heures du soir , messieurs du parlement députèrent devers lui deux présidens , deux conseillers de la grand'chambre, et un de chaque chambre des enquêtes, pour le féliciter de son heureux retour, et lui témoigner la satisfaction publique sur le sujet de la paix ; de. laquelle visite nous ayant été mal informés au parquet,, y allâmes en particulier, et fûmes fort bien accueillis de Son Altesse Royale.

Le lendemain vendredi, M. le prince arriva, et le samedi M. le premier président proposa dans la grand'chambre de rendre à M.. le prince le même honneur qui avoit été rendu à M. le duc d'Orléans; à quoi sur l'heure personne n'ayant contredit , depuis

d'oMEH T4L0N. [i649] 4^3

et dans la gra&d'chambre Ton s'étonna de cette ëga-^ litë, et Yçn proposa que M. le duc d'Orléans s'offen-* seroit si M. le prince étoit traité de même soj^te que lui , qui étoit fils de France et lieutenant général de TEtat : de sorte que sans en délibérer il fut avisé ^ principalement par messieurs des enquêtes, qu'avec les deux présidens de la grand!chambre et les deux conseillers il n'y auroit que deux conseillers des en-*quétes : ce qui fut fait, et une heure après ou envi* ron nous y fûmes tous trois.

J'ai considéré dans cette occasion la cour, le parle-*ment, les bourgeois de Paris, les généraux, les Es-^ pagnols , pour faire réflexion sur tout ce qui s'est passé.

Chacun a blâmé la sortie du Roi hors de Paris, et tous les desseins qui ont été pris et exécutés ensuite } et néanmoins je crois que leur pensée, comme je Y^i vu dans le commencement et la. fin , n'est pas blâ-<mable, car il y ayoit huit mois que le parlement s é-^ toit attribué telle autorité, qu'inutiles étoient lors tous les ordres du conseil du Roi, par la contradiction étudiée du parlement, lequel étant éniu à ce faire par cinq ou six personnes intéressées, lesquelles étoient suivies de la jeunesse, qui aime la nouveauté, et de plusieurs gens de bien, lesquels étoient zhusésspecie f^ectiy il n'y avoit plus lieu d'espérer le rétablissement de l'autorité royale sans changer de ministère , et établir dans le conseil des personnes agréables à ceux qui faisoient agir le parlement (ce qui eût été de grande conséquence dans une monarchie); et ce qui ëtoit pis étoit que le peuple avoit embrassé les intérêts du parlement, et avoit eu raison et nécessité de

4(>4 [^^49] MéHOIlIGS'

le faire ) parce qu'il n'a voit trouvé soulagement dbiAs Texcès de sa misère et de sén 0|ipressioii que par Tinterces^n dti parlement*

. Mais ceux qui avoient excite ce bruit dans le parlement, et lesquels en vouloient profiter, non eon^ tens de la déclaration du mois d'octobre 1648, laquelle suffisoit pour remédier à toutes sottes d'abus et de vexations, s'asaembloient tous les jours, et faisoient de nouvelles propositions sur des contraventions vraies ou feintes à l'exécution de la déclaration; et trouvant k redire à tout, même menaçant qu'ils continueroient leurs assemblées toute l'année , ils obligèrent ceux qui étoient dans le gouvernement, de tenter quelque chose de violent pour mettre fin à ces assemblées continuelles : pour quoi faire M. le duc d'Orléanb et M. le prince de Condé s'étant transp(M*tés dans la compagnie pour essayer d'adoucir les esprits, ils les trouvèrent si fort aigris et échauffés , qu'ils en retournèrent mal satisfaits, ayant vu que toute sorte de respect avoit été perdu à leur égard , et qu'ils n'avoient pu éviter que, voulant parier à )a compagnie, leurs avis n'aient été suggillés*, de sorte que M. le prince , plein de fierté et de générosité bienséante à sa naissance et à la grandeur de son courage , s'expliqua à la Reine qu'il ue pouvoit souffrir cette coih tradiction , et de prince du sang devenir bourgmestre*, et donna conseil le premier à la Reine d'user de vio^ lence pour rétablir son autorité : à quoi faire il trouva la matière fort disposée , l'esprit de la Reine étant ulcéré par les fréquentes contradictions qu'elle avoit reçues du parlement, et contre les bourgeois de Paris, 4 cause des barricades ; de sorte qu'elle consentit fa-

d'qmer f ALOK. £1649] • 465

cilement à h proposition qui fut faite d'assiéger et aûTamer Paris , de transférer le parlement k MoAtargis , dans cette ima^nation maligne et cruelle qu'ils conçurent que la faim feroit la sédition dans Paris , et que de deux choses Tune , ou que le parlement sortiroit de la ville pour obéir aux ordres du Roi, ou que le peuple le chasseroit pour avoir du pain ^ et quoique ce dessein ne leur ait pas réussi , et que dans Tévénement ils aient été obligés à la cour de relâcher tout <îe qu'ils ont voulu , et qu'ils n'aient pu imposer au parlement aucune loi en apparence^ néanmoins l*appréhension de retomber dans un pareil accident est capable d'adoucir les écrits les plus hardis ^ lesquels se sont bien aperçus qu'ils n'étoient plus les maîtres de ce qu'ils avoient entrepris : et en ceci consiste ma seconde réflexion , que messieurs du parlement, quoiqu'ils se soient trouvés les maîtres dans l'événement, et que la Reine n'ait pu leur faire aucun mauvais trailement , ils se spnt bien aperçus que pour se fortifier ils avoient été obligés de se fortifier de Passistance du peuple et du sec<>urs d^ généraux, qui sont deux mauvais garans , parce qu'ils ont voulu devenir les maîtres. La populace dans le Palais et dans les rues faisoit des clameurs , et aidoit à ceux qui avoient mauvaise intention ; leur prétexte étoit coloré , ils blâmoient l'administration du premier ministre , laquelle est toujours odieuse^ mais principalement en la personne d'un étranger, duquel la naissance reproche au royaume quelque sorte de honte d'être obligé de chercher ailleurs des personnes capables de^llp^verner , comme s'il n'y en avoit point dans la France \ en telle sorte que dans les délibérations de T. 61. 3o

466 [ï649] MÉ*)»Es

conséquence, èsquelles il se faisoit quelque ouverture de paix et d'accommodation, Ton fut obligé de mettre les bourgeois sous les armes , faire dest orps-de-garde par la ville , et garder la cour du Palais et la grand'salle contre quelque violence qui eût pu être attentée.

Plusieurs de messieurs du parlement * reçurent de mauvaises paroles dans les rues, et les choses passèrent à ce point que Ton n'eût osé châtier un séditieux; toutes sortes de libelles et de difiamations se publioient hautement par la ville sans permission du magistrat. Ainsi tous ceux qui ont eu du sens dans le parlement ont reconnu le péril auquel ils s^étoient mis d'avoir autorisé le peuple et lui avoir donné cette hardiesse, puisque, de protecteurs et de pères du peuple qu'ils vouloient être pour réprimer la facilité de la cour et abaisser cette trop grande autorité , ils sont devenus les valets et les esclaves du même peuple qu'ils avoient voulu soulager; même ceux qui avoient été les chefs de parti dans le parlement ont bien reconnu qu'ils avoient été assez forts pour faire cette émotion , mais ils ne se so&t pas trouvés assez puissans pour la modérer, encore moins pour la retenir: et ainsi il y a quelque apparence qu'ils ne s'y embarqueront pas facilement une autre fois, à cause du péril qu'ils y ont aperçu , et du peu d'utilité qu'ils y ont rencontré , plusieurs ayant souffert dans le dégât qui s'est fait autour de Paris , et ayant été obligés de contribuer dans le parlement des sommes desquelles leurs offijces se trouvent chargés. Quant aux bourgeois de Paris, savoir les marchands et les artisans, ils se sont trouvés dans une grande cherté de i il ii^PTiii commerce et sans emploi , obligés de chasser leurs

d'omeh talon. [1649] 4^7

domestiques, et en hasard de perdre leur crédit, et d'ailleurs dans Tapprëhension que le Roi ne retournant pas sitôt à Paris, leurs condition^ pourrpient diminuer : de sorte que les plus avisés , les gros bourgeois, ont souffert avec beaucoup de douleur toute cette équipée -, et quoiqu'ils honorent le parlement, qu'ils défèrent volontiers à ses ordres, néanmoins ceux qui sont tant soit peu éclairés n'ont pas été satisfaits de toute cette rumeur, dont ils ont appréhendé la conséquence. Quant à la populace , il n'y faut faire aucun fondement : les uns ayant du pain .étoient contens, et ne considérant plus haut que leurs nécessités particulières, toutes choses leur étoient in»diflFéïentes, pourvu qu'ils ne* souffrissent point dé faim ; d'autres qui pensoient profiter au pillage , et lesquels n'ayant rien à perdre pensoient gagner dans une sédition, crioient la guerre et la demandoient^ et d'ailleurs ils y étoient excités par ceux lesquels avoient intérêt de la prolonger.

Quant à messieurs les généraux , les uns ont pris parti avec le parkraent par dépit, par colère, et les autres par intérêt. M. d'Elbœuf et M. de Bouillon étoient mal contens : le premier vouloit avoir le gouvernement de Montreuil pour son fils, qui avoit épousé la fille du comte de Lannoy, lequel décéda pendant ce temps, et lequel gouvernement lui avoit été dénié quelque temps auparavant 5 M. de Bouillon demandoit la récompense du revenu de sa principauté de Sedan, qui lui avoit été promis il y a long-temps , et lequel lui étoit dû-, mais il y a grande apparence que son dessein n'étoit pas de le recevoir, mais il pensait engager son affaire dans le traité de la prix

468 [i^49] Miaoïm»

générale » dans laquelle il se promettoit que les Espagnola travailleroieiit pour le faire rétablir dans Sedan , et le traiteroient comme un prince dépouillé , ainsi que Ton a £ût les autres princes d'Allemagne. M. le duc de Longueyille et madame sa femme, M. le prince de Conti, qui devoit être nommé le premier, M. de Beaufort , M« le maréchal de La Mothe , M. de Noirmoutier, M; de Yitry, s'y étoient engagés par dépit, et sans aucun intérêt considérable.

M. le prince de Conti étoit mal satisfait de la rigueur avec laquelle M. le prince de Condé le traitoit, qu'il n'avoit aucune part aux affaires, qu'il étoit méprisé comme un écolier -, le même de M. et madame de Longueyille : à qapi l'on ajoutoit quelque petite amourette qui n'étoit pas agréable, et qui avoit été traversée par mondit seigneur le prince de Condé. M. le maréchal de La Mothe haïssoit M. le cardinal Mazarin et M. Le Tellier, secrétaire d'Etat , qui IV voient fait mettre en prison , et l'y avoient tenu quatre années. M, de Noirmoutier étoit offensé de n'avoir pas été fait lieutenant général dans l'armée de M. le prince , et que ChâtiUon lui eût été préféré ^ et le marquis de Vitry prétendoit que son père ayant eu mi brevet de duc et pair , qu'il lui devoit être continué, et que c'étoit injure de le lui refuser, principalement la même chose ayant été^ accordée au maréchal de ChâtiUon, et continuée à son fils, à la recommandation de M. le prince.

Outre plus, M. le coadjuteur de Paris, lequel avoit une aversion fort grande contre le même cardinal , et lequel pensoit avoir toutes les qualités requises pour porter son chapeau et remplir la jdace de premier mi-

d'ombr talon, [1649] 469

nistre 9 quoiqu'il fût jeune, il avoit noue la partie, et concilie les esprits 4e tons ces généraux ensemble , à la réserve de M. le duc d'Ëlbœuf , avec qui il n'avoit point de liaison.

li'intention de ces messieurs les généraux étoit de faire durer cette affaire long-temps; et pour cet effet ils avoient dessein dans le commencement de la ren« dre irréconciliable , ayant pour cette raison traité avec les Espagnols, et les ayant introduits dans le royaume sous un prétexte spécieux de la paix générale , et pour oMiger le parlement à prendre le même parti. Quoiqu'ils eussent reçu grandes sommes de deniers, et qu'ils pussent faire nombre de bonnes troupes , ils ne s^en mettoient pas en peine, ni d'en faire les levées, ni de tenter aucune chose de considérable avec icelles, voulant réduire par leur demeure Paris dans tme ex-^ tréme nécessité , et l'obliger par ce moyen k se ré^ soudre à toute sorte de partis, même faire en sorte que le parlement autorisât le traité qu'ils vouloient négocier avec Espagne ; ce qu'ils s'imaginoient pou* voir faire réussir dans la mauvaise disposition des es«> prits, dans laquelle deux des présidens de la cour avoient participé dans ce traité, savoir le président Le Coigneux et Bellièvre, le premier desquels s'en repentit de bonne heure , parce qu'étant vieil et ayant de petits enfans, il avoit peine de voir naître une gueire civile dont la fin et révénement étoient in^ certains-, l'autre, plus jeune et sans enfans, et avec beaucoup de biens , vouloit voir quelle seroit l'issue de cette affaire,

4insi messieurs^os généraux ayant tenté cette voie^ et s'étant aperçus qu'elle ne leur réussiroit pas , et que

47 o [^649] HÉXOItiES

la seule proposition et agrément de la conférence en àvoit rompu le dessein et Tavoit rendu odieux, ils tentèrent de £ûre soulever les peuples , et par quelque distribution d'argent de séduire la populace , et de faire une sédition^ puis ils menacèrent sous main, firent jeter des billets dans les rues et dans les maisons. N<mobstant|, ayant trouvé beaucoup de fermeté et de résistance , ils ont été obligés , quoique de mauvaise grâce , de s'aecorder au consentement public de la plus grande partie des peuples, qui témoignèrent vouloir la paix, et tirer encore tine somme de cent miUe livres pour licencier les troupes qu% avoient levées, lesquelles troupes ils tirèrent de Paris et les logèrent dans Villejuif , Tinfanterie et la cavalerie dans Yitry, et firent quelques retranchemens poui* Jtoger Tinfanterie^ outre plus, ils firent dresser un pont de bateaux au Port-à-l'Anglais , par le moyen duquel, au lieu de soulager Paris et d'aider à faire venir des vivres, ils piUoient ou rançonnoient les bateaux qui passoiént sur la rivière, et ïes provisions qui arrivoient par charrois de leur côté, toutes lesquelles choses ne leur avoient pas concilié la bienveillance des peuples 5 et après tout dans l'accommodation générale ils n'y ont pas eu tous les avantages qu'ils eussent pu espérer , et lesquels ils eussent eu honte de demander, car cdï les eût démentis decette apparence du bien public dans laquelle ils disoient s'être engagés.

Quant aux Espagnols, ils sont entrés dans le royaume jusques à Pontavert, qui est un passage sur la rivière d'Oise (0 ^ mais la qualité de la saison, froide, |^lu-

(i) Sur la rivière d'Oise : Pontavert est sitné sur FAisQe.

DOM£R TALON. [l649] 4?!

vieuse , pleine de neige , qui avoit rendu les chemins extraordinairement difficiles, impossibles à la conduite du canon, et d'ailleurs la pensée qu'ils eurent que ces émotions pourroient être facilement apaisées, et que les esprits des Français se rallient aisément, les empêcha de passer plus outre ^ de sorte qu'ils n'ont rien profité dans tout ce -désordre, et y ont pu perdre quelque chose , ayant mis leurs troupes en campagne deux mois plus tôt qu'ils n'ont accoutumé ^ de sorte que la cour n'ayant rien gagné , le parlement et les bourgeois n'ayant pas occasion de grande satisfaction , nos généraux et l'Espagne n'ayant rien profité, il faut espérer que cette accommodation pourra être de quelque durée , autant que les esprits des Français sont capables d'être en repos dedans une minorité : mais ce qui la fera plus subsister, à mon sens , sera la nécessité et l'impuissance ^ car de bonne intention, de sincère affection au bien du public, de parfaite réconciliation, il y en a peu que je voie quant à présent-, mais Dieu nous la donnera, s'il lui plaît.

L'accommodatioa faite entre les ministres du Roi et le parlement , comme elle n'a été faite que par pure nécessité, sayoir du côté du Roi par crainte d'un soulèvement de toutes les provinces du royaume , et dans Parispar l'appréhension de tomber entre les mains des généraux ou du peuple, n'a pas ôté le principe de dé^ fiance, de haine, de vengeance et Ae faction qui travailloit les esprits \ chacun de son côté a fait ce qu'il a pu pour en donner occasion et fomenter les prétextes.

Le Roi, sur la fin du mois de mars^ avoit envoy/é des troupes au Maine et en Anjou pour résister à celles de M. de La Trémouille et de M. de La Boulaye,

lesquelles ëtoient dans ces provinces pour le service da parlement : aussitôt cpaCih eurent nouvelle de ii publication de la paix, M. de La TrëmouiUe et M. de La Boulaye posèrent les armes avec assez de facilite ; mais Jarzë , qui conduisoit celles du Roi , n'en a pas bien usé y car il les a désarmées avec quelque sorte d*outrage ; et outre plus, n*ayan^plusde résistance, ses troupes ont véeu avec grande -insolence dans les provinces, y exerçant, sous prétexte d'y achever leur quartier d'hiver, toutes sortes de violences et d'extorsions sur le peuple, le tout en haine de ce que ces provinces avoient pris le psurti du parlement : ce qui fut appelé dans Paris une contravention publique aux articles de la paix, et que j'ai appris avoir été conseillé par M. le prince , qui soutenoit qu'il n'eût pas été juste que les provinces obéissantes ne fussent pas distinguées des autres.

M. de La Boulaye se trouva offensé de ce que les gendarmes qu'il conduisoit avoient été injurieusement désarmés : de sorte que cela produisit un com* bat de trois contre trois auprès de la ville de Sens, où ils s'étoient donné rendez-vous, dans lequel combat personne ne fut tué, mais Jarzé ni les siens n'eurent pas l'avantage ^ au contraire , ils furent un peu maltraités.

Outre plus, M. le duc d'Orléans étant venu à Paris incontinent après Pâques , le parlement députa vers sa personne pour lui faire civilité ; et huit jours après M. le prince y étant aussi venu , la même députation fut proposée par M. le premier président vers ledit seigneur prince, mais exécutée avec résistance de messieurs des enquêtes , qui trouvoient beaucoup à

d'oMbr talon. [1649] 473

redire à ce compliment, et lesquels lie députèrent que deux conseillers de toutes les chambres-, contre laquelle dëputation il y eut un libelle injurieux qui fut imprimé, de Pimpression duquel wn particulier ayant été accusé , faute de preuve ou autrement , ce particulier ne fut pas condamné , ni au Châtelet ni au parlement.

Davantage, M. le prince pendant son séjour dans Paris , tant en ce premier voyage que dans un autre qu'il y fit ensuite , ne reçut pas grande civilité du peuple de Paris, qui le consiééroit comme Tauteur de toutes les violences qui avoient été exercées aux environs de la ville de Paris ; ce qui passa même à cet excès, qu'il y eut un libelle imprimé, lequel avoit pour titre : les Cruautés £t Impiétés commises et exercées par M, le prince de Condé. Toutes lesquelles choses, soit qu'elles aient été affectées par ceux du parti contraire qui subsiste encore tout entier dans Paris , soit qu'elles soient arrivées sans dessein, ne peuvent qu'elles n'aient infiniment ulcéré l'esprit de M. le prince de Coudé, Enfin la chose a éclaté le 18 juin 1649, ^^ vendredi, sur ce que M. le duc de Beaufort prétendant avoir été offensé par Jarzé, lequel avoit fait de mauvais discours de lui, qui l'avoit morgue dans les Tuileries^ ne l'avoit pas salué , et avoit écrit à la cour qu'il avoit fait quitter le haut du pavé aux frondeurs , il se résolut de faire un affront audit sieur de Jarzé ^ ce qu'il * exécuta en cette manière. Jarzé étoit dans un jardin proche celui des Tuileries, possédé par Renard, garde des meubles du Roi, auquel M. le commandeur de Souvré donnoit à souper à onze personnes, savoir M. de Caudale, Ruvigny, Romainville, Saint-Mesgrin,

474 ['^49] HÉMOIRES

BoutteTille, le chevalier de Jars, le bonhomme Bautru, Jarzë, etc. Comme Ton servoit le soaper d'assez bonne heure , M. de Beaufort entra dans ce logis , assisté du duc de Retz , du duc de Brissac , dn maréchal de La Mothe, et de cinquante autres personnes, gentilshommes , pages et laquais ; et ayant dit qu'il étoit venu là pour ôter les violons que Jarzé avoit mandés, et Jarzé ayant répliqué qu'ils n'avoient point de violons, M. de Beaufort prit la nappe, renversa tout ce qui étoit servi ; dont M. de Caudale se trouva fort offensé , même voulut mettre T^ip^ à la main. M. de Beaufort lui voulut faire civilité , et lui dire qu'il nV voit pas dessein de lui déplaire*, mais il ne reçut pas cette civilité, Jarzé fut un peu maltraité ; Ruvigny, son épée lui fut ôtée ; et ainsi il y eut grande injure, et prétendoit*on que cela avoit été concerté au logis de M. le coadjuteur, où ils avoient dîné : dont ledit seigneur coadjuteur est demeuré d'accord du dîner, parlant à moi , mais que cela s'étoit fait sans sa participation et contre son sens.

Ceux qui furent offensés se retirèrent, et sortirent Paris. M. de Caudale a fait tout ce qu'il a pu pour obliger M. le duc de Beaufort de se battre contre lui ; mais messieurs les maréchaux de France ont travaillé pour l'empêcher, M. le chancelier pai^eillement : et après tout la difficulté de convenir d'un lieu sûr a été le pré- • textç de ne le pas faire à ceux qui ont cru qu'ils ne dévoient pas hasarder les chefs du parti dans un combat singulier, et lesquels ont estimé qu'il falloit adon* cir l'outrage de cette action, et que M. de Beaufort étant brave comme il est n'auroit point d'honneur, lui cinquantième, d'avoir fait affront à onze personnes,

d'omeïi talon. [1649] 475

entre lesquelles il y en avoit cinq qui n'étoient point gens d'ëpëe ^ de sorte que j'ai appris que dans une assemblée de braves il fut résolu que , pour justifier l'action de M. de Beaufort, il s'excuseroit, et demande* roit pardon à tous ceux qui étoient dans la compagnie , leur témoignant qu'il avoit très-grand déplaisir de ce qu'Os avoient été présens, et qu'ils avoient pris part dans cette injure , laquelle îi n'avoit eu intention de faire qu'à Jarzé seul, comme à un insolent lequeï avoit cherché les occasions de lui faire injure , et l'avoit réduit à ce pbint, pour ne pouvoir souffrir son procédé , de le traiter de la sorte ; et néanmoins, pour témoigner qu'il avoit dessein d'en user en homme d'honneur, qu'il étoit prêt de faire raison à Jarzé , et de se battre contre lui.

D'autre part cette action a été publiée comme une querelle de parti et une rupture publique , car l'on a fait des. imprimés publics, auxquels l'on donna le titre : le Branle des Mazarins^ dansé dans la maison de Renard y et fait par M. de Beaufort.

Cette action offensa la Reine et M. le cardinal Mazarin, lesquels après plusieurs pensées écrivirent à M. le chancelier, et lui mandèrent qu'ils étoient avertis que l'autorité du Roi étoit diminuée dans Paris , mais qu'elle n'étoit pas absolument abattue \ qu'ils pensoient qu'elle pouvoit être relevée dans cette occasion 5 que l'action de M. de Beaufort avoit été faite dans la maison du Roi, quoiqu'elle soit habitée par Renard -, et qu'il prît avis de nous si dans toutes les circonstances de l'affaire il y auroijt lieu d'en porter la plainte dans le parlement.

M. le chancelier, pour nous informer davantage,

476 [l^49] MÉMOIRES

nous représenta avec figure toutes les particularités de cette action, le titre auquel Renard avoit été investi de cette place , laquelle étoit une portion du jardin des Tuileries, et laquelle étoit destinée pour y être ajoutée. A quoi nous réponcUmes unanimement, après en avoir opiné en la présence dudit seigneur chancelier, qui nous avoit mandés chez lui le aa juin, que Taffaire, à notre sens, n'étoit pas disposée à une plainte publique ; que c'étoit une pétulance , une insulte, laquelle, entre personnes de haute condition, legibus non vindicabatur; que la qualité du lieu étoit inutile , parce que le jardin de Renard étoit un lieu de promenade publique dans lequel Ton donnoit quelquefois à souper et à faire collation, comme dans cette occasion particulière il avoit été fait , et que cela ne se considéroit pas comme un lieu de respect; qu'à l'égard des grands du royaume , il leur arrivoit souvent des querelles , et souvent dans la maisoa du Roi, de laquelle ils sont commensaux; et pour cela quand ils s'emportent à quelques chaleurs ils n'en sont pas plus criminels, si ce n'étoit en la présence ou dans la chambre ou le cabinet du Roi , qui est le sanctuaire de la royauté ; mais un jardin de promenade n'est pas un lieu qui puisse retenir M. le duc de Beaufort, ni qui lui doive être imputé à crime. Nous ajoutâmes que , dans la posture en laquelle M. le duc de Beaufort se trouvoit être dans l'esprit de la bourgeoisie de Paris , il étoit périlleux d'intenter contre lui une action criminelle , maxime pour avoir fait injure à Jarzé , lequel étoit dans l'aversion publique des Parisiens, pour avoir été le chef et conducteur des troupes qui ont pillé et ruiné quelques provinces qui

d'omer talon. [1649] 477

avoient suivi le parti du parlement. J'ajoutai en particulier à M. le chancelier que si la Reine avoit intention de faire soulever les bourgeois contre le parlement ^ que c'étoit la voie certaine de le pouvoir faire , et que M. de Beaufort feroit sédition sur ce sujet quand il voudroit se plaindre que le parlement lui faisoit son procès pour s'être querellé contre Jarzé.

M. le chancelier ayant été de notre avis , nous pria que l'affaire fût secrète 5 ce que nous lui promîmes , et qui n'arriva pas pourtant, parce que M. le chancelier recevant la lettre du Roi dans le conseil, et rayant ouverte, trois maîtres des requêtes qui étoient derrière sa chaire la lurent aussi bien que lui.

D'ailleurs ses domestiques n'étant pas éloignésquand il nous parloit, ils purent entendre ce que nous disions \ et de fait quatre jours après M. de Beaufort envoya devers moi pour en savoir la vérité, et pour m'obliger de lui répondre me fit témoigner la grande obligatioii qu'il m'avoit d'avoir empêché le dessein de ceux qui voulcMcnt informer contre lui : à quoi je répondis que je n'en avois point ouï parler. Ainsi au premier juillet 1649 ^^^ ^*^i* l'état de la ville de Paris et de tout le royaume , que les peuples , lassés et accablés des impositions et surcharges qu'ils avoient souffertes, ne vouloient plus payer ni tailles, ni gabelles, ni aides, à vingt lieues de Paris. Le sel se vendoit publiquement dans les marchés, lequel les mStriniers de la rivière de Loire , attroupés au nombre de douze cents, avoient été quérir publiquement à Nantes, et l'avoient distribué de même.

Les sergens des tailles n'osèrent exécuter les paysans dans les villages, et les fermiers des aides ne re-

cevoient leurs droits que précairement : néanmoins les officiers des compagnies souveraines youloient être payés de leurs gages , et les rentiers de leurs rentes.

Le 9.6 juin, Cambray fut assiégé par les troupes du Roi ^ et comme cette entreprise est grande et importante à TEtat , et qu'elle ne se peut conduire ni ache- Tcr sans argent, messieurs les directeurs des finances ne savoient où prendre le premier teston , et ceux qui dans Paris fomentoient les desseins contre la cour n'avoient autre pensée que de semer dans Tesprit des peuples des appréhensions d'un semblable trake* ment à celui de ThiTer passé , par le moyen desquels bruits le peuple se rendoit insolent. Les officiers de la justice n'étoient plus considérés , et quiconque étoit poursuivi pour dettes civiles ou affaires -criminelles, sitôt qu'il s'écrioit contre les archers ou sergens , et qu il parloit de maltôte ou de M. de Beaufort, il élevoit le peuple pour empêcher l'exécution de la justice.

Tous les jours il s'imprimoit trois ou quatre nouveaux libelles tendant à sédition, et les magistrats ne le pouvoient empêcher, soit qu'ils n'eussent pas d'autorité ni de crédit personnel dans le.peuple, soit que la chose s'autorisât d'elle-même. D'ailleurs toutes les provinces n'étoient pas dans leur assiette naturelle; la Guyenne avoit levé les armes contre M. le duc d'Epernon son gouverneur ; et la première accommodation qu'ils avoient faite n'avoit pas satisfait ni éteint la chaleur de tous les esprits.

Dans la Provence, le parlement et M. le comte d' Alais , gouverneur , avoient aussi levé les armes les uns contre les autres, fait des sièges, et donné quelques petits combats.

d'omer talon. [1649] 479

Dans le Languedoc, les Etats de la province assemblés trayaiUoient au rétablissement de leurs anciens privilèges , pour se garantir de toutes sortes de levées , sincm de leur consentement , et avoient sursis , par arrêt du parlement de Toulouse , Texécution de redit de Béziers, fait en Tannée je 682 ou environ.

Le Dauphiné tout de même ne vouloit souffrir aucune imposition que celle que les Etats auroient consentie ^ et le parlement, sur la clameur des peuples;^ avoit chassé les gens de guerre de la province. Toutes les autres provinces travailloient à leur libération.

Mais comme les Français se lassent facilement d'être toujours dans une même assiette , et leur fait souhaiter choses nouvelles, Tabsence du Roi, la douceur et la patience ont enfin ramené les esprits , mais non sans grand' peine *, car le fond de la faction qui règne depuis quelque temps , et qui-continue encore, a cherché mille sortes d'inventions pour émouvoir les esprits, et empêcher le Roi de retourner à Paris. Pour cet effet Morlot, imprimeur, ayant imprimé de méchans vers et grandement injurieux contre l'honneur et la conduite de la Reine , il fut condamné à mort par le parlement -, mais il fut sauvé dans la cour du Palais , étant conduit au gibet : laquelle action fut excitée par des gens achetés à prix d'argent.

Davantage, sur la fin du mois de juillet, quelques jeunes gens de la cour ayant dîné ensemble trouvèrent dans le Marais des valets de pied du Roi, lesquels de gaieté de cœur ils querellèrent, leur baillèrent des nasardes, et ce en mépris des couleurs qu'ils portoient. Cette action,^ faite publiquement dans la rue, offensa la Reine au dernier point. Le lieute-

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nant criminel en informa contre Maâia et Fontràilles ^ les autres complices qui ëtoient présens à l'action n'y furent pas compris, parce que Tun ëtoit duc et pair 9 l'autre conseiller de la cour.^es accusés avoient des amis dans les enquêtes, qui voulurent que l'affaire fût portée à la toumelle , où ils crurent y avoir quelque avantage ; mais M. le procureur général en demanda l'évocation en la grand'chambre , comme d'un crime de lèse-majesté ; messieurs des enquêtes , nomine coTlectwo^ par leurs députés^s'en formalisèrent. Il y eut quelque conférence faite sur ce sujet, dans laquelle ils résistèrent assez ; mais la chose étant demeurée indécise, elle fut évoquée en la grand'chambre le 7 septembre 1649.

J'ai observé ci*dessus qu'il y avoit brouillenîe dans la Provence, mais fort grande. M. le comte d'Alais ayant voulu faire obéir le parlement de force à ses volontés, M. le comte de Carses, lieutenant de roi dans la province, ayant pris le parti du parlement, «nviron le i5 juillet un homme inconnu donna à M. Loisel , conseiller en la cour, passant dans la salle du Palais, une lettre du parlement de Provence adres- 'sante au parlement, et une autre adressante aux en- <iuêtes, disant que M. le procureur général ne les avoit pas voulu recevoir ; ce dont ledit sieur procureur général ne demeuroit pas d'accord. M, Loisel étoit conseiller de la première chambre des enquêtes, lequel voyantque l'on lui imputoit quelque sorte d'imptudence d'avoir reçu cette lettre sans avoir arrêté celui qui la lui bailloit, et savoir qui la lui bailloit, ou que l'on' le soupconnoit de savoir plus qu'il n'en vouloit dire, il fit résoudre de porter la lettre dans

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la gjrand'chambre, pour voir ce que ces messieurs en voudroieut faire. La lettre demeura quelque temps au ^effe, et après quinze jours ou environ messieurs des enquêtes en demandèrentrouyerlure , disant que si c'étoit une lettre supposée il ëtoit besoin d'informer contre les auteurs de la supposition \ si elle ëtoit véritable y qu'il y^ falloit faire réponse.

M. le premier président s'excusa de faire ouver* ture de la lettre^ parce que les conseillers députés du parlement de Provence , qui étoient à la suite du Roi, nVn avoient aucune connoissahce ^ que d'ailleurs le Boî avoit envoyé M. d'Etampes, conseiller d'Etat, pour accommoder les différends de la province , et que dans cette conjoncture le Roi ne trouveroit pas bonne aocnne intercession qui lui ôteroit la bonne grâce de cet accommodement : nonobstant laquelle messieurs des enquêtes insistant, se rencontra un nouvel inconvénient, savoir une autre lettre du parlement de Bordeaux , laquelle fut apportée à M. le procureur général , et par lui reçue , et les duplicata d'icelle envoyés à aucuns de messieurs des enquêtes.

Nonobstant tous ces obstacles, lesquels étoient recherchés tous les pars ^ la Reine , fortifiée du conseil de M. le duc d'Orléans et de M. le {HÎnce de Condé, ramena le Roi à Paris le 18 août 1649; ^^ quoiqu'elle n'eût désiré aucune sorte de cér^onie , sinon le salut du prévôt jjes marchands et des échevins, le peuple de Paris sortit au devant du Roi en telle abondance , et les rues depuis le i^ubourg Saint- Denis jusques au Palais-Royal se trouvèrent tellement remplies, et parut tant de joie et d'accl^i^tions publiques, que la Reine demeura non-seulement satis- T. 61. il

faite, mais confuse de cette démonstration d'amitié publique.

Le samedi ensuivant, la Reine mena le Roi à Notre- Dame^ le peuple tapissa les rues, les témoignages de la joie publique se rénouTèlèrent.

Le jour Saint-Louis, le Roi fut aux Jésuites de la rue Saint-Antoine à cheval, avec la même affluence et joie du peuple*, et enfin le 5 septembre, jour de sa naissance, il se fit un* grand feu à la Grève, bal et collation à rhôtel-dé-ville. Le Roi et toute la cour y forent , avec les mêmes sentimens de joie dans le peuple. , Cependant M. le duc de Beaufort et M. le coadjoteur de Paris, lesquels étoient estimés les chefs du parti, s'entre voy oient tous les jours, et lés soirs ajontoient à leurs conférences M. le président de Bellièvre, chez lequel ils se rendoient ; et quoique peut-être il y eût peu de matière pour conférer, ils étoient bien aises que Ton en pensât davantage qu'il n'y . en avoit ; et comme ils avoient cette créance qu'ils n'étôient pas aimés à la cour, ils souhaitoient y être, appréhendés; soit pour faire leur accommodation avec plusd'avan^ tagé, soit pour se rendre considérables dans le peuple, dans lequel ils établissoient leur principal appui.

D'autre part, au parlement les députés des enquêtes travailloientincessamment pour demander l'assemblée des chambres pour l'ouverture de ces deux lettres-, et lorsque M. le premier président se trouva pressé, et appréhenda ne pouvoir plus résister, la Reine manda le parlement pour la venir trouver par députés, où ayant été le jeudi 2 septembre à onze heures du matin, la Reine, par la bouche de M. le chancelier, fit entendre trois choses : la première , la vérité de raccommodement de Provence, tel que l'on n'en pou-

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Yoit pas douter , non-seulement parce qu'elle les en assuroit sur les dépêches qu'elle en avoit reçues, niais que M. le premier président lui-même l'avoit su , et en avoit reçu lettres de M. de Mesgrigny, premier président au parlement de Provence \ qu'à l'égard de la Guienne , leurs députés étoient à Paris , avec lesquels l'affaire ayant été discutée et examinée dans le conseil, la Reine à &it expédier ses lettres, patentes qui oi^t été 'envoyées pour être registrées dansle parlement, dont l'on doit espérer toute sorte de satisfaction pour le public. En second lieu, que messieurs du parlement dévoient se souvenir qu'ils avoient promis ne point s'assembler pendant l'année *, et si bien cette prpinesse n'âvoit pas été insérée dans les. articles qui ont été signés, que messieurs les députés en avpient baillé leur parole. En dernier lieu, qu'il étoit important pour le bien de l'Etat, et la tranquillité publique des provinces, que toutes choses parussent être calmées dans le parlement^ et puisque les intentions étoient bonnes et pacifiques, que les apparences dévoient être semblables, pour ne point faire naître de soupçons, ni d'occasions de gloser dans l'esprit de ceux qui n'aiment pas la tranquillité publique.

M. le premier président ayant répondu avec paroles de bienséance et de civilité, sans s'engager à aucune chose, la Reine le fit approcher d'elle avec ceux de messieurs lesquels avoient été aux conférences de Ruel et Saint-Germain, et les interpella de labonne foi en laquelle ils avoient promis d'empêcher, toute sorte d'assemblées de chambres : à quoi M. le premier président répliqua qu'aussi la Reine avpit promis l'exécution entière des choses qui avoient été résolues -, que le parlement de Provence avoit été

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compris dans raccommodatioa, et qu^ présent qn'il étoit dans la souffrance le parlem^at de Paris croyoit être oblige de travaiUer à leur soulagement par mtercessions et par prières ; et la Reine ayant assnrë cpie Taffaîre de Provence étoit accommodée , les doutés se retirèrent.

Et afin de n'être point obligés de fiiire de rdation pubKqne dans le parlement, tout messiemrs les dépotés , en descendant de chez la Reine , entrèrent dans la salle des ambassadeurs, dans laquelle M. le premier président expliqua aux députés tout ce qui avoît été dit, afin qu'ils pussent en faire reiation dans leur chambre chacun en particulier.

Et de feit, le lendemain, les députés ayant iaii relation chacun dans leur chambre , ils opinèrent oe qu'il y avoit à faire , et fut résolu qu'ib iroîent dans la grand^chambre déclarer par leurs députés qu'encore que les lettres des autres pariemens dussent être lues dans l'assemblée de toutes les chambres, et délîbë*rées , pour savoir ce qui est à faire sur iceiles, néanmoins, pour déférer à la volonté de la Reine , et aux assurances qu'elle leur avoit données d'une accommodation publique dans la Provence et la Guienne, qu'ils dëclaroient qu'ils ne demandoient point l'assemblée des chambres pour cette fois, k la cha^e que cette occasion ne pourroit être tirée à conséquence. Aucuns étoient d'avis d'sgouter de l'aigreur à cette protestation, et de protester quVu cas qu'il arrivât quelque désordre dans ces provinces , d'en rendre personnellement responsables ceux qui avoient empêché l'assemblée des chambres , qui étoit offenser M. le premier président : aussi il ne passa pas à cet avis.

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Les kttres adressantes aux deux parietnens furent dressées par M. le premier président , et euToyëes aux chambres des enquêtes pour y être Tues. Dans celle adressante au parlement de Bordeaux, M. le premier président aToit mis : « Nous ne dégénérons pas tt de la vertu de nos pères , lesquels dans une sem- « blable occasion , en Tannée 1 58o , rendirent toute (( sorte d'assistance k votre paiiement. » Messieurs des enquêtes désirèrent que cette clause fût ôtée, d'autant qu'en Tannée 1S80 la lettre du parlement de Bordeaux adressante au pariement fut lue dans la grand'chambre seule, -et réponse j fut faite sans la participation de messieurs des enquêtes , lesquels ne pourant pis faire , ils nommèrent aucuns d'entre eux pour être surveillans pendant le temps des vacations , et s'enquérir de ce qui se passeroit, en exécution des promesses et des assurances que la Reine leur avoit données; deux desquels députés, savoir M. Loisel et M. Durand, ayant vu M. le premier président le premier jour des vacations^ il leur déclara qu'il ne pouvoit les reconnoître en cette qualité, et qu'il ne les recevroit point dans la chambre des vacations, laquelle chambre sauroit bien aviser à ce qui seroH du bien public *, que d'ailleurs c'étoit entreprendre sur la charge de M. le procureur général.

Ainsi les vacations sont venues par la voie ordi-n naire et accoutumée. — Fait ce 1 1 septembre 1649.

Nota y que dans le commencement de ce parle-^ ment, au mois de novembre 1648, ht chambre de Tédit ayant été apportée en la manière accoutumée , Ton se formalisa de ce qu'aucuns conseillers y avoient été continués, et qu'ils y étoient comme perpétuels; que personne n'y entroit que par brigues et sollicita-^

lions ^ qu'il y avoit de la pudeur et de la honte dans ce procède. De sorte que plusieurs furent d'avis de ne point recevoir la chambre de Tëdit qu'elle ne fut reformée, que ceux qui ëtoient continues n'en fussent ôtës , et qu'il ne s'y apportât quelque règlement ^ mais il passa que les lettres seroient registrées , et que le Roi seroit. supplié d'envoyer une déclaration par laquelle il s'oblijgeroit de changer les commissaires de deux ans en deux ans, de n'y mettre. aucun conseiUer qui n'eût quatre ans de service dans la compagnie '/que d'ailleurs ceux qui en sortiroient n'y pourroient rentrer que six ans après en être sortis , et qu'il y en auroit deux de chaque chambre des enquêtes. Cet arrêté ayant été fait au commencement du parlement, ne devoit avoir son effet que pour l'année suivante , de sorte qu'il fut négligé : mais au mois d'août 1649 ^' ^^ chancelier ayant envoyé par avance la. commission de la chambre de l'édit, et dans icelle y ayant employé M. Sevin, conseiller de la grand'chambre , lequel n'en étoit point sorti depuis sept ans , et M. Bitaut , qui n'en étoit sorti que depuis un an , messieurs des enquêtes s'en plaignirent comme d'une contravention à l'arrêté , et fut M. le procureur général envoyé vers M. le chancelier pour obtenir la commission , qui étoit désirée comme un règlement nécessaire pour la discipline de la compagnie ; à quoi il résista quelque temps , mais enfin il y donna les mains, et envoya la déclaration , laquelle fut registrée le 7 septembre 1649, ^* ^^ commission qu'il, avoit envoyée au parlement dès le mois d'août fut rendue à M. le procureur général pour la reporter à M. le chancelier, et en obtenir une nouvelle conforme à la déclaration (le 11 septembre 1649).

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La Reine étant à Compiègne , nous fit demander avis au parquet sur deux choses :

La pitemière , sur ce que le nonce du Pape demandoit permission de faire publier en France une bulle de Sa Sainteté , portant excommunication majeure contre tous ceux qui avoient tué Févêque de Castres , ou qui avoient participé à sa mort par conseil ou autrement, ou qui avoient recelé les auteurs; bref, qui seroient fauteurs, adhérens, participans à ce meurtre en quelque façon , avec la clause : Cujusque regalis aut ducalis potestatis; et outre dérogation à toutes sortes de droits, même des conciles universels. Sur quoi nous donnâmes notre avis, tel qu'il est écrit dans la page suivante (0.

La seconde fut sur l'affaire de M. le duc de Bouillon , lequel ayant été dépomillé de Sedan , le Roi voulant le récompenser par échange d'autres terres , lui promit en l'année i644 ï^ duché d'Auvergne , le comté et la baronnie de Latour, lorsque l'accommodatign fut faite à Paris le premier avril 1649. ^^^ articles portent que M. le duc de Bouillon sera récompensé, et que la parole qui lui a été donnée sera exécutée.

Ensuite M. de Bouillon ayant pressé pour l'exécution des promesses qui lui ont été fsiites, M. le duc de Chaulnes, gouverneur d'Auvergne, s'est alarmé de cette exécution, s'imaginant que sa qualité de gouvecneur seroit peu de chose si M. le duc de Bouillon étoit propriétaire de la province : les officiers du Roi ont eu crainte, et avec raison, que leur^ charges ne reçussent une grande diminution ; de sorte qu'ils se sont opposés , sous le nom du tiers-état de la province, soutenant que le Roi ne devoit pas, et

(i) ^oir aux Pièces jastîficatives , à la fin de l'année i649-

488 [l^49] MÉMOIRES DOBI£R TALON.

que la Reine ne pouvoit pendant la minorité^ aliéner le domaine du Roi.

Cette opposition, quoiqu'elle semblât heurter Fautoritë de la Reine , ne lui a pas déplu ; et comme elle ne vouloit rien faire contre la justice , elle eût bien désiré que la justice reût aidée dans ce rencontre pour refuser à M. de Bouillon ce qui lui étdit promis. Pour cet effet M. le chancelier nous manda pour nous dire, de la part de la Reine, que nous eussions à lui donner avis sur les remontrances et oppositions de la province d'Auvergne, qui nous furent mises entre les mains^ dont ayant délibéré entre nous au parquet, nous ne crûmes pas devoir toucher à cette affaire , laquelle devoit passer devant nous , et en laquelle nous serions obligés de bailler des condusions : de sorte que nous» avisftmes de bailler notre avis , duquel la substance étoit telle : Qu'après avoir reçu le commandement du Roi par la bouche de M. le chancelier, nous étions d'avis que quand il auroit plu au Roi passer contrat avec M» le duc de Bouillon, ainsi qu'il lui avoit été promis, il étoit nécessaire d'envoyer ledit contrat au parlement avec des lettres patentes pour y être registrées, auquel temps nous examinerions les oppositions, lesqueUes nous estimions être renvoyées en la cour, et que nous y prendrions conclusions telles que penserions être raisennables pour la conservation du domaine du Roi et Kntérét des particuliers,

Pm DIT TOMB SOIXÀUTB-'EVHEnaÈHi:.

Paris , de rimpitmerie de A. 6£LIIf , coe àe» Matb«riaft-S.-J. b* i4-

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