‹ MémoiresChapitre 2 sur 3 · U'OMER T\U)N · texte numérisé non relu

U'OMER T\U)N

« Toulut f^ire autrefois Tundes empereurs de la Perse. <( L'industrie de la pavigadon est L'ouvrage de ]> « sagesse divine^ qv^ij. nous en a communique les <( principes avec le dëaiV du commerce ^ mais Tincer- « titude des ëvënemens eàt Téfiet de la Providence : a les premiers hommes ne Tout pas ignorée, mais « les enfans ayant abuse de la connoissance de leurs « pères, la violence des eaux les eût ensevelis sans « le secours de ce grand patriarche, le père d*un « siècle nouveau, le Saturne des idolâtres : Spes or- « bis terrarumy ad ratem confugiensy remis it sœ- « €uh semen natwitatis.

<(. Hercule, Jason, Tiphysetse^compagnons, ont « été les plus anciens pilotes et capitaines de marine , « d'autant plus célèbres dabs leur temps qu'ils avoient « les premiers conçu des entreprises si généreuses. « Strabon nous appréiid dans^a Géographie que les « Macédoniens avoient trouvé dans les Indes ks rui- «f nes.de grandes colonnes semblables à celles qui se a , voyoienten Espagne, qui témoignoient que l'Orient «^ et rOccident avoient été également les dépouilles « de leurs conquêtes.

(( Castor et Pollux sont appelés les génies , les tu- « teurs et les gardiens de la mer, dont ils avoient tt chassé les corsaires. Homère fait . mention des « voyages d'Ulysse, de Thésée et de Pirithoûs^ et « parce que. leur navigation les avoît portés dans te rjiémisphère inférieur , la poésie leur impute d'être <( descendus aux enfers. '

. c(. C'est , ainsi qu'il vfi|ut entendre l'antiquité fabu- « leuse,; laquelle a fait un phénomène, un signe céa leste., de ce vaisseau enchanté. auquel ils ont donné t. 61. 4

5o [l^4^] MÉMOIRES

a nne place dans le ciel au fetaur de son gnind « v^ag[e ; car.Us appeloient la terre ferme que nous ft habitona le monde supérieur^ à la diffifarence des « proTÎBces sitoëes au-delà des ëqnin^^es, qui nous « aont oppœëes et antipodes.

a Le plus sage de tons les rois , et le plus infelli- « gent dans les secrets de la nature, enridrit ses « Etats, et para superbement le temple de Dieu, des « dépouilles de Tarsis et dX)phir , que ses TOyages de a long cours lui avoient acquises. Nous aTons dans « Josèphe les lettres qu'il écrivit à Ironius, roi des « Tyriens , pour avoir dans son pay's des bois de ceci dre , qui lui étoient nécessaires à la construction de (( ses grands vaisseaux ; et en éckange de cette grâce « il lui accorda une traite de blés dans la Palestine.

« Cest une tradition ancienne et probaMe que ces «.peuples qui habitoient la Phënicie ont appris de « Salottion Fusage de la beossole ou de quelque autre « secret semblable , qui les guidoit sur k mer : ince vention que la suite des temps avoit fait perdre , « et que nous avons recouverte depuis deux ou trois « siècles seulement.

« Ptolomée parle d'une pierre d'Hercule (*H^«»Ati«r « A/#fr), dont se servoient ces peuples d^Orient. Hel^ « ladiua Bysantinoiis, duquel nous avons qudques « fragmens dans la BiUiothèque de Photius, a cru « que c'éÉoit la pierre d'aimant ; d'autres ont pensé « que c'étoitle lapis bœticus, et ainsi que ce pou- « voit être quelque chose de semblable à l'aiguille « et au cadran marin dont se servent les hommes de « mer y et avec lesquels , par le moyen du lever et du f( eottchèr des étoiles , par la connoissance de Téléva--

d'oMEK TAION. [1646] 5j

« tien de Féquâteur et de l'incKnation du pôle, et

V aMf«è semblables expériences astrotiomiques' et

V maritime* , ils obsertofiebt les longitudes et lès lati - « tades, SAm l'intdligettce desquelles toute sorte de

* |age»ttentetd'esthne non-seulement est incertaiUe « mais flëiillense sut la mer. '

« Ces peuples, houms dans letts vaisseaux, qui « «'imagittôient être les premiers nés de la nature « ne rëclamoient antre divinitë que le vent et k « brtfttëe (*>w iif»t ^o?»*'*,;*), comme parie dans Eu- « 4èbe l'auteur de leur théologie ; et dans la seule « science de« cartes, des anneaux, d'un eômpas,«t

* autres instrameni mïith<lnaiiques , ils ont fait des « progrès merveiltettx dans tontes les parties du « motide. Atlas, qui est le symbole de leUr astronomie, « tdnuoît toutes les profcfndeurs de la mer, dit Ho- « mère (tàxâét^ç W«,f fii,étct .««). Souvent ils ont passé « lé détroit et les coloiines d'Hercule.

« AHstote, dans son livre des IVIerveilles, dit avoir « appris, parles anciennes relations qu'il avoit vues, « qu'ils atoient trouve dans leurs voyages des terres « si fertiles en argent, qu'ils en rapportèrent leurs « vaisseaux tout chargés , même qu'ils eu avoient « fondu les ancres de leurs navires : ce qui a fait « croire aux plus curieux qu'ils âvoient les premiers « rencontré le chemin des Indes, où se trouvent les « mines d'or et d'argent.

« Les Carthaginois ont sacrifié k Hercule le Ty-

* rien, et emprunté cette science de ceux desquels ils « ëtoient descendus : de là elle s'est répandue dans

* 111e de Rhodes, mais avec tel succès, que les lois i rhôdiennes sont les seules lois de la mer; puis dans

5? [l646] MÉMOIRES

(( ritalie , en laquelle les Romains s'en sont avanta-* « geusement prévalus pour ajouter à leur empire la (( monarchiç universelle du monde : et de fait les « prêteurs de TAsie , dans les enseignes de leur, ma- « gistrature , avoient fait peindre trois femmes cou- (( ronnées et superbement vêtues ; Tune reprësentoit <( leur province , l'autre les îles , et la troisième l'Hel- « lespont. Dans la déchéance de cette grande répu- <( blique , les peuples du septentrion qu'ils appeloient (( barbares ayant couvert de leurs armées non-seu- (( lement la mer du Nord^ mais TOcéan qui regarde <( les Gaules et FEspagne , les Romains furent obliges « d'entretenir des vaisseaux "pour conserver l0s côtes (( et les embouchures des grandes rivières, mais ils tt ne purent empêcher le progrès de ces nouveaux « conquérans : les Bretons résistèrent aux Césars , <( et opposèrent à leurs forces une flotte de deux <( cent vingt vaisseaux équipés en guerre , qui «orc( tirent de leur port pour les combattre ^ les Nora mands ou Norwégiens ont occupé une partie de l'jocc( cident qu'ils avoient découvert par leurs courses. ,

(( Les Gaulois, qui portent le nom de leur fbnda- « teur, qui étoit l'un des enfans d'Hercule, se sont tt répandus en différentes contrées de la terre par le « progrès qu'ils ont fait sur la mer.

C( Les Galates, auxquels saint. Paul a écrit, étoient (( une colonie de ces peuples impatiens qui s'étahli- « rent dans l'Asie mineure, et y conservèrent le nom (( de leur origine : ainsi le Portugal et la Galice . en a Espagne , la principauté de Galles en Angleterre , « ce sont provinces gauloises qui ont été habitées (( par des nations conquérantes, lesquelles cher-

d'omer talon. [.i646] 53

ff choient leurs bonnes fortunes sur la mer , et qui « se sont arrêtées en des lieux diffërens , soit que la « nécessité d'un naufrage , le travail de la mer ou ]a (( beauté du pays les y aient obligés; enfin tous les « peuples voisins de cet élément ont souhaité d'y « commander, tous les souverains de la terre s'ima- « ginent avoir autorité sur la mer qui est proche de u leurs Etats, dans Tétendue d'une certaine plage « qu'ils appellent leur détroit, nam terne mare noc( menhc^nt.

« Diodore, sicilien, parle d'un ancien oracle lequel « avoit averti les Lacédémoniens de prendre garde (( que leur autorité ne fût point partagée , que leur « Etat ne fat boiteux : m« ;^«Aif» f;^«»ri ni» iytf^ôi^Uf. Ce « qu'ils interprétèrent des deux puissances qu'ils (t avoient sur la mer et sur la terre. *

Cl Pour conserver cet empire, les Vénitiens épousent « la mer Adriatique par une cérémonie annuelle *, ils K établissent des gardes à l'entrée de leur golfe , soit « par autorité ou par obligation , qui le rendent tri- « butaire. Rome prétend que le patrimoine de saint « Pierre s'étend sur les eaux, desquelles ils chassent « les pirates tous les ans par des anathémes. Les « Ottomans se qualifient seigneurs de la mer Blanche (( et de la mer Noire , distinguant par ces termes ce c( qui est au'<lèçà et au-delà de Constantinople , la <( mer Egée et le Pont-Euxin.

« Les Florentins et les Génois s'imaginent qu'il y a « une mer Tyrrhénienne ou Toscane, etLigustique.

(( Les chevaliers de Malte s'estiment grands seic< gneurs au milieu des lies de l'Archi-Pélague ; mais « les rois de Tunis et d'Alger , de Fez et de Maroc ne

54 [^^46] MÉftfOlHES

(ç $oiU autre cho^^ que 4^ cpr&airas «^puroniM^ qui K portept pour devUe : fiex Fe;^;^ e^t uùicnmçue a natat* Cett^ mer , laquelle , cpaipar^e 4 VQq^ , « ii'e$t qu'uu fleuve, uuee«pèc;e d» golfe wià» trajet « qui , sqrUut des P^l^SrMéotideSf^e rdunit à MAprinr Il cipe par le détroit des Coloupea d'Hercule, % été « bien loug^teqip^ le théâtre do Vlfcmueur et .le ^mp a de3 grandes batailles. A présent que la grapde mer c< est mieux connue, et plu^ détouve? te qu'Ole n'a « été par le passé , nous voyons que la Suède vitut a comrnand^^'^ ^^ ^ détroit de Bpsofûe et de Fin-» « lande; le roà de Panemarck a établi une rediEmte << sur la mer Baltique pour lever ui^ péagfi ^w les^ K vaisseaux qui passent au détçoit du 9und^ TÂnu gleterre soutient que la m^ qui Tenviroune esi u fermée à toutes les aigres nation, lesquiellea n'y H peuvent pêcher ni trafiquer sans saa passe^port.

<( Les Espagnols et les Portugais, paif<^^ qn'ih on! H découvert de nivelles provins» dans les Indm de^ (( rOf^çident et de TOrient , pensent être les maUre& (( du chemui quii les y conduit; mais les H[allandai& u ont airboré au haut de leurs mâts dei^ rateawp el (( des verg^., comme étant assez puissans pour dhas-» (( ser de la mior toujt ce qui les incommode, et aofu^ « tiexmeAt pa^ leu^s i^nifestes que i^et élément est a libre ,^ de même conditiou que Taie que iious ires-i « pirons et la lumière qui nous éelaîre* « Après tout c'est le chemin de^ grandes çonqut^tes^ le champ d^s batailles les plus sanglantes^ eeu% qui s'embarquoient autrefois pour y combattre « consacroient à Neptune le harnois de leuJTS cheu vaux, ou bien, faisoient sacrifice d'une bicbe cou-^

d'gmkr Tkhov. [1646} 55

« reonéer comme ëUat le symbole de la faite et de « la retraite 9 tachant bien que dans ces occasions le a désespoir tient Heu de courage, et la nëcessitë de a mourir ou- de vaiacre est une puissanfe occasion « de bien faire.

fi Tous les avantages qu'ont eus les nations étran-^ « gères pour rëuasir dans les expéditions aa:tales se « rencontrent abondamment dans ce royaume : la « multitude et la suretë des ports dans Tune et l'autre « mer, la facUité de recouvrer du bois^ du fer, des tt cordages et des toiles pour fournir les équipages, et a qui plus est l%idustrie et Tintelligence des hommes « capables de servir^ le nombre des matelots qui « naissent en Normandie, en Bretagne et en Biscaye* « A toutes ces commodités que la France possède na** « tureUemeut, le Roi, par un conseil de prudence , « ^ute le nom , Tautorité et la protection de la Reine « sa mère> noi» pas pour lui donner une nouvelle ft dignité qui serve d'accroissement à sa grandeur ; la « cpalité de fille, de femme, de mère, de soeur, de « tante de roi , de régentia dans le premier royaume tt chrétien, est au-dessus de toute sorto de titres et K d'honneurs, lesquels elle distribue à qui bon lui « semble -, c'est le centre de la lumière qui pbodnit « les couleurs et les ombres, et n'est suseeptible de (( l'un ni de l'autre. *■

fn Le&tétescouronn^es ressemblent au premier des « astres, qui donne la mesure et la clarté aux autnes, « et ne la reçoit d'aucun-, leurs progrès sont unifer* » mes, et ne ressentent aucuns mouvemens irrégu^ « Her$4}ui les approchent ou les éloignent de la terre; « mais, marchant perpétuellement dans «me même

56 [l646] MÉMOHIES

<(' l%ne , ils imitent lé soleil , qui seul n'a-point d'épi- « cycle : au contraire ses influences sont égales, ses a aspects et ses regards toujours favorables*, tous les (( autres signes du ciel sont susceptibles de plus ou « moins de lumi*ère. \

«La Reine honore cette charge, qu'elle accepte; «le nom de Sa Majesté, écrit sur les états de la maie rine , leur imprimera quelque sorte de respect et <c de vénération particulière; et quoique, assise dans «son cabinet, elle travaille également aux affaires « > de la mer et de la terre , et que cette protection a particulière qu'elle prend en public ne lui donne « pas plus d'emploi, elle lui inspire pourtant des (( soins et des affections pour la nfarine qui serviront c( à fak^ réussir plus avantageusement ceux qui y sont « employés. Ne vous étonnez pas si l'île de Rhodes a est le' séjour le plus agréable du monde et l'air le a plus tempéré : le soleil la visite%usléfe jours, sa (( présence produit cette beauté sans laquelle cette f( ' île seroit semblable à toutes les terres voisines.

« Chacun' sait que les vaisseaux ne se méttoientja- « mais à la mer qu'ils n'eussent choisi la tùtèle et le « secours de quelque dieu ou de quelque héros, du- « quel la iiguré étoit gravée sur le miroir de la « poupe, et s'appelle encore aujourdliui le Dieu a conduit. Outre plus, ils faisoient' peindre sur le « devau^t des navires l'image de quelques aninaux « qui pouvoiént être le symbole de la force ou de la c( vitesse , qui Vappeloit l'enseigne , le ^^dStii^ôv , qui a donnoit le titre et le nom au vaisseau. ' (( Pour cela, quand il est parlé dans les poètes des « enlèvemens qui ont été faits avec des aigles, des

d'osier TAton. [1646] 57

« taureaux et des béliers , lorsqu'ils parlent de pé- « gases, de chevaux ailes, et autres semblables gro- « tesquîes , ce n'est autre 'chose que la mémoire de « ranciënne navigation, des premières expéditions « de ces grands corsaires qui coinïhandoient des vais- « seaux qui portoient le nom de ces figurer.

« La Reine n^ajoutera pas à ses armes , pour inter- « signe de cette charge , des ancres de navires, comme « ont fait de'puis cent années ceux qui ont été tituft laires de l'oâSice ; mais à Tavènir les ancres devien- K dtànt couronnées; les chiffres, les devises, les or- « némens et les trophées de Sa Majesté, gravés sur a le devant et' le derrière des vaisseaux , comme fu* « rent autrefois les armes de Mercure sur le navire if. d'Ovide , seront les marques de son assistance et a de sa faveur particulière, qui feront espérer les « effets de sa prévoyance et du bonheur de son gou- « vemement.' Ainsi les ennemis de l'Etat, tant et <( tant de fois battus sur la terre , aprèis Savoir éprouvé (( les aîmes victorieuses de la régence dans les prott vinces du midi, perdu leurs meilleures places du H côté du nord, et qui plus est décrédités dans l'es- « prit des peuples, réduits qu'ils sont à présent à « composer des manifestes, faire imprimer des dis- « cours injurieux*, falsifier les généalogies de nos « princes pour imposer aux esprits crédules-, après « cette confession publique d'impuissance qui a paru « danscette dernière occasion, en laquelle ils n'ont « pu empêcher le siège ni la prise d'une ville impor- « tante assise au milieu de leurs Etats , qu'ils «'ont tt osé avec une grande armée attaquer des retranche- « mens à demi faits , à présent que leurs généraux

58 > [l646j MÉMOIRBS

(1 d'armées n'étudient dans leurs cabinets que les déc( mardies d'une retraite gidrîeiise ou les fonnxdes H d'une i^amposition houorabie, s'ils penseal den>ir (( être plus heureux sur la mer qu'ils n'ont ééé sur la u terre, ils trouveront um armée navale qui les lulta* (( quera dans leurs rades, et laquelle, ne eraignant u poiiU la multitude de leurs galèvesi ni de leurs aua très vaisseaux , ne peut rien appréhender que Fin* c( jure du Ciel ou les malheurs de la terre, contre <( lesquels les homuies ne combattent jamais. Que si (c 4;ui5 les occasions difficiles de la mer ceux qui sont c( eu péril conçoivent quelque sorte d'espéranoe lors- (( qu'ils aperçoivent ces météores que les n»uriniers tt nomment le feu Saint*£lme, que les poëtas appel* a lentlesTyndaridesouDioseures, ces jumeaux ena fans de Jupiter, desquels la présence est favorable u et salutaire*) à présent que le nom de la Reine a couvre la surintendance des mers, elle qui eat mère (. dedeuxpri|icesinnQceQs,noavéritablesDioscares, « petits-enfans de saint Louis, que la main de Dieu a toute puissante protège visiblement ^ enlails que la u France possède par les prières de la Reine, (|iie le « Ciel n'a pu refuser à sa piété et à sa patienoe, ce (( nom et cette protection auguste doit être la bomie (( fortune de la mer , l'assurance du calme et de la u tranquillité publique de l'Etat, qui nous produira (c sans doute après quelque coiiibat signsdé le mémo a effet que fit autrefois la bataille Actiaqne , après <( laquelle Auguste ayant fermé le temple de Janns , V. fit battre de la mounode sur laquelle cette inscrip- (( tion étoit gravée : Pax arbi te^rmttm* {i Je consens pour le Roi que sur le r^pli d^s lettres

d'omer talom. [1646] 59

K il sok mis qu'eUe» ont été lu^s et publiées, etc. » Et ainsi Tarrét fut pronoucé. Depuis ce temps , M. le duc d'Enghi^Q u'a pas quitté ses espévanœs ; aa contraire^ par les lettres qu'il a éeriles à la Heiiie il la remercie de la l^outé qu'elle aveit eue d'aooep^ ter cette charge , sachant bieu que c'est pour la lui conserver 9 et (^Vi% e^èi:e rendre t^ut de services à l'Etat qu'il la méritera k san retour.

Mais uéaumoius il n'a pas ipsisti \ et mmisieur son père étaiit çlécédé» il s'est contenté de eOnseryelrit lui et à M. le prinqe de Couti son frère leurs g^uwrnemens de Champagne y Bourgogne et Berri.

Entre lest opinions f t dpctrines diflTérentes qui ont é\è traitées p^ les théologiens sur le sujet de h grâce, du franc-^irbitre et de la fréqut^nte ooiiUDoni* mcm^t il se forma w:^ incident de savoir si aaint Pierre et saint Paul étoieut également ch^ de TEgliae r o-.

maine.

Les jésuites 4'une part, et certains prêtres séculiers^ d autre y ayant fait divens écrits , enfin .les jésuitea sollicitèrent à Rome la censure de ces livres, faisant entendre au Pape que s'il n'y avoit imité dans le chef de TEglise » et qvtll pût subsister d#ns Tautorilé de deux personne.^» qu'il pourrait être aussi divisé en deux personnes dans l'exépution. Et de fait ilaobtin-* reDt une bulle ^ laquelle ne porte pa&en tête le nomi du Pape , mjis laquelle a été octroyée par le Pape étant dans la coaçrégation du saint*oifice ou de V'vor^ quisition, par laquelle buUe il condamne celte pro» position en tant qu'elle admet l'égalité entière enivo' jiaint Pierre et s^int Paul , et qu'elle n'établit poin^ de subordination entre eux^ laquelle buUe ayant été

6o [^^4^] MÉMOIRES

envoyée aa nonce , il demanda, au Roi la periiiission

de la Ëdre imprimer. Cette bulle fut envoyée par la ^

Reine à M^ le chancelier/ lequel Payant vue, donna i

privilège pour l'impression ; mais outre la bulle M. le ]

nonce y a^çuta un mandement ou certification de sa j

main, contenant' qu'il avôit par dévers lui Toriginal \

de <îette bulle / et qu'elle étoit demeurée dans les ar- ;

clives de sa nonciature ; lequel mandement du nonce i

contenant plusieurs autres clauses, comme il sera dit \

6ji-après, fut improuvé dans le public, et imputé à i

nouveauté. Et de fait M. le chancelier fut averti d'y

donner ordre ^ mais il ne fit pas cas de cet avertisse- I

ment , et répondit à ceux qui lui en parloient qu^il

s'en défendroit bien , et qu'il n'y avoit rien en cela i

d'extraordinaire. j

• Contre cette bùUe du décret de l'inquisition fut il

fait un petit libelle contenant une feuille seulement, ]

laquelle n'éloit offensive aucunement contre les je- ^

suites, et qui contredisoit ce qui avoit été ordonné

par le Pape; lequel libelle les jésuites l'^iyant consi- ^

d^ré comme une chose qui leur étoit injurieuse , ils \

en soUicitèrent.l» suppression. M. le chancelier eut

dessin de le faire condamner par arrêt du conseil, {

et le faire . brûler y mais d'autant que ce n'est pas

chose ordinaire d'en user deJa sorte dans le conseil,

il renvoya l'affaire au Châtdet , et donna ordre pav \

écrit au lieutenant civil de rendre jugement portant j

condamnation; ce qui fut fait le lundi 6 mai 1647, 1^ i

sentence toute dressée ayant été par lui apportée au |

Ghâtelet, laquelle ne trouva autre contradictiou sinon |

d'un des juges-, lequel étoit d'avis de communiquer ]

cet écrit à M. l'archevêque de Paris et à la Sorbonne, 1

d'omer talon. [1(347] ^^

Le mercredi 8 du même mois , M. Broussel , conseiller de la grand'chambre , se plaignit de Fimpre»sion de cette bulle , du certiÂ^at du nonce et de la sentence du Châtelet : de sorte que nous fûmes mandés au parquet avant la mercuriale ; et étint entrés en la grand'cbambre, M. le premier président nous dit Favis qu'il avoit eu de Fimpressionde cette bulle, etc.; que la cour désiroit que nous nous en informassions pour leur en faire savoir la vérité.

Le même jour après midi , le parlement ayant été saluer le Roi , et prendre congé de lui parce qu'il alloit faire un petit voyage , après le compliment ordinaire fait au Roi et à la Reine par M. le premier président , M. le chancelier prit la parole, et dit que le Roi avoit su ce qui s'étoit proposé le matin dans le parlement; que la Reine désiroit que la cour fût informée de la vérité de cett^ aifaire y dans laquelle il y avoit deux choses à observer: la première ; Timpressioii de la bulle, laquelle avoit été faite par la permission et Fautorité du Roi, M. le nonce Payant demandée \ que la Reine avoit cru qu'il éteit avantageux au Roi de voir le nonce suppliant pour Texécu"tion des choses spirituelles et doctrinales: quanta ce qui avoit été dit que c'étoit un décret de l'inquisition et non pas une bulle (nota que c'étoit moi qui avoit fait cette distinction le matin dans la grand'chambre) , que c'étoit le Pape, lequel avoit parlé ex cathedra^ et qu'en matière de censure et de propositions de doctrine si l'on souffroit bien que les censures de M. l'airchevéque de Paris et de la Sorbonne s'imprimassent, que la Reine avoit cru pouvoir donner permission d'imprimer k censure dont est ques-

6% [ï647] MÈMOIiRfâ

tion. La secohde chose ëtoit la sentence rendue ait 0)Atelet, laquelle le lieutenant cÎTil avoit faite par ordre précis qtri lai aVoit été donné , ayant condamné on libelle sans nom d'anienr ni d*itoprirtieur , qui d'ftilleurtest injurieuic à Pantorité dn Saint-Siège dans une^n^aicime purement dé doctrine, taxant ceux qui ^oRt fait le décret d^igriorance et de surprise. A quoi -M. le )>rem}er président répliqua que le parlement ne s'étoit pas formalisé ni de la bulle ni du procédé du lieutenant civil principalement, maïs d'un certain mandement du nonce du Pape qui étoit ajouté -a» bas de la bulle, et qui avoit été imprimé avec icelle ; que si la permission d'imprimer avoit été donnée par arrêt du conseil , le parlement auroit sujet dé se plaindre àet prfvilége, lequel autoriseroit une nouveauté et une entreprise du nonce , qui voudroît établir une espèce de juridiction dan^ l6 royaume, à f exemple de ce qu'ils pratiquent dans les Etats du roi d'Espagne, et qtie nous avons toujours empêché,, et soutenu que le nonce étoit ^ambassadeur du Pape en qualité de prince souverain, et qu'il ne pouvoît ni ne devoit être autrement traité que les ambassadeurs des princes étrangers , les sujets du Roi ne pouvant ni fie devant communiquer avec lui ; que cela âvoit autrefois été traité dans deu^ assemblées des notables , l'une tenue à Rouen en l'année 1617 , et Tautre dans les Tuileries en l'a^iinée tGtst), dans lesquelles cette proposition ayant été agitée , messieurs les cardinaux Du t^erfon en la première", et de La Valette en la seconde ^ «y^tit voulu soutenir que le nonce du Pape étant nonce du pire commun des chrétiens , ne pouvoit être .estimé ambassadeur d'un prince étranger, néan-

lyOlÊt^ TALON. [î647l 63

moins la pfoposîtioo contraire tùi rësohie et établie : de jftorte que le parlement ayant vu le préjudice que Tautorité dû Roi souffiroit dans ce rencontre par la nouveauté du mandement du nonce , qui se qualifie nonce dans tout le royaume, qui dit avoir reçu ordre de Sa Sainteté pour Tirapression de cette bulle , en avoir mis roriginal dans ses archivas pour l'envoyer aux archevêques et évéques de sa nonciature; cesC ternaes, qui sont paroles d'autorité, de juridiction et de territoire, sont témoignages ^entreprise et de dessein d^lsnrpation ; qu'au surplus il nVvoit été rien ordonné dons la grand'chambre , mais l'afiaire avoit été déposée entre les mains des gens du Roi, qui saoroient bien faire valoir l'intérêt de Sa Majesté, et s'opposer aux nouveautés que l'on vouloit introdaire«

Dans 66 discours, messieurs le chancelier et pre^ mier président se prirent de paroles : M. le chance-* lier ayant voulu jusque» à trois fois interrompre M. le premier président, lui dit qu'il parloit au Roi, que le Roi Ihî donnent audience^ et qu'il ne devoit point l'interrompre; que tel n'étoit point l'usage, et qu'il ne lui pouvoit pas fermer la bouche.

La Reine se leva pour empééher qu'ils ne s'échauffassent davantage , et dit que le parlement feroit ce qu'il devroit en la matière. Ainsi messieurs s'étant retirés , la Reine nous appela , et nous dit que noU9 ayions bien entendu ce qui s^étoit dit ; que le Roi aDoit faire un petit voyage , pendant lequel elle nous recommandoit de continuer dans le service comme nous avions toujours fait. Après lui avoir fait un petit compliment, je lui dis : « Madame, permettez-nous

64 [1^47] MÉMOim»

(( de dire à Y qtre Majesté , et d'aj^utj&r à ce qui a été a d}t par M. le premier président, que le nonce , dans

<( ce mandement qu'il a donné à Timprimeur, ^lyant i

(( pris qu^ité de nonce proche du roi Très-Chrétien i a et dans tout le royaume de France^ il. a parlé

u comme les nonces de Pologne ^ qui savent qu'il. y a i

<( une république en Pologne, et que le roi n'est pas \

tt absolument souverain \ et que c'est chose que Sa Ma- i

« jesté né voudra pas souffrir ni autcuriser en France . » \

Ainsi nous étant letirés , M. le cardinal Mazarin, le- i

qpael n'avoit pas été présent à ce démêlé , ^yaiit fait i

contenance de ne savoir riencfle l^i matière, souffrit \

que nous lui expliquâmes et pendant que nous en \

parlions M. le chancelier s'étant approcjïé,'et nous ^ ayant voulu contredire , je lui demandai s'il vouloit

approuver et souffrir ce qui j^ivoit ^té fait psr le noncç . { U répondit que non , et que «on privilège n^avoit été

donné que pour l'impression de la bulle , et non pour i

l'ordre du nonce , qu'il n'avoit jamais vu \ et ensuite i

il me pria en particulier de le vouloir dire au parle- i

ment, et de faire dilstin(;tion entre le décret émané \

de la cour de Rome et ror4re du nonce. Et de fait le )

même jour il fit réimprimer cette buUe , et dans cette. ;

dernière impression le mandement du nonce ne fut \ pas inséré. •

Le lendemain jeudi, nous délibérâmes, messieurs i

mes collègues et moi, quid agendum en la matière. i

M. Bignon n'étoit pas d'avis dé remuer cette con- i téstation , ijiais de fairç entendre à messieurs les présidons que cela devoit être dissimulé, parce qu il n'é- j toit pas aisé d'y apporter un remède suffisant. Sa pensée étoit que» la bulle ou le décret de cour de Rome,

d'g^to talon. [1647] 65

soit qu'il fût émane de rinquîsition , ou quHl procë-^ dât de la puissance et de Fautoritë du Pape , que ce n ëtoif ^utre chose qtfune censure d'un livre que Ton prétend contenir de biauvaises propositions, semblable à toutes les censures qtlî s'ordonnent en cour de Rome des livres qui offensent la foi ou les proposîtiens de la cour romaine; pour raison de quoi les théo^ logiens , pour assurer les consciences des Français dans la lecture de ceitains livres qui sont censurés à Rome, et que nous autorisons dans le royaume, ont coutume de dire que telles censures ne sont point obligatoires jusques à ce qu'elles soient publiées dans le royaume , et que ce qui se fait dans les congrégations de cardinaux n'est point obligatoire dans le royaume : que si nous nous peignions de ce qui avoit été fait par le nonce seulement , nous autoriserions le surplus de la bulle, et demeurerions d'accord de sa disposition ; que si nous voulons toucher à la substance de la bulle, il seroit malaisé de le faire, parce que c^est une chose de doctrine qui a pu être condamnée à Rome , et dans une matière qui ne concerne point les droits de la France ni l'antorîté royale : de sorte qu'il estimoit que nous ne pouvions faire que trop ou trop peu dans cette affaire.

Au contraire M. le procureur général et moi estimâmes que l'affaire étant commencée, elle devoit être panrsuivie , et que notre silence ou notre dissimulation seroient pris en mauvaise part, et d'ailleurs que messieurs' de la grand'chambre nous oblige roient de leur donner des conclusions; voire même que si cela éfoit négligé , messieurs des enquêtes voudroient en piféndre connoissance ; que nous devions, sans tou- T. 6ï. ' 5

66 [l647] MÉMOIRES

cher k ce X]ui peut être de la doctrine, protester contre le décret en ce qu'il est émané de Tinquisition, et soutenir que la puissance de cette congrégation ne peut être autorisée dans le royaume 9 en second lieu nous plaindre de Tordre ou certificat du nonce imprimé avec la bulle ; et en dernier lieu de la procédure du lieutenant civil , lequel n'a point averti le parlement quand il a condamné cet écrit.

Et de fait le lendemain vendredi nous entrâmes dans la grand'chambre messieurs mes collègues et moi, et je dis : « Messieurs, mercredi matin nous re- « çûmes ordre de la cour de nous enquérir de la vé- « rite d'une bulle qui a été imprimée et publiée de- « puis quelques j ours , ensemble d'un jugement rendu (( au Châtelet lundi dernier, lequel condamne un ft certain écrit ou libelle fait contre l'autorité de la « teneur de cette bulle.

« Le jour même, nous fûmes présens à ce qui se <( passa au Palais-Royal en présence du Roi et de la « Reine, où il vous plut, monsieur, faire entendre « les mouvemens de la compagnie , et les raisons « qu'elle avoit eues de s'étonner de l'entreprise £iite <c par le nonce du Pape, lequel a fait dans cette oc- « casion les premières démarches pour exercpr juri- « diction contentieuse dans le royaume*

« Ensuite duquel discours la Jleine nous ayant ap- « pelés , et ayant été bien aise d'entendre parler du <( détail de cette affaire , même en ay^nt été parlé en « la présence de M. le cardinal Mazarin, M. le chan-* « celier est demeuré d'accord qu'il falldit fairç diffé^ « rence entre la bulle émanée de l'autorité du Saint*- « Siège, pour l'iihpression et la publication de la-

DOMER TALOW. [ï647] ^7

a quelle il y avoit eu privilège accorde au grand « sceau, d'avec ce qui pouveit être du mandement ft ou certification décernée par le nonce , lequel acte (i lui qui nous parloit n'avoit point vu, et lequel (( avoit été ajouté à Timpressiou sans son su ; qu'il K étoit honorable et avantageux à Tautorité royale (( que le nonce du Pape eût été suppliant auprès de « Sa Majesté pour lui demander permission de faire « imprimer et publier une bulle en matière de choses « spirituelles, et que l'impression, la publication, et « l'envoi fait aux évêques , n'a dû être qu'en consé- K quence de l'autorité et 4e la permission du Roi.

« Quant à ce qui a été ajouté du mandement du « nonce , c'est chose qui ne fait point partie du dé- « cret ni du uombre des choses contenues dans le « privilège, dans lequel il n'est parlé que du décret, (( lequel Je Roi a considéré comme une censure doc- « trinale, et a bien voulu qu'elle fût publiée tout « ainsi que l'on puUie et que l'on imprime les cen- « sures de la Faculté de théologie de Paris. Et de fait, tt depuis qu'il a été averti de ce mandement de M. le (c nonce , il a défendu à l'imprimeur de l'ajouter dans (( la dernière impression qu'il en a faite ; depuis ayant <( examiné toutes ces pièces messieurs mes collègues « et moi, nous y avons trouvé trois choses à redire.

« La. première, que l'on ait imprimé en France, « publié et voulu exécuter un décret qui est de la K congrégation de l'inquisition ou du saint-office , « avec ce titre . : Decretum ^anctîssimi domini noS" « tri Innocenta^ dhind Pros^identiâ papcBy sous « prétexte que le Pape étoit présent à ce décret} car « nous reconnoissons en France l'autorité du Saint-,

68 f '^47] MKMOIRKS

« Sîége, là puissance du Pape, chef de FEglisè, père a cohiiiiun de tons leà chrétiens; nous lui devons « toute sorte de respect et d'obéissance , c'est la (c créance du Roi fils aîné de l'Eglise, et la créance A de tous les catholiques qui sont dans la véritable « communion. Mais nous ne reconnoissons point K en France l'autorité ni la puissance ni la juridicc( tion des congrégations qui se tiennent à Rome , « lesquelles le Pape peut établir comme bon lui sem-^ « ble; mais le$ arrêtés, les décrets de ces cohgr^ga- K tions n'ont point d'autorité iii d'e«échtion dans le « royaume : et lorsque , ^m lés occasions d'uti« af-^ « faite contentieuse , tek décrets se sont rencontrés « comme en matière de dispense , de nullité de vwux, « de translations de religieux , la cour a déclaré les « brefs émanés de ces congrégations nuls et abusifs, « sauf au* parties à se pourvoir par lés voies ordi- « naires , c'est-Jndire dans la chancellerie, où les actes « sont expédiés, et portent le nom et le titre du P&pe , « en la personne duquel réside l'autorité légitimé.

c< Et pour ce qui regarde les matières de la doctrine d et de la foi, elles ne peuvent être terminées danâ ces « congrégations, sinon par forme d'avis et de conseil, « mais non d'autorité et de puissance ordinaire : ii « est vrai que dans ces congrégations se censurent « les livres défendus , et dans icelles se fait Vlhdex <t expurgatortus y lequel s'augmente tous les mois \ « et c'est là où autrefois ont été censurés les arrêts « de cette cour rendus contre Jean Châlél, les (Mu- « i^res de M, le président de Thou, les LibeHés de « f Eglise gallicane^ et les autres livres qui cont^err nent la cc^nservation de la personne de nos rois , et

POMW TALON. [1647] ^

u l'exercice de la justice royale ; de sortie que si les « décrets de cette qualité étoient facilement publiés (i et autorisés daus le royaume , ce serpit introduire « Tautorité de Tinquisition , parce que cette congre- K gation qm se tient dans Rome prend cid titre : Gea T\eralis et unwersalis inquisition in univers^ rea puUicâ chtistiandj ad\^ersus hcereticampréwita- « tem^ dans laquelle ils prétendroient par ce moyen « pouvoir faire le procès aux éujets du Roi, comme iU « pensent le pouvoir faire aux livres qui leur déplaia sent, lesquels sont imprimés dans le royaume.

(( Ainsi eux qui parlent ayant examiné le titre de; « ce décret émané de Tinquisition, auquel néanmoins u Ton a donné le nom et Tautorité d'une bulle apps- « toliqae, ils ont pensé 4tre obligés de le remarquer « à k cour, et de s'en plaindre.

« La seconde chose qui l.esr,ipfiense est la certifica- « tion.ou mandement du nonce, lequel a été imprimé a au bas de cette bulle , dans lequel il se qualifie K naneeproc/ie la personne di^ Roi et dans tout Uf « royaume 4e Frunce, qui sont termes insolites et « extraordinaires , pai^e que le nonce du P^pe fai7 « sant fonction en France d'ambassadeur , et n'ei;! « pouvant faire d'autre, il n'a aucun emploi quç H proche la personne du Roi, et n'en peut avpdr 4an3 « le royaume ; et s'il y avoit lieu dans ses qualités de « se dire n<Hice dans la France , il devoit ajouter et « Nas^arre,A%àxit notoire que de nos jours cette qua- « litë a été oubliée dans des bulles de Rome avec des- K sein et affectation : en second lieu, le nonce dit <( qu'il a reçu ordre de Sa Sainteté, suivant lequel il a « fait imprimer ce décret; or l'impression éta^t chose

(( purement temporelle, et qui fait partie de la poc< lice, elle ne peut ni ne doit être faite dans le M royaume que par Tautoritë du Roi et du magistrat.

a En troisième lieu , le nonce dit que Torigiùal de c( cette bulle est demeuré dans les archives de sa nonce ciature ; laquelle manière de parler ne convient pas <( à nos moeurs , parce que le nonce du Pape non plus « que les autres ambassadeurs des princes souverains « n'ont ni greffes ni archives dans ce royaume, et les « ambassadeurs du Roi n'en ont point à Rome.

« En dernier lieu le nonce ajoute par cet écrit qu'il « a envoyé cette buUe aux archevêques et évéques « de sa nonciature , comme s'il avoit quelque terri- « toire certain et limité dans l'exercice de sa fonction.

(1 Toutes lesquelles choses pouvant être le com- « mencement d'une nou^auté que l'on veut intro- « duire dans le royaume, estiment qu'ils s'y doivent (( opposer, afin qu'il plaise à la cour d'y pourvoir.

« Le dernier point concerne la sentence rendue (( au Châtelet, non pas pour examiner la doctrine du <( libelle qui a été condamné, lequel étant anonyme , c( ayant été imprimé sans permissionidu Roi , et étant (( injurieux en ce qu'il paroît dans une matière doc- « trinale, qui ne concerne point l'autorité du Roi ni <(. les droits du royaume , pensent qu'il a pu être con- « damné; mais parce que le lieutenant civil ne Ta « pu faire que par voie de police générale , il semble « qu'il en a dû avertir la cour, ou lui en rendre <( compte comme il a été fait en pareille occasion.

« Ainsi faisant réflexion sur toutes ces choses, « lesquelles ils ont observées, estiment qu'il y a lieu « de faire défense à toute sorte de personnes, de quel-

d'oMER TAtON. [1647] 7ï

« que qualité qu'ils soient, de publier, imprimer, « vendre ni débiter aucunes bulles , brefs ou ordon* « nances émanées de la cour de Rome, qu'elles ne « soient autorisées par lettres patentes registrées au «grefle de la cour; que les exemplaires de la bulle (( dont est question , èsquels se trouve inséré le man* ft dément du nonce du Pape , seront saisis à leur re- « quête, et apportés au greffe de la cour pour y être <( supprimés *, défenses à toutes personnes de les re- « tenir sous telles peines qu'il appartiendra ; que les <( réglemens et arrêts qui ont été faits pour l'impres- « sion seront gardés et observés, et le lieutenant « civil averti de se pourvoir par devers la cour en « semblables rencontres. »

Le même jour après midi, M. le cardinal Mazarinroe manda sous prétexte de prendre congé de lui , et par effet me vouloit prier de ne rien avancer en cette matière, me disant que le nonce n'avoit eu aucun dessein d'entreprendre ni de faire de nouveauté ; qu'il étoft bon Français, et frère du défunt cardinal Bagni, fort affectionné à laFrance; qu'ils seroient infiniment contens à Rome qu'il eût fait ici quelque sottise, parce cpi'ils n'avoient aucune affection pour lui -, que le Roi lu contraire avoit intérêt qu'il ne se fît rien qui le pût âcher, ni désautoriser son ministère; que c'étoit lui par la voie duquel le traité avoit été fait avec le duc de Bavière , lequel étant le chef de la ligue catholique dans l'Allemagne, il étoit fort avantageux au Roi d'avoir détaché le prince des intérêts de l'Empereur ; qu'il s'étoit résolu , en s'acconmiodant avec le Roi , de lui donner le titre de majesté (ce que les électeurs de l'Empire n'avoient jamais voulu faire ) 5 qu'il espé-^

jSk ['^4?] MÉMOIRES

roit ïoéme d'obliger rEmpëreur d'user de mêmes term^ ; et ensuite iHe $oUicita pour diissimnler cette affaire in grafiaf^ de M. le aènce ^ lequel se trouve^ roit ofieusé ^ et di^ii$ uue chose eu laquelle, il n'ayoit eu aucun dessein d'entreprendre. Je lui répliquai que refaire à mon égard n'ëtoit plus en son entier, parce que j'avois parlé le matin, et donné mon dire poqf le mettre dans le registre ; que je croyois bien que cela ne procédoit pas du nonce pour Taccuser d'aucun mauvais dessein , mais que cela de voit être imputé à ceux qui sont auprès de lui ; qu'au surplus nos conclusions n'étaient pas fâcheuses : et les lui ayant expliquées , il me témoigna qu'elles étbient justes. Ensuite il me demanda ce que je pensois qu'il fal* loit faire : je lui dis que j'estimois qu'il pouvoit faire dire à M. le premier président qu'après la délibëca* tion de 1 affaire qu'il ne souffrît point que l'arrêt qui interviendroit fût publié ui imprimé^ que par ce moyen le public ^eroit satisfait par l'arrêtée de la compagnie , et le nonce ne seroit pas offensé quand l'ar* rét ne seroit point publié* .

Néanmoins n^on avis ne satisfît pas, parce que lé mercredi ensuivant i5 mai 16477 auquel jour la dé^ libération devoit être faite, M« le chancelier envoya à M. le procureur général une lettre de cachet adressante au parlement pour surseoir la délibération, par laquelle il étoit porté que M. le nonce, avec lequel l'on avoit conféré de cette affaire , avoit. fait entendre au Roi que son intention n'avoit point été d'entreprendre aucune nouveauté; nonobstant laquelle lettre il fut arrêté iie délibérer sur nos conclusions. Et de fait à l'instant la délibération ayant été faite , intervint ar^

UOiiBlI TALON. [1647] 7**

rft conforme à nos cbnclosiona , mais plus étendil , parce qu'il ppji^ défense à tons ëvéques et ao^ universités de reoetcir ni exécuter aucune bulle de Rome sanis lettres patentes du Roi, registrées dans le parlement.

Messieurs de la deuxième obambre des enqudtes nous ont excités au parquet de donner ordre aux plaintes qui arrivent tous les ans de quelques petits dérégleinens qui se rencontrent dans la chambre des vacations , en laquelle messieurs qui y sont en exer^cice y ne doutant point de leur pouvoir , excèdent les termes de Tordonnance, et entreprennent de connoître de ce qui ne leur doit pas appartenir. Ce qili donna sujet à cette délibération fat dans le général les plaintes fréquentes que Ton ^aisoit dans le Palais de messieurs Queslin et Foucaut, lesquels affectoient de servir tous les ans en la chambre des vacations , dans laquelle ils cherchoient ji'occaâion de faire des arrêts Jusques à tel excès, que Ton a cru que Tun d'eux plaidant une séance a voit mis jusques à douze cents arrêts au greffe sur requête ou autrement ; mais dans le particulier il se trouvoit que dans un procès jugé en la deuxième des enquêtes, au rapport de M. Magdelaine , auquel il y avoit eu adjudication de dépens pendant les vacations, le procureur avoit fait subroger M. Rancher, conseiller de la grand'chambre, pour taxer les dépens; et ensuite au lendemain de la Saint-Martin avoit voulu attirer la connoissance de l'affaire k lagrand'chambre, et Tôter aux enquêtes. Ainsi, après plusieurs semonces de la part de ces messieurs, nous nous résolûmes, le mercredi 7 août, d'entrer en la grand'chambre et demander la mercu-

riale pour l'après-diniie (ce qui fut ordonné) : et de fait Taprès-dinëe du même jour messieurs étant assemblés dans la chambre de Saint-Louis , je leur dis :

n Messieurs, les plaintes fréquentes qui se renou- « yellent tous les ans, principalement au commen- « cément du parlement, de quelques petits désor- « dres arriyés dans la chambre des vacations, nous « obligent de demander cette assemblée , et de tous <( proposer quelques articles que nous avons rédigés (( par écrit, qui ne sont autre chose que le renoutt vellement des termes des anciennes ordonnances a que vous savez mieux que nous, afin qu'étant ra- « fraîchies et autorisées de nouveau, redeat in no- « sfitatem vetustas, comme parle le pape saint Léon ; <( que la chambre des vacations ne soit pas à Face venir une occasion de surprise aux hommes arti- (( ficieux qui s'imaginent trouver de l'avantage dans « le changement des juges , et lesquels font des desa seins deux ou trois mois auparavant pour faire (( réussir dans une semaine ce qu'ils ont entrepris.

ft Vous y êtes établis, messieurs, pour juger les « affaires sommaires , et celles qui ne peuvent souf- (( frir de demeure, desquelles le retardement est une <( espèce de déni de justice; et néanmoins vous sa^ « vez, messieurs, ce que produit la mauvaise procé- « dure du Palais, et ce que l'on a vérifié du nombre « des arrêts qu'un seul de messieurs a mis ali greffe c( pendant le temps des vacations ; ce qui semble être <( au déshonneur de la compagnie et au préjudice des (( sujets du Roi.

(( Car comme dans les maladies il y a certains t( temps auxquels il est plus sûr de ne point user de

d'omer talon. [iti47] 75

« remèdes que de hasarder ceux lesquels étant bien- <c faisans d'eux-mêmes' peuvent être rendus nuisi- « blés , ainsi il y a des . occasions dans lesquelles il « est plus utile et plus honorable dans le public de « cesser Fexercice de là justice que de la faire à (( contre-temps : pourcelales anciennes ot^donnancës « ont limite le pouvoir et là-fonction de la chambre <( des vacations, desquelles nous demandons Tob^ « servation par les article^ que nous vous avons ap- « portés. » , '

Au commencement du mois d'octobre de Tannée t646, intervint arrêt au conseil des finances, lequel établissoit une imposition nouvelle sur tpute sorte de marchandises entrant- tant par eau que par terre dans la ville de Paris, avec ordre particulier d'en faire la levée en attendant que l'édit en fût vérifié où besoin seroit : et de fait la levée a été établie et levée sur toute sorte de marchandises , et exigée sur toute sorte de personnes exempts et non exempts, privilégiés et non privilégiés.

Ce droit nouveau, qu'aucuns de messieurs du parlement avoient ressenti en leur particulier, ayant été obligés de payer pour les fruits du crû de leurs maisons, fut là matière pour entretenir à la Saint-Martin le loisir de messieurs des enquêtes , lesquels dans lés premiers jours ne sont pas beaucoup occupés ; outre plus, il y avoit eu arrêt rendu en la seconde chambre des enquêtes portant partition des fruits de l'abbaye du Jard entre M. l'archevêque de Bordeaux , abbé , et les religieux de la même abbaye^ lequel arrêt portant préjudice au nouvel abbé, qui étoit le chevalier de Jard, il eut assez de crédit auprès de M. le chan-

76 [<^47J MÉiiÉoiiifis

cthex pour se pourvoir au conseil , et £aLÎre dëtruîre la disposition de cet arrêt; de sorte qu'il se fonkia deux occasions de plainte, qui furent portées à la grand'cbambre par les députes des enquêtes : la première concernant cette imposition nouvelle, ou ta-* rif ; l'autre concernant les évocations du conseil.

En la première, messieiïrs du parlement se plaignoient de Tentreprise de la cour des aides , qui Vë-^ rifioit tonte sorte d'ëdils et impositions nouvelles, et sous prétexte du nom d'aides s'attribuoit l'autorité d'être arbitre de la fî)rlune de tous les sujets du Roi ^ qu'il appartenoit au parlement de connoitre des nouvelles levées et impositions qui se faisoient sur le peuple. En la seconde , ils demandoient justice de la fréqjuence d^s évocations et cassation^ du conseil.

Pour cet effet ces messieurs demandèrent rassemblée de toutes les chambrés; et après avoir plusieurs fois insisté, lé i5 décembre 1646 nous fûmes mandés au parquet, et reçûmes ordre dans la grand'chambre de nous enquérir de la vérité de cette nouvelle im^ position , et d'en rechercher les pièces pour lès rapporter en la grand'chambre.

Messieurs du conseil des finances , avertis de riâstànce que faisoient messieurs des enquêtes, dres^ sèrent nu édit pour iautoriser cette levée, do^ ils adi^ssèrènt l'enregistrement à la cour des aidés; et d'autant qii'il s'agissoit d'une levée dans, la vil)e de Paris seulement, l'édit fut registre en k première chambre de k cour des aides seulement^ avèo cette seule modification que Tédit serbit changé, et que les mai^chândises venant du ©rû en seroiënt exceptées. ^

d'oME» TALOIf. [ifi47] 77

Le lundi 17. du même mois, nous éotrâméii dans la ^and'cbambre , en laquelle je dis à messieurs que j'aveis vn. Tëdit portant cette nouvelle imposition, lequel ëtoit compose de Tancien et du nouveau droit de barrage ^ que d'ailleurs SI cbmprenoit une impo*sition pour le bâtiment d'un nouveau pont aux Tuileries , une autre sur la bûche , et enfin la révocation dune, taxé d'aises siir lès six corps des marchands de cette ville de Paris 9 que le droit de barrage étoit un droit domanial dont la connoissançe appartenoit au parlement; et les autres droits étant imposés pour étendre les taxes déà aisés qui avoient été vérifiées dans le parlement, et pour la construction d'un nouveau pont vi^'^vis les Tuileries, qui étoit un ou-* vrage de police, la connoissaûce naturellement en devoit appartenir au parlement.

M. le procureur général prit la parole après moi, et dit qu'il a voit examiné toutes les pièces concernant cette affaire, et que tous les droits contenus et mentionnés* dans l'édit étoient- simples droits d'aides imposés pour un temps , dans lesquels l'ancien droit de barrage n'étoît pas compris, et dont il avoit été excepté par un arrêt du conseil rendu quelques jouira auparavant-, que le surplus des autres droits étoit de§ droits d'aides qui se levoient séparément, lesquels avovent été rassemblés dans un hxéme édit i mais qu'en effet il n'y avoit rien de domanial , ni qui pût être de la connoissatice et juridiction du parlement.

Ainsi nous npus trouvâmes de différente pensée et de différent avis M. le procureur général et' moi; ce qtie je n'eus pomt envie d'éclaircir, pour éviter contestation r niais M. le président de Mesmes nous

7 8 [l647] MÉMOIRES

ayant demaudë si dans les droits qui composoient rimposition le droit de barrage n'en faisoit pas partie, je pris la parole, et expliquai l'affaire plus au long, et conclus que Tédit vérifie en la cour des aides ëtoit compose de choses domaniales sans difficulté.

[ M. le procureur général ne s'offensa pas de cette contradiction -, mais , sortant de la grand'chambre , il se plaignit de messieurs des financés, lesquels ne Jni avoient fait entendre la vérité.]

Deux jours après la Reine nous manda messieurs mes collègues et moi, et nous fit dire par la bouche de M. le chancelier la même chose que ce que M. le procureur général avoit dit au parlement, qu'il y avoit différence entre un droit d'aides et un droit domanial, entre l'ancien droit de barrage et le nouveau qui avoit été établi 5 que l'ancien avoit *été confirmé par un arrêt du conseil, et excepté du tarif; mais que le nouveau avoit été imposé par forme d'aides pour un temps seulement^ que les autres 'droits compris audit édit étoient de même nature , qui n'avoient été imposés que pendant les hécessités de l'Etat, et que la connoissance de telles affaires appartenoit à la cour des aides, et non au parlement.

Je dis àla Reine que si Sa Majesté le commandoit, je ferois relation à la compagnie de ce qu'elle nqus, faisoit dire; mais que cela feroit peu d'effet, parce que messieurs du parlement étant bien informés de la vérité des choses, ne se laisseroient pas surprendre dans la discussion d'une affaire laquelle leur étoit connue -, qu'il étoit difficile de leur persuader que le droit de barrage , soit nouveau ou ancien , ne fut point.

domanial y que la construction d'un poiit de pierre sur la rivière de Seine ne fit pas partie de la police ; et que la commutation des taxes des aisés en impositions sur les marchandises ne fût pas de ]a connoissance du parlement, puisque ces taxes d'aisés sub* sistoient sur la vérification d'un édit registre dans le parlement.

Cette réplique , que je fis en la présence de la Reine (laquelle fut assez sèche), ensemble la contradiction que j'avois apportée au discours de M. le procureur général, me procura de mauvais offices vers la Reine et messieurs les premiers ministres^ dont je m'expliquai avec M. d'Emery, lors contrôleur généi'al des finances, lequel m'ayant rendu plusieurs visites sur ce sujet, et ayant travaillé puissamment pour me persuader ses intentions (dont il ne put venir à bout), il me proposa de faire expédier une déclaration par laquelle on sépareroit le droit de barrage d'avec le reste des impositions du tarif, et que l'on donnerbit au parlement la connoissance du barrage et de l'emploi des deniers en provenant, pour être employés utilement pour le public : mais après ra'avoir fait cette proposition, même l'avoir rédigée par écrit, il ne voulut pas l'exécuter, croyant que c'étoit un ex-, pédient pour l'extrémité. Cependant la relation que nous devions faire au parlement de ce qui nous avoit été dit par M. le chancelier fut différée, jusques à ce

que toutes les chambres étant assemblées le , je

la fis, et ensuite j'expliquai ce qui étoit de mon sentiment sur tous les points de l'affaire -, dont j'ai baillé mon récit par écrit, lequel est dans le registre du parlement.

8o [1^47] MéMOIBEft

La délibération sur mes conclusions fut éludée par différentes occasions : i^ par la maladie véritable de M. de Brousse], conseiller de la grand'ch ambre, rapporteur, personnage de haute vertu, et ensuite par plusieurs incidens étudiés par messieurs des finances, et favorisés par ceux qui ont part à la conduite de la compagnie.

En telle sorte que la quinzaiqe de Pâques étant arrivée, la Reine- témoigna qu'elle vouloit que messieurs du parlement entrassent en conférence avec M. le chancelier , tant sur le fait du tarif que sur le fait des évocations. Ce qui fut fait dans la galerie de M. le chancelier, au milieu de laquelle étoit la table et le tapis du conseil, M. le chancelier occupant la première place, et vis-à-vis de lut M. le premier président, et les autres présidens et conseillers ensuite; et nous du parquet fermant le bout de la table.

M. le premier président expliqua les plaintes de la compagnie sur l'adresse de Fédit du tarif faite à la cour des aides, le préjudice que recevoit le parlement de n'avoir plus connoissance des affaires de cette qualité^ qui étoient impositions générales sur toute sorte de denrées, et partant sur toute sorte de personnes ; puis il ajouta, la plainte de la fréquence des évocations, parla en particulier de celle de Fabbaye du Jard, d'une commission donnée au grand prévôt de l'hôtel, etc.

M. le chancelier répliqua que les juridictions étant divisées dans le royaume, le parlement devoitconnQÎtre de tous les différends ordinaires concernant lies sujets du Roi dans son re^isort , des affaires et des droits du domaine -, mais les impositions et les levées

d'omer taCon. [1647] 8t

de deniers, qui s'appellent et qui sont droits d'aidés, c'est-à-dire charges momentanées établies pour un temps nécessaire pour les besoins de l'Etat, rétablissement et la connoissance d'iceux en appartient à la cour des aides par lettres patentes de Tannée i56g^ yérifiées même dans le parlement; depuis lequel temps, qui est de quatre-vingts ans ou environ, ils en ont seuls connu au vu et su du parlement, qui ne ]es a point contredits; qu'en l'année 1597 la pancarte résolue en l'assemblée des notables de la ville de Rouen ne fut vérifiée qu'en la cour des aides; que tous les droits qui se lèvent sur le sel et sur le vin ont été registres en la même cour de temps en temps ; que le tarif duquel l'on se plaint est une levée des plus innocentes qui se puisse imaginer, laquelle se répand sur toute sorte de personnes , et principalement sur les riches à proportion de ce qu'ils en consomment ; que dans toutes les villes du royaume èsquelles le Roi a demandé quelque argent pour les aisés ou la subsistance, les peuples ont mieux aimé donner au Roi ce secours par cette forme de levée , que non pas par capitation; que la nécessité publique est notoire et connue , et qu'il seroit de l'honneur du parlement de ne pas chercher les occasions de combattre; l'effet d'un édit de cette qualité , nécessaire pour la subsistance de l'Etat. Pour les évocations , il a confessé qu'il pouvoit y avoir quelque règlement à y Êdre; mais que cela «ne se pouvoit faire que dans le détail des occasions yarticulières , et que quand il seroit informé des abus et des surprises, qu'il seroit le premier il y apporter le remède nécessaire. M. le président Le Coigneux repartit qu'il appar- T. 61. 6

g^ [1647] liiÉMOIHES

tenoit au magistrat ordinaire , et à celui qui avoit la conduite de la police d'une ville , de connoître principalement des levées et impositions de deniers qui se font sur eux , pour savoir si elles sont conformes à leurs puissances, s'ils les peuvent souffrir avec patience , et si elles ne sont point capables d'exciter sédition, dont les plus dangereuses sontctUes qui procèdent de la faim et de la nécessité domestique , qui ne peut être apaisée ni par autorité ni par persuasion ; que la fonction du parlement est inutile pour conte»nir les sujets du Roi dans l'obéissance , s'il se rencontre une autre puissance à laquelle ils soient responsables pour les choses les plus nécessaires de la vie , s'il y a un conseiller de la cour des aides qui soit juge dans Paris en première instance de la levée qui se fait sur toutes les marchandises qui se consomment à Paris -, que d'alléguer une prescripticm contre un droit de cette qualité qtii appartient naturellement au parlement, que cette possession seroit inutile^ étant contraire à l'ordre public^ demeure d'accord qu'au parlement appartient* la connoissance du domaine, et à la cour des aides le jugement des affaires des tailles, des aides et de$ gabelles; mais qu'il faut remonter à la source , et considérer que dans le temps de cet établissement le domaine du Roi suifisoit pour payer toutes les charges de l'Etat, et les aides qui â'imposoient sur les peuples étoient petits droits pour subvenir aux dépenses extraordinaires, desquels de vérité le jugement et la connoissance leur appartient par les édits de l'année 1 569 , pour connoître des différends qui naissant entre les fermiers et particuliers, ou bien de particulier à particulier (après que lesdits

DOMER TALON. [1647] 83

droits seront imposés) 5 mais il n'est point dit dans ces ëdits que l'imposition ou la vérification d'icelle leur appartiendra à l'exclusion du parlement , et ce d'autant moins en ce temps-ci , auquel tout le domaine du Roi étant engagé et rendu inutile pour satisfaire aux dépenses, les aides et autres subsides nouveaux tiennent lieu de domaine et de fonds pour les dépenses de la maison du Roi et de l'Etat* de sorte que d'en attribuer la connoissance aux généraux des aides à l'exclusion du parlement, c'est changer Tordre ancien du gouvernement de l'Etat, sons prétexte de donner aux nouvelles impositions le nofn dWe», ou tel autre nom que l'on voudra.

Ensuite chaéim de messieurs ayant dit quelques petits mots, et insisté sur les évocations, M. le chancelier dit qu'il feroèt entendre à la Reine le résultat 4e la conférence*

Et de fait, cinq ou six jouts après, la Reine ayant été obligée d'aller à Compiègne et de là à Aiâîeiis, les compagnies furent mandées pour prendre congé du Roi ; et après le compliment ordinaire la Reine fit dire par M. le chancelier qu'elle vouloit terminer l'affaire du tarif, et donner contentement à la compagnie sur le sujet des évocations ^ que 3on dessein étoit d'envoyer au parlement une déclaration pour conserver sa juridiction, et dans le détail des affaires particulières lui témoigner son affection; que cela se concerteroit pendant son voyage et s'exécuteroit après son retour, pendant lequel temps elle désiroit qu'il fût sursis à toutes délibérations.

Duquel discours la compagnie ayant été avertie par la bouche de M- le premier président, elle supercéda

quelque temps en attendant cette déclaration pr(H mise, quelle croyoit être l'adresse de l'édit portant l'imposition qui avoit été faite à la cour des aides : mais ce n'ëtoit pas Fintention des ministres , car M. d'Emery, qui de contrôleur général fut fait surintendant des finances (par la démission de M. Le Bailleul^ président au parlement, laquelle démission il fut obligé de donner , ne pouvant s'en excuser hon-' nétement), avôit fait entendre à la Reine qu'il étoit périlleux que le parlement s'attribuât l'autorité de connoitre des matières de cette qualité , étant impossible d'espérer les secours nécessaires, dans leurs affaires par les suffrages de messieurs du parlement, lesquels se rendent extrêmement difficiles dans les occasions de cette qualité.

Ainsi pendant l'absence du Roi s'écoula le mois de mai et de juin, pendant lesquels cette déclaration promise n'ayant point été envoyée , nous fûmes mandés en la grand'chambre , et reçûmes ordre de voir M. le chancelier, et le prier d'écrire à la Reine pour obtenir la déclaration qui avoit été promise : sur quoi ayant vu ledit seigneur, il nous fit beaucoup de civilités , mais il s'excusa de pouvoir expédier aucune déclaration jusques à ce qu'il en eût écrit à la Reine , étant chose de conséquence , et à laquelle il ne pouvoit toucher sans ordre supérieur. Mais au lieu dV voir cette déclaration, la Reine écrivit au parlement , et manda par une lettre de cachet qu'elle vouloit faire entendre son intention par sa bouche, et pour eet effet que messieurs du parlement dépu^ tassent vers eUe un président et deux conseillers de la grand'chambre, et autant de chaque chambre

d'omer talok. [1647] ^5

des enquêtes, pour aller à Amiens entendre sa volonté.

Ces lettres, portées dans le parlement, justifièrent quelle étoit l'intention des ministres , savoir d'éloigner la délibération de cette affaire, et d'en empêcher la décision -, et d'autant que c'eût été une grande incommodité à tous ces messieurs d'aller à Amiens , ils résolurent de députer M. le procureur général pour aller vers la Reine, et lui faire entendre les difficultés du voyage qu'elle avoit ordonné , même sur la fin du parlement, où les affaires de la justice étoient pressantes, et la supplier de lui vouloir faire savoir sa volonté, pour la rapporter à la compagnie.

Ce qui fut exécuté, mais lentement; car M. le pro-. cureur général ne partit que huit jours après la députation faite de sa personne ; et son voyage ayant été de six ou sept jours, sa relation ne fut faite que quinze jours après son envoi. Le sommaire de ce que la Reine lui avoit dit fut que le Roi seroit incontinent à Paris -, et puisque messieurs du parlement n'avoient pu venir savoir son intention, qu'elle leur feroit savoir sitôt qu'elle seroit arrivée , pendant lequel temps elle désiroit que l'on supercédât à toute sorte de délibérations. V

Et de fait incontinent le Roi et la Reine étant arrivés,, le parlement les salua, et M. le premier président leur fit compliment sur la prise de Dixmude et de La Bassée , qui avoient récompensé la perte d' Armentières et de Landrecies; mais depuis ce temps n'étant arrivé aucune nouvelle du côté de la cour , et messieurs des enquêtes ayant fait instance pour délibérer sur la matière, l'affaire fut remise au lundi

d'après la mi-août, qui étoit le 19 dudit mois, auquel jour nous portâmes un édit ou déclaration à la gimnd chambre , par lequel le Roi vouloit que dorénavant le droit de barrage Mrvît à Tentretenement du pavé et des chaussées de la ville de Paris ; et pour 6èt effet il établit une imposition sur toute sorte de marchandises entrant en la ville tant par eau que par terre , dont le tarif ou la pancarte étoit expliqué dans l'édit, montant à quatre-vingt mille livres OU environ par chacun an.

Sur lequel nous prîmes concli>sions par écrit, par lesquelles nous consentîmes Tenregistrement audit édit pour être exécuté selon sa forme et teneur, à là charge que les deniers seront actuellement employés, etc. ^ et quant à la levée et imposition nouvelle qui se perçoit sur les marchandises, attendu la nécessité reconnue, que la levée sera continuée pour un an, en vertu de l'arrêt qui interviendra , et sans qu'elle puisse être continuée pour quelque occasion que ce soit.

Les raisons de ces conclusions , qui semblent eitr traordinaires en ce qu'elles sont prises sur un édit qui n'étoit point envoyé au parlement, mais qui étoit registre en la cour des aides (de sorte que c'étoit prendre connoissanc^ d'une imposition sans la connoître), furent que l'intention du parlement étoit dans cette occasion de se rétablir en son droit et sa possession ancienne de connoître des impositions qui se font sur le peuple. Nous crûmes que cela ne se pouvoit faire que par l'une de ces voies , savoir esl ou que la Reine envoyât au parlement l'édit jà vérifié en la cour des aides, ou que la Reine le révoquât, ou que le parle-

DOMËR tALON. [164^] 87

ment, usant de son pouvoir, défendit Texécution de redit et la levée des droits jusques à ce que l'édit eût été apporté et délibéré au parlement : et d'autant que les. deux premiers expédions dépendent de la volonté de la Keine, et que le dernier est un moyen violent qui fait combattre puissance contre puissance, et auquel il y avoit à craindre qu'après que le parlement auroit usé de son autorité et épuisé toute sa puissance , que le Roi n'usât de l'extrémité de la sienne en cassant l'arrêt rendu au parlement, et ce avec injure-, nous , qui prévoyions ces inconvéniens, et qui jugions jusques où telles extrémités pourroient aller, proposâmes cet expédient par nos conclusions, par le moyen duquel le parlement rentreroit doucement dans l'exercice d'un droit auquel il sembloit qu'il eut renoncé par une longue non-jouissance ^ et outre plus la Reine n'auroit pas occasion de se plaindre , puisque l'on n'auroit point empêché l'exécution de l'édit. Néajuaoins cot expédient ne fut pas entendu ou bien discuté dans son commencement-, car messieurs ayant opiné depyisie lundi jusques au jeudi ensuivant, toutes les opinions aboutissoiéntàdireque remontrances seroient faites à la Reine sur l'importance de cet édit, et cependant que défenses seroient faites d'exiger le droit à la porte. Mais pour rompre cette délibération, messieurs, le jeudi après dîner, étant en commis* saires, furent mandés par la Reine, laquelle leur dit qu'elle étoit avertie de ce qui se passoit dans le parlement, et qu'elle vouloit croire que cela procédoit faute d'entendre son intention et le besoin des affaires publiques, dont elle désiroit que messieurs du parlement fussent informés \ que pour eet effet elle

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dësiroit qu'il $e fit une conférence en sa présence , afin que Ton pût ëclaircir les difficultés qui donnoient lieu à ce qui s'étoit passé dans la compagnie.

Le lendemain vendredi 2 3 août, M. le premier président ayant fait rapport , toutes les chambres as« semblées, de ce que la Reine avoit dit aux députés, il fut arrêté, multis contradicentibus y qu'il. seroit sursis jusques au. mardi ensuivant à la délibération commencée , pendant lequel temps messieurs les députés iroient à la conférence, pour écouter ce qui leur seroit dit.

Le samedi étoit le 24 août, jour Saint-Barthelemy; le 25, jour de Saint-Louis, dont la fête fut remise clans le Palais au lundi, pendant lequel temps M. le cardinal Mazarin me manda chez lui pour savoir de moi si je ne savois point quelque expédient pour com** poser cette affaire^ et après m'avoir expliqué avec beaucoup de civilité et d'adresse l'état présent des affaires de la paix et de la guerre ainsi qu'il lui plut, m'avoir parlé des désordres arrivés en Catalogne par la levée du siège de Lérida , en Allemagne par le soulèvement et la mutinerie des troupes de M. le maréchal de Turenne, en Flandre par l'opiniâtreté de M. le duc d'Orléans , qui n'avoit pas voulu que le Roi se hâtât de mettre en campagne, soutenant que le pays ne peut nourrir les troupes que dans le mois de ji\in , auquel temps l'herbe commence à être bonne, il m'ajouta qu'après tous ces accidens, lesquels il étoit difficile de prévoir, et qui surpassoient toute sorte de prudence raisonnable, la prise des villes de La Bassée et de Dixmude récompensoit si fort la perte de Landreci^s et d'Ârmentières, qu'il étoit sollicité par

d'omeb talow. [1647] %>

les ennemis d'en faire rechange et la restitution ^ qye la paix ne dëpendoit pas de la Reine seule , et qu'il la croyoit faite au mois d'avril dernier, parce que nos plénipotentiaires s'étoient relâchés d'abandonner le Portugal, lequel abandonnement étoit en effet donner ce royaume au roi d'Espagne , et lui en fstciliter la restitution ; que néanmoins , sur la pensée qu'ils aToient eue que les Hollandais ne mettroient point en campagne , sur l'imagination qu'ils avoient eue que le peuple étoit mal affectionné à cause des impositions fréquentes, sur les avis que les mauvais Français donnoient tous les jours, sur les conseils de M. de Yendôme, duquel le secrétaire avoit été nouvellement pris à Heilbron, chargé de lettres de créance à l'Empereur, au duc Charles, à l'archiduc Léopold et à madame de Chevreuse , qu'ils avoient fait de nouvelles difficultés au traité de paix, lesquelles seroient bientôt levées si les Espagnols avoient créance que le parlement voulût assister le Roi pour faire la guerre dix années , auquel cas il engageroit son honneur que dans trois mois la paix seroit conclue , laquelle les Espagnols diffèrent dans la pensée que les Français se lasseront dans les armées, qu'ils souffriront avec peine dans les villes les contributions ordinaires, et qu'il arrivera quelques désordres dans les provinces : pendant lesquels souhaits , et l'artifice qu'ils y apportent pour les faire réussir , la Sicile et l'Etat de Naples , sans être excités, ont fait contre eux ce dont ils nous menacent-, et la nécessité est si grande dans leurs Etats, que nous pouvons espérer la paix la plus glorieuse que la France ait jamais faite , si nous voulons contribuer quelque chose dans l'état présent des af-

faires. Je lui répliquai que je lui pouvois assurer qu'il n'y avoit aucun dessein ni mauvaise vdlontë dans Fesprit de messieurs du parlement , mais qu^ils n'ëtoient pas informes du détail des affaires , et qu'ils avoient peine dans les nécessités publiques de l'Etat, lesquelles leur étoient représentées , de voir les richesses immenses et prodigieuses des particuliers qui ma-nioient les finances du Roi , et outre plus les dépenses inutiles et publiques, qui offensoient la plupart des hommes réglés \ qu'il étoit important , à mon sens, que cette question ne fût jamais terminée pour savoir l'ex-^ trémité du pouvoir et de la juridiction du parlement, de ciainte que le Roi n'usât de l'extrémité de sa puissance, qui sont choses fâcheuses; qui produisent de mauvais effets dans l'esprit des peuples^ que je le priois de considérer que la présence du Roi dans Paris, l'abondance de toutes choses, la richesse des marchands et artisans, lesquels étoient à leur aise, conservoient la tranquillité publique ] mais qu'il n'en étoit pas ainsi dans les provinces, lesquelles étoient incommodées à l'extrémité , non^eulement des deniers qui se levoient , mais de la manière avec laquelle ils étoient exigés, laquelle étoit aussi dure et fâcheuse que la levée même <, que si le parlement avoit donné quelque arrêt pour empêcher les nouvelles impositions, quoique le conseil du Roi le cassât, que néanmoins ils s'en serviroient comme d'un prétexte pour faire du bruit, et que l'exemple d'une ville ou d'une province étoit capable de produire beaucoup de mal; qu'il mesembloit que l'accommodation, la déférence mutuelle, seroit plus avantageuse, laquelle ne pouvait être espérée que par des conférences et des éloi"-

DOMER TALON. [i(>47] 9»

.gnemens qui pousseroient le temps, et empêcheroient Teffet de la délibération commencée, parce qu'il me semblqit que les extrémités de part et d'autre étoient dangereuses, et ne pouy oient produire aucun bon effet; que M^ le chancelier pouvoit venir dans le parlement expliquer à la compagnie les bonnes intentions de la Reine, et lui faire sentir les désordres qui peuvent arriver de la mésintelligence*, que M. le surintendant, dans une conférence, peut aussi faire entendre les besoins de TEtat , et que par des voi^s de cette qualité bien ménagées Ton pouvoit éviter le reste du parlement. Et sans m'expliquer davantage je me retirais

rappris que les choses alloient plus avant, et que l'intention du Roi étoit de vérifier des édits au parlc'^ ment ot^ par suffrages ou par autorité*, même qu'il avoit été proposé , en cas que les affaires ne s'accommodassent pas à leur gré, d'apporter une déclaration au parlement que le Roi y feroit lire en sa présence ^ par laquelle il déclareroit que son intention étoit, pendant ^a minorité, d'en user ainsi qu'il avoit été fait pendant les. quarante années dernières, pendant lesquelles toutes les impositions faites sur le peuple , qui portent le nom d'aides , n'ont été vérifiées qu'en la cour des aides et non au parlement; sauf quand il seroit majeur d'y apporter le règlement nécessaire.

Cependant la conférence ne fut point tenue ni le samedi, ni le dimanche, ni le lundi; mais le lundi la Reine nous manda messieurs mes collègues et moi , et nous dit qu'elle n'avoit pas eu le loisir de faire la conférence qu'elle avoit proposée , à cause de la ma^ ladie de M^ le duc d'Âiqou ; qu'elle vouloit qu'elle

s'exëcutÂt le mercredi ensuivant, et que les dëputës s'y trouvassent à ce jour à trois heures après midi.

Le lendemain mardi matin , nous entrâmes dans la grand'chambre , où toutes les chambres ëtoient assemblées -, et d'autant cpie je fus averti que la plupart de messieurs ëtoient offenses de ce que la conférence n'avoit point été faite , je leur dis que la Reine nous avoit mandés, et nous avoit témoigné être satisfaite du procédé de la compagnie , dans laquelle Ton avoit déféré à ce qu'elle désiroit, et remis la délibération jusques à ce jour, pendant lequel la conférence pouvoit être faite ^ qu'elle n'avoit pu pourtant pendant ces trois journées trouver loisir de la faire , non pas même pour s'y pouvoir appliquer , à cause de la maladie de M. le duc d'Anjou, qui avoit été saigné deux fois^ laquelle l'avoit tellement surprise, qu'elle n'avoit eu autre divertissement qu'avec se's médecins, ou avec des personnes de dévotion, avec lesquelles eUe avoit cherché consolation ^ qu'à l'heure qu'elle nous parloit elle retoumoit de sa chambre, où elle lui avoit fait prendre quelque nourriture , et les îné-' decins lui avoient donné bonne espérance de sa santé-, qu'elle avoit pensé remettre la conférence à ce jour , mais que l'absence de M. le duc d'Orléans l'en avoit empêchée , lequel y étoit nécessaire , et lequel ne retoumeroit de Limours que cejourd'hui tout tard ; que ison absence avoit été cause qu'il n'y avoit -point eu de conseil ordmaire.

Chacun trouva ces excuses et ce délai raisonnable ,

et fut arrêté que le lendemain messieurs les députés

^-^e trouveroient à la conférence ^ ce qui fut exécuté ,

messieurs s'étant assemblée dans la grand'chambre ,

DOMER TÀLOiN. [1647] 9^

et de là montés dans leur carrosse pour aller au Palais-Royal .

Nous fûmes introduits dans la galerie, dans laquelle la Reine ëtoit assise, M. le duc d'Orléans, M. le cardinal Mazarin, M. le chancelier, M. le surintendant, trois secrétaires d'Etat, et M. Tubeuf, intendant des finances, et nul autre.

M. le premier président, après avoir salué la Reine, . lai dit que les députés du parlement venoient pour assister à la conférence que Sa Majesté avoit désirée , en laquelle ils espéroient toute sorte de satisfaction pour le public , puisque Fédit vérifié en la cour des aides, et duquel ils se plaignoient il y avoit si longtemps , étoit révoqué pour une partie , et que par la déclaration qui leur étoit envoyée messieurs des fmances avoient été obligés de reconnottre que le barrage étant un droit domanial , la connoissance duquel de voit appartenir au parlement, que tous les autres droits qui composoient Tédit étoient de même nature et qualité^ et ensuite il expliqua les taxes des aisés, le droit pour le bâtiment du pont, et les deux sous de la bûche ; puis il parla des autres droits nouveaux imposés sur le peuple , des contraintes solidaires qui s'exercent sur les habitans des villes et villages, des compagnies de gendarmes avec lesquels Ton lève la taille ; et finissant par où il avoit commencé , supplia la Reine de vouloir envoyer au parlement la révocation ou la vérification de cet édit du tarif, pour y être délibéré, puisque la matière étoit de sa connoissance , et que par la déclaration qui lui avoit été envoyée Fon en étoit taisiblement demeuré d'accord.

La Reine regardant M. le chancelier, lui dit qu'il

(){ [l647] MÉMOIRES

eût à répondre*, ce qu^il fit, et disposa son discours en quatre parties, dont la première aboutit aux particularitës et circonstances de Tëdit, pour montrer que Jes choses contenues en icelui n*ëtoient point de la connoissance du parlement : par exemple, encore que le droit de barrage fût un droit domanial , t][a*il n'étoit pas droit royal pourtant, et n'appartenoit pas au Roi jure coronœ^ mais rations feudi ; ainsi que les seigneurs particuliers, dans Fëteûdue de leur jus* sion, ont des droits de traverses et de péages ', qu'ainsi le Roi , comme prévôt de Paris , a le droit de barrage qui fait partie de son domaine : mais si ce droit est augmenté pour fournir aux dépenses, cette augmen*tation, qui se fait par puissance et autorité souve^ raine, n'est pas un droit domanial, mais une aide, un subside, une imposition*, qu'à l'égard des aisés, qucH^ que les six corps des marchands aient été taxés en vertu de l'édit vérifié au parlement , le Roi néanmoins ayant supprimé et révoqué ces taxes , cette décharge et libération a pu être faite sans préjudice de la juridiction de h compagnie , et l'établissement du droit nouveau , qui est pareillement un droit d'aide , n'appartient point de sa nature à la connoissance du parlement. Ainsi les droits imposés pour la construc«« tion d'un nouveau pont, non plus que ceux qui ont été autrefois levés pour le bâtiment du Pont-Neuf, et les deniers des ponts et chaussées, ne se vérifient point au parlement, ni les droits sur la ferme de la bûche , étant notoire que l'établissement de la cour des aides a été fait pour connoitre de telles matières, dont l'usage et la possession est si ancienne, autorisée par édits vérifiés même au parlement en Tanhée

d'omer taloUw [1647] 95

1569^ que la contestation que Ton en veut faite à présent ne peut être un différend légitime , vu même que depuis Tannée 1 597 , en laquelle la pancarte résolue à Rouen fut vérifiée en la cour des aides, depuis ce temps (qui sont cinquante ^ns) le parlement ne s'est point avisé de vouloir connotti^e des afiaires de cette qualité.

U ajouta pour dernière considération le désordre que cette contestation pouvoit produire dans TEtat par la mésintelligence des deux compagnies, lorsque les peuples verroient que le parlement ruineroit ce qui auroit été fait à la cour des aides, et que Ton verroit un conflit d'autorité et de juridiction entre ceux qui donnent la loi et l'exemple aux autres.

M. le premier président répliqua à quelques exemples particuliers et anciens qui avoient été rapportés, et montra que dans son commencement les généraux des aides ne composoient point une cour souveraine , que les appellations de leurs jugemens se relevoient au parlement, et qu'il y avoit exemple dans les registres du parlement d'un premier président de la cour des aides (^i avoit été condamné en l'amende de dnquante marcs d'argent pour le fait de sa charge^ que ce qui s'étoit fait en l'année 1697 n^étoit pas un exemple considérable , non-seulement parce que c'étoit l'exécution d'une résolution prise dans une assemblée des notables, en laquelle les officiers des parlemens composent la meilleure partie , mais qui plus est que l'on s'étoit plaint de cette vérification, et que l'édit en avoit été supprimé quatre ou cinq ans; qu'en Tannée 1606 les bureaux de cette même imposition ayant été rétablis ^ ils furent fermés par autorité du

parlement (à quoi le roi Henri quatrième n'apporta point de difficultés) : que si depuis Tannée 1606 jusq[ue5 à présent le parlement a souffert que toutes les impositions qui se sont appelées aides y aient été registrées , cette dissimulation ne peut pas établir un droit contre l'ancien usage du royaume et la juridiction de la première compagnie.

M. le président Le Coigneux prit la parole , et dit à la Reine que le plus grand avantage que les souverains pussent avoir dans leurs Etats étoit de conserver à leurs peuples le plus de liberté que faire *se pourroit , parce que dans cet état leur obéissance étoit plus volontaire, plus prompte et plus utile. Pour cela quand nos rois ont désiré d'établir quelque impôt sur leurs peuples, ils ne Font pas voulu faire, sinon de leur consentement par l'assemblée légitime des Etats , lesquels les ont approuvés , et par ce moyen les ont rendus agréables ; mais peu à peu cette manière s'étant éteinte, les parlemens, qui sont établis pour rendre la justice aux peuples, ont suppléé la fonction des Etats du royaume, en ce que vérifiant etregistrant les volontés du Roi comme justes, les sujets les exécutent lorsqu'ils sont persuadés de cette vérité par le suffrage de ceux qui sont préposés pour leur rendre la justice , et avoir soin de la police générale et particulière.

Que la cour des aides est une compagnie établie pour juger les différends qui naissent dans l'exécution des édits , et la perceptiori des droits qui se lèvent sur le peuple \ mais il ne se trouvera point que la puissance de les vérifier ait jamais été ôlée au parlement, et la plupart des exemples qui sont cotés

d'obier TAÏiON. [1647] 07

pouf justifier la possession de la cour des aides, ce ne sont pas impositions sur U peuple, maàs décharges et libëratioBks accordées par le Roi, lesquelles y ont ëtë registrëes ; que si deptois qûar^té atis les ministrcs et administrateurs des finances ont tnmrë plus de facilite en la coujp des aides pour y registrer les impo»tiotis sur le peuple, cet usage n'est pas possession considérable, ni qui pitisse produire aucune prescription; c'est une paElience, une souffrance pour raisoB de qiœlques impositions particulières, mais non pas pour latm levée générale wr toute sorte de personne» et de marchandises.

Que s'il faut considérer la qtlalité des juges pour savoir quel effet cela peut faire danâ le puÈlic, il est certain qtie lés maux que les hommes soufflent ne peuvent être adoucis que quand ils leur sont faits par une main amie, et qui ne leur est point odieuse : ainsi k» reiftèdes violons, qui passeroient pour une injure, se souffrent par.ceUx auxquels ils sont appliqués, lorsqu'ils ont cette croyance qu'ils procèdent de personnes qui travaillent pour leur bien ; ce qui arrive dans l'esprit des j^euples, lesquels étant bien iûforBiés de l'âffiection que le parieraent porte à l'Etat et au biea dti puUic, reçoivent avec moins de déplaisir les impositions quand elles sont autorisées par le ministère de ceux en là probité et en l'affection desquels ils ont assurance tout entière*

Après ce di^outs chacun ayant parlé confusémen*, M. le surintendant prit k parole, el dit qii'il savoi't des moyens innocens pour donner oontentemewt à roeseietts dti parlement, et ne point faire dé préjudice aœt àâaires du Hoi 9 mais qiie cela ne se pMvott T. 61. ^

g8 ['^4?] MÉMOIRES *

examiner qu'avec loisir *, que s'il ptaisoit à messieurs du parlement de députer quatre ou cinq personnes intelligentes , iï leur feroit ses propositions.

Ensuite M. le cardinal Mazarin prit la parole , et insista sur deux choses : la première , sur la qualité et Fétat présent des affairés, dans lequel la guerre étoit nécessaire , sôit pour avoir la paix si les ennemis étoient résolus de la faire, soit pour se défendre ^ et empêcher qu'ils n'eussent avantage sur nous; que pour les dépenses de la guerre notoirement les de-^ niers ordinaires n'étoient pas suf&sans, et qu'il étoit besoin de deniers extraordinaires ; que messieurs du parlement prennent la peine de conférer sur ce sujet; qu'ils se laissent instruire, ou qu'ils instruisent la Reine de quelque bon avis ; que Sa Majesté est prête de les écouter et les recevoir; mais qu'ils considèrent que la résistance et les difficultés qu'ils apportent produisent toute l'espérance des ennemis de l'Etat, qui s'imaginent que la division se mettra dans le royaume, et que la contradiction que le parlement apporte aux impositions nécessaires en sera la semence; que s'ils étoient informés que le parlement eût intention d'assister le Roi et lui donner moyen de faire la guerre pendant dix ans, il répondroit de sa tête que dans trois mois la paix seroit nécessairement faite ; ^^ qu'au surplus il apprend , par là confession de tous ceux qui ont parlé , que depuis quarante ans le parlement n'a point vérifié des édits de la qualité de celui duquel ils se plaignent; de sorte qu'ils ne peuvent pas imputer à ceux qui gouvernent à présent d'avoir usé de nouveauté, ni blessé la juridiction du parlement, puisqu'ils ont suivi l'exemple

d'omer talon. [1647] 99

des choses dernières, et que ce que demande le parlement maintenant est plutôt une innovation, que non pas ce qui a été fait en la cour des aides. Mai» pour ne s'arrêter point à toutes ces formalités , qui ne sont que des épines , supplie messieurs du parlement de vouloir entrer en conférence sur les moyens le» plus faciles pour ^^ssister le Roi présentement.

M. le duc d'Orléans ajouta qu'en Tannée 1644, pendant qu'il étoit en Flandre, les prisonniers qu'il» prenoient dans l'armée, personnes de condition , leur confessèrent que leur principale espérance étoit la mésintelligence que l'on leur faisoit croire être entre le conseil du Roi et le parlement, et que l'émotion cpii fut faite pour le toisé des maisons les rendit plu» opiniâtres, dans la pensée qu'il s'exciteroit une sédition à Paris.

Ainsi nous sortîmes de la présence de la Reine, laquelle nous recommanda l'exécution de ce qu'elle désiroît, mais avec assez peu de discours, parce que cette longue conférence de deux heures ou environ Tavoit lassée, et qu'elle étoit en impatience d'aller voir M. le duc d'Anjou, lequel étoit encore malade.

Le lendemain matin, qui étoit le jeudi 29 août, M. le premier président fit relation à la grand'chambre de ce qui s'étoit passé dans cette conférence et de ce que la Reine avoit désiré ^ à laquelle relation nous ne fûmes point appelés ( contre l'ordinaire ) et sur laquelle messieurs ayant opiné , après beaucoup de contradiction il passa que nous serions mandé» pour voir la Reine, et lui dire que messieurs du parlement avoient résolu d'obéir : quoique telles <î6nférenées ne fussent pas ordinaires et le piuâ souvent

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inutiles , supplioient Sa Majestë qu'elle se fit en sa présence , et que cependant il lui plût envoyer au parlement la déclaration promise, id est Fëdit du tarif, sur lequel messieurs aroient remis de délibérer samedi, toutes affaires cessantes.

Le jour même nous vîmes la Reine , laquelle nous dit qu'elle remettoit à samedi après diner la conférence, à laquelle elle ne pouvoit assister; mais que M. le duc d'Orléans, M. le cardinal Mazarin et M. le chancelier seroient présens; qu'elle ne pouvoit aussi envoyer aucune déclaration, parce que cette conférence particulière se feroit pour en trouver les expédiens.

Le vendredi 3o août, nou& dîmes à messieurs les présidens, à la levée de la cour, la réponse de ta Reine, laquelle les empêcha fort, à cause qu'elle n'y vouloit pa;$ être présente^ et qu'ainsi ils craignoient qu'il y eût quelque 'difficulté sur les séances.

Le lendemain samedi 3i août, toutes les chambres étant assemblées , nous dîmes pareillement là même réponse de la Reine , et fut arrêté d'y satisfaire et écouter les propositions qui seroient faites : et de fait nous nous rendîmes au Palais-Royal entre trois et quatre, et aussitôt nous fûmes conduits par Sainctot, maître des cérémonies , dans la galerie de la Reine , au milieu de laquelle étoit une longue table avec un tapis de ve* leurs fauve en broderie d'or, et des sièges plians de même autour de ladite table ; à la place d'honneur ëtoit assis M* le duc d'Orléans, vis-à-«vis de lui M. le cardinal Mazarin-, au-dessous de M. le duC|, M. le chancelier ; de l'autre côté M. le premier président, et ensuite messieurs les députés, lesquels fermoi^it

d'oMER talon. [1647] 10*

la table : de sorte que je fis porter les sièges de mes- « sieurs mas collègues et moi derrière la chaise de M. le premier {Hrësident. M. le surintendant ëtoit assis au haut bout de la table sur un siëge de même que les autres, mais trois à quatre pieds éloigné de la table, et un peu de cdté; auquel M. le duc d'Orléans ayant dit que Ton attendoit les propositions qu'il vonloit faire (0, il prit la parole, et dit qu'il aypit reçu à grand honneur le commandement que la Reine lui avoit fait de chercher des e:spëdiens pour accommoder l'affaire du tarif, pour laquelle messieurs du parlement s'ëtoient tant de fois assemblés; que cette imposition avoit été faite non-seulement pour augmenter le revenu des finances, mais à dessein d*en faire un fonds notable dans la nécessité des affaires, en aliénant cette imposition à ^usieurs officiers : et d'autant ^e l'intention de la Reine n'étoit pas ' d'envoyer au parlement l'édit qui avoit été registre en la cour des ^es, qu'il avoit estimé que ce même édit pouvoit être supprimé, pourvu qu'il plût à messieurs du parlement vérifier les mêmes droits par une autre voie, savoir par la création et l'établissement de menus offiders de police, comme monteurs de bois, mesureurs de charbon, vendeurs de marée et autres, aux-

(0 liota, M. le président Le BaiUeul , nouveliemeiH &orti de la cliaigc ^ •urmtendvnt , leqnel ëtoit cfiancelier âe la Reine pendant que cette CQ]xfilr«nfi« 3e ien<Bi, lui dit qu^il avoit fait entendre au parlement Pio' disposition de Sa Majesté, afin qu'ils ne s'étonnassent point si elle n'assistoit pcûnt à la conférence : laquelle lui fit réponse qu'elle se portoit fort bien, et qn'eile ne vooloii pas que Ton crât qu'elfe fût malade, mais <{u*elU u'avok pas Toulm se trouver k cette confërenee , ni conuniiaiquer par elle-même avec le parlement , et que ce leur ëtolt assez d'honneur Q en conférer avec M. le duc d'Orle'ans et messieurs Jcs premiers ministres ^^ VEiat. ( IVoU ^Onusr Talon. )

lO^ [^647] MÉMOIRES

quels F on attribueroit pour gages et droits les m^es qui sont contenus dans le tarif*, par Je moyea de quoi messieurs du parlement auront cet avantage qo'à leur instance le tarif aura ëtë révoqué : ils se rétabliront en la possession d^un droit qui leur appartient de registrer la création des offices de police, desquels depuis Tannée 162a ils n'avoient point connu, les édits en ayant été adressés à la cour des aides; ils ne feront point souffrir au peuple une plus grande imposition que celle qu'ils souffirent à présent, et donneront au Roi le moyen d'avoir quelque secours présent dans la nécessité des affaires.

Outre cet eiKpédient, il est obligé d'expliquer à la compagnie le détail des finances, lesquelles peut-être ne sont pas connues de tout le monde ..savoir est qu'en l'année 1643, lorsque le défont Roi décéda, pour faire sub^ster les affaires ceux: qui avoient le soin des finances empruntèrent douze millions à quinze pou;* ceiit, lesquels ont consommé une partie du fonds des années i644 ^t i645; que depuis ce temps ces emprunts ont été nécessaires pour l'entretenement des armées et pour la subsistance de l'Etat, dont les dépenses.sont toujours plus grandes pendant les minorités *, que l'intérêt que l'on paie , quoiqu'il paroisse excessif, n'est pas plus grand que celui qui s'exige &ur la place, quoiqu'il ait cette différence que le Roi, qui est débiteur, ne peut être contraint, et que ceux qui ont prêté leur argent ne le reçoivent pas toujours à point nommé ni à jour préfix certain , comme ils le peuvent espérer des particuliers ; que la continuation de la guerre ayant appauvri le peuple par la cessation du commerce et le passage des gens de guerre ,^ il a

d'omsr talon. [1647] ^^^

été absolument nécessaire de diminuer les tailles de dix-sept millions six cent mille livres, dont les villages proche Paris qe se ressentent pas, à cause qu^ils sont dans Taise et la puissance de payer : mais. cette remise paroit dans les provinces éloignëçs , de sorte qu'il ne faut plus espérer qu'un secours médiocre du peuple, mais il le faut demander aux habitans des villes et des grandes bourgades ; car de penser retrancher les prêts, de faire banqueroute à la foi publique, et s'imaginer que de fermer la main à ceux qui ma* nient largent du Roi ce soit un moyen d'enrichir le royaume , ils estiment que c'est un abus , parce que le seul manquement de bonne foi est capable de ruiner les affaires publiques; témoin ce qui est arrivé en l'année t634, lorsque les droits furent aliénés : car depuis ce temps personn^e n'a voulu contracter avec le Roi, et ce qui se vendoit auparavant le denier quinze et seize , comme les greffes nouveaux et autres droits desquels les particuliers jouissoient par leurs mains, il ne s'en trouve pas le denier deux ou trois.

Ainsi il est notoire que le manquement que le roi d'Espagne a fait aux Génois lui a fait perdre son cré* dit, et qu'il ne trouve plus d'argent s'il ne doiine des assurances pour l'argent qu'il emprunte.

Cependant lés affaires de la guerre pressent, et le bon ménage que l'on a voulu faire au commencement de cette campagne pour éviter un mois de dé-* pense, et ne mettre pas sitôt en campagne les troupes, a été infiniment préjudiciable aux affaires, pour le soutien desquelles les secours extraordinaires étant nécessaires, ils ont estimé devoir proposer à la com-

ie4 [1^47] tt£M01RES

pagnie trois ou quatre édits les plus iaaocens et les moins manvgiis de plusieurs autres. Le premier est de faire dans Paris et dans toutes les "filles du royaume on ou plusieurs contrôleurs des poids et mesures , auxquels tous les marchands^ artisans, et autres per-sonnes qui se servent de poids et mesurer, paieront par chacun an un petit droit, dont le plus haut ne pourra ^tre que de soixante-quinze livres , et ainsi en diminuant il proportion des iacultës jusques à quinze livres; lequel droit étant répandu sur plusieurs personnes , pourra produire une ferme assez considérable, et laquelle ne sera pas à oppressioi^ au peuple , étant portée par tant de personnes qui seront imposiées à si peu par chaque année. Le second regarde les prev^ des maréehaux, auxquek le Roi veut non pas augmenter leur pouvoir, mais les rendre égBVL%. 4ans leurs fonctieos aus: lieutenans criminels , et leur donner avec «ux la coneorrence dans Tex'ercioe de leurs charge$, moyennant »iie somme à laquelle ils seront taxés.

Le troisième , un second Châtelet à Paris pour faire la police dansThôtel-de-ville, et servir alternative- «eBtp«rfb™«d^ semestre.

Le quatrièipe, une création de cent cinquante mille livres àe rente pour distribuer à des aisés , sans exception d^aucune personne que des offiders des quatre compagnies souveraines, et de cens, qui ont déjà pay^ ^ moyennant laquelle création nouvelle le Roi révoquera tout ce qt|i re^e des rentes créées par redit de l'amuëe iê^î , qm nVmt pas été distribuées.

Après lequel discours M. le duc d'Orléans ayant -&it civilité à \k compagnie sur les nécessités de la

d'ombt TAtOW. [t647] ï^S

guerre, M. le premier président dit qu'il feroit entendre à la compagnie les propositions qui leur avoient été faites, auxquelles quant à présent il ne pouvoit faire aucune réponse.

Ainsi la compagnie s'ëtant séparée , nous demeurâmes quelque temps avec ces messieurs, qui nous promirent de nous envoyer ces cinq édits le lendemain (ce qui fut fait) ; et le lundi 2 septembre M. le premier président fit relation de ce qui s*étoit passé en cette conférence, à laquelle relation nous étions présens ; et prenant la parole , je dis que nous avions recules cinq édits, lesquels nous n'avions pas encore délibérés -, que si néanmoins ils vouloient travailler présentement, nous avions vu celui cpii portoit création des mêmes offices de police au lieu de Védit du tarif, et que nous y avions pris conclusions.

Ce qui arriva , car incontinent le giH»ffier vint au parquet demaiider cet édit et les conclusions qui lui furent données , lesquelles portaient que nous persis^ tions aux ooTkclusions par nous prises «ur Tédit du barrage dont il a été fait mention ci-dessus , notre intention ayant été que puisque cette nouvelle création d'offices étoît faite au lieu de l'édît du tarif, que nous estimions qu'il étoit plus utile pour le public de «ontinuer pendant un temps ou pendant la guerre la levée dudit tarif, lequel après ce temps pouvoit être «ipprimé , que non pas consentir la création de nou- ▼eauie offices dont la durée seroit perpétuelle. Le lendemain S septembre , nous portâmes en la grand'diambre les quatre autres nouveaux édits, sur lesquels, savoir sur celui du Châtelet, nous requîmes remontrances être &ites à la Reine sur la création des

lo6 [1^47] MÉMOIRES

rentes*, que le Roi seroit supplié de décharger ses sujets des taxes des aisés, qui étoit refuser Tun et l'autre.

A regard des contrôleurs des poids et mesures , nous consentîmes Tenregistrement, à la charge qu'il n'auroit lieu que dans les villes èsquelles il y a présidial, et que le droit seroit réduit aux deux tiers des taxes portées par icelui.

Quant aux prévôts des maréchaux, pareillement nous consentîmes à la charge de la révocation de Tédit des prévôts généraux, et que les prévôts des maréchaux ne pourroient passer outre au jugement définitif, ni à Texécution d'icelui en procès prevôtaux au préjudice de Tappel.

La délibération sur le premier édit dura toute la semaine jusques au 7 septembre 5 de sorte que le parlement fut continué , et la continuation portée le 6 septembre , et registrëe pour les affaires publiques seulement. La vérification fut en effet conforme aux conclusions : le lundi 9 septembre , messieurs travaillèrent à Fédit des prévôts des maréchaux, lequel fut registre suivant les conclusions ^ auquel pur les marchands de la ville de Paris s'imaginant que Ton devoit travailler à Fédit de la création des rentes pour les distribuer aux aisés, et s'imaginant que cela les pourroit regarder dans Texécution, ils s'assemblèrent dans la salle du Palais en grand nombre, faisant beaucoup de bruit*, ce qui continua le lendemain 10 du même mois avec beaucoup d'insolence , principalement en la personne du président de Thoré, fils du surintendant, lequel ils outragèrent de plusieurs paroles fâcheuses, même perdirent le respect à l'égard de &!>• le procu-

d'0M£R TAL05. [l(i47] '^7

reur général , qui sortit du parquet sur Tavis qu'il eut de leur pétulance *, ce qu'ils firent pareillement à Tégard de M. le président Le Coigneux , beau-père dudit sieur président de Thoré , lequel édit de rentes fut refusé.

Le lendemain ii septembre, Fédit des poids et mesures fut délibéré, et fut arrêté que la cour ne pouvoit entrer en vérification ^ mais ayant égard aux conclusions et à la nécessité connue des affaires, que le droit seroit levé pendant deux ans , suivant les con* clusions.

Quant à Tédit du Cbâtelet, il fut retiré , tant à cause du peu d'utilité qu'il apportoit, qu'à cause des grandes clameurs que cela excitoit dans la ville.

Pendant les vacations, le ^5 septembre, fut donné arrêt au conseil qui détruisoit en effet ce qui avoit été fait par l'arrêt du 7 septembre *, dont plainte en ayant été &ite en la chambre des vacations, non pas directement, mais quelques requêtes ayant été baillées par des particuliers qui se plaignoient des exactions qui se commetioient sur leurs marchandises, M. Beschefer , substitut au parquet , ayant été mandé , et ayant fait entendre qu'il y avoit un arrêt rendu au conseil d'en .'haut qui faisoit préjudice à l'exécution de l'arrêt du parlement, messieurs de la chambre des vacations firent contenance d'ignorer cet arrêt du conseil d'en haut, et ordonnèrent que leur arrêt du 7 septembre seroit exécuté. Et de fait l'imposition sur lès marchandises a été levée aux portes et aux entrées de la ville en la manière accoutumée.

A la Saint-Martin Ton avoit cru que le parlement s'assembleroit pour délibérer sur l'exécution de ces

Io8 [l^4^] MEMOIKES

éàits \ ce qui n'a point été fait. Soit que (Aacmi se lasse de parler des affaires publiques et d*essuyer contradictions qui y surviennent, soit que les es^ prits se relâchent par U considération de leur intérêt, comme dans co temps présent, auquel Ton attend le rétablissement du droit annuel, toutes choses $oat dans un grand calme.

( Le 17 décembre i^7* )

La Tfenue du Roi au parlement le iSJam^ier 1648^ qui est une suite de la narration précédente.

[1648] Le premier jour de Tannée 164B9 je (us aTerti par M. le surintendant de Paridcelli que le Roi de¥oit venir au parlement y apporter des édits, et les faire vérifier en sa présence : savoir, une création de vingtquatre maîtres des requêtes pour composer un «quartier entier, &ire les présidiaux semestres, aliéner cent cinquante mille livres de la levée du tarif pour faire des officiers de police, et multiplier les offices de seerétaires et greffiers du consul , andienciers , et autres offices de la diancellerie, en leur dcmnant la qualité de secrétaires du Roi. M. le surintenduit ne me parla que de ces quatre édits, lesquds deux jours après il m'envoya pour les voir.

Le dimanche 5 janvier , M. le cardinal MazariB me manda chez hii-, et m'ayant expliqué Topiniâtreté des Espagnols à ne point votiloir la paix , et l'imagination qu'ils avoient de pouvoir réussir cette campagne, quoiqu'ils fussent d'ailleurs assez foiblês d'hommes et d'argent, il me dit que le Roi étoit résolu d'aBer au parlement et d'y porter des édits , desquels m'ayant

d'omer talon. [1648] 109

parlé comme de chose incertaine , je lui dis que Fédit des pr^ësidiaux semestres étoit, à mon sens, un ëdit fort rode , et duquiel Tutilitë seroit petite -, en second lieu, qu'il devoit donner le droit annuel au parlement, afin d'adoucir les esprits, lesquels étoient irrités sui: ce chapitre , Considérant que la rupture du droit annuel les mettoit en peine , et que le Roi n'en recevoit aucune utilité.

M. le cardinal me répondit qu'il estimoit le droit annuel dans le royaume un mal à présent nécessaire, mais qu'il étoit à propos que l'espérance de l'obtenir servit à quelque chose, et pût modérer les esprits ^ que M. le président de Mesmes n'étoit pas d'avis de Je donner , jusques à ce que toutes les affaires du Roi fussent faites.

Ainsi cette visite n'ayant produit que des civilités, je me retirai. Le reste de la semaine , arrivèrent deu)i choses fâcheuses : la première , que quantité de marchands de la rue Saint-Denis et Saint-Martin se trou-* vèrent dans la salle du Palais pour demander justice des saisies faites des loyers de leurs maisons pour le pai^meiit d'un droit d'abonnement qui leur étoit demanda en vertu d'un édit vérifié au parlement en Tannée i645 , le Roi y séant, pour l'exécution duquel une chami»'e avoit été établie, composée de deux présidens et de quinze ou seize conseillers de la grand'chambre , de l'ordonnance de laquelle chambre ces saisies et poursuites étoient faites*

Et quoique ces marchand^ eussent fait assez de bruit, marne parlé avec irrévérence à messieurs les présidens le mardi ^ mercredi et jeudi , néanmoins cek avoit été dissimulé , comme chose £aite par des

I l O [ 1648] MÉMOIRES

gens raisonnablement irrites de ce qu'on leur faisoit payer ce qu'ils ne dévoient point.

Mais il arriva que l'un de ces jours, savoir lé mercredi, M. de Particelli , président en la troisième chambre des enquêtes, fils du surintendant, fut arrêté par un marchand dans la grand'salle , l'un de ses valets maltraité, parce qu'il voulut repousser ceux qui parloient à son maître.

Pour raison de quoi le lendemain jeudi 9 janvier, M. lé procureur général demanda la permission d'informer dans la grand'chambre de ce désordre arrivé dans la grand'salle du Palais : et le soir nous f&m'es mandés au Palais-Hoyal, savoir M. le premier président et nous autres du parquet.

Et la Reine nous dit qu'elle entendoit que le lendemain nous demandassions le décret de rinfdrmation, que nous fissions prendre prisonniers ceux qui se trouveroient dans la grand'salle, et que si les forces ordinaires de la justice ne suffisoient, que nous pouvions en demander davantage, et que le Roi nous en donneroit : ce qui ne fut pas nécessaire, parce que les officiers du Châtelet s'étant trouvés le matin dans la salle du Palais, ils dissipèrent ceux qui se vouloient assembler.

M. le procureur général s'e^tcusa que l'information n'étoit pas encore faite, et promit d'y travailler incessamment.

Et de fait l'information ayant été faite le lendemain 10 janvier, le samedi ix du même mois, nous requîmes le décret de prise de corps contre un procu* reur du Châtelet, contre un nommé Cadeau, marchand , homme riche, et contre deux autres, et ajour-

DOMER TALON. [1648] III

nement personnel contre deux moins chargés; ce qui fut ordonné par la cour. Pour l'exécution de ce décret, le lendemain dimanche 12 janvier, tout le régiment des gardes fiançaises et suisses fut disposé par les places publiques de Paris , maxime sur le Pont- Neuf , proche le Palais-Royal, dans la rue de la Féronnerie, à la porte Saint-Denis et Saint*Martin.

M. le maréchal de Schomberg étant à la tête des chevaux-légers de la garde du Roi, alla dans la rue Saint-Denis , et en sa présence fiit faite la perquisition en la maison de Cadeau , les portes rompues , et chez un autre marchand son voisin, lesquels ne se trouvèrent pas dans leurs maisons. Cet établissement de gens de guerre dans la ville de Paris, que Ton disoit n'avoir point été vu depuis les barricades, étonna tout le mondé , et fut cette action imputée à foiblesse et timidité de la part de ceux qui commandoient.

La seconde chose qui arriva fut que messieurs les maîtres des requêtes, avertis que l'on vouloit faire une création nouvelle de leurs charges , ils s'assemblèrent le mercredi 8 janvier dans leur auditoire des requêtes de l'hôtel, au nombre de cinquante-neuf, où ils^ délibérèrent de ce qu'ils avoient à faire , et signèrent un papier pour la conservation de leurs charges, etc.

Le lendemain jeudi 9 janvier, jour de direction, auquel ils ont droit de rapporter, ils se trouvèrent tous au conseil, et adressant leur parole à M. le chancelier et à M. le surintendant, qui éloient assis à leurs places, ils se plaignirent de la création que l'on vouloit faire de nouvelles charges ; et M. le chancelier leur ayant dit qu'il ne savoit pas ce qu'ils vou-

tia [164^3 MÉMOIKES

loient dire , qu'il n'y avoît rien de résolu , et M. le surinteudant la même chose , ils usèrent envers ced messieurs de peu de respect, et les ofiensèrent de paroles de mépris ( ce qui dura une heure et plus ) ^ en telle sorte qu'ils contraignirent M« le chandelier de sortir de sa place, joint que ces messieurs les maîtres des requêtes ne youlant pas rapporter, il n'y avoit point d^affaires pour entretenir le conseil.

Le lendemain vendredi, quatre des plus anciens maîtres des requêtes étant assis dws leurs places , de* mandèrent protection au parlement sur cette nouvelle création que l'on vouloit faire.

M. le premier président répondit, que messieurs les maîtres des i^quêtes se souvenoient être du corps du parlement lorsqu'ils en avoient besoin^ lûais qu'ils en avoient peu de mémoire dans la fonction otrdinaire de leurs charges , lorsqu'ils rapportoient des requêtes de cassation contre las arrêts du parlement^ ou qu'ils prenoient connoissance par jugement souverain des affaires qui n'étoient pa$ de leur juridiction \ que cela n'ampêcheroit pas que le parlement ne fît considérar tion sur leur demande , et qu ayant l'honneur d'être du corps du parlement, qu'il ne les considérât en toute sorte d'occasions.

Le samedi , messieurs des enquêtes , avertis par bruit commun de la venue du Roi au parlement, demandèrent par leurs députés l'assemblée des chambres pour prévenir cet inconvénient : à quoi M. le premier président ayant promis de faire réponse , le soir Mé le cardinal me manda , et me témoigna que cette proposition de messieurs des enquêtes lui &isoit peine* Je lui répliquai que la cassation du droit

d'omer talon. [1648] ni

annuel échauttbit les espriu, que chacun craignoit dans sa Êimille , et que personne ne s'osoit plaindre dans son particulier. Il me répliqua que s'il en eût été cru, qu'il y a quatre jours qu'il eût été envoyé à la compagnie -, et après quelques discours je lui dis que s'ils avoient pris résolution absolue de ve* nir au parlement, qu'ils le dévoient faire plus tôt que plus tard, avant que les esprits fussent plus échauiTés. Il me parla avec indignation de Téquipée qui avoit été ùlie par les maîtres des requêtes : je lui dis que je m'étonnois de la patience de M, le chancelier, lequel s'étoit laissé gourmander dans sa place, en laquelle il représente la personne du Roi, et dans laquelle il se pouvoit faire justice à lui-^méme. Il me répliqua qu'il en anroit bien raison, et qu'ils Tavoient visité ensemble M. 1^ duc d'Orléans et M, le prince ^ et quç M, le prince et lui l^ur avoient parle avec autorité, et qu'ils reconnoissoient leur faute.

Le lundi étoit le jour Saint*-Hilaire ^ le mai'di, il y eut audience matin, et relevée à la grand'chambre, où j'assistai.

Le mardi après din^r, la Reine assembla le conseil ; et sur ce qu'il fut rapporté que messieurs des enquêtes dévoient le lendemain. venir prendre leur place, et que M. le premier président manda que le temps pressôit (à ce que j'ai ouï dire), fut résolu d'amener le Roi le Içnd^main matin au parlement-, dont lesordresne furent apportés qu'après l'audience levée, de sorte que la lettre dexachet fut portée à cinq heures chez M. le premier président, et messieurs fiirent aver« lis toute la nuit par les huissiers de la cour.

Quant à moi , je fus mandé au Palais-Royal sur les

Îl4 [l^4^] MÉMOIRES

six heures du soii*, où je reçus l'avis de la venue du Roi , et appris la qualité des édits qui seroient apportés ^ et me dit M. le cardinal Mazarin qu'il n'y avoit rien dans ces édits qui ne fût fort doux et raisonnable, et qu'il s'attendoit que j'en remercierois le Roi. Je lui répliquai que la venue du Roi au parlement étoit toujours une action fâcheuse, qui nous obligeoit de faire nos charges et d'avoir peu de complaisance. M. le surintendant, qui étoit présent, dit que nous étions obligés de parler pour l'honneur de la compagnie. Ainsi je me retirai.

Le lendemain 1 5 janvier , le Roi tint son lit de justice ^ et après que M. le chancelier eut parlé et M. le premier président, les édits ayant été lus, je dis:

« Sire , la séance de nos rois dans leur lit de jusce tice a toujours été une action de cérémonie, d'é- « clat et de majesté : tout ce qu'il y a de grand et <( d'auguste dans le royaume paroit dans ces occa- « sions, dans lesquelles les marques visibles et véri- « tables de la royauté se rencontrent. Autrefois les « rois vos prédécesseurs, en semblables journées , faite soient entendre à leurs peuples les grandes afiaires « de leur Etat , les délibérations de la paix ou de la « guerre , dont ils demandoient avis à leurs parlemens (( et faisoient réponse à leurs alliés : ces actions n'ë- (( toient pas lors considérées, ainsi qu'elles sont à pré- « sent, comme des effets de puissance souveraine qui (( donnent de la terreur partout, mais plutôt comme (( des assemblées de délibération et de conseil.

« Le plus ancien lit de justice qui ait été tenu par « nos rois est celui de Charles v, de Tannée iSâg, « lorsqu'il fit faire le procès en sa présence à Edouard,

d'omer talon. [i648] ii5

A prince de Galles, son vassal, à cause du duché de K Guyenne. Nous pourrions rapporter à Votre Ma* « jesté tout ce qui s'est passe pendant deux siècles « en semblables occasions , lesquelles ont toutes été « employées en la discussion des grandes affaires de « TEtat, comme à instruire et juger les procès contre « les grands vassaux de la couronne , aux ducs de « Bretagne, de Bourbon et d'Orléans, à un roi de « Navarre , à Tempereur Charles-Quint en qualité de <( comte de Flandre *, d'autres fois à demander avis « sur l'exécution des traités de paix, expliquer au « parlement les motifs de la guerre que l'on vouloit « entreprendre, flaire entendre l'établissement d'une « lieutenance générale pour commander pendant l'ab- « sence du Roi , dans toutes lesquelles rencontres la « fonction des officiers de votre parlement n'a jamais « été diminuée; [la présence de nos rois ne leur a « point fermé la bouche , et Ton ne s'étoit pas avisé « d'oser de puissance souveraine comme l'on fait à « présent , jusques en l'année 1 563 , que le prétexte de « la religion, le refus des ecclésiastiques de contri- « buer à une guerre sainte , rendit pour cette fois « la nouveauté tolérable. Chose étrange pourtant « que ce qui s'est fait une fois sans exemple , ce que « nous pouvons soutenir avoir été contraire à son « principe, passe maintenant pour un usage ordi- « naire, principalement depuis vingt-cinq années, que « dans toutes les affaires publiques, dans les nëces- « sites feintes ou véritables de l'Etat , cette voie s'est « pratiquée ! Et de fait François i , majeur de trente « années, s'étant plaint en ce lieu des dii&cultés qui « étoîent apportées à l'enregistrement de quelques

^f6 [1648] MEMOIRES

■A édits portant création de nouveaux offices, il n'en vL fit pas publier les lettres en sa présence, parce (( qu'il savoit bien que la vérification consiste dans « la liberté des suffrages, et que c'est une espèce « d'illusion dans la morale et de contradiction dans la a politique de croire que des édits, qui parles lois du « royaume ne sont pas susceptibles d'exécution jus- « ques à ce qu'ils aient été apportés et délibérés dans « les compagnies souveraines, passemt pour vérifiés a lorsque Votre Majesté les a fait lire et publier en sa (( présence . Aussi tous ceu x qui ont occupé nos places, <( ces grands personnages qui nous ont précédés, des- « quels la mémoire sera toujours honorable parce « qu'ils ont défendu courageusement les droits du m Roi leur maître et les intérêts du public, qui sont m toujours inséparables, se sont écriés en semblables « occasions avec beaucoup plus de vigueur que nous (( ne saurions faire *, le parlement a fait des remon- « trances pleines d'affection et de fidélité, mais sans « dissimulation, sans complaisance ni flatterie.

« Vous êtes, sire, notre souverain seigneur; la puis- « sance de Votre Majesté vient d'en baut, laquelle ne (i doit compte de ses actions, après Dieu, qu'à sa cona science *, mais il importe à sa gloire que. nous soyons '( des hommes libres, et non pas des esclaves; la « grandeur de son Etat et la dignité de sa couronne (( se mesure par la qualité de ceux qui lui obéissent.

« La plupart des autres souverains exercent des « puissances bornées et raccourcies : les uns commanft dent dans les républiques, auxquelles ils doivent « compte de leur administration ; les autres ont des « conseils nécessaires, des assemblées d'Etats fixes

OOMER TALON. [l648] ÎI7

« et ordinaires , des cercles, et des diètes auxquelles « ils sont obliges de déférer, (pii prennent connois- <( sance de leurs affaires et censurent leurs actions.

« Ceux qui sont estimés posséder une puissance (( absolue, user d'autorité despotique dans leurs Etats, (( ils commandent dans des provinces ruinées, dans a des pays déserts, ou brûlés de Fardeur du soleil; « ]es autres ont pour sujets des nomades et des Lap- « pons, des insulaires septentrionaux, qui n^ont rien « d'homme que le visage.

« La France , les délices du Ciel , l'abondance de « la terre, le préciput de la nature ^ est le partage c( du plus grand de tous les princes, du fils aîné de « FEglise , qui donne à Votre Majesté le titre d'au- « guste, la qualité de roi des Francs, c'est-à-dire « le commandement sur des hommes de cœur, sur <( des âmes libres, et non pas sur des forçats qui « obéissent par contrainte , qui craignent la main du <t comité, et maudissent tous les jours l'autorité qu'ils « respectent. Tant est véritable la pensée d'une « grande reine parlant à Cyrus son fils , qu'il y a « grande différence entre le royaume des Mèdes et « des Perses : les premiers établissent leur gouver- K nement dans une puissance exacte , qui ne souffre « point de contradiction; les autres se contentent « d'ane autorité légitime qui se concilie la bienveil- « lance des peuples , bienveillance qui se diminue « et se perd facilement lorsque les hommes sont « persuadés que l'ordre du gouvernement public « attire sur eux les misères qu'ils ressentent, et la * pesanteur des fléaux qui les persécutent. Pour cela « les maximes de la religion et de la justice, qui

IlB [1648] MEMOIRES

(( préparent le trône des rois^ qui sont les fonde- (( mens et les pierres angulaires des monarchie» lé- (( gitimes, donnent aux ministres des choses saintes « et aux magistrats une honnête liberté pour s^expli- (( quer dans leurs places, et s^acquitter fidèlement (( de la commission à laquelle leur charge et leur a honneur les obligent; ce que nous faisons aujour- (( d'hui dans le lieu des jugemens pour faire entendre « à Votre Majesté, avec toute sorte de respect, l'im- (( portance de cette journée, qui donne de Tétonne- <( ment et de la frayeur dans Fesprit des peuples , lors- « qu'ils s*aperçoi vent que le cours impétueux et rapide « du premier mobile ne peut être arrêté par la con- <( stance , par le poids et la vertu du globe des étoiles « fixes , que Texcès et la chaleur des signes célestes « ne se tempère point par la modération de Saturne.

c( Il y a , sire , dix ans que la campagne est ruinée , <( les paysans réduits à coucher sur la paille, leurs <( meubles vendus pour le paiement des impositions, <( auxquelles ils ne peuvent satisfaire -, et que pour a entretenir le luxe de Paris des millions d'ames « innocentes sont obligées de vivre de pain , de son « et d'avoine, et n'espérer autre protection que celle <( de leur impuissance. Ces malheureux ne possèdent <( aucuns biens en propriété que leurs âmes, parce « qu'elles n'ont pu être vendues à Tencan -, les habi- (( tans des villes , après avoir payé la subsistance et « le quartier d'hiver, les étapes et les emprunts, « acquitté le droit royal et de confirmation, sont « encore imposés aux aisés.

(( Ce qui reste de sûreté dans les compagnies sou- « veraines reçoit atteinte dans cette journée par la

d'omer TALon. [1648] 119

« création de nouveaux offices, qui sont une charge « perpëluelle à l'Etat*, car lorsqu'ils sont établis il « faut que le peuple les nourrisse et les défraie.

« Faites, madame, s'il vous plaît, quelque sorte de 0 réflexion sur cette misère publique dans la retraite « de votre cœur ! Ce soir , dans la solitude de votre « oratoire, considérez quelle peut être la douleur, l'aie mertume et la consternation de tous les officiers du a royaume , qui peuvent voir aujourd'hui confisquer <i tout leur bien sans avoir commis aucun crime -, ajoua tez à cette pensée , madame, la calamité des province ces, dans lesquelles l'espérance de la paix , l'honnetur <t des batailles gagnées, là gloire des provinces conc( quises, ne peut nourrir ceux qui n'ont point de pain, « lesquels ne peuvent compter les myrtes , les palmes (( et les lauriers entre les fruits ordinaires de la terre.

« Ce que nous expliquons à Votre Majesté avec « d'autant plus de confiance qu'elle nous écoute avec a une bonté si royale, avec tant de patience et de « vertu, qu'elle attire sur elle toutes les grâces du « Ciel et les bénédictions de la terre. Cette liberté « que Votre Majesté nous donne de parler selon les « sentimens de notre cœur , d'examiner ses volontés « et les contredire en sa présence, est une marque <r que sa puissance vient du Ciel, et que la droite « de Dieu tout puissant vous assiste. La sagesse, dit « l'Ecriture , habite la maison du conseil ; l'honneur « du Roi aime le jugement ^ et Jupiter, dans Homère, « fait plus cas de Minerve que de son foudre.

(( Nous savons bien que les dépenses de la guerre « sont sans mesure^ que la pensée de Crassus est « véritable, c[\\' un prince n'est jamais assez riche

a pour faire subsister une aimée ^ à laquelle il manc que toujours quelqae chose : nous confeisons qae « les nécessites publiques de TËtat sont, plus an- « ciennes que la régence , et qu'elles ne peuvent être « imputées à Tadministration de Votre Majesté , au (c bonheur de laquelle nous sommes débiteurs^ après « Dieu 9 de la gloire présente de l'Etat /d'avoir opôré « en nos jours, par sa conduite et par ses soins, des « merveilles dont la postérité s'étonnera.

« Que dans la minorité d'un jeune prince, qui est « le temps ordinairement de la disgrâce et de la \ déchéance des monarchies, nou'^eulêment nous <i ayons ressenti la tranquillité publique dans toutes « les provinces du royaume , mais que nous ayons vu « les armes françaises, victorieuses au milieu de l'Estt^ pagne , de l'Italie , de l'AUemagile et de la Flandre, (( donner la loi à la vanité des hommes superbes et « entreprenansj l'innocence des fleurs de lis triôm- « pher de la gloite des aigles et de la fierté des lions : « mais pourtant ces félicités publiques de l'Etat, auii- « quelles nous ajoutons de bon cœur le recôuvreii ment de la santé du Roi notre maître, que Dito a « tendu aux soins et au^ veilles de Votre Majesté , ma-» « dame , comme autrefois il l'a donné à ses prières et a à nos larmes, n'emp^eheAt pas les nécessités part> « culières du royaume^ lequel est languissant, aflbîbli^ « épuisé par la fréquence des levées extraordinaires « de deniers, qui sont le sai^ du peuple et les nerfs de « l'Etat, qui produisent une maladie d'inanition, dans (t laquelle les remèdes sont aussi peu supportables « que le mal. Pour cela, sire, nous supplions Votre « Majesté de se contenter de la puissance et de la

d'omer talon. [i(i4^] i^ï

« voioiitë de ses sujets: faites, sire, que les noms

« d'ftmitië, de bienveillance, d'humanité, ^ ten*

ff dresse se puissent aecûrder avec la grandeur et la

« pourpre de l'Empire ; donnez , sire , à ces vertus

« lettres de naturalitë dans le Louvre ; et, méprisant

(( toute sorte de dépenses inutiles et isuperflues,

« triomphez plutôt du luxe de votre siècle et de celui

« des siècles passés, que non pas de la patience, de'

« la misère et des larmes de vos sujets. Et après ces

« très-humbles remontrances ^ que nous espérons de*

<« voir faire quelque sorte d'impression dans l'esprit

« de Votre Majesté , nous sommes obligés, par le de*

« voir de nos charges, de requérir, etc. »

Ensuite l'arrêt ayant été prononcé par M. le chancelier en la manière accoutumée, le Roi sortit, et rassemblée fut séparée.

Mon discours, à ce que j'ai appris depuis , toucha l'esprit de la Reine et déplut aux ministres : la Reine dans son carrosse , en retournant au Louvre , en parla en bonne part ; mais une dame de grande condition , princesse, qui peut-être étoit mal satisfaite de ce que dans une affaire qu'elle allectionnoit je ne l'avois pas servie à son mot, diffama ce que j'avois fait, et me rendit mauvais office, m'accusant d'avoir été et parlé trop hardiment.

La Reine retournée au Louvre, palais royal, faisant ôter sa mante , fut entretenue par les ministres, qui lui dirent que je m'étois fort échauffé, que j'avois passé les bornés de la modestie , el|autres mauvaise» paroles. M. le cardinal Mazarin le soir même témoigna son déplaisir à M. Tubeuf , avec paroles de colère, d'aigreur et de mauvaise volonté.

122 [l64^] MÉMOIRES

Je fus averti , par ceux mêmes qui m'ayoient rendu les plus mauvais offices, de tout cejqui se passoit; et m'ëtant donné peine de savoir la. vérité de ce qui s'étoit passé en la matière, j'ai aperçu que la cour est le pays de mensonge, dans lequel il est difficile de réussir aux hommes de cœur, de probité et de vertu.

Le lendemain de la séance du Roi, il y eut audience à la grand'chambre ; c'étoit un jeudi. Le vendredi , les chambres furent assemblées pour la réception d'un conseiller, en laquelle assemblée messieurs les députés des enquêtes ayant demandé la lecture des édits, laquelle ils n'a voient pas entendue, M. le premier président les remit au lendemain \ ce qui fut fait.

Ce vendredi, quatre de messieurs les maîtres des requêtes étant en leurs places , déclarèrent qu'ils s'opposoient à l'exécution de l'édit portant création de douze charges de maîtres des requêtes , publiées le Roi séant.

Ce qui fut agréable à toute la compagnie , laquelle étoit d'avis de recevoir cette opposition, jusques à ce que la parole étant à M. le président de Mesmes, il remarqua que quoique messieurs les maîtres des requêtes fussent du corps du parlement, et qu'ils méritassent, par la considération de leurs charges et de leurs mérites particuliers, trouver toute sorte de grâce et de protection, qu'il étoit nécessaire pourtant que les choses se fissent avec quelque sorte d'ordre et de bienséance -, que comme ils ne pouvoient être juges de l'opposition qu'ils avoient formée, s'é tant rendus parties, qu'aussi ils ne la pouvoient former en leurs places, mais qu ils étoient obligés de

dWer talow. [1648] iîi3

passer au barreau ; ce qui fut jugé raisonnable , et qu'ils exécutèrent à Tinstant.

Quant à moi , j'eusse cru qu'ils ne pouvoient former cette opposition en nom collectif, puisqu'étant du corps du parlement ils ne composent pas un collège , une communauté séparée, et qu'ils font portion du parlement, et qu'ainsi ils ne pouvoient pas nomine coUectiifo former une opposition : d'ailleurs qu'auparavant que de recevoir cette opposition (laquelle étoit de conséquence) contre l'exécution d'un édit vérifié le Roi séant , que comme sur une requête de cette qualité la cour eût mis Soit montré avant que de recevoir l'opposition , qu'aussi nous devions être mandés au parquet avant que de recevoir une opposition de cette qualité; et d'ailleurs que l'opposition devoit être faite par aucuns des maîtres des requêtes en leurs noms, et coter un procureur pour procéder sur icelle opposition , et qu elle devoit être signifiée à M. le procureur général. Donc le samedi 18 janvier messieurs ayant commencé la lecture des édits et remis l'assemblée au lundi ensuivant, le dimanche M. le premier président visita M. le cardinal Mazarin avec toute sa famille , et reçut de grandes civilités , à cause de la manière en laquelle il avoit parlé dans le parlement, laquelle fut trouvée d'autant plus agréable que mon discours fut estimé rude et hardi.

Dans cette conférence fut résolu de faire ce qui fut exécuté le lendemain, savoir est que messieurs du parlement furent mandée au Palais-Royal , où étant, la Reine leur demanda pourquoi ils assembloient les chambres, et à quoi ils avoient travaillé. M. le premier président répondit que le Roi ayant tenu son lit

de justice le mercredi i5 précédent, et ayant fait publier quelques édits en sa présence , lesquels nV yoient pas été lus tout au long, messieurs du parle-^ ment désiroient en avoir la lecture ; et d'ailleurs le parlement pouvant faire au Roi des remontrances sur le sujet des mêmes édits , qu'il étoit nécessaire qu^ls en eussent la lecture, et qu'en cela ils n'agissoient que selon l'ancien usage , et ce qui s'étoit pratiqué en semblables rencontres : dont la Reine témoigna être satisfaite , pourvu qu'il ne se passât rien qui pût offenser l'autorité du Roi.

Je n'allai pas à cette visite, quoique j'eusse été mandé , m'étant imaginé qu'il ne falloit pas offenser le visage de la Reine, à laquelle l'on avoit donné quelque mauvaise impression de moi.

Ainsi les édits ayant été lus, l'on délibéra quid agendunij et fut résolu d'opiner sur chacun d'iceux en particulier^ ce <}ui sembla ne pouvoir recevoir de difficulté , puisque M. le premier président les avoit distribués chacun à quelqu'un de messieurs ponr les voir et les rapporter. Le premier des édits fut celui du domaine , [ savoir est une imposition ou levée sur tous les engagistes pour les obliger de payer une année du revenu du domaine] du Roi engagé, duquel ils jouissent.

Sur lequel édit messieurs ayant diversement opiné^ les uns étant d'avis de faire des remontrances verbales, les autres par écrit , d'autres d'ajouter, et cependant défenses au greffier de se dessaisir des édits qui sont entre ses mains, il y eut un troisième avis d'ordonner que cet édit seroit exécuté, et le Roi supplié d'envoyer une déclaration par laquelle il révoqueroit

d'omer talon. [i64B] xa5

toutes les ventes et aliénations du domaine faites sans lettres patentes vërifiëes en la cour.

Les deux opinions qui furent le {dus observées ont été celles de M. le président de Mesmes, lequel fit Tapologie de l'autorité souveraine du Roi ^ et après s^étre plaint de la manière en laquelle le Roi étoit venu au parlement sans avertissement préalable , sans lettre de cachet envoyée à la compagnie , il établit pour fondement de son avis cette proposition » que nous vivions dans une monarchie dans laquelle les compagnies souveraines pouvoiènt faire des remontrances, intercéder par prières ^ éviter les occasions d'exécuter ce qui ne leur semble pas raisonnable, mais non pas résister à la puissance souveraine du Roi, de lacpielle le centre se rencontroit dans son lit de justice -, que tous les autres souverains dans le scea;u de leurs armes paroissoient les uns Tépée à la main , les autres à cheval ; mais le Roi étoit assis dans son lit de justice, dan» lequel ayant fait quelque chose, ses volontés ne pouvoient souffrir de contradiction-, que dans cet état il pouvoît forcer nos suffrages, et que personne ne pouvoît ni ne devoit lui contredire ^ que lorsqu'après des remontrances faites le parlement vérifie quelque édit avec ces termes : Du très-exprès commandemeni du Roi^ c'est en effet une déférence aveugle , c'est une obéissance et un témoignage que le parlement donne les mains à Tauto-* rite supérieure , et qu'il est forcé dans ses suffrages.

M. le premier président dit que depuis quatrevingts ans et plus les rois s'étoient accoutumés dans quelques occasions de tenir leur lit de justice , et d'y faire publier des édits en leur présence sans prendre

126 [l^4^] mémoires

les suffrages de la compagnie \ que dans ces rencontres particulières le parlement leur ayoit fait des remontrances , s'ëtoit plaint de cette voie comme d'une procédure fâcheuse , et contraire aux ordres anciens de TEtat ', mais néanmoins que Fexécution de tels édits n'avoit jamais reçu aucune atteinte, et que lorsque le parlement s'en étoit voulu émouvoir, le Roi s'en étoit irrité \ qu'à présent la chose sembloit changer de face, puisque le Roi souffroit que les édits qu'il avoit fait publier fussent lus en la compagnie, et délibérés ; qu'il falloit prendre avantage de cette occasion comme d'un acte de possession , pour s'en servir à l'avenir dans pareilles rencontres : pour cet effet qu'il falloit prendre garde de ne pas offenser la Reine, de crainte que dans ce commencement le Roi y trouvant à redire et improuvant ce qui auroit été fait, ce ne fût un moyen pour empêcher l'établissement de ce droit, dans lequel le parlement vouloit s'établir pour contredire à l'avenir les édits que le Roi feroit vérifier en sa présence, si la compagnie se maintenoit en ce droit de le pouvoir examiner et d'y pouvoir délibérer.

Enfin il passa au dernier avis, et que cet édit étant le moins mauvais de tous, et ne s'exécutant que sur des personnes riches, il ne falloit pas y trouver à redire ^ mais qu'il étoit impossible d'autoriser les aliénations «du domaine qui avoient été faites nouvellement sans lettres patentes.

Je m'étonnai à l'abord de cette manière avec laquelle l'on souffroit que messieurs du parlement osassent lire les édits publiés en la présence du Roi, les examiner et les délibérer^ et qui plus est de ce que M. le premier président y avoit contribué, Içs ayant

d'om£R talon. [iti48] ia7

distribués à de messieurs les coaseillers de la grand chambre pour en faire leur rapport, vu que je me souTenois qu'en l'année 1629, après la prise de La Rochelle, M. le garde des sceaux de Marillac ayant apporté une ordonnance au parlement qu'il avoit composée, et en ayant fait lire en la présence du Roi cinq ou six lignes de la préface et de la fin, le greffier ayant eu défenses de mettre sur cet édit ces termes : Lu y publié et registre y p^rce qu'en effet la lecture n'en avoit pas été faite , le Roi s'en offensa , et voulut que le registrata y fût mis ^ et après il donna permission au parlement de lire les articles particuliers , et de procéder à l'enregistrement d'icelui en la manière accoutumée; ce qui ne fut point fait, et l'ordonnance n'a point été exécutée. La seconde chose, qu'en l'année i635 le Roi, au mois de décembre , ayant apporté quelques édits portant création de nouvelles charges dans la compagnie , le lendemain messieurs des enquêtes ayant demandé l'assemblée des chambres pour entendre «la lecture des édits, le Roi s'en offensa, et aucuns de messieurs furent emprisonnés et chassés pour ce sujet.

J'appris que cette nouveauté étoit fondée sur une clause d'une déclaration apportée par le Roi au parlement en février 164.1 9 auquel jour je parlai devant le Roi la première foisCO, laquelle déclaration avoit été faite par M. le cardinal de Richelieu pour abaisser l'autorité du parlement, lui ôter la connoissance de toute sorte d'affaires publiques , l'interdire de pouvoir non-seulement refuser les édits qui lui sont en- Ci) JLa première fois: Talon fait cri eur dans cette indication. Il avoit porte la parole an lit de jufticc du ai fcvrier 1639.

ia8 [1648] MÉMOIRES

voyés, mais même d'y pouvoir apporter aucune modification, ains seulement duser de remonfci^noes. Par exemple bette déclaration porte que si le Roi vient au parlement faire publier quelques «dits en sa prë* sence , que ces édits doivent être exécutes seloh leur forme et teneur, faisant défenses d'y apporter aucun empêchement, sauf à faire telles remontrances qu'ils aviseront être à faire. sur Texécution desdits édits, après lesquelles nous voulons qu'ils aient à obéir, etc. De sorte que sur le pied de cette clause l'on a prétendu au parlement que la liberté de faire des remon^ trances emportoit par nécessité la liberté d'opiner, et pour cet effet de lire les édits.

Ce que j'estime être un avantage à la compagnie dans le malheur du siècle présent et dans l'appréhension de l'avenir; et me suis imaginé que si cette clause est exécutée, et que le parlement s'en mette en possession, que l'on rendra inutiles tontes les vérifica-* tions d'édits que le Roi pourra faire ci-après, parce que cette liberté d'en délibérer emportera la fiaiculté de les modifier , et d'y mettre des modifications qui les rendront sans exécution : et pour cela je m'étonnai comment à la cour Ton avoit souffert cette longue délibération , dans laquelle les suffrages des particuliers révoquoienten doute la puissance et l'autorité du Roi (comme l'on parle au Louvre).

Je sais bien que les émissaires de la cour dans toutes les chambres du parlement faisoient entendre que s'il passoit par l'arrêté de la compagnie à faire des défenses , que les premiers qui auroient été au« teurs de cet avis seroient exilés et maltraités.

Le second édit qui a été mis sur le bureau a été

d'oher tailon. [1648] 1^9

celui des offices de police, duquel M. de Broussel ëtoit rapporteur, sur lequel cette difficulté ayant ëtë formée que les droits attribués aux officiers et portés par Yé^ dit ne devant être que de cent cinquante mille livres en principal , plusieurs ont prétendu que ces droits imposés sur les marchandises montoient trois fois au-» tant; de sorte qu'il fut arrêté que chez M. le premier président, en la présence du rapporteur, et de sept ott huit de messieurs de la grand'chambre et des en-' quêtes, les marchands seroient mandés, pour et en la présence de M. le procureur général* examinet le détail de tous les droits portés par ledit édit, et sa* voir à quoi ils pourroient se monter par chacun an;

Le samedi 1 5 février, fut délibéré l'édit des francsfiefs ; et d'autant qu'il n Y avoit que quatorze années, expirées depuis le dernier édit fait sur la même matière, et que néanmoins Fédit portoit qu'il auroit Keu tant pour ces quatorze années que poui* les onze à écheoir, faisant en tout vingt-cinq ans, le parlement par son arrêté ordonna que l'édit seroit exécuté pour le temps échu.

Les termes auxt[uels cet arrêté fut conçu offeii-* sèreflt les ministres, qui crurent que le parlement avoit apporté une modification à leur édit, et qui craignirent qu'ils n'en apportassent davantage aux au* très édits sur lesquels ils a voient délibéré.

De sorte que le lendemain dimanche 16 févriei* 1648 ils nous mandèrent au Palais-Royal messieurs mes collègues et moi. La Reine nous ordonna d'entrer le lendemain dans la compagnie, de demander' l'arrêté de samedi précédent, et de lui apporter le lendemain «

l3o [1648] MÉMOIRES

Ce que nous fîmes le lundi matin , et fîmes assez entendre à la cour que Ton vouloit examiner les termes auxquels cet arrête étoit conçu. Sur quoi ayant ëtë dëïibërë, aucuns ëtoient d'avis d'ajouter à Tarrétë du samedi ces mots : Sous le bon plaisir du Roi et de la Beine régente.

Les autres, qu'après ime dëlibëration achevëe il n'ëtoit pas permis d'y rien changer; d'autres furent d'avis de porter au Roi l'arrête tel qu'il ëtoit, sans autre compliment. ' *

Enfin, après une longue dëlibëration prolongée jusques à midi, fut arrête de nous envoyer vers la Reine, et lui faire entendre que l'intention de la compagnie n'avoit ëtë de contrevenir à la v(dontë de ^ Leurs Msyestës ni au respect qui leur est du, et la supplier d'envoyer une dëclaration conforme audit arrête. L'après*<lînëe nous fumes au Palais-Royal , et ce qui nous y fut dit se trouvera ëcrit dans le registre. Messieurs du parlement , auxquels nous portâmes cette réponse le lundi 17 février, ne s'assemblèrent point à cause de l'absence d'aucuns de messieurs les prësidens, mais bien le lendemain 18, où nous fumes mandes, et expliquâmes notre crëance toutes les chambres assemblëes. Messieurs se trouvèrent fort empêches : les uns furent d'avis de voir les registres, les autres d'ajouter que les registres seroient portes à la Reine pour en ordonner ce que bon lui sembleroit-, aucuns de demeurer in deliberatis. Et ainsi furent consommëes toutes les matinées de la semaine jusques au vendredi. M. le premier président n'assemblant qu'à neuf heures, et la dëlibëration se consommant dans l'opinion de deux ou trois de messieurs

o'cHiER TALON. [l648] l3l

seulement, au veiulredi la dëlibëration fut remme à la huitaine, auquel jour n'ayant pas ëtë pins ayaneëe, messieurs lesprësidens, qui a'imaginoientque le$ esprits ëtoient ëcbauffës , firent demander par M« de Bellièyre son audience pour le lendemaîu ; et ainsi la délibération fut interrompue , sans remise à aucun certain jour.

Pour cela , le dimanche premi^ jour de maf«, ndus fumes mandés au Palais^-Royal messieurs mes cci^ l^ues et moi , où la^ Reine nous tëmoigna être mal satisfaite : ce que nous rapportâmes le lundi a mars et le lendemain 3 mars , ainsi qu'il est dans le re^ giatpe.

Du mardi 3 mars i648.

Toutes les chambres assemblées, les gens du Roi sont entrés, et par la bouche de M* Omer Talon , avocat dudit seigneur, oiU dit à la cour que dimanche précédent, à six heures du soir, ils avoient été mandés auPalais-Eoyal -, et introduits dans le cabinet de la Reine par M. Le Tellier, secrétaire d'Etat , ladite dame leur a fait dire par M. le chaucelier qu'il y a tantôt quinze jours qu'elle attend la réponse, et la fin de la délibération commencée \ que les arrêtés des 1 5 et 1 7 février lui ont semblé contraires , ou du moins obscurs et ambigus ^ et quoique nous Teussions assurée de la sincérité, des intentions de la compagnie , qu'elle avoit néamnoinsf désiré qu'ils s'expliquassent nettement sur cette difii-* eulté , afin quç dans les provinces étrangères les ennemis de TEtat n'eussent pas occasion d'interpréter sini^trement les délibérations du parlement, £aire croire aux peuples qu'il y a mésintelligence daus

l3l [1^4^] MÉMOIRES

TEtat, et sur ces prétentions de division fonder des desseins de rupture et de guerre à Tavenir.

Que la Reine avoit estimé qu'une délibération de cette qualité devoit être sommaire, ou plutôt qu'il n'y avoit pas occasion de délibérer, ne s'agissant que de donner au Roi des assurances de soumission^ de respect et d'obéissance.

Et néanmoins il y a quinze jours que cette afikire est traitée dans le parlement, et qu'elle n'y est point conclue, soit que les longueurs soient fortuites ou affectées. Pour cela là Reine commande que , toutes affaires cessantes, dans aujourd'hui cette aflPaite soit terminée, parce que le retardement et le refus lui sera tout égal , n'étant pas juste qu'une délibération de cette qualité , dans laquelle il s'agit du point de l'autorité, soit plus long-temps tenue en surséance, et que les éloignemens qui jusques à pressent y ont été apportés ne passent pas pour des doutes dans une affaire de cette conséquence.

Sur quoi la cour ayant délibéré, après une trèslongue contestation il fut arrêté, nuiltis contradiçentibus^ que ce n'a point été l'intention de la compagnie de contrevenir aux volontés du Roi et de la Reine régente^ ains que l'édit des francs^fiefs soit exécuté pour les années échues setdemënt, sous le bon plaisir dil Roi et de la Reine, qui Seront trèshumblement suppliés de la part de ladite cour d'eii envoyer la déclaration.

Lequel arrêté le même jour nous portâmes à la Reine , avec des termes de compliment et de civilité qui marquoient que cette proposition n'avoit point dû être faite par le Roi à la compagnie.

d'omer talon. [i648] i33

Mais notre relation fut remisé jusques au vendredi 6 mars 1648, auquel jour, toutes les chambres assemblées, je fis relation à la compagnie de ce que favois dit à la Reine, qui est insëré dans le registre.

Et d'autant que dans mon discours il y avoit beaucoup de civilité et de paroles de respect, cela déplut à M. le président de Mesmes , qui s'en expliqua auprès du feu à messieurs les présidens en la présence de M. Bignon , disant que je n'avois dû user de paroles si humbles , et qu'à la cour ils avoient assez de présomption d'eux-mêmes, sans y ajouter de la flatterie et de la complaisance : ce qui ne fut pas estimé bien raisonnable en sa personne , vu que luimême ayant porté si haut dans le parlement l'autorité royale que chacun n'en avoit pas été bien édifié, l'on trouva à redire qu'il s'offensât des civilités que

j'avois faites à la Reine.

Du vendredi 6 mars 1648.

Toutes les chambres assemblées, les gens du Roi sont entrés, lesquels par la bouché dé M« Omer Talon, avocat dudit seigneur, ont dit à la cour qu'ils avoient été mardi au soir au Palais -Royal, et qu'ils furent introduits dans le cabinet de la Reine par M. de Guénégaud, secrétaire d'Etat, auprès de laquelle dame étoient M. le duc d'Orléans, M. le cardinal Mazarin, M. le chancelier, M. le surintendant, et messieurs de Loménie , de Guénégaud et Le Tèl-t lier, secrétaires d'Etat^ que ladite dame les ayant interrogés sur ce qui s'étoit passé dans le parlement, ils lui avoient dit :

« Madame , ^ijiivaat le^s ordres que nous reçûmes

l34 [164^] MKM01KB8

<( de Votre Majesté il y a quinze jours , nous entrâmes (( le lendemaia dans le parlement toutes les cbam- « bres asseskUiées^ et rapportâmes à la compagnie ce a qm nottB avions dit à Votre Majisstë touchant les « arrêtés des 1 5 et 1 7 février dernier fusse ^ et les « lassliranoes que nous avions données de la sincë-- « rite des actions du parlement; ensuite nous leur a récitâmes potictnellement ce que M. k chancelier « nous air«Mt dit de la part de Votre Majeisté , ce que 4( M. k duc d'Océans, M. le prince et M. le carce dinal ])kfazarin avoient ajouté sur ce sujet.

« Les paroles que nous portâmes de la part de « Votre Majesté furent reçues avec honneur; mais a la compagnie fiit infinimeht surprise d^entendre la a fiemonce que nous leur faisiofis, et la nécessité qui « leur étoit imposée de s'expliquer sur une ques* « tion extraordinaire, pour répondre quelles sont les (( bornes dé leur juridiction. Leurs registres leur ente seignent que souvent les rois les ont consultés sur K des affaires de conséquence : François i leur de- « manda avis s'il étfoit obligé de tenir lia parole qu'il il av!oit d<Hmée à ses ennenûs pendant la violence de « sa détention; Henri 11 voidut être informé sur le d fait du gouvern^nent et de l'administration du « royaume d'EcOsse ; mais de désirer qu'ils résolvent « quelles sont les extrémités de leur poul^^ir, c^est- (1 ii^dire entrefr en jugement et en discussion avec a leur souverain , pardonnez , madame \ si , pour de- « mettrer dans les termes du respect, ils ont man-* (( que au devoir de l'obéissance. Ils iconfessent qu'ils « ne peuvent ni ne doivent décider une question de « cette qualité, pour laquelle il faudroit ouvrir les

DOMEA TALON. [l648] l35

« sceaax et les cack^ts de la royauté , pënëtrer dans (( le secret de la majesté du mystère de Fempire^ <c trouvez bon, madame, sHl vous platt, qu'il n'ait « pas délibéré sur la question la plus importante et « la plus difficile de la politique , de savoir la me*- R sure , connoitre retendue et la capacité des pui»^ « sances légitimes , puisque Dieu , qui est le maître « des rois , ayant voulu (yae certaines choses lui fus- « sent impossibles, et ne voulant pas pouvoir faire « tout ce qu'il peut, il n'a pas vouiu manifester aux « hommes les degrés de sa providence ni l'extrémité « de son pouvoir. Ainsi toutes les* vertus du Ciel et <i de la terre étant infiniment réservées , pour ne pas « vouloir éprouver ni produire les derniers efforts de ^ leur activité, des sujets qui ne possèdent qu'ujie « lumière empruntée , qui tiennent en dépôt l'honr « neur que les rois leur ont communiqué, ne peu- « Vent sans pudeur décider quelles sont les bornes « de leur condition , et jusques à quels termes elles ^ se peuvent étendre, parce que le jugement des « hommes, qui discerne toutes choses, n'est pas ca-* « pable .de faire réflexion sur lui-même.

« Pour cela les assemblées du parlement ont été « tant de fois depuis quinze jours commencées et « jamais achevées ^ toutes ces remises et ces retarde- « mens n'ont été autre chose que des excuses de réi^ pondre précisément à la proposition qui leur étoit <( faite. Et lorsque ce matin nous les avons pressés de « la part de Votre Majesté de mettre fin à toutes ces « délibérations, et de faire réponse, le parlement ne « pouvant se résoudre dans une thèse de cette qua- *^ Uté, a arrêté de faire entendre à Votre Majesté que

l36 [1648] MÉMOIRES

u son intention n'a jamais été de contrevenir à ses « volontés ni à son autorité, et que lorsqu'ils ont dé-^ « libéré sur l'édit des franes^-fiefs, et qu'ils ont or- « donné qu'il seroit exécuté pour les années échues (t seulement, ils ont entendu le faire sous le bon plai^ « sir de Votre Majesté, et lui demander uue décla-^ « ration à cet effet.

« Ainsi nous paraissons, madame, devant les yeux « de Votre Majesté dans les termes du respect, d^ la « fidélité et de l'obéissance ^ les peuples nous con-r tf sidèrent avec les avantages de notre condition ,. qui K nous donne une puissance souveraine sur tous le^ « sujets du Roi, de quelque qualité qu'ils puissent « être; mais nous ne parloqs à nos, souverains que <^ comme leurs très-humbles spjets, lesquels. ayant fd acquis par la Iqngueur de leurs services et de leui: <( âge quelque lumière dans la connoissance des afm faires publiques, nous sommes en cette possession « de leur représenter ce que nous savons , même avec « quelque sorte de chaleur, qui n'est autre chos^ « qu'un zèle respectueux, lequel a pour fondement « la sincérité de nos intentions et de nos pensées, « qui sont toutes royales , dans lesquelles, le parle- « ment supplie Votre Majesté de considérer que les « voies et la conduite de la compagnie n'ont autre « objet que la décharge de leijirs consciences et Tin- <( térêt de l'Etat -, qu'ils ne travaillent pas pour l'ace vantage de leurs familles, particulièrement pour (( leur avancement domestique, et qvie s'ils s'abusent « faute d'adresse et de civilité , ils nç. s,e tromperont (( jamais faute de fidélité. » . ,

Après lesquelles paroles la Reine nous, témoigna

d'omer talon. [1648] 137

grande bonté, non-seulement par son visage et par sa contenance, mais même par ses paroles nous fit con« noitre être satisfaite du procédé de la compagnie^ qu'elle avoit toujours cru que ç'étoit le lieu du monde auquel TaUtorité du Roi étoit plus reconnue ^ que pour lesuirplus de ce que nous lui avions dit, que nous entrassions dans sa chambre, et qu'elle délibéreroit avec son conseil pour nous faire réponse. Et de fait nous étant retirés dans sa chambre , quelque temps, après fumes rappelés par M. de Guénégaud , secrétaire d'Etat 5 et la Reine nous fit dire par M. le chancelier ce qui étoit de sa volonté , savoir est qu'elle étoit satisfaite de la délibération de la compagnie, et qu'elle avoit bien cru quç le parlement, qui donnoit aux autres les règles et exemples de l'obéissance, en rendroit les témoignages le premier.

Qu'à l'égard de la déclaration qui lui étoit demandée, elle sera bien aise d'entendre les raisons du parlement, les examiner, et y faire apporter les cour sidér^tions nécessaires-, qu'il étoit avantageux au bien de l'Etat que les affaires de cette qualité fussent concertées et discutées dans le parlement, et que l'au-r torité demeurant au Roi, il prendroit volontiers con-? seil du parlement.

Qu'il restoit trois édits à délibérer, savoir celui des offices de police , pour lequel il y avcwt des commissaires nommés pour examiner la Qualité des sommes, et savoir si elles n'exeédoient point cent cinquante mille livreshpar chacun an^ que la Reine seroit bien aise que cette affaire se pût terminer au plus tôt, et de bonne foi.

Quant à l'édit portant création de quelques olEcea

l38 [164B] MÉMOIRES

de maîtres des requêtes , que le parlement avisât s'il y avoit quelques remontrances à lui ïaire ou quelques expëdiens à lui proposer ; que la Reine les ëcoutéroit et les embrasseroit volontiers , si Sa Majesté les jugeoit raisonnables. Et pour ce qui est des créations de charges de greffiers , secrétaires du conseil , grands audienciers et autres, ils n'ont pas été vérifiés au parlement JQsques à présent , mais ils y ont été envoyés cette fois, à cause des privilèges de secrétaires du Roi , qui «ont attribués à aucuns de ses officiers. Nous avons dit à la Reine qu'il y avoit un quatrième édit concernant la création de certains prévôts généraux, dans la fonction desquels il se trouvoit grand désor* dre dans là justice -, à quoi la Reine a répondu qu'elle y feroit pourvoir lorsqu'elle en seroît informée.

Pour délibérer sur les édits restans, la cour voulut commencer par celui des offices*de police; et pour ce faire furent assemblés chez M. le premier président aucuns de messieui;s les conseillers de la grand'oham* bre et nul des enquêtes , pour entendre le rapport des bourgeois qui seroient mandés , suivant l'arrlt qui or-^ donnoit que cela se feroit en la présence de M. le procureur général, auquel nous conseillâmes de ne s'y pas trouver, parce que nous ne travaillons jamais par commissaires, idem avec des commissaires ; joint que M. le procureur général eût été empoché de trouver dans cette assemblée une bonne place pour lui : de sorte qu'il s'excusa à M, le premier président, et la pria que les Mémoires qui seroient dressés chez lui en forme de procès-verbaux nous fussent envoyés , afin d'y pouvoir délibérer et prendre conclusions par écrit; ce qui fut fait le dimanche et lundi 8 et 9 mars i^lfi\

d'omer talon. [1648] l'ig

et le mardi nous arrêtâmes nos conclusions, qui aboutissoient k requérir que Tëdit seroit exécuté, àla charge quil ne seroit levé sur le peuple que cent cinquante mille livres par chacun an , et qu'à cet effet le tarif seroit dressé par les commissaires députés parla cour. Sur quoi ayant été délibéré le 1 1 mars, il fut arrêté que Tarrét du 7 septembre dernier passé , donné sur le tarif, seroit exécuté, et le Roi et la Reine itrès-humblement suppliés de révoquer ledit édit , et à cette fin très-humbles remontrances faites de la part de ladite cour.

Cet an^é té déplut aux ministres, lesquels n'avoient autre chose à nous reprocher sinon qu'il s'agissoit dii point de Tautorité ^ que tout ce que Ton feroit par remontrances, :par prières, par supplications, seroit biea reçu de la part du Roi^ mais après ces édits vérifiés, le Roi séant en son lit de justice , que tout ce qui en arréteroit Texécution par voie de contradiction ne seroit point souffert par la Reine. Ainsi ils se formalisoient que la cour eût arrêté que son arrêt du 7 âepten^re précédent ^roit exécuté , parce que cet arrêt rédaisoit la levée du droit à deux années seulement, avec d'autres modifications 5 de sorte que d'avoir ordonné par le premier article de la délibération que cet arrêt seroit exécuté, ils imputoientoela à une entreprise d'imtorité. Et de fait , le jour même , nous {uBies maodés au Palais-Royal messieurs mes collègues et moi, et nous fut dit par la Reine qu'elle avoit appris que le parlement avoit délibéré sur l'édit des francs-fiefs, et qtt*H avoit fait un arrêté, lequel s'il ^toit tel que l'on lui avoit dit , elle l'estimoit injurieux k l'autorité royale 5 qu'elle n'en avoit rien voulu

i4o [»^48] MÉMOIRES

croire, jusqties à ce qu'elle en fût certainement informée ^ que nous eussions à entrer le lendemain dans la compagnie pour demander Tarrétë, et le lui apporter.

Le lendemain étoit un jeudi, que M. le premier président fut bien aise de conserver son audience -, de sorte que le lendemain vendredi 1 3 mars nous fîmes savoir à la compagnie ce qui nous avoit été dit par la Reine. Sur quoi ayant été délibéré le vendredi et le samedi, fut arrêté que la délibération de la compagnie seroit portée à la Reine telle qu'elle avoit été résolue, sans y rien changer-, et le même jour cette délibération nous ayant été délivrée , nous la portâmes à la Reine sans aucuns discours.

Les ministres furent offensés de cette seconde délibération, parce que s'étant expliqués, et fait entendre que cet arrêté étoit injurieux à l'autorité royale, et le parlement ne l'ayant pas voulu changer, ils crurent être obligés de porteries choses à l'extrémité.' Et de fait ce même jour M. Le Tellier, secrétaire d'Etat, visita M. le président de Mesmes, et sous prétexte de s'éclaircir amiablement avec lui de la part de M. le cardinal Mazarin, en effet il lui reprocha qu'il étoit auteur de la plupart des avis les plus contraires aux intentions du Roi, et que sous main il recevoit chez lui visite de ceux qui se venoient instruire pour cet effet, et qu'en apparence il se vouloit faire croire 2iffectionné aux intérêts du Roi, mais qu'çn vérité il n'avoit pas ce sentiment intérieur ^ puis il lui demanda avis de ce qu'il y avoit à faire dans l'occasion présente, et lui témoigna que M. le cardinal Mazarin seroit bien aise de savoir son sentiment : mais il reconnut bien

d'omer talon. [1648] i4i

que ce compliment ëtoit captieux, et se garda bien de s'y méprendre.

Le. lendemain, M. Le Tellierme visita, assisté de M. Tubeuf, de la part de M. le cardinal, pour savoir de moi mes pensées sur l'occurrence présente , pour conserver l'autorité du Roi contre le mépris et l'injure qu'il disoit lui avoir été faîte par le parlement ; dont je m'étonnai, vu que je n'avois point eu de nouvelles de ce côté'-là depuis que ledit seigneur cardinal m'avoit fait témoigner son mécontentement de l'action que j'avois faite devant le Roi le 1 5 janvier précédent : néanmoins je lui en dis mon sentiment selon ma conscience , et avec le plus de modération que je pus pour l'honneur de la compagnie.

Le soir , fut tenu conseil chez la Reine , et arrêté que le lendemain le parlement seroit mandé en corps, que M. le. chancelier se plâindroit du procédé de la compagnie , et leur diroit de mauvaises paroles \ que le greffier apporteroit l'arrêté , et qu'il seroit déchiré par le Roi ^ qu'ensuite aucuns des officiers de la compagnie seroient exilés. Et de fait, le lendemain i5 mars, nous reçûmes lettres de cachet à cet effet. Le greffier du parlement reçut pareillement son ordre par une lettre particulière ^ et sur cela toute la comK pagnie ayant été assemblée dans Tappréhension du péril, il fut arrêté d'envoyer présentement vers la Reine M. le procureur général pour intercéder de la part du parlement^ lui faire entendre que tout ce qui avoit été fait en la matière n'avoit été que sous son bon plaisir , et que s'il plaisoit au Roi le parle* ment en assureroit Sa Majesté par ses députés. Laquelle commission fut donnée à M. le procureur gé-

l4l [^^4^] MÉMOIRES

nàral seul, d'autant que nous étions nécessaires à Taudience ; et de fait M. le procureur ^néral ayant fait ses diligences chez M. le chancelier, M. le cardinal Mazarin et la Reine , la Reine ne voulut rien résoudre que par Tavis de son conseil , lequel n'ajant pas été sitôt assemblé , il ne put avoir réponse jus-* ques après midi, que la Reine lui dit qu'elle ne pouYoit être satisfaite de la compagnie jusques à ce que Tarrété dernier eût été changé, et la dernière clause d'icelui mise la première , afin que Ton recon*nût que la délibération avoit commencé par remontrances , et non pas par un arrêté contraire à Tautoritë du Boi ^ mais lorsquHl arriva au parlement pour s^acquitter de sa charge, il trouva la compagnie séparée : de sorte qu'il fîit obligé de retourner chez la Reine pour la supplier d^attendre jusques au lendemain la réponse de la compagnie \ à quoi la Reine apporta de grandes difficultés , disant que le parlemenjt ne devoit point se désassembler qu'il n'eût ordre de sa part, puisque la lettre de cachet les obligeoit de venir au Palais-Royal , à laquelle ils dévoient satisfaire jusques à ce qu'ils eussent ordre contraire. Néanmoins, sur ce qui lui fut remontré que l'heure étoit bien avan- <^ée, que la plupart de messieurs de la grand^chambre étoient vieux et incommodés, la Reine consentit que l'affaire fût remise au lendemain , auquel jour M. le procureur général ayant fait sa relation , il passa tout d'une voix de satisfaire à la volonté de la Reine , plutôt que d'attendre l'effort de l'indignation du Roi, deux seuls conseillers étant d'avis contraire, et aucuns y voulant ajouter : Du très-exprès conuman^ dément du Roi. Et de fait, à dix heures, M. le pre*

d'omea taloit. [1648] 143

mier président portant la parole, nous fûmes ouïs par la Reine , qui témoigna être satisfaite de Tobëis-* sance de la compagnie*

Il restoit encore deux ëdits à examiner, savoir celui des maîtres des requêtes et celui des prévôts généraux, sur lesquels M. le premier président différa d'assembler pendant toute la semaine, quoique la Reine eût témoigné le désirer, et qu'elle eût envoyé vers ledit sieur premier président et M. le surintendant d'Emery , et M. de Guénégaud, secrétaire d'Etat, pour lui ordonner de le faire.

Le samedi ^ jnars, M. le président Tubeuf me vint quérir de la part de M. le cardinal Mazarin, lequel désiroit m'entre tenir. Je fus surpris de cette yisite, parce que depuis l'action que j'avois faite devant le Roi M. le cardinal n'avoit pas témoigné d'inclination à être satisfait de moi , ni à me vouloir voir, le L'allai trouver à l'instant, et fus avec lui seul à seul assez long-temps , et plus que l'on a coutume d'être avec les premiers ministres , desquels le temps est précieux et les paroles décisives : néanmoins il me souffrit plus d'une heure et demie. Son entretien fut divisé en deux parties : le premier fut composé de reproches, et de marques d'étonnement sur le sujet de l'action que j'avois faite devant le Roi , dans la-' quelle il se plaignit que j'avois décrié le gouvernement, offensé l'esprit de la Reine , et donné occasion aux ennemis de s'en prévaloir dans toutes les ren*' contres particulières; que l'abrégé de mon discours^ avoît été imprimé , et envoyé dans les provinces du royaume pour soulever les esprits des peuples, et chez les étrangers pour leur donner mauvaise impres-

l44 [l^4^] MÉMOIBES

sion de nos affaires; me montra celui qui lui avoit été envoyé de Hollande , avec les remarques latines qui avoient été faites sur cet écrit, ajoutant qu'il n'attendoit point ceja de moi , et de Festime qu'il avoit toujours faite de ma personne et des miens; et que j'étois obligé de réparer cela par quelque discours, afin que Tesprit de la Reine pût être guéri, et les peuples informés et désabusés. Ensuite il voulut lire cet abrégé de mon discours , et les remarques latines dont il est parlé ci^essus^ Après avoir écouté ce qu'il lui plut de me dire , je lui répliquai avec respect que j'avois été fort étonné lorsque j'avois appris qu'il avoit été si mal satisfait de mon discours, d'autant qu'il étoit moins rude que tous ceux qui avoient été faits vingt ans auparavant; que j'avbis parlé du gouvernement de l'Etat avec respect et honneur, et que si j'avois expliqué les misères du peuple avec quelque sorte d'exagération, que je l'avois fait nonseulement parce que la chose étoit vraie , mais aussi pour rendre les édits que le Roi apportoit plus tolé* râbles, d'autant qu'ils étoient sur les riches et non sur les pauvres. Il m'interrompit, pour me dire que cela étoit bien fin. J'achevai , lui disant que si dans une occasion de cette qualité quelque chose lui avoit déplu, j'en eusse espéré quelque sorte d'avertissement, mais non pas une aversion telle qu'il l'avoit témoignée, parce que faisant profession d'être serviteur de la Reine et le sien, et de nul autre dans le royaume, n'étant d'aucune cabale ni faction tdle qu'elle pût être , et tous les autres qui sont en quelque . sorte de considération dans la robe ayant tous leurs attachemens secrets et particuliers, je parlois

d'omer talon. [1648J 145

hardiment) et ne devois avoir crainte que rien me pût être reproché; qu'au surplus l'écrit latin qu'il m'avoit fait voir étoit impertinent, parce que ceux qui l'avoient dressé ignoroient le gouvernement de notre Etat, puisquHls s'imaginoient qu'ayant omis de parler devant le Roi des affaires de la paix et des traités projetés avec nos alliés, c'étoit un témoignage que la France ne le désiroit point, parce que dans telles occasions nous n'avons pas coutume de parler au Koi des affaires du gouvernement ; qu'au surplus s'il se présentoit occasion de parler en public ou en particulier dans la compagnie des mauvaises interprétations que l'on avoit voulu donner à mes paroles , que^e le ferois volontiers ; et que comme j'avois parlé avec sincérité par la nécessité de ma charge , je té^ moignerois toujours qu'il n'étoit pas raisonnable que lues paroles fussent employées contre mon intention.

La seconde partie de l'entretien eut pour prétexte de savoir ce qu'il y avoit à faire pour obliger messieurs de parler d'achever la visite de ces deux édita qui restoient à examiner. Je lui dis que cela dépen* doit de M. le premier président seul d^avancer ou re* culer la d^libSration ; que la Reine le pouvoit man-» der, et lui enjoindre d'y travailler incessamment; et afin de Yy obliger plus précisément, qu'elle pouvoit nous faire mander, et nous donner charge dé lui faire savoir, à son retour d'un voyage de cinq jours qu'elle alloit faire à Chartres , ce qui auroit été fait au parlement; ce qui fut exécuté.

Ensuite M. le cardinal m'entretint des mécontentemens quHl avoit de M. le président de Mesmes, et du peu d'estime qu'il faisoit de M. d' A vaux , me di- T. 61. 10

l46^ [^^4^J MEMOIRE

$ant que c'ëtoit lui qui avoit conseillé à la Reine de renvoyer à Munster, de le faire surintendant des finances , et lui donner une abbaye de vingt-cinq mille livres de rente \ et que s'il eût conseillé à la Àeine de renvoyer à la Bastille au lieu de lui faire toutes ces grâces, que Tun lui eût été aussi facile que Fantre; que néanmoins il" s'étoit fort mal comporté dans sa négociation ; et ensuite me parla avec mépris de sa conduite et de sa suffisance. A Fégard de M. le président de Mesmes, il me dit qu'il avoit envoyé M. Le Tellier, secrétaire d'Etat, pour lui expliquer ses intentions sur le sujet de son procédé dans le parlement , auquel il l'accusoit de servir le Roi en apparence , mais etï secret d'être bien aise que les afiUres ne réussissent pas. Après cette longue conférence je me retirai.

Le lendemain étoit le 22 mars, auquel jour M. le premiei* président fut mandé par la Reipe^ qui lui enjoignit d'assembler les chaipbres au premier jour, et de travailler sur les deux derniers édits ineessam^ ment, afin qu'à son retour elle pût savoir ce qui au* roit été fait. M. le premier président fit entendre que la procession du 22 mars étoit remisef au lendemain lundi \ que le mardi )a plupart de messieurs s'étoient dispensés d'entrer, à cause que le mercredi il étoit le jour de la Notre-Dame , et qu'ainsi il ne poa voit assembler plus tôt que le jeudi , à quoi il ne manqueroit pas.

Le jeudi , M. le cjbancelier nous manda, et nous dit de la part de la Reine qu'elle arriveroit le lendemain d'un petit voyage qu'elle avoit £ait à Chartres, et qu'à son retour nous eussions à lui porter l'arrêté de ce qui au roit été fait dans la cotipagnie.

DOMER TALON. [l648] t^'j

Le même jour jeudi, les chambres avoient été assemblées, et sur les deux ëdits là cour avoit arrêté de &ire ^s très-humbles remontrances.

Le vendredi, nous demandâmes à la cour les arrêtés de la compagnie pour les porter k la Reine ; ce que nous fîmes sur les sept heures du soir, la Reine étant dans son cabinet, assistée de son conseil ordinaire, à la réserve de M. le prince, lequel n'étoit pas de re* tour des Etats de Bourgogne.

Nous fûmes introduits par M. de Guénégaud, et je lui dis : « Madame , nous apportons à Votre Mail jesté non pas de simples paroles de protestations « de service , des assurances générales de respect et « de soumission, mais des effets précis d'une obéis* « sance véritable. Le parlement a délibéré sur Tédit K de création d'offices de maîtres des requêtes et de « prévôts généraux dans cinq ou six provinces du « royaume, et a ordonné que très-humbles remon- K trances seroient faites à Votre Majesté pour la sup* « plier de révoquer l'un et l'autre.

« Ce procédé, madame, témoigne la sincérité de « leurs délibérations, dans lesquelles ils n'agissent « que sous le bon plaisir du Roi. Ils ^vent bien que « tous les astres qui se trouvent en conjonction avec « le soleil n'ont autre vertu que celle de ce grand « laminaire, que leur force et leur influence est sur- « sise pendant qu'ils marchent sur la même ligne et ft qu'ils agissent sur un même sujet.' Aussi ils n'ont « autre dessein que d'expliquer à Votre Majesté ce « qu'ils estiment nécessaire dans ces occasions dif- « ficiles, et, demeurant d^ns les termes du respect, a se maintenir en la possession que les ordonnances

l4B [l64^T MÉMOIRES '

a leur donnent, qui sont les lois de l'Etat, les fonte démens de la monarchie ^ par lautoritë desquelles « lès rois régnent sur nous heureusement. L'obli- « gation de satisfaire à leur conscience , la gloire de « servir à l'Etat et à Votre Majesté, seront toujours K les se'ul^ mouyemens de leurs pensées. »

La Reine nous témoigna satisfaction, et nons fit civilité ; mais de cette action relation n'a pas été faite à la compagnie.

Depuis ce temps, qui fut le 27 mars, M. le premier président. fut pressé de faire les remontrances; mais il désira quelque temps pour se préparer, qui lui fut donné jusques au lundi de la semaine sainte à quatre heures du soir, auquel jour étant au nombre de trente personnes ou environ, nous nous rendîmes au Palais-Royal. M. le premier président s'expliqua pendant un quart-d'heure ou environ avec paroles de suffisance et de générosité; il se plaignit de la fréquence de la venue du Roi au parlement, de la manière en laquelle il y étoit venu, sans avertissement préalable, sans y avoir envoyé les édits auparavant; puis il parla de la nécessité du peuple, lequel ayant contribué trois cents millions depuis trois ans pour le besoin de l'Etat, croyoit espérer quelque sorte de soulagement. Ensuite il parla des édits en particulier, et des raisons pour lesquelles le parlement avoit raison d'en demander la révocation. La Reine lui répondit qu'elle y aviseroit avec son conseil.

M. le premier président fit relation de cette remontrance le mercredi après Quasimodo , jour de la mercuriale , qui étoit le aa avril ; et au lieu de faire

d'oMER TALOIf. [i648] i49

no discours à messieurs , après la lecture des ordonnances il leur dit qu'au lieu d'exhorter les autres i) yooloit rendre compte à la cour de ses actions, et lui fiùre entendre ce qu'il avoit dit à la Reine : et ainsi a fit la relation.

Depuis nous fûmes mandes au Palais-rRoyal pour entendre ]a réponse sur les remontrances, sinon que le Roi quant à présent n'y pouvoit déférer; que la nécessité publique des affaires désiroit ce secours , et qae si cet argent n'y étoit employé, il en faudroit lever d'autre sur le peuple.

Le droit annuel ayant expiré à la fin de l'année 1647, ^^^^ <iui gouvernoient les finances du Roi, dans la nécessité publi<^e d'argent où ils se trouvèrent réduits, s'imaginèrent que cette occasion étoit capable de leur en fournir les moyens.

M. le premier président du parlement insista auprès de la Reine et auprès de M. le cardinal Mazarin pour obtenir la grâce tout entière. J'en parlai par occasion aux premiers ministres, mais inutilement, car ils avoieot leurs desseins particuliers.

Le Roi ayant fait vérifier des édits au parlement le i5 janvier 1648 , pour en rendre l'exécution facile l'on crut que l'espérance du droit annuel y pouvoit contribuer, comme de fait cela pouvoit adoucir quelques esprits particuliers-, mais dans le général il se trouva inutile , parce que dans la minorité Ton estima qu'il ne feUoit point souffrir de nouveauté. Enfin toutes les délibérations sur les édits 2fyant été lerminées, les remontrances faites à la Reine, et le rapport en ayant été fait au parlement le jour de la mercuriale, qui fut le ^ avril x648, et sur ce rapport le

l5o [l64^J MÉMOIRES

parlement n'ayant point délibéré, les ministres cnirent que tontes choses étoient calmées.

Huit jours après , fut scellée la déclaratioii du droit annuel pour les compagnies souveraines, à la charge que chacun des officiers perdroit pendant quatre ann/ées Iqs gages de sa charge, et ce au lieu de prêt ou de création de nouveaux offices : de laquelle rigueur le parlement de Paris seul fut dispensé par le même édit, et outre il y eut arrêt du conseil interprétatif de cette détlaratioç pour les gages nouveaux aussi bien que pour les anciens, messieurs duparlement ayant craint que Ton n^en voulut faire distinciâon:

I^e ^and ^ conseil , la chambre des comptes et la cour des aides s'émurent mv cette déclaration, se visitèrent par députés , lesquels s- assemblèrent dans Tune des chambres de la cour des aides , ceux du gf^^d cionseil entrant et sortant par une porte, et cfiVkX de la tbambre par une autre ^ et après plusieurs délibérations ils résolurent d'exciter le parlemeat psur 1^ <;o«sidération de la confraternité et du. msiheur commun, et par la crainte que le mâine accident n'arcivât quelque joitr au partemexft.

Pour cet effet ils envoyèrent demander des députés à la grand' chambre , et à toutes les chambres des en* quêtas : les parens et alliés de messieurs les officiers dans ces trois compagnies, et ceux de messieurs les maîtres des requêtes , travaillèrent si bien en cette oecaaiQU, que, par un àïrétë du i3 mai, la jonction avec les autres compagnies fut accordée , ordonné que deux conseillers de chàqvsé bkambre conféreroient avee les aulres députés , et cependant que , suiva»* un ancien arrêt de Tannée i6i5 , nul ne seroit r^çu

. d'omfji talon. [1648] l5l

en aucun offiice que du consentement de la veuve et héritiers de Tofiicier dëcëdé.

Cet arrêté offensa la cour : les ministres crurent que c'ëtoit un moyen pour leur faire injure^ que dans rassemblée de ces députes toute sorte de propositions pou voient être faites. Les uns disoient que Ton traiteront la question si un étranger pou voit être premier ministre dans le royaume ; d'autres , que Ton obligeait le surintendant de rendre compte dé somadministration; que tous les mécontet^ du royaume leur enverroient des Mémoires; que les autres parlemens, chambres des comptes et cours des aides, demanderoieat à entrer dans cette jonction; 'que les maîtres des requêtes y enverroient des députés ; que tous les officiers du royaume , trésoriets dêf France , présidiau!i, élus, grenetiers, s'adresseroient à ces* députés pour se plaindre du mauvais tràitemetit qu'ils souffroient en leurs» personnes : de sorte qu'il fot résolu à la cour d'empêcher l'effet de cette jonction , et téiQoiguer le déplaisir que la Reine recevoit par cette délibération»; ^ : ■^

PouTiêe faire , différens avis furent proposés : le premier (par M. le surintendant, leqûal iie vouloit pas se mettr^mal avec le parlement , parce quil avoit dessein d'être conseilles honoraire) fut de changer la déclaratiou^^n coque les officiers dévoient abandonner leBrs ^SLges. pour quatre années *, et au lieu de cela les obliger de faire un prêt, et par ce moyen les engager à quelque composition par création d'offices , ou autréfilent. Mais cet avis fut trouvé trop doux, et fut ménolu de révoquer in totum la déclarati&n du droit ^niiel ^ tant à l'égard du parlement et, de ceux mêmes

l5l [^^4^] MEMOIBES

qui avoient payé, qu'à Tëgard même des autres corn— pagnies souveraines ; ce qui fut fait le i^ mai : mai» cette seconde déclaration échauffa les officiers des compagnies , qui se virent reculés par ce moyen do Tempérance du droit annuel; même ceux du parlement, qui eurent peine de voir que l'argent qu^ils avoient porté aux parties casuelles leur seroit inutile. D'autre part, le grand conseil, la chambre des comptes et la cour des aides désirèrent avoir l'arrêté du parlement du idmai pour l'insérer dans leurs registres, et que ce put être un titre à l'avenir dans une semblable occasion pour se joindre et s'unir avec le parlement, et par cette jonction être plus forts et plus considérables. Mais comme il étoit difficile -d^avoir cet arrêté dans les. registres, messieurs des enquêtes demandèrent par leurs députés l'exécution de l'arrêté du i3 mai, et l'assemblée des chambres pour les nommer ; ce que M. le premier président ayant éludé le 19 mai, qui étoit un mardi, il fut obligé d'assembler le lendemain 20 , qui étoit un mercredi , dans laquelle assemblée messieurs des enquêtes ayant soutenu qu'il n'y ayoit point à délibérer , msôa seulement à exécutair la délibération faite la huitaine pré-^ cédente, M. le premier président au contraire soutenant qu'il étoit survenu quelque chose de nouveau, savoir la déclaration du 18 mai portant révocation du droit annuel , et que cela changeoit l'état des affaires , sur cette contestation , agitée avec aigreur, Rassemblée fut remise au samedi ensuivant, parce que le lende* main c'étoit le jour de l'Ascension, et le vendredi l'audience publique de la grand'chambre subrogée au lieu de la fête; pendant lequel temps M. Le Tellieç,

d'omer talon. [164.8] .. i53

secrétaire d'Etat, ayant vu M. le premier président et aucuns de messieurs les présidens, et m'ayant aussi vu, ils avoient résolu à ]a cour de s'attaquer aux trois dernières compagnies, et leur faire défense par une lettre de cachet de s'assembler par leurs députés, s'imaginant que si cette députation étoit défendue , que la jonction du parlement seroit inutile.

Depuis ils changèrent de résolution, et nous mandèrent au Palais -Royal messieurs mes collègues et moi, la Reine étant assistée de M. le duc d'Orléans, M. le cardinal Mazarin, M. le chancelier, le président Le Bailleul, le surintendant de Chavigny, et les secrétaires d'Etat; et là par la bouche de M. le chancelier elle nous obligea d'entrer le lendemain dans la grand'chambre, d-y porter une lettre de cachet portant défenses de s'a$$embler, ni de nommer des députés pour assister en la chambre de Saint-Louis ayec ceux des autres compagnies. Ce que nous fimes le samedi matin dans la grand'chambre ^ et incontinent après les trois chambres étant assemblées, nous fumes derechef mandés, ei obligés de répéter ce que nous avions déjà dit

Sur quoi messieurs des trois chambres ayant délibéré d'assembler au premier jour pour délibérer sur cette lettre de cachet, messieurs des enquêtes entrèrent en la grand'chambre, et se plaignirent que la parole rie leur avoit pas été tenue, et qu'ils n'avoient pas été assemblés , ainsi qu'il leur avoit été promis^ M. le premier président s'excusa sur la lettre de ca-* chet, sur laquelle Ids trois chambres avoient délibéré, et leur promit, toutes choses cessantes, de le«v assembler pour la lecture de cette lettre,

lS4 [l648] MÉMOIRES

Suit le discours que je fis en la cour le samedi ^3 mai*.

« Messieurs, la Reine voulant témoigner au parce lement les effets de sa bonne yolontë, Testime « qu'elle fait de vos personnes et de votre emploi, (( lorsqu'elle a accordé aux officiers de toutes les (( compagnies souveraines la continuation du droit « annuel 9 elle a* désiré que tous les officiers souffris- « sent la perte» de leurs gages pour quatre années, (( et que ce foads put servir aux nécessités présentes « de TE^at : mais de cette disposition générale le «.parlement en a été excepté; le droit annuel lui a a été gracieusement accordé non-seulement pour les « gages anciens, mais même pour les nOuveâmx , que (( Ton appelle augmentation de gagés.

tt Cette déclaration a blessé Tesprit des officiers du (( grand conseil, de là cbambt» des bôi^ptes^t de la « cour des aides, et, outre l'intérêt de leur»' gages, (( Fesprit de jalousie les a surpris -, ils n'ont pu conce- ((. voir d'être ds pire condition que le ^pailétnent, et « imaginant qu'entre eux et vous il n'y devoit avoir (( autre différence que celle de la primauté , ils ont « travaillé pour faire cesisef le préjudice que l^ur fai- (( soit cette déclaration. Pour cet effet ils ont nommé « des députés; ils se sont diverses fois assemblés, et n pour vous engager dans leurs intérêts ils vous ont <( demandé assistance^ secours, union et jonction, (( laquelle jonction leur a été accordée par un arrête « du i3 de ce mois. ' /

« Cette délibération a surpffe infiniment l'esprit a de la Reine : elle attendoit quelque sorte de gratine tude , quelque reconnoissance de son bienfait , le-

DOUER TALON. [l648] l55

a quel au lieu de ce faire a été pris de la mauvaise « maio, et, au lien d'être considéré comme une gra- « tification.honorable , a été reçu comme du poison.

« Ceu:i^ auxquels cette grâce étoit onéreuse s'en <( sont plaints., ceux auitquels elle étoit utile , avan- (( tageuse et pleifiê d'hcaaneur^ Font méprisée, parce « que non-seulement vous avesarrété'de voiwjoindre n avec les autres compagnies, de donner de«t dé- (( pûtes de chaque chambre pour conférer avec les « leurf , mais même vous avez établi les précautions (( qui furent autrefois inventées lorsque le droit anft nuel aveèt' été révoqué. De sorte que pour faire a cessfsr toiites ces plaintes la Reine a été conseillée tt de révQfi[^er la. déclaration qui les avoit produites, « reiMttre toutes cl^oses en Tétat qu'elles étoient dans K le moÎA d'avrï ; et ce faisant , rétablir les esprits dans a laméniQ àll^ettfr'en laquelle ils étoient avant cette (( déclaration.

« La Reine s'imagine que le 4roit annuel est une a grâce *^pe personne n'est oBligé de recevoir si bon d m Im seiaible., et ki^itteUe aussi elle ne peut point Cl étr^ obltgj^e d'aceorder si bon ne lui senfible pareil- « lemeat« ^

ciJK^nmoÎBS Sa Majesté est avertie que l'on s'asa semblQ depuis huit ou dix jours pour exécuter cet* « arrêté, nooimer des députés pour s'&sseiiri>ler dans « la obambre Sainl-Louiâ , ^quoiqu'il n^ ait plus de tt matière ni de sx^ei pour ce faire, puisque Fassem- « blée étoit désirée pour aviser au fait des gages, et, <L sur la déclarjaticMi d^u droit atinuel, que les gages <t se paient et se continuent ainsi qu'ils ffijkoient par « le pass^-: et qt^nt à la déclaration du droit annuel ,

l56 [164^] MÉMOIRES

« elle ne subsiste plus. Et quoique la Reine croie (( bien que dans ces assemblées il ne se puisse FÎen « proposer ni résoudre qui puisse blesser le service <( du Roi, néanmoins cette manière d'agir lui est « suspecte , d'autant qu'elle est contraire aux ordon-* ti nances et aux lois de l'Etat, qui tie souffrent aua cune assemblée extraordinaire sans l'autorité et la « permission du Roi.

« La Reine est bien avertie que lorsqu'il se trouve <c quelque difficulté au paiement des gages, so'ît qu'il « y ait différend entre le receveur et payeur d'iceux <( et les adjudicataires de gabelles lorsqu'il s'agit de <( changer de greniers ou qu'il y a diminution dans <( les ventes, en ce cas deux députés de chaque com- « pagnie se trouvent dans la chambre de Saint- (c Louis pour aviser de la conservation et du paie- <( ment des gages, comme dans une affaire dômes-* « tique.

« Mais à présent qu'il ne s'agit pluft des gages ( et (( même quand il ea seroit question), d'établir dans a Paris une assemblée de cinquante ou soixante per« (( sonnes, de faire de quatre compagnies souveraines « une cinquième sans ordre du Roi et sans autorité <( légitime, la Reine prétend que c'est chose sans « exemple et sans raison, que c'est une espèce de ré- « publique dans la monarchie, l'introduction d'une a puissance nouvelle , dont les conséquences peuvent « élre dangereuses , et préjudiciables à l'ordre du gou- (( vernement public.

(( Si la royauté étoit en péril , qme les ennemis eus* ((. sent fait quelques progrès notables dans le royaume, <( qu'il fût besoin d'une assemblée extraordinaire pour

D^OMER TALON* [1648] iSj

« remédier à un mal inopinë , la nécessite rend toute « sorte d'expédiens raisonnables quand ils sont utiles; « mais à présent qu'il n'y a, grâces à Dieu, aucun tt changement à craindre ni aucun malheUr à appré- « hender dans le royaume , que Ton dise dans Paris « et que Ton fasse savoir dans toutes les provinces « éloignées qu'il se tient une assemblée extraordi- (( naire dans Paris, composée des députés de toutes « les compagnies, et que cela se fasse sans Fautorité (( du Roi et contre ses ordres , la Reine nous com- (( mande de vous dire , messieurs , qu'elle ne le peut « souffrir ', que cette voie offense son gouverueitient ; 4c qu'elle est obligée de conserver au Roi le point de (( son autorité tout entière , ne souffrir pas pendant ft sa régence qu'elle reçoive de diminution; désire « que vous soyez avertis de son intention, qui est « telle, qu'elle emploiera toute sorte de voies pour tt empêcher cette députation et l'assemblée de ceux tt qui seront déjiutés^ laquelle elle estime être con^ « traire à l'autorité du Roi, et injurieuse à sa conduite « et à son gouvernement.

« Elle est persuadée que ce qu'elle &it est fondé « en raison, et ce d'autant plus qu'il est conforme a aux lois anciennes de l'Etat, et que ce que Ton « prétend faire est une nouveauté qui fait préjudice m au point de la souveraineté.

a Ce sont, messieurs, les termes à peu près aux* f( quels M, le chancelier nous a parlé, ou du moins H le sens et l'intention de son discours ; que la Reine « a autorisé par quelques paroles qui témoignent que tt cette affaire lui tient au cœur, et lui donne peine tt à l'esprit.

l58 [1648] MEMOIRES

<( Nous les avons reçues avec respect, et vous les « appoitons avec fidélité, bien assurés que vous en u userez avec la prudence et la modération qui con- ((. duit toutes vos actions et vos pensées. »

Ensuite les trois obambres ayant délibéré sur ce discours, et sur la lettre de cachet que nous lui avions portée, il fut résolu que toutes les chambres seroient assemblées le lundi, comme il a été dit ci-

dessuft.

Le lundi matin , M. le procureur général reçut une lettre de cachée par laquelle il étoit enjoint au parlement d'envoyer le soir à cinq heures des députés an Palais-Royal pour savoir fe volonté de la ''Reine, et cependant défenses de s'assembler ni de délibérer-, laquelle lettre de cachet nous portâmes à la grand'^ ébambre, en laquelle ayant été lue, elle fut portée aux cinq*ofaambres des enquêtes par Tun de messieurs de la grand chambre ; et aussitôt messieurs de la grand'chambre s^étant levés pour alle# à l'audience, messieurs des enquêtes entrèrent en la grand'chambre pout y prendre leurs places. Ainsi messieurs les présidens étantt retournés et s'étant assis aux bas sièges, il^ capitulèrent, que messieurs des enquêtes retoum^eroient en leufs chambres, et que M. le premier président assemble roit toutes les chambres mère solitOj et qu'il leur feroit faire lecture des deux lettres de cachet, savoir de celle qui ai»oit été apportée le samedi, et cell6»qu'ikavoient déjà ouï lire le même jour.

Ce qui fut fait, et nous fûmes mandés au parquet pour dire, toutes les chambres assemblées, ce que nous avions dit le samedi précédent; après quoi étant

d'omer talon. [1648] i59

tout proche de dix heures , messieurs les prësidens se leyèrent , et ne donnèrent point d'occasion de dé* libérer.

Le soir à cinq heures nous fûmes au Palais-Royal, où M. le chancelier, en présence du Roi et de la Reine, expliqua Tintention de Leurs MajesUis , qui étoit de ne point souffrir lunion qui avoit été projetée dans le parlement avec les. autres compagnies , et de ne pas vouloir que JLe parlement délibérât davantage sur cette affaire 5 même que dé&nses étoitnt 'Êtites d'assembler les chambres pour faire la.relatioa de ce qui leur étoit dit, chacun de messieurs pouvant lu faire dans s^ chambre. «

La Reine, s'adressa personnellement à M. le pre-^ mier présidetit et aux autres présidens étant avec lui, et leur défendit , à peine de son indignation, de souffrir que cette affaire fût davantage délibérée. M. le duc d'Orléaus . parla pareillement assez durement, taxant messieurs du parlement d'être contraires par-tout à toutes les volontés et inclinations du Roi, et à tousles besoins de l'Etat ^ que chacun étoit scandalisé d e leur procédé, et que si les choses ne se rétablissoient, que la Reine n'étoit pas résolue de le souffrir. Lequel discours fut imputé au conseil de M. de La Rivière son premier ministre , lequel travaâlant pour ^être QOiomé cardinal, n'épargnoit rien de ce qu'il pensoit pouvoir être agréable en toute sorte de rencontres. M. le premier président ne répondit rîen; et nous étant approchés proche la Reine , elle ne nous dit rien de particulier , contre son accoutumée : ce que j'imputai à de mauvaises nouvelles, lesquelles étoient arrivées quelques heures auparavant, qui avoient

l6o [1648] MÉMOIRES

donne de l'ëtonnement dans le Palais^Royal , savoir de la surprise de Courtray.

Le lendemain mardi il y eut audience ; messieurs des enquêtes délibérèrent ce qu'ils avoient à faire , et résolurent d'envoyer par leurs députés demander le lendemain l'assemblée des chambres , sinon de ve^ nir prendre leurs places. Et de fait le mercredi M. le premier président ayant été interpellé parles députés de donner l'assemblée , il envoya pour assembler les trois chambres ; mais il se trouva que , par hasard ou par dessein , l'audience de la chambre de l'édit étoit ouverte.

Ce que M. le premier président prit pour excuse de ne pouvoir assembler, et le manda aux députés des enquêtes : il fit plus, car il donna des audiences à huis clos , pendant lesquelles petites audiences messieurs des enquêtes se résolurent de prendre leurs places , et de faire sortir les avocats -, ca qu'ils exécutèrent, tjuelque résistance qu'apportât M. le premier président, lequel insistoit pour faire demeurer les avocats et procureurs en leurs places, et les empêcher de sortir : même il vouloit que l'avocat lequel avoit la parole continuât de plaider. Ce qu'il ne put faire, et fut obligé de sortir, chacun ayant trouvé mauvais cette petite promptitude de M. le premier président, lequel senibloit avoir voulu commettre messieurs des enquêtes à venir aux mains avec les avocats, procureurs et parties, lesquels étoieiit à l'audience.

Le lendemain jeudi , les chambres furent assemblées \ et par un commun consentement la ddibération remise au lundi 8 juin y lendemain du jour de la

D*OH£R TALON. [l648] l6l

Trinité , après que M. le premier président eut fait la relation de ce qui s'étoit passé le lundi précédent. Mais il survint un incident nouveau^ car les trois compagnies, savoir le grand conseil, la cbambre des comptes et la cour des aides, furent mandées le mardi 26 mai. La Reine leur fit reproche de leur procédé , les blâma de ces députations qu'ils avoient faites, leur défendit de plus user de ces voies, à peine de son indignation.

Nonobstant laquelle défense messieurs du grand conseil le lendemain envoyèrent à la cour des aides pour s'entre-rapporter ce qui leur avoitété dit au Palais-Royal^ de laquelle députation la Reine s'offensa, et fit arrêter les deux conseillers du grand conseil , lesquels avoient été députés ( Turquant et d'Argouges), lesquels^ furent menés à Mézières^ ce qui fut fait la nuit du jeudi au vendredi : si bien que le vendredi matin , qui est le jour auquel Ton vaque aux prisonniers, messieurs des enquêtes demandèrent l'assemblée. Sur cet incident M. le premier président répliqua que la journée n'y étoit pas disposée, et qu'il ne s'agissoit pas du fait d'aucuns des officiers de*la compagnie. Messieurs des enquêtes répondirent que cela avoitété fait en haine de la jonction arrêtée le i3 mai ; et ensuite M. le premier président ayant fait contenance d'en vouloir faire délibérer, néanmoins sitôt que le rôle des prisonniers eut été lu il se leva, et étant encore dans la grand'chambre messieurs des enquêtes y entrèrent, lesquels le voulurent obliger d'assembler-, et lui le refusant, ils allèrent prendre leurs places , et protestèrent d'y retourner le jeudi d'après la Pentecôte.

Mais TafTaire empira encore ; car les oi&ciers de la cour des aides et du grand conseil s'étant visités par leurs députés sur le sujet de la détention de ces deux messieurs f même la chambre des comptes et outre le grand conseil ayant député vers messieurs du parlement le vendredi après dîner, leur députation fut reçue dan» deux chambres des enquêtes, qui seules travailloient à l'extraordinaire. De quoi la Reine s'étant formaHsée, elle renvoya encore deux oonseil- 1ers de la cour des^ aides (Chezelles et\Gaerin), et un président du grand conseil (M. Cottin), avec un conseiller (M. Dreux) ; ce qui échauffa encore les esprits.

J'appris de ceux qui étoient employés dans le ministère de TEtat que Ton étoit mal satisfait de ]VL le premier président, parce qu'il n'avoit pas tenu assez ferme en sa place, et qu'il n'a voit pasjrésisté lui seul à toutes sortes d'assemblées. Et de fait, outre le mécontentement qui lui fut témoigné par M. d'Emery, surintendant des finances, et M. Le Tellier^ secrétaire d'Etat, j'appris que la Reine étoit résolue de lui faire dire qu'elle le prioit de lui mander ce qu'elle pouvoit espérer de lui en cette occasion, parce que selon cette réponse elle verroit ce qu'elle auroit à faire*

Les fêtes de la Pentecôte s'étant passées, le jeudi matin un peu devant, huit heures, M. le premier président s'étant habillé pour monter k l'audience, messieurs des enquêtes lui mandèrent par un clerc de greffe qu'ils le prioient de les assembler; et n'eu ayant autres nouvelles , ils entrèrent dans la grandchambre au même, moment que M. le premier président et messieurs de la grand'chambre eurent pris leur place pour l'audience.

d'omer TàLON. [1648] l63

Ainsi les chambres étant assemklëes par eetie ¥oiei M. le président Perraut , de la quatrième chambre , pria M. le premier président de vouloir mettre en délibération quid agendum sur le sujet des affaires publiques. M. le premier président répliqua qu^ messieurs de la chambre de Tédit n'entraient point, qu'ils faisoient partie de la compagnie^ et que saïui eux toutes les chambres du parlement ne pouvoiânt être assemblées', que de tout temps ils avoient covh tume de ne point entrer eu tel jour/ et que leur ab* sence ne pouvoit être imputée à aucun dessein^ que personne ne manqnoit en cette occasion ni de compas^ sioD pour les misérables, ni de courage pour les as-» sister , mais que la modération y étoit nécessaire ; que si messieurs vouloient se retirer dans leur chambre , que Ton avertiroit messieurs de la chambre de Tédit par les maisons , et que le lendemain l'assemblée pourroit être légitimement convoquée. M. le président Perraut repartit que le temps pressoit dans les atikir e$ de cette qualité, et que d'ailleurs il importoit à la compagnie de détromper Fespritde la Reine, offensée ( à ce que Ton a rapporté ) que Ton vouloit faire un nouf^au corps dans TEtat, et établir des nonvettntés préjudiciables à son service*, que l'intention de l'assemblée que l'on demande doit aboutir principale**ment à ce dessein , pour se justifier vers Sa Majesté dece qu'elle impute k cette compagnie. M. le premier préiidient s'excnsa sur la manière en laquelle messieurs des enquêtes enireprenoient de s'assembler; que d'ailleurs l'assemblée avoit été remise par ^ne délibérar tion commune au lendemain de la Trinité , et qu'elle ne pouvoit pas être faite plus tôt sans en délibérer,

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fiu viiitë le lundi à six heures du tsatin pir M. Le Tellier, secrétaire d'Etat, à cet effet.

Du lundi B juin. «-* Nous sommes entrés dans la grand'clmmbre , toutes les chambres assemblées, et j'ai dit à la cour que nous avions été mandés le jour précédent , messieurs mes collègues et moi , au Palais- Royal, et que la Reine avoit commandé à 1V(. le chancelier de nous faire entendre sa volonté, laquelle il nous a expliquée par un long discours éloquent, {dein d'observations et de remarques , dont le sommaire aboutit que la Reine né pensoit pas être obligée de . faire entendre sa Volonté au parlement pour une troisième fois ; que Sa Majesté a été infiniment offensée de la délibération du i3 mai, par laquelle le parlement a ordonné que janction seroit faite avec les au* très compagnies souveraines de cette ville de Paris , non^^aeulement à Tégard de ceux qui Tant ouverte^ neat sollicitée, maïs même à Tégard de ceux qui en sdnt les c)3iu^s cachées et secrètes. La Reine pour-* tant a dissimulé son déplaisir, et a pardonné de bon coeur aux officiers qui ont appréhendé la radiation de quatre années de leurs gages -, et pour lé regard du parlement , elle a imputé cet arrêté aux alliances et parentelles de la plupart des officiers , aux importu^ nités de leurs proches, qui possèdent des offices dans 1«8 autres compagnies : elle a cm que les affections du sang avoient prévalu en cette occasion par dessas les maûmes ordinaires de TEtai. Sa Majesté ne manqua pas de conseil dès4ors pour user de Tautorité Souveraine e« ce rencontre , faire ju^ice au Roi et à TEtat d'une noaveauté de cette qualité; mais elle voulut préférer les voies de douceur et de civilité ; et pour

DOMER TALON. [lC48] 167

éteindre toutes ces émotions elle a révoqué la déclaration du droit annuel publiée à la fin du mois dV vril , qui ëtoit la pierre de scandale , et Tocoasion des fJaintes publiques faites par tous les officiers, lesquels par ce moyen se sont trouvés en possession de leurs gages ainsi qu'ils étoient auparavant. Il est vrai qu'elle a révoqué le droit annuel qu'elle avoit accordé au parlement par préciput sur toutes les autres compagnies souveraines^ par un témoignage d'estime et d'honneur qui ne devoit pas être méprisé 5 mais le parlement en ^et l'a refusé, et non- seulement il ne lui en avoit point témoigné de gratitude , mais qui plus est cette action y a été considérée comme un piège, ou plutôt un bienfait envenimé , aucuns ayant osé soutenir que la Reine avoit voulu établir par les termes de cette déclaration un titre pour les dépouiller à l'avenir du quartier retranché , et sans espérance êe rétablissement. Sa Majesté a voulu ju^ifier que ces pensées n'étoient pas véritables, et d'ailleurs garantir sa conduite de reproche et de mépris^ ce qu'elle a fait d'autant plus volontiers, qu'ellle s'est imaginé que si le droit annuel étoit utile au général de la compagnie, et désiré par les particuliers , qu'il lui seroit demandé avec honneur , comme il a été fait autrefois.

Que si au contraire ce droit étoit une grâce indifférente , inutile , et sans nécessité , que sa révocation ne seroit pas désagréable : mais tant s'en faut que ces voies, qui sont les voies d'honneur à l'égard du souverain , qui doivent être celles du respect en la personne des sujets, aient produit quelque effet, qu'au contraire les officiers du grand conseil, de la chambre des comptes, de la cour des aides, desquels

l68 [ï648] MÉMOIRES

les plaintes dévoient cesser puisque la décIaratioH qui les avoit .excitées étoit révoquée , ont poursuivi avec instance l'expédition de votre arrêté du 1 3 mai , pour Tinsérer dans leurs registres, et leur servir dé titre d'une alliance, publique, d'une espèce de ligne défensive, d'une société générale, pour empêcher l'exécution de la voldnté du Roi.

D'autre part, la Reine a été avertie que vous étiez assemblés pour l'exécution de ce même arrêté, pour nommer des députés, les faire assembler dans la chambre Saint-Louis , bien que la cause de l'assemblée eût cessé, et que la matière en fût éteinte : de sorte que pour empêcher l'effet de ces propositions , dont lés suites et les événemens sont périlleux dans une monarchie, Sa Majesté vous envoya des lettres de cachet lé ^3 du mois passé , et vous fit entendre par notre bouche ce qui pouvoit être de son intention*, et pour vous en assurer davantage, le iiS éa même mois elle vous le manda par vos députés , et vous fit expliquer en sa présence le déplaisir qu'elle avoit de tout ce procédé, vous fit défenses de continuer vos assemblées pour l'exécution de ce même arrêté; car Sa Majesté n'empêche pas que vous ne vous assembliez pour vos affaires particulières , mais elle ne peut souffrir que cela se fasse sous^ le titre d'union et de jonction des quatre compagnies.

Le lendemain 26 mai, les officiers du grand conseil, de la cour des aides et de la chambre des comptes furent mandés séparément. La Reine leur reprocha leur mauvaise conduite, l'entreprise qu'ils avoient faite de s'assembler par députés, de faire des délibérations de cette qualité sans l'autorité du Roi 5

d'omeb talow. [1648] 169

elle leur défendit de plus user de telle voie , les menaça j^e*son indignation, et leur fit paroître qu'elle réprimeroit par toute sorte de voies la désobéissance des particuliers qui s'échapperoient de leur devoir.

Nonobstant ces avertissemens de la Reine , qui doivent passer pour des ordres précis, les officiers du grand conseil, de la chambre des comptes et cour des aides, s'imaginant que la jonction des compagnies subsistoit, se sont visités par leurs députés, et rapporté ce que la Reine leur avoit fait dire par la bouche de M. le chancelier, comme s'ils, eussent voulu en délibérer conjointement, et, tout ainsi que s'ils possédoient dans l'Etat une. condition indépendante , qu'ils pussent traiter avec le Roi avec égalité de puissance et d'autorité* Ce mépris a touché sensiblement l'esprit de la Reine, et n'a pu souffrir cette contradiction si prompte : elle a cru que le point de la royauté y étoit blessé , et qu'elle étoit obligée de témoigner publiquement son indignation à l'eridroit de deux conseillers du gran^ conseil, lesquels par le moyen de cette députation avoient donné matière à une nouvelle entreprise. Mais tant s'en faut que ce remède ait réprimé les esprits, et obligé de faire réflexion sur l'obéissance que les sujets doivent à leur prince, qu'au contraire ils se sont émus plus qu'ils n'étoient auparavant-, et, perdant toute sorte de res^ pect, les officiers du grand conseil et cour des aides se sont fait des condoléances publiques par de grandes députatiohs, par une espèce d'ambassade dans le genre d'une action d'autorité et de justice, que la Reine a exercée par l'avis de M. le duc d'Orléans et de son

170 [l^4^] MÉMOIRES

conseil ^ ils en ont voulu faire une occasion de plainte et dé douleur générale, pour décrier le gftuyernement de l'Etat, faire injure à ceux lesquels y sont appelés, émouvoir Tesprit des peuples, et élever celui des ennemis de TEtat : même la Reine e^t avertie que ces mêmes députés s'étant adressés à quelqu'une des chambres des enquêtes qui travailloient à l'extraordinaire, ils Se sont plaints que la jonction des compagnies étoit offensée par ce procédé , que la robe étoit déchirée , et que c'étoit la cause commune de tous les officiers*

La Reine a interrompu en cet endroit M. le chancelier, en disant qu'autrefois l'on a arrêté des princes du sang et des premiers officiers de la couronne ; qa« toute la France l'a vu , et l'a considéré comme un effet de la puissance royale -, et parce que j'ai fait arrêter deux conseillers, il semble qu'on me doive faire mon procès.

M. le chancelier reprenant la parole , nous a dit : <( Priez messieurs du parlement de faire réflexion sur a la suite et l'exemple des choses passées, et qu'ils « considèrent qu'il ne s'agit plus du paiement des <c gages, parce qu'ils sont rétablis, et que tout l'inté- <i rêt ne peut être autre que la considération du droit « annuel , pour le renouvellement duquel s'étant pré- « sente des difficultés dès Tannée r6i2, i4 ne fut pas « continué purement et simplement, mais avec des « conditions fâcTieuses , qui otoient attx veuves et hé- « ritiers une partie du prix de leurs charges. De- « puis, les Etats géaéraux tenus en l'année 161 4 «t « 161 5 ayant demandé la révocation de ce droit, et (( les députés de l'assemblée des notables de 161 7

d'omer talow. [1648] 171

c ayaot trouvé cette proposition raisonnable , le paric- K meut députa vers le Roi , qui étoitàRouen, M. le « président d'Acqueville avec quelques-uns de mesft sieurs les conseillers , pour demander la continuaa tion de ce même droit , qui ne fut accorde pourtant a qu'en Tannëe 1620, et fut publié avec des condi- « tions dures et fâcheuses, égales à tous les officiers, « de payer par forme de prêt quelques sortes de de- « niers d'entrée : pour raison de quoi le parlement « députa pour une seconde fois messieurs de Grieux « et Boucher, qui se transportèrent à Bordeaux pour « obtenir la révocation de ce prêt, laquelle après « quelque temps leur fut accordée. Et ainsi en Tan- « ûée ï63 1 le parlement obtint la même grâce pure- « ment et simplement , mais en considération de cinq « ou six nouveaux officiers dont la finance servit d'in- « demnité; et lorsque le droit annuel a été continué « pour la dernière fois , c'a été en considération d'une « augmentation du droit annuel, qui s'appelle le quart « en sus : de sorte qu'il se peut dire que le parlement « n'a jamais eu le renouvellement de ce droit par une « grâce toute pure , par un bienfait tout gracieux , « comme il l'a eu dans ce rencontre, dans lequel la « Reine avoit voulu coifôidérer la dignité de cette , « conipagnie , et, la traitant plus avantageusement « que tous les autres , lui fiaire connoîtré les eifets de f^ sa Jbîenveîllance et de son affection-, quç si à présent ft que ce droit annuel est révoqué }ë parlement dé- « sire faire quelques remontrances, demander quel- « que gratification , la Reine ne refuse pas de les ^ entendre, ni même d'y apporter la considération *t qu'elle estimera nécessaire, pourvu qu'elle se fasse

17^ [l648j MÉMOIRES

« par les voies du respect, et dans les termes ordi- « naires, tels qu'ils ont toujours été pratiques dans <i le royaume. Sa Majesté sait bien que les doutés a des trois compagnies ont quelquefois ëté assemblés <( pour la police générale dans la chambre de Saintce Louis, pour le paiement des rentes de Thôtel-de- « ville -, que pour les gages ceux du grand conseil y « ont aussi été invités -, niais elle sait bkn que cela « s'est fait par une espèce d'assemblée doTiiestique, <( et qu'il n'y a jamais eu d'arrêté portant jonction et c( union des compagnies , pour dire que leurs- intérêts « étant communs, ils puissent s'assembler, faire des « délibérations publiques, et tenir une espèce de <( séance qui ne peut avoir de nom dans l'Etat, dont « les inconvéniens pourroient être notables, etdégé- « nérer avec le temps en une espèce de révolte et de « &ction : car bien que la Reine n'appréhende rien (( de mauvais des assemblées de cette compagnie, ni (( même de l'assemblage des députés des autres com- (( pagnies , néanmoins cela peut produire un exemple a dangereux-, les ecclésiastiques dans les provinces a en pourroient abuser: les villes et les communau- <( tés , qui ne le sauroient faire sans la permission du « Roi , se serviroient de cet exemple , et rautorité de il la monarchie , qui consiste dans un certain point in- « divisible , seroit blessée par cette espèce de licence. « Aussi la R^ine est avertie que les étrangers ennemis « de l'Etat se pfévalent de ce procédé comme d'une « sédition qui est prête d'éclore dans le royaume : <( ils en ont fait imprimer des billets, pour débau- « cher l'esprit des peuples. Chose étrange si le parle- « ment, qui donne l'exemple de l'obéissance publi-

DOMER TALOW. [1648] 173

(( que, dont tous les particuliers font profession de « vouloir employer leur- sang et leur vie pour le ser- « vice de l'Etat, contribuaient par des voies indi- « rectes et obliques au sentiment des ennemis de la « couronne , et que , sous prétexte d'un intérêt do-^ « mestique. et de la conservation de lejurs charges , d ils fussent auteurs d'une nouveauté si dangereuse « et si préjudiciable à l'Etat!

« La Reine est bien informée que les souverains « dans leur conduite doivent être indulgens , s'atta- « cher aux maximes de douceur, même dissimuler « les maux qui peuvent être tolérables^ inais ils n^ « peuvent et ne doivent jamais être lâches, ni souf- « frir les moindres préjudices qui offensent les prind cipes de la royauté, laquelle consiste dans l'ob- « servation de certaines règles générales, qui ne « peuvent être offensées ni enfreintes pour quelque « prétexte que ce puisse être : telles sont les assem- « blées extraordinaires, l'érection des corps et col- « léges des communautés ,' les sociétés et jonctions « publiques ou particulières , qui pourroient être in- * Qocentes dans leurs principes, mais qui peuvent « dégénérer en conventicules , et produire par le « temps et par leur exemple de mauvaises consé- « quences.

« La Reine estime être obligée de s'opposer aux « nouveautés de cette qualité ^ et comme elle ne troùtt vera jamais mauvais les assemblées des compagnies « chacune en son détroit, même sur l'occurrence des « affaires qui se présentent dans la guerre, elle écouta tera toutes les propositions et remontrances qui lui «L seront faites , et en la même sorte qu'elles ont été

a faites par le passé ^ mais elle proteste qu'elle ne <( souffrira point la jonction ni rassemblée des com- « pagnies , et qu'elle emploiera les derniers remèdes « de l'autorité royale pour conserrer au Roi son fils « la dignité de sa puissance tout entière , de laquelle <( elle jouit à présent par forme de dépôt. »

Après ce discours , nous retirés , M. le premier président fit lire quelques extraits des registresqu'il avoit recueillis de ce qui s'étoit passé en Tannée i6i 8 et autres-, et Theure à l'instant ayant sonné, l'assemblée fut remise au lendemain, auquel jour la matinée fut cons&mmée en pareille lecture.

M. le président Potier de BlancménU, président en la première chambre des enquêtes, rapporta quelques extraits de registres dés année» i594, iSgS et 1 597 , pour justifier qu'autrefois les députés des quatre compagnies âvoient été assemblés sur roccurrènce des affaires publiques; de laquelle diligence M. de Mesmes, président, fut d'avis que ledit sieur président de Blancménil fût remercié.

Le mercredi matin, la délibération continuée, il y eut cinq avis particuliers à ordonner que l'arrêté du i3 mai seroit exécuté, et que les députés des autres compagnies seroient invités de se trouver à la chambre Saint-Louis incessamment, savoir M. de Brousse!, M. Laisné, conseillers de lagrand'chambre, messieurs Boucherat, Habert et Du Tiersan, deux desquels (savoir le premier et dernier) opinèrent aigrement, avec paroles offensives contre le ministère en quelque façon, mais quasi ouvertement contre la personne de M. le premier président. Les autres de la grandchambre étoient d^avis des remontrances, et <fae ia

d'omer talon. [1648] 175

Reine seroit suppliée d'avoir la jonction des compagaies agréable.

Les ministres, qui furent avertis de cette délibération dans le conseil, arrêtèrent de donner arrêt in* tituié Le Roi séant en son conseil, la Reine sa mère présente, qui porteroit cassation de Tarrété du i3 mai, avec défenses de Texécuter, et une commission pour le registrer.

Lequel arrêt nous ayant été apporté le vendredi matin, lendemain du jour de la Fête-Dieu, nous le portâmes à la grand'chambre sans autre discours et préface *, et après qu'il eut été 1 u , la cour nous manda pour y prendre conclusions (0 : pour quoi faire nous nous

(1) Ifota, que ce rcndredi il y eot grand* rumeur an Palais sur ce que le mercredi précédent, veille de la Féle-Dieii, fut snrpcis na homme étant à la porte du logis de M. le président de Mesmes, lequel tenoit registre de tous ceux qui entroient chez lui; ce qu'il faisoit assez grossièrement, ne sachant pas écrire , et quand il savoit un nom il le faisoit écrire par le premier yenn sur des tablettes qu'il avoit dans sa main.

Cet homme fut arrêté par les domestiques, mis par M. le président de Mesmes entre les mains d'un commissaire du Châtelet, qui rinicrrogca et informa , puis le mena au Châtelet. Le lendemain , la Keine manda le lieutenant criminel du Ch&tclct, et l'obligea , par un ordre par écrit qui loi fut donné , de tirer cet homme des prisons, et le mettre entre les mains de Saint- Amour, exempt : et afin que le lieutenant criminel n'y manquât pas, l'on lui donne jiour lui tenir compagnie un lieutenant des guides du corps , pour être présent à toute cette action; ce qui fut exécuté.

Le vendredi matin, l'un des conseillers servant à la tournrile, dont le nom étoit sur le billet de ce garçon , se plaignit de ce procédé. M. le procarear général fat mandé, et lui fut donné charge d'envoyer ^quérir le commissaire , et défaire amener le prisonnier en la Conciergerie; mais il n'y étoit. plus.

Ce garçon, sorti des prisons, se plaignit' à la Kcine d'avoir été traité Otttrfegettseoaeat dans le logis de M. le président de Mesmes \ même d'avoir été menacé de lui oonper.,. etc. , par madame : ce cpii exeîta risée.

La Reine commanda an grand prévôt de recevoir sa plainte , et d'informer de l'outrage qui lui avoit été fait. Tout cela irrita infiniment les esprits, comme d'une espèce d'inquisition» ( iVote d'Orner Talon.)

retirâmes au greffe messieurs mes collègues et moi , où étant y arriva Boileau, commis au greffe, lequel nous apporta les extraits des registres du parlement, par lesquels l'on prétend que la même chose que Fuhion a été faite autrefois, et nous manda qu'il seroit à propos de requérir que ces exemples fussent portés à la Reine, pour la supplier de souffrir que l'arrêté du i3 m;ai fût exécuté.

Lequel avis me sembla dur et extraordinaire -, néanmoins il fut embrassé par messieurs mes collègues : de sorte que nous entrâmes dans la grand'ckambre, et jeudis à la cour que la délibération commencée, à notre sens, étoit importante, non-seulement pour l'honneur du parlem^ent , mais même pour l'intérêt de tous les officiers de France, qui attendent avec curiosité l'événement de cette journée, en laquelle ce qui nous donne peine à l'esprit n'est pas la matière dont il s'agit, car nous estimons l'affaire facilement accommodable , pour peu que la cour y veuille contribuer , après ce que nous avons observé des paroles de la Reine lorsque nous avons été ci-devant mandés 5 mais ce qui nous empêche c'est la manière, la forme en laquelle nous pouvons honnêtement sortir de cette délibération, car la Reine s'oppose positivement, et ne peut souffrir l'exécution de l'arrêté du i3 mai, qu'elle soutient être une nouveauté préjudiciable à l'autorité royale, dont il n'y a exemple aucun dans vos registres : de sorte que lorsque nous avons vu les exemples des choses passées, et les extraits des registres que Boileau nous a mis entre les mains, nous avons subsisté à prendre des conclusions , et avons estimé que si la Reine étoit informée de ces vérités.

d'omer talon. [1648] 177

qu'elle pourroit changer de résolution, et trouver bon ce qui s'est fait jusques à présent :.ce que nous supplions la cour d'avoir agréable que nous le puissions faire, ou qu'il se fasse par Ic/ ministère de quelqu'un plus sage que nous.

M. le premier président nous a répondu que nous

le pouvions faire de notre office si nous voulions , à la

charge de donner des conclusions le lendemain matin.

Du samedi i3 juin i6^i, du matin. — Toutes

les chambres assemblées, je dis à la cour : a Mes-

(i sieurs, hier, suivant la permission ou la tolérance

K de la cour, nous allâmes chez l)f. le chancelier,

« messieurs mes collègues et moi, et lui fîmes en-

« tendre ce qui nous avoit empêchés de prendre des

« conclusions sur l'arrêt du conseil; nous lui expli-

« quâiûes le détail de ce que nous avions appris

K dans les registres, et lui témoignâmes que nous se^

« rions bien aises de le faire savoir à la Reine , s'il

« pensoit que notre intercession fât utile.

tt M. le chancelier nous promit d'avertir la Reine « de notre intention ; et au cas qu'elle voulût nous « entendre, qu'il nous feroit savoir l'heure de sa « commodité. Et de fait, sur les six à ^ept heures du « soir, le sieur Sainctot, maître des cérémonies, a « passé dans nos maisons, nous a conduits au Palais- « Royal, où à l'instant nous avons été introduits dans « le cabinet de la Reine , auprès de laquelle étoient « M. le duc d'Orléans, M. le cardinal Mazarin, M. le ft chancelier, M. le surintendant, M. de Chavigny, « messieurs Guénégaud et Le Tellier, secrétaires ^ d'Etat. .

<( Je dis à la Reine ; Madame , nous supplions T. 61. la

178 [l648] MÉMOIBES

(( Votre Majesté noa» pardonner 1» hardiesse avec Ia<^ a qfielle nous osons ri»iport«iner, n-étant pas envoyés « de la part du- pariement, mais venant de ne^e « mouvement pour lui faire entendre qu'ayant vu les « registres, et examine Fhistoire des choses qui se H sont passées depuis cinquante ans dans le parlea ment 7 nous avons aperçu que plusieurs fois les détt pûtes des compagnies souveraines se sont assem- « blés pour aviser sur Toccurrence des affaires publi- « qués, et qui leur étoient communes : ainsi en « Tannée 1694 et iSgS, pour le' fait des réhtes recutt lées, et pour donner ordre à la mulliiplicité des « mendians , les députés furent assemblés dans lliô- « tel de cette vitte de I^ris et dans la chambre a Saint-Louis, et le rapport fut fait en h. coUr des « propositions et délibérations qui y furent £rites; K ainsi en Tannée 1 697 , après la surprise de la ville a d'Amiens y le prévôt des marchands ayant fait en- « tendre à la couc Tef mauvais état des fortifications a de la ville, et quelques autres désordres important d à sa sûreté , le parlement ordonna que des députes K des compagnies souveraines seroient assemblés, et « ce qui seroit par eux avisé exécuté pour la sûretë tt de la ville : de sorte que le parlement non-seule- (c ment les a assemblés , mais leur a donné une es- « pècc d'autorité et de juridiction , qui est bien plus « que ce qui a été fait daAs ce rencontre, dans lequel « la cour , après avoir ordonné la jonction avec les (( autres compagnies, a vtmlu que ses députés se trou- « vassent en la chambre Saint-Louis pour entendre a les propositions qui seroient faites , et les rapporter « à 1» cour, sans aucune autorité de pouvoir rien ré-

d'0M£R TAtON. [1648] ijg

« sottére. MgÀ» W choses ont passé plus àviht; car a en Tannée i6f 6, sur la cassation du droit annuel, « les députés des quatre compagnies s'assembUrcnt « dans la chambre Saiat-Louîs , et confiérèrent di«- « verses fois pour savoir oe ^'ils poirKoient &ire « pour leur conservation partieuKèi'e* Le^éftiilt Boi « trouva mauvais ces conférences , et s'ent plaâghit au (( parlement ; mais* les r^s^res nous enseignenlf- que a M. le premier président ayant assuré lé Roi que « telles assemblées étoient innocentes et érdinàîreà; tt qu'en affaires communes, et qui concernent plti- « sieurs personnes^ il ne leur peut être dénié de « communiquer les un$ avec les auîtres pour chercher « desvoiôs et des cKpédiens les plus conVenablesà ik leur besoin, M. le chanceiiet en la pl^ësencû du « Roi dit qu'il n-improuvoit pas rassemUée' des* défi pu tés pour parler de leurs afl'aires^ mais les man- « vais discours qui se tiennent d'ordinaire en toHês « occasions 5 dans lesquelles les esprits- se licenoieiiit « de parler avec chaleur, et de blâmer la conduite «i de ceux desquels ils ne connosssent pas les intel»- « ti(ms : de sorte que le défunt Roi n'imprduva pals Iteis tt assemblées de éette qualité, mais les incom^nicmis « qui en pourroieht arriver; ce que Votre Ms^té « ne peut encoro trouver à redire, puisse FasbeÉ»- « blëe n'a pas été faite , et que nous lui pouvons ré- « poudre de la siaeérité des aetions' de* ceux qui se « veulent assdmbler , lesquels étaxitfcaidéseniéxeTii- « pies et ea raisons, à ce qu- ils prétendent (,^ ib sup- « plient Votre Majesté de trouver bon que leur at*rété « paisse être e^éeisté sous le l^ion plaisir' de Ybtv^

l8o [l^l^] MÉMOIRES

La Reine ayant commandé à M. le chasicelièr de nous répondre , il nous dit que Sa Majesté a voit bien su le contenu dans nos registres , qu'elle les avoit fait examiner , peser les paroles et observer leurs motife-, mais qu'il ne se t^ouveroit rien dans iceux qui fût semblable à ce qui se présente : qu'il est vrai que les rentes de l'hôtel-de-ville ayant été reculées après que le défunt roi Henri iv fut entré dans cette ville de Paris, cette affaire concernant la plupart des famiUes, les compagnies souveraines députèrent deux d'entre eux pour autoriser l'assemblée , qui étoit plutôt une assemblée de notables bourgeois que non pas une jonction de compagnies ^ qu'il y a plusieurs occasions de cette qualité ,, dans lesquelles les officiers sont mandés dans l'hôtel de cette ville de Paris, et avec euxies conseillers de ville, les quarteniers, les habitans de chaque quartier choisis et appelés pour donner leurs suffrages, et aviser aux affaires communes de la ville-, pareillement, en matière de police générale pour les pauvres , pour la contagion , quand il y a stérilité publique , les premiers officiers désirent du secours , pour être plus autorisés demandent une police générale, ou la cour l'ordonne d'office, dans laquelle les députés de la chambre des comptes et de la cour des aides y sont appelés , en présence des officiers du Châtelet, des administrateurs des hôpitaux , et autres notables personnes mandées par les quartiers : mais cela est bien éloigné de l'union et de la jonction des compagnies que l'on veut établir.

De même, en l'année 1697, la nouvelle étant arrivée de la surprise de la ville d'Amiens, le roi Henri iv le lendemain monta à cheval , et manda les

d'oiier talon. [1648] mBi

compagnies souyemues pour leur recomaiander la sûreté de la ville et Tobëissance des peuples. Dans cet étonnemeiit public , pendant Tabseace du Roi , sur la proposition des prévôts des marchands et ëcber: vins, qui ne se sentoient pas assez forts pour donner. les ordres nécessaires, les députés des <2ompa^nies furent assemblés pour aviser aux affaires de la suf reté de la ville avec les pievôts des marchanda; mais cette assemblée, quiétoit un conseil nécesaaire que la Reine ne refuieroit pas tlans des occasions de cette qualité ^ qui fut établi pour la sûreté d^iaville^ n'est pas chose semblable , ni convenable avec Talr liance , la jonction et Tunion des compagnies que Ton veut faire pour s'opposer à Texécution des volontés du Roi. Il ajouta que le même se ren<:ontre en ce qui fut &it en Tannée 161 8 le 7 février |, en laquelle lés députés s'étant assemblés pour le droit annuel, le Roi s'en étant plaint , et ayant ajouté à sa plainte qu^il ne pouvoit rétablir le droit annuel parce qu'il Tavoit promis auic Etats généraux de son royaume , et aux notables assemblés à Rouen en Tannée 161 7, le parlement n'insista point : au contraire , d^ns la délibération qui fut faite le 9 février 1618^ il fut arrêté que très-humbles remontrances seroient faites au Roi pour le sup^ier d'abréger la rigueur des quarante jours , et outre plus de mettre en considération le service de ces anciens officiers, et le grand prix que les nouveaux pourvus avoient employé pour parvenir à leurs charges, et que ce qu'ils en avoient fait avoit été sur l'assurance et Tespérance de la continuation du droit ^nuel ; de sorte que dans cette occasion l'obéissance du parlement fut prompte , quoique le Roi leur refu-

i8% [1648] Hânomfs

sAi atbsolonieiit , •« t ne leur dpttaât âmennes paroles 4n ïéuMissemûtA da dpoit «annuel^ oe qui se eonfinue eiioÀre par l'exécutibii, car le droit anirael ne fut rétabli que deus 00 trois ans ^rès, snr la prière qui em' SavM^ ml Km par ses dëputës messieurs de Qn^^iL pt'Soiiober/iqqi lui forent envoyés en la vifle de Bdrdeaux. Toutes lesquelles cireonstànoes, qui son«: 46rit*es dans Vos registres, justifient qu*il y a b^ùodiïp de différence «ntne ce qui se ISmoit lors et* ce que l'on veut pratique<r à présent ; car ou>tre qu'il n'y a jamais eu aucun arrêté portant union ou jonction d^s compagnies ( lesquelles paroles offensent Tes-* prit de la Reine), outre plus ces oonfér^ncfès particulières nkïnt jamais été tenues contre Fintention et la volonté du. souverain: et de fiiit lorsqu'on 1-antiée 1594 ils s'assemblèrent dans TfaôteMe-ville à Tocca* sioH du reculement des rentes, M. le premier prési* dent de Harlay fit entendre qu'il avoit demandé au Roi la permissicNa d^en user ^de la sorte.

'Que messieurs dû parlement devraient éu^e satis* faits de ce que la Reine leur a fait dire par trois différentes reprisés', que cette |onction l'offense , qu^elie felti préjudice au gouvernement de PEtat 5 que 0e peut être la semence d'une émotion publique, et Toccasion, dans l'esprit des ennemis de la ciBiuronne , d'entre* prendre quelque chose dans cette imagination* que le^ s^eétions des sujets du Roi sont divisées ^ qu*il est notmre que quelques trésoriers • de France onl écrit une lettre circulaire pour «faire assembler leurs coiifHèrës dans les provinces, et leur faire croire quils trouveront appui ; que les ennemi^ ont' paru sur la frontière avec quelques VoupQsde cavalerie, non pas

vO

d'omkr talon. {1648] 18 3

pour entrepifiiidre qMique cbose de notable^ mais pour 'SQoder les affisctioD» du peu|de, et savoir «i les Douvfellesiqui leur «oat.écrkes die k division des esprits sotit rentables ; que la Reine ne refuse pas k droit aimuel ; qu'dOk ne parle pas nëgatiivenifent , ca»me faidoit le Roi défunt en Tannée 1*61 S. Elle ¥eut entendre les remontiaaces^ écouter les prières des icompagnies .chacune dans son détroit et sûrement \ mais elle dne peut souiFcir le tenue de jonction , qu'elle estime être ujle «ntvepirise sur son «utorité ; et ce d'autant plus que. lorsqu!eUe conteste pour en empêcher Texécution., d'autant plus elle apprend qu'il y a résistance et contradiotiou pour rexécuter ^ et d'auiant jLfu'elle est avertie que le fondement de la délil>ération d'aucuns particuliecs consiste dant Tëtablissemeiirt de cet arrêté , qu'iJs soutiennent devoir subsister, et ce faisai^t devoir être exécuté, la Reine, usant du pouvoir et de l'autorité royale cpl est entve ses mains, Ta cassé par un arrêt rendu en son conseil , auquel elle a été présente , et après lequel arrêt elle sait bien qu'il n'y a plus lieu de Texécuter.

4i Yoilà , messieurs , ce qui nous a été dit :par la « bouche de M. le {Chancelier^ lequel la Reine a inx< terrompu deux ou trois fois, et M. le doc d^O^- « léans, pour nous faire connoîtire le déplaisir. que « lui donnoit cette aâaire , et la contradiction qui y « étoit apportée.

t< Quant à nous , messieurs , après avoir délibéré (i sur Tàn^ét du conseil :messienrs joies collègues et <( moi , nous n'avons pas trouvé d'autre issue daBS « cette affaire, par nos .conclusions, sinon dé faire u très4iumbles remontrances au Roi et à la 'Reine

l84 [l^4^] MEMOIRES

a nop-seulement sur Texëcution de rarrét du conseil

« qui casse Farrét du i3 mai, mab sur tout ce qui

« s^est passé en la matière depuis deux mpis ou en-

« viron, pour faire connoltre à Sa Majesté le préju-

c( dice qu'ils ont reçu , et la justice et Tinnocence de

« tout ce qui s'est passé dans la compagnie ^ car vous

« pouvez 9 messieurs , commencer par la déclaration

tt qui fut publiée au sceau le dernier jour du mois

« d'ami , laquelle rendoit le droit annuel nécessaire ,

a et retranchoit aux officiers des cours souveraines

« quatre années de leurs gages, qui a été la plaie la

« plus sanglante que tous les officiers du royaume

« pou voient recevoir par un acte de cette qualité,

« qui leur ôte le seul bien qui leur reste , savoir les

« tr^is quartiers de leurs gages , et pour conserver

« leurs offices leur ôte le moyen de vivre , les dé-

« pouille pendant quatre années de leurs gages ,

« avec peu d'espérance vraisemblable de les rétablir

« k l'avenir^ ensuite justifier la plainte des officiers

« du grand conseil, de la chambre des comptes et de

« la cour des aides , lesquels eussent été insensibles

a à eux-mêmes et à leurs familles s'ils ne se fussent

« émus dans cette occasion pour se plaindre , et s'ils

« n'eussent recherché toute sorte de voies pour se ga-

« rantir de cette calamité publique dont ils étoient me-

« nacés : et néanmoins tout ce qu'ils ont fait a été de

« réclamer le secours, l'assistance, le conseil du par-

a lement, non pas pour se fortifier contre les vo*

a lontés du Roi , mais pour se rendre plus favorable

« la majesté du prince par le nombre et la multi-

« plicité des intercessions. Aussi le parlement u'a

« fait autre chose que de leur promettre jonction à

d'omer talon. [1648] i85

« leur intérêt, ordonner que deux députés de chaque « chambre écouteront les propositions qui leur seront « &ites , et les rapporteront à la cour pour en or- (( donner ce qu'il appartiendra par raison ^ que Tin- (( tention du parlement n'a pas été d'établir une nonm velle compagnie, donner autorité ni juridiction à « ceux qui n'eu ont point, mais simplement enten- « dre les raisons et les ouvertures des officiers des « autres compagnies , et sur icelles se réserver l'auto- « rite ; la puissance de délibérer tout seuls ^ qu'il y a (( long-temps que cette voie a été introduite et to- « lérée, et que quand elle n'auroit jamais été faite, tt elle ne doit pas être condamnée pour sa seule nou- « veauté.

tt Et bien que cet arrêté puisse être sainement in- « terprété /néanmoins les ennemis du parlement s'en « sont prévalus dans l'esprit de la Reine pour l'intertt prêter en mauvaise part, et lui ont fait révoquer sa « déclaration du dernier avril , par le moyen de la- « quelle révocation le parlement a perdu la grâce et « le bénéfice du droit annuel qui lui avoit été ac- « cordé. Le Roi manque en effet à la foi publique, « puisqu'il rétracte ce qu'il a une fois acco!:dé, et « qui, ayant été accepté par le paiement fait aux par- « ties casuelles, passe en forme de contrat, et devient « obligatoire par une obligation naturelle, laquelle « doit avoir Meu à l'égard du prtnce et de ses sujets.

« Et bien que cette déclaration et tout ce procédé ^ fût douloureux aux officiers, néanmoins la Reine * leur avoit défendu de s'assembler, ni de députer « pour conférer les uns avec les autres (ce qui est ^^ assez étrange que l'on ôte aux affligés la voix et le

186 [1648] MÉMOftKES

M moyen de se plaindre) ^ et .néanmoins parce que ii. deux oonseiUers du grand x^onaeil ont été envoyés n à la opur des aides ^ et qu'ils ont obéi à leur com- Il pagnie, ils ont été nonnseulement proêcrks , mais a qui pis eist arrêtes et conduits ^anstdes villes firon- « tières , villes de guerre où ils ne .^leuvent espérer Si .aucun bon traitement^ et ensuite quatre antres ont a 4té pareillement arrêtes , et en danger d'être maa lades, OU tomber .entre les mains de personnes en- (K neraîes^^tant tiaduits dsins des pays où les passages i< ne sont pas libres, de qui nous oblige en cet en- <( droit de vous supplier de faire réflexion sur la 6on- K dition misérable de ces pauvres officiers , qid ne (( pouvant espérer soulagemetit dans leur misève^que tt par Jes offices de cette compagnie, qui. fléchira la iOL colère de la Reine? Ce que nous ne pouvons pas K espérer que par les vpîes de respect, de soumisse $ions et de prières , et non pas par la coniradiction Si et la résistance,, de laquelle Sa Majesté se plaint n co^nme d'un crimeet d'une désobéiassosMce publique. Si Qae si iÀen vos intentions , messieurs , sont sin^ a ûères, comme je^u'en doute pas, il est vrai pourtant Hi qu'elles sont cotttrakes, et qu'elles offensent l'esprit « de la Reine , et que dans ceUe conjoncture il est a a$sez difficile d'espéjcer que Sa Mnjesté <iéfère quet (( que chose à vos remontrances* Cependant ces office ciers souffrent p4ur avoir obéi à leur compagnie , a* et souffriront encore davantage s'ils ne sont se- « courus promptemeoit par votre intercession , lace quelle. ne peut être effiîi^ace si elle^n'est agréable, li et quleUe ne trouve l'esprit de la. Reine diapusé i « vous écouter &yorablement.

d'oMER TAIiON. [1648] 187

« yau$ pouvez pareillemeat, messieurs; yoijs plaîn- « dre y et /aire Vq$ remoatmnces sur Tarrét du coofieil tt que nous vous apportons, lequel sans vou» en-- « tendre a casse une délibération faite ^ toutes les « chambres assenablées, auparavant que d'en avoir su fi les motifs et entendu les rai^ns; ce que les rois a n'ont pas accoutomé de faire , ni d'user de ces re*- « médias e?(traordinaires, sans une grande nécessité.

« Dans- lesquelles remontrances vos raisons, mes^ tt sieurs , étant, à notre sens, fondées dans les prina cipes de Injustice ni^urelle, et d'ailleurs étant aiii-* « mées par, une bouche plus éloquente que la nôtre, K portées par une personne autorisée qui sera à là « tête de cette compagnie , il ne se peut faire qu'elles K ne réussissent, et ne produisent quelque chose d'ad vaatageux pour la compagnie : que si vous ne vou* tt ld% pas , messieurs , vous départir de cet arrêté de tt jonction que vous avez faite, arrêtez les remon* « trances lesquelles nous vous proposons par une es- « pèce de préalable, auparavant que de délibérer sur « l'arrêt du conseil : vous demeurerez en ce &i$ant tt en votre entier, et pourrez obtenir pour l'honneur tt de la compagnie , par cette voie, tout autant que tt vous sauriez faire par une autre , telle qu'elle puisse ft être. »

Après ce discours , et les conclusions par écrit misea sur le bureau, qui ne contehoient autre chose sinon que trè^rhumbles remontrances seroient faites au Roi, messieurs opinèrent tout de nouveau, et furent proposés {^iisieurs avis , qui fiirent réduits à deux : Pun , d'ord^cmner que l'an été du 1 3 mai seroit exécuté , mais qu'il seroit sursis pendant trois jours à la nomi-

l88 [1648] MÉM<OIHES

nation des députes, pendant lesquels tcès-humbles remontrances seroient faites à la Reine ; Fautre avis fut ijae Tarrétë seroit exécute : ee qui ne fiit acheyé que le lundi 1 5 juin 1 648.

Ce même jour après midi, M. le chancelier envoya Le Bret, Tun de ses secrétaires, chez M. le procureur général , lui dire que le Roi vouloit avoir présentement l'arrêté. M. le procureur général envoya chez Boileau, commis au greffe, pour le demander, lequel dit qu'il n'étoit pas encore au net, et que M. le premier président ne l'avoit pas vu ; de sorte que M. Le Tellier, secrétaire d'Etat, fut à l'instant envoyé chez M. le premier président , pour le presser de le voir et le faire mettre au net. Ce qu'ayant été fait , M. le procureur général reçut ordre de M, le chaïieelier que nous allassions tous trois du parquet porter cet arrêté à la Reine ; dont nous tâchâmes de nous exempter, l'ayant envoyé à M. le chancelier : mais il y eut un voyage redoublé qui nous obligea d'y aller.

La Reine , après avoir vu l'arrêté , nous mit entre les mains les lettres de cachet qui obligeoient la compagnie d'aller le lendemain en corps au Palàis-Royal pour entendre les volontés du Roi , et nous dit que si le parlement nous vouloit envoyer devers elle pour lui fs^ire excuse et se dispenser d'y aller, que nous ne nous chargeassions point de cette commission , et qu'elle ne nous écouteroit pas •, qu'elle vouloit absolument être obéie. La Reine nous parut avec un visage extraordinairement irrité.

Et en même temps les gens du Roi des autres compagnies furent aussi mandés , et leur furent données autreslettres de cachet, par lesquelles il leur étoit dé-

êû

d'omer TALoil^[i648] 189

fendu de nommer des députëç pour aller à la chambre Saint-Louis. Le mardi 16 juin, nous entrâmes dans la grand'chambre , et portâmes les lettres de cachet, sans autre discours. Quelque temps après nous fûmes mandés sur ce que messieurs du parlement voulurent savoir pourquoi M. le procureur gënëral avoit porté à la Reine Fartétë du parlement sans les en avertir, dont ledit sieur procureur gënëral rendit raison, expliquant la vérité de la chose telle qu'elle s'ëtoit passée ] et dans son discours ayant parlé du secrétaire de M. le chancelier et du sien, ce dernier mot excita une vingtaine de voix confuses , qui ne vouloient pas souffrir que M., le procureur général parlât de son clerc, et l'appelât secrétaire. Ainsi à l'instant il se corrigea.

Ensuite messieurs délibérèrent quid agendum : M. le président Potier de Blancménil fut d'avis de ne point obéir, et de dire : Nec possumus^ nec debemus. Mais ils ne furent que six ou sept de cet avis^ les autres , de nous envoyer vers la Reine pour remettre jusques après midi •, d'autres, d'y aller en carrosse \ le plus grand nombre , d'y aller en corps de cour à pied avec les bonnets carrés , les huissiers marchant devant; et que la feuille ne seroit point apportée par le greffier comme la lettre de cachet le commandoit.

Nous arrivâmes au Palais-Royal à onze heures du matin. En entrant on demanda si le greffier y étoit, et s'il avoit apporté la feuille : M, le premier président répondit que non à Sainctot, maître des cérémonies.

La Reine envoya M. Le Tellier, secrétaire d'Etat, i M. le premier président pour savoir la raison , et si

190 [l64^ MÉMOIRES

cela s'ëtoit fait par dtilîbératioâ de la compagnie : lequel ayant rëppndu qu'oui, il retourna vers la îteiue, laquelle ëtoit d'avis de ne point donner audience, et ne point laisser sortir la compagnie , jusques à ce qu'Us eussent mandé le greffier, et envoyé quérir la feuUle.

Nota y que nous étions cent personnes' renfermées dans la salle en laquelle Ton reçoit \^ ambassadeurs, qui eussions été tjrès4ncommodés à Theûre de midi, étant sans sièges et n'ayant pas mangé, si cette pro^ position eût été exécutée : enfin il fiit résolu de nous faire monter devant le Roi, qui ^oit auprès de la Reine, élevé sur une estrade de deux pieds^ de haut, assisté de M. le duc d'Orléans, et de tout ce qu'il y avoit de grands dans Paris.

Entrés que nous fûmes, M. le chancelier dit à M. de Guénégaud qu'il eut à lire l'arrêt du conseil du 10 juin, par lequel le Roi étant en son conseil casse la délibération du i3*mai; et après en- avoir fait la lecture M. le chancelier prit la parole, et en peu de mots dit que la Reine avoit laissé à Ift coiû'pagnîe la liberté de délibérer , de lui faire des remontrances, et leur avoit promis d'y avoir égard autant que les affaires du Roi le pourroient permettre ; mais qu'elle avoit témoigné que la jonction des compa" gnies étoit chose contraire à son service, et qu'elle ne pouvoit souffrir et qu'elle empécheroit par toute sorte de voies que cette jonction ne fût exé^tée -, que néanmoins la Reine avoit été avertie que son commandement avoit été méprisé, Fatrét rentidu en son conseil considéré comme une lettre de cachet étendue sur dit parchemin (»)/ et que nonobstant

(i; M. Bouch'erat, maftne-des rt'C[oétes. {JVote ttOfntf Tahtt.)

n'oMB» TALON. [l648] I91

toutes les injonctions qne Sa Majesté leur avoit fait faire, qn'ils n'avoient pas laissé de persister dans leur première délibération : et en disant cela il a encore dit à M. de Guénégaud, secrétaire d'Etat, qu'il lût l'arrêté du jour d'hier qui avoit été apporté à la Reine par M. le procureur général ; ce que M. de Guénégaud a fait. Et à l'instant M. le chancelier a pris la parole, et a fait entendre le sujet de la colère et de l'indignation du Roi et de la Reine , la désobéissance formelle et sans exemple , les grâces et la bonté de la Reine Hiéprisées : à quoi désirant apporter remède, et témoigner à toute la France la sincérité de ses intentions pour maintenir l'autorité royale, étoit intervenu arrêt en son conseil , duquel il a commandé à M. de Guénégaud de faire lecture : ce qu'il a fiait. M. le premier président ayant voulu parler, la Reine a refusé de Fécouter, et a dit qu'elle sauroit bien fair/s didérence entre le» bons serviteurs du Roi et les séditieux^ qu'elle feroit un châtiment si exemplaire, qn'il en seroit mention h la postérité.

iVb/a^ qu'il y eut une vingtaine de conseillers qui ne voulurent pas aller au Palais-Royal, de crainte d'y être arrêtés,.

L'après-dînée, messieurs s'assemblèrent , suivant la résolution qu'ils en avoient prise le matin; et voulant opner sur l'exécution de tîet arrêt qui leur avoit été lu le matin, et qui avoit été baillé à Guiet, comniis du greffe , pour l'enregistrer au lieu de celui du parlement, messieurs désirèrent pour la forme des conclusions; et d'autant que nous n'étions pas au parquet, ils remii^nt la délibération au lendemain matin, et nous envoyèrent l'arrêt du conseilpour le voir.

ig^A [^^4^] MÉMOIRES

Du mercredi 17 yW//,— rNous fumées mandes dans la grand'chambre pour y porter nos conclusions , qui furent rédigées par écrit, par lesquelles nous requérions que très-hunibles remontrances fussent faites au Roi et à la Reine régente sur ce qui s'est passé en la délibération du i3 mai et autres jours suivans-, que ledit seigneur sera très-humblement supplié de vouloir révoquer l'arrêt de son conseil , comme contraire à l'honneur de la cour et à la dignité de la justice; que ledit seigneur Roi sera pareillement supplié de vouloir conserver sa bienveillance à la compagnie, et souffrir qu'elle délibère en la manière accoutumée.

Mon dessein en portant ces conclusions fut de dire à la cour ; « Messieurs, nous recevons à grand 4ion- (( neur que vous désiriez nos conclusions dans une « matière de cette qualité, importante à' la compa- « gnie et à l'Etat par réflexion-, mais ce qui nous émet pâche dans cette affaire spnt les issues , les voies « par lesquelles l'on en peut sortir, lesquelles nous (( sont inconnues, et que nous appréhendons être (( infiniment difficiles , à cause de la contradiction qui « s'y rencontre.

« La Reine vous a fait déclarer dans quatre difféc( rentes occasions qu'elle ne pouvoit souffrir la joncf( tion des compagnies-, néanmoins vous y avez perce sisté : elle a cassé yotre arrêté par un arrêt du « I b juin 5 vous n'y avez pas déféré : elle a mandé « toute la compagnie, et lui a fait encore prononcer « un second arrêt du conseil. Si vous persistez , mes- « sieurs, dans votre première résolution, il faut de « deux choses l'une , ou que la Reine vous défère, a qu'elle s'humilie , qu'elle abaisse V autorité rojale^

d'oMBR TàLON. [1648] 1^3

« ott que le parl^Bteot soutire ^iniautào», oiaiifgtîlL se (I ttouve une voie mitoyenne pour foire quel^pae ae^ « eMnmodatioB.

« Nous somme» Français, Dieu nous a fait naître tt daae une monarchie , obU^^tfs d'honerer nos rois , « twn tanlum propter imm ^ sed propiei^ comcienr a tiam y comme parle T Apôtre y obli^f^ à'honoi^ et « i'ob&.r à nos princes^ ETtàM sysgous.

« Je sais tâea qae lorsque no» roîâ désirent quel- « que chose que nous estimons être contraire aux lois « deVEtat, nous avons infinis moyens pour nous en « dispcsaser, infitties> voies obliques par lesquelles , ih demeurant dan» les termes du respect, nous faisons « entendie noa plaintes et celles des peuples*, et rc> « sistcwis avec ce«iiragi& aux choses qui sont extraor- « diaaires' : mai» de leur réûster en £aice ^ vouletr pré- « (àsément le contiaire de ce qu'ils oirdonaeBt^ c'est « tine putssanee laquelle nous serions bien aisea^que « le parlement en (ul en possession ; car dans notre « minîstëre et dans 4a fonction de notre place nous « y participerions en quelque iàçon«

« Mais» noua appréhendons qu^ue émotion dans « l'esprit des peuples, quelque maavatse saitisfaction « (psi leur soit inspirée du gouvernement pnbUc ( ce fr qtt» n'afrive jamais qultl n'attire après m des^iéso»* « la(ti€«a puUi^pies et générales) : témoin ce qui ar- « nipia es années i586 et suivantes y qui donnèrent les « principes à une guerre civile de dixannées qui rema plit de confusion tout le royaume , qui détruisit le» « fiinliifts particaUères pair les empruonnemems' des < magistrats; témova ce qui aorriva après l'année « i6 r4 e^ 1 6 1 5 , une guerre civile qae ies pt'incses aC'^ T. 61. i3

t94 [ï648] MÉMOIRES

Il commodèrent aux. dépens du pauvre peuple : et n cependant, pour arrêter toutes ces appréhensions a publiques, il ne s'agit que d'un^ démarche, d'une «c civilité, d'une action de bienséance , dans laquelle « la Reine promet donner toute sorte de contente- « ment à la compagnie , pourvu qu'elle le' puisse faire « de bonne grâce , sans y être forcée,

(c Quant à nous , messieurs , qui n'adorons ni la forte tune passée par regret et par déplaisir, ni la préa sente par intérêt, ni la future par dessein et par « espérance , la seule satisfaction qui nous reste est « que nous parlons sans intérêt que celui de notre « honneur, sans ambition et sans crainte : nous soua faaitons la décharge de notre conscience devant a Dieu et les hommes, dans l'appréhension que cette a division publique apportant quelque altération an « cours ordinaire des finances , que l'argent manque « dans les armées , qu'elles dépérissent , et que les en- « ^nemis de l'Etat n'entrent dans le royaume comme « ils firent, en l'année i6iJ6. Nous ne doutons pas « que les remèdes que vous prenez ne soient bons , K légitimes et nécessaires : mais faites cette réflexion, « messieurs, s'il vous plaît , que les médecins n'osent « ordonner certains purgatifs ( comme l'ellébore et « l'antimoine), non pas qu'ils ne soient excellons en tt soi et conformes à la nature, mais souvent- ils agis- « sent contre l'intention de ceux qui les ordonnent. « p^ideat senatus fie quid detrimenti respubUca « copiât* »

Je ne dis pas tout ce que j'avois prémédité une heure devant que d'aller au Palais , car je n'avois pas eu une plus longue préparation , parce qu'il y avoit telle

tt'OMBR TALON. [l648] 1^5

chaleur dans l'esprit de la plupart de messieurs des enquêtes , qu'ils n'^toient capables d'aucuns discours : et de fait^ilsVélevèrent par trois fols sur moi aux trois endroits que j'ai rayés (0, et témoignèrent par un bruit sourd et par une émotion non articulée (car un seul ne parla ) que ce que je disois ne, leur plaisoit pas ] de sorte qu'à la troisième interruption de cette qualité je cessai de parler , et dis : a Puisque la com- (( pagnie n'a pas agréable... » A ce mot messieurs les présidens et messieurs de la grand'chambre intelligiblement me témoignèrent mécontentement pubHc de ce qui se faisoit : ainsi nous nous retirâmes messieurs mes collègues et moi , laissant sur le bureau nos conclusions par écrit.

L'après-^ée du même jour, M. le cardinal Mazarin me pria de l'aller trouver avec M. Le Tellier, secrétaire d'Etat^ et m'ayant interrogé de ce qui s'étoit passé à ïQon égard , je crus ne devoir rien répondre , sinon que comme ma conscience ne me reprochoit rien de ce que j'avois dit dans cette occasion , aussi je n'avois pas à me. plaindre de ce qui s'étoit passé ^ qu'il ne m'avoit été dit aucune mauvaise parole, et que je ne pourrois pas, quand je voudrois, nie plaindre d aucun en particulier \ qu'ils avoient fait souvent les mêmes clameurs sur les discours de M« le premier président, de M. le président de Mesmes, et autres de messieurs plus sages que moi, et que je ne préteudois pas me formaliser de ce qui m'étoit arrivé dans cette occasion^ que comme je n'avois dessein ni pensée de me plaindre , que je le suppliois que la

(i) Rayés : cVst-à-dire sonlignes. Ce sont les mots français que nous ayons mia «n itaUqae.

ig6 [1^4^}* M±moi9fÊS

Reine onUiâil tout €e tpa s?ét€it passé en eette jowrnée, qoaiid ce: ne seroît pom autre eonsidératkm cpe poar la mienne^ qui ne A^sivois pas m^broiiiiler dans ma compagnie , dans laquelle j'avoîs k vivre et à mourir. M. le eardinal m'ajooita qae la Reine avoit deoné lis malin à mon frère l'abbaje de Notre-Dame de Fondrousse, diocèse de Saintes : je lie suppliai de me permettre de la refuser pour mon frère , el que eomme jfe n'avois eu en toute ^affaire autre dessein que le service du Roi et la satîs&ction de ma conscience, que jese^ f ois^nea aîse que le public ne pût point avoir antre pensée , à cause d'ime gratificatioa de cette qualité.

L'ua de messieurs les présidens de k cour me in* sitant le jour même, me dit que tout ce que j'eusse pu dire eût été inutile, panse que Fesprit ^ messieurs des enquêtes étoit eovenhné à tel peint qu'ils aimènent mieux Toir la sédition danS' Parb, et la désolation desi ennemi» dbns la campagne , que de se dédire de ce qu'ils avoient entrepris* Lequd discours me donna grand' peine à l'esprit , parce que , dans l'inclination natnreUe que j'ai toujours eue , et que /espère que Dieu me continuera , d'aimer la n^^auté et le parlement tout ensemble , j'ai appréhendé que cette e^ntsadidion aifectée ne fit préjucBce à l'un et à l'anire , car j^estime que l'aûtovité du parleme»l doit être perpétuellement interposée pour empêcher Pexcès de la puissance absolue , pour tempérer les volontés desi vois et de leurs ministres, les^els souvent par inqpétiiosité' veulent qae ce qui leur pfaiât soh eséeuté, et ne peuvent soufirir la contradiction des parlemenSj qui travaillent pour le soulagement du pauvre peuple: et de fait les bons princes ont toujours déféré aux

D^œiKlL TALON. .[lG48] ^ * *97

tvis de lewBS officier»^ «t n'rat pas chésiEë^âe faire àuoane ichtne par les i?oîes de violence*, les autres, au eeelnâre, ^ositffeçulesiiiattvaBesifiipc^fSstoiiB «qui leur €ffiit lëtë •dcmfiëes des oompagmes souTeraines oomme de pêc8<»imes i^ovantes dans k eood/iiite des EAaIs, qui se ▼evdeBt.attoîbuer une iaivtoritë qui ne leur ^a^ partieat pas, qui se croieiDil: être les totews >des «ôs \ et , dans oes ipensées de jakmsîïas qui simt persuadées auK'pcmees parle smnistère de ceux qui les flattent, ik ioiterpDèleût lea mAuvaise :pait <feoiiles les acftious de roeuK tfiû «ont dans les parlemens comme des -en* tpeprises d'aufteiité.

Maris cette aulKMrûbë,^ à mon sens , doit être «léoa^e adroitement \ il faut qu'elle »serre de mositre de qud* que sorte de défense, que «ce soit uneespèoede re9ipart pour Topposer avec jugement, mais iion pas pour serrîf de cotïtradîcttonahsQlae, de résistance a^tiadlle, et d'opposidon formelle; car «en *ce cas le Hoi, ^ou fieuK sopx omt entre leurs mains son nom et son autorité , (Omt à la main îles onoyens d^ yiolence pour m^ faiore t>béir. Et nomme beaucoup de dhoses peuv^ont être «mpêckées par lïnterpo^knn du parlement., le* qudi laien souvent ks «musatres ne veulent pas filchor pomrletù» intéréfts particuliers etf^mestiquel, ^a^id ne .wspect est »une fois p^du^ et •qu'ils se ^troiirrent oUîgés de rompre avec le parlement, îJLs île ixxçA a^voc eiGcès, etdiflûmiaBt par t»rmoj)eii l'autorité ordinaire etiégitîme de Ja .justice, ôls élèvent leur domination partnaifière; et oe diautant qu'ils se fConservent des amis dans les compagnies, par temiy^endesquiels ils se garantisseni: de toutes séries de mauvaises prqposîtkms qui pourroieoit éXsst cottilre eux Élites.

198 [l64^j MÉMOIRES

Outre plus, quand cet inconvénient césseroit, il seroit de dangereuse conséquence que Fautorité du parlement surmontât par effet, et se rendît supérieure aux volontés du Roi, parce que pour maintenir l'autorité du parlement il faudroit mettre les armes à la main dés peuples, élever une puissance dans l'Etat, laquelle ceux qui Fauroient émue ne pourroient pas la conduire, et n'en seroient plus les maîtres-, et puisque l'Etat dans lequel nous vivons est moharcbique , il y faut demeurer : mais il est à souhaiter qu'il soit tempéré des avis et de l'interposition des compagnies souveraines, qui ont été établies dans le royaume non-seulement pour rendre la justice distribûtive, mais pour prendre quelque part à ce qui peut empêcher Feffet de cette même justice.

Pour reprendre la suite de la relation, la délibération commença le mercredi 17 juin, pour savoir quid agendum sur Fexécution et l'enregistrement dé l'arrêt qui nous avoit été lu dans; le Palais-Royal en la présence du Roi -, et d'autant qu'ils crurent à la cour que la délibération ne leur seroit pas favorable, le. samedi ao juin (parce que le jeudi étoit l'octave du Saint-Sacrement, et le vendredi le Landit) messieurs les présidens excitèrent la compagnie de surseoir la délibération jusques au lundi, parce qit'il y avoit dés propositions qui leur dévoient être faites : cç que M. le premier président obtint à grand' peine , aucuns dé messieurs les plus échauffés étant d'avis de continuer la'ii^libération, laquelle vraisemblablement ne seroit pasi achevée.

Le dimanche 21 juin, messieurs les présidens du parlement furent mandés au palais d'Orléans pour s'y

d'oMBR TAIi>£i. [164B] 1^

trouver à quatre heures, et messieurs les présidens des enquêtes avec les doyens des chambres y furent fia^tndës à six heures. Aux uns et aux autres M. le duc d'Orléans , qui ëtoit assisté de M. le cardinal Mazarin et de M. le chancelier, leur dit que Taffaire qui se traitoit au parlement trayailloit Tesprit de la Reine , et lui donnoit de l'inquiétude : voyant cette contradiction si affectée , qu'il s'étoit interposé ; et comme > il avoit toujours eu dessein de rendre toute sorte de bons offices à la compagnie , qu'il étoit aussi obligé , par la considération de sa naissance et du rang qu'il tenoit dans l'Etat, de conserver l'autorité royale, et d'empêcher qu'elle ne reçut atteinte ;^ que dans cette occasion l'intérêt des gages avoit excité les esprits, Tappréhension du droit annuel pareillement leà avoit irrités ; outre plus , l'expulsion des offîciexsi qui ont été chassés , l'interdiction des maîtres des requêtes et lemprisonnement de quelques trésoriers de France, peuvent être la matière de cette émotion publique^ qu'il a prié la Reine de vouloir donner quelque con* lentement aux officiers, et qu'il croit que cela se peut obtenir sur tous ces chefs, pourvu que le par-" lement rende ses devoirs à la'Rçine et l'en supplie* Cette action offensa le parlement, à cause que l'on avoit séparé les enquêtes de la grand'chambre , et que M. le duc d'Orléans ne les avoit pas entendues ensemble.

. Mais cette soumission et cette déférence , après tant de menaces, haussa infiniment le courage à ceux qui vouloient faire exécuter les arrêtés du •parle*' ment : ils s'imaginèrent ( comme il étoit vrai ) que les ministres avoient perdu le cœur , qu'ils crai-

ftoo {f648] wkuoîKBS

gnotent le paiievn^fit , qu'ils apppébeniMeAt «pie le peuple ne fit «édition dans l^ris \ et dans cette pensée ils retonmèrent an Palais le kindi , pkis forte et pins émus qu'ils n'avoient point encore iété. La délibération dura quatre matinées , lundi y mardi , jeudi et Tendredi , car le mercredi étoit le joar de la Saint-* Jeim. L'assemblée étoît de cent qnatFe- vingt -sept personnes , et passa à dire que M. le due d'Orléans seroit remercié de son entremise, snpplië de eontî* nuer sa bonne volonlîé à la comps^nie ; que fa Reine sera informée des bonnes intentions de la cour dans l'assemblée des députés qui doit élane tonne \ qoe ce* pendant les chambres demeureront assemUées , et les autres compagnies averties de la présente déii^ bération.

 l'instant nous {âmes mandés en la grand^chanv* bre, avec ordre d'aller demander audience à la Reine pour le même jour. Radigues , notaire et secrétaire de la cour, eut commandement d'avertir les autres compagnies, et outre de prendre llieure de M. le due d^Oiléans pour ^tre remercié.

La Reine donna heure au lendemain trois heures après midi : nous allâfnes la demander à M. le chancelier, qui nous fit savoir la réponse de la Reine par Sainctot, maître des cérémonies, laquelle la samedi %7 juin, à huit heures du matin, nous portâmes k la grand'chambre.

Le même jour, M. le président de Bellièvre, assisté de quatre de messieurs, deux de la grand'chaiB" bre et^deuK des enquêtes , alla an palais d'Oiiéans à fmze heures du matin , où jl fit ^on eomplknent tout simple à M. le diic d^)i4éans, lequel étoit assisté de

d'oMER TAliON. [1648] aoi

^^aés pidnoes de la manon de L'orrakie , lecpiel reçut foft bien œs meaemmts^ et arec anusi pea <de paroles témoigna raffection qu'il aToit toiqoitrspoclée et ctnli dësircit ^soBtisiBer au parlement. ^

L'aprèsnMnée ^ à tnm heures, nous fftmes au Pa^ lais^iBoyal, savoir six ëe mesneura les prësidens, «ne vingtaine de «onaeilkrs de la graaadVdxambre et en* quêtes, et mws amtres.

M. le pnemier prësidettt exagëca l'injuce faîte à la ooapagnie par les .arrêts lendus au conseil , appela le voyage que Je parlenent aTOÔt £iit A pied au Palais* Boyâi une espèce tt'ainende hoBmrable., se plaignit des conseils cpae Y<m «donnoit à la Reine de maltraiter les •compagnies (ce qui ae ponvmt être qn^u désavantage des affaires et de Tautorité royale ) ^ puis lui qoata qu'il avoit charge d'assurer Sa Majesté de la sincérité des actions du parlement dans rassemblée des députés qui se fera. Aitisi il ne dit point que la cour demndoit permission de faire T^ss&emkÀée, il ne dit poiftt qu'elle se feroit sous ie bon plaisir 4e la Reiae ^ mais ii dit : Dtans VuMemblée qui se fèfn , tpn étoit un terme d'une résoluition prïse , et que le parlement ¥ouloit eséeuter , nimobstfsnt tout ce que la Reine avoit Vioulu empêcher.

A ce discours la Reine ne répliqua autre chose aitton qtt'au pnemier jour elle feroit savoir sa urolonté ^ eti l'instanit neus fiàmea appelés , et nous fut dit que nous eussions à nous rendre le lundi ensilivaiit, jour de Saint-Pierre^ à huit heures du soir aju Palais* Royal^ et ^e la Reine nous feroit entendre sa vo-> lonté.

Et de &it ayant été au PaJais*Royai à huit heures

20a [164B] MÉMOIRES

du soir , nous fûmes introduits dans le cabinet de la Reine , laquelle nous fit entendre sa volonté par la bouche de M. le chancelier.

Le mardi 3o juin, toutes les chambres assemblées, nous avons dit à la cour : a Messieurs, samedi dernier, lorsque nous sortions de la galerie de la Reine, en laquelle la compagnie avoit été introduite, la Reine nous fit appeler par Sainctot , maitie des cérémonies, et nous dit que lundi, à huit heures du soir , nous eussions à la venir trouver , et qu'elle nousferoit entendre sa volonté : ce que nous fîmes hier au soir messieurs mes collègues et moi-, et ayant été introduits dans le cabinet de la Reine par M. deGuénégaud, secrétaire d'Etat, nous trouvâmes la Reine assise, M. le duc d'Orléans, M. le cardinal Mazarin, et M. le surintendant. La: Reine ayant commandé à M. le chancelier de nous expliquer sa volonté , il nous dit que Sa Majesté ayant été bien informée de la sincérité des intentions du parlement , et ne doutant point que les événemens ne répondent aux assurances qui lui ont été données, elle trouve bon que l'arrêté du i3 mai dernier passé soit exécuté^ mais elle vous prie de considérer, messieurs, que l'armée du Roi est sur la frontière en présence de l'armée des ennemis, et que dans deux heures de temps il se peut donner un combat^ que « les armées ne peuvent subsister sans argent, dont « le commerce est interrompu dans Paris depuis un K mois et plus, et que le manque de paiement dans « l'armée, et des choses qui y sont nécessaires, est « capable de la faire dépérir. Pour cela la Reine sou* « haite que cette assemblée se fasse incessamment, et

d'omer talon. [1648] ao3

« qu'elle s'achève cette semaine; elle vous prie de « faire réflexion sur les besoins prësens de FEtat : et a comme Sa Majesté ne doute point de raffection que « vous avez pour le public , elle vous prie de prendre « garde que cette chaleur avec laquelle vous témoi- « gnez vos bons sentimens pour le service du Roi « ne produise un effet tout contraire. »

Cela dit, messieurs demeurèrent en leurs places dans la grand'chambre sans vouloir se désassembler, quoiqu'il n'y eût rien à faire ni à délibérer, et que M. le premier président les eût priés de vouloir leur laisser juger leur procès. Leur excuse fut que l'arrêté portoit que les chambres dèmeureroient assemblées, et que ce seroit déroger à leur arrêté que de souffrir, qu'en leur présence, i'rfe^^ de leur consentement, elles se désassemblassent pour travailler aux procès particuliers. En second lieu ils ajoutoient que s'ils étoient dësassemblés , qu'ils auroient peine de demander à M. le premier président l'assemblée des chambres.

L'après-dînée de ce jour, les députés des compagnies, avertis par l'un des notaires et secrétaires de la cour, se trouvèrent à la chambre Saint-Louis : messieurs'^ parlement furent assis en la place en laquelle nous sommes assis lors de l'audience publique , messieurs du grand conseil eurent 1» place sur le banc à la main droite , et la cour des aides à la gauche ; mais ayec cette distinction que sur le banc à main gauche étoient assis les derniers députés du parlement, les^ quels n'avoient pas pu avoir place avec leurs confrères.

Auburesj^, messieurs des comptes étoient assis visà-vis les députés du parlement. Ceux du graild con-

ao4 [1648] MÉMOIRES

seil pirl^efit les premiers , quoique eé«ix des comptes reufiseat Foola prétendre. Après (UffiJretîtes )>rép6sitionsfiûtesdepartetd'atrtre, enfin â fiât résolu de densinder i"* la révocatirà desintendans, ^ de tontes au- ^BS eommissions extraordinaires non lénifiées ; *2^que 1^ traité ^it des taiiles soit révocpié'; ^ tpie remise seroit faite au peuple d^un cfuait, «nse^ble de tout ce qfd peist être dû du pftssé jusques ^ ia fin de Tanoée 1^646^ 4' ^ officiers ordinaires, trésoriers de Franoe , -^us , receveurs généraux et particuKers , rétablis dans Texercice de leurs charges. Lesquelles propositions plus étendues ayanft été rapportées , le lendemain, toutes les chambres assemMées, Ton demanda s'il falloit 'Opiner sur chacune d^icelles en pà^ ticulier, ou bien attendre que les députés enssent -achevé toutes leurs propositions pour dél2)érer sar tovftes*, «t après avoir opiné le mercredi et jeudi , il passa qu^l^ser oit délibéré surèhacune d'ic€fDes en particulier, à mesure que les députés les rapporter oient, quoique messieurs les présidens eussent femontré qu'en matière de réfoimation il étoît impossible "de pourvoir on même temps à toutes fhoses; qu'ft stiffisohde penser au phis pressé , et à ce qui éton de pl« de conséquence -, qu'il seroit assez de proposer trois ou quatre articles qui fussent importans , et en p(m^ -suivre l'exécution •, que dans la plursBîté des demandes il seroit plus aisé de les ^uder. Et de ùSt, vendredi matin , ils délibérèrent sur la révocation ^îes ÎBtendans ; et fi'ayant pas adievé , f affaire fut remise « lendemain samedi 4 juillet, auquel jour fut arr^^e la révocation fles intendans envoyés d^ns les pro- ^nces, ensemble de %oeftes1es commissions extraor-

d'ombr talon. [1648] sio5

dinaires noft irérifiëes ; qu6 commissioin seroil défi» vrée à AL le procureur général poor inforiMr de h aauvane achnimslration de» finances , etc.

L'a{^èsHlliiée du même jour, je Eus avevti <^ Ton était mal satisfait à la eoiEr de eet afrét, et que pour €11 empêcher rexécoliea xk avoit été résolaqfae M. le dm: d'Orlëans viendroit ai» Palais hindi matiD , et qu'il soaeaercHt avec Icii BkL de Morangis^Barilloft, maître des requêtes vétéran , pour expliquer à nessieurs du parleiBent Fintention du Boi sur ce sujet, et la diffi^ cnhé d'exécuter cet arrêté d»as le milies de k eampa^e.. Et néaftmoi»» le lendemain matin dimanche je fus mandé chez M. le chancelier avec mes eollègnes, et me* fiu dit que je me préparasse pour faire enbendre à h compagnie l'importance de cet arrêté , et que rexëcutkni d'icelui ruînoit absolument les» moyens âe£ûre subsister les gens de guerre, et aboutisseit à ^elque chose de dangereux pour l'Etatt.

Après laquelle eonférenee , que nous^ eâmes pendant près de deux heures, M. le chancdier nous doana henre de nous trouver le soir chez k Reine à sept heures^ du scâr, o» étant allés, 1» Reine ne nous dit autre chose, sinon que nous eussions à exécuter ks ordres que net» avivMis pris a^rec M. le chancelier.

Le hindi 6 jaiUet ,fk3m^ arrivés au parquet , M^ le prenier président iMm9 manda par un clerc de greffe si tteus ayfHm& quekfoe chose à dire à la eompa^iede k pafft du Roi : noiMS^ hii dimes qu'oui , mais que nous avion» charge d^entref dans^lar compagnie ipiand M. le ducd'Oriéaiis y seroft arrivé. Ledic sergneur (fisc arriva à ht Sâittte-Chaipdl^le , ou deux de messieurs les préflidens^ et amtaiif de eonseilkra le forent recevoir^

ao6 [164^] MÉMOIRES

et le conduisirent dans la grand'chambre , dans laquelle nous entrâmes aussitôt, et je dis à la cour :

a Messieurs , nous fûmes hier mandés chez M. le (( chancelier, qui nous ordonna de nous trouver chez (( la Reine, laquelle nous commanda de dire à la cour « ce que M. le chancelier nous avoit représenté de sa (( part, qui étoit en substance que Sa Majesté ayant a été informée de ce qui s'étoit passé dans la com- (( pagnie samedi dernier, elle n'a pas improuvé la a délibération que vous avez prise, laquelle elle sait (( n'avoir autre mouvement que l'intention de servir « le Roi et travailler au soulagement du pauvre peuii pie. Elle demeure d'accord que les commissions « des intendans de justice et toutes autres, non vé- (( rifiées dans les cours souveraines, sont interdites (( par quelques ordonnances -, elle avoue qu'il y a du « désordre dans toute sorte de; conditions, et princi- (( paiement dans le maniement et la direction des (c finances, et qu'il serait à souhaiter que le siècle (( présent pût souffrir les vrais remèdes.

tt Mais Sa Majesté s'imagine qu'il faut travailler à la tt réformation des Etats comme à la guérison des corps <( malades : si les maux sont ordinaires, curables, et (( sans péril apparent, l'on cherche la cause, et cou- (( pant la racine, l'on empêche JH^dérivation du mal par (( les remèdes communs et ordinaires ; mais dans les (( maux aigres, pressans, capables de produire queltt que mauvais effet, il faut négliger toute sorte de a règle pour apaiser l'eicès de la douleur, la violence « d'une fluxion , et faire cesser le péril qui paroît.

(( La Reine, dans l'état présent des affaires, vouii droit bien révoquer la fonction des intendans ,

D^OMEK TALON. [l648] ao^

« établir quelque ordre dans Fadministration des « finances^ mais Sa Majesté craint que les remèdes « 'proposes, qu'elle reconnoît être légitimes, ne soient ft pas de saison , et qu'ils n'opèrent contre l'intention tt de ceux qui les ordonnent.

(( Pour cet effet elle désire que vous considériez tt que l'armée du Roi, commandée par M. le prince, « est retranchée sur la frontière pour faire tête aux « ennemis, et que pour la faire subsister il faut du « pain aux soldats, et outre plus leur pa^er une (i montre-, que le quartier dû aux Suédois doit être « payé au commencement de ce mois 5 qu'il faut de « l'argent pour l'entretien des armées de M, le m^d réchal de Turenne , de la landgrave de Hesse , du <c colonel Erlac, de Catalogne, et de celle qui est « sur la mer; que dans toutes ces armées l'artillerie « doit être servie , et le bagage défrayé -, que pour « toutes ces dépenses il n'y a point de deniers comp- (( tans à l'épargne, mais bien des promesses et des « billets des hommes d'affaires , qui doivent payer de « mois en mois les sommes qu'ils ont promises , sur « l'assurance desquelles promesses les desseins de la (( guejrre ont été entrepris. Néanmoins ceux qui se « sont obligés n'ont pas cçs deniers, entre leurs mains, tt mais ils espèrent les trouver dans la bourse de leurs « amis , ou les recouvrer du paiement de la taille , de « laquelle ils ont traité avec le Roi.

« Quant au crédit, il est de notoriété publique n qu'ils n'ea ont plus ; que non-seulement ils ne peha vent plus trouver à emprunter, mais qui «plus est « que ceux qui leurontprêté le retirentdeleurs mains.

« Quant aux deniers de la taille qui se reçoivent

ao8 [l^8] MÉMOIKBS

« du peujdé y, si Tordre établi depuis onze annéet est « changé, que les înteudana soient réiioquës, et les a trésoriers de- France et élus tous relaie dans Peierft cice de leurs chaires, cette mutation, cpaiest grande a et soudaine, ne peut pa» s'exéeuter en peu de temps ; « car il y a grande différence entre rèmfdoi de trente- « cinq personnes qui sont établies dan» toute Félenr «i cbe du royaume pour donner ordre à la le^ée des « deniers du Roi (qui sont les intendans) , et celui <c de trbis mille personnesr • car le nombre des fréso «( tiers de France et des élus se monte à cette qnanic tilé, lesquels étant rétablis et payés de leurs gages « et droits cette année ,, le peuple se trouvera sur- « chai^ de plus de neuf raflfionsy lesqpœls suflbroîent « pour achever la campagne, étant cerËaiiî que les « trésoriers de France et les élus seront ofaiigé» de XI changer les ordres qui s'observait à: présenA pour « établir les^leurs,^ donner de nerwrelleâcommxssion&, n mander les collecteurs,, qui diront avoir payé y et a avec lesquels , aupararrant que Von: ak: coaipté et « exandné leurs quittances,.ili8e passera beaucoup de a temps r d^ailleurs les ordres dimerés por les inten^ « dians étant révoqués, et qm plus est s?il se publie (( une monition , et que Ton informe du maniement et <c de radînmistration des finances , les peuples cm- « ront être décfaargés^de ce qu'ils doiv^ent, et fecile- « ment ils interpréteront ce cheingement à leur hé- (V néfiee. Vous sarvez, messieurs, que tous ceux qui « écrivent dans )e$ provinces leur mandenir que vuos «t travailleK peur les garantir et les soulager de la du* <t reté des impositioiis^ qui fes smohm'gent*, ee ^'ib « croient fiicilement parce qu'ils te scmhaîtent, et

DOMER TALON. [1648] lOg

« ce qui les rendra hardis à refuser ce qui leur sera « demande.

<( Cependant si Fargent ne vient précisément dans (( le mois auquel nous sommes, et que Tarmée com- « mandëe par M. le prince n'ait pçint de pain et qu'elle « se diminue, il faut craindre une incursion des en* « nemis dedans la Picardie , et se souvenir de ce qui « arriva en Tannée i636. Si les Suédois ne reçoivent u point d'argent, ils peuvent se plaindre du manque « de foi , traiter avec l'Empereur, et nous laisser sur « les bras toutes les forces de l'Empire et de la Ba- « vière, qui cherchent il y a long-temps l'occasion de « prendre leur quartier d'hiver dans la Champagne, a II en est ainsi de la Catalogne, et des autres dé- « penses nécessaires qui ne se peuvent différer.

« Que s'il arrive du désordre, dans le mois auquel « nous sommes, à cause du reculement ou de la ces- « sation de payer la taille par le peuple, l'accident « arrivé en juillet et août ï648 ne se réparera pas en c( janvier 1649 par un ordre nouveau, ni par quelque « bon ménage, tel que l'on puisse le faire.

« De sorte que ce que la Reine vous prie de con- « sidérer est principalement le temps et la saison en (( laquelle nous sommes : nous tenons le milieu de (( la campagne , tous les desseins de l'année ont été « conçus et entrepris pour être exécutés sur les ordres « anciens , lesquels la Reine demeure d'accord pou- « voir être changés ; mais elle ne croit pas que cela (( se puisse faire au temps auquel nous sommes, de « crainte que cela n'interrompe l'ordre établi dès le K commencement de l'année, sous l'assurance dutt quel toutes choses doivent subsister. T. 61. * î4

•ir .^ i^

^lO [lG48} MÉMOIRE* '

« Ce o'est pas depuis là régencia quiS les intahdans a ont été envoyés dans les provinces ^ il y a quibze « ans que selon les occasions ils y ont été ordonnés, « et depuis onze ans entiers il y en a dans toutes les « provinces. La Reine ne refuse pas de les révoquer, « Vil se trouve qU'il soit avantageux pour le service (K du Roi et le soiilagement du peuple 5 mais elle « désire, messieurs, que vous «onsidériest le temps , « les momens , et l'importance de ce cbangemant soua dain : et comme Sa Majesté ne vous prescrit aucune «. chose particulière, sinon ce que vous estimerez^ être « du bien de l'Etat , elle ne doute pas quq vous n'y a apportiez vos soins tout entiers. Et quant à nous , « messieurs, nous n'avions rien à y ajouter, sinon « cette ancienne formule : Vident senatus ne quid (( detrlmenti respubllca capiaL »

Aussitôt que nous fûmçs retirés, M. le duc d'Orléans proposa à ces messieurs d'entrer en conférence sur l'occurrence de toutes ces affaires, pour savoir s'il n'y auroit point quelque bon expédient à prendre pour conserver l'autorité du parlement et ne point blesser les affaires du Roi , et cependant surseoir à la publication de l'arrêté de samedi dernier. Une vingtaine dé messieurs opinèrent ce jour-là, et tous donnèrent les mains à la conférence -, mais il y eut beaucoup de difl&cullés sur la sursëance de l'cxéeuticm de l'arrêt* i^e lendemain mardi 7 juillet, M. le duc d'Orléans étant retourné au parlement, et y ayant été reçu comme le jour précédent, il dit à messieurs qu'il étoit averti qu'aucuns vouloient faire croire qu'il avoit dessein d'amuser la compagnie, et so»s prétexte d'une conférence de demander des délais , et empe-

d'omer talon. [1648] an

cher rexëcution des arrêts ^ qu'il les prioit de croire qu'il n'a voit point cette pensée *, qu'il estimoit cette compagnie , et lui donnoit sa foi qu'il ne s^entremettroit point d'une affaire de cette importance pour tromper^ que l'intention de la Reine ëtoit d'exëcuter de bonne foi ce qui seroit avisé et résolu*

Ensuite il fut arrêté, paucis contradicentibus ^ que la conférence se feroit en l'hôtel de ^J. le duc d'Orléans^ et tucito senatusconsulto ; que cependant l'arrêté ne seroit point délivré. Et fut la conférence remise au lendemain quatre heures après midi.

Il se trouva une contestation seule , de savoir si les députés des autres compagnies y seroient appelés ; et pour ne point rompre , ni faire préjudice à la jonction , fat ordonné qu'à ladite conférence seroient appelés deux députés de chacune des compagnies souveraines*

Le mercredi 8 juillet, les députés du parlement se trouvèrent au Palais, et nous aussi, et nous rendîmes en carrosse au palais d'Orléans. Nous fûmes introduits dans la grande galerie du Luxeml5ourg qui est peinte, dans laquelle il y avoit une longue table , et sur icelle un tapis de Turquie et une écritoire. M. le duc d'Orléans étoit assis en la première place , dans uh fauteuil ou chaire à bras^ vis-à-vis de lui M. le cardinal Mazarin^ proche M. le duc d'Orléans, M. le chancelier^ vis-à-vis, M. le premier président, et ensuite les autres présidons de la cour , présidens des enquêtes , et conseillers. Nous étions messieurs mes collègues et moi derrière M. le premier présiflent, et étions tous, excepté M, le duc d'Orléans, assis sur des sièges plians. ^ •

M. le duc d'Orléans ayant dit deux paroles, M. le

ai 2 [1648J MÉMOIRES'

chancelier parla, et expliqua par un grand discours, et bien étendu, tout ce que j'avois dit le lundi précédent : il> exagéra les dépenses et les inconvéniens qui pouvoient arriyer de la cessation d'icelles dépenses. A quoi M. le premier président n'ayant point répliqué, M. le présidents Le Coigneux prit la parole, remontra que Fintention de messieurs du parlement étoit que leur arrêt fût exécuté , qu'il y avoit justice de le faire, que les commissions de^ intendans n'é-

tant point vérifiées, ils étoient sans pouvoir^ que d'ailleurs ils étoient mal voulus des peuples, lesquels les considéroient comme leurs ennemis , comme les valets des partisans , et noh pas comme les hommes du Eoi -, que la seule considération pour laquelle la Reine les vouloit conserver étoit pour ne pas manquer de fonds présent dans les affaires^ qu'il falloit aviser aux moyens pour fournir de l'argent au Roi , et que cela se pouvoit faire par la voie deà hommes d'affaires , auxquels affectant un fonds pour leur remboursement , ils foiirniroient ce qui seroît nécessaire pour subsister pendant la campagne; que l'on pouvoit, en révoquant les intendans, envoyer de^ conseillers de la cour ou de la cour des aides dans les provinces, ou des maîtres des requêtes, pour faire payer les collecteurs, et envoyer l'argent à l'épargne.

Ensuite M. le président de'Nesmond a parlé dans la môme pensée , et a insisté sur la révocation des intendans de justice, desquels la fonction est odieuse, qui peut être faite par les trésoriers de France et les élus \ qu'il faut reculer les prêts, et par ce moyen que le Roi ne manquera pas de fbnds^

M. le président de INovion a renchéri que les in-

d'oMEK talon,, [1648] 2IÎ

tendans étoient partisans et traitans , intéressés dans les affaires^ desquelles ils étoient constitués juges ^ qu'il y auroit justice de faire perdre à tous les préteurs tout l'argent qui leur est dû, parce qu'ils ont assez profita les années précédentes ; que ce sont personnes pour la plupart de petite naissance , et qui ont des biens grands et immenses, dont la seule possession est capable de leur faire le procès.

Nota y que ledit sieur président Novion est gendre de Galard, qui avoit été receveur des consignations du parlement, et laquais de M. DuTillet, greffier, lequeravoit acquis des biens immenses dans cette recette, dont ledit sieur président est possesseur.

M. le cardinal Mazarin fit un grand discours et bien délié, pour montrer au parlement la grande obligation que le Roi leur avoit d'avoir'proposé la réformation des abus cpii se rencontrent dans les finances , parce que pour conserver la foi et la réputation pu^ blique les ministres du Roi n'eussent osé proposer le retranchement d'une quantité de dépenses lesquelles sont capables de ruiner les finances depuis que les tailles. ont été mises en parti, et que les intérêts des deniers prêtés au Roi absorbent le plus clair de l'argent qui se lève sur le peuple ; mais à présent que le parlement a fait ces propositions, et qu'elles se trouvent dans l'approbation publique, le Roi se servira avec avantage de ses conseils, en tirera l'utilité pour la subsistance des affaires, sans pouvoir être, accusé de manquement de foi, puisqu'il le fera par le jugement de cette compagnie. Mais la Reine s'imagine qu'après avoir tant contribué pour le bien de l'Etat et le soulagement de ses peuples , que vous ne vbu-

dl4 [1^4^] MEMOIRES

driez pas^ par une exécution trop aTancëe, faire le , contraire de votre intention *, ce que la Reine croit qui doive arriver, si, révoquant présentement les iniendans des provinces , et faisant informer «contre le^ financiers, Tun étoit capable d'empêcher la recette des deniers du Roi , Fautre oUigeoit tous ceux qui se mêlent d'affaiies de se retirer , de crainte d'être exposés à la rigueur d'une procédure judiciaire.

Après lequel discours aucuns de messieurs les présidens ayant parlé diversement, et M. le chancelier ayant expliqué avec beaucoup de sens et d'intelligenoe quelque chose de l'ordre des finances , enfin M. le cardinal ayant été pressé, excité, importuné, consentit à une déclaration qui seroit envoyée au parlement, portant révocation des intendans, avec établissement de quelque ordre qui sera avisé dans la conférence pour conserver les deniers au profit du Roi. Ei aiuM fut finie la conférence , qui dura deux heures, et remise au vendredi ensuivant 10 juillet

Nota, que M. le premier président, dans toute cette conférence, ne défendit point l'arrêt dxL parlement, au contraire il l'abandonna en effiet, laissant échapper quelques paroles pour montrer la difficulté de l'exécuter^ mais quand Ton parla en mauvais termes de la conduite de tous les intendans , il ne le put souffrir , parce que Champtâtreux son fils étoit intendant ca Champagne.

Le lendemain matin 9 juillet, M. le premier président ne fit point de relation dans la compagnie, quoique les chambres fussent assemblées en la mar nière accoutumée ; mais après avoir rapporté ce qui s'étoit passé le jour précédent dans la salle Saint-

DOMER TikLON. [l648] ai5

Louis entre les députés, et avoir lu les propositions qui y ayoient été faites, il a été arrêté que le lendemain les trésoriers de France seroient ouïs, toutes les chambres assemblées.

Le même jour lo juillet, sur le midi. M, d'Emery, surintendant des finances, reçut ordre de se retirer dans la plus éloignée de ses maisons. M. Le Tellier , secrétaire* d'Etat, lui porta Tordre du Roi, et lui fit entendre qu'il dey oit mener son fils , président des enquêtes, avec lui *, et fut fait surintendant en sa place M. de La Meilleraye, grand-maitre de Fartillerie, maréchal de France, avec deux directeurs, messieurs d'Âligre et Barillon-Morangis , conseillers d'Etat.

Le même jour, les députés assemblés dans la saUe Saint-Louis, faisant contenance d'ignorer l'expulsion faite de la personne de M. d'Emery , proposèrent que la Reine seroit suppliée de destituer de l'administration des finances celui *qui en abusoit; et commission délivrée à M. le procureur général pour informer contre lui.

Le vendredi lo juillet, après avoir rapporté l'arrêté du jour précédent fait en la chambre Saint-Louis, fut délib^ée une proposition concernant les impositions qui se lèvent sur le peuple , et qui n'ont point été vérifiées, pour savoir si cela se devoit étendre à celles dont la vérification n'a point été faite au parlement ou dans la cour des aides seulement, M. le président de Mesmes soutenant que toute sorte d'impositions qui se lèvent sur le peuple doivent être registrées au parlement y et que l'exécution en appartient à la cour des aides*, d'autres disant que cela à tout le moins ne doit avoir lieu que pour l'avenir , et

!1 i 6 [ 1 64B J HÉMOIRES

non pour le passé : laquelle délibëration demeura in-dëcise , Theure ayant sonne.

Le même jour après dîner, la conférence fut continuée au même lieu par les mêmes personnes, et en même ordre, sinon que M. le maréchal de La Meilleraye, nouveau surintendant des finances, y assista, assis sur un siège pliant.

La conférence commença par la lecture d'une déclaration qui fut faite par M. le chancelier, contenant la révocation des intendans, et la décharge d'un demi-quartier de la taille pour Tannée 1648 et 1649, sur les*termes de laquelle furent formés plusieurs incidens de part et d'autre , la plupart s'arrêtant sur les termes, mais chacun étant en défiance de ce qui se proposoit. M. de La Meilleraye , nouveau surintendant, et non encore instruit dans le détail des affaires, parla en peu de paroles , et demanda des secours , .c'est- . à-dire que M. le président* Tubeuf pût être ouï, le quel ayant été appelé , et s'étant assis proche de M. le surintendant^ expliqua avec grande modestie et suffisance l'état du revenu du Roi, et répondit à un Mémoire qui avoit été donné le. jour précédent par les trésoriers de France. Son discours fut de apicibus de la jurisprudence financière, duquel peu de .gens étoient capables : ainsi l'assemblé» se sépara, avec peu de satisfaction les uns des autres. Ce qui procédoit, à mon sens, en partie de ce que quoique M. d'Emery, surintendant des finances, eût été renvoyé, néanmoins plusieurs n'étoiént pas satisfaits de la promotion de M. le maréchal de La Meilleraye, qu'ils considéroient comme le parent proche de feu M. le cardinal de Richelieu, homme plein de biens,

d'oMER talon. [1648] ÎÎ17

fier, impéiieui:, et peu ami de la robe longue, ayant pris à tache de gour mander souvent le parlement de Bretagne, dans laquelle province il étoit lieutenant de roi : d'ailleurs il y avoit quelque sorte de faction pour mettre dans cette place M. le marquis de La Vieuville , qui l'avoit autrefois exercée avec réputation d'intégrité, -et qui peut-être y eût réussi, et lequel en fut exclu par cette même considération pour laquelle il y prétendoit,« savoir est que les plus zélés et les plus violens du parlement le désiroient, et qu'ainsi vraisemblablement ayant contribué à leur faclion pour son élévation particulière , il n'eût pas été juste de le mettre dans cette place.

Le samedi 1 1 juillet, M. le duc d'Orléans entra dans le parlement, et y fut reçu en la manière accoutumée : aussitôt nous y entrâmes pareillement , portant la déclaration, laquelle avoit été réformée ainsi qu'il avoit été proposé dans la conférence , et dis à la cour :

(( Messieurs , nous vous apportons une déclaration « du Roi qui fut lue hier dans la conférence assem- « blée au palais d'Orléans, dans laquelle M. le duc « d'Orléans assura la compagnie de la sincérité des « intentions de la Reine, laquelle avoit fait dresser sa « déclaration en peu de paroles et en termes géné- « raux, le tout suivant et conformément aux ordon- « nances, afin qu'il ne se trouvât aucune ambiguité « ni équivoque dans l'exécution. Cette déclaration re- « garde la révocation des intendans , et de toute autre « commission extraordinaire *, outre plus, la diminuée tion d'un demi-quartier de la taille pour la présente « année et la prochaine. Sur quoi M. le maréchal de « La Meilleraye , surintendant , ayant parlé , et ceux

2l6 [(^4^] MÉMOIRES

ic qui o&t connoissance il y a long-temps des finau* « ces s'ëtant pareillement expliqués sur Tëtat prë- H sent des affaires, il semble qu'il en soit demeure « quelque sorte de satisfaction à la compagnie : après « laquelle conférence M. le duc d'Orléans <nous ayant a retenus dans la galerie , M. le maréchal de La Meil- <( leraye nous a fait entendre qu'il désiroit dans Tad^ « ministration qui lui étoit commise y servir le Roi « et l'Etat; qu'il n'avoit autre passion que d'y acquéi( rir quelque petite réputation , et mériter la bien* a veillance publique par le soulagement«du peuple \ a qu'il devoit compte de ses actions à la Reine, et « qu'il seroit bien aise d^ les soumettre à la censure « de cette compagnie ; mais qu'il là supplioit de con- « sidérer que de rien l'on ne pouvoit pas produire « quelque chose ; que ni sa personne ni sa famille ne « lui donnoit point de pensées pour être indulgent a aux intérêts de ceux qui sont soupçonnés de s'ena richir des finances du Roi.

« Quant aux dépenses de la guerre , qm sont excès- « sives , qu'il se garantira bien d*y être tr<»npé , parc€ « que ce sont choses qui sont de sa c(»inmssance ; « qu'il supplie la cour de vcmloir éprouver son maie niement et son administration pendant quelques « mois, et qu'il espère que la cour en aura satisfac- « tion. V

Cela fait, nous avons baillé nos con^^e^ions sur le bureau, sur lesquelles à l'instant ayant été délibéré, l'heure sonna, et l'assemblée fut remise au lundi ensuivant.

Auquel jour 1 3 juillet fut apportée une déclaration du Roi, par laquelle ledit seigneur promettoit d'ëta-

d'oher talon. [rti48j îiig

Uir ude chambre de justice composée desoflBk^iers de tous les parlemens , ainsi qu'il avoit ëtë fait en Tanhée 1624; et cependant qtte tous les Mémoires pourroient être portés entre les mains de M. le procureur général. Sur Tune et l'autre desquelles déclarations la cour ayant délibéré , les difficultés se trouvèrent sul- ce que la plupart vouloient que les intendans qui demeure^ Toient dans les provinces de Lyonnais , €haitipagne et Picardie , seroient obligés d'apporter leurs commissions au parlement pour y être registrées; d*autrès Youloient, en registrant ces deux dédarations, que Farrét dju 4 juiUet f&t exécuté ; et ce faisant , que dès à présent il fût informé des abus et malversations commises dans les finances , pour être lesdites informations portées à la chambre de justice -, outre pkis , que la Reine seroit suppliée de remettre un quartier de la taille au peuple : davantage , que la Reine seroit aussi suppliée de composer la chambre de justice des officiers du parlement, chaimbre des comptes et cour des aides seulement, et de vouloir trouver bon que les compagnies lui nommassent les officiers, des^ quels Sa Majesté pourroit choisir ceux que bon lui semMeroit.

Et sur toutes ces propositions ainsi faîtes M. le duc d'Orléans et M. le premier président ayant dit qu'il y avoit arrêt, et qu'il passoit k registrer les déclarations et faire remontrances à la Reine, aucuns s'étant émîés au contraire, néanmoins personne, à la réserve de trois ou quatre, ne voulnt insister, ni résister en face à M. le duc d'Orléans.

Le mardi 14 juillet, forent apportées autres lettres patentes d« Roi , par lesquelles Sa Majesté déclaroit

220 [lfi48] MÉMOIRES

que pour le soulagement de son peuple il it'entendoit qu*il fût rt ravenirleYé aucuns deniers sur le peuple , sinon en vertu^ d'édits ou déclarations bien et dûment vëriflés -, et d'autant que ce mot à rai^emr ëtoit équivoque, par nos conclusions, après avoir requis Tenregistrement des lettres , nous avons ajouté : Et ce faisant, qu'il ne pourra être lesfé aucuns deniers sur les sujets qu'en vertu dédits bien et dûment vérifiés^ car il sembloit que la déclaration du Roi vouloit conserver les impositions cirdevant établies en vertu d'arrêts du conseil, de rôles ou de déclarations publiées en la chancellerie , mais qu'à l'avenir il ne s'en établiroit plus de cette qualité; et nous avions dessein par nos conclusions de faire cesser toute sorte d'impositions et de levées dont les déclarations n'ont point été registrées dans les compagnies souveraines.

Nota, que les ministres ne vouloient pas que le parlement donnât conjmission pour informer contre les financiers, de crainte que cela ne les eifarouchât et qu'ils n'en prissent l'alarme^ car ils disoient tout haut qu'ils se retireroient, et qu'après avoir eu appréhension de perdre leur bien , qu'ils ne souffriroient pas de hasarder leur vie et leur honneur; et pour empêcher cette commission d'informer, ils envoyèrent la déclaration de la chambre de justice , dans le dessein de ne la point exécuter.

Outre plus, ils appréhetidoient que le pafrlement, délibérant sur l'un des articles proposés par les députés de la chambre Saint-Louis concernant les impositions sur le peuple, que le. parlement ne rài^oquâtet défendît de payer toutes les impositions qui se lèvent

DOMER TALON. [l648] 2a I

sur le peuple en vertu d'ëdits non vérifiés au parlement, parce que ne s'en étant vérifié aucun de cette qualité dans le parlement depuis Tannée 1606, qui sont quarante-deux années ^ toutes les fermes du sel et des aides se fussent trouvées inutiles, et le peuple n^eut rien voulu payer ni à la porte ni h la gabelle -, de «orte que pour prévenir cette délibération ils envoyèrent la déclaration dernière, portant ces mots : Bien et dûment vérifiées y qui sont toujours sujets à interprétation pour savoir en quel lieu la vérification est néces^ saire. Sur quoi.il fut résolu que le mercredi, à quatre heures, seroit tenue conférence au palais d'Orléans pour examiner par le menu tous les droits qui se lèvent sur le peuple en vertu d'édits non vérifiés:: ce qui fiit exécuté en la même séance que le jour précédent , M.Tubeuf, président des comptes, et premier intendant des finances, étant assis proche de M. le maréchal de La Meffieraye^ et fut justifié que tout ce qui se levoit dans Paris sur les denrées entrant en la ville étoit vérifié à la cour des aides : et d'autant que Ton insista sur les propositions faites par les trésoriers de France concernant le revenu du Roi, l'on fit entrer quatre trésoriers de France , auxquels l'on donna assignation de se trouver le lendemain à l'Arsenal, qui étoit le logis de M. le maréchal de La Meilleraye, gratndmaître de l'artillerie, pour expliquer par le menu leurs propositions, et pour en informer la compagnie dans une conférence le vendredi suivant.

Outre plus , il fut avisé que sur les arrêts de vérification des droits qui se lèvent aux portes il seroit fait une pancarte pour être attachée à chacune des portes de la ville.

Le jeudi 16 juillet, le Roi envoya deux déclarations au parlement : la première pour la révocation des intendans , et pour la remise du demi-quart de la taille *, Tautre pour rétablissement de la chambre de justice , qui étoient les mêmes que celles qui avoient été portées les jours précédens, sinon qu'elles étoient amplifiées, et pluâ expliquées que les premières; et pour délibérer sur icelles M. le duc d'Orléans est venu au parlement en la manière accoutumée ; mais la délibération n'avança pas beaucoup , à cause d'un mauvais accident qui survint : M. Boulanger, con* seiller en la grand'chambre, opinant, mourut d'apoplexie soudaine , et en un moment ; ce qui fit cesser la délibération , laquelle le lendemain fut continuée et achevée , et furent les déclarations vérifiées , à la charge que les intendans qui demeuroie^t apporteroient leur commission au greffe de la cour, pour j être registrée-, que la Reine seroit supplice de rs*mettre au peuple un quartier entier de la taille ] et quant à la déclaration de la chambre de justice , que la Reine seroit suppliée - de vouloir composer la chambre des officiers des trois compagnies souveraines, et qui seront nommées par icelles (<).

Et d'autant que la lecture publique de ces déclarations pressoit, afin de faire connoitre aupeufdel'iih tention de la Reine, et outre plus &ire cesser dans les provinces le bruit qui commençoit à s'élever, et qui faisoit cesser la levée de toute sorte d'impositions, même de la taille, il Ait arrêté que le lendemain, quoiqu'il fôt samedi, que ces déclarations seroient

(t) Nota, qn'îl a t'te proposa, et non ëcril dans le rogîslrr. ( JVbtt tt Orner Talon, ^

d'oher talois. [164^] ^^3

lues, et qu'il y auroit audience {)ublique : ce qui fut fait, la grand'chambre étant remplie de grande quan-* tité de peuple, curieux d'écouter la lecture de ces dédarations.

Incontinent après, laquelle lecture publique messieurs de la grand'chambre retou;*nèrent prendre leurs places, et furent toutes les chambres assemblées pour ce qui restoit d'heure , savoir d'un bon quart^d'heure oa environ ^ mais cela se fit ex compacto^ messieurs des enquêtes l'ayant ainsi désiré et stipulé, et leur ayant été ainsi promis, et sans laquelle promesse ils faisoient difficulté de consentir à la lecture publique des déclarations.

Dans ce peu qui restoit de temps ils arrêtèrent que. non-seulement la déclaration seroit publiée , et Tarrét au bas d'icelle tel qu'il avoit été prononcé par M. le premier président , mais même que l'arrêté tout entier seroit imprimé , portant que la Reine 'seroit suppliée de vouloir remettre au peuple un quartier de la taille : dont la Reine fut offensée , parce que par la publication de cet arrêté le parlement se donnoit l'honneur entier de Ir bienveillance publique par le soulagement qu'il avoit voulu procurer au peuple, et laissoit à la Reine Feiivie et la mauvaise volonté du peuple. Néanmoins cette délibération fut exécutée.

Le lundi 20 juillet, le parlement travailla sur les lettres patentes par lesquelles le Roi avoit déclaré qu'il n'entendoit pas qu'à l'avenir fiât levée sur le peuple aucune imposition , sinon en vertu d'hits bien et dament vérifiée: à laqueUe délibération M. le duc d'Orléans assista , et ne fut pas longue la délibération , cïiacun étant convenu de la substance des lettres.

Mais il y eut grande contestation pour la manière , les uns voulant que les lettres fussent présentement lues et publiées, les autres soutenant que la publication ne devoit point être faite jusques à ce que la pancarte fût arrêtée et affichée au même temps que Parrét seroit publié, parce qu'autrement les peuples qui seroient déchargés de toute sorte de levées non vérifiées se dispenserpient in totum de payer , soutenant que les droits qui leur seroient demandés ne seroient pas vérifiés^ et pendant cette discussion de savoir s'ils seroient registres ou non ils s^établiroient dans la liberté de ne point payer, et seroit difficile par après de rétablir les impositions. Ce dernier avis prévalut, mais de peu de voix.

Le mardi ai juillet, fut parlé des fermes du Roi, dans la publication desquelles Ton a prétendu qu'il se faisoit plusieurs abus et malversations par avance, par pets de vin, ou autrement-, et fut arrêté de faire remontrances sur ce sujet.

Nota, que le lundi plusieurs paysans des villages proche de cette ville se trouvèrent dans la grandsalle du Palais sur le passage de M. le duc d'Orléans et de la plupart de messieurs qui entroient, demandant rabais et diminution de la taille , et disant que le lendemain ils se trouveroient plus grand nombre: pourquoi la Reine nous manda le lundi au soir , à ce que nous eussions à faire dissiper cette assemblée de paysans , et s'il «étoit besoin entrer dans le parlement pour faire donner arrêt.

Ce que nous n'exécutâmes point parce que nous n'en trouvâmes que trente ou quarante, auxquels ^yant parlé doucement, et leur ayant promis que la

d'oMIvR TâXOH. [1648] 225

lUine 9UJroit ëgar4 à leur iocommodiÊë , ik m reti^ rèrent ; mais parce que se i^iirant îh troirrërettt aucuns de leurs (^«ip^l^ouis avec lesquels ils se joî«gnirçnt et allèreut trouver M. le prinee , qui ëtoit ar^ rivé de rarmée , et duquel ils anrétèrent le carrosse dans les rues pour avoir audience de lui , la Reine avoit résolu que le lieutenant civil et criminel iniient par la ville en espèce de police , assistes de conutiissaires et autres officiers du Châtelet, pour les disst«per: m^ne nous fûmes mandés chez M. le chancelier pour cet effet le mercredi aa juilkt, jour de la Madelàine ; mais cet ordre ne fut pas juge nécessaires parce que jusques à neuf heures du matin il n'en pa«rut aucun daits la sajDe du Palais le jeudi s3 juillet^ mais bien sur les dix heures se renewtrèrent trenle ou quarante femmes >de ees paysans, lesquelles der mandèrent la même diminution.

Ce même jour jeudi 23 juilkt, fut propose l'artiiele concernant les tailles en partie, et les prêts faits au Roi; lequel article portoit que tous les deniers de la taille et des fermes seroient portés à l'ëpaïqgne , nonobstant toutes assignations qui en auroient été fiâtes aux particuliers : sur laquelle pitopositkm M. le prë«- «dent de Blancmënil , président en la première des enquêtes, interrompit la <iëlibération , et soutint qiae les enfans des partisans et intéressés dans les prêts et avances se dévoient retirer , et ne pouvoient opiner dans une affaire de eette qualité. Sur quoi il j ^&t grande émotiein , plusieurs soutenant que dans les sff^ tares publiques il ne pouvest y avoir aucune réc«* sal^mque de lapait de M.leprocureurgéaéral-,d^au«très, qu'il &lloit charger Thonneur et la eonsci^ioe T. 61. i5

2!k& [1648J MÉMOIRES

des juges ; d'autres , que dans les choses notoires M. le premier président devoît dire à ceux qui ëtoient enfans de partisans , ou notoirement intéressés dans les affaires de cette qualité, qu'ils eussent à se retirer, M. le premier président soutenant qu'il ne pouvoit ni devoit user de cette voie, qui seroit injurieuse contre aucuns de messieurs.

£t ainsi se consomma l'heure, sans rien résoudre ni déterminer.

Le. lendemain 24 juillet , jour de vendredi , la délibération sur ce même sujet fut continuée , et demeura aux opinions , aucuns de messieurs étant d'avis de faire à la Reine remontrances sur ce sujet, d'autres de donner arrêt conforme à la proposition , voire même donner permission d'informer contre ceux qui avoient fait les jî>rêts. Et fut la délibération remise au mercredi 29 juillet, parce que le samedi il étoit fête, jour Saint-Jacques^ et le mardi, jour Sainte-Anne.

Nota, qu'en cette délibération aucuns des enfans et gendres des partisans se retirèrent de l'assemblée.

Pendant ce temps arriva nouvelle que la ville de Tortose avoit été prise par assaut par M. le maréchal de Schomberg, et fut résolu dç chanter un Te Deum le mardi , jour Sainte-Ânne : mais d'autant que cette délibération commencée tiroit à conséquence , et que les ministres ne pouvaient souffrir qu'en affaires de finance et de réformation de l'Etat messieurs du parlement s'accoutumassent à délibérer, ne pouvant faire que des remontrances ^ que d'aiUeurs l'assemblée de la salle de Saint-Louis subsistant, c'étoit un levain et une occasion qui débauchoit l'esprit des peuples, et leur faisoit espérer une libération de toute sorte d'impôts;

d'omer talon. [1648] 3127

que dans les pays étrangers Ton faisoit comparaison du parlement de Paris avec celui d'Angleterre ; ils crurent être obligés de faire cesser l'assemblée de la salle Saint-Louis et les délibérations du parlement, pour résoudre la manière. M. Le Tellier, secrétaire, eut ordre de m'en parler et à M. le premier président, lequel étoit d'avis qu'il falloit laisser opiner messieurs du parlement sur le surplus des propositions commencées ^ que les choses avoient passé trop avant pour les interrompre ; que le reste du parlement s'écouleroit de la sorte , et que pendant les vacations toute cette chaleur s'éteindroit -, que si à la Saint-Martin, l'on rçcommençoit, il falloit user de toute sorte de remèdes pour l'empéeher. M. le président de Mesmes, qui n'étoit pas bien à ]a cour à cause de M. d'Avaux son frère , se raccommoda dans cette occasion par l'entremise de M. Le Boust, conseiller en la cinquième, son ami, qui étoit ami de M. Fouquet, maître des requêtes, lequel avoit accès chez M. le cardinal Mazarin, et fut d'avis de faire cesser cette délibération, mais par des voies douces et qui ne pussent aigrir les esprits, croyant que la compagnie se porteroit d'elle-même à cesser, et que si les mutins et factieux vouloient continuer , qu'il faudroit user d'autorité.

feus communication de la déclaration que l'on vouloit faire j dans laquelle il fut avisé que la Reine accorderoit au peuple tous les articles proposés en la chambre Saint-Louis quipourroient être accordés présentement, et que pour les autres l'on promettroit une assemblée de notables, ou bien de tenir un grand conseil composé des grands du royaume, pour y aviser.

PourTexécution de toutes ces propositions, et pour avoir temps de rédiger par ëcrit ce que Ton Touloit faire , il fut avisé à la cour de remettre le Te Deum qui devoit être chanté le mardi jotir Sainte- Anne, au mercredi neuf heures du matin , et par ce moyen interrompre la délibération commencée. Lorsquie nous portâmes dans la grand'chambre la lettre de cachet, laquelle invitoit messieurs du parlement d'assister au Te Deum à huit heures du matin, M. le premier président nous dit que la cour avoit arrêté que lé Roi seroit supplié de remettre au peuple un quartier de la taille; que pour ce faire nous eussions à savoir l'heure et la commodité de la Reine. Sur les nètrf heures, messieurs étant assemblés dahà la grântf* chambre avec leurs robes rouges, M. le président Perraut interpella M. le premier président de continuer l'assemblée après midi, pour achever là délibération commencée : à quoi M. le premier président n'ayant pas favorablement répondu, il ajouta que Ton étoit averti que le Roi devoit venir au parlement, que cela méritoit bien que le parlement en délibérât, et que ces choses étant prévues étoient plus aisément accommodées; mais M. le premier président ne répondit rien , mais se leva pour allef au 71? Deum, auquel la Reine et le Roi n'arrivèrent qu"^ onze heures , nous ayant fait attendre deux heures où environ. Le mercredi matin, nous portâmes à la grand'chambre la réponse de la Reine , savoir qu'elle attendroit les députés de la compagnie à neuf heures du matin , pour écouter leurs remontrances. Et ainsi ftt éludée et empêchée la délibération commencée, nronobstant la résistance dfe messieurs des enquêtes , îes-

d'omea talon. [1648] 3^9

quels refusoient d'aller au Palais-Royal et d'assister aax remontrances , et qui demandoient rassemblée Taprès-dioëe ; nonobstant laquelle réquisition M. le premi^ président étant sorti pour changer de robe , et aller chez lui un quart^d'heure , messieurs des enquêtes deipeurèient assemblés, et renvoyèrent prier, par messieurs Du Tillet et de La Nauve, conseillers des epquétes, de vouloir venir reprendre sa place pour délibérer quid agendum.

Sur les neuf heures, M. le premier président, assisté de messieurs les présidens et d'aucuns de messieurs de la grand'chand)re , retournèrent prendre leur plaee en la grand'ehambre ^ et nonobstant la clameur et Tintercession de messieurs des enquêtes, qui demandoient que Ton leur promît l'assemblée des chambres au retpur du Palais-Royal et l'après-dînée , M. le premier président sçrtit pour aller fs^ire des remontrances, et ne furent suivis messieurs les présidens que de defix conseillers de la grand'chambre , ]esi autres (savoir ceux des enquêtes) faisant contenance de ne vouloir pas s'y trouver ; et de fait ils n'arrivèrent au Palais-Royal qu'un grand quart- d'heure après nous, qui y étions arrivés avec messieurs les présidens-, car lorsqu'ils se virent dans la grand'-» chambre seuls, les députés des chambres s'écoulèrept l'un après l'autre , et se rendirent au Palais-Royal.

La remontrance fut faite à la Reine en termes fort civUs, l^^|is fort énergiques, M, le premier président faisant connoître l'extrême nécessité du peuple, pour lequel le parlement la suppliçit de retaettre au peuple un quartier de la taille : à quoi la Reine répondit que le lendemain elle meneroit le

î3o [1648] MÉMOIRES

Roi au parlement, qui feroit entendre sa volonté.

Messieurs des enquêtes retournèrent au Palais y trouver leurs confrères, lesquels y ëtoient demeurés; lesquels avisèrent de mander par les huissiers messieurs qui ëtoient absens, et même messieurs les présidens, tant par le ministère de leurs enfans, et les autres par de leurs amis de la compagnie , pour y venir prendre leurs places Taprès-dînée : mais cette délibération ne fut pas exécutée.

Bien est vrai que messieurs des enquêtes retournèrent Taprès-dînée au Palais dans leurs chambres, mais ils ne prirent aucune résolution, et se contentèrent de ce qui leur fut dit que la déclaration seroit conçue en termes honnêtes et avantageux pour le peuplfe 5 mais ils résolurent de s'a&embler le lendemain que le Roi seroit venu au parlement.

Le lendemain vendredi 3i juillet, le Roi arriva au parlement entre dix et onze heures du matin. .,M. le chancelier parla peu, et avec termes peu \ choisis , mais bien sensés-, et ayant expliqué la bonne intention du Roi , et la connoissance qu'il avoit de la sûreté des actions de la compagnie, il expliqua ce que contenoit la déclaration qui de voit être lue.

Ensuite M. le premier président ayant salué le Roi, et fait entendre à Sa Majesté que les voies que le parlement avoit tenues ëtoient légitimes , et après s'être plaint des usures excessives des partisans et gens d'affaires, des tailles mises en parti, et des prêts, et du prêt du prêt, il a demandé au Roi la continuation de ses bonnes grâces vers la compagnie.

Ensuite la déclaration ayant été lue , j'ai dit : « Sire, le dessein de cette journée, dans laquelle

d'omer TiLON. [1648] a3i

<i Votre Majesté, séant dans son lit de justice, autoa rise par sa présence la lecture d'une déclaration qui « prévient les sentimens de cette compagnie, inter- « rompt ses délibérations , et nous rend aujourd'hui (( toutes nos fonctions inutiles , peut avoir pour fon- « dément la pensée de ces grands astronomes , les- « quels se sont imaginé que rinfluence des astres , « leur force et leur activité étoit beaucoup plus grande « et plus efficace lorsqu'ils agissoient seuls, que non a pas quand ils sont en conjonction, parce que le c( coucours et la liaison des autres planètes les débi- « lite , les empêche , et retarde Teffet de leur vertu ; « en telle sorte qu'ils soutiennent que si l'étoile de « Jupiter étoit seule dominante sur notre horizon, (( nous serions immortels , à cause de la puissance et « de la dignité de sa lumière.

« Mais il y a grande différence entre le gouverneci ment du Ciel et celui de la terre, entre la conc( duite de Dieu et les voies des hommes : il ouvre « et ferme lui seul , comme parle le Prophète *, il com- « mande , et ses ordres ne sont pas susceptibles de a contradiction , parce qu'il est l'auteur et le principe (( de la justice : sa puissance et sa volonté marchent « dans l'Ecriture avant ce que nous appelons ses con- « seils et ses délibérations.

a Les rois, bien qu'ils soient de la race des dieux, tt sont pourtant égaux aux enfans des hommes dans (c les principes communs de la nature^ nous respi- « rons les mêmes élémeiis, et sommes issus d'une u même mère.

a L'autorité nous distingue, et la différence des « conditions qui nous mesure marque l'inégalité de

333 [l^4^J MÉHOIRES

« nos emplois^ la Hiajestë des souveraiiis, et l'auto* f( fdftirf i|u*ils possèdent, dépend die la soumûttion de « leurs sujets; les tois sont débiteurs de leur £or- « lune et de la grandeur de leur couroane aux dt- « verses qualités des hommes <pii leur obéksent^ « dont les grands sont k moindre partie ^ les fono (( ticms des magistrats, Tindustiie de& artisans, le « soin de oeux qui travaillent, la patience des «oU « data, contribuent à rétablissement et à la conser«- « vation de la royauté t sans les peuples , les Etat^ ne « subsisteroient point, et la monarchie ne seroit <( qu'une idée,

« Il n*a{^artient qu'il Dieu seul d^tre su0&saiit de a lui-même , subsistant dans la plémtude de son être ; c< sans besoin et sans dépendance de ses créatures,

« Aussi nous honorons Votre Majesté, stire, parce « que nous sommes Français , que Sien ^ous a fait a naître dans une monarchie, et que sa parole nous « le commande \ que les sentimens intérieurs de notre a conscience nous obligent de croife que ie» sottVe^ « rains agissent dans la conduite de leurs Stats par « les voies que Dieu leur inspire , et dans k forée de u Tèsprit et des connoissances qu'il leur commu^ « n;ique^ qu'il n'appartient point à leurs siqets de u les interroger, ni leur demander ^^mple de leurs u actions.

« U y a pourtant des lois publiques daim les Etats <( qui sont les fondemens des monarchies , les pierres « angukires des royautés, les marques de l'alliance « publique, qui témoignent la soumission que les « svi^U doivent k leur souverain , et la protecdmi qui « leur est due.

d'oheii talow. [1648] 233

a Aairefois les volontés de ûos rois n'ëtoient point « exécutées dans les peuples qu'elles ne fussent sous- 4f critGes en l'original de tous les grands du royaume, « des princes et officiers de la couronne qui ëtoient « à la suite de la cour : à présent cette juridiction « politicpie e^ dévolue dans les parlemens-, nous <( jouâssons de cette puissance seconde ^ue la pre- « aeriptîon des temps autorise, que les sujets souffrent « avec patience et honorent avec respect.

« Pour cela la contradiction de nos suffrages, la « résistance respectueuse dont nous usons quelque- « fois dans les affaires publiques, ne doit pas être « interprétée comme une marque de désobéissance, « nuiis plutôt comme un effet nécessaire de la fonc- « tilm/de nos charges , de l'intention de cent: qui ont « établi les parlemens, que lès lois publiques de « l'Etat autorisent, que le consentement des rois vo& (( prédécesseurs ont introduit et souffert longues an« « nées, sous la bonne foi desquels Votre Majesté règne « sur nous heureusement. Ainsi l'économie générale « de la nature consiste non-seulement dans la diffé- « ivnce >, mais dans la contradiction de ses principes,^ « qui, ^availlant incessamment pour se détruire,. (( subsistent dans cette guerre domestique, en telle « sorte que 3a désolation totale de l^anivers et la des^ « tmotioii de nos corps particuliers ne peut arriver <( matcireUement que lorsque l'un des élémens ou l'une^ « dea qualités ayant abattu et surmonté toutes les. « autres , cette vertu prédominante consommera son « sujet par la force de son activité. Faites , sire, s'il « vous plah, quelque sorte de réflexion sur l'aversion « naturelle des maisons célestes , l'opposition des

Îi34 [1^48] MÉMOIRES

« astres, les aspects contraires et les qualités enne- (( mies des planètes, qui composent rornement et la « beautë de la milice supérieure : le soleil, qui est « le père et Pauteur des nuées, qui les élève à la a moyenne région, qui les. rend bienfaisantes à la a terre, et leur imprime les caractères sensibles de K sa présence par le météore que nous appelons paa relie , ne les accuse pas pourtant de résistance ni « de rébellion, bien qu'elles arrêtent la force de ses « rayons, qu'elles les empêchent de mal faire à la terre, (( et les retiennent suspendus dans le vide de Tàfr. tt Les éclipses de ces grands luminaires ne sont (( autre chose que les effets naturels et périodiques (( de leur cours et mouvement ordinaire : ainsi les (( rois ne sont point en tutèle lorsqu'ils défèrent aux « ordres publics -y la majesté de l'empire n'est point « diminuée quand ils défèrent aux ordonnances qu'ils « ont faites , et que 1 eur gouvernement est le royaume a de la loi.

« Aussi le parlement ne porte jamais à Votre Ma- « jesté les plaintes de son peuple , sinon lorsque les « voix languissantes des misérables ne peuvent mon- « ter jusques au cabinet, et que ces- pauvres gens ft n'étant pas exaucés , ils ont occasion de croire que « la Divinité soit, sourde. Nous ressemblons à ces oi- <( seaux séleucides qui ne se montrent jamais aui « habitans du mont Caspius, sinon dans l'extrémité, a lorsqu'ils ne se peuvent garantir de la morsure des « sauterelles.

« Enfin , madame , nos vœux et nos prières ont été a exaucés pour la meilleure partie : le Ciel a répandu (c ses bénédictions sur le$ délibérations de cette com-

dVjmer talon. [1648] 235

« pagnie^ Votre Majesté y a déféré en la même « sorte que l'Ecriture a dit que Dieu fait la volonté « des hommes, mais des hommes justes , et qui lui « obéissent ^ tant est belle cette gradation du Pro- « pbète : Dieu a exaucé la prière des deux qui « lui ont annoncé la stérilité de la terre ^ laquelle « étant inculte et sans labour en plusieurs eîi- « droits j a témoigné par sa désolation V impuis- « sance et la confusion du paus^re peuple !

« Que si cette pensée est véritable que pour con- « noître la bonté et les bienfaits de son prince , pour « en concevoir une gratitude intérieure dans son « cœur, il faut avoir été malheureux, avoir souffert « ou appréhendé les maux auxquels les remèdes sont «apportés, nous avouons, madame, que la conduite « de Votre Majesté, les principes de tendresse et ft d'humanité que le Ciel a versés dans la grandeur tt de votre naissance , cette haute générosité avec la- « quelle elle se diminue elle-même pour compatir « aux besoins de l'Etat et se conformer aux remdn- « trances de cette compagnie , doivent faire mériter « au Roi dans les années de sa minorité les éloges « magnifiques, les inscriptions glorieuses, même la « dédicace d'un temple que le sénat romain ordonna « autrefois à Tempereur Adrien pour avoir remis à « ritalie les arrérages des vieilles impositions qui « étoient dues , et avoir fait brûler dans la place pu- « blique de Trajan les registres des exacteurs , de ces « hommes nouveaux enrichis qui nous ont fait sentir « depuis quelques années les malheurs de la guerre ^ et les incommodités de la paix, parce qu'ils ont « déserté la campagne par la multitude des levées et

236 [l64B] MÉMOIRES

« la dureté des exécuteurs , dont Votre Majesté n'a (( pas reçu la moitié dans l'épargne , laquelle ils ont « rançonnée par des usures sanguinaires, et introduit « dans les familles particulières rinsolenoe du luxe (c et de Texcès des dépenses , bienséantes dans les face milles royales , mais criminelles et dignes du gibet « en la personne des enfans de la fortune naissante , « qui ne peuvent sans pudeur avouer les- bien» qu'ils (( possèdent, parce qu'ils leur reprochent leurs cri*' a mes , et les accusent de la calamité publique.

A C'est dans la recherche de ces richesses injustes « que se peuvent rencontrer des trésors innooens, <( des fortunes d'qr qui appartiennent à Votre Ma<- (1 jesté par la loi du royaume ; c'est la matière sur la- « quelle depuis deux mois votre parlement s'est as- « semblé tous les jours, et a quitté l'occupation des « affaires particulières pour entendre parler et s'iur « former des besoins de l'Etat , les faire entendre et « connaître à Votre Majesté , laquelle &isant rér a flexion sur la siilcérité de nos actions et le déaiiir « léressement de nos pensées, trouvera que nous a marchons incessamment sur la ligne édiptique, « que nous n'avons aucuns cercles particuliers qui « nous donnent des mouvemens de trépidation , d'er- « reur ou d'obliquité : ainsi nous espérons q[ue Votre a Majesté ayant commencé d'a[^rter quelque sorte « de règlement dans les désordres, qu'elle contia nuera incessamment autant que les besotns da K public et l'état des affaires le pourront permetlire ^ « et dans cette espérance nous requérons, etc. v

M. le chancelier prit les opinions du Roi, de la Reine , de M . le duc d'Orléans , M, le prince de Conti.,

d'omer talo». [1G48] ^37

et M. le cardinal Maearin ensemble ; jms il alla à messieurs les présidens, puis il remonta aux ducs et pairs et maréchaux de France ; ensuite il descendit dans le parquet ^ où étaient messieurs du parlement; et leur demandant s'ils n'ëtoient pas d'avis des coa*clusions, Tun d'eux repartit qu'ils en opineroient le kindemain -, et puis étant retourné au Roi , il prononça Tartiét en la manière accoutumée, et ensuite il dé^ ciarà à la compagtiie que l'intention du Roi étoit de donner le droit annuel à toutes les compagnies souveraines de cette ville de Paris*

Ainsi chacun se retira, M. le chancelier ayant emporté la déclaration du Roi qui venoit d'être lue, et ayant fait mettre sur icelle le registrata par le greffier.

Le lendemain samedi premier jour d'août, messieurs des enquêtes entrèrent dans la grand'chambre, et y prirei:it leurs places ainsi qu'ils avoient fait les jours précédens, et demandèrent la lecture de la déclaration qui avoit été apportée par le Roi.,, M. ie premier président leur dit qu'ils n'avoient pas dû prendre leurs plfitces, mais demander Ji'assemblée des chambres s'ils estimoient qu'il y eût lieu de le faire > et que la graud'chambre en délibéreroit-, que les arrêtés qui pôrtoieat que les chambres demeùreroient assemblées étoient consommés par cette déclaration , faquelle tefmînoit toutes les affaires. M. le président le Coigneux prit la parole , ert dit que messieurs des enquêtes avoient raison , que Tassemiblée qu'ils demandoient sembloit être raisonnable, et que le Roi étant venu au parlement le 1% janvier dernier passé, tous les édits avoient été lus et délibéras dains la C0m-

238 [l648] MÉMOIRES

pagnie : à quoi M. le premier président ayant répliqué que rassemblée devoit être demandée par les formes, Qt non pas prendre ses places dans Tautorité, chacun de messieurs demeura dans, sa place sans plus parler. Cependant messieurs de la chambre, de la tournelle et de redit travaillèrent dans leurs chambres.

Le discours de M. le président Le Coigneux offensa les ministres : il visita, pour se justifier, M. le cardinal Mazarin , lequel lui demanda si son intention avoit été de se mettre à la tête de messieurs des enquêtes, et se faire chef de parti ^ que c'étoit le moyen de trouver le même parti qu'il avoit fait autrefois, et de tomber dans la même disgrâce ^ que la déclaration lui avoit été montrée avant que d'être portée au parlement, et qu'il l'avoit approuvée^ qu'au surplus il n'accommoderoit pas par cette voie les affaires de M, d'Emery. Et ainsi ils lui parlèrent assez sèchement, et l'étonnèrent.

Le lundi 3 août, M. le premier président assembla la grand'chambre pour savoir qidd agendum; et commq ils délibéroient , messieurs des enquêtes entrèrent dans la grand'chambre, et prirent leurs places ; >et après quelques paroles tendant à obliger M. le premier président à mettre l'affaire en délibération, et lui au contraire à le refuser, ils consommèrent la matinée à se regarder.

Le mardi et mercredi 4 6t 5 août, toutes les chambres furent assemblées, et furent plusieurs avis proposés , dont le plus grand étoij; celui proposé par M. de Broussel, qui étoit de commettre deux conseillers pour examiner la déclaration. apportée par le Roi, et y délibérer ^ outre plus , examiner le reste des propositions

d'0M£R talon. [1648] 289

faites dans la salle Saint-Louis-, et cependant que toutes les chambres seroient assemblées , et que Ton publieroit rarrêt portant défenses de lever aucuns droits que ceux qui sont établis par vérifications bien et dûment faites : de sorte que cet avis ayant couru, et s'étant rendu le plus fort, M. le duc d'Orléans, qui étoit présent à la délibération , dit qu'il avoit fait ce qu'il avoit pu jusques à présent pour entretenir l'esprit de la Reine dans la bienveillance qu'elle avoit eue pour la compagnie ; que pendant deux mois Sa Majesté avoit souffert toutes les délibérations, examiné les propositions faites dans la chambre Saint- Louis, et y avoit apporté tous les ordres nécessaires, autant que l'état présent des affaires publiques le pouvoit permettre 5 mais à présent qu'il reconnoissoit que les choses passoient à l'excès, le préjudice que TEtat pouvoit souffrir des délibérations que l'on vouloit faire dans la compagnie, qu'il protestoit qu'il ne pouvoit plus rien pour le service de la compagnie, de laquelle il sortoit fort mal satisfait , et qu'il donneroit à la Reine les conseils qu'il estimeroit nécessaires pour maintenir l'autorité du Roi et garantir l'Etat. Et se voulant lever, il a été arrêté par messieurs les présidens et plusieurs des officiers du parlement, qui le supplièrent de prendre sa place , et que le parlement ne s'éloigneroit point de son devoir.

Ainsi après plusieurs intercessions la délibération ayant été continuée, il passa à l'avis de dire que le Roi seroit remercié d'avoir donné le droit annuel, supplié de vouloir faire la même grâce à toutes les compagnies souveraines hors Paris , et aux autres officiers sans aucun prêt ^ que quatre conseillers seront corn-

a4o [^^4^] MÉMOIRES

mis pour examiner les articles, tant de la décîlaration avec ceux de la chambre Saint-Louis, et ii léiu* rapport être délibéré sur iceux au lendemain de la fête de la mi -août incessamment, matin et de relevée, sans discontinuation.

Le lendemain jeudi , Faudience fut tenue à la grandchambre.

Le lendemain de la mi*-août étoit un lundi, auquel jour ra'pport fut £siit de la déclaration par les quatre commissaires, et fut examiné le premier article le matin et Taprès^dînée, et fut arrêté que très*-humbles remontrances seroient Êiites à la Reine sur le sujet des évocations et commissions extraordinaires.

Le mardi, le second article fiit aussi délibéré, qui cpncernoit la remise d'un quartier des tailles ; et oe fut la délibération achevée que le mercredi matin , qui portoit pareilles remontrances.

Le reste du mercredi matin et de Taprès-dinée fol employé à délibérer sur le troisième article concer* nant la pancarte qui devoit être affichée aux entrées de cette ville de Paris , pour savoir au vrai ce que le peuple devoit payer sur chaque sorte de marchandise^ laquelle pancarte avoit été dit qu'elle seroit faite et arrêtée par deux conseillers de la cour, par arrêt du 20 juillet 1648^ et par la déclaration le Roi s'étoit réservé de la faire dans le conseil , qui étoient choses contraires : si bien que le parlement arrêta le me^rcredi que la déclaration pour ce regard seroit exécutée conformément à Tarrét du ao juillet, ce qui étoit en effet ordonner que Tarrêt du parlement seroit exécuté , et non pas la dé^claration du Roi.

Le jeudi matin, M. le due d'Orléans fut an parle-

d'ohér talon. [i(i48] î4'

ment y sur le prétexte qu'il avoit assisté à la délibération sur laquelle ledit arrêté du 20 juillet étoit iiitervenu , et qu'il avoit cru que messieurs du parlement l'avertiroient quand ils voudroient délibérer sur le même sujet ^ leur témoigna qu'il y avoit deux voies par lesquelles cette affaire pouvoit être accommodée : l'une, si le parlement ajoutoit à sa délibération dix jour précédent qu'elle s'exécuteroit sous le bon plaisir du Roi; l'autre, que la pancarte se fît en sa présence et dans son hôtel , et que messieurs les commissaire^ y assistassent; que par ce moyen l'autorité du Roi seroit conservée , et la dignité du parlement De seroit point diminuée. Sur quoi la compagnie ayant délibéré , peu de messieurs parlèrent de la première proposition; mais sur la seconde il passa à ordonner que messieurs de Broussel et Ferrand se transporteroient à l'hôtel d'Orléans, dresseroient procès-verbal de ce qui s'y passeroit , pour ce fait et rapporté être fait droit par la cour. M. Le président Longueil et M. le président de Mesmes ayant proposé d'ajouter à k délibération du jour précédent ces mots : Sous le bon plaisir du Roi et de la Reine régente j ils furent contredits par M. le président Le Coigneux et M. le président Novion , qui soutinrent que tout ce qui se faisoit dans le parlement devoit être présumé être agréable et être fait sous le bon plaisir du Roi ; mais que ces termes ne dévoient point y être ajoutés. Le lendemain vendredi, après diner, messieurs les commissaires allèrent à l'hôtel d'Orléans : M. le duc d'Orléans étoit assis au côté droit de la table ; au-dessou$ de lui M. le maréchal de La Meilleraye , surintendant des finances, et au-dessous de lui M. Tubeuf ^ T. 61. 16

^4% [l^4^] MÉMOIHES

président des comptes, premier intendant; deTautre côté M. le chancelier, M. de Bronssel et M. Ferrand. Là fîirent appelés leâ fermiers des cinq grosses ferme» des entrées et du sel, qni rapportèrent les édits et leu^ baux , en vertu desquels ils lèyent les droits sur le peuple; et après les avoir succinctement discutés, M. de Broussel dit à M. le duc d'Orléans que , pour pouvoir rendre compte au parlement de ce qu'il avoit entendu , il eut souhaité avoir vu les pièces et en avoir fait Textrait , pour en parler avec quelque sorte de certitude. Et ainsi ils se séparèrent.

Ge même jour, fut commencée dans le parlement une autre délibération concernant Tarticle de la déclaration qui parle des gages retranchés aux officiers, laquelle délibération ayant duré le vendredi et samedi matin, elle passa à ordonner que très-humbles remon* trances seroient faites à la Reine, pour la supplier de vouloir faire payer aux officiers leurs gages entiers; ^ue les gages et droits appartenant aux officiers ne pourront être retranchés, diminués ni sursis, sans lettres patentes bien et dûment vérifiées ; qu'il sera informé, à la requête du procureur général, contre les nommés Catelan, Le Fèvre et Tabonnet, des partis et traités qu'ils ont faits avec le Roi pour les gages qui ont été retranchés.

Cet arrêt , aussi bien que celui qui avoit été rendo ]e jeudi précédent, offensèrent infiniment la Reine et les ministres , lesquels , quoiqu'ils fussent extrêmement mécontens de tout ce qui se passoit dans la compagnie, n'osoient porter les affaires aux extràaîtés , de crainte que le peuple s'émut , et que dans le mauvais suecès des ^[ffaires qui étoient arrivées pen*

• d'omsa talon, [i648] 24^

dant toute la campagne, qa% nVriyât qi^Ique des* ordre public ; mm il» reprirent courage , par la nouvelle qui arriva le samedi matin d'une gnmde ba« taille gagnée 9ur les ennemis par ]Vf . le piînqe proche la ville de Leos et La Bassëe, dans laquelle Tavantage fut tel, que toute Tinfanterie des Espagnols fut defiiite, tuée ou prisonnière , b cavalerie rnaltraitëe^ cinq ou six des chefs pris prisonniers, et entre autres le général Litt, qui mourut le troisième jour de s^ piison dans Arras.

Et de fait, sitôt que jcette nouveUe eut éité apporté^et certifiée à la Reine par M. de Châtillon, qui fut envoyé par M. le prince, la seule pensée de la Reine fut de sévir contre le parlement , et de tirer raison des injures qui lui avpient été faites (elle pprloit en ce;5 teitoes ) ^ ce qui fut différé à cause du dimùcke et du lundi (jour de Saint-Bartbelemy), et mardi ( jour de Saint-ïiOuis) , jusques au mercredi «6, spfiiel jour le parlement ayant été invité de se trouver au Te Deum dans Notre-D^ne, o^ le Roi assis^l^ et tous les grands cle la icour , les gardes du Roi , dis* poség par les rues par où le Eoi devoit passer, eurent Qrdre de ne point retourner en leurs quartiers jusr cpeç à ce qu'ils eussent un ordre particulier : de sorte qu'ils étoient disposés par les rues ^puis le Palais^ Royal, tout du long de la moitié du Pont-Neuf, jnsqiies à Notre-Dame, par dedans le ftJarché-N^uf, L^ cécémonie du Te Deum fut grande, mes&iei^&rs du parlement ayant afTecté de s'y trouver en grand nom* J^re, pour Ater un méchant soupçon que cette victoire ^ leur avoit pas été agréable* Les drapeaux furent apportés dans le cbœur de Téglise, portés ipar les

!l44 [164^] MÉMOIRES

Suisses jusques à soixante-et-treize, et mis sur le marche-pied de Tautel; et dnra cette joie publique dans Tëglise de Notre-Dame jusques à midi et demi.

Environ demi-heure après, le lieutenant des gardes de la Reine , assiste de sept ou huit archers , enleva M. de Broussel, conseiller de la grand'chambre , de sa maison, et le jeta 4sms un carrosse*, un exempt enleva M. le président Potier de Blancménil, et un autre voulut en faire de même à M. Charton, président aux requêtes ; mais il s'esquiva.

Messieurs Laisné , Loisel et Benoise recurent lettrès de cachet pour se retirer à Provins , à Mantes et à Compiègne.

Le carrosse dans lequel étoit M. de Broussel se rompit tout proche le Palais ; et après quelque temps un autre ayant été ramené , il fut conduit ce jour4à à Saint-Germain-en-Laye , où il coucha, et M. le président de Blancménil au bois de Yincennes. M. Broussel étoit logé proche Saint-^Landry , dans la rue que Ton appelle du Port-Saint*-Landry ; et comme il étoit ancien officier, âgé de soixante-treize ans, bienfaisant aux pauvres gens , et en réputation d'aimer les intérêts du peuple contre la vexation des nouvelles impositions, et que depuis trois mois toute la vifie de Paris étoit remplie d'espérance de ce qui s'étoit proposé en la chambre Saint-Louis et de ce qui s'étoit résolu dans le parlement, même des conférences tenues en Thôtel d'Orléans, dans toutes lesquelles actions M. de Broussel y avoit été considéré comme un chef de parti , qui avoit toujours fût les propositions les plus avantageuses pour le peuple, aussitôt que ses domestiques se furent écriés par la

d'omer talon, [i(i4^] a45

ville que M. de Broussel avoit été arrêté et emmené , le peaple de la cité s'émut, et y a grande apparence que les siens, qui appréhendoient ce désastre domestique , aToient insinué dans Tesprit de leurs voisins , marchands et autres bourgeois, que Ton vouloit faire injure audit sieur Brousse! à cause qu'il protégeoit les intérêts du peuple. Les gens qui gagnent leur vie sur Veau, ses voisins , y accoururent, et firent grand bruit dans la Cité.

Les compagnies du régiment des gardes , disposées dans les rues , eurent peine à résister à Tincursion des bourgeois , et qui plus est témoignèrent n'avoir pas grande inclination à la résistance ^ de sorte que M. le maréchal dç La Meilleraye y arriva : majs il n'en eut pas contentement; et craignant les pierres des fenêtres, il releva les gardes, et se retira. L'émotion fut grande par toute la Cité et sur les ponts qui y d>outissent ; mais la nuit calma ce premier orage , dans lequel deux ou trois personnes furent tuées, par ii}dis-T crétion plutôt qu'avec dessein.

JLa nuit du mercredi au jeudi la ville fut paisible, sans trouble, sans émotion; mais le jeudi matin la £ace fut bien changée. La Reine fit approcher tout ce qu'il y avoit à Paris d'infanterie française et suisse , et les fit mettre en bataille devant et derrière le Palais- Royal ( ce qui pouvoit monter à deux mille hommes tout au plus ) : ce qui effraya les habitans de la rue Sainf-Honoré , lesquels d'ailleurs étant échauffés de la détention de M. de Broussel , et de l'injure faite au parlement , qui travailloit pour leur sûreté contre les donneurs d'avis et les partisans , firent des barricades, tendirent les chaînes, et coururent aux armes.

l46 [1648] MlSlHOIKBS

Dans (5ef m^me teinps M. le chancelier eut ordre de venir prendre sa place au parlement, pour leur faire entetidre la colère de la Reine , et j faire lire un arrêt du conseil portant cassation de tout ce qui aToit étë fait an parlement depuis lé dernier juillet, que le Roi fut assis dans son lit de justice. Ledit seigneur chancelier fut arrêté dans son earrosae par une chaîne tendue au bout du Pont*Neuf , laquelle les habitans ne voulurent point abattre ; de sorte qu41 fat çbligë de venir faire le tour av«c soft cam>sse pour passer sur le pont Saint-Michel , où il trouva la chake pMeillement tendue', et ses archers Fajrant voulu faure abattre par autorité , et sans s'expliquer qUe dVtoit M. le chancelier, les bourgeois le refusèrent : sur lequel refus quelques paroles s'étant ëmui^s, aucuus ayant dit que M. le chancelier ëtoit^lui^-même partie san , des f^erres lui furent jetées, fl s^ retira dans le logis de M. le duc de Luyiles son pare&t, i cause de jnâdaone sa fèmnàie, où il fot suivi dii peuple, qui rompit les portes de la maison, et le chercha *avec paroles outrageuses et menaces d^e le tuer , lesquelles û entendoit, à ce qu'il me conta ie jour même. Le peiaplé passa proche la chanibre éù il étoit; et h porte en ëtoit si foible , qu'ils négligèretit d'y entrer. Cependant Favis en ayaitt été doiiné au Palais-Royal, une compagnie du régin^eut des garder, coôimaûéée par Ih-ouet, fut k qwerîr dans cette maison; il fotra*» mené dans le carrosse du lieulénant civil, qui le cherchoit. M. le iteréchal de La Meittôraye, avec qùehittes cavaliers , an^éta le peuple qui sur0oit son carrossé, non sans danger de sa personne, car il reçut des coups de pierre , et les o>lBciéTS et soldats de

D'OMJSft TALON. [it)48] %^'J

h comqpagnie des gardes, qui furent aussi blesses, et lesquels firent une décharge dans laquelle ils tuèrent de pauvres gens qui passoient leur chemin, deux femmes et un homme.

Lorsque M. le chancelier retourna chez lui, il ne passa pas au travers de la ville , mais le long du quai et port de TEcôle \ car dans la rue de rAri)re-Sec et Saint- Honoré l^s barricades étoient posées dans le chemin. M. le maréchal de La Meilleraye passant, et Youlant faire poser les armes aux habitans, il y trouva non-seulement résistance , mais contradiction tout entière : les bourgeois au contraire tirèrent sur le maréchal de La Meilleraye, et lui et ses gens tuèrent quelques pauvres gens qui demandoient le retour de M. de Broussel. L'exempt de la grand'prevôté de Thô' tel, qui est proche la personne de M^ le chancelier, étant tombé proche son carrosse , fut tué d'un coup d'épée et de plusieurs coups de pierre : Ton tira des coups de fusil dans son carrosse \ Tun des siens eut le bras cassé ^ madame la duchesse de Sully , sa fille , fut blessée à Tépaule , mais légèrement.

En ce même temps Ton envoya une escouade d'une compagnie suisse pour se saisir de l'un des bouts du Pont-Neuf, et faire poser les armes ^ mais les bour^ geoisde la rue Dauphine les poussèrent, tuèrent leur capitaine , en blessèrent deux ou trois , et les obligé^ rent de quitter la porte de Nesle , où ils aVoient pensé se retrancher.

M. le duc d'Orléans étant dans son palais au fau* l>ourg Saint-Germain , délibéra de quelle sorte il iroit *u Palais-Royal , s'il se feroit accompagner de gardes ou non, et résolut de p'y pas aller par le Pont-Neuf,

^48 [l64S] MÉMOIRES

mais par le Pont-Rouge. U ëtoit assisté de ses Suisses, de ses gardes , et de quantité de noblesse , et passa toute la journée dans le Palais^Royal.

Sur les sept heures je me rendis au Palais , et me trouvai seul au parquet jusques à huit heures, pendant lequel temps le greffier me vint avertir que la cour me d^mandoit. J'entrai dans la grand'chambre, dans laquelle je trouvai les esprits infiniment échauffés, et jusques à ce point qu'aucuns disoient que dès conclusions étoient inutiles : néanmoins M. le premier président m'ayant expliqué Tétat de Taffaire présente , Femprisonnement de messieurs de Broussel et Blaucménil, Texil de messieurs Laisné, Loisel et Benoise, qui avoient reçu des lettres pour se retirer, je dis : a Messieurs, notre ministère e^t bien inutile « dans une affaire de cette qualité . dans laquelle les « paroles nous manquent , et n'avons point de voix « pour exprimer la douleur publique et Ig notre par* « ticulière. » Comme je parlois , M. le procureur général arriva dans le barreau auprès de moi 9 de sorte que je dis que pour prendre conclusions , et dire nos sentimens en ce rencontre , je prioisla cour de trouver bon que je pusse conférer avec M. le procureur général.

Aussitôt nous rentrâmes dans la grand'chambre, où je dis que nous pleurions des larmes de sang du mauvais traitement qui avoit été fait à nos confrères, pour la liberté desquels toutes sortes de voies étoient honnêtes et raisonnables ; qu'il falloit députer vers la Reine, y aller tous en général faire des offres en particulier, et insister de telle sorte que nous puissions obtenir ce que nous demandions. . J'ajoutai tout ce

d'omèk tâlou. [î648] 249

que la chaleur de Fesprit peut faire éclore dans une occasion de cette qualité.

Comme messieurs opinoient, M. Bignon arriva au ^ parquet un peu devaiit neuf heures, effrayé dé ce qu'il ayoit vu dans les rues , non-^seulemeht toutes les boutiques fermée^, et les bourgeois les armes à la main, mais outre plus de ce qui avoit été fait en là personne de M. le chancelier, et que tout le peuple unanimement demandoit M. de Broussel, et que de moment en moment Fémotion s'augmentoit. Il nous obligea d'entrer dans la grand^châmbre, pour faire entendre à la cour Tétat de la ville , étant important et nécessaire d'y mettre ordre présentement ; à cette fin mander les^ officiers du Châtelet et le prévôt des marchands, ce que nons nmes à Tinstant-, et Fun-des conseillers , comme nous parlions , dit tout haut que le seul mQy>en de faire cesser la sédition étoit de rendre M. de Broussel*, à quoi M. le procureur général repartit, regardant ce particulier : « Monsieur, « c'est votre avis; mais vous ne devez pas nous inter- « rompre. »

Sur quoi le parlement ayant délibéré , arrêta que présentement toute la compagnie iroit en corps au Palais-Royal demander à la Reine les prisonniers et les bannis -, et à l'égard de la sédition , ils n'en voulurent point parler, disant que le vrai inoyen d'apaiser la sédition étoit de rendre M. de Broussel : et me fut dit par messieurs les présidens que messieurs étoient résolus de ne point donner ordre à la sédition publique, croyant gue cela serviroit à leur faire rendre leurs confrères.

Comme nous sortions de la grand'chambre tous

21 5o [^648] HËMOIilES

en corps, entrèrent les députés de la chambre des comptes, savoir le président Aubry , second président, et six maîtres des comptes , lesquels venoient faire civilité k la compagnie sur Foccurrence présente. Messieurs rentrèrent dans leurs places pour les écouter. Le président Aubry étoit assis au-dessus du doyen , et les maîtres des comptes étoient au banc vis-à-vis M. le premier président, et témoignèrent le déplaisir que la chambre des comptes recevoit, dans lequel ils n'offroient rien au parlement de leur part, sachant bien que la conq>agnie n'avoit besoin d'autre secours que d'elle-^éme ; qu'ils participoient à la douleur publique et particulière , etc. M. le premier président leur fit civilité, et chacun se leva-, et ainsi nous allâmes au Palais*Royal tous en corps, ]es huissiers marchant devant nous.

Nous passâmes devant Tborloge du Palais, le loi^ du quai, suit le Pontr^Neuf, dans la rue de l'Arbre* Sec et la rue Saint-Honoré.

La face de la ville de Paris étoit méconnoissable ; * tous les hommes , jeunes et vieux , et petits enfans depuis Tâge de douze ans, avoient les armes à la main, criant qu'ils vodbient que M. de Broussel fât rendu. Nous trouvâmes , depuis le Palais jusques au Palais- Eoyal , huit barricades Êdtes par les chaînes tendues es lieux où il y en doit avoir, par des poutres uûses en travers, par des tonneaux remplis de pavés, ou de terre, ou de moëHosks^ outre plus, toutes les avenues des rues traversantes étoient aussi barricadées, et à chacune barricade un corps-<le-garde composé de vingt-cinq ou trente hommes armés de toutes sortes d'armes, tous les bourgeois disant hautement qu'ils

d'oi^sr talon. [1648] 3l5l.

ëtoient au service du parlement, et criaat viw le Aoil mue le parlement I viue M. de Broussell et que nous eoftions à le ramener.

Nota. Par révénement il seat compté juaques k douze cent soixante barricades dans Paris.

Arrivés que nous fumes au PaUis-Royal, noua trou** vftmes les gardes suisses, et puis les françaises, tous en bataille, sous les armes; nous fumes introduits dans le grand cabinet de la Reine ^ où M. le premier président lui ayant parlé, et prié de vouloir donner la liberté aux absens, elle seule répondit, et refusa tyee aigreur, et dit qu'elle n'en ferait rien. M» le premier président ayant innsté par deux fois, et ayant été aigrement refusé, ii dit à la Reine : « Madame, « l'état de k ville de Paris est tel à présent, que <i Votre Majesté ne doit plus délibérer, «non du pd^ a sible -, boute la ville est en armes , et Témotion est ff montée à tel point,- que nous ne savons pas qui la « pourra apaiser; Nous avons entendu les dam/eurs « du peuple, lequel aux cris de'^i^iVe le Roi! y ajou* V toit des paroles qui nous ont étonnés; en telle t( sorte que si nous retournons sans pouvoir donner « non-seulement des assurances, mais des certitudes « du retour des absens, nous ne savcms pas quel sera « l'effet d'une populace émne , irritée , et vfpi n'ayant « p^t de chef, n'a point d'obéissance. » La Reine rëpoodit avec un ton aigre : « Cest vous qui avea <( émct le peuple , et qui êtes cause de la iédition , t« étant venus en corps pour émouvoir la populace ; « vous eti> répondrez au Roi. Yeuss la devec dissiper « sibon vous semble ; mais quant à moi, je nW ferai (( lien awtre chose* » M. le président de Mesmes pre-

dSa [1648} MÉMOIRES

nant la parole , dit à la Reine : « Madame, Votre Ma- (I jestë n'est pas informée de ce que nous avons, yn : « il ne s'agit rien moins que de h perte de, la ville « de Paris, et par son exemple de toutes les autres <( villes du royaume. Cette affaire regarde la conser- « vation de TEtat et de la royauté ; et si Votre Maie jesté ne nous veut croire , qu'elle envoie et qu'elle a s'informe en quel état est le peuple^ qu'elle sache fc que les barricades des bourgeois sont à cent pas <( des gardes de Votre Majesté, que l'émotion est « tout entière dans l'esprit de tout le monde , jusques « aux femmes et aux enfans, et c)ue la cessation de « ce désordre ne dépend que d'une .grâce' qui est de- « mandée à Votre Majesté, et qui est en sa puissance. » La Reine se leva de sa chaise, et se retira dans son cabinet, disant : « Mettez-y ordre si voulez^ mais je a n'en ferai autre chose. »

Ainsi le parlemei^t étoit obligé de se retirer ; mais M. le premier président et M. le président de Mesmes se résolurent de faire encore une tentative : ils suivirent la Reine dans son cabinet, où se trouva M. le duc d'Orléans , M. le cardinal Mazarin , M. de Longueville et M. le chancelier, qui n'avoit pas para jusques alors, à cause de l'effroi qu'il avoit eu; et là , après plusieurs discours , enfin la Reine se relâiîha de promettre contentement au parlement , pourvu que de leur part ils promissent de ne se plus assembler, et de travailler, avec ce qui restoit du parlement, aux affaires des particuliers. Pour l'exécution de laquelle résolution tous messieurs du parlement ayant été introduits dans la galerie de la Reine, comme l'on pensoit s'assembler dans quelque lieu pour don-

D'cniER TALOH. [1648] a53

nér cette parole à la Reine par une espèce de consen-r tement public , plusieurs de messieurs s'y opposèrent, disant que cela mëritoit une délibération publique dans le parlement, en un lieu où il n'y eût point soupçon de yiolencelii d'impression : et ainsi nous nous retirâmes du Palais-Royal pour retourner en la grand chambre, et y délibérer. Chose étrange, que dans la maison du Roi les officiers domestiques nous disoient : « Tenez bon , Ton vous rendra vos conseillers 3 i> et dans les gardes françaises les soldats disoient tout haut qu'ils ne combattroient point contre les bourgeois, et qu'ils mettroient les armes bas, tant étoit grand le mépris du gouvernement.

En cet état marchant en corps de cour, les huis^ siers devant nous, M. le premier président fut arrêté dans la rue de l'Arbre^c, proche la rue Bétizy, par les bourgeois , et entre autres par un particulier , lequel lui mettant la main sur le bras, et ayant le pistolet à la main, lui dit qu'il falloit retourner quérir M. de Broussel, et qu'ils ne nous laisseroient point passer s'il ne revenoitavec nous. M. le premier président ayant dit à ce particulier qu'il étoit bien impudent , il lui répliqua de mauvaises paroles in personam; et sur cela s'étant fait une émotion, la plupart de messieurs qui étoient dans trente premiers rangs se sauvèrent dans des maisons^proches, d'où ils furent obligés de sortir , et retourner au Palais-Rôyal , à la réserve de cinq de messieurs les présidens^ et une quinzaine de conseillers , qui se sauvèrent et se retirèrent, les uns ayant changé d'habit, les autres étant demeurés dans des maisons de connoissance.

Ainsi nous retournâmes au Palais-Royal entre ime

s 54 [r648J MÉMoïKBs

heure et deux après midi , et montâmes daiwla gcande galerie, dans laquelle Ton S4>perta quelques lafnidiissemens d'eau, de vin et de pain, quelques fimfts, et quelque viande qui se trouva prête. Dolos la* queUe galerie furent disposés des bancs pour asseoir messieurs , et délibérer ce qu'il y avoit à faire en la matière y plusieurs réclamant au contraire , et disant qiw la Reine pouvoit abréger tout cela en feiisafit re* tourner présentement M. de Broussel.

Enfin messieurs étant assis, M. le chancelier se trouva à la téfce de la compagnie, et anprès de lui M. le premier président. M; de Mesmes et M. Le Coigneux, présidens : les autres cinq présidens s'évadèrent dans la rumeur qui s'étoit faite en la rue de FArbre-Sec. La première difficulté fut de savoir si Ton opineroit , plueieurs soutenant que cela ne se pouvoit faire que in loco majorum^ et se trouvèrent trentecinq ou environ de cet avis ; les autires, au contraire, que partout où la compagnie étoit assemblée , qu'elle pouvoit faire arrêt; que d'autres fois , dans l'église de Notre-Dame et dans les Augustins, en cérémonies et processions publiques, que la cour avoit délibéré sur l'occasion des affaires qui s'étoient présentées ; qu'en ce rencontre il s'agissoit du salut de l'Etat, de la sûreté de la ville de Paris et de l'honneur du parlement; et que d'ailleurs le peuj^le nous ayant obligés de re** tourner sur nos pas, qu'il étoit comnie nécessaîro de délibérer dans le Palai&-Royal, puisque nous ne pouvions sûrement retourner dans la grand'chambie. Et ainsi il passa à délibérer présentement.

La second€| difficulté fut de savoir ce qu'il y avoît à résoudre , s'U étoit à propos de remettre toutes les

d'omer talon. [1O48] a55

stfaire» publiques au lendemain de la Saint-Martin,, ou de les continuer. Il passa par un avis milieu qu'il falloit conserver l'honneur du parlement et la bienveillance du peuple ; que si Ton remettoit la dëlibëration de toutes les affaires à un autre temps, ce seroîtune espèce de lâcheté et d'abandonnement , ou de violence exercée sur la compagnie *, que d'ailleurs le peuple le sachant seroit mal satisfait, d'autant qu'il attend quelque soulagement des délibérations qui se traitent : de sorte qu'il fut arrêté qu'entre ce jour et le 7 septembre il ne seroit délibéré que du paiement des rentes sur l'hôtel^de-ville , et de la confection de la pancarte , et de l'exécution des arrêts jà donnés.

Nota , que dans cette délibération furent présens M. le duc d'Orféansi, M. le duc d'Elbœuf , et M. le duc de Retz. M. le prince de €onti se présenta, mais voyant la délibération commencée , il se retira ; puis Ton demanda si cette délibération seroit un arrêt ou un arrêté , et fut dit que ce seroit un arrêt qui seroit inséré dans les registres*

Cette délibération fut portée à la Reine par M. le duc d'Orléans et M. le chancelier, laquelle ayant eu quelque peine à digérer cette résolution , enfin y consentit; et à Tinstant la Reine ayant été^remerciée par M. le premier président de sa bonté , nous nous retirâmes.

J'ai appris de M. de Chavigny que M. le cardinal Mazarin eut grande appréhension d'être nommé dans cette délibération , et qu'il n'y eût quelque avis à prier la Reine de Téloigner de la cour ; et que si la proposition en eut été-faite il se lut retiré lui-même , et n'eût pAs voulu se mettre en compromis : mais lorsqu'il eut

appris qu'il n'avoit point été nommé, il devint insolent de la bonne opinion qu'il conçut de sa personne; et pour se rendre agréable à Tesprit de la Reine, et flatter son chagrin et son déplaisir, lorsque M. le duc d'Orléans eut proposé à la Reine ce qui avoit été résolu dans cette assemblée , ledit sieur cardinal dit que puisque cette délibération avoit été prise en la présence de M. le duc d'Orléans, et agréée par Son Altesse , qu'il crojipit que la Reine y devoît souscrire : mais adressant >a parole à M. le cHancelier, lequel y avoit présidé , il lui dit que par cette action la royauté étoit abattue ; qu'il eût été |i souhaiter que le Roi eût perdu trois provinces de son royaume , plutôt que de consentir à une lâcheté de cette qualité. Ainsi il gourmanda M. le chancelier, lequel le matin il avoit exposé à la mort, l'ayant envoyé au parlement pour amuser la compagnie, et le récompensoit fort mal de ce hasard qu'il avoit couru ; ce qui peut faire connoitre l'humeur du personnage.

Mais dans l'appréhension que nous eûmes , et dans les avis qui nous furent donnés que le peuple ne souffriroit point que nous retournassions , n'ayant point avec nous M. de Broussel, parce qu'ils s'imaginoient qi^i'il étoit dans ]<e Palais-Royal^ nous y apportâmes cette précaution de faire que les lettres du Roi fu^ sent expédiées pour rappeler les absens, et les carrosses du Roi préparés pour les ramener; lesquels carrosses marchoienf devant nous, et moyennant lesquels, et outre les belles paroles que nous donnions au peuple, lui faisant entendre que M. de Broussel n'étoit qu'au Ménil-roadaine-Rance , et qu'il retourneroit le lendemain, le peuple nous laissa passer, en

d'omer talon. [1648] a57

disant qu'ils ne quitteroient point les armes jusques à ce qu'il fut de retour.

M. de Bhncménil, lequel ëtoit au bois de Vincennes, sortit dès le soir, et retourna à onze heures du soir en sa maison.

Le vendredi matin, nous trouvâmes la ville }u même état qu'elle ëtoit le soir précédent, toute la nuit les bourgeois ayant été sous les armes.

Comme nous allâmes au Palais, et que nous disions Je retour de M. de Blancménil , le peuple ne s'en satisfiiisoit point, et attendoit avec impatience M. de Broussel , comptant les heures et les momens de son retour.

Dans le Palais, le prévôt des marchands et ëchevins rendant compte à la cour de Tëtat de la ville , et des soins qu'ils y avoient apportés, messieurs des enquêtes entrèrent et prirent leurs places, et dans le même temps entra M. le président de Blanoménil , qui fut accueilli des yeux de tout le monde *, et après que les prévôts des marchands et ëchevins furent sortis, je fus obligé de parler, et ayant fait civilité sur le retour de l'un des absens et l'espérance prochaine des autres, je dis à la cour que deux choses étoient nécessaires : l'une , de'donner ordre à la ville de Paris, en disant ôter les armes aux bourgeois et ruinant toutes les barricades ; l'autre , donnant ordre aux provisions nécessaires pour le lendemain , qui ëtoit samedi , avertissant les boulangers et autres qui fournissent la ville de ne manquer pas d'apporter les denrées nécessaires : pour ce faire, mander le lieutenant civil et les officiers de là police pour y donner ordre. Sur quoi la cour ayant délibéré, elle nous manda , et nous dit que nous eussions à mander le lieutenant civil, aiin qu'il T. 61. 17

donnât ordre à la ville pour ce qui ëtoit des provisions nécessaires, et qu'il envoyât des commissaires partout; et quant à Tautre point là cour n'en parla point, messieurs n'ayant pas voulu faire quitter les armes aux bourgeois jusques à ce qu'ils eussent contentement. A l'instant nous mandâmes au parquet le lieutenant civil , pour lui faire entendre les ordres de la cour. Cependant Paris ëtoit toujours sous les armes, et les bourgeois, outre l'attente de M. de Broussel, ëtoient en défiance , à cause de quatre cents cavaliers du régiment de La Meilleraye que l'on avoit fait approcher de Paris, et lesquels avoîent passé la nuit dans le bois de Boulogne *, ce qui lesmet^oit en alarme continuelle, ainsi qu'il peut arriver à des gens qui ne sont pas aguerris , et qui ne connoissent pas leur force ni celle de leurs ennemis^.

Ainsi toute la ville étoit en alarme et en eso^t-' terie perpétuelle, et les moindres bruits qui arrivoient par hasard ou qui étoient excités à dessein faisoient rumeur par toute la ville, laquelle fat grandement augmentée sur les neuf à dix heures du nuH tin, auquel temps M. de Broussel arrivant à Paris, à chaque corps-de-garde où il passa il fut salué de tons les arquebusiers ; et cela redoublant de moment en moment, l'on s'imagipa dans des quartiers éloignés que les bourgeois de la rue Saint-Honoré étoient aux prises avec le^ soldats du régiment des gardes : ce qui excita frayeur jusque dans la grand'chambre, jusques à ce que ce bruit fut dissipé et la vérité connue. Ledit sieur de Broussel fut conduit en son logis par ,1e carrosto du Roi , où après s'être rafraîchi il alla à Notre-Dame, et de là fut conduit au Palais par cin-

d'omea talo». [1648] 25g

qnante bourgeois les armes à la main , qui Fescortèrent jusques à la porte de la grand'cfaambre , la cour ayant euToye chez lui Tun des comims au greffe pour le prier de venir prendre sa place.

Incontinent qu'il fut arrivé, et qu^il eut salue et remercié la compagnie, Ton délibéra sur la première proposition que nous avions faite, sur laquelle intervint «net portant injonction aux bourgeois de quitter les armes, défenses aut vagabonds d'en porter, enjoint aux prévôt des marchands et échevins de faire •eiëcttter l'arrêt.

Rien n'empêcha la cessation prompte de cette émo« ûoh après le retour de M. de Broussel, sinon la cmnte qui demeura dans l'esprit des bourgeois qu'il y avoit des gens de guerre proche Paris , et que le régiment des gardes suisses et françaises demeuroit en bataille devant le Palais-Hoyal : dont le prévôt des marchands ayant donné avis à la Reine, à Titistant même renvoya la moitié des com'pagnies dans leurâ quartiers, et fit retirer la cavalerie qui étoit dans le bois de Boulogne. Et ainsi fut accoisée (0 l'émotion pour la plus grande partie.

}4ais elle recommença le soir dans la rue Saint-Antoine et jusques à la Grève, sur ce qu'il sortit de la Bastille une charrette chargée de poudre et dé mèche pour allei* au Palais-Royal ; et pour la conduire secrètement l'on la fit passer par la porte Saitit-^Antoiiie sur le chemin de Charonne, dont quelques fémmeà aymit donné avis au peuple , Us coururent après , pillèrent toute la poudre, brûlèrent la charrette, et excitèrent le peuple à ne point abandonner lés armes :

(i) A ceoisét :npt^9ée^ ck\méè.

3k6o [164^] MÉMOIRES

ee qui dura jusqnes au lendemain six heures du matin, que le pain arrivant de tous côtes à Tordinaire, les chaînes furent détendues, les boutiques ouvertes, et toutes choses ëtpient aussi calmes et paisibles à huit heures du matin, comme si jamais il n'y.avoit eu d'émotion ; en telle sorte qu'il y avoit autant à admi^ rer de voir cette tranquillité publique après un si grand orage , comme à s'imaginer comment en si peu de temps il s'étc^t excité. Mais ce qui produisit ce changement suhit, à mon sens, fut Tordre que les bourgeois apportèrent à leur quartier, lesquels pour la plupart ayant pris les armes pour se garantir des vagabonds et pour maintenir l'autorité du parlement, sitôt qu'ils crurent le dernier être assuré , ils se rétablirent pour leur intérêt et conservation particulière.

Le samedi matin , le prévôt des marchands nous rehdit compte, de ce qu'il avoit fait le jour précédent, et puis nous le menâmes à la grand'chambre , où il assura la .cour de la tranquillité publique de la ville.

Sur les neuf heures les chambres ayant été assemblées, il ne fut fait autre chose sinon que messieurs Crespin et Chevalier furent commis, pour informer contre Catelan et consorts.

Le lundi 3 X , la cour travailla sur le règlement pour le paiement des rentes assignées sur l'hôtel de la vile de Paris, auquel l'on employa le lundi matin, mardi matin, et de relevée; et fut arrêté que les commissaires se rendroient le lendemain après midi au logis de M,, le premier président pour examiner le détail de ce règlement : outre plus, M. le procureur général eut ordre de savoir la commodité de la Reine, pour lui faire les remontrances qui avoient été acr^

d'omer TALor*. [1648] Îl6t

tëès sur les premiers articles de la déclaration appor* tëe par le Roi dans le parlement le 3 1 juillet ; ce qui fot fait le jeudi à cinq heures du soir. M. le premier président parla à la Reine avec grande suffisance et grande civilité ; et après l'avoir remerciée de la bonté avec laquelle elle a oublié tout ce cpii s'est passé dans la ville, il lui expliqua quatre ou cinq chefs de remontrances pour faire fonds pour le paiement des reates pour les'gages des officiers, pour remettre au peuple un quartier entier de la taille, etc. La Reine après cela dit à M. le premier président qu'il seTetirât au bout de la galerie, et qu'elle nous feroit réponse. Et de fait ayacd conféré avec M. le duc d'Orléans, M. le cardinal Mazarin, M. de Longueville, M. le chancelier et M. de Chavigny, lesquels elle appela, et puis s'étant assise, M. le chancelier prenant la parole , dit : « Messieurs , la Reine ne veut rien vous re- « fuser de tout ce que vous lui demandez; mais elle <i vous prie de considérer si Pétat des affaires du Roi « lèpeut porter. Vous savez à quel point les finances « publiques sont réduites, à quoi se montent la taille « et les fermes ; la recette ne peutàugmenter , et vous « croytz qu'il faut augmenter la dépense en faisant « fonds pour les rentes, pour les gages des officiers, « et diminuant d'un quart le brevet de là taille , qui se <( monte à douze millions ', et s'il falloit payer actuel- « lement les rentes et les gages des officiers entiers, « cela se mbnteroit à vingt millions; de sorte que, « déduisant toutes les charges ainsi qu'elles furent « expliquées, il ne resteroit au Roi que neuf à dix « millions de revenu, n Ensuite M. le premier président ayant parlé, M. le président de Nesmond aussi.

l6*i [164^] MÉMOIRES

et puis M. le maréchal de La Meilleraye sMtant explique, après plusieurs civilités chacun se retira.

Le lendemain vendredi 4 septembre, la relation ayant été faite, Taffaire des rentes fut achevée.

Le samedi la cour étant assemblée , et n^ayant plus d'affaire à délibérer, ils proposèrent de demander la continuation du parlement; et l'ayant ainsi arrêté, nous fûmes mandés à la grand'chambre messieurs mes col-lègues et moi, et M. le premier président nous dit :

« Vous êtes bien informés de ce qui fut arrêté « dans le Palais-Royal lorsque le parlement y fut a»* <( semblé et qu'il y délibéra , savoir qu'il seroit sursis « à toute sorte de délibération sur l'exécution de la (c déclaration apportée par le Roi , et sur les articles « proposés en la chambre Saint-^Louis, jusques au « lendemain de la Saint-^Martin, et que le parlement « jusques au 7 septembre ne travailleroit à autres afa faires publiques qu'au règlement des rentes sur la « ville et k la confection de la pâtiearte, sans préjudice « de l'eiécution des arrêts jà rendus. Quant à ce qilî est « des rentes, raffaire a été discutée, examinée et ré- H solue ; pour ce qui^st de la pancarte et de l'exécution tt des choses jugées , cela n'a pu être fait , et na«le peut « être à cause de la brièveté du temps : pour cela la « cour a* arrêté que vous verriez la Reine , pour la is supplier d'envoyer lettres de continuation pour tra^^ (( vailler incessamment à ce qui reste à faire. » Ans-; sitôt que M. le premier président eut parlé ^ une infi« nité de voix confuses s'élevèrent pour nous dire que le parlement diverses fois, s'étoit continué de luimême, que les exemples en étoient dans nos registres, et que M. le président Vio|^'les ^voit ii 1^ TXi^%

D*OMER TALO». [i648] a63

lesquels il nous donneroit si nous en avions besoin : qui étoit nous faire entendre que si la Reine refusoit cette continuation, que îe parlement la pouvoit faire de son autorité.

Le même jour nous fûmes au Palais-Royal, où nous eûmes audience de la Reine , à laquelle ayant exposé uotre créance telle qu'elle nous avoit été donnée par la cour , elle nous remit au lendétnain à sept heures du soir pour nous faire réponse.

A laquelle heure ayant été introduits dans son ca-t binet, où elle étoit assise, et auprès d'elle M. le duc d'Orléans, M. le ciardinal Mazarin, M. de Longueville, M. le chancelier, et trois secrétaires d'Etat, la Reine commanda à M. le chancelier de nous faire entendre sa voloiité *, lequel nous dit que Sa Majesté étant bien informée de la sincérité des actions de la compagnie, et de la nécessité de procéder incessamment à la rédaction de la pancarte pour fixer les droits qui se doivent lever sur les denrées et en ôter toute sorte d'incertitude, a la Reine accorde la continua- « tion du parlement pendant quinze jours, pendant tt lesquels elle croit que ce travail peut être façile- (c ment achevé; vous prie^ messieurs, de vousy vou-« « loir rendre assidus, afin de satisfaire les peuples « qui s'y attendent, et de ne point donner aux étran- R gers ennemis de l'Etat occasion de croire ce qui « n'est pas dans votre pensée , et dont ils se veulent « prévaloir pour semer de mauvais bruits dans l'es- « prit de leurs sujets , et prendre avantage des choses « que la Reine sait être innocentes.

« Que si le parlement n'estime pas que la conti^ <c nuation du parlement soit nécessaire tous les jours ,^

a64 [l^4Bj MÊMOIAES

<(, mais seulement lorsque messieurs les commissaires « seront prêts dç travailler, et qu'ils auront examiné tt les papiers qui sont entre leurs mains, la Reine « vous en remet la disposition tout entière , pour en « user selon votre prudence.

« Outre cela, vous direz à la compagnie que la

« Reine est fort bien avertie qu'il y a grande quan-

« tité de mauvais esprits qui souhaitent la sédition et

« qui pensent y pouvoir profiter , la plupart va^a-

ic bonds, mais principalement des Comtois, des Ar-

« tésiens et des Lorrains , dont aucuns se rencontrent

tt en cette ville par la pauvreté de leurs provinces ,

tt d'autres y sont envoyés avec dessein; tous ces gens

a sont Espagnols dans leur cœur , lesquels pour Êiire

« réussir leurs desseins et >satisfaire à leurs inclina-

tt tions particulières , ou pour complaire à ceux qui

tt les envoient, soulèvéroient volontiers le peuple :

a les uns servent domestiquement dans nos maisons,

« les autres sont gens de journée et sans domicile,

«lesquels sont susceptibles de faux bruits ^ Us ont

« voulu émouvoir le peu{de depuis deux jours, lors*

tt qu'une partie du bagage de M. le prince arrivant

tt ( lequel il a renvoyé parce qu'il lui étoit inutile,

(( et que son armée prenoit sa marche vers la mer),

tt ils ont fait entendre au peuple que M. le prince

tt retourhoit à Paris avec quatre mille chevaux;

tt d'autres ont dit que la Reine avoit fait couper les

« chaînes qui sont au coin des rues sous prétexte

tt qu'il s'en est trouvé deux rompues, soit qu'eux-

tt mêmes l'aient fait, soit que quelque carrosse pas-

tt sant en ait rompu quelque maille.

tt D'autres composent des prédictions malignes, les.

D*OMEK TALON. [i648] a65

« quelles ils distribuent dans le peuple pour effrayer ft les esprits, et leur imprimer des terreurs paniques ^ s qae le aa de ce mois il doit arriver grande esdan- A dre à Paris. Et par ce moyen ils débauchent , ils tt irritent, ils échauffent Tesprit du simple peuple, ft ému par ce qui s'est passé les jours derniers.

(( La Reine, qui s'est résolue de confier la pertt sonne du Roi à la bienveillance et à Taffection pu- (( blique de la ville de Paris, après en avoir donné « les assurances au prévôt des marchands et aux uo- « tables bourgeois , vous recommande , messieurs , la tt tranquillité publique de la ville , et vous prie d'en tt avoir soin ^ vous y êtes intéressés pour le service du « Roi et votre conservation domestique.

« La Reine sait bien que vous savez teùir les voies tt par lesquelles ces désordres peuvent être préve- « nus, soit en faisant faire la police exacte par le ft lieutenant civil et les commissaires , pour connoitre « les vagabonds et gens sans. aveu qui sont capables tt de mauvais desseins, donnant permission d'infor- « mer contre ceux qui sont auteurs de ces mauvais « bruits, qui tiennent des discours tendant à sédi- (( tion; enjoindre aux bourgeois de se saisir de leurs « personnes, et de les mener au magistrat.

tt Et afin que toute cette police ne puisse être im- « putée à affectation ou calomnie , qu'il ne s'y fesse a rien que par votre ordre , messieurs, et qu'en vertu a de vos arrêts. »

L'affaire mise en délibération , les lettres de continuationdu parlement furent registrées, jointla créance que nous leur avions portée.

Mais à l'égard de l'autre proposition que nous leur

l66 [1648] MÉMOIRES

avions faite, elle ne fut pas mise en délibération, M. le premier président s'étant contenté de dircf qu'il manderoit le lieutenant civil pour y prendre garde et faire la police , comme si le parlement avoit douté d^o0enser le peuple, et d'ordonner quelque chose que Ton orût plaire au Palais-Royal.

Cette affaire, à mon sens, est de grande consé* quence , et pour ce qui s'est pa^sé jusques au 8 sep tembre 1648, et pour l'avenir si Dieu n'y met la main, parce que quand l'autorité royale fait les choses par puissance absolue , par souveraineté , sans autre règle que la volonté et la passion de ceux qui gouvernent, étant bien difficile que celui qui commande soit parfait et impeccable , telle sorte de conduite approche bien fort .de ce que nous appelons tyrannie , id est violence , outrage , et manque de sûreté pour les gens de bien : mais quand les sujets, méprisant la personne de leur prince et de ceux qu'il emploie dans le mi* nistériat de l'Etat , leur imputent tous les mécontentemens publics, et que sous prétexte de réformation les communautés s'élèvent contre les puissances légitimes, et qu'elles en donnent part aux peuples pour les aider, cela produit nécessairement une anarchie pour quelque temps, dans laquelle souvent ceux qui ont excité ces mouvemens y succombent eux-mêmes, jusques à ce que la royauté retourne dans son point, c'<est-à-dire dans la modération et sans excès.

Réflexions générales sur V état présent des affaires,

selon mon petit sens.

•M. le cardinal de Richelieu étant entré dans le ministère, et ayant surmonté tous les obstacles qui lui

D*OMSll TALOIf. [l648] %6'J

oBt été faits, il a élevë sa fortune sur la ruine de tous ceux qui Pont attaqué ^ il s'est principalement maintenu par la profusion des finances, avec lesquelles il corrompoit tous les grands , et ceux qui lui ëtoient nécessaires dedans et dehors le royaume : pour quoi faire il a souffert que ceux qui ëtoient dans le gouvernement des finances du Roi y aient fait ce qu'ils ont voulu pendant que le royaume a été gras et abondant. Toutes sortes de voies pour avoir de l'argent ëtoient permises : le Roi venoit souvent au parlement pour faire vërifier defs ëdits bursaux , les princes du sang étoient envoyés à la chambre des comptes et k la cour des aides', et de ces secours extraordinaires, créations d'officiers et attribution de nouveaux droits, se sont levées de monstrueuses sommes de deniers, telles que Ton peut dire que pendant le règne de Louis xiii il s'est plus levé d'argent, sur le peuple qu'il n'en avoit été fait depuis l'établissement de la monarchie.

Tous ces nouveaux établissemens , avec lesquels messieurs les surintendans avoient facilement de l'ar^ gant pour satisfaire aux dépenses, ont produit des charges perpétuelles à l'Etat, savoir, les créations^ d'officiers qui sont demeurés avec de grands gages , force droits sur la taille , toutes les fermes , ou leé deniers revenant d'icelles aliénés en; rentes ou en gages d'officiers; et ainsi les richesses de la France pour ia plupart ont été imaginaires , chacun se croyant bien riebe ^li avoit un office , des rentes sur la ville , des droits sur le Roi , dont pendant quelque temps la perception étoit douce et facile.

Le TQ\ Louis xin étant décédé au mois de mai i643, la Reine ayant été déclarée régente, elle rappela tous

a68 [1648] MÉMOIRES

ceux qui étoient exilés , et lesquels ayant été en mau« vaise fortune pendant le temps du cardinal de Biche- Heu, elle les considéroit avec douleur, parce qu'ellemême en avoit ressenti les effets, tout autant qu'une reine le peut souffrir dans sa condition.

Par la mort du Roi , les finances changèrent en effet de main, non pas seulement par la promotion des deux surintendans nouveaux messieurs de Bailleul et d'Avaux , car le premier n'avoît aucune intelligence ni application aux affaires de cette qualité, et Tautire incontinent fut envoyé à Munster pour travailler à la paix générale^ mais le changement fut en ce que M. Bouthillier ayant été dépossédé de la surintendance , M. d'Emery fut &it contrôleur général ; et ayant grande habitude auprès du cardinal Masarin, qui devint premier ministre et absolu ministre , ledit sieur d'Emery fut tout puissant dans la direction des finances, dans la conduite desquelles il n'eut aucune modération^ car pour acquérir Tamitié et la bienveillance de ceux qu'il estimoit honnêtes gens ou qui lui pouvoient servir, et de ceux, qui lui pouvaient nuire, il n'épargna pas l'argent dans le commencement de son administration ; d'ailleurs Ja Reine contenta tout le monde avec de l'argent : ceux qui retournèrent demandoient leur rétablissement dans leurs charges et leurs gouvernemens; ceux qui les possédoient ne les vouloient pas quitter. Pour composer tous ces différends, l'épargne étoit ouverte : et d'autant que les moyens ordinaires ne pouvoient suffire, que le peuple étoit d'ailleurs. épuisé, et qu'il ne pouvoit plus souffrir de nouvelles impositions, que les créations d'offices .étoient inutiles parce que des petits

d'omek talon. [1648] 269

offices personne n'en vouloit lever, et que des grandes compagnies aussi personne n'en eût ose lever, à cause qae les grands corps y rësistoient , et maltraitoient ceux qui avoient des offices de nouvelle création , tout le revenu du Roi se trouva réduit en la perception de la taille et au retranchement des gages des officiers; le parlement souffrit le retranchement d'un quartier de ses gages , et à son imitation tous les officiers du royaume : mais outre plus les trésoriers de France , les ëlus , les grenetiers , les présidiaux ,^ furent quasi dépouillés de leurs gages; qui plus est ces retranchemens furent mis en parti à des gens qui en foumissoient l'argent , et auxquels le Roi bailloit quinze pour cent d'intérêt; les tailles pareillement furent mises en parti, et tous les officiers: ordinaires qui les reçoivent dépossédés, sinon ceux qui ont voulu entrer dans ces partis.

Au mois de janvier 1648, M. d'Emery, qui s'étoit fait &ire surintendant cinq mois auparavant, quoiqu'il n'eût naissance ni dignité pour soutenir cette charge , et qui pour y parvenir avoit promis de four^ nir tous les deniers nécessaires pour faire subsister l'Etat, se trouvant bien empêché pour satisfaire à ce qu'il avoit promis, le i5 janvier iSt venir le Roi au parlement, lequel y apporta plusieurs édits , et entre autres un édit de création de douze maîtres des requêtes : de sorte que tout le corps des msdtres des requêtes s'éleva.pour empêcher l'exécution , et comme ils avoient plusieurs parens et aînis dans le parlement, et que d'ailleurs quatre d'entre eux y assistoient tous les jours, ils semèrent l'esprit de résistance et de contradiction dans l'esprit de leurs proches.

«170 [l648] MÉMOIRES

Dès-lors Ton commença de vouloir examiner les ëdits que le Roi ayoit fait vérifier en sa présence ( ce qui n'âvoit jamais été fait ) *, ils furent même distribués à des commissaires patticulier^, comme si Taffaire eût été entière ^ et après beaucoup de résistance que j'ai expliquée ailleurs, toutes ces délibérations aboutirent à des remontrances, comme je Fai écrit dans mes relations précédentes. Sur lesquelles remontrances, au lieu d'apporter quelque modération, la Reine répondit qu'il falloit obéir \ ce qui contrista les plus honnêtes gens de la compagnie.

M. d'Emery eut cette pensée que pourvu que le parlement fût à couvert et satisfait, que toutes les autres compagnies du royaume ne seroient point considérables : pour cet effet il établit le droit annuel avantageusement pour le parlement, sans aucun prét^ et à l'égard de toutes les auti:es compagnies souveraines, a leur retrancha leurs gages pour quatre années. Ainsi par cette seule déclaration ayant' ofibnsé tous les honnêtes gens du royaume , tant par leur intérêt sensible que par jalousie de recevoir un traitement différent du parlement, les officieirs du grand conseil , de la chambre des comptes et de la cour des aides s'assemblèrent, et travaillèrent si bien avec les maîtres des requêtes, auxquels le droit annuel n'étoit point accordé, qu'ils soulevèrent l'esprit de la plus grande partie des jeunes gens et de pl&sieurs anciens du parlement , lesquels par amitié pour leurs proches, par mécontentement de la dureté du gouvernement , sous lequel tous les peuples étoient ruinés , consentirent à faire union avec les autres compagnies, et nommer des députés pour conférer ensemble, dans

d'omer talon. [1648] 171

laquelle conférence il n'a point été parlé de ce pourquoi elle avoit été désirée, qui est à dire du droit annuel ^ mais Ton a parlé de la réformation de l'Etat ^ et de la cause de la profusion des finances : ce qui a excité les esprits, et donné créance au parlement dans les peiqples, qui ont espéré quelque sorte de soulagement de telles assemblées, lesquelles les ministres de l'Etat ayant voulu interrompre, et ayant tenté premièrement les voies de douceur, et n'y ayant pas réussi, puis s'étant voulu servir de la rigueur et de l'autorité souveraine, nonobstant leurs menaces ayant rencontré grande résistance, et n'ayant osé rien hasarder, ils ont témoigné leur foiblesse et leur peu de courage, qui les a fait tomber en mépris, jusque là qu'aucuns du parlement déclarèrent que si le Roi voUloit interdire quelque chambre des enquêtes , ils conti- Dueroient de venir au parlement, ne pouvant pas être interdits .pendant une régence; si par lettres particulières ils avoient ordre de se retirer, qu'ils viendroient au parlement apporter leurs lettres , afin que le parlement leur défen^t de se retirer, et que si l'on en vouloit mettre quelqu'un prisonnier, qu'il y auroit sédition dans la ville. Ce que les ministres ayant souffert être dit, publié partout, et insinué dans les esprits pendant deux mois , ils n'ont plus été les maîtres ni du parlement ni du peuple -, le mépris général et universel s'est répandu ( effusa est contemplio super principes); la personne du Roi a été honorée à cause de l'innocence dé son âge, mais celle de la Reine a reçu toute sorte d'opprobre et d'indignité; le peuple s'est donné la liberté d'en parler avec insolence et sans retenue.

27^ r^^4^] MÉMOIRES

M, le duc d'Orléans , qui d'ailleurs a beaucoup d'esprit et de bonté , parce qu'il déféroit absolument aux sentimens de M. de La Rivière son premier ministre, et que ce M. de La Rivière voulant être cardinal conduisoit l'esprit de son maître selon la pensée et l'intention de ceux qui gouvernoient l'Etat, avoit perdu toute sorte de créance.

M. le prince, qui étoit dans l'armée, outre qu'il n'avoit pas réussi jusques au ao août, jour de la grande bataille qu'il remporta proche de Lens, outre plus l'on avoit fait de mauvais contes de lui, de ses mœurs, et de sa conduite dans l'armée.

M. le cardinal Mazarin étoit mal voulu, comme étranger : l'on lui imputoit de n'avoir point voulu la paix à des conditions fort avantageuses (M. de LongueviUe et M. d'Avaux l'avoient dit tout haut ) ; outre plus , il étoit accusé d'avoir emporté en Italie l'argent du royaume. D'aiUeurs il ne se faisoit aucuns amis, car dans toutes les grâces qu'il faisoit il y employoit toujours quelque chose qui en diminuoit la valeur : il ne savoit pas la conduite intérieure du royaume , et quand il en demandoit avis , dans une défiance naturelle qui le possédoit, il ne savoit lequel croire, et ainsi souvent faisoit des fautes , ne sachant pas prendre le bon parti. Son esprit étoit timide, et pensoit pouvoir par raisonnement tromper tout le mondes de sorte que non-seidement il vouloit faire toutes les d^ pèches aux étrangers, mais même dans les autres affaires il dictoit à M. le chancelier les paroles qu'il devoit dire : il vouloit mettre la main aux arrêts du conseil et déclarations qui paroissoient en public, dont il prenoit grande vanité , et ne prenoit pas garde

d'omer talon. [iG4B] ' ayS

qoe parmi les Français toute sorte de persuasions et de discours sont inutiles, s'ils ne sont soutenus par autorité. Ainsi il n'ëtoit point aimé dans le Palais- Royal ; la Reine même , quoiqu'elle déférât absolument à ses conseils , se plaignoit tous les jours en particulier de sa lâcheté et de son peu de courage : dans le parlement il y étoit méprisé, et haï dans le peuple.

M. le chancelier avoit acquis mauvaise réputation , parce que l'on croyoit qu'il a^moit trop le bien, et. qu'il n'avoit jamais apporté contradiction ni résistance à ceux qui opprimoient le peuple ^ et d'ailleurs il étoil si simple tf si déférent, si abaissé dans sa conduite h l'égard de la Reine et des ministres , qu'il en étoit ridicule , et sans estime dans le cabinet.

M. le premier président, homme plein de vertu et de bons sentimehs, sans intérêt particulier, étoit sans honneur dans sa compagnie et sans estime dans le Palais-Royal : la modération qu'il vouloit apporter dans les affaires lui fut imputée à lâcheté de part et d'autre : les petits artifices avec lesquels il voulut éluder les délibérations de la compagnie s'appeloient trahisons, et dans lé Palais-Royal foiblesses; car l'on vouloit qu'il interrompît les délibérations, qu'il empêchât les propositions, et qu'il prît sur lui l'envie de toute l'assemblée ; et les zélés du parlement l'accusoient qu'en toute sorte d'affaire il abandonnoit toujours Fintérêt du peuple, pour être complaisant à la cour. Ainsi étant décrédité dans sa compagnie, il le fut bientôt dans l'esprit du peuple, auquel beaucoup de gens faisoient entendre tout ce qui se passoit. M. le président de Mesmes perdit créance dans sa T. 6i. i8

2^4 [l64^] MÉMOIEE5

place , voulant dëfiMidre Tautorité souveraine da Roi^ et tous les autres présidens ses coufrèresi n'avoient aucune autorité , d'aulant qu'ils étoient tous les jours unius oris et unius labii^ et que Ton leur reprochoit cette uniformité d'avis comme une espèce de complot. ' ,

Le parquet perdit la meilleure partie de son* crédit, dont je ne puis expliquer les causes, parce que je parlerois de moi-méme \ mais il est vrai que ceux qui proposoient les avis les plus durs et les plus injurieux au gouvernement, ceuxrlà furent le plus estimés ; et quoique la présence de M. le duc d'Orléans, qui entra et prit place souvent dans la (compagnie, adoucît un peu les esprits , néanmoins la même fe^ meté demeuroit toujours , laquelle , à mon sens , dans son principe fut innocente, n'ayant eu autre intention sinon d'empêcher Tinjure que Ton vouioit faire à toutes les compagnies souveraines, en les privant pendant quatre années de leurs gages , sous prétexte de leur accorder le droit annuel , leqtiel Ton les oUigeoit de prendre par contrainte. Depuis, quand l'affaire fut plus avancée , messieurs dn parlement furent bien aises d'être appelés les pères du peuple et les réformateurs de l'Etat.

Cinquante ou soixante jeunes conseillers , qui dans leurs chambres des enquêtes ont peu d'emploi-, et qui y sont peu considérés à cause qu'ils n'ont pas l'in^ telligence , et ne se veulent pas donner l'application aux affaires , étoient bien aises d'être tous' les jours appelés dans les assemblées publiques, d'y donner leurs suffrages, et, se portant aux avis les plus caus^ tiques, acquérir répulatiiMi, ce leur semhleii; et tel

b'ohsr talon. [1648] 475

d'entre eux qui dans sa conscience n'aima pas tout ce bruit n'eut ose être «fantre avis, dé cîiainte d'être maltraité et moqné par ses confrères.

E^fin la faotian , le dessein , la pensée de faire rénssir les prétentions de quelques particuliers af aidé à soutenir, à fomenter, à entretenir ce soulèvement des esprits. L'on commence à dire qu'il fant que le ardind Mazarin se retire; que réloignement de ^a persoritte rétablira tentes les affaires; que le char> eelier est nn corrempn et un infâme , indigne de là charger qu'il jAJssède ; que le maréchal de là Meillen^e est nn serpèi^t tié des ëendres du cardinal da RiekeKeu, plus violent que lui; qu'il possède de^ biens immenses, qu'il a usé de voies de fait dans l'é^ motion, qu'il a tué des bourgeois, et ainsi il s'est ac:caeiiii la hailne publique; et, dans le dessein qu'aucom ont de succéder en sa place , les esprits sont fort écbavdfôs. Dieu nous fera voir les effets de sa bonté si hm lui ^émbie^ et nous ^ràntira de sa justice, laquelle nous avons trop offensée.

CependaMlaReiûte ettles pt*emrieris lUinistres étdieni! dans une appréhension fôcheusé : la Reine n'osoit alW à Notre-Dame de Paf i^, où eDe siVoit coutume d'aBer tcifns les saitaedts; les hatangère^ du Marché-- Neuf ménacoittnt d[e luidlire dés injures , et dans lés' haUss le •mevAi petfpte pàrïoit avec outi'age dé ses'dé^ portemens : en telle sorte que s'étant résolue d'aller à Notre-Dame le satttiedi< i i* septembre', l'on prit l'occasion d'une compagnie' du régiment dé^ giardes qui sottoit de ga¥de, et qui' piassa ^ar le Ma'r^ch^Neuf ; et dans ceméiiie temps la Reinlé y alla à la messe.

Muk» oardîtfal éloit menacé publiqueihent ; et outi'é

.j^^ii [l6^S] MÉMOIRES

la haine ^e la qualité d'étranger accueilloit sur lui, sa timidité naturelle Tempêchoit d'oser sortir du Palais-Royal. M. le chaincelier avoit grand sujet d'appréhension, après le danger qu'il avoit couru ^ et M. le maréchal de La Meilleraye, surintendant des finances, ëtoit menacé publiquement, en telle sorte. qu'il aroit été obligé d'acheter les bonnes grâces des bateliers, et autres gens qui travaillent sur l'eau , et lesquels hàbitoient son voisinage de l'Arsepal. De sorte que pour se délivrer de cette anxiété d'esprit ils se résolurent de faire sortir le Roi de Paiis, et prirent pour prétexte une raison qui de soi ëtoit assez véritable, savoir l'infection du Palais-Royal , qu'il Moit nettoyer, et la maladie de M. le duc d'Anjou, frère unique du Roi, malade de la petite vérole. Le bruit qui fut semé par la ville fut que le Roi iroit au château dp Madrid et à Ruel, et: qu'il retourneroit dans huit jours à Paris , quand le Palais-Royal seroit nettoyé.

Le dimanche li septembre, le Roi partit de Paris : dans son carrosse étoit M. le cardinal Mazarin. Il partit à sept heures du matin, et alla à Ruel, où il n'y avoit aucuûs préparatifs pour les recevoir.

La Reine fut aux Cordeliers à neuf heures se. confesser à son confesseur, lequel étoit .malade.; de li elle alla au Val-de-Grâce dire adieu aux religieuses ses bonnes amies. Elle partit à une heure de Paris, et alla entendre vêpres à Chaillot, et de là à Ruel.

Tous ceux qui étoient du ministère se retirèrent au même temps, à la réserve de M. le chancelier, qui ne s'en alla que le lendemain matin, et ne laissa dans sa maison que sa bibliothèque, et ce qu'il nte put emporter : ceux qui étoient de la cour , logés proche le

P'OMEK TALON. [l648] 177

logis de M. le cardinal Mazarin, dëmeublèrent leurs maisons; aucuns firent courir le bruit qu'ils étoient disgraciés, comme le maréchal d'Estrées et Senneterre, pour se retirer et emporter ce qu'ils avoient de plus précieux, craignant que la maison dé M. le cardinal Mazarin ne fût attaquée et pillée, s'imaginant qu'il se feroit bruit et sédition à Paris sitôt que le Roi seroit parti; ce qui n'arriva pas pourtant, parce c[ue le départ du Roi n'apporta aucune nouveauté dans la ville.

Le mardi 1 5 septembre , messieurs du parlement s'assemblèrent, et fut lu le procès- verbal de M. de Broussel touchant la pancarte, lequel n'étant pas achevé, la délibération fut remise jusques au mardi ensuivant aa du même mois de septembre ; pendant lequel temps, savoir le vendredi i8 du même mois, M. de Châteauneuf , qui avoit été garde des sceaux de France , et lequel vivoit.comme particulier dans sa maison à Montrouge , reçut ordre du Roi de se retirer en Berri; et le même jour M. de Chavigny fut îa^rrêté dans le château du bois de Vincennes , duquel il étoit lui-mênie gouverneur; ce qui se passa en cette sorte : M. Le Tellier, secrétaire d'Etat, arriva dans le couvent des chartreux de Paris dans la nuit du jeudi au vendredi, et manda de Vens, lieutenant colonel du régiment des gardes, et Du Drouet, capitaine des gardes, auquel il donna les ordres de l'exécution (ledit de Vens, afin que la compagnie du sieur Du Drouet pât sortir extraordinàiremént, parce que c'étoit lui lequel commandoit le corps du régiment des gardes ^sans l'ordre duquel Du Drouet ne pouvoit pas faire sortir sa compagnie ). Du Drouet mena sa com-

278 [l648J MÉMOIRES

pagnie aa pont de Charenton , et alla au bais de Vincenixes, où ledit sieur de Cbavigny ëtpit ^incommodé d'un rhume, et avoit été saigné : il lui rendit une lettre du Roi, par laquelle il lui ëtoit mandé de se retirer à. Cbavigny^ et d'autar^t que la place pourroit être en péril pendant son absence , et que les prison^ niers de guerre pris en la bataille de Lens, lesquels y avoient été nouvellement amenés, pourroieot se sauver, Je Roi ordo^noit à M. de Cbavigny de faire sortir la garnison laquelle y étoit, et de soufirir que Du Drouet y entrât avec sa compagnie t à quoi ledit sieur de Cbavigny ay^nt à Tinstant obéi^ et fait sor* tir sa garnison, alors ledit sieur Du Drouet lui bailla une autre lettre par liaquelle il lui étoit enjoint de se saisir de sa personne, et à madame sa femme de se retirer à Cbavigny ou à Ville-Savoie.

JM'étant enquis de$ plus entendus du sujet de ce prQcédé , j'jai ^pprjis que les premiers ministres ayant voulu pénétrer ce qui $e faisoit dans le parlement, avoient été informés qqe cette longue émotion et cette cbale.ur qui croissoit tous les jours ne subsister ro^jt pas, si §lle n'éjioit appuyée, conseillée et aidée; qf^ la pensée de ceus qui paroissoient les plus agis- ^an^ al^outissoit aux plainte^ publiques (Qu'ils &isoient du ministère, dans lesquelles assez ouvertement ils atlaquoiept la personne de M. le cardinal Masarîn , celle an cbgncelier et du marécbal de La Meillefaye, surintendant des. fitnanfûs ^ que vraisemblableraent ceux qui avoient ce dessin dévoient avoir quelque pQQs^ , /si cea messieurs étoient sortis du ministère , pour en vouloir substituer d'autres en leur place , et qu'ils travarlloient vraisemblablement aux fins de ceux

d'omrr talon. [iC)48] »79

qui y avoient du dessein \ que M. le garde des sceaux de Châteanneuf s'ien ëtoit quasi explique publique-* ment, et que les siens, entre autres le chevalier de Jars son ami, s'ëtoit yantë que ledit sieur de Châteauoeuf entreroit dans peu de temps dans le ministère ; qu'il yisitoit Paris tous les jours, et qu'il aToit plusieurs amis dans le parlement, lesquels alloient au conseil à lui sur ce qui se passdit dans la compagnie, et auxquels il s'expliquoit assez ouvertement sur le mëcontentemeot du gouvernement présent; que d'ailleurs ledit sieur de Châteauneuf n'étant point nécessaire dans Montrouge, et ne pouvant produire que des ombrages, il étoit aussi à propos qu'il se retirât enBerri.

A l'égard de M. de Chavigny , qui est un grand gé-» nie, un homme de haut sens pour être âgé de quarante ans seulement , il a été soupçonné d'avoir quelque part dans toute l'émotion du parlement *, ce qu'il ' a &it si fort adroitement, qu'il a été difficile de l'en convaiacre positivement: .mais les conjectures violentes étoient que M. de Longueil , président de la cour, lequel avoit avec lui une grande relation, et se peutidire une espèce de respect et de déférence, soaffrdit cpie son fils, conseiller de la cour depuis un mois seulement^ s'échaufiàt beaucoup plus qu'il n'avoit Ëiit par le passé, même qu'il soUicitoit dans les enquêtes un moyen extraordinaire pour faire donner au .fils de M. de Broussel une charge de conseiller de la cour pour néant , obligeant quinze ou seize personnes pourvues de charges de nouvelle création de contribuer chacun deux mille écus pour en acheter une qui étoit vacante au profit dudit sieur de Brous-

^9o r^^4^] MÉMOIRES

sel^ et ce faisant, que Fon donn^roit parole à ces nouveaux officiers qu'ils seroient traites comme les anciens, et que la haine de la nouvèaoté cesseroit contre eux.

Outre plus, il se faisoit plusieurs conférences au logis de M. de Longueil, conseiller de la grand'cham^ bre, frère dudit sieur président, dans lesquelles se traitoient des résolutidins qui devaient être prises dans la compagnie, et dans laquelle maison Ton prétend que M. de Chavigny y avoit été quelquefois.

Davantage, dans Tembarras auquel se trouva M. le cardinal Mazarin lors des barricades faites à Paris et dans les jours suivans, ledit sieur cardinal ne reçut antre consolation de M. le président de Longueil que lavis de se retirer, lequel avis Ton prétendoit lui avoir été suggéré par ledit sieur de Chavigny.

L'on ajoutoitque M. Viole, président aux enquêtes, qui avoit amitié avec ledit sieur de Chavigny, et le yisitoit tous les jours publiquement et en cachette, étoit celui qui proposoit les avis les plus caustiques; et bien qu'il eût quelque occasion de mécontentement, à cause qu'il /u'avoit pu être chancelier de la Reine , quoiqu'il en fût d'accord avec M. le président Le Bailleul pour ce qui étoit du pri\,.;iéanmoins il semble qu'il passoit trop avant ; car il avoit fait dans sa chambre une proposition le 1 5 de ce mois d'informer contre ceux qui avoient emmené le Roi hors Paris, laquelle proposition ne fut pas jugée raisonnable ni dans sa chambre ni dans aucune autre. Outre toutes ces circonstances, l'on s'imaginoit que M. de Chavigny faisgint profession de dévotipn depuis quelque temps, et même de jcansënisme, qu'il se tfouvoit que tous ceux

d'omer talon. [1648] aSi

qui ëtoient de cette opinion n'aimoient pas le gonver-

nement'prësent de l'Etat.

Ainsi toutes ces choses ramâksées, et autres que je puis ignorer, il fut arrêté comme je Tai dit ci-dessus; ce qui ëtonna plusieurs personnes, qui s'imaginoient que Téloignement de la cour eût été une peine sui-* lisante pour une pensée de cette qualité : mais les plus clairvoyans crurent qu'il savoit trop de choses , et que s'il étoit disgracié avec liberté de sa personne , qu'il lui échapperoit peut-être jCjuelque discours qui ne seroit pas agréable à la cour.

Le lendemain samedi 19 septembre, M. Goulas, secrétaire des commandemens de JVf . le duc d'Orléans, reçut ordre de son maître de se retirer en sa maison deFerrières : il étoit intime ami, commensal ordinaire et comme domestique de M. de Chavigny , ayant an appartement dans sa maison ; et eu cette qualité il n'étoit pas en bonne intelligence avec AJ. de La Rivière,4)remjer ministre de iM. le duc d'Orléans.

J'ai oublié à remarquer que M. de Chavigny étoit accusé d'avoir porté dans l'esprit de la Reine les conseils les plus violens, même à l'égard du parlement; d'avoir su lui seul et d avoir conseillé l'emprisonnement de M. de Broussel , et de l'avoir fait avec dessein, dans la connoissance qu'il avoit que cela pour-^ roit produire quelque mauvais effet. ^

Pendant ce temps le Roi et la Reine , et toute la cour, étant à Ruel, il est vrai de dire que la frayeur et la crainte étoient répandues dans tous les esprits; les ministres appréhendoient la fermeté du parlement, quelle.ne produisit quelque mauvais effet, comme le refus des impositions qui se lèvent sur les denrées.

et quelque soulèvement qui pût donner exemple à toutes les autres villes du royaume. D^aiUeursi toutes choses élQ^eni comme %enues en suspens, les peuples refusant de payer, dans Timagination qu'ils avoient conçue que le parlement les feroit décharger de toute sorte d'impôts ; et le peu qui se recevoit dans les provinces, les receveurs et partisans le cachoient pour se rembourser de ce c[ui leur étôit dû de leurs avances, et ainsi il n'y avoît auciïns deniers à l'épargne : par le moyen de quoi les armées de Flandre*» d'Allemagne , d'Italie et de Catalogne se dissipoient.

D'autre part, les habitans de Paris appréhendoient l'éloignement du Roi, duquel la présence et de toute la cour amène de l'argent avec abondance -, en second lieu ils s'imaginoient que la Reine étoit offensée, et qu'elle se ressentirait des barricades , les uns leur Êii* sant croire que dans l'hiver l'on feroit avancer toutes les troupes proche Paris , les autres que la Rieine feroit saisir toutes les avenues des rivières pour îacom* moder la ville.

Plusieurs de messieurs du parlement avoient crainte pour leurs personnes , appréhendant à'êtce enlevés s'ils sortoient Paris; et dans ces défiances mutuettes les uns achetoient du blé , les autres se garnissoient d'armes, les autres serroient ce qu'ils avoient de plus précieux Ja plupart des courtisans emportèrent tout ce qu'ils avoient de riche hors de leurs maisons, et le pis étoit qu'il n'y avoit personne qui fût capable d'assurer les esprits, ni qui pût donner confiance. Dans ce temps M. le prince , lequel étoit k l'armée de Flandre , fut mandé par la Reine ; il arriva à Ruel le dimanche matin 20 septembre , témoignant être mal

O'OICER TALON. [1648] l83

satisfait de cef qui s'ëtoit passé , et de la dhnination que Fautaritë royale avoit soufferte dans ces der* aières occasions.

Le lundi , jour Saint-Matthieu.

Le mardi 2a septembre, nous reçûmes lettres du Roi pour la continuation du parlement pendant hui-» taine, lesquelles nous portâmes lorsque toutes les chambres furent assemblées ; et M. le procureur gé* néral, qui avoit été à Ruel, pria messieurs du parlement , de la part de la Reine , de vouloir travailler à la confection de la pancarte , parce que le peuple ne voolûit rien payer jus^ues à ce qu'elle fut faite, et que ce retardement , qui faisoit un grand manque de fonds dans les finances, étok capable de faire périr toutes les affaires publiques, les armées étant prêtes à se débander, et nous faire perdre le fruit des victoires.

Nous retiré3, M. le président de Masmes^ dit à la cour qu'il avoit trois commissions pour Texécution de la chambre de justice : Tune, qui contenoit le nom de la plupart des officiers qui y dévoient servir; l'autre, qui contenoit le nom d'un président de la cour des aides, çt Tantre de deux conseillers au grand conseil ; que ces commissions lui avoient été apportées par le secrétaire d'Etat; et d'autant qu'il savoit bien qu'aucun de la compagnie ne pouvoit prendre un emploi hors d'icell<^, et se distraire de sa fonction ordinaire sans eu avertir la cour et sans son agrément, qu'il apportoit ces commissions pour être vues, suppliant la cour qu'il pût se retirer pendant qu'elle eii opineroit. Sur quoi messiçurs n^ayant pas voulu délibérer, M. Viole, second président en la quatrième chambre des en-

a84 [l^4S] MÉMOIRES

quêtes, dit qu'il y avoit quelcjue ehôsç de plus grande conséquence sur quoi il écbëoit de délibérer, savoir est sur la sûreté publique de la ville , du parlement et des particuliers ^ que le mois dernier, pendant que toutes choses semblorent être paisibles, et que le parlement étoit occupé à rendre grâces à Dieu d'une victoire obtenue sur les ennemis, deux de messieurs avoient été emprisonnés, el quatre autres exilés ; que depuis cette affaire ayant été comme accommodée, le Roi ayant continué le parlement pour les affaires publiques, l'on avoit vu toute la cour sortir de Paris, et tous les grands officiers démeubler leurs maisons et se retirer à la campagne ; que de plus M. de Châteauneuf, ancien officier, homme illustre, qui a/été douze ans prisonnier à Angoulême, étant dans sa maison à une lieue de Paris, où il achevoit doucement le reste de ses jours, a été renvoyé et exilé ^ que M. de Chavigny, homme de service et de mérite, connoissant dans les affaires, a été emprisonné dans le château du bois de Vincennes, sans forme ni figure quelconque de justice ; que chacun en peut craindre autant^ que l'on est averti qu'il y a des troupes auprès de Paris qui menacent la ville d'empêcher le passage des vivres , et d?affamer les bourgeois; que dans les maisons des particuliers s'étoient faites plusieurs menaces à ceux qui avoient travaillé pour le soulagement du peuple, et que tout cela avoit pour fondement la subsistance et les conseils d'un homme qui gouvernoît l'Etat, et qui vouloit s'en prévaloir.

Cette proposition ayant excité les esprits, et M. le premier président ayant fait difficulté de la mettre en

DOMtlH TALON. [1648] Îl85

(lëlibération ) l'un de la compagnie (0 lui dit que s'il refusoit de le faire , qu'il s'en trouveroit d'autcss sur le bajic qui feroient sa charge : dont il ne s'aigrit point, mais avec beaucoup d'adresse le tourna en raillerie, de sorte qu'après plusieurs discours M. le premier président envoya au parquet pour avoir notre sentiment sur les propositions qui avoient été faites, lesquelles i) nous expliqua ; sur quoi nous requîmes qu'il plût à la cour députer vers la Reine, lui faire entendre ces défiances publiques, le préjudice que l'Etat en pou* voit recevoir, la supplier d'y pourvoir par sa prudence , soit en ramenant le Roi à Paris , ou donnant telles autres assurances qu'elle estimeroit à propos pour la tranquillité de la ville de Paris, de l'exemple de laquelle dépendoit une partie de la sûreté publique du royaume. Et sur cela la cour ayant délibéré, les choses passèrent bien avant , car M. le cardinal Ma^ zarin fut nommé par l'un de ceux qui opinèrent a); sa conduite fut arguée , sa naissance et sa qualité d'étranger lui fut reprochée ; fut accusé de s'être enrichi dans le gouvernement de l'Etat ; que le chapeau du défunt cardinal de Saint-Cjnpillé son frère , décédé il y ayoit quelques jours , aVoit coûté douze millions à la France : de sorte que les choses furent portées aux extrémités par aucuns de messieurs, ]es<{uels ne s'estimant pas être en assurance de leurs personnes, et ci;aignant que l'on voulût attenter à leur liberté, se résolurent de faire un eflfcrt de cette qualité pour se garantir dans le trouble. Après une

(i) Conloii , ronspîll'cr. ( Note d'Orner 7ahn.) — (2) M. le prcsicîent ^ovïon.'{ Idem.)

^8^ [^64^] MÉMOIKES

longue délibération , intervint arrêt portant que très*humbles remontrances seroient faites à la Reine pour la supplier de ramener le Roi: à Paris , et donn«r au peuple cette marque de sa bienveillance-, que messieurs le duc d'Orléans^ oncle du Roi, prince de Condë et prince de Gonti, seroient priés de se trouver le lendemain au parlement pour aviser sur les affaires présentes.

L'arrêt fut exéicuté T^^près-dînée. M. le premier pffésident fut à Ruel avec une vingtaine de messieurs ; M. le président de Longueil, avec deui^ conseillers de la grând'chambre , eurent charge d'inviter les princes; ce qu'ils firent.

M. le premier président ayant expliqué à la Reine les sentimens de la compagnie sur l'un et l'autre chef, la Reine lui répondit ^ue le Roi étoit sorti de Paris pour prendre l'air pour la nécessité de sa santé, qu'elle ne pouvoit pas le ramener sitôt à Paris ; et cela avec paroles civiles. M. le chancelier ajouta que la Reine aveit occasion de se plaindre du procédé du p^ârleme&t -, qu'il n'étoit continué que pour l'aflkire de la pancarte, et qu'il s'assembloit pour autres choses dont la délibération pouyoit exciter les esprits ;' que la Reine leur défeQdoit de passer outre , et de continuer la délibération commencée. M. le duc d'Orléans prenant la parole, dit qu'il s'étonnoit des prôposili<ons qpi avoient été faites dans la compagnie; qu'elles offensoient le Rm, et qu'il ne les pouvoit autoriser; qu'il n^y avoit rien à feire, sinon à travailler au tslrif, et que le parlement n'étoit continué qu'à cet effet; qu'il ne s'y trouveroit point, et qu'il prioit messieurs du parlement de $e contenir dans les voies de l'hon-

d'omer talon. [1648] 287

nenr et du respect, comme ils avoient toujours fait par le passe.

M. le prince de Condë dit eu substance la même chose, et M. le prince de Gonti pareillement. M. le dac de Longueville parla pareillement-, et traitant rafiaire avec plus de douceur, il excita messieurs du parlement, lesquels avoient toujours été' médiateurs de la paix entre le peuple et le Roi , de n'être point dans ce rencontre les flambeaux de la division, de ne point faire naître des dëfiances dans les esprits du peuple; ce qui ne pourroit produire que de mauvais effets. Ainsi chacun se retira.

Le lendemain matin mercredi a3 septembre, nous reçûmes au parquet un arrêt du conseil sîgnë en commandement, avec lettres patentes y attachées, par lequel arrêt le Roi cassoit la délibération portant que messieurs les princes seroient invités de venir pren^ dre leurs places dans le parlement, leur enjoignant de travailler incessamment à la confection du tarif: sur quoi nous prîmes conclusions par écrit, par lesquelles nous requîmes très-humbles remontrances être faites à la Reine pour lui faire connoître la sincérité des actions dé la compagnie , qui ne travaille que pour le bien de TEtat et le service de Sa Majesté.

La délibération de la compagnie' fut partagée en deux avis : les uns étant d'avis d^ordonner que très* humbles remontrances seroient faites par écrit à la Reine sur le sujet des affaires présentes , et cependant qu'il seroit sursis à toute délibération ; les autres étoient d'avis des remontrances par écrit ^ et cependant de continuer la jclélibération , mander le prevot de& marchands pour lui eajomdre de songer à k su**

;i88 0^4^] MÉMOIRES

retë publique de la ville, défendre à tous messieurs de désemparer la ville.

Le second avis prévalut de soixante-et-onze contre soixante-sept-, ce qui alarma beaucoup tout le peuple de Paris. Ce qui s'étoit passé ces deux jours dans le parlement donna des terreurs et des défiances publiques dans la ville, fit cessef le commerce de toutes choses, excepté celles qui étoient nécessaires pour la vie, et passa à tel point, qu'une charrette chargée de meubles qui appartenoient au baron d'Aigle fat arrêtée proche les halles «t pillée, sur ce que les couvertures étant rouges, des coquins dirent que c'étoit à M. le cardinal : outre plus, un carrosse dans lequel il y avoit huit ou dix mille livres d'argent comptant appartenant à madame de Breionvilliers fut arrêté proche de l'île Notre-Dame, et pillé par les bateliers, dont une partie à l'instant fut recouverte.

M. le procureur général fut raprès-dînée à Ruel dire à la Reine ce qui avoit été résolu ainsi qu'il nous avoit été ordonné , et dit aux ministres que nous ne savions autre expédient quant à présent, sinon de proposer une conférence avec messieurs les princes.

Le jeudi îi4 septembre, comme j'entrois au Palais à huit heures du matin , je fus averti que M. le duc d'Orléans et M. le prince de Condé avoient écrit au parlement, et envoyé leurs lettres le premier par M. de Choisy son chancelier, le second par le chevalier de Rivière.

Messieurs les présidens résolurent dans la bavette que les députés viendroient au parquet, et que lorsque les chambres seroient assemblées ilâ nous le manderoient , afin que par notre ordre ils fussent introduits

d'omër talon. [1648] 289

dans la grand'chambre ; ce qui fut fait. Ils donnèrent leurs lettres ëtant assis au bureau, et expliquèrent leur créance en peu de paroles.

Après quoi s'ëtant retires , je parlai assez longtemps , et insistai sur cette défiance publique , qui n'avoit point de fondement, qu'une appréhension mutuelle; qu'il falloit prier la Reine de contribuer de sa part pour faire cesser cette peur qui s'étoit saisie des esprits ; qu'il s'agissoit de la royauté dans la conservation de la ville de Paris 5 que dans le parlement il y avoit lieu d'espérer toute sorte de bons traitemens, vu les services rendus à l'Etat dans ces dernières occasions, dans lesquelles le Roi pouvoit rentrer dans la possession de son bien par le ministère de cette compagnie ; que ceux qui avoient le plus d'intérêt à la conservation de l'Etat travailloient pour y donner les mains-, qu'il les falloit remercier, et avec eux tâcher àtrôuver des expédiens convenables aux maux présens.

Sur quoi la cour ayant opiné, elle arrêta que la conférence se feroit, et que les députés se trouveroient le lendemain à Saint-Germain-en-Laye. L'une des grandes difficultés qui fut traitée fut de savoir si Tonajouteroit ^s^ec messieurs les princes seulement^ pour exclure M. le cardinal Mazarin , plusieurs étant de cet avis , ou si la conférence étant demandée par M. le duc d'Orléans et M. le prince seuls, si elle nç devoit pas être accordée purement et simplement-, et passa par ce' dernier avis, et furent les envoyés de M. le duc d'Orléans et de M. le prince introduits dans la grand'chambre , et leur fut dit que la cour acoeptoit la conférence.

^gO [k64H] MÉMOItlEÂ

Lé lendemain Vendredi a 5 septembre, nous nous irendimes à Saint-Germain à midi, et aussitôt M. le premier président eut soin de faire savoir de la Reine si eUeàuroit agriéable que la compagnie la saluât. Nous fûmes conduits dans sa chambre par M. Le TeJIier , secrétaire d'Etat , et M. le premier président lui ayant «xpKqué en deux mots que venant conférer avec mes- ■ieurs les princes des affaires publiques , et cela se faisant par son ordre, que la compagnie auparavant avoit érû être obligée de lui rendre ses devoirs ; que nou« avions Occasion d'espéfer bon succès de cette conférence, puisque Sa Majesté étoit toute puissante pour accorder à la compagnie ce qui lui étoit demandé. La Reine lui répondit qu'elle Tespéroit , et l'avoit toujours souhaité. Le Roi nous donna à dîner : il y avoit dix-huit de messieurs les présidens et conseillers, et nous étions tous trois du parquet. ^ Après lè diaer nous fiâmes conduits au château neuf de Saint-Germain , lequel la Reine avoit donné à M. le duc d-Orléans pour son logement de lui , de madame sa femme et de mademoiselle sa fille, où arrivèrent aussitôt messieurs les princes de Condé, de Conti et M. de Longueville, lesquels avec M. le duc d'Orléans ayant pris les quatre premières places de la table , messieurs furent assis ensuite, et nous autres du parquet derrière la place de M. le premier président.

M. le duc d'Orléans prit la parole , après nx>us avoir fait tous couvrir^ derrière sa chaise étoient son capitaine des gardes, son secrétaire des commandemenset son premier gentilhomme, et nous dit : « Messieuis, j'ai « désiré cette conférence pour traiter avec vous des « affaires présentes de l'Etat, qui se peuvent rendre

d'over talon. [1648] 291

% âcbeuses et difficiles s'il n'y ^st pourvu prompte* « ment. Je confesse que l'intention du parlement a a été bonne de désirer quelque sOrte de rëformalion « des abus qui s'ëtoient intrôduita, de demander le a soulagement du pauvre peuple , et quelque régie- « ment pour Tavenir^ mais vous avez &it concevoir <( aa peuple de si grandes espérances de décharge , a que les choses ont pas^é à une extrémité contraire, « car la taille ne se paie point dsui^ les provinces , a les droits des aides pareillement-, et, faute dar- « gent, toutes les troupes n'étant point payéea, nous a sommes à la veille de perdre les avantages que nous « avons en .Catalogne et en Flandre ^ même de voir « les places que nou$ y tenons perdues, faute de pain « dans les garnisons. Les Suisses, qui grossissent nos a armées , et lesquels à la fin de la campagne ne se « débandent jamais , ont déclaré qu'ils se retireront « s'ils ne sont payés des montres qui leur sont dues; <( et ne pouvons e^rer qu'une ruine entière des af- <( faires , si chacun ne contribue dans cette occasion, a et sL vous ne voulez, messieurs, arrêter le tarif et « l'exécution de la déclaration portée au parlement ft par le Roi^ ensemble tous les articles de la chambre « Saini-LouisJ »

M. le premier président prenant la parole , a dit : tt Monsieur, nous avons reçu avec honneur la se- « monce qu'il vous a {du nous faire pour entrer en « conférence sur l'occurrence des affaires publiques , a dans lesquelles le parlement souhaite quelque bon « ordi^ pour le service du Roi et le bien de l'Etat, « et que nous espérons pouvoir réussir par les sains « que vous en prenez *, mais nous sommes chargés de

394 [l648] MÉMOIRES

qu'elle k des affaires dn royaume ne doit point être dans lit censure des particuliers, ëtant chose notoire que tous oeux qui approchent des souverains ont toujours été dans Tëtat de souflfrir des disgrâces lorsqu'ils manquent dans letir devoir, ou qu'ils ne sont pas agréables à ceux qui commandent, lesquels n'ont jamais ëtë obligés de rendre compte d une action de cette qualité t témoin ce qui est arrivé quand M^ le prince dé Condé fut arrêté en Tannée 1616, quand messieurs de Vendôme, le maréchal d'Ornaifo , Puykureiis et plusieurs autres Tout été *, ni le parlement , ni aucun autre dans le royaume , n'y ont jamais trouvé à redire. '

Quant au retour du Roi à Paris, c'est chiose qui se fera en son temps, mais laquelle il ne faut pas exiger de Sa Majesté. Le Roi est sorti du Palais-Royal pour le faire nettoyer, pour prendre l'air et se divertir, comme tous les rois ses prédécesseurs ont fait 5 et sefoit injuste de lui imposer cette nécessité de ne point sortir de Paris.

Pour ce qui regarde le lieu de la conférence que vous avez souhaité être tenue à Paris, M, le duc d'Orléans a dit que dans Tétat et la condition qu'il est, daas le rang qu'il tient dans le royaume de lieutenant général du Roi , qu'il doit ménager sa personne, et ne là pas exposer à l'insolence d'un peuple ému; qu'il pourroit recevoir quelqne mauvaise parole , où qu'il se pourroit commettre quelque sottise en sa présence qui l'obligeroit d'en avoir satisfaction , et que cela pourroit former un incident, et produire quelque chose de fâcheux-, que d'ailleurs il étoit tellement attaché et nécessaire dans les conseils, qu'il né

d'omer TALoir. ,[1648] âgS

pouvpit quitter la Reine d'un moment,' et ainsi qu'ë-» tant aise à messieurs du parlement de Tenir à Saint-* Germain y où ils seroient les bien yenus^ qu'ils ne dei> voient point exiger d'eux qu'ils quittassent la cour poar aller à Paris ^ que si cette affaire faisoit quelque progrès dans le parlement, et que par l'achemine^ ment des affaires les eesprits fussent accoisés , toutes choses seroient faciles : mais, en un mot, pourvû.que le parlement fit quelque chose de sa part, que la Reme fer oit le reste.

M. Yiole , président aux enquêtes , a pris la parole , et a dit qu'il étpit oblige de faire entendre à ces mes«sieurs que la compagnie les ayant autorisés pour venir à cette dëputation , leur avoit donné charge de deman^ der par préalable quelque sûreté pour les emprisonnés, et quelque assurance pour les sujets du Roi exposés à ces violences ^ qu'il le disoit d'autant plus as^ sûrement qu'il en avoit fait la proposition lui-même > et que telle étoit l'intention de toute la compagnie ; qu'il supplioit messieurs les princes de vouloir apporter quelque adoucissement à ce mal pressant, sans lequel il y avoit peu d'apparence que le parlement voulût entrer dans aucune délibération.

M. le prince de Condé a pris la parole, et élevant sa voix a témoigné qu'il trouvoit cette proposition fort étrange que dans cette conjoncture présente des affaires, en laquelle les esprits étoient extraordinairement échauffés, et pouvoient produire de mauvais effets, la Reine travaillant pour apaiser tous ces dés^ ordres, M. le duc d'Orléans employant tous ses soins pour le bien de l'Etat, et demandant une conférence pour parvenir à la réconciliation des esprits, que l'on

1^g/& [164B] MÉMOIRES

dit que dans le parlement il avoit ëtë ^arrête que par préalable la Reine seroit obligée de faire retourner les absens ; que Ton lui voulût imposer une nécessité, et que si elle ne se voidoit résoudre à Faccorder, que messieurs du parlement refusoient de contribuer au bien de l'Etat; qu'il nous prioit de faire réflexion sur une proposition de cette qualité , et considérer si elle étoit convenable eh la bouche des sujets qui parlent à leur souverain , et si la Reine, quandl'onluiporteroit cette proposition, la pourroit digérer. Qu'au surplus quand M. le duc d'Orléans s'étoit excusé d'aller à Paris dans l'appréhension de quelque désordre, qu'il étoit obligé de faire entendre à la CQmj^gnie qu'il l'avoit fait par modération ; mais qu'en vérité il ne seroit pas de la dignité de Monsieur, ni du rang qu'il tient dans le royaume , de quitter Saint-Cermain pour aller à Paris; et que cela seroit au-dessous de la dignité des princes du sang royal si le parlement prenoit sur eux cet avantage de les obliger de quitter la Reine pour leâ aller trouver à Paris; qu'il falloit faire quelque sorte de réflexion sur cette bienséance , et que chacun se mesurât pour se eonnoître. Ce qu'ayant été dit avec quelque sorte de chaleur qui parut sur la face et la contenance de M. le prince. M, le président Viole s'excusa, disant que ce préalable n'aboutissoit pourtant qu'à des prières et très-humbles supplications.

M. le premier président prenant la parole , et reprenant les mêmes points sur lesquels M. le duc d'Orléans lui avoit répondu, répliqua que la seule absence du Roi n'auroit pas étonné Paris, comme elle ne l'a pas étonné les années précédentes, mais la retraite de tous

d'omea talon. [1648] S197

les grands du royaume, lesquels en même temps npnseulement ont suivi lé Roi^ mais qui plus est ont emporte tous leurs meubles, et par ce moyen ont donné de Tapprëhension au peuple qui est demeuré à Paris ^ que Farrét qui a été fait de la personne de M. de Chavigny a étoilné plusieurs personnes, outre plus son transpprthors le bois de Vincennes, qui est un témoignage du mauvais tmitement que Ton veut exercer sur sa personne*, que cela donne de Teffroi, et lait désirer quelque assurance pour la tranquillité publique , laquelle se pourroit rétablir dans Fesprit du peuple s'il Yoyoit la face des princes du sang , si quelquefois ils venoient à Paris,

A quoi M. le duc d'Orléans et M. le prince ayant répondu , mais en i$ubstance n'ayant dit que les mêmes choses lesquelles ils avoient déjà dites, le reste de la conférence se passa à dire que Tintention de la Reine étoit d'achever toutes les affaires , même celles qui étoient remises au lendemain de la Saint-Martin , afin de faire subsister l'Etat; que pour le .Soulagement du peuple, la Reine vouloit bien que le parlement en eût la connoissance ; qu'elle lui enverroit les états du gros et du détail de la recette et de la dépense, afinque chacun sût quelles étoient les voies du gouvernement; mais qu'il étoit nécessaire d'achever toutes ces affaires promptement, àe crainte que la licence que les peuples prenoient de ne point payer la taille ne se tournât en habitude , et que n'y ayant point d'argent pour faire subsister les troupes, que les ennemis de l'Etat n'en prissent grand avantage ; qu'en cela devoit consister toute l'espéraiice de la paix générale, laquelle n'étoit pas faisable si le roi d'Espagne étoit persuadé

^gB [164B} MÉMOIRES

de pouvoir profiter de no$ divisions domestiques ; que les choses ëtoient, Dieu merci, en bon état, mais qu'il y avoit danger que Taigreur ne. passât plus avant*

Sur quoi chacun ayant parlé diversement, la conférence fut terminée, et remise au dimanche ensuivant, messieurs les princes ayant témoigné qu'ils ëtoient marris que l'assemblée eût été remise au mercredi, parce que le temps étoit cher, ^t qu'ils estimoient être nécessaire de travailler incessamment en la matière.

Le dimanche 27 septembre, nous nous rendîmes à Saint-Germain ^ pareille, heure , et en même nombre ; et après avoir dîné et avoir été servis par les officiers du Roi magnifiquement, nous allâmes au château neuf, au même lieu où nous avions fait la première conférence. Là chacun étant assis, ainsi que lé jour précédent, fors que M. le chancelier fut priësentà cette conférence et prit place au-dessous- de M. le prince de Conti , et que M. le maréchal de La Meilleraye y fut présent assis au haut bout de la tabk, et proche de lui M. Tubeuf , président des comptes et premier intendant des finances , M. le duc d'Orléans dit qu'il avoit rapporté à la Reine lès propositions qui fivoient été faites le dernier jour ^ qu'à l'égard de la continuation du parlement, qu'elle en demeuroit d'accord; que pour le retour du Roi, elle n'estimoit pas qu'il fût juste de la presser d'y satisfaire préseatement; que cela se fçroit avec la bienséance, et Jorsr que tous les esprits seroient calmés.

Quant à la déclaration qui étoit demandée pour la sûreté des particuliers , que cet article étoit l'un de ceux qui avoient été proposés en la chambre Saint-

d'oMEK talon. [1648] 'JL^Q)

Louis ) et sur lequel il seroit fait droit lorsqu'ils seroient examitiés; et pour ce qui regarde le lieu de la conférence , qu'il croyoit que messieurs ëloient satisfaits des raisons qui leur avoient été expliquées pour lesquelles cela ne pouvoit être fait. .

Cette réponse obligea M; le premier président de parler, et de dire: « Monsieur, Votre Altesse nous « ^a invités à la conférence dans le dessein de trouver « quelque expédient pour travailler sur les désordres (( présens de TEtat -, à quoi le parlement a donné les ft mains, et a estimé qu'avant que d'examiner les pro- K positions, qu'il étoit juste d'assurer les esprits du « peuple et des ofiiciers du parlement, et à cette fin « supplier le Roi de nous donner une déclaration , et « de vouloir assurer par sa présence et son retour, « ou du moins par celui de messieurs les princes, ft les défiances que chacun a prises dans cette occa- K sion. »

A quoi M. le duc d'Orléans ayant dit qu'il n'y avoit aucune occasion d'appréhender , et M. le prince n'ayant point parlé, M. le duc d'Orléans a dit qu'à l'é- , gard des articles de l'ordonnance de Blois cela étoit accordé, et que cela seroit expliqué par M.. le chancelier. Et de fait M. le chancelier iyant pris la parole, a dit que dans la dernière déclaration que le Roi porta au parlement ayant été dit que les articles de l'ordonoance de Blois seroient exécutés , l'intention de Sa Majesté a été d'en user légalement et sincèrement, sans obscurité ni équivoque ; consent que les cinq artUJes soient transerits dans la déclaration , et entend qu'ils $oient observés : desquels articles il fit là lecture tout au long, puis l'on parla des lettres d'Etat.

3oO [1648] MÉMOIttES

M. le premier président soutint que c'ëtoient lettres de, justice , qui dévoient être adressées à la cour pour en juger la civilité. M. le prince insista, et dit que si Ton ne donnoit des lettres d'Etat à ceux qui servent dans les armées , que tous ceux qui possèdent quelque bien s'en retireroient, et que si ceux auxquels telles lettres sont accordées étoient obligés d'en solliciter rentérinement, qu'ils voudroient quitter l'armée pour faire entériner les lettres d'Etat, aussi bien que pour le jugement de leur procès : de sorte qu'il fut comme accordé que les lettres d'E}:at ne s'expédieroient point à l'avenir, sinon sur le certificat des généraux d'armée, et non des moindres officiers, ou du moins des gouverneurs des places dans lesquelles servent actuellement ceux qui sont obligés d'y étire pendant le quartier d'hiver. Après cela l'on parla des lettres de rémission et abolition qui 's'adressent tous les jours au grand prévôt, au préjudice des juges ordinaires, et l'on demeura d'accord que nulles lettres de cette qualité ne s'adresseroient à l'avenir qu'aux juges auxquels appartient la connoissance de l'affaire \ puis de l'article des fermes du Roi, pour dire qu'elles se donneroient à l'avemr sans deniers d'entrées et sans avance , dont l'od demeura pareillement d'accord -, puis M. le maréchal de La Meilleraye prenant la parole, expliqua les dépenses nécessaires, commençant par les maisons royales, et ensuite les^^rnisons, les pensions et autres dépenses^ même celles de la guerre, qu'il fit monter à cinquante-neuf millions ; [puis l'on demeura d'accord que la recette- montoit à quatrevingt-douze millions], sur lesquels il faut défalquer les charges , savoir les gages des officiers , les rentes,

D^OMEK TALON. [l648] 3oi

puis le quartier de la taille que Ton remet au peuple ; plus, dix millions par an que Ton a proiûis aux traitans et gens d'affaires, auxquels il est dû six vingts millions pour avances qu'ils ont faites : toutes lesquelles charges se montant à cinquante-sept millions, il ne se tronvoit que trente-cinq millions de clanr et liquide , et par ainsi il manquoit vingt-quatre millions pour satisfaire à la dépense ordinaire.

Sur la lecture qui fut faite par M. le surintendant de la dépense, de la recette et des charges, se formèrent plusieurs incidens par diverses personnes , qui se plaignoient en effet de la mauvaise administration , et lapportoient pour plainte le manquement exercé les années précédentes : par exemple sur le sujet des ambassades Ton allégua que plusieurs n'avoient pas été payées, dotit le surintendant demeura d'accord; mais il dit qu'il ne s'agissoit pas de la dépense des années précédentes , mais de celle qui se devoit faire l'année prochaine; que si messieurs du parlement «stimoient que les ambassades ne fassent pas nécessaires , ou que les ambassadeurs ne dussent pas être payés, qu'il falloit rayer ce chapitre -, mais qu'il n'étoit pas à propos du mauvais exemple des années passées d'en faire une loi. Ainsi se consomma le temps delà conférence, pendant laquelle comn^e j'étois assis derrière la chaire de M. le duc d'Orléans, je m'avançai à son oreille pour lui dire que je voyois bien dans l'esprit de tous ces messieurs peu de satisfaction, faute d'assurance et de sûreté qui leur soit promise ; qu'il étoit de sa prudence de travaillera remettre quelque chose de cette appréhension publique , leur donner quelque bonne parole précisie, et lui-même vouloir les assurer. M. le duc

3o2 [^^4^] MÉMOIRES

d'Orlëans me dit qu'il n'avoît point d'ordre pour cefat. Je m'avançai vers M. le maréchal de La Meilleraye , afin qu'il le dit à Monsieur ; et pour la seconde fois comme j'aperçus que la conférence prenoit fin, je le dis encore une fois à M. le duc d'Orléans, lequel se voyant pressé de cette semonce seconde , s'avança an travers de la table pour le dire à M. le prince ^ et d'autant qu'ils n'avoient aucune charge précise pour cet article, ils se levèrent-, et amusant la compagnie de discours inutiles, M. le duc d'Orléans envoya l'abbé de La Rivière , son premier ministre , vers la Reine ^ pour savoir ce qu'ils avoient à faire; et aprè^ plusieurs allées et venues M. le duc d'Orléans prit congé de la compagnie , et se séparant il leur dit que personne ne devoit avoir aucun soupçon ni défiance; qœ la Reine n'avoit aucune intention de faire injure à qui que ce soit de la compagnie ; qu'elle n^avoit aucun souvenir ni ressentiment de ce qui s'étoit passé, et qu'encore que la parole de la Reine qu'ils leur portoient n'eût point besoin d'assurance ni de caution, qu'ils en donnoient leur foi et leur parole, et que l'on le pouvoit dire à messieurs du parlement. Ainsi il parloit tant en son nom qu'au- nom de M. le prince, lequel y étoit présent.

Le mercredi matin, M. le premier président fit la relation de ce qui s'étoit passé dans ces deux conférences, après laquelle aucuns de messieurs ayant demandé à délibérer pour savoir si la continuation de la conférence étoit nécessaire, les autres qu^il étoit besoin de travailler à la confection de la pancarte , l'heure ayant sonné, M. le premier président s'est levé sans aucune délibération.

d'oher talon. [1648] 3oî

Le jeudi premier octobre , nous avons ëtë à Saint- Germain , et y avons été reçus et traités en la manière ordinaire : trois de messieurs les présidens, lesquels n'y avoient point ëtë les autres jours , savoir M. de Nesmond, M. deBellièvre et M, de Novion, s'y sont trouvés.

M. le duc d'Orléans à dit qu'il n'y avoit plus rien à faire, sinon à lire les articles proposés en la chambre de Saint-Louis, et les résolutions que la Reine avoit prises sur iceuo^. M. le premier président a insisté sur la sûreté publique, et sur la liberté des particuliers qui ëtoient demandés, et de laquelle il avoit été parlé dans les autres conférences 5 sur quoi M. le duc d'Orléans ayant fait signe à M. le chancelier qu'il parlât, il a pris la parole, et a récité un discours étudié, dans lequel établissant le point d'autorité royale et la prë*^ Toyance nécessaire dans les affaires publiques, il a soutenu que l'on ne pouvoit pas ôter au Roi cette liberté qui a été exercée dans tous les siècles , et qui est absolument nëdessaire dans tous Etats, de pouvoir arrêter et s'assurer de la personne de ceux qui par cabales , par menées , par intelligences , et autres voies mauvaises, peuvent troubler la tranquillité des Etatd, desquels les crimes ne doivent point être ré* vëlés ni connus dans le public 5 qu'il y a grande différence entre la justice publique et la justice particulière, entre le gouvernement de l'Etat et la distribu-^ tion du droit qui est dû à un chacun. Dans le dernier, l'ôrdannance y a pourvu, qui veut que les juges qui retiennent un prisonnier soient obligés dans les vingts quatre heures de l'interroger, et ensuite de lui faire son procès , parce qu'il est vrai que la prison n'est

3o4 [l^4^] MÉMOIHlfi^

pas une peine ; mais dans la jastice publique y dans la conduite et Tadministration de FEtât , dans laquelle Ton ne peut pécher deux fois, qu'il doit être dans la liberté des souverains de faire arrêter ceux sur lesquels tombent les soupçons^ desquels ils ont reçu des avis^ et sur lesquels il y a quelque sorte de crainte qu'ils n'abusent de l'emploi et la condition en laquelle ils se rencontrent; que dans ces occasions les formalités sont inutiles, parce que dans les affaires de cette qu^itë les événemens sont de trop grande consé* quence, et que tout ainsi que dans les crimes particuliers il est plus expédient que cent coupables s'échappent que non pas qu'un innocent périsse, dans le gouvernement des Etats il est plus expédient que cent innocens souffrent que non pas que l'Etat périsse par la faute d'un particulier. Pour cela la Reine ayant fait délibérer cette affaire dans son conseil , dans lequel étoient M. le duc d'Orléans et M. le prince , elle a jugé ne pouvoir faire ce préjudice à l'autorité royale de vous accorder la déclaration telle qu'elle est demandée : le Roi lui reprocheroit quelque jour qu'elle auroit contribué à la diminution de son autorité, et qu'elle ne lui auroit pas conservée tout entière; mais elle consent d'accorder une déclaration portant oubliance du passé, en la forme et manière que le parlement la désirera , dans laquelle elle ajoutera qu'au cas qu'aucun soit arrêté ou emprisonné, que son procès lui sera fait par ses juges , auxquels il sera rendu. A quoi M. le duc d'Orléans et M. Je prince ont ajouté que tel avoit été leur sentiment dans le conseil ; qu'ils sont débiteurs au Roi de la conservation de son autorité, lequel pourroit leuiv reprocher qu'ils n'en au-

DOMBH TALON. [l()4B] ioS

roieni pa^ eu le soin nécessaire s'il» Tabandônnoient! dans cette occasion; que quant |à enx ils ne donneroû^t pas conseil de passer plus avant, parce' qu'ils ôteroient au- Roi toute )a force de sa puissance, et doBiieroient aux hommes malicieux la licence et Vka^ panité tout entière d'entreprendre ce que bon leur sembleroit, de cabsJer à la cour, conserveras inteUigences dedans et dehors le royaume , avoir des pratiques secrètes où bon leur semblera, dont les preuves consistent dans les avis qu'ils sont donnés par persMuies connues, mais qui ne peuvent ou qui ne voudroient pas éti^e témoins en justice, et desqudk faits la poursoKte n*a jamais été faite par les formes judiciaires, parce qu'il se trouve quelquefois telles personnes intéressées, que la prudence et ladiscrétion politique ne peut souffrir que le secret de l'Etat soit diYul|[iié. Qu'au surfdus telle prétention n'étoit jamais montée dans rasprit des hommes ; que lorsque la Reine mère du Roi défunt avoit été poussée hors le royaume; que lui M. le duc d'Orléans avoit été obligé de sortir d'Orléans, et depuis de Bellegarde^ lorsque , dans les amnées dernières et dans les> siècles passés, ks princes, les grands, du royaume, et autres personnes , ont été con^pédiés , disgraciés ou emprisonnés^ les compagnies souveraines jamais ne s'en sont intéressées , sinon lorsque ceux de leur com-^ pagnie y ont été intéressés , se fondant sur ce prétexte que leurs confrères étant malti^ités potircequi s'étort passé dans l'exercice de leurs charges, la eoniHïissance leur en devoit appartenir*

M. le premier président a répondu qa'il y avoîi grande différence entre les choses rares et singoKè** T. 6i. ao

3o6 [1648] MÉMOIRES

res, qui ne méritoient point de loi, ou bien les choses communes et ordinaires pour lesquelles la loi ëtoit désirée^ que Tintentiôn du parlement n'ayoit jamais été de diminuer Tautorité du Roi dans la conduite et le gouvernement de l'Etat, mais de le supplier, sur Toccurrence des affaires présentes, de vovJoir donner quelque sorte de sûreté à ses sujets, qui se trouvoient obligés d'appréhender les mauvais traitemens , lesquels ont été si fréquens depuis quatre mois en çà, qu'il y a lieu d'y prendre garde, étant notoire que le roi Louis xi ayant plusieurs fois dépossédé, chasse , maltraité ses officiers , il lejs mit en telle défiance , que pour les rassurer il fut obligé lui-même de. faire l'ordonnance par laquelle il déclara qu'aucun ne pourroit être troublé dans l'exercice et la fonction de sa charge, sinon en cas de forfaiture jugée ; qu'en ce temps la vénalité n'étoit pas introduite dans les charges, encore moins l'hérédité : de sorte que cette ordonnance non-seulement regarde le titre des charges,, qui ne peut être arraché aux officiers pendant leur vie , mais principalement l'exercice et la jouissance d'icelles , de laquelle ils se trouvent privés par les éloignemens de leurs personnes et par les emprisonnemens , qui d'ailleurs contiennent des afflictions douloureuses , dans lesquelles la mort seroit plus douce bien souvent qu'une prison rigoureuse. Ainsi ce que le parlement souhaite pour l'assurance de tous les sujets du Roi n'est pas en effet une nouveauté, mais le renouvellement et l'ampliation des anciennes ordonnances ^ et ce qui rend la demande qui en est faite d'autant plus nécessaire est qu'il semble que le refus porte avec soi le témoignage de quelque maii*

b'omer talon. [1648] 3o7

vaise volontë , et le dessein d'un mauvais traitement prémédité contre quelqu'un : car de dire que Ton veut limiter les effets de la puissance et de l'autoritë royale, au contraire il semble que ce soit les étendre de faire régner le Roi dans les cœurs , lui procurer Tamour et la bienveillance publique de tous ses sujets, qui est le plus riche trésor des souverains.

M. le chancelier ne fit autre réponse, sinon que le parlement se devoit contenter de la réponse de la Reine, laquelle faisoif en cette occasion tout ce qu'elle pouvoit pour la satisfaction publique, et ne pouvoit rien accorder davantage sans offenser Tautorité royale 5 ce qu'elle ne feroit jamais. Laquelle réponse fat interprétée dans la bouche de M. le chancelier comme un témoignage de son esprit irrité , qui ne contribuoit pas à la réconciliation ^ et ensuite M. le duc d'Orléans ayant insisté sur l'importance de cette déclaration, le préjudice qu'elle pourroit porter aux affaires publiques du gouvernement , et l'inutilité présente, puisqu'ils donnoient leur parole qu'il ne seroit fait injure ni déplaisir à personne , M. le président Novion insista , et dit que cette déclaration étoit désirée , afin qu'étant une fois registrée dans le parlement, s'il y étoit contrevenu, le parlement pût informer .contre ceux qui auroient donné tels conseils à la Reine , non pas de vérité contre la maison royale , mais contre les autres. M. le chancelier lui répliqua modestement que c'étoit une mauvaise proposition, parce que les souverains appellent à leur conseil qui bon leur semble, et des avis qui leur sont donnés t|s en forment des résolutions^ qu'il étoit inouï et sans exemple, mais sans raison, de se plaindre des avis que

3o8 [1Ô48] MÉMOIBES

les hommes donnent en leur conscience , et que les roi» ne tronveroient personne qui les Youlût sefvir, si lenrs |wnsées et leurs avis ëtoient criminels.

Ainsi, après plusieurs altercations, M. le duc d'Orléans et M. le prince ayant promis de faire savoir à la Keîne les raisons de la compagnie , mais ayant témoigné qu'ils ne la persuaderoieût point, parce qu'ils n'eetnnoient l'insistance du parlement juste ni raisonnable , l'on passa auit articles arrêtés en la chambre Saint-*Louis, sur lesquels et chaciin d'iceuî M. le chancelier lut la réponse arrêtée dans le conseil du Roi, de la plupart desquels le parlement fut content, et d'aucuns demeurèrent en suspens, et fut la conférence remise au samedi ensuivant.

Le vendredi matin a octobre, M. le premier préâdent fit la relation ée ce qui s'étoit passé à Saittt- •Geniiaîn, fit lire les réponses sur chaeun article de la chambre Saint*-Louis , et ainsi fat consommée k

matinée.

L'aprèft-dînée , messieurs furent assemblés pour travailler au tarifa et fut donné arrêt portant décharge au peuple d'une nouvelle imposition sur le pied fourché (0 qui avoit été fiiite quelques années auparavant, et ordonné que l'arrêt seroit le lendemain publié; ce qui fut fait, et qui fit grand bruit à la cour le lendemain. Et de fait le samedi 3 octobre , ayant été assis k la conférence ainsi que les jours préeédens, M. fe chancelier commença par k son discours : que la Reine étoit offensée de ce qui s'étoit fait le jour pré-

'(i) Le pied fourché: c'cloit un droit qui se perceroit» aux porte» ^« Piris et d'antres TiUet, »ur le» bœufs, vacÎKs, moulons, cl eu gcueVai for les «mmanx foi ont le pied fourchu.

DOMRR TAU)N. [lti4B] BoQ

cëdmit, et que paudaQt la coaférewe Tou avoit dotiné uu arrêt d^ <:ette qualité portant remise au peuple dWe impiositioQ yërifiée à la cour des aide» contre et au préjudice de la parole écrite , le f)arlement ayant arrêté que pendant la guerre Tonferoit subsister toutes les impositîoiis établies sur le peuple, en quelque sorte et aianière que la vérification fât faîte , soit en la cour des aîde^ senli^aoent, soit par rauioritë d'un prince <^u par sufiVages, etc.

M. le premier président répliqua que la Reine amt commandé qu'il fut incessamment procédé à la rédaction de la pancarte ; qu'ensuite Ton y avoit travaillé -, que les droits anciens des aides ont été examinés ^ et jugés devoir demeujrer ; que ce droit sur le pied fourciié fait partie de l'imposition du sou pour li?re établie en l'année *....; que cette imposition a été levée et remise an peuple, et ainsi que ce droit doit cesser^ qu'au surplus la Eeine ayant témoigné qu'elle vouloit dans cette <H:casion remettare au peuple quelque chose des droits qui se lèvent actuellement » qu'elle ppuvoit imputer cette remise ssur ce qu'elle avoit dessein d'accorder. Ajouta M, le premier pré* sident ^ue la compagnie désiroit réponse itar l'arUele d^ la suret^ publique et particulière,

A quoi M, le chancelier a répondu que la Reine ^cçordoit qi^ si aucun étoit emprisonné , qu'il seroit i^ndu à son juge pour lui être son procès fait dn moins dans trois mois, si ce n'étoit que la qualité du crime fût telle que le bien de TEtat ne le pût pas soulffrir si tôt. Sur laquelle proposition M» le pré»* dent de l4ongueil a dit que cette clause étoit une

captatign, parce que l'exception étant aussi Is^geifue

3lO [l^4^] MÉMOIRES

la règle , la grâce que Ton demandoit seroit ëliidëe : au contraire , que c*étoit établir une loi contre le parlement, lequel dans ces occasions particulières avait toujours réclamé contré les emprisonnemens et exils de cette qualité, et soutenu par leurs remontrances qu'ils étoient contraires à la liberté puUique ^ que si cette dernière clause étoit ajoutée dans la déclaration du Roi et regîstrée au parlement, que ce seroit consentir et demeurer d'accord que telles voies sont légitimes, et qu'il dépend de la volonté de ceux qui commandent d'en user comme bon leur semblera. Ainsi cette proposition ayant été rejetée après plusieurs pourparlers, la conférence étant sur le point d'être rompue , M. le chancelier fut invita d'aller à la Reine pour la prier de s'expliquer , et ne point ajouter cette exception *, et après qu'il eut été absent un bon quart-d'heure ou environ, M. le prince fut prié par aucuns des députés d'y aller lui-même (ce qu'il ne voulut pas faire que conjointement avec M. le dac d'Orléans); et M. le duc' d'Orléans l'ayant trouvé à propos, ils allèrent ensemble trouver la Reine, laquelle étoit dans le parc; et après cette conférence, dans laquelle je ne sais ce qui se passa , mais qui dura plus d'une grande heure , ces messieurs retournèrent, rapportant peu de satisfaction sur leur face.

M. le duc d'Orléans prenant la parole, dit que cette affaire étoit de telle importance pour l'établissement de l'autorité royale et la conservation de la monarchie,- qu'il étoit difficile de la résoudre en un moment; qu'il prioit messieurs de la compagnie de lui vouloir donner un jour seulement pour y penser, et le faire résoudre à la Reine ; qu'il ne croyoit pas que

d'omsr talon . [ 1 648] 3 1 1

ia compagnie lui voulût refuser un si petit délai. Ces messieurs les députés lui répondirent que cette proposition étoit sujette à délibération ; qu'ils la feroient * lundi matin, et qu'il y faudroit opiner; mais qu'il seroit plus expédient de retourner le lendemain ; et afin que la conférence se fît de meilleure heure et s'achetât plus tôt 9 que chacun dînât à Paris et se rendit à Saint-Germain à une heure, pour travailler avec plus de temps : ce qui fut accepté par messieurs les princes,

M. le duc d'Orléans et M. le prince témoignèrent apporter toute sorte de facilité en cette affaire , et ne disant rien ils rejetoient en effet sur M. le cardinal Mazarin toutes les difficultés qui y étoient apportées : comme de vérité une déclaration de cette qualité est l'affaire d'un favori, lequel, pour empêcher les cabales qui se peuvent £aiire contre sa personne , se sert de l'autorité de son maître pour faire estimer criminels ceux qui envient sa fortune , et qui travaillent à lui rendre de mauvais offices.

Et de fait, le lendemain dimanche 4 octobre , nous retournâmes à Saint>Oermain , où j'appris que la Reine avoit refusé le jour précédent à messieurs les princes, qui Tavoient été trouver dans le parc où elle étoit, toutes sortes de propositions autres que celles qu'elle avoit accordées 5 mais ils ne voulurent pas rompre , et s'avisèrent de demander vingt-quatre heures de temps. pour y délibérer plus amplement ; ce qui succéda en quelque manière, car lorsque nous fûmes assis à la conférence, M. le duc d'Orléans nous dit que la Reine avoit acdordé à la compagnie ce qu'elle désiroit ^ et à l'instant M. le chancelier prenant la pa-

Si9 {i648]

rôle » fit un grand dssooiairs de Faiitorité r^juaie, et cfm le parlement devoit coixkrilmer à la makHenôr^ et puis il expliqua Tioli^tion de la BjetBe, qui «étoît d'accordeur trois choses : la premièm , qu'aucun 4)fficter jae pourroit être deatîtoë de Texndee et Ibnctioa de sa cWge ipar «impies lettres de caebet ; la second, qu-au cas qu'aucun ofiiaîcr des oompagaies sotime^ raiintes fût an^té, que dans les Tingt^alm hennés 3 sera reudu à ses juges, naturels^ qpour lui <étre son pvacès fait et parfait*, la troisième, que si aucun «ibre d^s sujets du Roî e$t emprisonne par commanâeiiieiit «du Roi^ ^n prio^^s p^ lui poiarni être twk qoe par ;9es j»ges naturels , auxquels il sera vendu ài'ânstant, «i m nlétQit quH] fallAt ^du temps pooir Êtine les pneu- "ves , auquel <^as la Heine promet dsms six meis au plus tard le jp^nvo^er à ses juges nafmrels. Lequ^ terme de si:^ VSJsàA'étimm^ les asaistans , qui demandèMot rel^^ehe d'un si long terme ; ta. ;anr cette alieredtion se cO)asamma quelque temps , messieurs les princes témoignant que la Reioe ne pouvoèt pas se pelâclier davantage.

I^a r<^ponse dejafieinearoit^r'ëdigëe parant, et &it lue par M. le chancelier ^n termes bien «oneertil»^ leqjuel m^ dit ensuite que la Keine ne IV y(9^t pas v,<%alu consentir .que «laieieiirs les princes ne Tiaieut signée, et liûrmème dumcelier de Franee. Atirm cet acte /ei|-soii.0rig!Înai est signe de M. le duc d'Qrl^ns>, M. le piwee de Condé^ M. le fnrinotde Cetstti ,, Mt le 'ear.dinal .Massairin., JVL. de I,iOii|^e«i]Ie elL M., le ^ofaanceiier^ OuUie plus^ la fieise désira que ces ri9ie^sJQui» lui promissent /qu'en cas que le parlement ne voulut pas obéir , et donner la paîi à Paris ,

d'ûnsr TixoN. [1648] 3l3

c'^l-àidire ce«ier toutes sortes <f assemblées , i]s empleieroieiii tout leiur paoroir pour s'opposer à la cotitradictioo 4u paiiement, et&ire subsister raatx>ritë du Roi.

Cette premîène diificultë n'ayant point eu d'autre is$iia, sioon Jb prière que Êdsoient les députés du parlement de râbbattre quelque chose de la longueur des m mxm , et messieflflrs les prixices ayant insisté, et témoigné qpii'après avoir fait ce qu'ils avpient pu, que le figdeineni demi se coii4:€nter des choses justes et pos^JUes , Ton pa^sa à traiter les autres propositions qui festoient à oK-aunner de rassemblée faite au parkment v^ndr^dà , d<9)ai quatre regacdoient M. le chancelier, savoir, 2" Tmigmentation du sceau; 2^ Tcxcès des tax^s d'icehii à Fégard des communautés qui sont obligées de lever des lettres à la chancellerie pour leurs affaires communes ; 3^ les lettres de répit qui s'expédient en (epmmsudement, au lieu que ce sont lettres de justice ; 4** ï^s privilèges de vendre certaines denrées et marcha^idîses privativement aux autres marobands, ce qui est proprement un monopole, et qui fait préjudice au commerce, âur tous lesquels che& M. le «çhAUcejyher ayant insisté et s'étant mal défendu ^ il a été abandonné par messieurs les princes avec qu^ue sorte à^peûi mépris , et de témoignage du peu d'estime qu'ils laisoîent de sa personne ; puis J'on a parlé d« h remise d'un quartier de la teille , 4»i a été accordé par M le surintendant, avec cette iîlause ; Lef chcirg^^' préalablement déduites. Sur Twiterprétation dq laquelle clause s'étant mu quelque doute , il a été arrêté d'ajouler ces termes : Le Umi ^houiissantà ta décharge d'un sixièmede la taille .

3l4 • [1648] MÉMOIRES

La dernière difficulté a été pour le tarif et la diminution des taxes sur les entrées de cette ville , sur lesquelles messieurs les princes ont abandonné jusqnes à cinq cent mille livres par chacun an , en ce compris ce qui a jà été diminué sur le vin et sur le pied fourché , avec liberté de régaler cette diminution sur telles denrées qu'ils aviseront. Ainsi la conférence s'est finie, dans laquelle la Reine s'est -relâchée entièrement et tout autant qu'il se pouvoit souhaiter , mais avec cette condition que le parlement acheveroit incessamment toutes ses délibérations •, que par ce moyen le peuple seroit assuré, et les deniers dus au Roi payés dans la campagne et dans Paris : mai J si le parlement n'avoit pas cette volonté , et qu'il fut refusant de s'accommoder à des propositions si justes et raisonnables, que la Reine seroit obligée d'user de toute sorte de voies pour la conservation de l'Etat : ce qui fat dit, insisté et répété tant par M. le duc d'Orléans que par M. le prince de Condé.

Le, lundi 5 octobre , la relation de ce qui s'étoil passé en ces deux dernières conférences étant rapportée au parlement, la délibération reçut grande difficulté , tant parce que la Reine accordoit tout ce qui étoit demandé , que même elle leur donnoit liberté de dresser la déclaration ainsi qu'ils la désiroient, aucuns disant que le parlement n'avoit pas coutume de mettre la main à la plume pour rédiger par écrit telles lettres, mais de délibérer sur celles qui lui étoient envoyées; lés autres, que c'éloit le parlement qui désiroit cette déclaration, et partant que c'étoit à lui à la faire, puisque le Roi en étoit d'accord -, d'autres disant que cette clause qui portoit

D'OMSR . TALO». [1^4^] 3l5

que quand un officier de compagnie souveraine auroit ëtë emprisonné, qu'il seroit rendu dans les vingtqaatre heures à son juge , qu'elle étoit injurieuse à l'honneur du parlement, dautant que les officiers d'icelui ne peuvent être accuses ni emprisonnes que par Tautorité de toutes les chambres assemblées , et que telles déclarations porteroient le consentement de la compagnie pour souffirir un emprisonnement par autorité et puissance absolue.

Enfin après plusieurs discours généraux il fut arrêté que les députés qui avoient été à Saint-Germain seroient assemblés chez M. le premier président de relevée , et le lendemain mardi 6 octobre , pour examiner tout ce qui a été fait et arrêté dans les conférences, et le rapporter mercredi matin, toutes les chambres assemblées : ce qui a été fait, et furent les journées de mercredi, jeudi (0 et samedi employées à la lecture et à la discussion de tout ce qui avoit été fait à Saint-<]^ermain dans les conférences , pour répondre aux articles de la chambre de Saint-Louis , et la plupart des réponses trouvées être raisonnables.

Le lundi 1 2 octobre , les chambres furent assemblées pour délibérer sur le tarif, pour savoir si Ton accepteroit les offires qui avoient été faites à la conférence de diminuer au peuple cinq cent mille livres sur toutes les denrées qui se débitent dans Paris ; et après plusieurs altercations il passa de travailler à la discussion de toutes les impositions en particulier, pour savoir celles qui peuvent subsister ou celles qui peuvent être ôtées^ et à Finstant ayant été travaillé sur les impositions qui se lèvent sur le vin qui se dé-

(1) Vendredi, SaitU-Dénis. ( Noie à? Orner Talon, )

3l6 [<64^] MÉAlOlHES

bite k Paris, Ton demeura d'accord d'ea reixaaeher ciuquante-huit ^oua pour muîd d'une part, et trente sous d'autre. Mais, de la manière en laquelle cette diminution seroit faite, il y eut trois avÎ9 : M. de Bronssel soutenant que cela se pouvoit £ûre de Tautoritë de la cour et par arrêt, M. Ferrandqu'ily aroitlieude doimer arrêt, mais d'en surseoir Texëcution jusques à ce que Ton eût demaûdé à la Reine une dëolaration à cet effets le troisième, de M. Menardeau^ par lequel il p^ssa, qui fut que la Reine seroit très^hnmblemeoi suppliée de vouloir accorder cette diminution au peuple ^ et quoique la cour eût tra-^illë jusques à sept heures du soir , j[l fut impossible de ces trois avis d'eu faire un arrêt, et fallut remettre la dëlibémtîon au lendemain pour compter les toîx, et voir par où il passeroit; dont la Reioe ayant ëtë avertie le lendemain à huit heurtes du matin , nous fiit apportée une lettre de cachet, par laquelle il étoit mande à la cour de se trouver ce jour taême k onze hennés dû niatin à Saint-Germain pour entendre la volonté de la Reiae sur les propositions faites en la compagnie , et cepen* dant sursis à toute délibération.

Cette lettre de cachet redut de grandes diffîqultës, la plupart de messieurs soutenant qu'il y avoit arrêt, puisque chacun avoit opiné , et qu'il ne s'agiasoit plus que lire les opinions ^ les autres au contraire que ce n'étoit pas comme dans un arrêt de partage, après lequel il y a arrêt sans dii&culté , parce quHl n'est ifAos au pouvoir des juges de varier; mais que, dans ce rencontre , dans la lecture des opinions il étoit permis d'interpréter son avis , d'y aJM>uter ou y éimînuer, et ainsi qu'il n'y avoit point d'arrêt. Enfin après plu-

d'ombr talok. [1648] 3i7

sieurs contestations il fut résolu que la cour iroit à Saint-Germain par ses députés, mais que ne s'y potiyant rendre à onze heures , elle s*y trouveroit à deux heures *, et pour cet effet nous fûmes mandés dans là grand'chambre afin d'en donner avis à la Reine, et cependant que la délibération du jour d'hier seroit achevée, et les opinions lues pour Êiire arrêt; ce qui fat fait, et passa comme il a été dit ci-dessus à sup^ plier la Reine, etc.

Le jour même, kidus nous rendîmes tous à Saint<- Gerraain nn peu après deux heures, et fûmes introduits dans le cabinet de la Reine sur les trois heure», ou M. le premier président ayant fait entendre à la Reine la délibération faite la matinée, et Tayant sup^ pliée de vouloir faire grâce au peuple avec instance et paroles de grand respect, mais sans bassesse in^ digqe de sa condition, la Reine a dit que Ton se reti^ lât, et qu'elle feroit réponse. Et à l'instant le conseil ayant été tenu dans un coin du cabinet , tous les dé^ pûtes du parlement étant dans un autre , la Reine nons a rappelés, et par la bouche de M. le chancelier nous a fait dire que cette longueur qui s'apportoit aux affaires étoit capable de les ruiner i que les peuples conce^ voient des décharges immenses , et une espèce de libé^ îs^tion de toute sorte d'impôts, pendant lequel temps ils s'accoutumoient à ne rien payer-, et que par ce moyen aucuns.gens de guerre, Suisses ni Français, tfétant point point payés , aucune garnison n'étant entretenue, il pouvoit arriver quelque accident notable dans les affaire^ publiques^ que la Reine désiroit que les choses s'accommodassent au plus tôt; que pour y convier la compagnie la Reine £ûsoit cet effort d^ac-»

3l8 [^^4^] MÉMOIRES

corder jusques à douze cent mille livres de diminution par chacun an sur toutes les denrées qui se consomment dans la ville de Paris , laquelle somme de douze cent mille livres la. Reine consent qu'elle puisse être régalée sur telles marchandises que la cour voudra, le plus au soulagement du pauvre peuple , mais avec cette condition que cela se fasse dans le lendemain , après lequel temps la Reine ne peut plus souffrir toutes les délibérations. Ce terme si bref offensa les assistans , n'étant pas possible dans un si brief temps de résoudre une affaire de cette qualité , quand bien chacun seroit d'un même avis; de sorte que M. le premier président répliqua que Sa Majesté ne pouvoit rien imputer à la compagnie, laquelle délibéroit sur le tarif, et que la Reine leur ayant abandonné jusques i une certaine somme pour ïa distribuer au peuple, qu'ils n'avoient pas voula donner arrêt pour la décharge de quelques droits sur le vin , mais avoieot cru pouvoir supplier la Reine de l'accorder-, qu'ils avoient pensé devoir ainsi délibérer sur les autres marchandises les' plus nécessaires à la vie , afin d'en demander la diminution à Sa Majesté ; ce qui ne se peut pas faire par un si grand nombre de personnes, et en si peu de temps.

La Reine ayant insisté sur le préjudice que reçoivent les affaires du Roi par les assemblées et les longueurs de cette qualité, M. le cardinal Mazarin ayant parlé aux uns et aux autres en particulier, l'assemblée s'est ainsi séparée , et sommes retournés à Paris.

Le mercredi 1 4 octobre , M. le premier président ayant fait relation de ce qui s'étoit passé le jour précédent à Saint--Germain , la délibération fut commen;

d'omer talon. [1648J Sig

cée , et dura jusques à onze heures du matin , qu elle fut remise à Taprès-dinëe ^ mais pendant ce temps la salle du Palais se remplit de si grande quantité de personnes, que lorsque aucuns de ces messieurs voulurent sortir de la grahd'chambre ils trouvèrent les passages bouchés , le peuple murmurant de ce qu'ils n'avoient pas donné arrêt. A Tinstant messieurs les présidens voulant sortir, les huissiers marchant devant eux avec leur baguette , ils y trouvèrent aussi grande difficulté ^ il s'éleva de grandes clameurs sur eux y et furent extrêmement pressés et maltraités par tout ce peuple, qiii étoient cabaretiers , tonneliers, leurs valets , leurs femmes , et avec cela force gens inconnus et fainéans, lesquels demandoient justice , menaçoient et disoient de mauvaises paroles à ces messieurs les présidens. Ce qui fut mandé à Saint-Germain, et plus grièvement encore qu'il n'étoit arrivé.

Cette action nous offensa fort au parquet lorsque nous en fûmes avertis, et résolûmes que nous devions y contribuer pour y apporter quelque ordre : pourquoi faire nous résolûmes de mander les officiers de la police pour se trouver dans la grand'salle , et mettre leurs archers en quelque endroit , au cas que l'on en eût besoin. Outre plus , nous entrâmes l'après-dinée dans la grand'chambre , nous remontrâmes à la cour l'importance de ce qui s'étoit passé le matin , et des mauvaises conséquences que cela peut produire ; nous leur proposâmes trois ou quatre etpédiens , ou d'informer contre les auteurs de la sédition, ou de bailler arrêt pour défendre à toute sorte de personnes qui n'ont que faire au Palais d'y venir , ou de les faire ^Wxv à main armée , et de faire armer les bourgeois

320 [l^4^] MÉMOIRES

par Tautimté de la cottr ; ou bien voir si b voie de )a douceur est capable d'y apporter quelque remède , rémotion étant faite par les cabare tiers, quji se plaignent de la dureté avec laquelle les vendeurs et con^ trôleurs de vins exigent les droits qui leur sont attirbues, se rendant eux-mêmes juges du droit qui lenr appartient, k faisant monter à telle somme que bon leur semble -y que , sur la plainte de ces eabaretiers , la cour les a déchargés par provision d'un tiers du droit que lèvent ces officiers $ mais qu'ils désireroîent que ce qui leur étoit remis fut fiicé et arrêté à rme somme certaine, afin qu^ils niaient plus d^occa^on de procès les uns contre les autres.

Sur laquelle remontrance la cour rendit arrêt par lequel elle ordonna que ces vendeurs et eontrélews rapporteroient leurs titres pour être vus , et cependant qu'ils ne pourroient exiger plus de trente sous^ pour muid de vin : la teneur duquel arrêt ayant été par nous expliquée à cette populace, ils se contentèrent, et pour la plupart se retirèrent.

Ensuite la cour travailla à continuer la d^bération du matin , sur laquelle intervînt arrêt portant qo'ii seroit diminué sur les entrées du vin cinquante -boit sous pour muid, et outre arrêté que la Beine seroit suppliée d'augmenter la grâce qu'elle faisoit au peuplé, au lieu de douze cent mille livres, jusques à deux millions , pour être distribués sur les denrées les plus nécessaires à la vie ; et qu'à cette fin les gens an Roi se transporteroient à Sainb-Grermain pour en faire ta supplication à la Reine.

Le jeudi 1 5 octobre , nous fûmes nftandés à k gi^n(fcbambre, où M. le premier président noua ftt entendre

DOMËR TALON. [1648] Sai

la délibération delà cour. Je lui repartis que nous prenions à grand honneur d'exécuter les ordres de la compagnie, mais que nVyant pas assisté aux délibérations, et ne sachant pas les mouvemens de la cour, nous avions besoin d'en être informés , afin de ne pas manquer en la commission qui nous étoit donnée : de sorte que M. le pi^mier président nous fit entendre parle menu, et en peu de mots, le dessein de la cour. De sorte que pour satisfaire à cet ordre nous allâmes

à Saint-Germain, où étant arrivas sur les trois heures,

et ayant visité M. le chancelier, rencontré M.^ le maréchal de La Meilleraye , surintendant , et ayant été conduits chez M. le cardinal Mazarin , nous trouvâmes tous les esprits de ces messieurs fort altérés, sur la pensée qu'ils avoient eue que l'on vouloit tirer de la Reine cette décharge de deu'x: millions, et remettre les assemblées au lendemain de la Saint-Martin ; et quoi que nous leur assurassions du contraire , ils avoient peine de le croire.

Ce jour-là, qui étoit la fête Sainte-Thérèse, la Reine étoit allée à Pontoise aux Carmélites, où la sœur de M. le chancelier est supérieure -, et madame la chancelière donnoit à la Reine et à toutes les princesses la collation : de sorte que la Reine ne retourna à Saint- Germain qu'après six heures du soir, la nuit ét^t jà toute close. Aussitôt nous fûmes introduits dans son cabinet, où étoit toutle conseil, à la réserve de M. le duc d'Orléans qui avoit pris médecine , et M. le maréchal de La Meilleraye qui jouoit avec.lui.

Je dis à la Reine : « Madame, nous avons reçu ordre a ce matin de messieurs du parlement d'àvbir Thon-? « neur de voir Votre Majesté, et lui faire entendre T. 61. 21

Sa2 [1^4^] MÉMOIRES •

a qu'ils dëlibérèreut hier matin et après dtner sur H ce que Votre Majesté leur avoit dit en ce même 4( lieu , et qu'ils ont arrêté , après avoir rendu grâce à iUi Votre Majesté de la bonté qu'elle a eue de diminuer t( à ses sujets une somme de douze cent mille livres iK par an, de la supplier de vouloir augmenter cette « grâce , et la vouloir porter jusqttes à deux millions , 4( d'autant qu'encore que la somme soit grande, néan- « moins étant imposée et régalée sur les marchandift ses , elle se trouve tnédiocre , et comme insensible ic daii9 le détail. Ces messieurs croient, niadame, « qu'outre cette somme Votre Majesté a entendu se « désister du petit tarif, qui se monte à deux cent le' mille livres*, de sorte qu'il ne s'agit plus que de sit Ki cent mille livres , laquelle somme , S'il plaît à Votre « Majesté leur accorder, ils entendent la i^ejeter sur ^ les petites denrées nécessaires à la vie des pauvres k gens, et dans laqueHè somme de deut millions ils « comprennent ce qui a été diminué pour le pied four^ H ché, et ce qui fut hier diminué sur le vin; ce qu'ils n ont cru que Votre Majesté n'auroit pas désagréable n qu'ils l'aient fait , d'autant qu'ils ont travaillé dans « les termes de teur pouvoir, et que cette diminvh « tion sur le vin se trouve dans la somme de douse « cent mille livres que Votre Majesté leut a accor^ A dée ^ et outre ils ont estimé cette décharge et la jn publication d'îceOe être nécessaire pour contenir a le peuple , et empêcher l'émotion de leurs espriis 4( qui sont par trop échauffés, et nous ont donné « charge , madame y de /aire entendre à Votre Ma- « jesté que Tintention de la compagnie étoît, anssi-^ « tôt que le régalement de ces sommes auroit été fiiit

D'oMsa TAiON. [1648J 3a3

« «ar les Marcbmdbea, de cesser toiit^^ les ass^m* tt Uëes, qui n'ont ëté faîtes q^ie pour obtenir. da « Votre. Majesté quelque soubgeioent pow le pauvre a pesple. »

La Reine nous ktterrompit pour nous fsis0 répéter cette dernière partie de notre discours ^ et lui ayant assuré que M. le premier président nous axoit par trois fois doniié ses assurances, elle nous comtnauda de nous retirer dans sa ekambre pendant qu'elle déiibéreroit; ce que nous fîmes, et comptâmes datts la chambre de k Reine aeptbeures, huit et neuf. Un peu après neuf heures nous fûmes rappelés, et la B^ini^ en substance nous dit qu'elle accordoit la sofiupe d^ deux miilioDS en considération de cette promesse que le parlement faisoît de cesser toutes les déljb4* rations, et bous bailla par écrit son intention pow &ire la relation au parlement en conformité du bittet • qu'elle me mettok entre les mains. La Heine eutfiette bonté de nous faire bailler dés flambeaùt. pouir nous conduire , de la bomg^e pour nous éclairer dans I9 carrosse, et un exempt et quatre archers de la eontiétablie pour nous escorter, avec lequel équipa^ nolis reummâmes dans nos maisons après minuit sonné.

Le lendemain matin vendredi 16 oetobre, mwa allâmes au Palais de bonne heure , et aHâjones vers ines^ sieuvs les présidens auparavant l'assemblée, pour Jeu avertir en gros du succès de notre députation^

Sitôt que les chambres furent assemblée!^ ^ AWIS y fûmes mandés^, où je fis relaticm de ce qui s'étoit pansé il Satnt><iermain;, et crus être oUigii d'e»gérfç l'affaire, et de montrer l'importance de faire- oeisser lesdélibéi^KtîbhS'présentement, à cause de l'avantage

3si4 [1648] MÉMOIRES

que les ennemis de TEtat enpouvoient prendre : d'ait letirs qu*il étoit nécessaire de réprimer Taudace du peuple , qui avoit attente par paroles et par quelque sorte d'outrages à la personne de messieurs les présidens dans la grand'saUe du Palais , laquelle action j'estimois plus séditieuse et de plus grande conséquence q^e celle des barricades,, parce que dans la première ils avoient pour prétexte la liberté de ceux qui étoient emprisonnés, et il y avoit occasion de croire que le parlement les pourroit réprimer^ mais dans cette seconde ils offensoient l'autorité royale pour s'exempter , et acquérir la liberté de quelques impositions, et méprisoient la face des magistrats : de sorte que si la sédition eût été échauffée , il eût été difficile de la pouvoir éteindre. C'est chose fâcheuse qu'un peuple qui s'émeut, et qui non-«eulement n'est point châtié , mais qui plus est qui obtient par sa pétulance ce qu'il désire^ et par ainsi non-seulement il a impunité, mais même quelque sorte de récompense et de satisfaction.de sa faute. . - Ainsi, rapportant les. paroles de la Reine, j'excitat autant que je pus ces, messieurs de cesser leurs assemblées, et de délibérer pendant le vendredi et samedi sur les propositions restantes, la Heine nous ayant dit que le parlement pouvoit prendre créance à nos paroles pour une espèce. de continuation.de parlement; et leur fis entendre que la. remise des deux millions étoit en effet conditionnée, pourvu qu'ils voulussent cesser toute sorte de délibérations, et concerter la déclaration qui apporteroit fin aux affaires.

L'affaire ne fut point mise en délibéra.tion, mais

d'oMER TàtON. [1648] i%5

arrêté d'une voix que la Reine seroit très-humblement remerciée de la grâce qu'elle faisoit au peuple^ qu'il seroit incessaiàment procédé au régalement des deux millions , et qu'à cet effet des commissaires s'assemlleroient chez M. le premier président; ce qui fui fait Taprès-diner.

Le samedi 1 7 octobre , les oflEieiers du Châlelet et le preVÔt des marchands furent mandés, et avertis dé tenir la main dans l'exécution dé la police, afin que le peuple pût ressentir le fruit de la grâce que la Reine lui avoit faite. Après cela fût lu ce qui avoit été fait le jour précédent par les commissaires pour le régalement des deux millions, lequel fut approuvé.

Ensuite l'on délibéra sur l'article concernant la re* mise d'un quartier de la taille, qui avoit été demandée à la Reine, et laquelle la Reine ayant voulu réduire au demi-quart , enfin elle avoit consenti la réduction au sixième. Sur quoi ayant été délibéré, il fut arrêté que très-humbles remontrances seroient faites à la Reine, pour la prier d'étendre cette réduction. au cinquième 9 et pour cet effet nous eûmes ordre d'air 1er le lendemain à Saint^ermaîn le hké entendre k la Reine.

Le dimanche 18 octobre, nous nous rendîmes k Samt-Germain messieurs mes collègues et moi, à une ueure «près midi : nous vi^tâmes M. le chancelier , qui nous conduisit chez M. le cardinal Mazarin, où nous fûmes quelque temps , jusques à ce que la Reine nous envoyât quérir. Proche de la Reine étoit tout son conseil, savoir M. le duc d'Orléans, M. le prince, M; le prince de Conti, M. le cardinal, M. de Long^eville; M. le chancelier, M. le maréchal de La

Meilleraye, rarititendaiit des inattce&i» et leîèteré tâil^s d'état; M« Tubeuf même y étoit, »oa)pittp<mr djmier, inais pour répondte s'il étoitiaterrogét Nëanmliins, en faisant bmi rdsiûùni'k k eour» je ne votih» point i^ommelr ceux qui y ^iioieat préseins, afin de h'éiti pas oblige de parler de M. le cardinal Mazarïn, dont le tfom u^étoit pas faTorable , et avec lequel aucuns de la compagnie avoient tâmdigné ne votdoilr point Mitrer en conféràice. Je disl la Reine i « AfadaiDe, « suivant le commandement de Votre Majeistéi que « nous Teçwnès jeudi en ce mésù^ lieu, }a lende* a mûi matin nous entrâmes dans le parlententi, où « toutes les chambres étoient aasemblt^es , et leur fi$ % enténdne qu'il ai^oit plu à Vaine Majieâtë aoeorder « au peuple jusques à deux millions de remise, ils « cfaargequetoutessortèsd'assemUëePces^wôietit^et 4c que toutes choses seiroient rétaUiias (teis leur drdre a ancien. Cette proposition ne fut pas un sçjetdedé- « Ubëration, mais de fiatia&ction {mbliqua, dans h* « quelle il fut arrêté que Votre Majesté seroit trèi^ « humblemient remeroiëe de sa bonté , et <|ae poitr « «atts&ire kjce qu'elie dësàne, qu'il seroit incëasam" (( ment travaillé à ce qui restoit à faire en la matière ; « pour cet cfifet qua des commissaires s'assembleroient « î'après^inée poor rédiger les articles proposés ea h a chambre de Saint^iLoitis , et régler les deux mille lions sur les denrées; les plus n^ssairest, ce <pi fc fut fait *, et le lendemain matin les officiers de la po- « lice mandés, ils eurent ordre de faire entendre sia « peuple la grâce qui étoit faite par Votre Majesté, et « dans l'exécution £iire en sorte que chacun s'en pât « ressentir. Ensuite ce qui avoit été fait par les corn-

D^OMBH TALOn. [i648] 'A%^

« "missaires ayant ëtë lu et apfurouvë, il i|e restbit a i^uâ que deux articles à travailler, Tun pour les « tailles, l'autre f^our Texëcutiou de Tc^rdonnance « da roi Louis xi , appelé Y article dé la sûreté pu^ « blique^ qu'ils pensoient devoir expédier le atéme tt jouir. Et de fait, ayant à Finstant travaillé au pre-* « mier, ils oat arrête que Votre Majesté seroit très-r (( humblemeat suppliée de vouloir diminuer au peu«f « pie le ciaquième de la taille sur le pied de cin-r a quante millions ; et quant à Tautre article , llieure K s'est trouvée si avancée qu'ils n'ont pu y délibérer^ « ni s'engager pour l'après^inée, mais ont remis à « luipidi* Cependant, madame, hous exécutons ce qu'il « pl](it à Votre Majesté nous drdonfnêr jeudi dernier \ « n04iis lui apportons le récit de ce qui s'est passé « daus le parlemeali lequel nous a chargé, en attenta dant qu'il ait l'honneur de saluer Votre Majesté ^ « de lui témoigner sa gratitude tout entière , celle « du peuple de Paris et de tout le royaume, qui bé^ « niront l'innocence du Roi et la piété de Votre Ma- « jesté , sa conduite et son gouvernement. Recevez ^ tt madame ^ s'il vous plaît , ce peu de paroles pour « marque de la reconnpissanoe publique , et pour té-» tt iBoignage des sentimens d'une compagnie qni e^t la ft première dans l'Obéissance et le respect. Excusez , « ioadaiïie , s'il vous plaît , la sécheresse de notre es- (( prit, si nous avons si peu de paroles pour jfemetcier tt Votre Majesté'(Jes choses grandes s'expriment avec « peu de discours); et souffrez, madame, que nou^ « vous fissions une très-humble prière pour la mi-* « sère df^ pauvres gens , qui sont surchargés de toute ^ sorte d'impositions et de levées, pour lesquelles

3îl8 [1648] MÉMOIRES

« le pariement intercède, et supplie qu*au lieu*du « sixième ils puissent recevoir la dimination du cinc( quième de leur taxe , dans cett^ seule pensëe que « nous a laissée par écrit le plus sage de tous les rois , tt que les souverains servent à la terre , qu'ils sont « éclairés du travail et de la sueur de ceux qui la cul- (( tivent, qui Taident à produire des fruits, sans les- <( quels les princes ni- leurs sujets ne peuvent vivre, a Chose étrange pourtant que ceux qui sèment et qui « moissonnent n'ont pas de pain pour nourrir leur fa- « mille , et qu'ils vivent misérables sous la dureté des « impositions qui leur sont demandées ! Le parlement a espère cette grâce de la bonté de Votre Majesté , « aj^rès laquelle Dieu bénira l'épargne ^ car ainsi s'ap- « pelle le trésor de nos rois, qui doit être administré « avec parcimonie , et ménagé plus qu'il n'a été fait (( par le passé. »

Ce petit d^cours achevé, la Reine nous dit que nous eussions à nous retirer, et qu'elle nous feroit réponse. Et de fait, nous retirés au bout du cabinet, la Reine a tenu conseil tout debout avec les princes et nrinistres qui y étoient présens j et après avoir conféré quelque temps en^mble, nous approchés, M. le chancelier nous a dit que l'arrêté du parlement portoit que la Reine seroit suppliée de remettre au peuple le cinquième de l|i taille , sur le pied de cinquante millions le total 5 que son intention étoit de le faire , et qu'elle l'avoît aine fait proposer 'dans les conférences, savoir huit millions sur toutes les généralités taillables, excepté celle d'Orléans, laquelle remise de iiuit millions produit le sixième de diminution; et outre deux millions sur la généralité d'Orléans seule,

D'oMEk tal'on. [1648] 3^9

laquelle ^ trouve tellement épuisée qu'elle a besoin de' ce soulagement, joint que c^est le voisinage dé Paris, qui féurnitdes blés pour une partie de la nourriture, et d'ailleurs que cette généralité étant abandonnée pour le paiement de huit millions de rente , si elle n'est soulagée elle tombera toute en non valeur. Msfts en effet Finteittion de la Reine est de remettre le cinquième de la taille, puisque des cinquante million^ elle en remet dix millions au peuple , ne pouvant faire davantage dans Fétat présent des affaires sans une ruine inévitable du royaume : ee que la Reine nous donna charge d'expliquer au parlement, et de leur faire connoître qu'elle ne manqubit pas de volonté pour bien faire à tous les peuples, mais qu'elle manquoit de puissance. •

Le lendemain matin lundi 19 octobre, nous fîmes la relation au parlement de ce que nous avions fait 4 Saint-Gennain, et de ce qui nous y a voit été répondu 5 mais inutilement, car ib ordonnèrent que très-humbles remontrances seroient derechef faites à la Reine pour le cinquième de la taille , à ce que tous ses sujets en ressentissent l'effet également-, et qu'à l'égard de la généralité d'Orléans la Reine leur feroit telle grâce particulière que bon lui sembleroit, et que dans la déclaration qui se dresseroit par M. }e premier président l'article y seroit inséré de la «orte.

L'après^dînée du même jour,- messieurs furent assemblés pour délibérer sur l'article de la sûreté publique, sur lequel ayant opiné jusques à plus de cinq heures, ils remirent au lendemain matin la lecture des opinions. • •

Le mardi 20 octobre, les opinions furent relues, et

33o [lt>4^] HéMOIBSS

après beaucoup de côntestaCkms sur les terwes enfla il fut arrêté que le Roi et la Reine seroiept trè^-bum* Uement suppliés d'accorder une dëdarafion portant que tous les sujets du Roi ne {Pourront être traités criminellement , sinon par les voies portées par les ordonnances, par devant leurs ju^ ordinaires, et non par des commissaires choisis \ que Tordonnance du roi Loui» xi, de Tannée * . . . , sejra exécutée, et icelle interprétant que nul officier des compagnies souy«^ ruines jou autire ne pcmrra être destitué de sa charge, m troiihlé dans Texercke et fonction d'icelle par let< très de cachet ou autrement. Outre cet arrêté, qui de- Yôit être compris dans la déclaration , il y en eut deux autres, secrets : Tun portant ^ue si à aucun officier de la coii^pagnie est envoyée une lettre de cachet pour se retirer 9 qu'il sera obligé de Tapporter lui-mêpie à la compagnie pour y être délibéré ^^a sa présence*, Tau- 1a%^ que si aucun est emprisonné , ses parens se pourront plaindre et bailler requête au parlement , à tels de messieurs qu'ils voudront. Le même jour de xele v^ , les commissaires forent assemblés chez M. k prmrîer président pour voir et examiner la déclara** tion, kqudle fut arrêtée^

Le m/ercfedi % i octobre ^ du matin , elle fut lue dans la grand'chambre , toutes les chambres assemblées, et fut approuvée , et ensuite arrêté que lé lendemmn messieurs les députés iroiènt à $aint-*Germain remercier fe Reine des deux millions qu'elle avoit accordés de remise; plus, qu'elle seroit suppliée de remettre le cinquième de la taille, et die se vouloir rendre frv«^ rable aux absens , bannis ou emprisonnés ; et êosi^ que la déclairation toute dressée seroit présentée à la

d'om£1l TàLon. £1648] 33 k

R^iiie, pour commander quWe soit scellée ei envoyée au p^urlement. Plusieurs de messieurs, et Jia meilleure paitfiie , éloient d'avis de nous y envoyer pour mëoa^ ger cette accommodation ^ mais M. le premier prësi*dent désira y aller, et outre qu'il s'ëtoit préparé pour ce faire, il pensa qu'il abrégeroit matière, et qu'il feroit Êûre par autorité ce qui avoit été arrêté dans la coinpagnie : ce qui lui succéda par l'événement.

Et de fait le jeudi étant arrivé, sur les une heure apr^ midi, à fiaint-Germain, M. Le Tettier eut deux conférences avec M. le premier président, qui furent sur le siqët de ce cinquième de la taille , où il ne put rieoL gagner sur l'esprit de M. le premier . président.

Nous eume^ audience sur les trois heures et demie ; et sçrès que M. la premier président eut expliqué en termes assez précis et avantageux pour la compagnie les ordres qui Jui avoientété donnés, et qu'il eut mis exitre les m^àm de Af . le chancefier le projet de la déclaratiqp qu'il avoit dressée., la Reine niOus dit ^'eUp alliait en délibérer, et nous fit retirer dans b dxambre du Aoi , dans laquelle nouis furent donnés à tous des sièges pour nous reposer ; et messieurs les pi^é^dens, qui étoient a^ nombre de cinq, entrèrent dai^ le balustre , et furent assis dans la ruelle du lit du Roi.

Apr^' une heure de conseil ou environ , M. le duc d'Orléaiis, M. le prince , IVI. le prince de Conti , M. d» Longueville et M. le chancelier entrèrent dans h chambre du Roi , disant qu'il y avoit quelques arti^ clés il réformer dans la déclaration, lesquels n'étoient pas conformes à ce qui avoit été résolu dans les conliârcinces. Pour ce faire l'on apporta une table et des

333 [l&48] MÉMOIRES

sièges pour nous asseoir tous , en la même sorte que nous avions été assis dans les autres conférences tenues chez M. le duc d'Orléans-, avec cette seule différence que M. le duc d'Orléans n'avoit point de fauteuil, mais un simple siège pliant, à cause que nous étions dans la chambre du Roi. Dans les articles qui furent contestés, il ne fut pmnt parlé de la remise du cinquième de la taille, mais de deux ou trois autres articles qui disoient leur importer par conséquence de trois ou q^Mre millions. M. le premier président défendit les articles ainsi qu'ils étoient cou* chés, et remontra que les inconvéniens n'étoieut point considérables. M. le chancelier dit que cette déclaration devoit avoir été envoyée pour être concertée avec plus de loisir. M. le premier* président repartit qu'elle n'avoit été arrêtée que le jour précédent, et qu'il ne l'auroit pu envoyer que du consentement de toute la cour. M. le chancelier répliqua qu'il l'avoit fait prier par Sainctot de la lui envoyer. M. le premier président dit qu'il, n'en avoit poiat ouï parler; et se tournant vers messieurs les députés da parlement, il leur dit : « Vous voyez, messieurs, que je c( n'ai pas tant de relation à Sàint-Germain comme « plusieurs me l'imputent. » Ensuite M. le chancelier s'étant plaint que le projet de cette déclaration ayant été dressé pendant quinze jours, lu et concerté par des commissaires , qu'il étoit bien fâcheux de n'avoir, de la part de la Reine, qu'un quart-d'heure pour l'examiner-, M. le premier président lui repartit que la déclaration avoit été dressée suivant les arrêtés des conférences et suivant les délibérations de la compagnie, lesquelles la Reine avoit eues agréables; qu'il

d'oujbr talon. [1648] 333

n'y avoit rien à y changer, et que si le moindre mot y ëtoit augmente ou diminue, qu'il seroit sujet à de QOuvdSes assemblées et délibérations, dans lesquelles les choses pouvoient augmenter plutôt que diminuer. Et après cette parole M. le duc d'Orléans s'étaut levé e^ toute la compagnie, ils nous dirent qu'ils alloient faire entendre à la Reine ce qui s'étoit passé présentement ; et après un petit quart-d'heure les députés du parlement étant rentrés dans le cabinet, la Reine leur dit qu'elle leur feroit savoir le lendemain sa dernière résolution.

Nous entrâmes les derniers dans le -cabinet ; et fai^ sant notre compliment à la Reine , à ce qu'il lui plût de vouloir ne point apporter de difficulté dans la décision d'une affaire de cette qualité, laquelle étant rompue seroit difficile à rétablir, M. le duc d'Orléans prenant la parole nous dit que messieurs du parlement avoient grand soin des bourgeois de Paris et des paysans de la campagne, mais qu'ils en avoient peu du salut de l'Etat; qu'il n'y avoit point d'argent pour mettre les troupes en garnison, et que si elles n'étoient payées du quartier d'hiver, et qu'il n'y eût argent pour faire de nouvelles levées , qu'il étoit impossible de faire la paix ni la guerre. Nous insistâmes que si cette affaire étoit rompue il seroit encore plus difficile d'en espérer, et qu'il falloit considérer l'état présent des affaires. La Reine étoit chagrine merveilleusement, et inquiète , et avoit peine de nous écouter^ de sorte que,. prenant congé d'elle, nous nous adressâmes à M. le cardinal, et lui fîmes la mêmeprière de vouloir terminer cette affaire, et promptement^ mais il nous répliqua, avec un chagrin qui

334 [i648] uiuonatê

d'ordinaire l-accompagiie / qu'il estiuioît le royauiM ruiné) par Fimpuîssance que nefu» établissions par celte déclaration ] que Pigneranda , le plénipoteRtiaim d'Espagne , vefusoit d'entendre^à la poix , et disoit n'a* Toir aucune charge de son maître ; ce qui ne pouYoit procéder que de la connoissance qu'il avoit de nos i^ fSrires, et de l'espérance de no» division». Nou» lui répliquâmes que si cette aflbire éloit rompue , que les affaires dufloi n'en seroient pas pfaas &ciles; et aansi nous séparâmes d^'avec lui.

U étoit six heures et plus quand nous sortîmes da château, et fûmes conduits à la Capitainerie, où il y avoit une grande coUaticHi préparée, dont peu de messieurs mangèrent, chacun désirant se retker^ ce que nous ne pûmes faire qu'à dix heures du soir. ^ Aussitôt le conseil étant assemblé pouir savoir qudle réponse seroit faite an parlement, M. le cardif»al dit qu'il ne falloit point presser faffaire^ mais demander deux jours pour examiner cette déclaration, pondant lesquels M. L^ Tellier, secrétaire d'Etat , iroit à Paris voir M. le premier président, pour traiter de quel* ques clauses importantes , j changer quelques paroles, et en faire âter ce qui Messe le plus. M. le pt éndeat Tubeuf , premier intendant des finances, lequel n'apai d'entrée au conseil d'en haut , mais qui s'y trouva pré^ sent à cause de la qualité de la matière , d^it à la Beine que si cette affaire s'éloignoit j^s long-temps , qu'elk empireroit tous le^ jours, ainsi qu'il étoit arriré depvis cinq mois^ qu'un voyage de M. Le Tellier à Paris rendroit suspecte son entremise, et donneroit occasion de &îne encore une fois délibérer leselattses de cette déclaration , et d'y faire de nwvrfles difficultés; que ce-

d'ombe tàlobt . [ f 648] 335

pendant les affaires se rumotent dans les provioees, et lespeupless'accoutumoient à ma point payer; que, dans Texplication et rexëcution des articles de la dëclara<tioo, il se treruTeroit des voies pour se garantir du graad préjudice que Ton en craint ; q^e la Reine poutbit faire l'adresse non^eulemeat au pariement, mais à la chambre des comptes et à la cour des aides, afin que chacune des cburs y dé)3>ërât. C^te proposition fut contredite par M. le cardinal et par M. le duc d'Orléans, lesquels aiyoient peiné à se rendre, et pensoient que quel'cpie délai seroit plus utile ; mais le reste des assistans trouva cette ouverture fort bonne , laquefle ftit suivie 5 et à Tinstant fiit la déclaration signée et scellée , sans y augmenter ni y diminuer , et fut apportée le lende^ main au parquet à huit heures du matin par Sainctot, avec des lettres de continuation du parlement pour deux jours.

Lesquelles lettres nous portâmes le lendemain ven* dredi matin a3 octobre dans la grand'chambre , avec tine petite préface, pour ténusigner à la compagnie que la Reine le faisoit de bon cœur, qu'elle avoit inclina^ tion tout entière pour le soulagement des peuples , et n'âvoit autre pensée que la tranquillité publique et lu conservation de PEtat.

La déclaration ayant été lue à Tinstant avec nos conclusions^ il fut arrêté que le lendemain elle seroit lue et pubhée, et que pour cet effet il y auroit audience publique.

A Tittstant fut rapportée tme requête qui étoît pré^ ^^otée par madame de Vendôme au nom de monsieur s^ mari et de M. de Beaufbrt son fils, le premier ifesent hoirs du royaume , et Tautre sorti de la prison

336 [i648] MÉMOIRES

du bois deVincenné^; où il étoit détenu pmonnier par ordre du Roi il y avoit près de cinq ans : le' premier demandoit liberté et sûreté pour retourner en sa maison, l'autre demandoit que son procès lui fût fait, et à cette fin offroit de» se rendre prisonnier à la Conciergerie. Sur laquelle requête , qui rècevoit beaucoup de difficultés , il fut mis un Soit montré.

Les difficultés étoient que M» de Vendôme s'étoit retiré du royaume sans ordre du R6i ni verbal ni par écrit, et que l'ayant fait par appréhension qu'il avoit conçue , il étoit extraordinaire de demander assurance contre le Roi -, quant àTMi. de Beaufort , il avoit été constitué prisonnier par ordre du Roi , et son procès lui ayant été commencé par des maîtres des requêtes, le parlement, auquel Taffaire avoit été renvoyée, avoit rectifié la pfrocédure, ayant ordonné une répétition de témoins, après laquelle nous avions pris conclurions au parquet, par lesquelles nous avions requis ^ue ledit sieur de Beaufort fût ouï, et décret de prise de corps contre ses comf>rices*, ce qui avoit été fait dans la grand'chambre seule , attendu qu'il n'étôit pas duc et pair : de sorte que la requête sembloit inutile, parce que sa présence dans la Conciergerie le«mettoit en état d'avoir justice sur le procès criminel qui lui étoit commencé.

Du. samedi a4 octobre, — Après que la lecture de la déclaration a été faite dans Taudience, j'ai dit: « Messieurs , les termes de la déclaration dont la lecli ture a été présentement faite , qui change la dispot( sition publique des affaires par le rétablbsement a de la plupart des ordres anciens', lesquels réjouis- « sent la face de la tei're, consolent les pauvres, et

D'owm TALON. [i648] i^

« doiment de la satisfaction jaques »ix efifans , nous « £ttt souvenir de la pensée de ces grands person<^ « oagesy lesquels ayant obserrë plu«bettrs £;>is les po«- (( «itioas différentes du ciel , les regards et les aspects a contraires des astres^ sont obligés d'ayouer que les « bonnes inflnisoces qui se répandent sur nos têtes (L procèdent da mélange ^et de la conjonction de tous « les signes célestes, de runion et de TasscnUage a de toutes leurs bonnes qualités, kvsque la puis^ « sauce du grai^d luminaire, le roi du ddi et de la (( terre , étant soutenue et modérée par la vertu de <( la milice supérieure , qui tempère Vexcèê de sa cii»^ tt leur natureÙe, elle est rendue £ivorable et bienfait « saate à rhënûs^ère infériewr.

« Les grandâ Etats, c<Mnme ik ont Imr nûssance, « leurs périodes etlemrs élévations, îk sont suscep* « tible^ daM leur conduite de rimpressim du mou^^ tt yevent des âeus, qui président à leur bonne et « isftuyaîse fertune , lesquels se suj^tent non-^u^ « iement par le pceaier point de leur établissement, « qai tient tien de principe , de nativité et de fonda^ <c lion aux empires , maïs mtee se mesusent par les « grandes nmtations iH les révoltttîoos notables qui « s'y rencontrent.

« La guerre, que rEerifiure appelle une joumée de « doulew et de tribulation, a oçeupé toute la face de « rSurope^ <el lùen tfue la France semble en ajr4:iirétë a exanqpte parce que les armées du Kei ont été por^ « tées Âpms ïe> paifs étrangers , il est "i^rai pourtant que « les préparatifs nécessaires pour Tentrepeendre et la « &ire réus$â^9 les ^ndtes et immenses sfimmes de « demess qui ont été levées sous ce prétexte , le T. 6i. aa

338 [l<^4S] MEMOIRES

c( passage et rinsoience des gens de guerre , ont été « les fruits d'une mauvaise plante , qui ont désolé le « plat pays ^ incommodé les bonities villes , et réduit « le royaume dans une extrémité de langueur qui mec(. naçoit la ruine de l'Etat. Le dessein du rét2J>lisse* (( ment a été une chose non-seulement difficile, mais « périlleuse : les changemens soudains et notables « qui arrivent dans les corps politiques boiis et mau- « vais ne se peuvent faire sans quelque sorte de faa- « sard, sans une altération publique des esprits, et « quelque manière d'injustice pardculière ; les plainte tes des peuples qui. souffirent dans ces occasions ont « pour objet l'autorité de ceux qui commandent, lesc( quels ils s'imaginent être les causes ou du moins (( les instrumens de leur mauvaise fortune *, toutes « sortes de mutations les réjouissent , et leur donnent K espérance de sortir de l'oppression qui les travaille.

n Malheur à ceux qui se confient aux idoles trom-^ « penses du bien public , qui se laissent séduire à « ceux qui cachent leurs intérêts sous les apparences « de cette qualité ! Les hommes qui sont surpris de « l'esprit de domination bâtissent dans leur coeur des a degrés à la vanité , et, n'ayant autre pensée que Yéa lévation de leur fortune particulière , ils cherchent « leur avantage partout, même dans les ruines et ca- « lamités publiques , dont bien souvent ils sont les a auteurs; et, sous prétexte de compatir aux affîc* « tions des peuples et de contribuer à leur spulage- « ment, ils agissent pour se rendre les maîtres de « leurs sentimens.

<( Il n'appartient qu'aux grandes compagnies d'être tt exemptes des soupçons de cette qualité : vous sou-

d'omer talon. [1648] 33g

« haitez , messieurs , le bien de TEtat pour Tamour « de lui-même ^ et vos pensées , qui sont insëpa- « râbles des maximes de la tranquillité publique , ne « sooffrént point de mélange qui les puisse désho- <( norer.

tt Dans les corps politiques, ainsi que dans les corps « vivans, il n'y a point de partie laquelle , séparément « considérée ', ne possède non-seulement une dispo- « sition, Yoire même une forme particulière. Il y a « des tempéramens non-seulement différens, mais (( contraires , dans tous les membres qui nous com- « posent ] mais il se rencontre une force supérieure , « un esprit principal, une vertu magnétique qui les « assemble , qui leur donne la forme , le mouvement « et la vie.

tt Telle est , à notre sens , Tunité des résolutions et « Tuniformité des grands desseins qui se recueillent « de la multitude de vos pensées, de l'assemblage tt des bonnes intentions dans lesquelles se produisent « ces grandes délibérations pour le bien de TEtat , « pour llionneur du royaume et la subsistance de « tous les peuples.

« C'est ici que nos rois sont informés des Vérités « qui leur sont ailleurs cachées, des désordres dont tt la connoissance ne peut parvenir jusques à leur tt trône , que les grandes occupations de l'Etat leur « dérobent,' que la multitude des courtisans éloigne ft du cabinet, et que la flatterie des hommes comtt plaisans traduit bien souvent en raillerie.

tt Ainsi le Prophète, adressant ses paroles et ses tt plaintes au Ciel sur l'occurrence des calamités pu- « bliques de son peuple , il lui parloit en ces termes :

3^0 [l^^S] MEMOIRES

K Mundi sunt ocull tui^ ne wdeant malum; et tes- « picere iniqtiitatem non potes. Il semble qu'il ao (( cuse la Divinité d'être sourde ou du moins pares- (( seuse, de négliger le^ affaires des hommes^ et nV c( pas apporter d'attention, parce que Finiquité ne tt pouvant être vu^ qu'elle ne soit condamnée, il K n'est pas p^^ible qu'elle subsiste un moment de- (( vant les y^ux de la majesté divine. 'Et de &it un (( grand docteur de la jurisprudence hébraïque a obft serve que dans le Targum DouceloSj qui est )a (( paraphrase hébraïque (laquelle la plupart s'imaigi- (c nent être d'Aquila, ce grand translateur ddnt saint a Jérôme a lait mention honorable) , lorsqu'il est parlé « de la malice des. hommes^ de la violence et de Top- (( pression exercée sur la terre , ce que le te^te ordi- «b, naire a dit : J^idit Deus, il l'a tourné : Bes^élatum iK est corajn JPamino; comme s'il étoit nécessaire que n la Divinité fût avertie et excitée par la prière des a malheureux , ou par la dameur de la désolation (( publi^d qui Releva devant Dieu, et que, n'en a ayant pas connoissance par lui-même, «elle hri fût <i révélée par autrui.

« Tel a été l'effet de ces grandes délibérations qui a çfnt été tenues eu ce lieu, qui ont excité Tatlente a publique dés peuples^ dans lesquettes la puissance « royale, toiyours Tic4iorieuse dé ses eimemis, s'est a laissée surmonter à l'excès de la misera et k Tovt- (( vrage de la députation.

(( Enfin l'inuoceace du Roi et la piété de la René m ont contribué au soulagement de nos maux ; et du (c moment que I^ur bonté a été pleineinent informée a de nos besoins, elle y a apporté les remèdes né-

d'omer talon. [1648] 34 ï

ft CQM^ûpes : tant est véritable que la conduite des « princes est le meilleur destin de leur Etat, que la « prévoyance et la circonspection de ceux qui gour a vernent composent Tinfluenoe la plus favdrable « que nous puissions souhaiter. La fortune royale et « le bonheur des souverains est attaché , disent les « astronomes, au mouvement des étoiles fixes, qui « tiemient la plus haute région de Tair-, mais elles « sont susœptibles de grandes calamités , sans le se- « erars des astres inférieurs, des planètes qui pré- K sident aux. fortunes particulières.

« C'est aujourd'hui que nous éprouvons ce con- « cours^ tant désiré du Ciel et de la terre , la liaison « du monde supérieur et inférieur, c'est-à-dice les « bonnes grâces et la bienveillance du Roi répaùdues tt sur la tête et sur les plaintes du pauvre peuple , « pour le MUlagement duquel toute cette déclara- « tion ayant été faite , nous sommes obligés d'avouer « que la pensée des philosophes de FAcadémie est a véritable , lesquels nous assurent que dans tous t les âtres de la nature qui participent, selon notre « sens, quelque portion de la Divinité, comme sont ^ les astres du firmament, les souverains qui corn- « mandent sur la terre, les grandes âmes, les esprits 0 hérmques , il se rencontre d'ordinaire deux qua- « lités bien différentes, l'une de dignité, d^essence, «' de reUef et de grandeur , qui les distingue du « eonimun. Ainsi tous les astres révèrent le soleil, « et rétrogradent à sa vue *, tous les grands d'un ^ royaume , die quelque qualité qu'ils puissent être , ^ sont les sujets de leurs princes ^ et les intelli- « gences communes et médiocres admirent et rendent

34'i [^^4^} MÉMOIRES

(( hommage à ces grands génies qui les surpassent. « Mais l'autre qualité est une vertu de bonté , de « prévoyance, d'effusion et de bienfait, par laquelle « ils ise rendent égaux à leurs inférieurs ; ils se di- « minuent euxrmémes pour bien faire , et soulager n ceux qui les bonorent : ce que nous observons dans « la chaleur féconde de la lumière , qui se commu- « nique partout, dans la douceur, la bienveiUance « et lliumanité des bommes de grand coeur; et nous « sommes obligés de faire la même réflexion sur ce a qui se passe cette matinée, en laquelle nous resa sentons que les termes de la déclaration qui a été a présentement lue ne portent pas les marques d'une « majesté fulminante , d'un prince victorieux au mift lieu de ses armées, qui s'est rendu le maître de c( l'Europe. et l'arbitre de toute la chrétienté-, mais « plutôt les effets d'une bonté favorable qui se dé- « pouille pour enrichir ses sujets, qui établit la gran- « deur et l'éclat de sa couronne dans l'aise, dans « l'abondance , et la félicité de ses peuples. Ce qui « nous fait espérer de pouvoir rétablir en nos jours « le langage ancien de nos ancêtres, qu'une mau- « vaise et infâme adulation a mis hors d'usage ; car « au lieu que parlant à nos souverains nous usons « de termes de grandeur et de majesté, ils usoient « du mot de clémence et de débonnaireté. Le prête mier est un nom d'empire, d'autorité, de commana dément absolu, qui nous représente un prince à tt cheval , le bâton à la main , au milieu de ses ara mées, la victoire marchant devant lui; l'autre est « un terme d'amour, de bienveillance et d'humanité , « bienséant à une tige issue de la race de saint Louis,

DOMSR TALON. [l648] 343

K au petit-fib de Henri-le-Grand , lequel eut cet éloge « dans sa pompe funèbre d'être surnomme incompa- K rable en magnanimité et clémence j mais bien- « séant eu la personne d'un prince bien aimé du (( Ciel, auquel Dieu a donné une ame grande et gécc nérepse, une latitude de cœur pour acquérir ré- « patation publique et la bienveillance générale de (t ses peuples, dans laquelle espérance nous requé- « rons que sur le repli des lettres il soit mis qu'elles « ont été lues, publiée et registréeSj etc. » Ce qui se fit avec on grand concours de monde, qui remplissoit toute la salle et la grand'chambre.

Ainsi toutes choses ont été apaisées avec plus de bonheur que de prudence^ et ce que la politique et la raison dévoient obliger Tune et l'autre des parties de faire, la peur et l'appréhension respective l'ont achevé.

Peut-être qu'il sera difficile de remarquer dans l'histoire des choses passées chose semblable à ce qui est arrivé dans cette occasion, en laquelle la Reine régenté étant en bonne intelligence avec les princes du sang , n'y ayant point de faction ni de parti dans l'Etat, soit de religion ou de mécontentement public, que par le seul ministère du parlement de Paris , les choses aieut passé à tel excès , que , sans une grâce et assistance de Dieu particulière, le royaume et la royauté étant au plus haut point de leur élévation, aient couru la fortune dans laquelle nous les avons vus réduits.

Il y avoit trente années que toutes sortes de levées et impositions croissoient sur le peuple. : les dix premières avoient été souffertes avec quelque sorte de

344 [1^4^] MfiOtOIRES

façilké) la France ^toit abondante en tontes aortes de biens ^ la multiplication des offices étoit dësirëe par eenx qui n'avoient poipt d'emploi ; l'an^entation des gages et des droits qni ëtoient attrftuës atiic offi-» ciers^ et qu'ils avoient à bon marché, n'ëtoit pas une surcharge , mais une occasion de s'enrichir ; de sorte que cêB voies ^ avec lesquelles ften t^emplissoit en abondance les coffres de l'épargne , sembloient inncn ceiltes, parce que personne n^ étoit intéressé. En* suite de ces dix premières anbées est stirvenu le mi-* nistère de M. le cardinal de Richelieu, grand génie, amoureux de la domination, prévoyant et appréhendant sa chute, et oapaUe de faire toutes choses pour s'en garantir, lequel a corrompu tous ceux quHl a jugés lui être nécessaires avec ai^gent, a intimidé ceux qui n'ont pas plié sous lui par mauvais traitement ^ par éloignement et par prison , et lequel a fait estimer son ministère et le gouvernement de l'Etat tyrannique, d'autant qu'il ôtoit aut hommes la liberté de leurs sentimeiks particuliers, et qu'ayant été seiae ans dans le haut ministère , il avoit lassé tous ceuic qttl prétendrâént quelque soulâgelnent dai^ sa disgrâce : pendant ce temps 1^ tailles ont été augmentées , toute sorte d'impositions pareillement; mais le peujde s'est trouvé encore assés fort pouf les su|^orter : les pe^ tits officiers se plaignoient, mais il leur restoit encore de quoi vivre ; e^ d'ailleurs la plupart des levées ayant pour prétexte la nécessité de k guerre, chacun espéroit que la paix lui donneroit du soulagement. M. le cardinal de Richelieu étant décédé le 4 décembre i6J^^ , et le Roi ensuite le t4 >^^i ^4^9 chacun s'imagina que le changement de gouverhement appor*

D^OMSR TALON. [lt>48] 345

teroit quelque grande nititatioii dans les affaires , et que dans la ruine de }a mâidon du cardinal de Richelieu se troUYeroit enyeloppée celle de sa famille , de ses proches et dé ses partisans , qui possëdpient toute la fortune de TËtat : ce qui n'arriva pas^ parce que M. le cardinal Mazarin ayant été appelé dans le mi-? nistëre , il a pris hautement et ouvertement la proteo^ tien de la famiUe et des restes de M. le cardinal de Richelieu , à la mémoire duquel il avoit obligation de sa dignité et du chapeau -9 et quoique la Reine régente eût été maltraitée ps^r le défont , il a conduit son esprit de telle sorte que non-seulement elle n^a aucun res* sentiment du passé , mais même elle a eu tendresse et inclination pour la duchesse d'Aiguillon , nièce du défunt, laquelle nièce , quoiqu'elle fût persécutée , ou plutôt poursuivie en justice par M. le prince , néan-* moins son crédit n'a pas diminué.

Mais il est arrivé, dans la régence que la Reine a eu à récompenser tous ceux qui avoient été maltraités par M. le cardinal de Richelieu ,. et lesquels en cette qualité avoient eu quelque sorte de relation avec elle dans sa mauvaise fortune pendant la vie du Roi son J^m ^ et outre elle n'a pas voulu mécontenter les a«H tres^ de crainte de laire jalousie. D'ailleurs l'esprit de la Reine naturellement est bon, bienfaisant et sans malice ; et quoiqu'elle ne souffre pas facilemc^nt qu'in-* jure lui soit faite , elle ne la fait pas facilement | au-« trui si elle n'y est obligée par quelque sorte d'outrage qui la porte à l'extréH^ité.

Ainsi la Reine s'est trouvée obligée de faire de grandes et immenses gratifications qui ont épuisé l'é^ pargne , et lesquelles dès la première année de sa ré^

3/(6 [l^4^] MÉMOIRES

gence ont engagé les finances du Roi de douze millions d'emprunt et de reculement.

M. d'Emery, qui fut fait contrôleur général , et depuis surintendant , étoit infiniment facile à faire gratification à ceux qui pouvoient servir à sa fortune , ou desquels il craignoit l'autorité , principalement du parlement, dont il appréhendoitla colère et la justice : il avoit méprisé toute sorte d'ordre de finances , tant en la recette que dans la dépense ; car pour avoir des deniers comptans il avoit baillé toutes les tailles en parti , et payoit quinze pour cent d'intérêt à ceux <]ui lui avancoient les deniers. Il faisoit le même sur les fermes , et ainsi il mangeoit par avance en Tannée 1 648 les années i65o et i65t , ^t avoit porté les choses si avant, qu'ayant engagé les finances du Roi de plus de cent millions envers les partisans et gens d'aiSaires , il ne faisoit plus subsister l'Etat que des retranchemens qu'il faisoit sur les officiers et sur les rentes. Les compagnies souveraines avoient souffert un quartier de retranchement de leurs gages ; les présidiaux n'en recevoient aucune chose ; les trésoriers de France, les élus, les grenetiers et tous les officiers comptables, n'en touchoient rien du tout , car ce qui leur étoit laissé de fonds étoit épuisé en droits nouveaux et imaginaires, en taxes et en hérédité; et de tous ces retranchemens et taxes qui se faisoient au conseil , M. d'Emery en traitoit avec des partisans, qui en prenoieht le recouvrement; et moyennant icelui ils avançoiént leurs deniers, à la charge de grosses remises. D'ailleurs les gens de guerre n'étoient point payés; les gardes françaises et suisses étoient en arrière de douze montres , les Suisses prêts à quitter.

DOMEK TALOIf. [l648] 347

Ce procédé étoit le sujet d*ane plainte pablique; non-seulement le peuple de la campagne , le plat pays étoit maltraité , mais même les personnes de condition médiocre : les artisans seuls, et les gens de journée, subsîstoient dans les villages; car n'ayant aucuns meubles qui pussent être saisis , ils vivoient de l'argent qu'ils recevoient de leur travail. Dans Paris, la plupart du luxe étoit fondé sur ces gros intérêts que le Roi payoit; les marchands avoientla plupart abandonné leur trafic actuel pour mettre leur argent dans cette espèce de négociation infâme.

Ce qui restoit de gen$ dans quelque sorte d'abri étoient les officiers des compagnies souveraines dans Paris et dans toutes les autres provinces du royaume, lesquels subsistoient des trois quartiers de leurs gages^ lesquels M. d'Emery leur ayant voulu ôter par l'établissement du droit annuel, et s^imaginant le pouvoir faire en iademnisant le parlement de Paris, lequel seul il appréhendoit, il fut trompé dans son compte; car les maîtres des requêtes et les officiers des autres compagnies souveraines s'étant rassemblés et reconnu leurs forces, et ayant attiré avec eux le parlement de Paris, ils ont abandonné en apparence leurs intérêts pour travailler à ceux du public , et dans les consi-* dérations publiques ils y otit trouvéi ce qu'ils dési-^ roient.

L'union du 1 3 mai dernier passé ayant produit les assemblées de la chambre Saint-Louis , le peuple de Paris et les provinces en ont été informés, et ont cru que ces assemblées leur acquerroient une libération entière de toute sorte d'impositions 5 ce qui s'est facilement répandu dans la créance des hommes, les-

queJsc sopt aiM^ à se persuader oe qu'ils désirent. C^la, a produit deux effets contraires , Tamour p6ur le parlement dans le cœur du peuple , et la haine contre le^ouYernement présent de l'Etat : i® contre M. d*Emery le surintendant, qui d'ailleurs- ne composoit pas ces mœurs pour complaire ou pour tromper le peuple; en secoiid lieU contre M. le cairdinal Mazarin, lequel étant Italien étoit susceptible en sa personne de «toute sorte de mauvaises impressions que les peuples lui vouloient imposer ; en dernier lieu contre la Reine, de laquelle la bonté, la familiarité engeajlroit quelques mépris , et la croyance pleine et absolue qu'élit «voit aux conseils de M. le cardinal la rendoit ni^prisable , même dans ses domestiques , lesquels en faifioient de mauvais comptes. Outre plus, M. le chancelier étoit accusé d'être avaricieux, et de souffrir que ses valets abusassent de ^on crédit pour se mettre à leur aise. * -

De sorte que la matière étant ainsi disposée , le parieitfeut travaillant en effet (quoique contre son intention première) au sotolâgement du pauvre peuple, pour peu d'avances que firent les mécontens en semant quekpzes billets , en affichant des placards , et faisant courir des bruits parmi le peuple, ils eurent bientôt acquis les bonnes grâces non-seulement de la populace , mais même des riches bourgeois , lesquels persuadés que toute la liberté publique et l'espérance d'icelle résidoit dans l'expedation de ce qui se faisoit dans la chambre de Saint-Louis et dans le parleipent , il ne fut pas difficile de les échauffer lors de la violence exercée contre M. de Broussel et autres de la compagnie. Ce qui passa j usines à l'excès de

D'aMER TALON. [1648] 349

]a sédition du %6 août, daos lequel le peuple connut sa force, et là foiJpJes^e du minifttëriat.

Ce qui haussa le cceur aux officiers du parlement pour entreprendre , et pensèrent outre plus être obli* gés de le faire, de crainte.de tromper les espérances que le peuple avoit conçues de leur procédé ; et ainsi, au lieu de se conserver TaHiitié -et la protection du peuple ,. ils crai^noient d'encourir sa colère et son indignation. D'ailleurs ceux* qui avoient été les cheft de parti dans le parleoient avoient une défiance particulière de la puissance souveraine du Koi , et nonseulement ils n'osoient sortir de Paris , mais ils crai-^ gaoient quelque violence , et pensoient ne pouvoir être assurés que dans la continuation des assemblées.

D'autre part , le peuple se lassoit de ces assemblées, qui De lui apportoient atLCune utilité ^ de sorte quHl s'en mutina deux ou trois fois, comme il a été remarqué ci-dessus.

D'autre part à la cour, comme naturellement ceux qui gouvernoieiit étoÎ3ent craintifs et timides , ils appréhendoient la puissanoe de Paris , son exemple dans les autres provinces *, et d'ailleurs ils éprou voient que jusques à ce que toutes les assemblées fussent finies il étoit diffîcUe d'espéretr aucune levée de deniers , le peuple remettant à payer après ia résolution dti parlement: ce qui passa si avant, qu'ils se virent à la cour en une extrême disette d'argent, telle que l'krmée de Flandre non-«eulement n'étoit point payée, et faute de cent mille francs elle perdit l'becasion d'entrepreciidre quelque chose de grand après la bataille de i^ns^ l'armée d'Allemagnie ^ commandée par M. le maréchal de Tttrenne, faute d'argent se dissi-

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poit^ les Catalans voulurent se révolter, parce que les Français n'ayant point reçu d'argent vouloient vivre à discrétion; et le siège de Crémone en Italie fut levé par cette même considération. De sorte qu'ils travailloient à la cour tout autant qu'ils pouvoient pour faire cesser ces assemblées, et n'y pouvoient réussir, parce qu'une grande assemblée composée de deux cents personnes ne se conduit pas si facilement.

De sorte que n'en pouvant avoir raison , et voyant que le lundi 12 octobre messieurs du parlement avoient opiné à fiiire d'eux-mêmes et par leur autorité une grande décharge au peuple sur le vin, et ne sachant pas à quoi pourroient aboutir les délibérations qui se feroient ensuite , ils firent deux choses ; la première , ils mandèrent toute l'armée pour venir auprès de Paris; et la seconde, ils mandèrent le parlement, afin de faire cesser la délibération : et à cet effet ils firent l'offre de douze cent mille livres , qu'ils firent le lendemain i3 octobre, comme il a été dit ci-dessus ; laquelle offre ayant réussi , et ayant produit notre députation du jeudi 1 5 octobre , ils contremandèrent l'armée.

La résolution qu'ils avoient prise étoit de ne plus donner lettre de continuation au parlement , et en cas que sans lettres du Roi ils voulussent continuer à travailler, ils dévoient casser ce qui se feroit; si l'on passoit plus avant, interdire et transférer le parlement dans une autre ville hors Paris : ce qui eût produit vraisemblablement une confusion horrible dans l'Etat, si Dieu n'y eût mis la main; car le parlement se fortifiant avec le peuple , qui s'étoit vu les

d'omer talon. [1648] 35 1

armes à la majin, eût voulu se conserver, et eût défendu aux particuliers de désemparer : ceux qui ne Feussent pas voulu faire, et qui se fussent retirés, leurs maisons eussent couru fortune d'être exposées au pillage , pour raison de quoi Ton eût usé de représaille dans les maisons de la campagne ; et ainsi la gaerre eût été sanglante, et difficile à apaiser, car Tintention de la cour étoit de maltraiter en quelque sorte le peuple de Paris , et leur promettre quelque sorte de grâce et d'impunité de tout le passé , pourvu qu'ils abandonnassent le parlement, et qu'ils livrassent les principaux qui leur seroient demandés.

Les choses ont tourné autrement par deux raisons : la première , que M. le prince étant de retour après la bataille de Lens par fui gagnée , s'autorisa infiniment; et plusieurs du parlement, lesquels avaient appréhension d'être maltraités, eurent recours à sa protection secrètement:. et quant à lui, sans s'expliquer particulièrement à ce^ messieurs , il se conserva cette autorité dans la compagnie, dans laqueUe les mécontens avpient eu dessein de faire injure absolue ^ M. le cardinal Mazarin ; et comme ils s'étoient brouillés avec lui irréconciliablement , ils le vouloient pousser jusques à l'extrémité : de sorte qu'ils avoient proposé entre eux , quand l'on opineroit sur l'article de la sûreté publique, de dire que cet article n'étoit point nécessaire ; que le parlement n'avoit aucun surjet de défiance de l'esprit de la Reine ni des conseils de messieurs les princes ; qu'ils savoient aimer l'Etat, mais qu'ils ne pouvoient être assurés pendant qu'un étranger tiendroit la première place dans le conseil , et qu'il suggéroit à la Reine des pensées de violence

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comme il avoit fait depuis six mois ; qu'il fallott renouveler Tarrét de rannëe 1617 , qui avoit été donne contre la mémoire du maréchal d'Ancre , et prier la Reine d'éloigner d'auprès de sa personne et de Fen^ trée de ses conseils le cardinal Mazarin. Ce qu'ils vouloient faire avec injure et contumélie publique, et , donnant part au peuple de leur délibération , intimider l'esprit du cardinal, naturellement craintif; et s'imaginoient, en ce faisant, se rendre agréables à M. le prince, paroe que le cardinal semÛoit avoir grande alliance avec M. le duc d'Orléans, et avec La Rivièm son premier £atvori, lequel il avok £ût nom* mer cardinal.

Mais ils se trompèrent dans leurs pensées, parce que M. le prince , qui avoit dessein de tirer ses avan* tages particuliers , avoit besoin pour ne faire du secours et de la facilité du juremier ministre, et n'en pouvoit trouver aucun plus propre que l'esprit de M. le cardinal Mazarin, qui n'étoit pas résàstant av grands, et qui Êiisoit toutes choses par le principe d'appréhension^ et si ledit sieur cardinal se fiât retiré, ou qu'il eut été chassé, M. le prince eût en grand' peine d'en vencoatrer un autre aussi souple et aussi déférent que kd : au contraire il eût craint le retour de M. de Châteauneuf dans les affaires, qu n'étoit pas de ses amis, lequel eût procuré le retour de madame de Cbeweose et de M. de Beaictfort, q« peut-être l'eussent obligé de quitter la cour.

De sorte que M. le prince n'ayant pu avouer ces propositions qu'ib vouloient éaire, et ayant p^r effiet témoigné qu'il étoit dès amis dudit sieur* cardinal , ceux qui avaient eu ce dessein se désistèrent , et firent

d'omëe TALOif. [1648] 3t53

savoir à. M. le prince que puisqu'il prenoit la protection de M^ le cardinal , qu'ils n^av oi^it rien à dire contre sa personne..

La seconde chose qui empâcba cette proposition être faite fut qu'ils ne la vouloient pas faire qu'ils ne fussent assures qu'elle pourroit réussir , et pour cet effet ils comptoient les suffrages de ceux qui seroient de leurs sentim^fns^ car dans une affaire de cette qualité il ëtoit périlleux de l'entreprendre et de la proposer , et de ne la pas faire réussir : une tentative de cette qualité est périlleuse à ceux qui en sont les auteurs.

Or , entre ceux desquels ils pouvoient être assistés étoient les parens et amis de M. de Chavigny , lesquels avoient beaucoup contribué aux premières pro* positions qui aToient été faites, et lesquels avoient cru par ce moyen échauffer les esprits , exciter quel; que sorte de sédition pour se faire rendre M. de Chavigny ; lesquels parens voyant quelque jour et quelque ouverture à espérer son retour si toutes choses étoient calmées,, ne voulurent pas être de l'avis des plu^violens, reconnoissant que si l'affaire alloit à rupture, que M« de Chavigny ne pouvoit espérer de soulageœeixt, «t qu'iU n'iroient pas assiéger le château du Havre, auquel il étoit prisonnier ^ mais de deux choses l'une,, ou qu'il seroit mis en liberté incontinent, ou que dans quelque temps ils auroient occasion de se plaindre au parlement de la longueur de sa détention. £t aifisi ces messieurs ne s'étant pas voulu joindre aux autres^ ils ne trouvèrent pas leur compte.

Et de fait, le lendemain que la 'déclaration eut été publiée dans le parlement , les parens de M. de Cha- T. 61. 23

Vigny ayant été à Saint-Germain et ayant vu M. le cardinal Mazarin, il ne leur conseiUa pas de voir la Reine , mais leur promit qu'il leur feroit obtenir sa liberté (ce qui se fit deux jours après), non pas liberté entière pour retourner en sa maison de Paris , mais liberté hors le château du Havre , avec obligation de se retirer en sa maison de Chavigny ; dont je fus averti par ses proches, lesquels me visitèrent pour m'en donner avis, et me remercier des bons offices que je lui avois rendus dans l'occasion des conférences tenues à. Saint-Germain.

Cette brouillerie n'a pas été plus tôt apaisée , qu'il en est survenu une autre qui paroît être de plus grande conséquence, à cause de la condition des parties,

dont voici le sujet.

M. le duc d'Orléans avpit pour seul et unique ministre et confident l'abbé de La Rivière , homme de nulle naissance, lequel avoit autrefois régenté dans l'Université de Paris, lequel s'étoit insinué il y avoit long-temps dans ses bonnes grâces, et lequel après la mort du Roi s'en étoit absolument emparé -, et pour ce faire il y avoit trouvé grandes facilités de la cour, parce que les ministres du Roi a.voient cru ne pouvoir mettre dans cette place aucune personne qui leur coûtât moins, et duquel ils pussent avec plus de facilité disposer que d'un homme de cette qualité, qni n'avoit aucuns parens, ni aucun talent de probité qui le pût faire réclamer ou regretter: mais. comme cet homme avoit suffisance et hardiesse extérieure, et que d'ailleurs il avjit pris pour son conseil le maréchal d'Estrées et Sennetewe, vieux courtisans, et entendus dans les négociations du monde, il se fit

d'omek talon. [1648J 355

estimer beaucoup dans son ministère, disposant al> solument de Tesprit de son maître, lequel étant la seconde personne de l*Etat, ëtoit infiniment consid^ rable pour contenir et empêcher toute sorte de mécontentement à la cour.

La pensée de Tabbé de La Rivière fut d'être cardinal, et de le mériter par les services qu'il rendoit à la Reine et à M. le cardinal Mazarin'dans la conduite de son maître : ce qu'il exécuta fort bien, et ce d*au^ tant plus que le cardinal Mazarin layant voulu ficher quelquefois, d autres fois Tayant voulu brouiller avec son maître, en rapportant à M. le duc d'Orléans ce que labbé de La Rivière lui avoit dit, tous ses artifices fiirent inutiles, et lui servirent à s'établir encore davantage dans Fesprit de M. le duc d'Orléans, auquel il fit accroire que le dessein de M. le cardinal étoit de lui débaucher ses plus fidèles serviteurs, et le faire passer pour un prince inconstant et qui se laisse conduire. Mais au surplus l'abbé de La Rivière ne témoigna aucun mécontentement, et travailla toujours à ses fins', et de fait, au mois de novembre 1647, le Roi ayant été malade à l'extrémité , les médecins n'ayant pas cru qu'il pût encore vivre douze heures, la Reine ayant craint que la régence de son second fils lui fût contestée , ou quoi que ce soit, qu'elle fût réduite à un conseil nécessaire , suivant la volonté du roi Louis xiii, elle voulut être assurée des intentions de M. le duc d'Orléans, le cas arrivant. A quoi l'abbë de La Rivière fut employé, et travailla fort bien, du moins en apparence, car il fit que M. le duc d'Orléans donna à la Reine toutes les assurances néces^ j^ires^ et quoique cet office en vérité ne fut pas

356 [l^4^J MÉMOIRES

grand' chose, parce qae s'il fût arrive faute du Roi M. le duc d'Orléans n'ëtoit oblige qu'autant que bon lui eût semblé, néanmoins Tabbé de La Rivière crut que l'on lui en avoit grande obligation, et M. le cardinal Mazarin lui-même lui en témoigna très-grand ressentiment : il bâtit sur ce fondement pour demander un chapeau de cardinal, et après plusieurs poursuites il obtint sa nomination, M. le duc d'Orléans Payant demandée , et Itd ayant été accordée par M. le cardinal Mazarin, soit qu'il eût dessein de lui tenir parole, ou qu'il pensât que par le temps cette proposition pourroit être éludée (car de cette intention secrète personne n'en peut répondre); car chacun s'imagina que M. le cardinal Mazarin auroit peine d'avoir pour compagnon le premier ministre de iVJ . le duc d'Orléans, lequel étant cardinal seroit aussi grand seigneur que lui. Quoi qu'il en soit, cette grâce fut accordée par la Reine avec joie et satisfaction publique. M. l'abbé de La Rivière en reçut le compliment de toute la cour ; la gazette en fut chargée ; Mf le duc d'Orléans écrivit au Pape «t à la signera Olimpia sa belle*sœur, vers laquelle Ton disoit qu'il y avoit eu quelque avance de présens d'importance pour hâter cette affaire.

Au même temps que ces choses se faisoient à la cour, M. le prince de Coudé, qui étoit à l'armée, et duquel vraisemblablement l'on avoit attendu l'absence 'pour conclure l'affaire , envoya le duc de Damville, non pas pour s'opposer à cette grâce, mais pour en demander le retardement jusques à la fin de la campagne , pendant lequel temps il espéroit résoudre Tes* prit de M. le prince de Conti son frère de s'attacher

d'omer ta^on. [1648] S57

à Tëtat ecclésiastique, et ce faisant à demander un cha*peau de cardinal-, en laquelle demande il croyoit étire bien fondé», et que M. le duo d'Orléans ni M. Tabbë de La Rivière ne trou ver oient rien à redire : de laquelle instance , faite par M. le prince , l'abbé de La Rivière ayant été averti, il dofina les mains, et té* moigna qu'il n'a voit point de pensées contraires.

Pendant toute la campagne l'abbé de La Rivière s'est aidé autant qu'il a pu pour faire réussir sa nomi*oatian par courriers qu'il envoyoit fréquemment à Rome , et par toute sorte d'autres voies qui sont capables de faire succéder les affaires de cette qualité.

Il eut de Rome toute sorte de bonnes nouvelles : voire même le cardinal de Sainte-Cécile étant décédé in cimây le Pape donna à l'abbé de La Rivière une petite abbaye qu'il avoit, et dont la disposition exï> tiëre lui appartenoit, à cause du lieu auquel elle avoit vaqué; mais à l'égard du chapeau il y avoit peu de placer vacantes, et le Pape se sentant vieux aimoit mieux se faire des créatm*es que de sati^aire aux prières des princes. Pendant ce temps la campagne étant achevée , et tous les princes étant à Saint-Germain pendant le mois de septembre et octobre, M. le priiKîe de Conti y parut l'épée au côté : ce qui donnoit assurance entière en apparence à l'abbé de La Rivière qu'il étoit déchargé d'un compétiteur de cette qualité. A toutes les conférences auxquelles nous assistâmes , et à tous les conseils^ M. le prince de Conti parut en habit de' couleur aussi éclatante que les autres. Néanmoins M. le prince travailla si bien avec madame la princesse sa mère, qu'ils le firent changer de pensée , le résolurent d'être ecclésiastique , et de-

358 f l648] MÉHOTKES

mander un chapeau, dont il se déclara le dimanche aS octobre en parlant à M. le cardinal Mazarin, lequel en fit donner avis à M. le duc d^Orlëaiis par M. Le Tellîer, secrétaire d'Etat, et à l'abbé de La Rivière par le maréchal d'Estrées et Senneterre , ses consultans. Cette nouvelle surprit le maître et le valet, mais plus Tun que Fautre; et dans ce déplaisir si sensible, dans lequel ils n'osoient contredire la chose , ils s'attachèrent aux manières et à la voie qui y avoit été tenue.

M. le duc d'Orléans ayant vu la Reine sur ce sujet, lui témoigna son mécontentement, lui disant que c'étoit une injure sensible qui lui étoit faite ^ que ceui qui ne ^auroientpas le détail de l'affaire imputeroient à mépris et à offense la prétention de M. le prince de Conti, lequel Ta laissé s'embarquer et poursuivre depuis six mois, pendant lesquels ledit sieur prince de Conti non-seulement n'a pas témoigné y vouloir prétendre , mais au contraire a mis une épée à son côté -, et tout-à-coup , aussitôt que les affaires publiques ont été apaisées, il s'est déclaré pour fcette prétention , laquelle ne lui pouvant pas manquer par une voie extraordinaire , il devoit s'abstenir de troubler la poursuite faite par l'abbé de La Rivière , y ayant vraisemblance qu'il ne l'a fait que par un esprit de contradiction.

La Reine lui répliqua, et fit connoître son déplaisir^ mais elle le pria de lui dire si elle pouvoit refuser la demande de M. le prince de Conti, lequel étoit prince du sang, parent du Roi et de lui-même auquel elle parloit; que si dans la conjoncture présente des affaires il estimoit qu'il y eût quelque parti et quelque tempérament à prendre , qu'elle vouloit bien as-

d'oMEK TAtOIf. [1648] 359

sembler 4111 conseil des plus grands du royaume pour leur proposer l'affaire, et la résoudre selon leur sentiment. A quoi M. le duc d'Orléans répondit que si Ton assembloit un conseil il quitteroit la cour, parce qu'il savoit bien que dans un conseil de cette qualité ceux qui y sont appelés parlent toujours agréablement, et selon la pensée de leur maître.

La Reine insista que la chose étoit pressante , et que M. le prince de Conti demandoit ses expéditions, et disoit qu'il ne seroit pas juste que M. l'abbé de La Rivière le prévînt par un courrier exprès qu'il avoit envoyé le jour précédent, et qu'il tirât quelque avantage de cette diligence contre son respect : à quoi M. le duc d'Orléans n'ayant rien répondu , la Reine a fait faire la dépêche pour demander le chapeau pour M. le prince de Conti par voie extraordinaire, se fondant sur les exemples de sa maison , tous les cardinaux de Bourbon ayant été promus à cette dignité par une voie singulière et extraordinaire (ainsi le cardinal infant, dernier mort, avoit été pourvu ^ ainsi le cardinal de Savoie ; même le frère du roi de Pologne Casimir , jésuite , avoit été fait cardinal p^r cette voie)^ mais au cas que cela ne puisse réussir, la Rçine le demande en toute manière pour M. le prince de Conti, et fait cesser l'effet de sa nominatipn pour M. l'abbé de La Rivière , jusques à ce que l'affaire de M. le prince de Conti ait réussi. Dont M. Le Tellier , secrétaire d'Etat, ayant donné compte à M. le duc d'Orléans , il n'a dit autre chose , sinon qu'il n'approuvoit ni n'improuvoit ce procédé.

L'abbé de La Rivière s'est plaint d(e tromperie et infidélité ^ qa'au^itôt que le chapeau lui fut promis y

36o [1648] MÉMOIRES «

que Ton eut dessein de ne lui pas tenir, et de tronyer quelque défaste pour se moquer de lui ^ quHifi mois auparavant que oelte opposition soit suarvenuê, cela s'étoit dit publiquement, et; que lui en ayant. fait.ses plaintes à M. le cardinal Maizarin, ledit sieur cardinal , qui avoit besoin de lui et de Taseistanoe de son maître pour sortir de l-affaire qu'il avoit à résoudre avec le parlement , lui avoit assuré que œt obstacle ne lui feroit aucun préjudice, parce que.M. le prince de Oondé étant howtne d'intérêt , il détofurneroit cette prétention en lui faisant son compte parnfuelqiœ autre moyen.

L'on répondit à ceux qui faisoient les plaintes de Fâbbé de LaKivière qu'ils dévoient considérer la qualité et le fond de cette affaire pour savoir s'il y a eu dessein de l|ii faire une injure , on si c'est un intérêt sensible et véritable -, qu'il ne peut disconvenir que M. le prince a demandé il y a six mois quelque délai pcmr résoudre'M. le prince de Conti àse déclarer ponrTouloir être ecoiésiastique *, qu'il a cru à son netcmr ^e la campagne y pouvoir travailler si puissamment, qu'il pourroit F^btenir si»r son esprit ^ qu'au £bad il est notoire qu'il y a un très-grand et tiptable intérêt de ce faire, parce que M. le prince de Conti, s'il ne s'attichoit point à l'Ëgiise, serait douUemenit à cbaffge i M. le prince son frère , et à cause de son ineoiiimodîté naturelle qui l'empêcberoit de i^uesir, et à cause du bien quHl seroit okXtgé de lui donner pour subs^ter.: de aorte que lorsqu'il a reneontré Fooeasion pour le résoudre, il ne &ut pas s'étonner s'il g'en est servi et s'en est voulu prévaloir, étant certain que M. le prince d^ Conti étant cardinal , et ^^v^c cette

d'omer talon. [1648] 36 1

qaaiitë chef dn dei^ de France , il sera capadble de servir à M. le prince son frère; an lieu qu'il lui seroit à ehai^ et inutile dans Tautre condition , coronie il a été dit cinlessos.

Toutes ces raisons ne peuvent consoler la douleur de Tabbë de La Rivière, lequel étant sur le point d'être ëicTë à ia plus haute et plus illustre condition qui puisse être souhaitée , s'en voit recule , et peut* être prive pour jamais ; de sorte qu'il n'y a point <le parti à prendre que -le dësespoir , dans lequel Ton a craint qu'il fût capable d'inspirer à son maître toutes sortes de petnsëes , en kn* disant qu'il est flëtri dani cette occasion, que son honneur y est engage, et qu'il ne doit point se réconcilier si la satis&ction ne ki est £atite ; mais quand Ton lui demande ce qu'il dënre, ild^ que M. le duc d'Orlëans est offense, et que la satisfaction doit venir de ceux qui lui ont fait l'injui».

Ai»si , et dans cette démarche , touifee k cour re-* tourna de Saînt-Grermain à Paris le dernier jour d'oc-t<^ve, vigile de la Toussaint, auquel jour M. le duc d'Orléuis ne fut. point au Palais-Royal, le jour de la Toussaint pareillement, et prit pour excuse qu'il ^^oyoit cfue la Reine dut coucher au Val-de-Grâce. U lundi il y fut, mais en grand équipage, et plus ^*à r^xdinaire , ayant à sa suite toute la midson de Loriaine ^ et après avoir su qu'il n'y avoit point de ^'Wiseil ce jour-là , il se retira sans aucun entretien ^ec la Reine, comme 41 avoit accoutumé.

Le discours que tient M. le duc d'Orléans en public «st cpi'il ne trouve à redire à la promotion de M, le pniM^e ^Co»ti, qu'il est son cousin, et qu'il sak

iS'i [l(>4^] MÉMOIRES

biea qu'il est juste qu'il marche devant Tabbé de La Riyière, qui est son domestique, et que comme cela est de Tordre et de la règle, qu'il entend aussi que Tordre et la règle soient observés eu tout 5 qu'il est lieutenant général dans l'Etat, et qu'il entend exactement faire sa charge.

Ceux qui sont auprès de la Reijie lui donnent des frayeurs sans raison , à mon sens ; car ils lui font ap* préhender que M. le duc d'Orléans ne se fortifie , et qu'il enlève le Roi \ que d'ailleurs s'il fait le mécontent cela peut produire un mauvais effet, et qu'une affaire de cette qualité ne doit pas durer long-temps dans la cour, de crainte qu'elle ne produise quelque chose de funeste ^ et qu'il est plus expédient que M. le duc d'Orléans se déclare, que non pas qu'il fasse le mécontent étant à la cour. Pour cela j*ai appris que la Reine avoit été conseillée , ou quoi que ce soit , qu'il avoit été proposé d'envoyer deux bu trois personnes des plus grandes qualités du royaume, pour lui faire connoitre le préjudice que les affaires du Roi reçoivent de sa manière d'agir, le prier de vouloir prendre quelque expédient d'honneur dans cette affaire tel qu'il lui plaira^, et de ne point vouloir mettre en hasard le royaume pour une affaire de cette qualité, afin de Tobliger de parler nettement, et d'empêcher que cette affaire n'en produise de plus grande à la cour. Cependant Tabbé de La Rivière , dans les premiers accès de sa douleur, ayant irrité Tesprit de son maître , échauffé celui de madame la duchesse d'Orléans et de mademoiselle sa fille, comme d'une injure et d'un mépris fait à M. le duc d'Orléans , il a été obligé de donner accès auprès dudit seigneur à quel-

DOMER TAtOîf. [i648] 363

qnes grands du royaume , et e^tre aatres à M. le duc d^lbœuf et à ses enfans , et à plusieurs autres personnes de grande qualité. Et après l'avoir fait, quand il a ouvert les yeux et qu'il s'est reconnu, il s(^bien aperçu la faute qu'il avoit commise , parce que si cette affaire passoit plus avant, il ne seroit plus le maître de la conduite ni de la l)arqùe de M. le duc d'Orléans; que s'il étoit oblige de se retirer de la cour et de former quelque parti , il se trouveroit en mauvaise posture , et comme le valet de ceux qui tiendroient les premières places dans la maison; que jusques ici il avoit garde les devans , et empêché que personne ne prît autorité , et que maintenant il seroit dans la dépendance des autres; joint que naturellement il est timide, et. que, possédant de grands biens, il avoit appréhension que sa fortune se trouvât ruinée.

D'autre part, M. le duc d'Orléans étoit chagrin par la privation de ses divertissemens ordinaires qu'il prévoit dans le Palais-Royal, où il trouvoit les joueurs, qui lui faisoient passer le temps : qui plus est, son palais n'étoit pas rempli de monde comme la maison de M. le prince, chez lequel abordoient tous les braves, tous les gens de guerre qui avoient servi sous lui ; et d'ailleurs dans cette querelle la Reine y prenant part et le premier ministre , tous les officiers de la couronne et autres grands n'avoient pas osé se déclarer dans ce rencontre.

Ainsi M. l'abbé de La Rivière revenant à lui-même cherchoit une honnête défaite, et afin de rétablir l'honneur de M. le duc d'Orléans, qu'il avoit dit être engagé dans cette affaire, et afin de se rétablir luiniême dans la même posture et le même crédit qu'il

364 [l64^] MÉMOIRES

ëtoit auparavant cette brouillerie : pour quoi faire il fit demander à la Reine, par M. le maréchal d'Estrées et M. de Senneterre, ses consultans, que l'on accordât à M. d'Elbœuf fib le gouvernement delà ville de Montreuil , leqnel M. le comte de Lannoy, bôau-père dudit seigneur d'Ëlbœuf fils , lui vonloit remettre epître les mains par une démission pure et simple , et ce que la Reine jusques alors avoit refusé , ne voulant pas lui donner le gouvemem^it particulier de cette place , parce que M* le duc d'Elboeuf étoit gouverneur en chef de la province de Picardie. Laquelle demande, quoique juste en apparence (d'accorder à un prince de la maison de Lorraine la démission que son beau-père lui fait d'un gouvernement particulier) , a été refusée par la Reine avec aigreur, disant qu'elle connoissoit bien que toutes chose* se perdoîent par foiblesse , et qu'elle n'y consentiroit point, puisque lorsque le comte de Lannoy avoit marié sa fille avec lé fils de M. d'Elboeuf, la Reine lui avoit prononcé qu'il ne devoit point espérer le gouvernement de la ville de Montreuil, ni par la mort ni par la démission dudit sieur comte de Lannoy, et qu'elle ne trouvoit bon le mariage qu'à cette condition.^ De quoi M. d'Elbœuf et l'abbé de La Rivière ne disconyenoient pas , mais ils disoient que les affaires avoient changé -, et la Reine répliquoit qu'il n'y avoit point de changement aux affaires, sinon le déplaisir de l'abbé de La Rivière , qui n'étoit pas une cause légitime , et que toutes fois et quantes qu'il seroit mécontent il feroit ainsi changer les affaires.

\ Ainsi cette proposition ayant été rebutée , il en fut

d'ohsr talon. [i648] 365

£iit «ne antre (du moins que la Reine promit), que si peodant la régence le comte de Lannoy venoit à mourir, que le gouvernement seroit conservé à son gendre : laquelle seconde proposition fut pareillement rebutée par la Reine, comme contraire à sa résolution première. Succéda une troisième proposi^ tion, que pour couvrir la réputation de M« le duc d'Orléans , et faire voir à toute la France qu'il n'avoit pas inutilement demandé cette place, et qu'elle ne lai avoit pas été refusée, que la Reine avait accordé à M. le duc d'Orléans le gouverneijLent d'Aignes* Mortes, pour l'égaler avec M. le prince, auquel l'on donnoit Clermont et Jametz ^' que M. le duc d'Or* léans ne preftdroit point Aigues-Mortes, et se con* tenteroit du gouvernement de Montreuil pour lui-** même, et avec parole de ne le point faire tomber directement ni indirectement entre les mains de M. le duc d'Elbœuf fti de son fils, Ajputoit l'abbé de La Rivière que la Reine leur pouvoit accorder cette demande , d'autant plus librement que M. le comte de Lannoy n'y consentiroit pas vraisemblablement, et ne voudroit pas quitter cette place pour en revêtir M. le duc d'Orléans et s'en priver lui-même, et en ôter l'espérance à son gendre -^ mais que quand bien dans l'exécution le oomte de Lannoy n'y consentiroit pas, que M. le duc d'Orléans auroit cette satisfaction que la chose lui auroit été accordée par la Reine , à laquelle cette dernière proposition ayant été faite , elle en est demeurée d'accord pourvu qu'elle soit tout entière, et a consenti d'accorder à IVL le duc d'Orléans le gouvernement de Montreuil , pourvu qu'elle soit assurée que cela ne s'exécute point , et que M. le

366 [l^4^] MÉMOIRES

comte de Lannoy n'y consente point , qui est à dire donner à M. le duc d'Orléans du vent et de la fumëe. La Reine a passé plus avant, car elle a offert d'aller visiter M. le duc d'Orléans dans son palais, le reblandir , lui dire de belles paroles , et le prier de vivre avec elle et avec M. le cardinal comme il a fait par le passé : à quoi l'abbé de La Rivière a dit que l'on les vouloit payer en grimaces.

Pendant que les choses étoient- ainsi en conférence et en pourparler, dans lesquelles M. Le TeUier, secrétaire d'Etatp étoit employé de la part de la Reine, et le marécnal d'Estrées et Senneterre étoient comme médiateurs , il se faisoit force mauvais discours. Toute la cour (nemine dempto) visita M. le duc d'Orléans in odium du premier ministre, jusques à ce que M. le prince de Condé s'étant déclaré en la matière, comme n'étant cette affaire fondée que sur et en haine de la justice qui lui avoit été faite , et à M. le prince de Gonti son frère , pour le bonnet de cardinal , alors la cour fut partagée, et les plus forts se trouvèrent du côté de la Reine et de M. le prince.

M. le duc d'Orléans menaça d'aller dans le parlement se plaindre de la mauvaise administration de l'Etat^ accuser la personne de M. le cardinal et tout son conseil sur le sujet de la paix et les autres affaires du royaume, et qu'il y meneroit avec lui les ducs et pairs mécontens. L'on lui répliqua que s'il le faisoit, M. le prince s'y trouveroit avec le petit M. le duc d'Anjou, frère du Roi-, qu'il seroit porteur d'une lettre de la Reine en forme de manifeste , contenant les raisons du mécontentement de M. le dnc d'Orléans, qui n'ont autre fondement que la douleur de

D*OMER TALON, [l648] 867

Tabbë de Là Rivière, son domestique, de n^avoir pas été nomme cardiml , à rexclusion d'un prince du sang royal 5 qu'ensuite M. le duc d'Elbœttf a désiré avoir le gouvernement de la ville de Montreuil , et que la Reine ne lui a pas voulu donner, n'ayant pas estimé qu'il fût du bien des affaires du Roi de mettre entre les mains d'4in prince de la maison de Lorraine une place de cette importance, vu que ledit seigneur duc d'Elbœuf a été dix ans *avec les ennemis de l'Etat , portant l'écharpe rouge; qu'au surplus M. le duc d'Orléans n'a pas été ci-devant dans ces pensées pendant toutes les conférences qui ont été tenues dans son palais à Paris , et dans son logement à Saint-Germain , dans lesquelles il a défendu avec cœur et sentiment le gouvernement présent 4a l'Etat', lequel ne lui à déplu qu'à cause du mécontentement del'abbéde La Rivière. Pendant ce temps la Saint-Martin étant arrivée , le lendemain 12 novembre ,.la messe solennelle s'est ce-" lébrée dans le Palais en la manière accoutumée -^ après laquelle M. le premier président ayant donné à dîner à lùessieurs les présidens et conseillers de la grand'chambre qui étoient au Palais , M. le prince a assisté au dîner avec M. de Châtillon et M. de La Moussaye^ où il a caresôé messieurs du parlement qui y étoient, et y a travaillé comme un prince lequel souhaitoit l'amitié et la bienveillance de ces messieurs : ce que fai imputé à quelque commencement de brouillerie, dont Dieu nous garde s'il lui plaît ^ et que ses complimens n'aient autres pensées que la grâce que ledit seigneur prince dit vouloir souhaiter du parlement, afin que dans les occasions de ses affaires particuliireset domestiques il y trouve facilité.

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