SCROFULEUSE
Les bons effets que Mackenzie dit avoir retirés de l’emploi du sulfate de quinine dans l’ophlhalmie scrofuleuse, et les heureux résultats que j’en avais vu obtenir à Naples dans l’arthrite aiguë, me déterminèrent à en faire usage dans certains cas d’affeclions oculaires où les remèdes simples et usuels étaient restés sans efficacité. J’eus l’occasion d’en faire l’essai dans le cas suivant : Mademoiselle C. B. J..., âgée de 7 ans, d’un tempérament scrofuleux, avait été saisie d’une conjonctivite palpébrale accompagnée de photophobie violente. Les sangsues en grand nombre, le calomel, l’opium, l’extrait de belladone à l’intérieur et à l’extérieur, le laudanum, furent tour à tour administrés sans succès. La photophobie persistait malgré tout, tellement intense, que la jeune malade tenait les yeux constamment fermés, de façon à m’empêcher absolument d’examiner l’intérieur de l’œil, et à me
laisser craindre que les paupières enflammées n’oxcilassenf, j)ar leur contact avec la cornée, une inflammation vive de cette membrane et toutes scs conséquences. Je prescrivis alors le sulfate clc quinine à la dose de 3 grains par jour; pendant les premières vingt-quatre heures, il y cul une légère aggravation des symptômes; le second jour, la petite malade persistait à tenir les yeux fermés, mais sans douleur; le troisième, elle put les ouvrir et je les trouvai en bon état. La photophobie avait disparu.
Encouragé par ce succès, je répétai l’expérience, et j’administrai la quinine dans la kératite scrofuleuse avec ulcères, abcès, épanchements de lymphe, et j’obtins toujours la guérison de la photophobie, l’intégrité de la cornée et la disparition des épanchements de lymphe et de pus dans son tissu. Ce n’a été que chez quelques sujets à tempérament sanguin que la quinine ne m’a pas donné d’heureux résultats ; mais chez ceux à tempérament lymphatique, je m’en suis toujours servi avec succès. Je dois pourtant déclarer que j’ai l'habitude de faire précéder l’usage de ce médicament de l’application des sangsues, de purgatifs, etc., et ce n’est que si la photophobie persiste que j’ai recours à la quinine.
Je pense d’ailleurs que le mode d’action de ce remède dans les cas dont il s’agit, est fondé sur les principes les mieux établis de la thérapeutique. Les Anciens employaient déjà le quinquina dans les maladies scrofuleuses, et il est aisé decomprendre que la quinine, qui est un vigoureux tonique, doit exercer une puissante action contre le principe morbide développé chez les individus cachectiques et scrofuleux , et peut, en conséquence, calmer un symptôme nerveux tel que la photophobie, de la même manière que l’opium calme les douleurs atroces de la dyssenterie qui, suivant les principes de la science, n’est qu’une colite spécifique.
Cataracte traumatique guérie par l’application de la
belladone;
Dans le mois de novembre 1850 , je fus demandé par Ferdinand X..., orfèvre, âgé de 18 ans, qui s’étant heurté violemment au coude, tandis qu’il travaillait au chalumeau, s’était donné un coup à l’œil gauche. Il y avait huit jours qu’il souffrait et qu’il était mal soigné, lorsque je le vis. Je le trouvai en proie à de violentes douleurs de tête et à de graves convulsions. Ayant examiné l’œil , je trouvai une inflammation de la cornée, de l’iris, de la choroïde, et une cataracte traumatique; la vue était presque entièrement abolie. Moyennant l’usage combiné des bains, du calomel, du tartre stibié, des sangsues, du collyre d’arnica, et des frictions d’onguent de belladone sur le sourcil, les douleurs cessèrent et l’inflammation disparut. J’avais fait usage d’une pommade surchargée d’extraitde belladone (exlract. alrop. belladon. 5iij, axung. 5üj), ce qui produisit une dilatation forcée de la pupille, de sorte que l’on voyait la cataracte dans toute son étendue, et le cristallin luxé ayant perdu sa nutrition, était presque atrophié. Je renvoyai l’extraction du cristallin à un temps plus favorable, et je recommandai vivement l’usage de la belladone; après quelques jours, le cristallin ayant perdu ses rapports, et trouvant la pupille dilatée, tomba dans la chambre antérieure, où il fut rapidement absorbé : desorteque vingt-deux jours après, il ne restait qu’une légère opacité sur la capsule postérieure, une petite cicatrice sur la cornée, et une couleur violette tendre sur la sclérotique, suite de la choroïdite; la vue était un peu faible parce que les nerfs de l’œil étaient affectés. Ayant eu l’occasion de revoir le malade après quelque temps, j’ai vu avec plaisir que l’œil avait repris son aspect naturel, de sorte qu’il était impossible de distinguer l’œil sain de celui qui avait souffert.
Ce fait prouve l’utilité de la belladone à présent remplacée
par Copine, dans des cas semblables, et dont il faut faire usage
avantquedesadhérencesseformententre l’iris et le cristallin; car
j’ai observé bien souvent que le cristallin n’étant pas parfaitement libre, reste, en passant dans la chambre antérieure, appuyé contre le bord de la pupille, et excite une inflammation opiniât! e qui ne se guérit que par l’extraction du cristallin.
De l’opération du staphylôme partiel de la CORNEE,
Le staphylôme de la cornée a été le sujet des recherches des ; plus grands ophtalmologistes ; mais, quoique la science soit riche de méthodes opératoires du staphylôme total , on a fort peu écrit sur le staphylôme partiel. Jean-Baptiste Quadri en a parlé dans ses Annotazioni pratiche, et bien que j’aie uéjà, il y j a quelques années, publié dans Y Aténeo l’exposé de la méthode opératoire qu’il emploie contre cette infirmité, je décrirai pourtant ici un cas de staphylôme partiel, dans lequel on reconnaîtra mieux encore la grande utilité de l’opération imaginée par mon père.
Angélique Raceo, âgée de six ans, de tempérament lympha- : tique, futaffectée, dans le mois de mai 18o3, d’une grave ophlhalmie scrofuleuse à l’œil gauche. Après deux mois de souffrances, il en résulta un staphylôme vers la partie inférieure et interne de la cornée, qui s’augmenta petit à petit jusqu’à ce que la pupille en fût recouverte et que la vue se perdit. Une grave irritation se manifesta dans l’œil, accompagnée de douleurs pendant la nuit, le long des nerfs de la cinquième paire, de sorte que ses j parents vinrent demander les secours de l’art. Je fis inutile- ' ment usage des moyens résolutifs, des sangsues, du laudanum (avec lequel j’ai bien souvent réussi); je proposai alors d’abattre le staphylôme pour calmer les souffrances; mais, comme le staphylôme s’étendait jusque sur la pupille et qu’il ne restait de transparent que le tiers de la cornée, j’annonçai que la vue ne pourrait jamais se rétablir, et que j’opérais seulement dans le * but de calmer les douleurs. Mon avis fut accueilli, et ayant éthérisé la petite malade, je traversai la cornée avec un couteau,
comme pour l’opération de la cataracte (fig. 1). Je trouvai la
cornée si amincie, qu’après l’incision celte membrane s’affaissa et le slaphylôme disparut entièrement. Je saisis néanmoins le lambeau avec des pinces (fig. 2) et j’en enlevai une portion que
ns. «.
Je tâchai de rendre semi-lunaire. Je fermai l’œil avec du taffetas d’Angleterre, et j’ordonnai la diète et le repos. La nuit et le jour suivant, l’opérée jouitde la plus grande tranquillité: les douleurs avaient disparu . Le troisième jour, le même calme ayant continué, j’ouvris un peu l’œil, et je trouvai que l’inflammation avait
diminue et se bornait aux paupières, qui par leur gonflement exerçaient une compression très utile dans cette circonstance. A la base du staphylôme on remarquait une perte de substance de forme circulaire comme un ulcère de la cornée, entourée d’une auréole blanchâtre ; je fermai soigneusement l’œil pour éviter une procidence, et j’abandonnai le reste à la nature. Après dixhuit jours, le 26 novembre 1853, je rouvris l’œil; la cicatrice s’était achevée. La cornée était peut-être trop plate en comparaison de celle de l’autre œil ; la portion supérieure de la cornée, qui était demeurée transparente, était descendue vis-à-vis de la pupille, de sorte que la malade commençait à y voir. Après quelque temps et grâce à l’emploi du laudanum, la cornée s’est éclaircie aux alentours de la cicatrice et la pupille s’est trouvée recouverte d’une portion de cornée complètement transparente, de sorte que la vue est devenue parfaite. Il ne reste qu’une synéchie antérieure, qui empêche les mouvements pupillaires vers la partie inférieure.
Celte observation témoigne de la grande utilité de la méthode opératoire inventée par mon père; elle montre aussi le peu d’épaisseur que peut prendre la cornée dans quelques staphylômeschez les enfants, contrairement à l’opinion de Scarpa.Dans le cas présent, en effet, la cornée était moins épaisse qu’à l’état normal et elle n’était ni dure, ni alvéolaire, comme l’indique Scarpa. L’opération détruisit le staphylôme, rendit la régularité de la forme à l’œil, et une faculté visuelle à laquelle on était bien loin de s’attendre. Il est certain que l’on peut considérer cette méthode opératoire comme un vrai progrès de l’ophlhalmologie, parce que dans un cas que l’on aurait traité, il y a 50 ans, en détruisant l’œil et en appliquant un œil artificiel, on a pu, au moyen d’une opération bien simple et bien facile, rendre la régularité de la forme et la fonction à un organe qui était devenu inutile et même fort incommode.
Bruxelles. — Imprimerie de CH. LELONG, rue Royale, 138.