‹ Mémoires originaux des créateurs de la photographieChapitre 10 sur 54 · OI. SON · texte numérisé non relu

OI. SON

cation relative à la reproduction des images sur plaques d'acier, sans doute dans la prévision d'une application ultérieure à la gravure.

Talbot a aussi employé l'albumine sur verre pour lui donner, au moyen d'une préparation à l'iodure de fer, une très grande sensibilité qui lui a permis d'obtenir en 1 8 5 1 un instantané à la lueur d'une décharge électrique (voir V). Ce procédé fit encore l'objet d'un brevet.

Talbot tenait beaucoup à ses droits d'inventeur et n'hésitait pas à poursuivre en contrefaçon ceux qui appliquaient ses procédés sans lui avoir demandé une licence. Comme cette rigueur n'était pas précisément favorable aux progrès de la photographie en Angleterre, lord Rosse, président de la Société Royale, et sir Charles Eastlake, président de l'Académie Royale, s'en émurent (i) et lui écrivirent en i85a pour lui demander d'examiner s'il ne pourrait pas se relâcher de cette rigueur dans l'intérêt de l'art et de la science. Il répondit qu'il consentait à abandonner ses droits de brevet et à les offrir « comme un libre présent au public », à l'exception d'un seul point, « l'application de l'invention à faire des photographies pour les vendre au public ». L'exploitation commerciale était donc nettement séparée des applications artistiques et scientifiques, auxquelles tout le monde pouvait ainsi travailler, même en Angleterre, sans crainte d'un procès en contrefaçon.

Après avoir épuisé les ressources de l'époque pour le perfectionnement du cliché négatif qu'il avait inventé, Talbot poursuivait sa marche vers de nouveaux progrès. Parmi ceuxci, un des plus importants consistait à transporteries images sur métal pour en tirer, a laide de la gravure, des épreuves inaltérables. Dès îS'i'l, il avait publié un ouvrage intitulé « Pencil of Natur (2) », qu'il avait orné d'épreuves photographiques exécutées par le procédé calotvpe ; c'est sans doute le premier livre illustré par des photographies; mais Talbot voulait arriver à la photogravure. Il y parvint au moyen de la gélatine bichromatée (voir VI), en i852-58.

(1) Photographie News, octobre 1877 (^) Le pinceau de la nature.

\ OTICE SI H TA LBOT 83

Les inventions photographiques de Talbot s'arrêtent là ; ht série ét;iit d'ailleurs complète. Mais il ne faudrait pas croire que tout est dit sur les produits de l'activité de cette vaste intelligence. Des recherches aussi étendues ne l'empêchaient pas de continuer son évolution au travers des autres branches, non pas seulement de la science, mais des connaissances humaines. Ainsi, il avait publié des travaux sur la chaleur en [836, sur l'astronomie en 18^2, iN'cj, [85i, et s'occupait encore en i cS— 1 de cette dernière science; el il resterait à citer aussi ses contributions à la littérature, à l'archéologie, à l'histoire naturelle, etc. Il mourut le 17 septembre 1877.

L'œuvre photographique de Talbot est caractérisée par un esprit de combinaison extrêmement développé et par une méthode scientifique qu'il devait en partie à sa formation antérieure. Au courant des idées et des ressources élaborées dans les travaux de ses contemporains, il a su en tirer parti et les associer à ses propres découvertes pour réaliser une progression ininterrompue depuis son premier papier jusqu'à la photogravure, en passant par le cliché négatif. Grâce à ce dernier, les opérations photographiques sont entièrement transformées; elles se décomposent désormais en deux parties : i° production du cliché négatif par exposition très courte ;i la chambre noire et par développement de l'image latente au moyen de révélateurs liquides ; 2° utilisation de ee cliché pour en tirer, par transparence, des épreuves positives sur un support quelconque.

LETTRES DE TALliOT AU SUJET DE SON PREMIER PAPIER I

« Dans une lettre que j'avais écrite à M. Talbot le i3 de ce mois, dit M. Biot à l'Académie le :>ô lévrier [83û, je lui avais témoigne le regret de ce que l'extrait de son mémoire inséré dans le n° 58q de l'Athenœum ne contint aucune indication spéciale sur le procédé qu'il employait pour la préparation de son sensitive paper, et je lui exprimais combien il serait désirable qu'il voulût le rendre public dans l'intérêt des expérimentateurs. Dimanche ij, M. Daguerre m'ayant communiqué le moyen qu'il avait trouvé depuis plusieurs années pour produire un effet analogue, et m'ayant autorisé ii en faire part il l'Académie, je me lis un devoir d'informer M. Talbot de cette circonstance par une lettre écrite le lendemain [8, mais sans l'instruire d'ailleurs de la préparation que M. Daguerre employait. Je reçus alors de M. Talbot les deux lettres suivantes, qui me parvinrent ensemble le samedi 23. Présumant qu'elles pouvaient contenu' des communications sur sa découverte, et voulant conserver tousses droits intacts, je portai ces cleu\ Ici très non décachetées, le soir même, à la Société Philomatique, où elles furent ouvertes et paraphées par le président M. Milne-Edvvards. Comme M. Talbot avait bien voulu les mettre à ma libre disposition, je m'empresse de les communiquer textuellement à l'Académie, persuadé qu'elle ne peut que les accueillir avec le plus grand intérêt. Les voici, telles qu'elles ont été écrites en français par M. Talbot lui-même.

(j ) Communiquées à I Académie par Biot, le 25 lévrier iN,'li|.

/. E T 7 // /•; .s i / si .1 /•; t h /■: s o.'S r n /•: 1/ / /•: /.• /• 1 P / /•; /;

" Londres, 20 et 21 février 1 8 3 «j .

« Monsieur,

« Je m'empresse de répondre à vos deux lettres du i3 et [8 de ce mois, dans la dernière desquelles vous me faites l'honneur de m'informer que M. Daguerre a découvert de sou côté un procédé pour faire du papier sensitif.

« Comme il n'y a pas un seul mot, dans votre lettre, sur la fixation ou conservation subséquente des images ainsi obtenues sur le papier, je dois conclure de là que M. Daguerre ne fait pas usage d'un tel procédé, ou que du moins il n'a pas jugé à propos de le communiquer.

« ,1e ne sais si M. Daguerre aura mis sous les veux de l'Académie, dans sa séance de lundi dernier, une série aussi nombreuse et variée de dessins photogéniques exécutés sur papier, que celle que j'ai montrée de mon côté à la Société Royale et à l'Institution Royale, et aussi longtemps et fraîchement conservés ; mais, quoi qu'il en soit, et quelle que soit d'ailleurs la perfection des procédés, une fois qu'il est reconnu que mes recherches ont été parfaitement indépendantes, je ne me mettrai pas trop en peine qu'on soit arrivé ailleurs à de semblables résultats.

« Pour vous montrer, Monsieur, combien je suis sensible aux sentiments que vous avez bien voulu me témoigner, dictés par l'amour sincère et véritable de la science, je répondrai aux questions que vous m'avez laites, et je vous décrirai nettement ma manière de faire les tableaux photogéniques en vous épargnant les détails minutieux que la pratique fait découvrir et qui ajoutent quelque chose à la perfection du travail, ainsi qu'à la certitude du succès, sans rien changer au principe essentiel.

<c Pour faire ce qu'on peut appeler du papier photogénique ordinaire, je choisis d'abord un papier ferme et de bonne qualité ; je le plonge dans une solution faible de sel ordinaire, et je l'essuie avec un linge, pour que le sel soit distribué dans le papier aussi uniformément ([lie possible ; ensuite j'étends sur un côté du papier une solution de nitrate d'argent mêlée de beaucoup d'eau ; je le sèche au feu et l'on peut s'en servir de suite. En répétant cette expérience de

diverses manières, <>n trouvera qu'il v a une certaine proportion entre la quantité du sel et celle de la solution d'argent, que l'on doit employer de préférence. Si l'on augmente la quantité du sel au delà de ce point, l'effet diminue, et en certains cas peut même devenir presque nul. Ce papier, si on l'a bien fait, peut servir à grand nombre d'usages photographiques ordinaires. Rien de plus parfait, par exemple, que les images des feuilles et des fleurs que l'on peut en obtenir avec le soleil de juillet ; la lumière, en pénétrant à travers les feuilles, en dessine chaque nervure.

« Maintenant, que l'on prenne une feuille de papier ainsi préparé et que l'on étende dessus une solution saturée de sel marin, et qu'on le laisse sécher au feu ; on trouvera alors ordinairement la sensibilité du papier très diminuée, quelquefois même réduite à fort peu de chose ; surtout si on l'a gardé quelques semaines avant d'en faire l'expérience. Mais si l'on y met encore une fois de la solution d'argent, le papier redevient sensible à la lumière et môme plus qu'il n'était la première fois. C'est ainsi, en mettant alternativement sur le papier des couches de sel et d'argent, que je parviens à le rendre assez sensible pour pouvoir fixer avec une certaine rapidité des images données par la caméra obscura.

« Mais il y a une observation qu'il ne faut pas négliger. Comme on arriverait de cette manière à des résultats tantôt plus, tantôt moins satisfaisants, par suite des petites variations accidentelles, on trouve, si l'on répète souvent l'expérience, que parfois le chlorure d'argent ainsi obtenu est disposé à se noircir peu à peu sans être exposé à la lumière. C'est aller trop loin ; mais aussi c'est le but dont il faut s'approcher autant que possible sans l'atteindre tout à fait. Ainsi, après avoir préparé un certain nombre de feuilles de papier, avec des proportions chimiques un peu différentes pour chacune, j'en expose des échantillons marqués et numérotés, en même lieu, à une lumière diffuse très faible, pendant un quart d'heure ou une demi-heure. S'il v a entre ces échantillons un quelconque qui montre avoir un avantage; marqué sur les autres, comme cela arrive, je choisis le papier avec le numéro correspondant et je ne manque pas de m'en servir aussitôt que possible après l'avoir préparé.

« Il me reste à vous décrire, Monsieur, les moyens dont

LETTRES M SUJET DE SOiï P HEM 1ER PAPIER 87

je me sers pour fixer les images ainsi obtenues. Après plusieurs tentatives infructueuses, le premier moyen qui m'a réussi c'est de laver le dessin avec de l'iodure de potasse mêlé de beaucoup d'eau. 11 se forme alors un iodurc d'argent qui est tout à fait inattaquable par le soleil. Ce procédé, toutefois, exige des précautions, car si l'on fait usage d'une solution trop forte, cela pourrait enlever les parties noires du tableau qu'il faut laisser intactes. Mais on réussira bien en prenant une solution d'une médiocre faiblesse. En faisant usage de ce procédé, j'ai des dessins parfaitement conservés depuis près de cinq ans, quoique pendant cet intervalle souvent exposés en plein soleil.

« Mais un moyen plus simple, et duquel je me suis très souvent servi, consiste à plonger les dessins dans une forte solution de se/ marin ordinaire, les essuyer légèrement et les sécher. Plus le soleil a été brillant dont on s'est servi pour faire le tableau, plus ce moyen de conservation est efficace ; car alors les parties noires du tableau ne souffrent aucune altération par suite de l'action du sel. Maintenant, si l'on expose le tableau au soleil, les parties blanches prennent assez souvent une teinte lilas clair, puis deviennent insensibles. En poursuivant et répétant ces expériences, j'ai trouvé que cette coloration en lilas n'est pas uniforme, et qu'il existe des proportions avec lesquelles elle ne se produit pas ; on obtient alors, si l'on veut, des lumières absolument blanches.

« Mon excellent ami sir J. Herschel m'a communiqué ces jours derniers une méthode très belle, de son invention, pour la conservation des tableaux photogéniques. Cependant je ne dois point la décrire sans lui en avoir demandé la permission. Je dirai seulement que j'ai répété son expérience avec un plein succès.

« Recevez, de.

« Fox Talbot,

« Membre de la Société Royale. »

Ces lettres font honneur à leur auteur par les sentiments élevés qu'elles expriment el présentent un grand intérêt par la description du premier papier aux sels d'argent, constituant un procédé complet, pour la reproduction des images de la chambre noire. Ce pre-

88 TÀLBOT

mier papier de Talbot, au chlorure d'argenl avec excès de nilralc, présente une composition analogue à celui qui ;i servi à Niepcc en [816, et n'es! autre que le papier photographique ordinaire encore en usage aujourd'hui pour le tirage des épreuves positives.

Il convienl de noter que ïalbol déclare conserver depuis cinq ans des épreuves restées inaltérées ; la découverte de ce papier remonterai! ainsi à l'année [834-

Le Iraitemenl par l'iodure de potassium après l'exposition à la lumière n'esl qu'un procédé d'insensibilisation, qui esl moins efficace pour la conservation ultérieure que l'emploi du chlorure de sodium, car celui-ci dissout, à la longue, le chlorure d'argent. Mais un progrès important à ce poinl de vue du fixage esl annoncé par la dernière phrase cl esl décrit dans la lettre suivante, également adressée à Biol et lue dans la séance du \ mais.

« Londres, i'r mars 1 83o.

Monsieur ,

« Dans nia dernière lettre, j'eus l'honneur de vous communiquer deux méthodes de mon invention pour conserver les dessins photogéniques. Maintenant, pour compléter aillant que possible ce renseignement, je vais indiquer une troisième et quatrième méthode, dont la découverte est due !i mon ami sir John Herschel, qui m'a écrit qu'il permet volontiers la publication.

« La troisième méthode pour fixer un dessin photogénique consiste à le laver avec le ferrocyanate de potasse. Toutefois, le procédé exige des précautions, el sans cela on ne peut pas compter sur les résultats.

« La quatrième méthode, et qui vaut à elle seule toutes les autres ensemble, c'est de laver le dessin avec l'hyposulfite de soude. Ce procédé a dû se présenter tout naturellement ii l'esprit de M. Herschel, puisqu'il a lui-même découvert l'acide hyposulfureux et en a constaté les principales propriétés, entre lesquelles il a cité, comme étant, très digne de remarque, que l'hyposulfite de soude dissout facilement le chlorure d'argenl (substance ordinairement si peu soluble . dette propriété était restée sans usage jusqu'ici, mais elle sera désormais très utile. Voici une indication des endroits où M. Herschel a décrit les propriétés de l'acide

LETTRES AU SUJET DE S<)\ PREMIER PAPIER 8g

hyposulfureux : Brewster's Edimburg philosophical Journal, vol. I, pages 8 et 3<j0; vol. II, page i5/i (années 1819, 1820).

« Cette méthode de conserver les dessins diffère essentiellement des trois antres, en ce que le sel d'argent n'est pas fixé ou rendu insensible dans les parties blanches du dessin, mais il est tout à fait enlevé.

« Je terminerai cette lettre en disant un mot sur le papier que j'ai appelé photogénique ordinaire. Il peut être rendu plus sensible en le mouillant, avant de s'en servir, avec une solution d'iodure de potasse. 11 faut pour cela que cette solution soit très faible ; car, pour peu qu'elle serait forte, tout le contraire aurait lieu, et le papier deviendrait tout à fait insensible. »

Talbol ne s'est pas Lrompé ru annonçant (pic l'hyposullitc de soude devait être désormais très utile: depuis ce moment, c'est la substance généralement usitée pour fixer les plaques cl les papiers aux sels d'argent. On trouve là l'exemple frappant (l'une propriété restée d'abord sans emploi, cl dont l'utilisation sort tout d'un coup de l'obscurité pour résoudre en un instant un problème longtemps cherché.

Ce papier constituait un sérieux progrès, surtout comme procédé complet, mais la sensibilité laissait encore à désirer. Il \ avait à examiner si les^anlres composés d'argent analogues au chlorure, comme l'iodurc cl le bromure, ne seraient pas pins avantageux dans ce sens. ïalbol fait des essais, constate un accroissement de rapidité d'abord par l'introduction d'une faible proportion d'iodure. d'après la lin de la lettre précédente, puis par la substitution complète du bromure au chlorure, ainsi qu'il résulte de la noie suivante adressée à Biot en dale du [5 mars et lue à l'Académie dans la séance du iS.

«: Prenez du bon papier à écrire, étendez dessus une solution de nitrate d'argent, puis une solution de bromure de potassium, ensuite encore du nitrate d'argent, en séchant au feu entre chaque opération.

« Ce papier est d'une couleur jaunâtre pâle ; il est très sensible ;i la lumière des nuages, mais insensible à la ehaleur artificielle ; et l'on peut, sans l'endommager, le mettre tout près du l'eu. La lumière le rend d'abord vert bleuâtre, puis d'un vert olive, ensuit»; presque noir.

« Si l'on peut fixer les dessins obtenus, de la même ma-

(jo TALBOT

nière qu'avec le chlorure diligent, c'est ce que je n'ai |>;is encore déterminé ; mais je le crois, puisqu'il y a la plus grande analogie entre le chlorure, l'iodure et le bromure; d'argfent. Chacun des trois devient insensible à la lumière, de très sensible qu'il était, si Ton diminue au delà d'un certain point la proportion du métal ; et, avec chacun des trois, ce changement d'état est brusque. J'ai fait là-dessus avec le chlorure d'argent un grand nombre d'observations.

« Quant au degré de sensibilité de ce papier, je ne puis le donner que d'une manière vague, faute d'une unité fixe de comparaison. Voici quelques expériences que j'en ai faites pendant le mauvais temps que nous avons eu ces jours derniers.

« A \ heures de l'après-midi, temps couvert et sombre à Londres, pour dessiner l'image d'une fenêtre avec la caméra obscura, il a fallu - minutes. Même soir à 5 heures, avec un échantillon de papier de meilleure qualité, il a fallu (> minutes. On aurait obtenu en temps égal les contours d'un objet quelconque qui se dessinait contre le ciel.

« Quelques minutes après le coucher du soleil, temps sombre, très nuageux : exposé à la lumière tout près d'une fenêtre, il a fallu 20 à 3o secondes pour avoir une coloration bien sensible. »

Il csl essentiel de remarquer que ce papier an bromure était à noircissement direct, de même que le précédent. Le véritable perfectionnement, celui qui devait réduire dans une notable proportion la durée de pose cl rendre réellement pratique la photographie à la chambre noire, n'étail pas encore trouvé; il le lut seulement l'année suivante, en septembre i84o (voir III).

LETTRES 1>K TALBOT Al' SUJET IU DEVELOPPEMENT DE L'iMAGE LATENTE.

Dans la séance du 18 janvier îN.'ii. Biol lui à l' Académie la lellre ^iM\;tiil<> de Talbol :

« Je vous prie de me faire l'honneur d'annoncer à l'Académie qu'au mois de septembre dernier je découvris un moyen d'augmenter extrêmement la sensibilité des papiers impressionnables par la lumière. Cette augmentation n'est pas moindre de cent fois; de sorte qu'il m'est possible maintenant de fixer les images de la chambre obscure avec une rapidité inespérée. Le moindre temps qui m'a paru suffisanl à cet effet a été jusqu'ici de huit secondes, c'est-àdire au mois d'octobre ; mais tout m'autorise à croire qu'au milieu de l'été il sera possible de le diminuer encore.

« La préparation des papiers s'effectue à la lumière d'une bougie, car la lumière du jour les détruit instantanément, lors même que le ciel est toul couvert de nuages.

« D'après cela, on pourrait peut-être s'attendre que la fixation définitive du tableau fût difficile ou incertaine ; mais il en est tout le contraire, et celte opération réussit facilement.

« Je larderai encore quelques mois à donner de la publicité aux moyens qui m'ont réussi a amener la photographie sur papier jusqu'au point où elle se trouve actuellement, la multiplicité des expériences ne me permettant pas de rassembler plus toi leurs résultats définitifs. »

Le principe de ce nouveau procédé csl indiqué quelques jours après. Le ["lévrier, lîiol communique à l'Académie une réponse de Talbol au sujel d'expériences conseillées sur les rayons continuateurs

I I l.liol

découverts par Ed. Becquerel. Talbol n'a pas constaté le phénomène sous celle Forme, mais sa lettre du \~ janvier iN/ji conlienl la rêvé lation d'un autre fait, qui n'esl rien moins (pic le développement de l'image latente.

« Je me hâte, dès à présent, de vous dire que l'expérience que vous me proposez de faire avec mon papier dune très grande sensibilité (ou du moins une expérience analogue: m'est très connue et réussit parfaitement, ii peu près comme vous l'aviez prévu. On met une feuille de papier clans la chambre obscure; après quelques instants, on la retire. On l'examine, et l'on n'y voit aucune impression, pas même un léger commencement du tableau. Cependant le tableau y existe déjà dans toute sa perfection, mais dans un état d'invisibilité complète. Par des procédés faciles, que je ferai connaître, on fait paraître le tableau comme par magie. C'est bien la chose la plus merveilleuse qu'on puisse voir ; et, la première fois que je l'ai vue, j'en ai été saisi dune espèce d'étonnement. Mais voici une autre chose remarquable. On peut garder le tableau dans an état d'invisibilité pendant un mois (peut-être plus longtemps encore), et cependant, au bout de ce temps on le fait paraître avec la même facilité et à peu près la même perfection que si l'on avait opéré au premier instant. N'y a-t-il pas de quoi étonner, même de nos jours que les merveilles scientifiques se sont tellement multipliées.' Ce fait est non seulement très curieux; il me parait devoir être aussi dune grande utilité pratique. Car il permet à l'artiste de prendre des vues photographiques un jourel de les compléter et fixer un autre jour, lorsqu'il en aura le temps nécessaire; de sorte qu'il n'aura à s'occuper que dune chose à la lois.

« Voici une autre application de ce fait, qui peut présenter quelque utilité pratique. Je la propose comme nouvelle méthode d'écriture secrète, qui offre un grand caractère de sûreté. Si une lettre écrite ainsi inviaiblement tombe dans les mains de quelque étranger, en rouvrant il n'y trouvera (prune feuille de papier blanc. Mais déjà, en l'ouvrant ainsi au grand jour, il l'a détruite, et l'écriture est ainsi devenue indéchiffrable à toujours. C'est aux diplomates que je recommande cette expérience, et à ceux qui aiment le mystère. »

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En février i<S/|i, Talbol esl maître de ce nouveau papier, à image latente, auquel il donne le nom de calolupe par enthousiasme pour les belles épreuves qu'il en obtient; nous ne pouvons mieux faire que de donner ici le texte complel du brevel anglais, où l'on trouvera Ions les détails de ce procédé, poinl de dépari du développement par les révélateurs liquides el du cliché négatif.

BREVET DE TALBOT Al SUJET DE LA PHOTOGRAPHIE SUR PAPIER CALOTYPE (l).

« La première partie de mon invention est une méthode pour rendre le papier extrêmement sensible aux rayons lumineux. Dans ce but, je choisis le meilleur papier à écrire pour avoir une surface lisse et en même temps une texture serrée.

« Première préparation du papier. — Je dissous 100 grains (2) d'iodure de potassium cristallisé dans (> onces (.'5) d'eau distillée ; puis, au moyen d'un pinceau doux en poil de chameau, je lave avec cette substance un des côtés de la feuille, et je lais une marque de ce côté pour pouvoir le reconnaître. Je sèche le papier sur un feu un peu éloigné, ou mieux encore je le laisse sécher spontanément. Toute cette partie du procédé s'effectue mieux le soir, à la clarté d'une bougie. Nous appellerons papier iodurè le papier ainsi préparé. Ce papier induré est légèrement sensible à la lumière, mais néanmoins on peut le conserver dans un portefeuille ou dans tout autre endroit obscur jusqu'il ce qu'on en ait besoin. Il ne s'altère pas, quelque soit le temps pendant lequel on le conserve, pourvu qu'il ne soit pas exposé à la lumière.

« Deuxième préparation du papier. — Il vaut mieux

(1) (]o brevet a été demandé le 8 lévrier i8'|i à Westminster, I.c texte, traduit de Photographie Journal (Liverpool), est extrait du Bulletin de la Société française de Photographie, juillet i85-.

(2) Environ (i grammes.

(3i) Environ 187 centimètres cubes.

DELA PHOTOGRAPHIE SUR PAPIER CALOTYPE g5

retarder cette préparation jusqu'au moment où l'on a besoin du papier. Lorsque celui-ci est arrivé, je prends une feuille du papier ioduré et je la lave avec une solution préparée de la manière suivante : dissolvez ioo grains (i) de nitrate d'argent cristallisé dans 2 onces (2) d'eau distillée. A cette solution ajoutez un sixième de son volume d'acide acétique concentré; appelez cette solution A. Dissolvez de l'acide gallique cristallisé dans l'eau distillée, autant que celle-ci en pourra dissoudre, ce qui ne fera jamais qu'une petite quantité; appelez cette solution B. Quand vous voulez préparer une feuille de papier, mêlez ensemble les liquides A et B par volumes égaux. J'appellerai ce mélange du nom de gallo-nitrate d'argent. Ne faites jamais le mélange longtemps d'avance, car il ne se conserve pas bon pendant longtemps. Prenez alors une feuille du papier ioduré et barbouillez-la de cette solution avec un pinceau de poil de chameau, en ayant soin de passer celui-ci sur le côté qui a été marqué d'avance. Cette opération doit être faite à la lumière d'une bougie. Laissez le papier dans cet état pendant une demi-minute, puis plongez-le dans l'eau, épongezle avec du papier buvard et finissez de le sécber devant le feu, en le tenant éloigné de celui-ci à une bonne distance. Quand il est sec, le papier est prêt à être employé; mais il faut l'employer quelques heures après sa préparation (3).

« Emploi du papier. — Le papier ainsi préparé, et que je nomme papier calotype, est placé dans une chambre obscure, de manière à recevoir l'imagée formée au foyer de la lentille. Bien entendu, le papier doit être défendu de la lumière par un écran pendant le temps qu'il est dans la chambre obscure. Quand la chambre est bien pointée sur l'objet, on enlève cet écran, ou bien ou ouvre une paire de

(1) Environ (i grammes.

(a) Environ Ga centimètres eulies.

(!<) « Si l'on emploie le papier immédiatement, on peut se dispenser du dernier séchage et l'employer humide.

" \u lieu d'employer pour le liquide H une solution <1 acide gallique, on peut se servir, mais avec moins de succès, de la teinture de noix de galle étendue d eau. »

portes intérieures, demanière à disposer le papier à recevoir l'image. Si l'objet est bien éclairé, ou si le temps d'exposition est suffisamment long, on aperçoil une image sensible sur le papier lorsqu'on le sort de la chambre. Mais, si le temps a été court, ou si l'objet est obscur, aucune image ne s'aperçoit sur le papier, que l'on retire complètement blanc. Néanmoins, il renferme une image invisible, et j'ai découvert le moyen de rendre celle-ci visible.

a J'y parviens de la manière suivante : je prends du gallo-nitrate décrit ci-dessus, el avec le liquide je lave complètement le papier ; je le tiens alors au-dessus d'un feu doux, et au bout de peu de temps (depuis trois secondes jusqu'à une et deux minutes) limage commence à apparaître sur le papier. Les parties sur lesquelles la lumière a agi le plus énergiquement deviennent brunes ou noires, tandis (pic celles où elle n'a pas agi restent blanches. L'image continue à augmenter, et devient de plus en plus visible pendant quelque temps. Quand elle parait suffisamment forte, l'opération peut être terminée et l'épreuve fixée. »

Dans cette opération du développement, l'acide gallique s'oxvde cl détermine la réduction de l'induré cl du nitrate d'argent dans les nailies impressionnées par la lumière, d'où teinte brune nu nuire provenant de l'argent réduit. L'action de l'acide gallique sur l'iodurc d'argent soumise la lumière avait élé indiquée quelque temps au paravanl par le Rcv. l\ead ; Talbot a applique celle propriété à la pratique photographique.

De plus, le nitrate d'argent contenu dans le bain révélateur ren force l'image, phénomène utilisé plus lard dans le procédé au collodion pour donner de la vigueur aux images trop faibles.

(( Procède de fixage. — Pour fixer l'épreuve ainsi obtenue, je la lave d'abord dans l'eau, je la sèche partiellement avec du papier buvard et je la lave avec une solution de bromure de potassium contenant too grains (i) de ce sel dissous pour 8 à 10 onces (2) d'eau; répreuve est ensuite lavée dans l'eau el finalement séchée. Au lieu de bromure

(1) Environ (i grammes.

(a) Environ 280 centimètres cubes.

de i. i PHOTonn \i' h ir: si n PAPinn <: i/.on /'/■; {)1

de potassium, on peut employer une solution concentrée de

sel commun, mais cela est moins avantageux.

« L'épreuve ainsi obtenue aura des ombres et des clairs inverses de ceux que présentent les objets, c'est-à-dire que les ombres de ceux-ci seront remplacées par des lumières, et vice versa. Mais il est facile avec celle-ci d'en obtenir une autre qui soit conforme à la nature, c'est-à-dire dans laquelle les lumières soient traduites par des lumières, et les ombres par des ombres. 11 suffit, pour cela, de prendre une deuxième feuille de papier ealotvpc, de la mettre en contact absolu avec celle sur laquelle l'épreuve a été formée, de placer un carton au-dessous et une glace au-dessus, et de presser le tout au moyen de vis. Si ensuite on expose au soleil ou à la lumière' du jour, on obtient au bout de peu de temps une image ou une copie de la première épreuve; elle est d'abord invisible, mais on peut la faire apparaître de la manière que l'on a précédemment établie. Cependant je ne conseille pas de prendre cette copie sur papier calotype ; mieux vaut l'obtenir sur du papier photographique ordinaire. On obtient ce papier en lavant du bon papier à écrire, d'abord avec une solution concentrée de sel, puis avec une solution de nitrate d'argent. Ceci étant bien connu depuis ([ne je lai moi-même communiqué au public en l83ç), et ne faisant pas partie de la présente invention, je ne le décrirai pas d'une façon particulière. Quoiqu'il soit plus long d'obtenir une copie sur ce papier que sur le papier calatype, il est cependant préférable, car les tons y sont plus harmonieux et plus agréables. Sur quelque papier que l'épreuve ait été prise, on la fixera comme il a été décrit plus haut. »

Telle est l'origine du cliché négatif c\ de son utilisation pour en tirer à la lumière, par contact, un nombre illimité d'épreuves positives. \nisi était résolu le problème de la restitution des ombres el des clairs dans leur ordre naturel, suivant un principe qui était venu aussi à l'espril de Niepcc en i<Si(i, mais (pie des conditions défavo rablcs avaient alors empêché de fructifier. Cette découverte de Talbot présente une importance capitale : elle lait sortir la photographie de la période du type positif unique, pendant laquelle on était condamné à ne tirer de chaque vue (pic la seule image positive obtenue directement dans la chambre noire.

>is TA LU 0T

« Quand une épreuve calotype a fourni un certain nombre de bonnes copies, elle s'affaiblit quelquefois, et les autres copies deviennent inférieures. On peut v remédier au moyeu d'un procédé qui rend de la vigueur aux épreuves calotypes. Pour cela, il suffit de les laver à la lumière d'une bougie avec du gallo-nitrate, et de les chauffer; cette opération force les ombres à noircir sans altérer en rien les blancs. L'épreuve doit ensuite être fixée une deuxième fois. Elle peut alors fournir une seconde série de copies, et l'on en peut fréquemment obtenir un grand nombre (i). »

Ceci est une conséquence de ce qui a été dil plus liaul au sujet do l'einploi du nitrate d'argent comme renforçateur.

« La deuxième partie de mon invention consiste en une méthode pour obtenir des épreuves photographiques positives, c'est-à-dire dans lesquelles les lumières des objets sont représentées par des lumières, et les ombres par des ombres. J'ai déjà décrit comme on y parvenait par un double procédé, je vais exposer maintenant comment on peut v arriver d'un seul coup. Je prends une feuille de papier calotype sensibilisé, et je l'expose à la lumière solaire jusqu'à ce que j'aperçoive la surface se colorer ou brunir un peu; ce qui a généralement lieu en quelques secondes. Je mets alors ce papier dans une solution d'iodure de potassium à la même densité que précédemment, c'est-à-dire 5oo grains (2' pour une pinte (3) d'eau. Cette immersion enlève sans doute l'impression visible causée par la lumière (cependant elle ne l'enlève pas réellement, car si alors on lave ce papier avec du gallo-nitrate, on le voit noircir complètement), (le papier, quand on le sort de l'iodure de potassium, est trempé dans l'eau, puis séché légèrement dans du papier

(1) « Delà même manière que j ai exposée pour revivifier et restaurer une (''preuve calotype affaiblie, « > 1 * peul renforcer et revivifier des photographies faites sur toute autre espèce de papier photographique, mais celles-ci sonl (I une beauté moindre el le plus souvenl le résultai esl inférieur. Je ne la recommande donc pas. »

( ■>. ) Environ 3a grammes.

(.'!) Environ un demi litre.

de i. i pjiotogr i /-////: si r papier <: ïlotype w

brouillard; on le pince alors au foyer de la chambre obscure, préalablement mise au point sur un objet. Après \ ou ."> minutes, on l'enlève, on le lave avec du gallo-nitrate et on le chaude comme il a été dit précédemment ; on voit alors apparaître une image positive, c'est-à-dire dans laquelle les lumières de l'objet sont représentées par des lumières, et les ombres par des ombres.

« Des gravures peuvent très bien être copiées par le même moyen, et l'on en peut obtenir du premier coup des copies positives, seulement renversées de droite à gauche. Dans ce but, on prend et on expose à la lumière une feuille de papier calotype jusqu'à ce qu'elle brunisse comme il a été dit plus haut; cependant il faut qu'elle devienne plus foncée que si on devait l'employer dans la chambre obscure. Le reste du procédé esl le même. La gravure et le papier sensible peuvent être mis en presse au moyen de vis ou de toute autre méthode, el placés au soleil, qui généralement donne la copie en une minute ou deux. Cette copie, si elle n'est pas suffisamment visible, peut le devenir ou être renforcée au moyen du gallo-nitrate, comme il a été expliqué plus haut. Je sais que 1 'induré de potassium, pour obtenir des épreuves photographiques positives, a été recommandé par d'autres personnes, aussi ne le réelamé-je pas comme une nouvelle invention pour lui-même, mais lorsqu'il est employé avec le gallo-nitrate, ou lorsque les épreuves sont rendues visibles ou renforcées postérieurement à leur formalion. »

Talbol lait allusion ici à l'invention de Bavard relative au papeir positif préparé par noircissement cl par l'ioduve de potassium.

« Pour faire les portraits de sujets animés, je préfère employer comme objectif de ma chambre obscure une lentille dont la distance focale soit seulement trois ou quatre fois plus grande que le diamètre de son ouverture. La personne dont on fait le portrait doit être placée de telle façon que sa tète soit aussi assurée que possible, et en mettant la chambre au point sur cette partie, on reçoit une image sur le papier calotype sensibilisé. Je préfère pratiquer le procédé en plein air, sous un ciel serein, mais à l'abri de la lumière

ioo TALBOT

directe du soleil ; l'épreuve s'obtient généralement en une demi-minute ou une minute. Si l'on opère dans la lumière directe, on devra employer comme écran une feuille de verre bleu, pour mettre les yeux à l'abri d'un trop vif éclat; cette feuille n'empêche pas les rayons chimiques d'affecter le papier. Le portrait ainsi obtenu du papier calotype est négatif, et l'on peut en obtenir un positif de la manière que l'on a précédemment décrite.

« Je réclame en premier lieu. — L'emploi de l'acide galliquc, ou de la teinture de noix de galle, réunie à une solution d'argent, pour rendre plus sensible à l'action de la lumière le papier qui a reçu une préparation préalable.

« Secondement. — La méthode pour rendre visibles les images du papier, ou les renforcer lorsqu'elles sont affaiblies ou imparfaitement visibles, en les imprégnant de liquides agissant sur les parties où la lumière a déjà exercé son influence.

« Troisièmement. — L'obtention de portraits de sujets animés, par les moyens photographiques sur papier.

« Quatrièmement. — L'emploi du bromure de potassium ou de tout autre bromure soluble pour fixer les images obtenues.

« Daté: ce 29 juillet i84i> et enregistré le 17 août de la même année. »

Il est étonnant que, dans ces revendications, Talbof n ail pas l'ait ressortir l'utilisation du cliché négatif au tirage des épreuves positives, car ce poinf établissait une démarcation bien tranchée par rapport aux procédés antérieurs.

Le papier calotype procurait le moven de raccourcir énormément le temps de pose ; Biof nul sous les yeux de l'Académie, le i5 mars. un portrait exécuté par Talbol en une minute.

Ce fui seulement dans la séance du ~ juin de cet le année 1 S/| r que le détail lui présenté à l'Académie; la description \ esl d'ailleurs moins complète (pie dans le brevet ci dessus.

Talbol apporta encore quelques perfectionnements au papier calotype, parmi lesquels l'emploi de l'iiyposulfitc pour le fixage : ce fut l'objet d'un deuxième brevet. Puis il entreprit des recherches en vue de remplacer le papier par le verre (voir \).

LETTRES DE TALBOT Al SUJET I> INSTANTANES OBTENUS AVEC L'ALBUMINE SUR VERRE.

Ln i8/|~, Niepce de Saint-\ ictor ouvrait la voie à la photographie sur verre en \ étendant une couche d'albumine sensibilisée. Talbot se rendit compte du grand avantage que présentait ce support au point de vue de la transparence; le grain inhérent aux clichés sur papier était ainsi supprimé. Seulement l'albumine est moins sensible à la lumière: Talbot chercha à faire disparaître cet inconvénient, (I \ parvint, comme le prouve la lettre suivante écrite de sa campagne de Lacock-Abbcv le i(i juin i85i, cl communiquée à l'Académie le :!.'î juin.

« La rapidité avec laquelle on obtient les images photographiques sur les plaques sensibles est telle qu'on s'est permis quelquefois de les appeler instantanées, mais cela n'a été qu'une façon de parler ; à la rigueur, elles sont loin de l'être: car tous les objets qui se meuvent avec une grande vitesse ont échappé jusqu'ici à la représentation photographique.

« J'ai trouvé dernièrement un moyen de rendre les platines extrêmement sensibles, ce qui ma donné l'espérance de pouvoir enfin obtenir une image vraiment instantanée, à laquelle aucun objet ne pourrait échapper, quelle que fût la vitesse de son mouvement. L'expérience a pleinement répondu ii mon attente, et voici comment je m'en suis assuré.

« J'ai pris un papier couvert de caractères imprimés, et je l'ai collé contre un disque capable d'un mouvement rolatoire. J'ai disposé une caméra obscura, contenant une plaque très sensible, dans une position convenable pour recevoir l'image de ce disque, que j'ai placé tout près d'une grande batterie électrique. Avant fermé les volets de la

chambre, j'ai fait tourner le disque avec une grande vitesse, la plus grande qu'il nous a été possible de lui imprimer ; alors j'ai ouvert la caméra obscura et j'ai déchargé la batterie électrique : la décharge a répandu un éclair vif et instantané sur le disque; alors j'ai retiré la plaque de la caméra, et en l'examinant j'ai eu le plaisir de trouver qu'elle avait, reçu limage des caractères imprimés.

« Je n'ai remarqué aucun défaut de netteté dans l'image, elle m'a paru absolument telle qu'on l'aurait obtenue si le disque avait été stationnaire.

« J'ai l'intention de soumettre très prochainement à l'Académie la méthode dont je me suis servi pour rendre les plaques aussi sensibles qu'il le faut pour cette expérience. »

On peut objecter qu'une impression photographique suflisanle avait lieu ici grâce à la puissance considérable de la source lumineuse; mais il est juste d'observer que l'on ne savait pas encore, à cette époque, si, même avec un pareil éclairage, il était possible de recueillir les images d'objets animés d'un mouvement rapide, cl dans un temps aussi court que la durée d'une décharge électrique. Cette expérience l'a démontré pour la première lois, et la sensibilité de la plaque devait être évidemment de beaucoup supérieure à celle (nie possédaient les plaques ordinaires à l'albumine.

Il est intéressant de noter que cet artifice, auquel Talbol a recouru en l85l, est encore aujourd'hui la grande ressource des opérateurs qui veulent réaliser un éclairage extrêmement court pour fixer sur le gélatino-bromure l'image d'un objet se déplaçant à très grande vitesse, par exemple une halle de fusil.

Le secret de la méthode (pu a permis de sensibiliser ainsi l'albu mine est dévoilé dans une lettre datée de Londres le >.\ novembre l85l et lue dans la séance du i" décembre. La plaque de verre re couverte de la couche d'albumine est plongée dans un induré de 1er préparé d'une façon particulière :

« A une solution aqueuse de nrotoiodure de fer, on ajoute d'abord un volume égal d'acide acétique, ensuite [O volumes d'alcool. On laisse reposer deux ou trois jours. Au bout de ce temps, l'iodure a changé de couleur; de jaune, il est devenu fauve. En même temps, l'odeur de l'acide acétique et celle de l'alcool ont disparu, et le liquide a acquis une odeur agréable, un peu vineuse. »

m .s- V i y ta \. /•: s i > n r /•; \us il ë a val b i m i \ /•: s vu v e i; h /•: 1 1 .3

( )n sensibilise ensuite dans le nitrate H on expose à la chambre noire. Le dévcloppemenl se fail au protosulfate de fer, cl le tixage l\ l'h\ posululc. L'auteur ajoute :

<( L'expérience délicate du disque tournant ne réussit qu'avec l'iodure de fer dans un état chimique déterminé. Cette substance présente des variations et des anomalies qui influent beaucoup sur le résultai ; c'est donc sur elle que ceux qui voudront répéter mon expérience doivent porter leur attention principale. »

Il es| probable nue l'accroisscinenl de sensibilité esl dû à deux causes : d'abord étal instable de la solution indurée, mu esl en voie de décomposition cl de transformation par acétification, ce «pu facilite la réduction du sel d'argcnl : ensuite, plus grande énergie réductrice du révélateur au sulfate de fer, qui ne tardera pas à supplanter l'acide galliquc.

Ce procédé a élé breveté, cl décrit en détail dans l'Alhcnaîiim du 6 décembre i85i : Talbol \ reconnaîl (i) que les moyens accélérarateurs dont il s'csl servi soûl dus, eu principe, à deux anglais: l'iodure de fer au Dr Woods, de Parsonslown, cl la réaction du sulfate de fer à llobcrl I lunl .

(i) Photographie News.

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