MEMOIRES DE POITEVIN AU SUJET M" MOULAGE DES PLAQUES DAGUERRIENNES
« Dès 18^2, me livrant (1) à des expériences de galvanoplastie, pour mouler eu enivre les images de Daguerre sur plaqué d'argent, j'observai que la plaque daguerrienne, sortant de la boîte à mercure, c'est-à-dire non lavée à l'hyposulfite, et portant à sa surface une image dont les blancs sont formés par l'amalgame d'argent, et les noirs par l'iodure du même métal non modifié par la lumière, possédait la propriété de ne se recouvrir de cuivre que sur les blancs seulement, c'est-à-dire sur l'amalgame, sans qu'il s'en déposât sur les noirs formés par l'iodure d'argent, lorsqu'on plongeait cette plaque dans un bain galvanoplastique de sulfate de cuivre en la mettant en communication avec le pôle négatif, et en regard d'une plaque de cuivre de même grandeur en contact du pôle positif, et que ce dépôt se faisait avec une très grande perfection. Ce fut. là ma première découverte en héliographie, et pour laquelle je fis de nombreux essais, qui tous me réussirent ; mais, forcé de suspendre ces distractions (car, à cette époque, ce n'était pour moi rien antre chose), et de me livrer à ma carrière d'ingénieur, ce ne fut que vers la fin de iS'i' que je pus y revenir et en faire l'objet d'études plus sérieuses.
« Je eberchai alors un procédé de gravure chimique, et nalurcllemant l'idée me revint d'essayer de nouveau mes observations de 1 8^2.
« Je les appliquai d'abord pour les gravures par les acides
(1) Traité do Poitevin
MOULAGE DES PL [QU'ES DAGl ERRIE.\ VES i'k.i
sur plaque d'argent ou plaqué d'argent, pour des reports des dessins iodés d'après la méthode de Niepce de Saint- Victor, puis aux images daguerriennes obtenues soit par contact et à travers le dessina reproduire, soit à la chambre noire. »
Ce procédé a été présenté à l'Académie le 7 février [848.
Dans le cas de la plaque daguerrienne, Poitevin la prend au moment où elle vient d'être développée el porte l'image au mercure sur fond d'iodure d'argent, el il opère sur ce mercure un dépôt de cuivre comme il a été indiqué plus haut. On enlève l'iodure par l'hyposulfite ; le cuivre, qui forme relief, correspond aux clairs de l'image originale. La plaque est chauffée, le cuivre s'oxyde : puis on amalgame et on peu! encrer : l'oxyde, seul, retient l'encre. Poitevin pré fère appliquer une dorure <pii prend seulement sur l'argent amalgamé el qui protège ensuite ces parties contre l'acide nitrique, de sorte (pic la morsure n'a lieu que sur l'oxyde de cui\ re et sur le métal en dessous. On obtient ainsi une planche pour la gravure en relief, les creux riant formés par les clairs.
Si. au contraire, on part d'un cliché négatif, le résultat final est une planche en creux .
« A l'époque où je m'occupais de ces procédés de gravure, j'observai deux autres propriétés de ces surlaces recouvertes partiellement de cuivre galvanoplastique.
« Lune de ces propriétés, c'est que la plaque, au sortir du bain de sulfate de cuivre, puis lavée et gommée, essuyée ensuite pour enlever l'excès de liquide, peut être encrée avec un rouleau chargé d'encre grasse, et le corps gras n'adhérera qu'aux noirs du dessin, c'est-à-dire sur les parties où existe la pellicule d'iodure d'argent qui les a préservées du dépôt de cuivre, tandis que cette encre grasse est repoussée par les parties cuivrées qui retiennent la gomme.
« La seconde propriété, c'est, ainsi que je l'ai dit précédemment, que les plaques recouvertes du dépôt partiel de cuivre, oxydées et amalgamées aux endroits où l'argent est resté à nu, peuvent être encrées au tampon ou au rouleau chargé d'encre grasse ; dans ce cas, l'encre n'adhère qu'aux surfaces d'oxyde de cuivre, tandis que les parties amalgamées, où se trouve du mercure en excès, repoussent les corps gras.
[5o POITEVIN
« Ces doux propriétés, je les ai expérimentées plusieurs fois, et j'y ai vu l'indice de moyens nouveaux à employer pour faire des reports sur pierre, sur planches métalliques, et même d'impressions immédiates sur papier, à la presse mécanique, puisque l'on peut à volonté obtenir sur les plaques argentées soit des reports positifs, soit des reports négatifs, selon l'usage auquel on les destine. »
Ces procédés oui été repris par d'autres opérateurs, mais sont aujourd'hui remplacés par des méthodes moins coûteuses, qui ont pour base le bitume de Judée ou les substances organiques bichromatées que nous trouverons plus loin.
I n autre essai, dérivanl encore de la même idée, est décrit dans une nouvelle communication à I' académie en date du [3 juillet [848. Reprenons la plaque d'argent qui porte le relief en cuivre et qui a été débarrassée de la couche d'iodurc parl'hyposultitc. Sur celle plaque, Poitevin applique une feuille de gélatine humide ou ramollie, la laisse sécher, el la détache ensuite ; le dépôt de cuivre \ reste adhérent et forme, sur la feuille transparente, des parties opaques qui correspondent aux clairs de l'image originale. C'est un cliché négatif, qui permet de tirer des épreuves positives sur papier en partant d'un daguerréotype.
« Je dirai aussi (i) que la parfaite transparence de ces clichés négatifs me suggéra l'idée de les photographier ou imprimer par projections à distance, c'est-à-dire d'en obtenir sur papier préparé, soit directement, soit par continuation, des impressions positives de dimensions plus grandes ou plus petites que le négatif ou cliché. Les négatifs que je fis ensuite sur verre gélatine me permirent d'expérimenter plus en grand celle méthode d'agrandissement, alors toute nouvelle ou, du jnoins, 1res peu connue.
« Je tentai encore deux autres emplois de ces feuilles de gélatine.
« i" Ce fut d'en obtenir des moules en soufre ou en plâtre, ce qui me conduisit plus tard à des applications plus importantes, la gravure photographique par moulage, que j'ai nommée llélioplaslie.
(i) Traité <le Poitevin.
HOl LAGE DES PL \<J( ES DAGl El(lili:\ MIS ,;,,
« 2° Ce furent des tentatives d'encrage aux corps gras, qui me réussirent aussi et me conduisirent plus tard à la découverte du procédé de photolithographie, ou mieux d'impression à l'encre grasse sur une couche de gélatine ou sur un autre mucilage bichromate, procédé si perfectionné et si employé aujourd'hui.
« A cette époque, je fus forcé d'ajourner mes expériences à cause des travaux que m'imposait mon emploi d'ingénieur des salines de l'est, et je ne pus m'y remettre que quelques années plus tard. »
Mais, de ces feuilles de gélatine avec opacités en cuivre, Poitevin devait bientôt passer à la gélatine sur verre et rendue sensible par les sels d'argent. On verra ci-après comment il expose lui-même cette évolution.
MEMOIRES I>K POITEVIN Al SUJET DE LA GELATINE SI II