INTRODUCTION
Comme l;i plupart des grandes inventions, la photographie n'est pas née tout d'une pièce dans le cerveau d'un seul homme ; elle a été précédée d'observations et d'expériences isolées, qui révélaient ou utilisaient la sensibilité de certaines substances à la lumière, mais sans réaliser cet ensemble complet de moyens qui assure le résultai et qui constitue un procède.
La substance qui, non pas la première, mais certainement la plus sensible, attira surtout l'attention dans cette période préparatoire, est le chlorure d'argent.
En i505, l'alchimiste Fabricius en connaissait la propriété de brunir à la lumière ; c'était alors X argent corne, ainsi dénomme'' à cause de l'aspect, semblable à celui de la corne, que présente celle substance lorsqu'elle se prend en masse après avoir été soumise a la fusion. Plus tard, en 1777, le chimiste suédois Scheele observa que l'action de la lumière n'esl pas la même pour les rayons de différentes couleurs qui composent le spectre, et augmente progressivement de l'extrémité rouge à l'extrémité violette.
Puis, le physicien français Charles eut l'idée, vers 1780, d'utiliser dans son cours la sensibilité d'un papier enduit de ce compost'' pour y faire dessiner des silhouettes par la lumière ; les ombres restaient blanches tandis que les parties éclairées prenaient une teinte foncée.
.Nous arrivons ainsi à un réel progrès, effectué par deux
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Anglais : le fabricant de poteries Wedgwood, et le célèbre chimiste sir Humphry Davy.
Le travail de Wedgwood fut publié en 1802, dans Journal of the Royal Institution of Great Britain, par Davy, qui y ajoutait ses observations personnelles. La matière sensible dont ils se servaient était le nitrate ou azotate d'argent, indiqué à Wedgwood par un de ses amis. Voici ce document, le premier qui se rapporte à la copie d'objets dans des conditions précises, et qui revête un caractère indiscutable d'authenticité ; il mérite de trouver place ici en raison de l'intérêt qu'il offre au point de vue historique.
Essai à? une méthode pour copier les tableaux sur verre et pour faire des profils, par l'action de la lumière sur le nitrate d'argent, par T. Wedgwood, Est]., avec des observations par sir Ifuinphry Davy (i).
« Du papier ou du cuir (peau) blanc mouillé avec une solution de nitrate; d'argent, ue subit aucune modification lorsqu'on le conserve dans l'obscurité; mais si on l'expose à la lumière du jour il change rapidement de couleur, et, après avoir passé par différentes teintes de gris et de brun, il devient finalement à peu près noir.
« Les altérations de la couleur se produisent avec une rapidité proportionnelle à l'intensité de la lumière. Sous l'action directe du soleil, deux ou trois minutes suffisent pour produire pleinement l'effet; à l'ombre il faut plusieurs heures, et la lumière transmise par des verres diversement colorés agit avec des degrés différents d'intensité. On a trouvé que les rayons rouges ou la lumière ordinaire traversant un verre de cette couleur ont très peu d'action ; le jaune et le vert sont plus efficaces, mais la lumière bleue ou violette est celle qui produit les effets les plus décidés (2).
(1) Traduction publiée dans le /Ittllelin de la Société française de Photographie, octobre 1867.
(•i) « Les faits ci-dessus mentionnés sont analogues à ceux observés par Scheele, il y a longtemps el confirmés par Senebier. Scheele a trouvé <|ue.
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« La considération de ces faits nous permel de comprendre aisément l;i méthode par laquelle les lignes et les ombres de tableaux sur verre peuvent être reproduites, ou par laquelle on peut se procurer des profils au moyen de l'action de la lumière. Quand une surface blanche couverte avec une solution de nitrate d'argent est placée derrière un tableau sur verre exposé à la lumière solaire, les rayons transmis à travers les parties diversement colorées de la surface donnent des teintes distinctes de brun et de noir, différant sensiblement en intensité suivant les ombres du tableau, et là où la lumière n'était pas altérée, la couleur du nitrate a atteint le maximum d'intensité.
« Quand l'ombre portée d'une figure tombe sur une surface préparée, la partie de cette surface qu'elle cache reste blanche, tandis que les autres parties noircissent rapidement. Pour copier des tableaux, la solution doit être appliquée sur du cuir, et dans ce cas elle est impressionnée plus rapidement que lorsqu'on fait usage du papier. Quand la couleur a été une fois fixée sur le cuir ou le papier, elle ne peut plus être enlevée par l'eau ou l'eau de savon, et elle a un caractère de grande permanence.
« Une copie de tableau ou un profil, immédiatement après qu'ils ont été obtenus, doivent être conservés dans l'obscurité ; on peut à la rigueur les examiner à l'ombre, mais dans ce cas l'exposition ne doit être «pie de quelques minutes ; à la lumière des chandelles ou des lampes qu'on emploie habituellement ils ne subiront pas d'altération sensible.
« Les essais entrepris jusqu'ici pour empêcher les parties non colorées de la copie ou du profil d'être ensuite impressionnées par la lumière n'ont pas eu de succès; on les a recouvertes d'une couche mince de beau vernis, mais cela ni1 leur a pas enlevé la faculté de se colorer ; et souvent, après
dans le spectre fourni par un prisme, l'effet produit par les rayons rouges était très faible cl difficile à saisir, tandis que les rayons violets le noircissaient rapidement. Senebier établit que le lemps nécessaire pour noircir le chlorure d'argent est avec les rayons rouges 20 minutes; oranges, 12; jaunes, 5'3o"; verts, .'!- secondes; bleus, 20 secondes; cl enfin les \iolels. 1,") secondes seulement. (Senebier, Sur lu lumière, vol. III. page 199) » (Note de II. Davy).