‹ Mémoires, ou, Recherches anatomico-pathologiques surChapitre 17 sur 30 · DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SECTION

Communication des ventricules , au moyen de la perforation de leur cloison.

VIP Observation. Le général WilliamsWhiple éprouvait depuis long-temps plusieurs symptômes d'une maladie du cœur, parmi lesquels les plus remarqua^

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bles étaient une palpitation extrême, par un exercice un peu soutenu du corps et de l'esprit , et un froid continuel aux extrémités. Les fatigues qu'il éprouva pendant la révolution d'Amérique, à laquelle il prit une part très-active, aggravèrent son mal, et il suc~ comba.

On trouva, à l'ouverture de son corps, les cavités gauches du cœur dans l'état naturel, l'oreillette droite très-amincie et dilatée. La valvule tricuspide ossifiée, fermait l'orifice auriculo-ventriculaire droit , était percée, près de son bord libre, de trous que réunissait une scissure d'un pouce de long, sur une ligne de large environ. A la base de cette ossification existait un troisième trou qui aboutissait au ventricule gauche, sous la valvule mitrale immédiatement, et pouvait admettre l'extrémité du petit doigt. Les autres viscères étaient sains. [Journ. de Méd. et deChiriirg.^ par MM. Corvisart , Leroux etBoyer, vol. 19 ,'p. 4^8 ; observ. recueillie par le docteur Hall Jackson. )

VHP Observation. Un enfant de douze ans et demi, îiyant toujours eu des palpitations fortes et ne se disant malade que depuis cinq mois , fut admis à la clinique de M. Corvisart. Son visage était bouffi, ses lèvres violettes, sa respiration gênée; il avait des palpitations qui se reproduisaient par accès accompagnés de suffocations menaçantes, et il succomba au cinquième jour de son arrivée à l'hôpital, sans œdème.

A l'ouverture de son corps , on trouva le cœur trèsvolumineux par la dilatation des oreillettes , le ventricule gauche dans l'état naturel, le droit épaissi, la eloison veatriculaire percée, à sa base, d'un trou qui

admettait l'extrémité du petit doigt et aboutissait audessous des sigmoïdes aortiques, dont une était en partie corrodée , avait des bords lisses et blanchâtres. Les poumons étaient dans l'état naturel, ( Traité des maladies du cœur, déjà cité, p, 2^Q.)

IX' Observation. Un enfant, dont la peau était d'un brun tirant sur le noir, avait des mouvemens convulsifs par tout ce qui pouvait lui agiter un peu vivement le corps ou l'esprit , et mourut à l'âge de treize ans.

On trouva la cloison des ventricules percée , à sa base , d'un trou qui pouvait admettre le pouce , et l'artère pulmonaire très-petite, surtout à son origine. [Hunterj cité par Baillie dans son Traité d' Anatoviie pathol. , traduct. de M. Guerbois, p. 3i.)

X* Observation. Un maçon, âgé de vingt-cinq ans, d'un tempérament lymphatique , d'une taille moyenne , d'une constitution peu forte, fut admis à l'hôpital de la Charité le 5 aoiit i823. Il avait eu la coqueluche à l'âge de douze ans , et dès-lors la toux, l'expectoration, la dyspnée avaient été plus ou moins considérables; des palpitations incommodes se manifestaient aussitôt qu'il précipitait sa marche ou montait des escaliers ; il tenait la tête haute dans le lit , avait des étourdissemens fréquens, et la figure plus ou moins violacée. Rarement malade, il n'avait été que deux fois dans les hôpitaux depuis dix ans, la dernière au mois de juin dernier, à l'Hôtel-Dieu, pour un crachement de sang, le seul qu'il eût éprouvé : il en était sorti après un séjour de six semaines, y ayant été saigné six fois en quelques jours. Dès-lors, la faiblesse

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et la toux avaient été considérables; un travail un peu suivi était devenu impossible, et le malade avait perdu l'appétit.

Quand nous le vîmes le 5 avril, la figure était bouffie , les lèvres, les pommettes et le nez d'une couleur violette plus ou moins foncée , suivant la fréquence de la toux, pendant laquelle la coloration du visage devenait à-peu-près uniforme ; cette teinte bleuâtre était moins marquée dans le repos que quand le malade s'occupait, et M. Cliomel, qui l'avait rencontré plusieurs fois dans les cours de l'hôpital, où il était employé , trouvait la différence très-grande. Il n'y avait ni céphalalgie ni vertiges, seulement les objets semblaient quelquefois semés de taches rouges. Les membres abdominaux étaient un peu infiltrés depuis quelques jours, et jusque-là le malade n'avait eu, à diiférentes reprises , qu'un peu d'œdème au bas des jambes, œdème que le repos du lit avait constamment dissipé : la langue était lin peu rouge , nette et humide; la soif vive, l'anorexie presque complète; il y avait, comme depuis trois semaines, un peu de diarrhée. La respiration était presque naturelle à droite , accompagnée d'un peu de crépitation du côté gauche, où la pectoriloquie existait en arrière et en haut, près de la colonne vertébrale : les crachats étaient un peu verdâtres, opaques, striés de jaune, la dyspnée considérable, bien que le malade assurât ne pas éprouver beaucoup d'étouffement; le pouls était sans dureté, battait quatre-vingt-douze fois par minute ; il n'y avait pas dimpulsion à la région du cœur, ni de battemens aux jugulaires ; on entendait , dans toute la partie antérieure de la poitrine» un bruit de soufflet d'autant

plus fort qu'on s'approchait davantage du sternum : il n'y avait de palpitations que par la toux. On prescrivit une saignée de huit onces , une tisane de chiendent nitrée, une potion gommeuse avec vingt gouttes de teinture de digitale, et la diète.

Du 8 au i5, le volume et la colorarion de la face paraissantindiquer une congestion toujours croissante dans cette partie , on fit appliquer, à trois reprises différentes , cinquante sangsues au cou. Les urines devinrent très-abondantes , la turgescence de la face diminua momentanément, et les autres symptômes restèrent les mêmes, à l'exception de l'appétit, qui fut bientôt très-vif.

Le i6, la poitrine , percutée pour la première fois , ne rendait aucun son au-dessous de la clavicule gauche, danslahauteur de cinq pouces, le bruit de soufflet et la crépitation persistaient, le malade mangeait avec avidité le quart de portion et au-delà , le dévoiement n'avait pas augmenté. (Saignée de huit onces, pot. gomm. avec vingt gouttes de teint, de digit. , etc.)

Pas de changement appréciable jusqu'au 22; ce jour même, la dyspnée augmenta beaucoup, l'assoupissement devint fréquent ; il n'y avait ni céphalalgie ni douleurs dans les membres, qui étaient égalernent faibles à droite et à gauche. La langue était naturelle , et le malade menaçait de quitter l'hôpital si on ne lui donnait pas à manger.

Dans la nuit du 25 au 2^, crachement d'un peu moins d'une palelte de sang rouge et écumeux; dans la matinée , figure pâle et un peu livide , comme égarée, pouls précipité et intermittent; le malade Semblait près d'expirer, mais répondait encore aux

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questions qui lui étaient adressées. 11 mourut le même jour, trois heures après midi, sans le moindre délire, ayant annoncé, peu après la visite, sa fin prochaine.

Ouverture du cadavre seize heures après la mort.

Etat extérieur. La figure était pâle, le corps froid, les membres mous et un peu infiltrés ; il y avait quelques vergetures.

Tête. La cavité de l'arachnoïde contenait trois à quatre petites cuillerées de sérosité louche; la piemère était très-rouge , la substance corticale trèsrosée, la médullaire très-injectée, mais d'ailleurs d'une couleur naturelle. Le ventricule latéral gauche contenait environ une cuillerée et demie de sérosité : à droite il n'y en avait nulle trace, etla partie antérieure du corps strié était d'un rouge brun chocolat, ramollie, à consistance de crème, dans une épaisseur de six lignes, une hauteur de quatre, et la longueur d'un pouce; l'arachnoïde correspondante était im peu épaissie , mais sans la moindre trace de fausse membrane. Un peu en arrière et dans la couche optique du même côté , était un second ramollissement toutà-fait semblable au premier, un peu moins étendu seulement , autour duquel la substance médullaire était jaunâtre et un peu ramollie.

Poitrine. Le poumon gauche, endurci antérieurement dans sa moitié supérieure, offrait, en arrière, de grandes excavations tuberculeuses. La partie endurcie était grisâtrCj infiltrée d'une certaine quantité de sérosité, parsemée d'un grand nombre de tubercules

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suppures pour la plupart. Il n'y avait à la base de l'organe que quelques tubercules crus , au milieu, d'un tissu légèrement engoué. Le poumon droit , à part les excavations, offrait les mêmes lésions que le gauche, mais a un degré beaucoup moins prononcé. Il y avait environ quatre onces de sérosité dans le péricarde. Le volume du cœur dépassait celui du poing du sujet, de moitié environ. L'oreillette droite était distendue par une assez grande quantité de sang, conservait la meilleure partie de son volume après en avoir été vidée , offrait à sa face extérieure , qui était blanchâtre , un assez grand nombre de granulations miliaires , qu'on enlevait dans quelques points avec une fausse membrane intermédiaire , sous laquelle la séreuse conservait un aspect louche et . blanchâtre : ses parois avaient au moins le double de l'épaisseur qui leur est naturelle. Le ventricule droit, au Heu d'être plat et un peu mou comme dans l'état naturel, était très-bombé, très-dur; et cette dureté nous parut , autant qu'une semblable différence peut être appréciée, trois fois plus considérable que celle du ventricule gauche. Ses parois étaient épaisses de huit à dixhgnes , sa cavité réduite à trèspeu de chose, etpresque nulle vers sa pointe, dans la hauteur de deux pouces. Cet épaississement était, en partie, le résultat du développement des colonnes charnues du cœur, pressées les unes contre les autres et formant, au premier coup d'œil, un plan continu. Il n'y avait de bien distinct qu'un pilier, du diamètre de huit lignes environ, presque complètement de niveau, à son sommet, avec l'orifice auriculo-ventriculaire, ne donnant attache aux cordes tendineuses que

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dans sa longueur, placé contre l'orifice de l'artère pulmonaire qu'il concourait à rétrécir. Les valvules tricuspides étaient jaunâtres, épaissies, à leur bord adhérent surtout, et offraient dans ce dernier point 'une ossification partielle d'une ligne d'épaisseur. L'orifice de l'artère pulmonaire était fort étroit, surtout à une petite distance des valvules sigmoïdes , où se trouvait une espèce de diaphragme ou cloison fibreuse, perpendiculaire à la direction du vaisseau , percée d'un trou de deux lignes et demie de diamètre environ. Au-dessus , l'artère était saine et plus mince que dans l'état naturel. A sa naissance, et près de l'oreillette droite , était un trou parfaitement arrondi, de deux lignes de diamètre, à bords minces, blancs et fibreux, qui aboutissait au-dessous des valvules sigmoïdes de l'aorte , et établissait une communication entre les deux ventricules. Les cavités gauches n'offraient rien de remarquable.

Abdomen. Le foie était sain et d'une bonne couleur; les veines hépatiques et la veine cave inférieure gorgées de sang; les parois de cette dernière évidemment épaissies : la rate triplée de volume, beaucoup plus ferme que dans l'état ordinaire , d'une couleur foncée , interrompue par des filamens blanchâtres qui la parcouraient dans différentes directions : les reins un peu injectés : la membrane muqueuse de l'estomac d'un rouge noir , d'une consistance et d'une épaisseur convenables, un peu mamelonnée dans le voisinage de la grande courbure : celle qui revêt l'intestin grêle, pâle, un peu épaissie et opaque : celle des gros intestins un peu ramollie et épaissie, sans altération de la couleur blanche qui lui est naturelle.

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Comme nous reviendrons plus tard sur cette observation, nous ne nous arrêterons pas à faire ressortir tout ce qu'elle offre d'important : nous dirons seulement que le ramollissement du cerveau a été méconnu et qu'il devait l'être , faute de signes diagnostiques; ce qu'on ne saurait attribuer â l'observateur, tous les symptômes qui auraient pu déceler cette lésion ayant été recherchés , quoique dans un autre but. La phthisie, arrivée à son dernier terme, existait peutêtre depuis dix ans , et sans celte affection et celle du cerveau, le sujet, malgré le désordre extrême de la circulation, aurait pu sans doute vivre encore pendant un espace de temps plus ou moins considérable.

XP Observation. Une jeune femme , sujette aux palpitations dès l'enfance , et aux syncopes <3epuis l'âge de quatorze ans, fut mariée à dix-sept, et fit, en très-peu de temps, deux fausses couches, à la suite de syncopes. Celles-ci se renouvelèrent peu après son rétablissement, et furent sollicitées par une impression agréable très-forte. Bientôt il y eut des accès de suffocation, pendant lesquels le visage était pâle, le pouls précipité , la respiration tumultueuse et les extrémités froides. Les mêmes symptômes, suspendus quelque temps, se renouvelèrent ensuite fréquemment et avec violence , l'infiltration des membres eut lieu pour ne disparaître que momentanément, et la malade mourut âgée de dix-neuf ans, quinze mois environ après sa dernière fausse ceuche.

A l'ouverture du cadavre, on trouva le cœur triplé de volume, flasque et facile à déchirer, les cavités droites dilatées et très-minces, le ventricule gauche

contracté et fort épais; au milieu de la cloison des ventricules, un trou elliptique d'un pouce de large et garni d'un corps fibreux à son pourtour; une assez grande quantité de sérosité dans l'abdomen et dans le péricarde; les poumons hépatisés. [Journ, génér. de Médecine y année 1817.)

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