‹ Mémoires, ou, Recherches anatomico-pathologiques surChapitre 16 sur 30 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

Communication des oreillettes au moyen du trou botal.

1" Observation. Un jeune bomme , d'une sensibilité très-vive , sujet à des évanouissemens fréquens et à des tremblemensconvulsifs^ avait, depuis dix ans, les lèvres et la peau d'une couleur plus ou moins violette, suivant les impressions qu'il ressentait, son attitude , ses mouvemens, la difficulté plus ou moins grande de la digestion , quand il mourut à l'âge de dix- -huitans, à la suite d'une fièvre grave.

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On trouva, quand on lit l'ouverture do son corps, la peau d'un brun pâle dans toute son étendue; le cerveau très-injecté, la trachée -artère unilormément rouge, les poumons d'une couleur semblable et trèsfoncée , les parois du ventricule gauche du cœur épaisses de trois lignes , celles du droit beaucoup plus; l'oreillette droite un peu plus volumineuse que dans l'état ordinaire , la fosse ovale percée d'un trou de la largeur d'une lentille ; la membrane muqueuse de l'intestin grêle d'un rouge intense , et le foie rosepâle à l'intérieur. Il n'y avait pas d'oedème. (Fragmens pour servir à l'Histoire de la Médecine en France , par J.-J. Moreau de la Sarthe, 1812, pag. 4''^.)

IP Observation. Une jeune fille qui n'avait pas quitté le lit depuis sa naissance , ayant la peau d'une couleur livide et la respiration très-gênée , mourut à l'âo-e de seize ans.

On trouva^ à l'ouverture de son corps, le ventricule droit du cœur élargi et épaissi , l'oreillette droite deux fois plus volumineuse et épaisse que la gauche, le trou ovale ouvert et pouvant admettre le doigt ; les valvules sygmoides de l'artère pulmonaire cartilagineuses et tellement unies par leur bord libre, qu'elles laissaient à peine, au passage du sang, un trou de la largeur d'une lentille. ( Morgagni, de sedibus et caitsis morb., epist. xvii, art. xii. )

IIP Observatioin. Un homme âgé de quarante-neuf ans , accablé de tristesse et de misère, fut admis à l'hôpital Sain t-Louis , oflrant tous les symptômes du scorbut au troisième degré, un peu de toux, une faiblesse ex-

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trême et un état apathique très-remarquable. Le traitement anti-scorbutique fut employé sanssuccès pendant un mois; puis la toux devint continuelle et incommode, la figure bouffie , les lèvres prirent une couleur violette, tous les symptômes des maladies du cœur se manifestèrent, et au quinzième jour de cette seconde période, le malade mourut dans une sorte d'asphyxie. A l'ouverture de son corps, on trouva la cavité droite du cœur et l'artère pulmonaire extrêmement dilatées, sans amincissement de leurs parois; le trou botal encore existant avec sa forme arrondie, sans déchirure , du diamètre de dix lignes environ ; le cerveau sain , les poumons parsemés d'un grand nombre de granulations. [Nouveau Journal de Médecine ^ vol. 6, pag. 22Ù, observation recueillie par M. Bouillaud, alors élève interne de l'hôpital Saint-Louis.)

ly* Observation. Une couturière âgée de vingt-huit ans, d'une constitution peu forte , était malade depuis plus de sept années, quand elle vint à l'hôpital de la Charité, le 24 juillet 1825. Elle attribuait sa maladie à une frayeur violente qu'elle avait eue en revenant du bois de Boulogne en 1818, et qui avait été suivie d'une dyspnée subite, avec une diminution si considérable des forces, qu'elle n'avait pu continuer sa route. L'oppression , loin de disparaître , avait fait ensuite des progrès continuels, des palpitations s'y étaient jointes au septième mois, souvent accompagnées de douleurs lancinantes à la région précordiale. A partir de la troisième année, le sommeil avait été troublé par des rêves pénibles et des réveils en sursaut ; il y avait eu par intervalles et pour quelques jours seulement, un peu d'œdème

DES CAVITÉS DROITES ET GAUCHES DU COEUR. 3o5 autour des malléoles , et depuis quatre mois le volume du ventre était considérablement augmenté, les membres inférieurs œdématiés dans toute leur étendue, les forces très-diminuées , en sorte que le malade n'avait pu se livrer à aucune espèce d'occupation. L'appétit s'était toujours assez bien conservé , il y avait eu quelquefois un peu de dévoiement et de légères hémoptysies, pour lesquelles on avait toujours appliqué des sangsues à la région précordiale et à l'anus. Les règles étaient entièrement suspendues de* puis sept mois , et n'avaient paru que deux fois l'an depuis le début de l'affection.

Le 24 juillet, figure fatiguée, pâle et un peu jaunâtre , intelligence développée , mémoire exquise j décubitus élevé , gonflement des jugulaires à chaque pulsation artérielle , œdème peu considérable aux membres inférieurs ; dyspnée très-grande , percussion matte dans la moitié antérieure et inférieure du côté gauche de la poitrine , impulsion molle et étendue à la région précordiale ; bruit de soufflet dans le même point, à chaque battement du cœur, encore sensible, un peu à droite du sternum ; pouls calme et régulier; langue naturelle , appétit assez prononcé, ventre développé , offrant une fluctuation manifeste ; deux selles molles, presque liquides, comme depuis six semaines. (Décoct. de riz et de chiendent, édulc. bis ; quart de portion, )

L'étouffement fut un peu moins considérable dans les quatre jouùs qui suivirent, après quoi il fit des progrès r.ipides ; en sorte que du 8 au i4 août, jour de la mort, la malade fut obligée de se tenir la plupart du temps hors du lit, assise sur une chaise. Lé

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4 , le pouls était irrégulier ; il le fut davantage après le 9, et ne devint un peu accéléré qu'à partir de cette époque. L'obscurité du son, que nous avions observée du côté gauche de la poitrine , s'étendit à un espace successivement plus considérable : la toux fut peu fréquente, et il n'y eut de crachats que dans la dernière semaine. Ils étaient opaques et irrégulièrement arrondis.

L'état de la langue ne changea pas d'une manière sensible ; l'appétit tomba dès que la dyspnée devint extrême , et il y eut alors des vomissemens; mais ils furent promptement arrêtés par l'eau de Seltz. Le volume du ventre augmenta d'une manière rapide, la diarrhée fut modérée , l'intelligence intacte.

La malade prit la potion tonique de l'hôpital, dans les cinq derniers jours , sans en éprouver d'autre efl'et sensible qu'un peu de chaleur à la région épigastrique , aussitôt après l'avoir prise.

Ouverture du cadavre vingt-quatre heures après (a mort.

Etat extérieur. OEdème des membres inférieurs assez considérable : point de vergetures.

Tête. Point de granulations arachnoïdiennes (glandes de Pacchioni) : infiltration sous-arachnoîdienne assez considérable, et néanmoins, l'arachnoïde et la pie-mère réunies étaient si fragiles, qu'on ne pouvait les détacher. Cerveau médiocrement ferme, et sans injection : une demi-cuillerée de sérosité dans chacun des ventricules latéraux; le cervelet et la protubérance annulaire parfaitement sains.

Cou. L'épiglotte, le larynx et la trachée-artère dans l'état naturel.

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Poitrme. Le péricarde occupait la plus grande partie de la poitrine ; à droite il n'était séparé des côtes que par un espace d'un pouce et demi , à gauche il les touchait et n'était distant de la clavicule correspondante , que de deux travers de doigt , de manière que de ce côté la partie inférieure du poumon était entièrement cachée par lui. Il contenait environ huit onces d'une sérosité claire, dans laquelle flottaient quelques filamens albumineux, n'offrait pas d'autres traces d'inflammation. Misa découvert, le cœur touchait les côtes gauches , et avait , de sa pointe au sommet de l'oreillette droite, c'est-à-dire dans le sens horizontal, sept pouces et denii, el dans le sens vertical cinq pouces huit lignes. L'oreillette droite avait cinq pouces de haut sur trois et demi de large , et contenait un gros caillot de sang noir : le ventricule correspondant était triplé ou quadruplé de volume ; sa pointe dépassait d'un pouce celle du ventricule gauche, dont la capacité était bien peu augmentée. L'oreillette du même côté n'était pas plus ample que dans l'état naturel, ses parois étaient saines, celles de son ventricule un peu mollasses et épaisses de trois ligneset demie seulement. Lesparois de l'oreillette droite avaient une fermeté et une épaisseur au moins doubles de celles qui lui appartiennent dans l'état naturel; le ventricule correspondant était épais d'un peu plus de deux lignes, et, comme l'oreillette , plus ferme que de coutume. Le trou botal était conservé, lisse, poli, membraneux en arrière, formait un cercle imparfait antérieurement, et d'un pouce de diamètre environ : les orifices auriculo-ventriculaire et ventriculo-pulmonaire droits avaient quarante-huit

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lignes de développement , tandis que ceux du côté opposé n'avaient que vingt-quatre lignes. La dilatation de l'artère pulmonaire était générale , se prolongeait jusque dans ses ramifications, qui avaient encore, à une très-petite distance des plèvres , deux lignes de diamètre; l'aorte était parfaitement saine. Les poumons étaient un peu plus lourds que dans l'état ordinaire, et légèrement engoués àleur base ; le droit était parfaitement libre, le gauche offrait des adhérences celluleuses dans toute l'étendue de son lobe inférieur : on n'y observait aucune espèce de lésion.

Abdomen, Le péritoine contenait cinq à six pintes de sérosité claire; le foie avait un médiocre volume, était un peu sec , moins consistant que dans l'état ordinaire, et pâle à l'extérieur comme à l'intérieur. La vésicule biliaire offrait une petite quantité de liquide assez épais et d'une couleur foncée; ses parois étaient infiltrées. L'estomac était volumineux, contenait quelques débris d'aiimens au milieu d'un peu de liquide trouble, et l'épaisseur de ses parois était presque doublée par l'épaississement de ses tuniques sousmuqueuse et musculaire. Sa membrane muqueuse était d'un blanc bleuâtre au-dessous du cardia, dans une surface de sept pouces, blanchâtre le long de sa petite courbure j, d'un rouge assez vif dans une partie de sa face antérieure, d'une teinte bistre dans le reste de son étendue. Très-mince et molle comme du mucus , dans la partie où elle était d'un blanc bleuâtre , elle était mamelonnée, couverte de mucus, un peu épaissie, d'une médiocre consistance, là où elle offrait une couleur rouge ; eWe avait perdu la moitié de sa fermeté vis-à-vis la petite courbure, était fort ra-

mollie ailleurs. La face interne de l'intestin grêle était plus ou moins rouge et livide dans toute son étendue, et presque uniquement dans l'intervalle des valvules , cette coloration étant due, en très-grande partie, au tissu sous-muqueux : sa membrane muqueuse était doublée d'épaisseur et très-ramollie, eif sorte qu'elle ne donnait par traction que des lambeaux d'une à deux lignes de longueur. Le gros intestin contenait une certaine quantité de matière pultacée; sa membrane muqueuse était rouge et trèsramollie dans le cœcum et dans le colon droit, pâle et d'une bonne consistance ensuite. Les glandes mésentériques un peu rouges et plus volumineuses que dans l'état naturel : les autres viscères n'offraient rien de remarquable.

V*. Observation. Un postillon, âgé de cinquante-sept ans, reçut de violens coups de poing à l'épigastre, et eut, pendant les trois semaines qui suivirent, de la dyspnée, de vives douleurs à l'endroit frappé , après quoi les défaillances devinrent plus rares et cessèrent entièrement. Mais bientôt une nouvelle contusion à l'épigastre augmenta la dyspnée , excita des palpitations, et celles-ci étaient très-fortes, seize mois après cette seconde époque. Alors l'amaigrissement n'était pas sensible , la figure était d'un rouge violet , la respiration très-fréquente au moindre mouvement , le pouls très-irrégulier. Ces symptômes, extrêmement affaiblis après un séjour de quatre semaines à l'hôpital, avaient acquis beaucoup d'intensité dans les trois mois qui suivirent, et à des étouffemens très-fréquens s'étaient joints de la toux, des réveils en sursaut, de

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l'œdème et un épanchement de sérosité dans l'abdomen. Ces derniers accidens cédèrent avec assez de promptitude ; mais bientôt la face devint vultueuse et pourpre, la voix étoulFée, la respiration bruyante ; il y eut de fréquens accès de suffocation pendant la nuit , les lipothymies se renouvelèrent à des intervalles assez rapprochés , et après cinq mois d'un dernier séjour à l'hôpital , et trois ans de maladie, le sujet mourut, comme suffoqué.

A l'ouverture de son corps , on trouva les cavités droites du cœur très-dilatées et très-hypertrophiées , les orifices auriculo-ventriculaire et ventriculo-pulmonaire très -larges, et d'ailleurs sains; l'oreillette gauche mince et ample, la fosse ovale percée d'un trou irrégulièrement circulaire , de plus d'un pouce de diamètre, à bords minces, lisses, blanchâtres et comme tendineux ; l'orifice auriculo - ventriculaire gauche rétréci , le ventricule correspondant petit; l'estomac d'un rouge vif, le cerveau dans un état d'intégrité parfait. [Traité des maladies du cœur, par J. N. Corvisart, deuxièm. édit. , pag. ago.)

VP. Observation. Une femme , âgée de cinquantesept ans, d'une constitution un peu faible, avait, depuis l'enfance, la figure d'un rouge violet et yne dyspnée plus ou moins forte dès qu'elle se livrait à un exercice un peu violent. Après la cessation des règles, qui eut lieu à quarante-sept ans , elle éprouva des palpitations, eut de fréquentes épistaxis, et sa figure était bleuâtre alors même qu'elle ne marchait qu'à pas lents. Elle mourut à l'hôpital Cochln , d'un ramollissement aigu du cerveau, après avoir éprouvé

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pendant neuf jours , dans les membres paralysés , des convulsions pendant lesquelles sa face était très-animée , ses yeux devenaient brillans , ses lèvres roses , de violettes qu'elles étaient auparavant ; les battemens du cœur étaient tumultueux et accompagnés d'un frémissement qu'on sentait sans peine, en appliquant la main sur la région précordiale.

A l'ouverture du cadavre, on trouva le cœur énorme, l'oreillette droite très-développée , le trou botal de quatre lignes de diamètre, l'orifice auriculo-ventriculaire droit rétréci ; la capacité du ventricule correspondant égale à un œuf de pigeon , ses parois de onze à seize lignes d'épaisseur , l'orifice de l'artère pulmonaire fermé par une cloison horizontale percée d'un trou de deux lignes et demie de diamètre , l'artère n'offrant rien de remarquable au-dessus : le ventricule gauche épais et dilaté. Il y avait dans la partie antérieure de l'hémisphère droit du cerveau , un abcès à une certaine distance duquel cet organe reprenait son aspect ordinaire. [Recherches anatomico-pathologiques sur l'Encéphale , lettre quatrième , pag. 7 , par M. Lallemand ; observation communiquée par MM. Breschet et Bertin. )

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