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AU MOYEN DE LA POTION DE M. DARBON

Les remèdes les plus vantés contre le ténia doivent leur réputation à des succès ; mais ces succès sont si peu soutenus et les substances au moyen desquelles on les obtient sont si actives, qu'on a toujours fait des vœux pour que l'art possédât quelque moyen à-la-fois plus sûr et moins dangereux. Ce vœu nous paraît rempli par la potion de M, Darbon , laquelle semble réunir, comme nous le verrons bientôt, le double avantage de la certitude et de la sécurité.

Pour constater d'une manière authentique , en quelque sorte , l'efficacité du nouveau remède qu'il emploie depuis plusieurs années , M. Darbon désirait l'adminisîrer en présence d'un certain nombre de médecins des hôpitaux de Paris. Il s'adressa, dans ce but, à ceux de l'hôpital de la Charité : sa proposition fut accueillie , on fit disposer convenablement un certain nombre de pièces dans cet hôpital , et huit personnes atteintes du ténia y furent conduites le 6 mai 1824. A sept heures du matin , en présence de

MM. Lerminier, Chomel et Fouquier, elles prirent la potion anthelmintique dont il s'agit ; et afin d'éloigner tout soupçon de supercherie, plusieurs élèves de la maison se chargèrent de surveiller les malades tout le temps que durerait l'effet du remède. On me proposa de suivre l'expérience dans tout son cours, et comme il ne pouvait s'offrir une meilleure occasion d'étudier les accidens que peut produire le lénia, je recueillis avec soin l'histoire des dix malades dont il s'agit et qui font l'objet des observations suivantes.

Tous ces malades ayant évacué en assez peu de temps un ou plusieurs vers plats, on pouvait légitimement conclure de ce fait en faveur du nouveau remède. Néanmoins , dans le dessein de produire un pouveau degré de conviction , M. Darbon a imaginé de soumettre, quatre mois plus tard, les personnes qui avaient déjà pris son remède, à une nouvelle expérience, qui devait en quelque sorte être la preuve de la première ; c'est-à-dire, de leur administrer une seconde fois ce même remède , taudis que des individus qui ne l'avaient pas encore pris, le recevraient, tiré de la môme bouteille. Si la potion avait déterminé , quand elle fut donnée pour la première fois, l'expulsion complète du ténia, elle devait rester sans effet sur les premiers malades, et être suivie de la sortie du ver chez les autres; ce qui est arrivé. Celte seconde expérience fut faite les 9 et 5o septembre dernier. Deux nouveaux malades prirent la potion anthelmintique pour la première fois, et leur histoire fait l'objet des ix' et x*' observations.

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I" Observation.

Une femme , âgée de dix-neuf ans , d'une constitulion assez forte, d'une petite taille, ayant été trèssujette aux vers dans son enfance , rendait fréquemment depuis lors des anneaux de ténia. Sa santé n'en avait pas été sensiblement altérée jusqu'à l'âge de seize ans; mais à cette époque, ayant pris une potion purgative , elle rendit plusieurs aunes d'un ver plat, et eut, peu de jours après , une perte qui dura îrois à quatre mois, accompagnée de crachement de sang, de diarrhée , de coliques, et de douleurs dans l'hypochondre gauche. Elle maigrit beaucoup; mais, ces accidens passés , elle recouvra son embonpoint et ses forces, ou du moins à peu de choses près, n'ayint plus que quelques coliques à des intervalles éloignés. Les mêmes symptômes reparurent chaque année, à-peu-près à la même époque, pendant le même temps , et la malade rendait presque tous les jours des fragmens de ténia, quelquefois même dans l'intervalle desselles. Son appétit devint très-inégal, et depuis deux ans elle était obligée de manger trèssouvent , de la viande surtout, les autres mets ne pouvant la rassasier; la digestion était pénible, et si elle tardait à satisfaire son appétit, elle éprouvait dans l'abdomen une sensation incommode qu'elle comparait à des soubresauts. Elle avait souvent du prurit au pourtour de l'anus, et depuis trois ans des bourdonnemens d'oreille assez fréquens , des maux de tête .

quelquefois des engonrdissemens et de la faiblesse dans les inembres. D'ailleurs, point de démangeaison à, l'extrémité du nez , point de dévoiement , si ce n'est à l'époque des pertes.

On avait essayé beaucoup de remèdes, entre autres celui de Nouffer, la térébenthine , etc. , et toujours sans soulagement bien marqué.

Le jour où nous observâmes la malade, elle offrait les apparences de la santé , n'avait ni céphalalgie ni douleurs dans l'abdomen; l'appétit était vif, la langue un peu villeuse , les pupilles dans l'état naturel 5 il n'y avait de prurit ni au nez ni au pourtour de l'anus. I mmédiatement après la potion elle sentit un léger dégoût, qui ne dura que quelques minutes, sans éprouver la moindre colique; et comme elle n'avait pas encore eu de selles deux heures après-midi, on lui donna un lavement simple , qui détermina la sortie d'un grand nombre de fragmens de ténia. Au milieu d'eux se trouvait un petit cordon aplati, d'un millimètre de large environ, terminé, à l'une de ses extrémités, par une saillie sur laquelle se trouvaient trois points noirs disposés en triangle. Un second lavement détermina encore l'évacuation d'un nombre très-considérable d'anneaux, sans tête.

Le 9 septembre suivant , la malade fut soumise à la seconde épreuve. La potion n'excita ni dégoiit ni coliques , et n'eut d'autre effet que de déterminer l'évacliation de quelques matières excrémentitielles , sans ver. Alors cette femme jouissait de la plus parfaite santé , assurait que trois jours après l'expulsion du ténia son appétit , devenu régulier , avait été moins considérable qu'auparavant ; que ses forces, un peu diminuées

lorsque nous la vîmes pour la première fois, s'étaient promptement rétablies; que les maux de tête et les douleurs dans les membres avaient complètement disparu. Elle était devenue enceinte , et n'avait pas éprouvé ,de nouvelle perte.

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I? Observation.

Une femme , âgée de trente-cinq ans , d'un caractère vif et emporté , rendait presque à chaque selle , depuis quatre ans, des morceaux de ténia. Dès la même époque, diminution de l'appétit, amaigrissement, douleurs fréquentes dans la fosse iliaque du côté droit et bientôt à l'épigastre ; prurit au pourtour de l'anus et à l'extrémité du nez , quelquefois insupportable ; souvent aussi sensation incommode dans l'abdomen , comparée à celle qui serait produite par une secousse intérieure; céphalalgie, douleurs dans les membres, insomnie- Ces douleurs, plus ou moins fortes et prolongées , revenaient à-peu-près tous les liuit jours. A ces divers symptômes s'étaient joints, depuis deux années , des bourdonnemens d'oreille; la vue s'était affaiblie et se fatiguait de la moindre application. Les règles n'avaient pas cessé de venir au temps et de la manière accoutumés ; il n'y avait eu ni nausées, ni vomisseœens, ni diarrhée. Plusieurs remèdes, et entre autres celui de Noufler, avaient été employés dès le début, sans succès : presque tous avaient fait rendre des fragmens assez considérables de téiiia; iliais les symptômes, et surtout les douleurs de ventre, n'avaient que

peu OU point diminué; les matières excrémentilielles avaient toujours été accompagnées d'un plus ou moins grand nombre de fragniens de ver, fragmens plus nombreux après le bain, au printemps et quand la malade mangeait des huîtres, que dans toute autre circonstance.

Le 7 mai , cette femme était peu affaiblie , sans appétit, avait la langue un peu rouge sur ses bords, blanche et villeuse au centre , l'épigastre un peu douloureux , du prurit aux narines et au pourtour de 1 anus , des douleurs contusives dans les membres , lès pupilles dans l'état naturel. Elle prit la potion avec un peu de dégoût, et n'éprouva qu'un léger sentiment de pesanteur àTépigastre sans coliques. Vers midi deux selles amenèrent beaucoup d'articulations de ténia, séparées ou réunies en plus ou moins grand nombre , de la longueur d'une à six lignes, et même plus. Parmi ces débris de ver se trouvait une sorte de filament très-étroit, de la longueur de trois quarts de pouce, à l'extrémité duquel nous ne pûmes découvrir la tête.

A dater de ce jour la malade cessa d'observer des anneaux de ténia dans les évacuations alvines ; mais comme il lui restait encore quelques douleurs de ventre , elle ne voulut pas subir la seconde épreuve»

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IIP Observation.

Une femme, âgée de trente ans, d'une constitution médiocrement forte , avait une mauvaise santé depuis

dix ans, et rendait fréquemment depuis dix-huil mois des morceaux de lénia. Elle éloit sujette depuis la première époque à des accès d'hystérie qu'elle a(tribuait à de vives frayeurs; ses règ'es avaient beaucoup diminué depuis sept ans, duraient à peine une demi-journée , souvent précédées ou suivies d'une abondante hémoptysie. Dès l'époque à laquelle on aperçut l s premiers fragmens du ver, l'appétit devint irrégulier, quelquefois nul ou très- déprimé, quelquefois très - considérable , et alors la malade était obligée de manger à chaque instant : l'épigastre fut souvent le siège d'une douleur lancinante et piquante, la digestion difficile, à moins que l'appétit ne fût trèsvif; il y eut de fréquentes coliques dans toute l'étendue de l'abdomen , beaucoup de prurit au pourtour de l'anus, à l'extrémité do nez, quelquefois même à tout le cuir chevelu ; souvent encore la malade rendit, dans l'intervalle des selles, des fragmens de ténia. Elle avait pris le 9 juillet de l'année dernière le remède de Nouflfer, qui avait procuré l'évacuation de plusieurs aunes de ver, et amené une amélioration peu considérable; les douleurs avaient continué, quoique inoins fortes, et bientôt les autres symptômes avaient reparu avec la môme intensité qu'auparavant. La malade maigrissait depuis deux ans. Le jour où !a potion anthelmintique lui fut administrée , elle avait des malaises, la bouche pâteuse et amère, peu d'appétit; mais elle n'éprouvait de douleurs ni à l'épigastre ni dans le reste de l'abdomen ( elle avait beaucoup souffert la veille, et quatre jours avant l'hémoptysie avait été abondante) ; les pupilles étaient dans l'état naturel , il n'y avait aucune espèce de prurit.

La potion ne fut suivie d'aucun malaise. Une première selle, provoquée par un lavement simple, amena plusieurs pieds d'un ténia légèrement verdâtre, formé d'articulations d'une demi-ligne à deux lignes de haut, sur une largeur à-peu-près égale. Parmi les fragmens qui furent successivement évacués, on en trouva sept qui étaient très-minces, et terminés, chacun, par un renflement triangulaire : c'était la tête d'autant de ténias.

Quatre jours après, la douleur à l'épigastre avait entièrement disparu , il n'y avait de prurit ni à l'extrémité du nez ni au pourtour de l'anus, l'appétit était revenu à son état naturel, et pendant les quatre mois qui suivirent, les règles, plus abondantes, reparurent à leur époque ordinaire et sans hémoptysie : la malade reprit plus de fraîcheur et d'embonpoint. Elle était extrêmement satisfaite de sa situation quand elle revibt le 9 septembre se soumettre à la seconde épreuve, et ne désirait rien que la continuation de l'état dans lequel elle se trouvait. La potion ne produisit que l'évacuation de quelques matières excrémentitielles , sans fragmens de ténia.

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IV' Observation.

Un employé de Versailles , d'une petite taille et d'une constitution peu forte, fait prisonnier de guerre en Espagne en 1812, fut conduit en Angleterre, où il resta plusieurs années. Depuis lors il rendait presque

journellement quelques anneaux de ver solitaire : l'appétit avait peu varié , la digestion était restée facile , il n'y avait point eu de douleur à l'épigastre. Les coliques, ordinairement rares, étaient devenues très-fortes en 1823, et n'avaient pas été suivies de diarrhée : d'ailleurs point de dégoût, de nausées ou de vomissemens, de prurit au pourtour de l'anus ou à l'extrémité du nez : l'amaigrissement avait été peu sensible. Depuis douze ans aussi le malade toussait d'une manière continue ; la dyspnée , quoique légère, était constante ; il y avait eu quelques hémoptysies, et ces symptômes, qui annonçaient le développement de tubercules dans les poumons, étaient confirmés par l'auscultation. La toux avait un peu augmenté depuis six mois , et dès-lors le malade avait éprouvé plus ou moins de céphalalgie et quelquefois des douleurs dans les membres. A l'exception d'une dose d'huile de ricin, qui n'avait produit aucun effet, il n'avait pris aucune espèce de médicamens.

Le 7 mai la figure était un peu fatiguée , la langue naturelle, l'appétit modéré, le ventre indolent, les pupilles d'une largeur convenable , il n'y avait aucune espèce de prurit. La potion fut à peine suivie d'un léger malaise , et le malade rendit, sans le secours des lavemens, plusieurs aunes d'un ténia dont les articulations de toute longueur, depuis dix lignes jusqu'à une demi-ligne et môme moins, allaient en décroissant d'une extrémité à l'autre. Plusieurs articulations séparées furent encore rendues à la suite de quelques lavemens simples, sans qu'on ait pu trouver la tête du ver.

Quelques jours après , il y eut ua soulagement

marqué , la respiralion devint pltis facile , la toux moins fréquente ; les forces se rétablirent. Cette amélioration continuait encore au moment delà seconde épreuve , bien que la malade eût éprouvé des chagrins cuisans : c'était le 3o septembre dernier. La potion n'eut d'autre effet que de produire des évacuations alvines sans amener le moindre fragment de ténia.

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V^ Observation.

Un suisse du canton de Vaud, d'une taille moyenne et d'une constitution très-forte , rendit au mois de juillet! 825 et dans les premiers jours d'avril de la même année, à la suite de deux purgatifs, plusieurs aunes de ténia. Dans les six mois qui avaient précédé il avait eu des voniissemens fréquens, et depuis le premier purgatif ces vomissemens n'avaient eu lieu que quand il mangeait des carottes qu'il aimait beaucoup, et qui avaient été jusque-là sans inconvénient pour lui : l'appétit n'avait pas varié ; la digestion, si l'on en excepte les trois dernières semaines, avait toujours été facile. Cependant le malade se plaignait d'avoir fréquemment , depuis quinze mois , des borborygnies ; et quelques jours avant le dernier purgatif il avait éprouvé , à deux reprises différentes, de très-violentes coliques, qui n'avaient été suivies d'aucune évacuation. Depuis un an il éprouvait de fréquentes douleurs dans les reins , beaucoup de prurit aux narines

54o DD TÉNIA,

et au pourtour de J'anus, et, tous les matins un sentiment de faiblesse dont il ignorait la cause.

Le •; mai, ce jeune homme offrait toutes les apparences de la meilleure santé , n'éprouvait ni douleur, ni prurit dans aucune partie du corps , et ses pupilles étaient de grandeur naturelle. Peu après avoir pris la potion, il accusa un sentiment de pesanteur incommode à l'hypogastre et de liberté dans la région de l'estomac; il n'eut ni dégoût ni coliques, et comme il n'avait pas encore eu d'évacuation à une heure et demie, on lui donna un gros de rhubarbe. Une heure après ii rendit, au milieu d'une assez grande quantité de matières fécales, plusieurs pieds d'un ténia dont les plus grandes articulations avaient de six à sept lignes (îe largeur et irois-quaris'de ligne de hauteur : elles étaient fort étroites à l'une des extrémités. Quelque soin qu'on mît h examiner !e produit de cette première évacuation et de celles qui la suivirent , on ne put découvrir la tête du ver.

Dès-lors le malade n'eut ni borborysimes ni douleurs dans les reins ; les coliques ne se renouvelèrent pas, il n'eut plus de démangeaison au pourtour de l'anus ou aux" narines , les carottes furent parfaitement bien digérées, le sentiment de faiblesse qui existait le matin disparut, et le jour où nous le revîmes pour la contre-épreuve , sa physionomie animée était encore meilleure qu'à l'époque où il prit Je remède pour la première fois. Comme chez les autres sujets, la potion n'eut ici qu'un simple effet évacuant, et ne détermina la sortie d'aucun fragment de ténia.

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VP Observation.

Un tourneur en bois, habitant Versailles, d'une petite taille et d'une assez forte constitution, rendit, il y a neuf ans environ , à la suite d'un purgatif dont il faisait assez fréquemment usage ( pilules de Glëremboug ) , plusieurs anneaux de ténia. Depuis lors il en avait remarqué presque journellement au milieu des selles, quelquefois même il en avait trouvé dans ses vêtemens , et assurait en avoir rendu quatre-vingts aunes, il y a quatre ans, à la suite du remède de Nouffer. Alors il avait passé quelques mois sans apercevoir de fragmens de ténia dans les évacuations alvines; mais le soulagement fut de peu de durée. Bientôt il essaya de nouveaux moyens, et huit mois avant de se soumettre au traitement de M. Darbon , il était encore retourné au remède de Kouflfer, dont il avait pris une double dose, sans succès. Depuis deux ans l'appétit avait diminué , le malade éprouvait une pesanteur incommode, à l'épigastre après le repas , des coliques presque journalièreis , sans le moindre changement dans la consistance et le nombre desselles, sans nausées et sans vomissemens. Le prurit à l'anus était continuel et avait devancé les autres symptômes, il n'y avait eu ni céphalalgie ni prurit nasal , la vue et l'ouïe étaient restées intactes ; mais le sujet se plaignait d'éprouver presque continuellement depuis quatre années des fiitigues dans

les membres, d'avoir perdu la meilleure parlie de ses forces , et de ne pouvoir se livrer que très-imparfaitement à ses occupations.

Le 'j mai , la figure était peu animée, les pupilles dans l'état naturel , l'appétit médiocre, la langue humide , nette et sans rougeur; il n'y avait ni coliques ni prurit à l'anus. Le malade n'éprouva aucune sensation douloureuse après avoir pris la potion , et rendit à une heure et demie plusieurs aunes de ténia et un grand nombre d'articulations séparées, de toute grandeur. Parmi elles se trouvait une espèce de filament très-ténu , terminé par un renflement noirâtre , qui nous parut être la tête du ver.

Deux jours après, l'appétit était redevenu excellent, la digestion facile , il n'y avait plus de coliques ni de douleurs à l'épigastre , les selles étaient dépourvues de fragmens de ver , le sujet n'éprouvait plus de malaise , pouvait se livrer sans interruption à ses travaux. Il était si heureux de sa nouvelle position quand il revint à l'hôpital , le 9 septembre, se soumettre à la contre-épreuve, qu'il lui semblait parfois être revenu à sa première jeunesse : il avait pris un peu d'embonpoint, et l'amaigrissement, qui s'était prononcé dans les six derniers mois de sa maladie, avait promptement disparu. La potion n'eut d'autre effet que de déterminer la sortie de quelques matières excrémentltielles , sans produire ni malaise ni coliques.

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VII* Observation.

Un maçon de Pantin, âgé de quarante-un ans, un peu replet, d'une petite taille, d'une constitution forte , rendait depuis dix années , au printemps surtout , des fragmens de ver solitaire. Dans l'année 1819, à la suite d'un purgatif, il en avait évacué la longueur de plusieurs pieds, avait éprouvé dès-lors un peu de soulagement, et pendant l'espace de deux mois il n'y eut pas d'anneaux de ténia dans les matières excrémentitielles. Son appétit et sa digestion n'avaient pas cessé d'être réguliers; mais du moment où il avait aperçu les premiers anneaux du ver, il avait éprouvé de l'étouffement et des douleurs piquantes à l'épigastre , dès qu'il était un peu trop long-temps à jeun. Quelquefois aussi ^ dans des circonstances variées, il avait eu des douleurs à l'îiypogastre. Le prurit à l'anus existait depuis le début , toujours proportionné au nombre d'anneaux rendus, et par cette raison plus considérable au printemps qu'à toute autre époque de l'année. Outre ces anneaux mêlés aux produits des selles, il en tombait encore assez fréquemment dans les vêtemens du malade. D'ailleurs jamais de céphalalgie , de douleurs dans les membres, de diarrhée, d'altération de la vue; point d'amaigrissement, et il n'y avait eu que très-rarement un peu de prurit à l'extrémité du nez.

Le 7 mai le malade offrait tous les dehors de la santé; sa coloration semblait naturelle, ses pupilles

avaient une grandeur convenable ; il n'avait de prurit nulle part, de douleurs dans aucun point; sa langue était parfaitement nette et humide. Il n'éprouvait habituellement que de légères incommodités, assurait n'être venu se faire traiter que pour céder aux instances de sa femme , et aussi parce qu'il lui semblait que son ver changeait de place. Un quart-d'heure après avoir pris la potion, il sentit, pendant vingt minutes environ , des douleurs à l'hypogastre , et rendit vers une heure au moins deux cents articulations séparées de ténia. Parmi elles se trouvaient des bandelettes étroites et longues, à l'extrémité desquelles nous ne pûmes néanmoins trouver la tête du ver.

Le malaise que le malade éprouvait à l'épigastre quand il était quelque temps à jeun , cessa quinze jours après l'administration du remède : dès-lors point de prurit, point de douleurs à l'hypogastre; le teint fut encore plus vermeil que de coutume; et quand nous vîmes le sujet le 9 septembre , sa figure nous sembla plus pleine qu'auparavant. La potion ne lui causa pas la moindre colique, et les selles qui en furent le résultat ne contenaient pas de fragment de ver.

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VIII" Observation.

Un enfant de douze anset demi, d'une constitution forte , et fils du m;ilade qui fait l'objet de la précédente observation, avait, depuis quinze mois, du prurit autour de l'anus , des coliques assez fréquentes,

des picotemens à lepigastre et rendait souvent, soit au milieu des évacuations alvines, soit dans leur intervalle , des anneaux de ténia ; quelquefois aussi des vers ronds. La digestion avait été difficile par intervalles , mais il n'y avait pas eu d'amaigrissement, de diminution de l'appétit, de céphalalgie, de prurit nasal, de crampes, de douleurs dans les membres, ni de diarrhée.

Le 7 mai, quand nous vîmes cet enfant, nous lui trouvâmes un teint excellent , la langue nette et humide, les pupilles dans l'état naturel; il n'avait de prurit dans aucun point, et paraissait jouir d'une excellente santé. Un quart-d'heure après avoir pris la potion, il eut, pendant quelques minutes, des douleurs à l'hypogastre. A onze heures , n'éprouvant encore aucun besoin d'aller à la selle, on .lui fit prendre une seconde dose de la potion , mais elle fut rejetée en partie. Trois lavemens simples, animés avec un peu de sel, lui furent successivement donnés, et bientôt il rendit un grand nombre d'articulations de ténia, et, avec elles, une espèce de bandelette longue et très-étroite, terminée par un renflement sur lequel se trouvaient trois points noirâtres.

Dès-lors les symptômes indiqués disparurent complètement, et quand, au mois de septembre, le sujet vint subir la contre-épreuve , il avait un peu plus d'embonpoint, et ses couleurs étaient encore plus fraîches qu'auparavant. Il n'aVait pas évacué depuis le mois de mai d'anneaux de ténia ; il n'en rendit pas non plus le 7 septembre , à la suite de la potion anthelmintique , dont tout l'eifet se borna à l'évacuation de quelques matières fécales.

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IX* Observation.

Un homme âgé de soixante-quatorze ans , d'une constitution un peu délicate , sujet à des douleurs articulaires depuis trente ans, s'aperçut au mois ^e juin dernier, en allant à la selle, qu'il rendait des fragmens de ténia. Depuis quinze mois l'appétit avait sensiblement augmenté , des coliques fortes et fréquentes s'étaient fait sentir, mais il n'y avait point eu de diarrhée ; le malade avait un peu maigri , ses digestions étaient devenues laborieuses depuis sept mois; d'ailleurs ni prurit, ni céphalalgie ni douleurs dans les membres.

Le 9 septembre, jour où plusieurs des malades qui font le sujet des observations précédentes étaient soumis à la contre-épreuve , il prit sa part de la potion qui leur avait été administrée. Ses pupilles étaient dans l'état naturel; il paraissait un peu fatigué , mais il ne nous offrit aucun symptôme digne d'attention. Une heure après avoir pris le remède, il sentit de l'embarras dans le ventre, se plaignit de coliques sourdes à l'hypogastre, et, trois-qu arts d'heure plus tard, il eu tune selle copieuse qui entraîna un grand nombre d'articulations de ténia. Parmi elles se trouvait une bandelette longue de trois pouces, extrêmement étroite , et tei'minée à l'une de ses extrérnités par un renflement sur lequel on distinguait trois points noirâtres disposés en triangle. Les tçu^ticular tions , presque toutes séparées , étaient de diverses

grandeurs , avaient d'une demi-ligne à huit ligues de hauteur.

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X" Observation.

Un ouvrier, âgé de quarante-neuf ans, gros et courl, d'une constitution assez forte , demeurant à Bavot, près Lisy , se plaignait d'avoir la santé plus ou moins chancelante depuis dix ans , rendait presque journellement, depuis cette époque, des anneaux de ténia, soit en allant à la selle, soit dans l'intervalle des évacuations alvines. 11 en avait évacué à différentes reprises des fragmens de plusieurs aimes , sans jamais avoir éprouvé de prurit à l'anus. Il avait eu de fréquentes douleurs daijs la fosse iliaque du côté droit; l'appétit avait sensiblement diminué, les garderobes étaient restées parfaitement régulières ; il se plaignait aussi d'avoir très-souvent , tous les huit jours environ , djepuis dix fias , des douleurs dans les membres, asse? considérables pour l'empêcher 4ç travailler. Elles avaient beaucoup augmeoté depuis quatre ans , des crampes s'y étaient jointes dans la dernière anné,e, le malade avait perdu de ses forces, etc'est sur-tout .«lans le dessein de mettris un terme à se^ xlouleurs et à sa faiblesse qu'il était venu à Paris preaidre la potion anthelminlique de M. Darbon : d'ailleurs jamais de céphalalgie , de diarrhée, de douleurs à l'épigastre.

Le SosepteM^re dernier il prit la .potÎQfï: indiquée. L'appiélïit était très-midiocre , la langue .im peu pâl^,

la physionomie sans altération ; les forces sensiblement diminuées, ks selles parfaitement régulières. Une demi-heure après il eut quelques coliques bientôt suivies d'une petite évacuation alvine dépourvue de fra»mens de ver. A cette première évacuation en succédèrent d'autres sollicitées par des lavemens , au milieu desquelles se trouvait un grand nombre d'anneaux de ténia de toutes les longueurs, puis plusieurs bandelettes d'une demi-ligne de large, formées par la réunion de plusieurs articulations extrêmement petites : l'une d'elles était terminée par un renflement noirâtre, et un peu avant ce renflement, que nous considérâmes comme la tête du ver, le cou s'amincissait d'une manière très-sensible dans la longueur d'un demi-pouce environ.

RÉSUM12.

La simple exposition des faits suffirait pour justifier ce que nous avons dit au commencement de ce mémoire sur l'efficacité du nouveau remède. Nous y reviendrons néanmoins tout-à-l'heure d'une manière plus spéciale , quand nous aurons passé en revue les symptômes éprouvés par les malades , et indiqué leur importance relative par rapport au diagnostic.

Plusieurs des sujets dont nous avons donné l'his- ^toire étaient dans l'aisance ; tous faisaient habituellement usage d'une bonne nourriture , après comme avant l'apparition des premiers symptômes qui tenaient à l'existence du ténia. L'un d'eux rendit les premiers fragmens du ver au moment où il fut fait prisonnier en Espagne, et alors il n'avait quitté la

France que depuis quelques mois. Si dans ce cas la mauvaise nourriture n'a pu avoir d'influence sur les premiers développemens du ténia , on pourrait lui en attribuer une plus ou moins grande sur son développement ultérieur; mais la chose nous paraît bien douteuse , et notre propositian n'en reste pas moins exacte.

L'âge des sujets variait de douze à soixante-quatorze ans. Tous , à l'exception de deux f Obs. ivet ix), étaient d'une bonne constitution et rarement malades avant l'apparition du ténia, faisaient remonter le début de leurs diverses incommodités au moment où ils avaient aperçu les premiers anneaux du ver; leur genre de vie était assez actif, en sorte qu'on ne pouvait attribuer leur maladie ni à la mauvaise qualité des alimens , ni à l'âge , ni à la faiblesse de leur constitution , ni aux maladies antérieures , ni à la vie sédentaire. Un ténia existait, avait donné lieu à des accidens variés ; on ne savait rien au-delà.

La plupart des malades évacuaient des fragmens de ce ver depuis un grand nombre d'années , neuf, dix , douze ans , ou même depuis leur plus tendrfe jeunesse ; trois d'entre eux depuis quinze mois, dit-huit mois, un an ( Obs. viii , m , v ) , et un quatrième depuis trois mois seulement. Ils en rendaient presque tous les jours, quelquefois même dans l'intervalle des selles, et alors ils en trouvaient des anneaux dans leurs vêtemens ou dans feur lit ( Obs.. i, m, vii, VIII , x). Une seule personne (Obs. v) n'avait eu que deux évacuations accompagnées de ténia, et toutes deux provoquées par des purgatifs.

A deux exceptions près , les malades ne faisaient re-

5do du ténia,

monter le début des. accidens qu'à 1 époque à laquelle ils avaient observé les premiers fragmens du ver ; et ces exceptions appartiennent à ceux des sujets dont la maladie était, ou du moins semblait être, la plus récente (Obs. V, ix). Ceci pourrait porter à croire que la plupart des individus n'ont fait remonter les premiers symptômes du ténia à l'époque à laquelle ils en ont vu des anneaux dans leurs selles , que parce qu'ils avaient oublié ce qui avait eu lieu auparavant.

Aucune des personnes soumises au traitement n'était demeurée exempte de quelque dérangement dans ses fonctions ; mais ces dérangemens , très-faibles chez les unes , étaient assez considérables chez les autres pour qu'elles cherchassent avec empressement tous les moyens capables de les en débarrasser. Ces personnes avaient déjà siibi , et sans succès, plusieurs espèces de traitemens.

Les principaux symptômes étaient des coliques, des douleurs de ventre d'un caractère varié , le prurit au pourtour de l'anus et à l'extrémité du nez , un dérangement plus ou moins marqué des digestions et de l'appétit, des douleurs à l'épigastre , rarement la céphalalgie , souvent au contraire des douleurs , dés lassitudes dans les membres ; en sorte que plusieurs malades ne se livraient que bien imparfaitement depuis plusielirs années à leurs occupations , et étaient forcés de les interrompre quelquefois.

Le plus fréquent de ces symptômes était la douleur de ventre. Elle existait chez tous les malades , îflais à des degrés très-différens , tantôt sous forme de colique , tantôt avec un caractère difficile à bien apprécier. Celle dernière espèce de douleui^s avait

son siège dans les flancs, et, comme les coliques, elle était intermittente, revenait à des intervalles plus ou moins rapprochés. Celles-ci étaient plus ou moins générales , et ordinairement très-fréquentes. Néanmoins un des malades (Obs. v) n'eut de coliques qu'à deux reprises, mais violentes, et seulement quelques jours avant de prendre la potion. Ces coliques n'étaient point accompagnées ni suivies de diarrhée. Un seul cas fait exception , et est relatif à une femme qui avait tous les ans , depuis quatre années , une perte considérable, et, avec des coliques, des évacuations alvines nombreuses et liquides.

Après les douleurs de ventre vient , dans l'ordre de la fréquence des symptômes, le prurit au pourtour de l'anus. JNous ne l'avons vu manquer que dans trois GaSj,et,ce qui peut-être causera quelque surprise (Obs. x), chez un malade qui rendait presque journellement des anneaux de ténia, même dans l'intervalle des selles. Ce fait, tout singulier qu'il paraisse, n'a cependant rien de plus extraordinaire que l'insensibilité au chatouillement, qu'on obserye chez un grand nombre de personnes.

Le prurit à l'extrémité du nez était plus rare et a manqué dans les Irois cinquièmes des cas^ une fois seulement dans un de ceux où la démangeaison au pourtour de l'anus n'existait pas ; en sorte que ce cas est le seul dans lequel il n'y ait pas eu de prurit dans l'un ou l'autre point.

h'appétit, généralement augmenté depuis plusieurs lûois chez un des sujets ( Obs. ix ) , n'avait pas subi d'altération sensible chez d'autres ( Obs. iv , v , vu , VIII ) , tandis que chez le reste des malades il était

habituellement déprimé ou sujet à des alternatives d'augmentation et de diminution, quelquefois considérables (Obs. 1,111 ). Il était difficile à satisfaire, obligeait à manger très-fréquemment dans quelques cas ; et ces cas, il faut le remarquer, sont relatifs à des femmes. L'une d'elles ne pouvait se rassasier momentanément avec d'autres mets que la viande.

C'est encore chez les femmes , et uniquement chez elles, qu'on observait d'assez vives douleurs à l'épigastre (Obs. ii, m). On pouvait, dans un des cas, les attribuer à la violence des remèdes qui avaient été employés j ou du moins croire qu'ils y avaient beaucoup contribué f Obs. ii) , puisque ces douleurs avaient persisté après l'expulsion du ver : dans l'autre elles étaient le résultat de sa présence dans le canal intestinal, et ont cessé après son évacuation. Un troisième malade se plaignait d'éprouver de la pesanteur à l'épigastre après le repas ; les autres n'avaient point de sensation pénible dans cette partie.

Un seul eut des vomissemens assez nombreux dans les six mois qui précédèrent l'époque à laquelle il rendit les premiers fragmens de ténia (Obs. v). Après quoi ces vomissemens devinrent plus rares, ne se renouvelèrent que quand le malade mangeait des carottes qu'il aimait beaucoup, et qu'il avait mangées sans inconvénient jusque-là. Ce symptôme disparut, comme nous l'avons dit, après l'expulsion complète du ver.

La céphalalgie était rare. Elle existait depuis six mois chez un individu qui avait des tubercules pulmonaires, et dont la toux avait très-sensiblement augmenté depuis la même époque ; on pouvait par

cette raison la rapporter en grande partie à cet excès de toux ; mais elle semblait dépendre de la présence du ténia chez les deux femmes qui font l'objet des premières observations, et qui se plaignaient de maux de tête depuis deux et quatre années.

Le plus grand nombre des malades éprouvait depuis long-temps des douleurs , des lassitudes , quelquefois des crampes dans les extrémités. Ces douleurs et ces lassitudes étaient parfois assez considérables pour les obliger à suspendre leurs travaux; plusieurs ne s'y livraient qu'avec peine , et cette raison , plus qu'aucune autre, les déterminait à essayer un nouveau remède.

Aux symptômes dont il vient d'être question , s'était joint, dans la plupart des cas, un certain degré 6! amaigrissement. Il n'était considérable dans aucun, et n'avait commencé qu'une ou plusieurs années après l'apparition des premiers fragmens de ténia , si l'on en excepte un cas où il remontait à une époque un peu antérieure ; encore ne s'était-il montré alors que postérieurement aux douleurs de ventre (Obs. ix).

Les femmes ont accusé quelques bourdonnemens d'oreilles. L'une d'elles ( Obs. ii ) se plaignait d'avoir eu quelquefois la vue un peu obscurcie ; mais chez tous les malades la pupille était dans l'état naturel. Ce fait, quoique négatif, n'en est pas moins remarquable ; car s'il n'est pas la preuve que la dilatation de la pupille ne soit jamais un des symptômes qui résultent de la présence du ténia dans les intestins, il indique au moins qu'il n'est pas un des plusfréquens, et que son absence est de bien peu d'importance dans les considérations qui doivent diriger le mé-

decin pour établir k diagnostic de l'afiiection dont il

s agit.

C'était donc chez les femmes qu'on observait la plus grande variété de symptômes. De plus que les hommes, elles avaient la céphalalgie, des bourdonnemens d'oreilles, quelquefois le trouble de la vue, des douleurs à i'épigastre et une altération ordinairement profonde de l'appétit.

Si la prompte disparition des symptômes que nous Tenons d'étudier , après l'expulsion du ténia , montre assez quelle en était l'origine, leur fréquence , aussi bien que leur rareté , nous indiquera ceux dont la réunion peut assurer le diagnostic de la maladie , quand on ne découvre pas de traces de ver au milieu des évacuations alvines. INous venons de voir que tous les malades avaient éprouvé, après, et quelquefois avant la sortie du ténia, des douleurs de ventre , des coliques plus ou moins fortes , quelquefois considérables, répétées à des distances plus ou moins rapprochées ; que ces coliques n'étaient suivies ni accompagnées de dévoiement ; que, dans presque tous les cas, au contraire, elles étaient accompagnées de prurit au pourtour de l'anus ou aux narines : nous pensons par cela même , que quand des douleurs de ventre , des coliques plus ou moins fortes et fréquentes, mais sans diarrhée, se sont reproduites pendant un certain temps , accompagnées de prurit à l'anus ou à l'extrémité du nez , elles indiquent , d'une manière presque certaine, l'existence d'un ver daias le canal intestinal. Ces symptômes ont par leur réunion quelque chose de très-remarquable ; on ne les Temcontre tels que dans les affections vermineuses.

on ne les conçoit bien qu'avec elles, double raison de les croire propres à indiquer leur existence.

D'autres symptômes, tels que l'amaigrissement, les douleurs dans les membres , les lassitudes, l'éloignement pour le travail , doivent être remarqués ; mais ils ne sont pas aussi fréquens que les premiers, ils n'ont, comme tant d'autres phénomènes nerveux dont est chargée la description des maladies vermineuses , rien de spécial , et par conséquent rien qui puisse leur donner une place parmi les symptômes diagnostiques. Qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas de complication , quand l'ensemble des symptômes indiqués a lieu , il doit paraître infiniment probable , comfcne nous l'avons déjà dit , qu'il existe des vers. Mais ces vers seront-ils des ténia? C'est ce que nous ne nous chargeons pas de décider, n'ayant pas recueilli , relativement aux affections vermineuses , de faits autres que ceux dont nous venons de donner l'histoire.

Terminons ce que nous avions à dire par l'exposition du traitement. Tous les malades ont pris, sans préparation préalable et à jeun , la potion de M. Daabôn , à la dose de huit à dix onces , ou à-peuprès. Cette potion , d'une couleur brunâtre , épaisse et trouble , a paru à quelques malades un peu aigre et d'un goût d'écorce d'orange , tandis que les autres ne lui ont trouvé aucune saveur déterminée ; elle n'-'.ii produit ni chaleur ni douleur à l'épigastre ; un seul malade a eu des nausées peu après l'avoir prise ; le petit nombre a senti quelque malaise ou de légères coliques à l'épigastre , et l'un d'eux éprouvait^ av«c ces dernières, uiïe sensatiott de légèreté à la région de l'estomâfé. Lesfeïnrtïes, dpnt les douleurs de veiitre

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avaient été souvent très-fortes, n'en ont ressenti aucune, et les malades qui avaient éprouvé, lors de la première épreuve , de légères coliques , n'en ont point eu à la seconde; ce qui semblerait autorisera les rapporter moins à l'action du médicament qu'au trajet du ténia dans la longueur de l'intestin.

Des évacuations alvines , plus ou moins nombreuses , ont eu lieu trois, quatre et cinq heures, quelquefois plus tôt, quelquefois plus tard, après l'administration du remède , et étaient accompagnées d'un plus ou moins grand nombre d'articulations du ténia de toute grandeur. Un seul des malades a eu sa première selle vingt minutes après avoir pris la potion, mais elle n'avait point amené de fragmens de ver. Dans plusieurs cas où les évacuations se faisaient trop long-temps attendre , on les a provoquées au moyen d'un lavement d'eau simple ou animé par une petite quantité de seL

En même temps que le ténia était expulsé, on re- (^ trouvait sa tête, du moins dans la plupart des cas , ce qui, au rapport des auteurs, est très-rare. Ce fait n'est pas indigne d'être remarqué ; car en supposant que les médecins dont il s'agit aient mis à la recherche en question toute la patience nécessaire , et qu'ils y aient employé les moyens convenables, on pourrait croire que s'ils échouaient si souvent, c'était sans doute parce qu'ils n'expulsaient le ver que très-incomplètement.

A la seconde épreuve les malades n'éprouvèrent , comme nous l'avons déjà dit, aucune douleur de ventre; quatre mois pour les uns, quatre mois et demi pour les autres s'étaient passés depuis qu'ib

avaient pris la potion anthelmintique pour la première fois, et aucun d'eux n'avait rendu le plus léger fragment de ver. Tous les accidens , sans exception , avaient disparu ; les douleurs de ventre , les coliques avaient cessé , le prurit n'existait plus , l'appétit était redevenu régulier, la digestion facile ; la figure était plus animée , les couleurs plus naturelles et plus fraîches , les forces en bon état , les douleurs et les lassitudes dans les membres complètement dissipées ; ceux des sujets qui ne se livraient depuis plusieurs années que très-incomplètement à leurs occupations, pouvaient s'y livrer tout entiers ; l'amaigrissement avait cessé , et le retour complet à la santé s'était fait sentir deux ou trois jours , très-rarement plus tard , après l'expulsion du ver. Les personnes qui avaient fait usage d'autres remèdes, à plusieurs époques, n'avaient jamais éprouvé un soulagement d'aussi longue durée , et dans aucun cas les symptômes n'avaient complètement disparu.

On peut se demander maintenant de quelle manière agit le remède de M. Darbon ; si c'est seulement comme moyen évacuant, ou tout-à-la-fois comme évacuant et comme ayant une action spécifique sur le ver, dont il détruirait les forces , ou dont il causerait la mort. Dans les trois cas où nos malades ont rendu de longues portions de ténia, ce ver ne nous a paru exécuter aucun mouvement quoique nous l'ayons mis dans l'eautiède aussitôt sa sortie; mais M. Darbon assure avoir observé quelquefois ces mouvemens dans^les mêmes circonstances. Cette espèce d'action spécifique écartée , resterait à savoir si la première existe réellement. Si la question n'est pas susceptible d'une solution ri-

goureuse , ii paraîtra du moins très-probable , vu le faible effet purgatif de la potion, qu'elle agit à-ia-fois comme évacuant et comme spécifique , quel que soit d'ailleurs le caractère de ce dernier mode d'action.

En dernière analyse , la potion anthelmintique de M. Dârbon est prise, dans la plupart des cas^ sans répugnance par des personnes d'âge et de sexe différens ; elle ne produit que rarement des coliques , et ces coliques sont à peine comparables à celles que détermine le purgatif le plus doux, l'huile de ricin par exemple. Après un temps plus ou moins considérable , qu'on peut abréger au moyen de laveméns simples, elle provoque des évacuations alvines au milieu desquelles on voit des portions plus ou moius longues de ténia, dont il est presque toujours possible de retrouver la tête. Cet effet a constamment lieu , quelle que soit la variété du ver. A. la suite de ces évacuations , les accidens disparaissent complètem^t au bout de quelques jours; les malades reprennent leurs forces et leur embonpoint. Quand après quatre ou cinq mois on leur administre de nouveau la potion qu'ils avaient prise auparavant, elle lie provoqué qu« la sortie de quelques matières excrémèntîtiélièé', sans le moindre fragment de ver, et ideviéfït'^àiïisî tîite seconde preuve que la guérison aété parfaite. Auëifn des remèdes les plus vantés jusqu^ici eo^fcrè'le 'tëâià n'agit d'une manière aussidoiicé , aiife'^ï coïislàtoMfeiit eJBicace, et c'est ce qui tioiis a fait dire que cëtt«p'ô-^ lion réunissait le double avani âgé de 'là dertitùdë-ët ide la sécurité. ' .• ;i .- aoojto

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