‹ Mémoires, ou, Recherches anatomico-pathologiques surChapitre 4 sur 30 · DE LA MEMBRANE MUQUEUSE DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

DE LA MEMBRANE MUQUEUSE DE L'ESTOMAC

Nous avons souvent rencontré, à l'ouverture des sujets qui avaient succombé à des maladies chroniques, une lésion extrêmement grave de la membrane muqueuse de l'estomac. Cette lésion, qui consiste dans le ramollissement avec amincissement, et quelquefois dans la destruction complète d une partie p)us ou moins étendue de cette membrane , ne nous semble pas avoir été décrite ; elle n'est cependant pas fort rare : on l'observe à un degré plus ou moins marqué sur la douzième partie des sujets environ , soit comme primitive, soit, et dans la plupart des cas, comme complication d'une maladie chronique : quelquefois latente , elle marche le plus souvent accompagnée de symptômes capables de la faire reconnaître, ou tout au moins soupçonner pendant la vie ; et c'est cette dernière raison qui nous engage à communiquer dès à présent les observations que nous avons recueillies à l'hôpital de la Charité , dans le service de M. Chomel.

RAMOLLISSEMENT, eic.

I" Observation.

Ramollîssement , tlestruction de la membrane muqueuse de l'estomac dans son grand cul-de-sac et à sa face postérieure.

Une femme, âgée de cinquante-cinq ans, présentait tous les signes d'une luxation spontanée de l'articulation iléo-fémorale, à l'époque où elle fut admise, l'automne dernier, à l'hôpital de la Charité. Elle avait perdu l'appétit depuis assez long-temps, et l'anorexie était complète depuis un mois, quand elle fut prise de douleurs à l'épigastre , de nausées , de vomissemens de matières vertes et amères. Ces symptômes, et surtout la douleur, augmentèrent rapidement; l'opium de Rousseau, administré à doses successivement croissantes, et porté à quatre-vingts gouttes dans la journée, ne produisit aucun soulagement, et après vingtcinq Jours de souffrances, c'est-à-dire au quatrième mois de son entrée à l'hôpital, la malade mourut, sans avoir présenté de phénomènes cérébraux , sans la moindre altération des facultés intellectuelles.

A l'ouverture du cadavre , nous trouvâmes les poumons rougeâtres, un peu engoués en arrière et en bas , le cœur parfaitement sain , le foie volumineux y d'un rose clah^, facile à déchirer, gras; la vésicule remplie d'une bile poisseuse , abondante et noirâtre ; le pancréas et la rate dans l'état naturel ; l'estomac distendu par des gaz, offrant deux aspects différens,

DE LA MU(VlJEUSE GASTRIQUr. -)

à sa face antérieure et dans le reste de son étendue. Dans la première partie, sa membrane muqueuse avait une couleur blanchâtre , une consistance et une épaisseur convenables : ailleui-s elle était verdâtre, et cette couleur était interrompue par des plaques d'un blanc bleuâtre , traversées par des vaisseaux larges et vides , au-dessus et dans l'intervalle desquels cette membrane ^tait demi-transparente , très-mince , et d'une mollesse comparable à celle d'un mucus un peu visqueux. Outre ces plaques , qui donnaient en quelque sorte aux parties où elles se trouvaient un coup d'oeil pommelé , il y avait le long <ie la petite courbure une bande du même blanc bleuâtre , large d'un pouce, et dont la continuité n'était interrompue , par intervalles , que par quelques lignes verdâtres : la membrane muc[ueuse avait subi à son niveau l'altération indiquée , et était détruite complètement dans plusieurs points. Là où elle était verdâtre , elle avait moins de fermeté que d'ordinaire , et une épaisseur convenable. Le tissu sous-muqueux était sain ; la membrane musculaire wn peu molle peut-être , et plus mince que dans l'état ordinaire , dans la portion malade.

Rien n'était, comme on voit, plus facilç à reconnaître que la lésion que nous cherchons à signaler. La partie de la membrane muqueuse qui en était le Siège , se trouvait transformée en une sorte de mucus glaireux extrêmement mince, demi-transparent, qui laissait voir la couleur de la tunique sous-muqueuse, les vaisseaux qui rampent à sa surface, et donnait aux parties où on l'observait , à raison de cette dëmi-trans-

4 RAMOLLISSEMENT, etC.

pareiice , un aspect blanc bleuâtre, qui était à-pèiiprès le même là où la membrane muqueuse était en-^ tièrement détruite. Au niveau de la partie malade , il y avait une dépression sensible , les vaisseaux étaient larges et vides, et, comme nous le verrons dans la suite , la plupart de ces caractères se trouvent réunis dans tous les cas où la lésion qui nous occupe, existe. Les symptômes répondaient à la gravité du désordre : après avoir perdu plus ou moins complètement l'appétit pendant quatre mois au moins, la malade a des nausées , des vomissemens , des douleurs à l'épigastre ; ces symptômes acquièrent chaque jour plus de violence , les douleurs sont bientôt portées au point de ne pouvoir être calmées d'aucune manière , et après trois semaines de souffrances la malade meurt sans autre lésion que celle indiquée , et l'état graisseux du foie. Or, nous ne croyons pas que cette double lésion puisse faire naître des doutes sur celui des deux organes auxquels on doit attribuer les phénomènes observés; car, quand les faits s'expliquent facilement et naturellement par l'altération d'un viscère , il serait peu convenable de recourir aux sympathies. Nous n'ignorons pas que des médecins , d'ailleurs fort instruits , ont attribué au foie des vomissemens qui avaient tourmenté les malades long -temps avant la mort, ' quand, à l'ouverture du cadavre, ils ont trouvé une lésion plus ou moins grave du foie : mais nous pensons que peut-être ils n'auront été conduits à cette manière de voir, que par une observation incomplète; que l'état du foie aura absorbé toute leur attention , et qu'ils n'en n'auront fait que fort peu à celui de l'estomac. Quoi qu'il en soit, nous croyons que dans le

cas dont il s'agit, on ne saurait reconnaître d'autre source des vomissemens que l'estomac , et les observations suivantes , en nous montrant les mêmes vomissemens dans le cas où le foie était sain , mettront la chose hors de doute.

IP Observation,

Ramollissement, amincissement de la membrane muqueuse, à la face postérieure et dans le grand cul-de-sac de l'estomac , chez une femme atteinte de phthisie pulmonaire.

Une fille, âgée de vingt-trois ans, grande, bien développée , d'une constitution primitivement forte , mais affaiblie depuis quelque temps , fut admise à l'hôpital de la Charité, le 12 mai 1823. Elle était fort jsujette au rhume , crachait quelquefpis du sang , avait des douleurs dans les articulations depuis l'enfance pour ainsi dire, et àl'épigastre depuis quelques années; des aigreurs après le repas, depuis quinze mois , et souvent de la diarrhée. Les douleurs dans les articulations l'avaient empêchée de travailler depuis plus de trois mois, et c'était pour y trouver du soulagement qu'elle était venue à l'hôpital , car alors elle toussait peu, ses douleurs à Fépigastre étaient modérées ; l'appétit , quoique faible , n'avait pas entièrement disparu , ell« n'avait pas de dévoiement, la rpaigreur était peu considérable. ( Infusion de bourrache miellée , bain, un quart de portion. )

Daps les derniers jours de mars et les premiers 4'avril, toux forte, crachats abondans. Le 10, aug-

6 RAMOLLISSEMENT , cEc.

menlation des douleurs à l'épigastre , langue large^ humide , un peu rouge à la pointe ; appétit médiocre , sans soif; digestion assez facile , renvois fréquens, selles rares. ^ Application d'un emplâtre de poix de Bourgogne émétisé à l'épigastre , le reste de la prescription comme le premier jour. )

Du 28 avril au 11 mai, augmentation progressive des douleurs épigastriques ; elles sont lancinantes, accompagnées d'ardeur, de soif intense , d'anorexie, de nausées avant comme après le repas , qui se composait uniquement, depuis quelques jours, de crèmes de riz. Le 1 1 , légère hémoptysie, et à raison de l'aménorrhée qui existait depuis cinq mois, on prescrivit une saignée de pied, qui ne fut suivie que de peu de soulagement. Le 25, hémoptysie nouvelle, nausées, obligation de se découvrir quelquefois l'épigastre pour calmer l'ardeur dont il est le siège. ( Solution de sirop de gomme , potion antispasmodique sans éther , diète absolue. )

Jusqu'au 20 juin, il y eut peu de changement, sinon que, peU; après l'usage de la potion, la douleur et la chaleur à l'épigastre diminuèrent, pour reparaître ensuite, très-vives et sans cause connue. Du 10 au 20 juillet , coliques fréquentes, diarrhée, hémoptysie légère, nausées, chaleurs entremêlées de frissons, crachats pelotonnés, etc. (Solution de sirop de gomme, eau de Seltz. )

Du 26 juillet au 1" septembre , état presque stationnaire, alternative d'augmentation et de diminution des douleurs épigastriques, nausées parfois acccmipagnées de vomissemens , appétit variable d'un jour à l'autre , persistance de la céphalalgie après l'ap-

plication de quelques sangsues à la Vulve. On joignit un quart de grain d'acétate de morphine aux moyens précédens , qu'on avait repris et quittés plusieurs fois; et d'après le degré de son appétit, la malade fut tantôt à la diète absolue, tantôt mangea quelques crèmes de riz , un œuf, ou un peu de volaille.

Le i" septembre (l'acétate de morphine était suspendu depuis quelques jours ) , l'appétit devint meilleur, et le demirquart de portion ne produisait pas de malaise ni d'étouffemens à l'épigastre , qui restait néanmoins toujours très-sensible à la pression. Le 9, sans cause connue, bouche amère, pâteuse, nausées, vomissemens , douleurs vives , chaleur à l'épigastre. Ces symptômes augmentèrent encore les jours suivans ; la malade se découvrait pour calmer l'ardeur qu'elle éprouvait à la région de l'estomac , vomissait journellement une petite quantité de bile , toussait peu, avait beaucoup de coliques et de diarrhée, se dégoûtait de tout, ne prenait pas deux jours de suite ia même tisane. ( Emulsion avec le sirop de coing, potion gommeuse avec un quart de grain d'acétate de morphine. )

Le 3 octobre, augmentation de la diarrhée. (Lavemens avec dix gouttes de laudanum. ) Depuis ce moment jusqu'à la mort, qui arriva le 3i du même mois, il y eut des douleurs à l'épigastre et des vomissemens de bile presque journaliers , mais peu abondans : la soif de vint plus vive, et les boissons froides, qui avaient été repoussées jusqu'alors, furent recherchées avec empressement parla malade, qui finit par boire à la glace , puis par n'oser satisfaire sa soif, même avec de l'eau sucrée ou pure , dans la crainte des vomisse-

s IIAMOLLISSEMEJXT. etC.

mens. L'anorexie ne fut pas coostantë , la diarrhée et les coliques devinrent chaque jour plus fortes , il y eut des lipothymies incomplètes , et la malade mourut dans le dernier degré de marasme , pour ainsi dire en pleine connaissance , n'ayant eu que quelques mo-r mens de délire dans les deux dernières nuits.

U ouverture du cadavre fut faite vin gt-qualre heures après la mort. On trouva une cuillerée de sérosité dans les ventricules latéraux du cerveau , la trachée-artère et le larynx sains; des excavations tuberculeuses peu considérables au sommet des poumons, le cœur dans l'état naturel; le foie volumineux, gras, friable et un peu mou; les reins et le pancréas sains; l'œsophage tapissé intérieurement par une sorte de fausse membrane pultacée. L'estomac avait un volume un peu an-dessus de celui qui lui est naturel , et offrait trois aspects différens : à sa face antérieure, la membrane muqueuse était d'un rose clair, et un peu mamelonnée ; elle était blanche et d'une bonne consistance dans le voisinage du pylore , tandis que dans le reste de son étendue elle était d'un blanc bleuâtre, très-mince, très-molle, n'avait que la consistance d'un mucus glaireux, offrait une dépression très-sensible à sa réunion avec les parties saines ou mamelonnées ; dans quelques points même , cette espèce de mucus glaireux paraissait manquer entièrement. Il y avait de nombreux et larges ulcères dans l'iiilestin grêle; le cœcum en offrait quelques-uns; la membrane muqueuse du colon était pâle et ramollie dans toute sou éfcjulue.

Quoique nous n'ayons pas indiqué l'état des vaisseaux placés au-dessous de la membrane muqueuse de l'estomac , l'identité de la lésion observée dans ce cas et dans celui qui précède, n'en est pas moins évidente. Dans l'un et dans l'autre , même mollesse , même amincissement, même transparence , même décoloration de la muqueuse, qui manque entièrement dans quelques points. Et par rapport aux symptômes, l'analogie n'est pas moins grande ; car chez les deux sujets les nausées , les vomissemens , les violentes douleurs à l'épigastre , avaient été précédées, pendant un temps considérable, de dérangement dans les digestions , et ces accidens ont persisté avec plus ou moins de violence jusqu'à la mort; seulement, la marche de la maladie a été plus rapide dans le premier cas, plus lente dans le second : tels symptômes qui se sont développés simultanément chez l'une des malades , ont paru successivement chez l'autre ; là , ils ont été continus ; ici , ils ont offert des rémittences assez marquées; en sorte qu'on aurait pu croire, à une certaine époque de la maladie, que les fonctions digestives se rétablissaient , que l'estomac ne se trouvait pas en tfès-mauvatsétat. D'ailleurs, cette observation offre un intérêt particulier, à raison de la longueur du séjour de la malade à l'hôpital , de la facilité que nous avons eue de suivre sa maladie dans tout son cours , de noter ses momens de repos et d'exaspération, les alternatives de dégoût et d'appétit, les caprices de l'estomac qui, dans les derniers temps, ne pouvait supporter les mêmes boissons deux jours de «uite , et son extrême susceptibilité , que nous n'avons jamai,'? icncontrce au mOme poini:. Malgré de? dou-

ÏO RAMOLLlSSliMENT , etc.

leurs souvent très-vives et un malaise presque continuel , la malade conservait une partie de la gaîté qui; lui était naturelle , et ses forces n'étaient pas tellement abattues qu'elle ne se promenât encore un peu dans les salles de l'hôpital, quelques jours ayant sa mort.

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IIP Observation.

Ramollissement , amincissement de la membrane muqueuse de l'eslomac dans son extrémité diaphnrgmatique , chez un phlhisique.

Un espagnol, âgé de quarante ans, d'une constitution forte , avait eu , depuis dix ans , plusieurs maladies vénériennes qui semblaient avoir été bien traitées. Comme il avait néanmoins des ulcères aux jambes, qui récidivaient continuellement, on lui fit, au mois d'avril dernier, un nouveau traitement mercuriel , qu'on interrompit au quarantième jour, par suite d'un sentiment de constriction très-pénible à la partie inférieure de la poitrine. Les ulcères n'étaient pas encore entièrement cicatrisés quand le malade fut admis à l'hôpital de la Charité , le 22 septembre 1 823. Alors il nous aj)prit qu'il toussait et crachait sans interruption depuis quatre ans , que ses digestions étaient pénibles, et son appétit très-sensiblement diminué depuis cinq; qu'il avait commencé à maigrir à la même époque ; qu'il était tourmenté depuis cinq semaines par une diarrhée abondante ; que les selles étaient quelquefois sanguinolentes, et la soif très-vive depuis quinze jours.

DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. 1 l

Le 23 octobre, il était dans l'état suivant : sentiment de faiblesse très-marqué, ni céphalalgie, ni douleurs dans les membres ; langue large , humide , villeuse, peu colorée, appétit très-faible, bouche pâteuse , soif vive ; selles liquides , nombreuses, quelquefois sanguinolentes , accompagnées de coliques sourdes; pouls accéléré , frissons fréquens, crachats verdâtres et épais. (Décoction de riz avec le sirop de coing , infusion de lichen , potion gommeuse ; un gros de diascordium , deux fois; deux crèmes de riz, deux laits de poule. )

Le 1 " octobre et les jours suivans, nausées dès que le malade prend du bouillon ou des laits de poule ; le 8 , douleurs vives par tout le ventre et surtout à l'épigastre ; c'était , suivant le malade , dans ce dernier point qu'était tout son mal ; il n'y avait point de chaleur locale. Le 20, la diarrhée et l'anorexie restant les mômes, la douleur épigastrique était accoiupagnée de chaleur qu'un peu de crème de riz augmentait encore ; la langue était naturelle au pourtour, villeuse au centre ; le malade ne trouvait un peu de calme qu'en gardant une diète absolue : le pouls était petit et faible , à quatre-vingt-seize pulsations ; la toux peu fréquente , la perte des forces considérable. ( Décoction de riz avec le sirop de coing, diascordium avec un demigrain d'opium , deux fois ; trois crèmes de riz. )

Du 24 au 26, nausées fréquentes, douleurs, sentiment continuel d'embarras à l'épigastre. Le 28, les crachats étaient un peu souillés de sang. Les 29 et 5o, retour des nausées , défaillance incomplète et de longue durée, persistance de la douleur à l'épigastre.

A compter du 1" jusqu'au G novembre, jour do la

1 2 RAMOLLISSEMENT , CtC.

mort, i'afFaissement fit des progrès continuels, et l'on s'attendait, d'un moment à l'autre, à voir finir le malade : on ajouta à la prescription précédente une potion tonique , avec dix gouttes de laudanum , et une tasse de vin.

L'autopsie fat faite vingt- quatre heures après la mort Le cadavre ayant été injecté pour les dissections, le cerveau ne fut pas ouvert. On trouva la trachée-artère, et surtout les bronches, d'un rouge très-foncé , leurs grosses divisions élargies , leurs anneaux cartilagineux épaissis ; les poumons d'un rouge brun, parsemés d'un grand nombre de granulations tuberculeuses grisâtres , sans excavations : le cœur sain, le foie ecchymose à son bord postérieur, d'une consistance médiocre ; la rate triplée de volume , dure et friable, grasse au toucher : les reins, le pan.créas, la vessie, l'œsophage dans l'état naturel : l'es-r tornac , d'un petit volume , offrant dans son grand cul-de-sac des marbrures d'un rouge brun , dans l'intervalle desquelles la membrane muqueuse était blanche, ramollie et amincie. A sa face antérieure, immédiatement au-dessous du cardia, et dans la hauteur de trois pouces, il avait une couleur blanc bleuâtre , résultat de l'amincissement de sa membrane muqueuse, réduite, en cet endroit, à l'épaisseur de celle du colon , et à la consistance d'un mucus peu visqueux, demi-transparent. Les tuniques cellulaire et musculaire correspondantes n'offraient rien (de remarquable. La membrane muqueuse de l'in^testin grêle et du colon était ramollie ; elle offrait de larges et nombreuses ulcérations dans ce dernier.

Encore la même lésion que dans les précédentes observations , aussi ne nous y arrêterons-nous pas. Nous remarquerons seulement qu'elle occupait la plus grande partie de la face antérieure de l'estomac , qu'elle y était plus prononcée que dans le grand culde-sac j et que cette circonstance repousse l'idéeque l'on pourrait avoir d'attribuer aux liquides qui séjournent dans la grosse extrémité de l'estomac une influence considérable sur la production de la maladie que nous étudions. D'ailleurs, sa marche a été* la même que dans les deux premiers cas ; les digestions avaient été dérangées pendant long-temps , le malade avait maigri quand il commença à éprouver des nausées, des douleurs àl'épigastre, etc.

IV^ Observation.

Amincissement et ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac dans ses trois quarts supérieurs , chez une femme atteinte de phtlûsie pulmonaire.

Une domestique , âgée de trente-deux ans , d'un caractère vif et gai, dont la constitution avait été très-forte, vint à l'hôpital de la Charité, le 6 mai 1823. Elle était malade depuis treize mois, et avait perdu dans les trois années antérieures , sans en connaître la cause , une partie de son embonpoint et de son appétit. Dans le premier mois de sa maladie, nausées fréquentes , vomissement de presque tous les alimens, anorexie, soif, douleurs à l'épigastre, cha-

î4 ïlÀMOmSSEMENT, ClC,

leur brûlante. Ces symptômes, à l'exception des vomissemens , continuèrent plus ou moins fort , jusqu'au cinquième mois à partir du début , sans obliger la malade à quitter ses occupations. A cette époque , on la conduisit à la campagne , où elle recouvra un peu d'appétit; mais à peine de retour à Paris, elle fut obligée d'entrer dans un hôpital ; elle y conserva encore pendant deux mois quelqu'appétit , après quoi les phénomènes gastriques se prononcèrent avec intensité, l'anorexie fut complète, les nausées et les vomissemens devinrent fréquens ; la chaleur et la soif, qui n'avaient jamais quitté , furent considérables , et la malade ne put prendre que des boissons très-froides. La toux , qui avait commencé un mois a^res le début des vomissemens, avait continué sans interruption , accompagnée de crachats plus ou moins abondans , et quelquefois d'hémoptysie.

Le 7 mai, l'émaciation était considérable , la figure sans autre expression que celle qui dépend de la maigreur; point de céphalalgie , et il n'y en avait pas eu depuis le début : la langue était dans l'état naturel, la soif extrême, au point que la malade buvait de huit à neuf pintes de tisane dans les vingt-quatre heures , la bouche amère , l'anorexie complète : la toux excitait les nausées , quelquefois il y avait des vomissemens; l'épigastre était tendu, douloureux, surtout à la pression; la diarrhée, qui existait depuis six mois , considérable; le pouls médiocrement accéléré ^ les crachats puriformes, la pectoriloquie évidente, la faiblesse extrême. (Tisane de riz avec le sirop de gomme , potion gommeuse , trois demi- «rêmes de riz, un lait de poule.)

bÉ LÀ MUQUEUSE GASTRIQUE. l5

Les mêmes symptômes cantinuèrent en prenant ^lus d'intensité. Le 17, les douleurs épigastriques étaient accompagnées d'une chaleur locale très-intense; la malade disait que sa maladie n'avait Jamais été ailleurs qu'à l'épigastre. (Décoction blanche, décoction de riz avec le sirop de gomme , potion gommeuse avec un grain d'opium.)

Pas de changement notable les jours suivans ; l'anorexie , les nausées et les vomissemens furent à-peu prèsles mêmes , et la langue, dont la couleur avait quelquefois varié , était dans l'état natureL Dans la journée du 27, la malade annonça ne plus éprouver de douleurs , fut une grande partie du temps à son séant , chantait à très-haute voix pour exprimer son bonheur ; le soir, elle se disait toujours très-bien , mais le défaut de force l'empêchait de témoigner sa joie d'une manière aussi bruyante , et à minuit elle expira.

Uautopsie cadavérique ayant été faite le surlendemain^on trouva le cerveau, la trachée-artère etlelarynx en bon état , le cœur un peu mou , l'œsophage dans l'état naturel, l'estomac très-distendu , contenant un liquide couleur de café au lait ; sa membrane muqueuse d'un blanc pâle, extrêmement mince jusqu'à trois pouces du pylore , d'une mollesse difïluente , comme glaireuse, et vergetée d'un grand nombre de lignes brunes qui existaient dans toute l'étendue de la lésion; le duodénum un peu rouge, une foule de petits ulcères, dont quelques-uns tuberculeux, dans l'intestin grêle et dans le colon; la membrane muqueuse de ce dernier un peu ramollie.

)6 RAMOLLISSEMENT, etC;

Ici , la lésion de la membrane muqueuse dé l'estomac ne frappait pas au premier aspect, et faute d'an examen attentif, on aurait pu facilement la méconnaître. La couleur blanc bleuâtre n'existait pas , ce qui tenait à un défaut de transparence, que personne, sans doute ^ ne regardera comme une circonstance assez grave pour admettre une différence réelle dans deux états , d'ailleurs si exactement les mêmes. INous verrons, dans quelques-unes des observations suivantes, des différences de couleur encore pins considérables, sans qu'il soit possible d'en conclure une diflerence réelle dans la nature de la maladie observée. Sans donc insister davantage sur ce point, nous remarquerons que la lésion avait une étendue considérable , occupait les trois-quarts supérieurs de l'estomac; que les symptômes qu'on peut lui attribuer ont la plus grande ressemblance avec ceux qui ont été observés jusqu'ici ; que sa marche a été lente et véritablement rémittente. Nous croyons, en effet, devoir faire remonter son début à l'époque où , après avoir maigri et perdu un peu de son appétit pendant plusieurs années, la malade fut prise de nausées, de vomissemens, etc. Et, par rapport au retour de l'appétit , lors du séjour de la malade à la campagne , nous n'y voyons qu'une amélioration passagère, effet le plus ordinaire du repos, du régime, du changement d'habitude et de lieu; en sorte qu'il y aura eu dans ce cas une rémittence de trois à quatre mois, comme nous l'avons vu pour beaucoup moins de temps, il est vrai, chez la malade qui fait le sujet de l'observation précédente; et ceci est d'autant plus probable, que pendant cette époque

la chaleur et la soif ont continué d'une manière incommode. Ce qu'il convient encore de signaler ici, c'est le peu d'affaiblissement auquel l'affection avait donné lieu dans sa première période , puisque la malade n'en continuait pas moins alors des occupalions assez pénibles , ce que les faits suivans nous permettront encore de remarquer.

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y* Obseuvation.

Amincissement , ramollissement , décoloration de la membrane ma- 'i queuse de l'estomac , à gauche du cardia , dans une surface de cinq pouces , chez une femme atteinte de phthisie pulmonaire.

Une couturière, âgée de quarante-deux ans,, d'une constitution médiocrement forte , ayant depuis plusieurs années des digestions assez pénibles, éprouvait clepuis quinze mois tous les symptômes de la phthi iie pulmonaire, quand elle fut admise à l'hôpital de la Charité, le 3 juin iSaj. Elle avaiî maigri, vomissait presque tout ce qu'elle prenait , était sans appéfif, avait des frissons et des sueurs presque continuels depuis quatre mois. Depuis trois seulement, elle était tourmentée par des douleurs, des picotemens à l'épigastre et une diarrhée abondante , éprouvait, par intervalles, desétouffemens qui l'obligeaient à se mettre à son séant : ses crach ils n'étaient épais que depuis quelques semaines, elle n'avait pas discontinué ses occupations.

Le 9 juin, humeur douce et gaie, teint un peu jaunâtre, maigreur médiocre , un peu de céphalalgie, fatigues dans les membres, anorexie presque coai-

|8 RAMOLLISSEMENT, étc.

plète , digestion lente, épigastre très- sensible à la pression, langue naturelle, soif médiocre. La malade ne pouvait supporter que les boissons froides ; les selles étaient rares depuis quelques jours , le pouls calme, les crachats mousseux, verdâtres, quelquesuns épais , la pectoriloquie évidente. ( Infusion de polygala avec le sirop de gomme , potion gommeuse , julep , trois crèmes de riz, trois bouillons.)

Les jours suivans , l'appétit revint un peu , mais fut très-variable; la soif augmenta, les selles devinrent liquides et fréquentes; les autres symptômes ne changèrent pas sensiblement.

Du 18 au 20 , nausées presque continuelles, anorexie complète, augmentation de la diarrhée. (Décoction blanche , diascordium , potion gommeuse avec le sirop diacode, deux crèmes de riz.)

Du 20 au 34, les nausées cessèrent, l'appétit revint , et à compter de ce dernier jour jusqu'au 20 juillet, la malade fut au quart de portion, n'éprouvant après le repas qu'un peu de pesanteur à l'épigastre , sans nausées.

Le 20 juillet , elle eut tout-à-coup de l'étoufTement, et des vomissemens bilieux , sentit une douleur vive à la partie moyenne de la colonne dorsale, et ces accidens , accompagnés d'anxiété et de toux ( celle-ci exaspérait la douleur à l'épigastre) , prirent successivement plus d'intensité. Le 2 1 , tout le côté droit de la poitrine était douloureux et très-sonore , on n'y entendait pas la respiration, la figure était altérée, le pouls et la respiration très-précipités, la langue naturelle. L'anxiété alla toujours croissant , et la malade mourut le 23 à midi, après les plus cruelles an-

DE lA MUQUEUSE GASTRIQUE. I9

goisses , interrompues par un assoupissement de peu de durée.

L'autopsie fut faite vingt heures apr;ès la mortt Le cadavre offrait le deuxième degré de marasme i la substance corticale du cerveau était un peu rosée, le tissu sous-arachnoïdien infiltré ; la trachée-artère et le larynx dans l'état naturel ; le poumon droit déprimé par des gaz qui , avec une petite quantité de sérosité trouble, remplissaient, en grandepartie, la cavité correspondante de la poitrine. Il y avait à son bord postérieur une petite excavation tuberculeuse ouverte dans la cavité des plèvres , et on en trouvait d'autres encore au sommet des deux poumons. Le cœur était sainj le foie volumineux , plus rouge que de coutume ; il occupait l'épigastre et recouvrait l'estomac. L'œsophage était dans l'état normal, l'estomac un peu rétréci , tapissé de mucus épais ; il offrait antérieure-^ ment , près du cardia, une plaque blanche et bleuâtre de quatre à cinq pouces de surface , sur laquelle se trouvait une lame très-mince d'une sorte de mucus qui se continuait avec la membrane muqueuse environnante ; celle-ci était rosée, manifestement épais, sie , bourgeonnée à droite , rouge , mince , ramollie à gauche dans une certaine étendue, et augmentait successivement d'épaisseur et de consistance , à mesure qu'on s'éloignait de la plaque blanche. Ailleurs, elle était d'un rose tendre. Près du pylore, on voyait des bandes d'un pouce de long sur deux ou trois lignes de large , un peu rugueuses et d'un rouge vif, avec amincissement de la membrane muqueuse. Le duodénum était sain ; la muqueuse dç

ao RAMOLLISSEMENT, etC.

l'intestin grêle un peu rouge , d'une épaisseur et d'une consistance naturelles : celle du colon était rouge , ramollie , et offrait quelques petites ulcérations. Les autres viscères de l'abdomen étaient dans l'état naturel.

Le pneumothorax, qui a causé la mort et arrêté la maladie dans son cours , donne à cette observation un intérêt particulier , en nous permettant de vérifier nos premières remarques el d'en faire de nouvelles. iNous retrouvons en effet ici, comme précédemment, la membrane muqueuse ramollie, amincie et décolorée dans une certaine étendue , et l'estomac offrant , dans ce point , un coup d'œil blanc bleuâtre; mais à droite de cette lésion, cette membrane a une couleur rose, est manifestement épaissie , d'une bonne consistance , tandis qu'à gauche , tout en ayant à-peu-près la môme mollesse et la môme ténuité qu'au niveau de la plaque blanche, elle est d'un rouge vif. Croirons -nous que ces trois lésions d'une même membrane, continues les unes aux autres, soient dénature différente; que l'une soit la suite d'une inflammation chronique, l'autre d'une inflammation aiguë, et que la troisième, celle qui consiste dans l'amincissement avec ramollissement et décoloration de la membrane muqueuse, dépende d'une autre cause? ou bien, penserons-nous que ces lésions d'apparence si différente, sont le résultat d'une même maladie , aux diverses époques de son existence? Quoi qu'il en soit de la solution de ces questions , nous observerons que l'appétit , qui avait près* qu'entièrement disparu à l'époque des vomissemens,

DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. âl

était encore très-faible lors de l'entrée de la malade à l'hôpital ; qu'il reparut quelques jours après , quoiqu'à un faible degré ; que pendant trois semaines cette malade mangea le quart de portion, sans en éprouver d'autres inconvéniens qu'un peu de pesanteur à l'épigastre aprèsle repas; qu'à cette époque, la mort arriva presque subitement par suite d'un pneumothorax; qu'à raison de la rapidité des accidens, il n'est pas présumable que la lésion observée ait été produite à compter de l'époque à laquelle la malade cessa de manger ; que dès-lors il faut admettre que le quart de portion était très-passablement digéré, par un estomac^ dont la structure était profondément altérée. D'où nous concluons que le rétablissement incomplet des fonctions digestives, même pendant un espace de temps considérable , ne doit pas donner beaucoup de sécurité au médecin , quand ces fonctions ont été dérangées long -temps, et que les symptômes indiqués ont eu lieu. Ce fait confirme encore ce que nous avons dit au sujet de la rémission observée chez la femme qui est l'objet de la quatrième observation.

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VP Observation,

Ramollissement et amincissement de la membrane muqueuse de l'estomac dans la plus grande partie de son étendue , chez une femme atteinte d'un cancer de l'utérus.

' Une femme âgée de soixante ans , vive, intelligente, et ordinairement bien portante , éprouvait depuis six mois tous les symptômes qui accompagnent le cancer

22 RAMOLLISSEMENT, CtC.

de l'utérus , quand elle vint à l'hôpital de la Charité le 29 juin i8i22. Elle avait maigri et perdu la meilleure partie de son appétit depuis cinq mois ; la langue était un peu rouge à la pointe, le ventre indolent, à l'épigastre excepté ; les selles rares , l'écoulement par la vulve médiocrement abondant, le pouls calme : il y avait un peu de toux depuis quelques jours. (Tisane d'orge avec le sirop de gomme et le jus de citron , infusion de coquelicot édulcorée , injection narcotique, bain, demi-quart de portion.)

A l'exception d'une petite perte en rouge qui fit suspendre les bains , l'état de la malade fut à-peu-près le même les jours suivans. Le 8 juillet , bouffées de chaleur à la face, augmentation de la soif, et deux jours après , frissons suivis de chaleur et de sueur , douleurs , étouflemens à l'épigastre. Le 22 , mêmes symptômes accompagnés de selles nombreuses et de quelques épreintes. Le 27, céphalalgie, nausées, vomissemens, alternatives de chaleur et de froid. Le 28 , langue un peu rouge à la pointe, anorexie complète , pouls à peine accéléré , faiblesse extrême , douleurs vives à l'épigastre; dans la journée il y eut douze vomissemens de matière bilieuse , et un grand nombre de déjections alvines de même nature. (Décoction blanche avec le sirop de gomme , julep, cinq bouillons. )

Du 29 au 3o , même état, et en outre, sentiment de chaleur très-prononcé à l'épigastre. ( Solution de sirop tartareux, lavemens de lin et de pavot avec dix gouttes de laudanum , bis; un lait de poule. )

Le 1*' août la faiblesse était extrême , la malade comme anéantie , les facultés intellectuelles dans un

parfait état d'intégrité ; les vomissemens et la diarrhée continuaient; le pouls était régulier, à peine accéléré. Le 3 , légère diminution dans la violence des symptômes. Ils persistent les cinq jours suivans; mais le 8 , la pression abdominale ne produisait plus de douleurs , et le 1 1 , après deux jours d'un affaiblissement toujours croissant, c'est-à-dire , un mois après le début des douleurs à l'épigastre et des frissons , la malade expira , pour ainsi dire sans agonie et sans délire.

A l'examen du cadavre ^ qui eut lieu seize heures après la mort , on trouva le cerveau sain , deux cuillerées de sérosité à la base du crâne , le cœur et les poumons dans l'état naturel ; le foie un peu volumineux et gras , les reins et la rate en bon état ; l'estomac rétréci et généralement un peu rose à sa face interne. Sa membrane muqueuse avait une consistance et une épaisseur à-peu-près naturelles près du cardia, dans une certaine étendue , et partout ailleurs la ténuité de celle du colon , et la consistance du mucus ou à peu de chose près. La membrane muqueuse de l'intestin grêle était un peu rouge dans le voisinage du cœcum ; celle du colon était pâle et très-ramollie dans toute sa longueur. Le col de l'utérus avait deux pouces et demi de diamètre , et était formé d'une espèce de détritus filamenteux dont les mailles contenaient une matière blanche pulpeuse , opaque, comme crémeuse.

C'est encore après avoir maigri et perdu plus ou moins complètement l'appétit pendant cinq mois , que la malade éprouva des nausées , des vomisse-»

24 RAMOLLISSEMENT, CtC,

mens , des douleurs à l'épigastre, en un mot, tous les symptômes observés jusqu'ici ; seulement ils marchèrent avec plus de violence que dans la plupart des autres cas, et rapprochent plus particulièrement cette observation de la première , dont elle ne diffère sensiblement que par l'aspect de la membrane muqueuse. Dans ces deux cas, il est vrai, on la trouve plus ou moins 'amollie et amincie; mais elle est pale et décolorée dans le premier, tandis qu'elle est d'un rose tendre dans le second. Nous verrons plus tard que cette différence de couleur ne doit pas empêcher de reconnaître l'identité de la lésion qui nous occupe ', en sorte que nous pouvons, dès à présent, considérer les deux observations dont il s'agit, comme parfaitement semblables , sous le double rapport des symptômes et de la nature de l'altération de l'estomac.

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YIP Observation,

Ramollissement et amincissement de la membrane muqueu-e de l'estomac , près du pylore et du cardia, chez un sujet atteint de pleul'ésie et de phlliisie.

Un imprimeur, âgé de vingt-cinq ans, d'une constitution assez forte, ayant les épaules large-, et les membres bien développés , fut pris de douleurs au côté gauche de la poitrine, avec les autres symptômes d'une pleurésie aiguë, le 28 octobre 162a. Il avait fait, huit jours avan^: le début de cette affection, des «excès de vin et d'eau-de-vie, répétés trois jours de

DE lA MUQUEUSE GASTRIQUE. 25

suite : ces excès avaient été suivis et accompagnés de dégoût , d'anorexie , de malaise ; des nausées s'y étaient jointes peu après le développement des premiers symptômes de la pleurésie , accompagnées de pesanteur et d'étouffement à l'épigastre.

Le malade fut admis à l'hôpital de la Charité le 4 novembre ; le surlendemain il était dans l'état suivant. Céphalalgie sus-orbitaire , sentiment de faiblesse , langue blanchâtre , bouche pâteuse et amère , nausées en buvant, désir des boissons tièdes, oppression à l'épigastre , constipation , chaleur élevée ; pouls à quatre-vingt-quatre pulsations par minute ; douleur vive à la région précordiale et au rebord des fausses côtes corrcispondantes, percussion matte dans tout le côté gauche de la poitrine , égophonie en arrière , quelques crachats veMâtres et liquides. ( Soixante sangsues sur le côté gauche de la poitrine, saignée de dix onces le soir, tisane d'orge avec le sirop de gomme, potion gommeuse , diète absolue. )

Les sangsues enlevèrent presque subitement la douleurs, et la saignée ne fut suivie que de beaucoup de faiblesse : le lendemain , il y eut quelques frissons dans la journée. Le 8, on appliqua un vésicatoire de cinq pouces sur le côté malade. Jusqu'au l'j , peu de changement ; le malade se plaignit de temps à autre de douleur à l'épigastre , eut des renvois nombreux et dés X. ons tous les jours. Le 17, nausées fréquentes, diarrhée. Le 1". décembre, langue nette, soif peu considérable , appétit commençant , pouls à soixantedouze , respiration à vingt-deux par minute , assez facile , bien que les résultats de la percussion et de l'auscultation fussent à-peu-près les mêmes que le pre-

S6 RAMOLLISSEMENT, etC.

mier Jour. (Tisane de chiendent avec le sirop de gomme, potion gommeiise, deux demi-crêmes de riz et trois bouillons.) L'appétit se soutint les jours suivans, et on ordonna, outre les crèmes de riz, un œuf frais avec un peu de pain.

Du 1 5 au 23 , anorexie , renvois fréquens sans douleur à l'épigastre , toux rare, pouls peu accéléré; le sujet ne se plaignit que d'une grande faiblesse, et eut pour tout aliment trois demi-erêmes de riz dans la journée. Le sS , la langue était assez nette, et l'appétit reparaissait. Le 4 janvier, après avoir rêvé qu'il vomissait du sang , le malade se réveilla avec de vives douleurs à l'épigastre , des nausées et des vomissemens ; et ces symptômes continuèrent sans interruption, avec plus ou moins de violence jusqu'au 1 3. Pendant ces neuf jours, la langue fut large et humide, un peu blanchâtre au centre, la soif vive ; il n'y eut pas de douleurs dans les membres , la faiblesse fut extrême. Les nausées continuèrent jusqu'à la mort, qui arriva le iQj, et les douleurs à l'épigastre jusqu'au i§;les crachâtes devinrent plus visqueux, la respiration plus accélérée. On avait continué , depuis le mois de décembre , la tisane de chiendent miellée et la potion gommeuse.

Lon de l'autopsie cadavérique^ qui fut faite trente-six heures après la mort, on trouva le tissu sous-arachnoïdien très-infiltré , le cerveau un peu injecté , ses ventricules latéraux dans l'état naturel : le poumon droit presque complètement hépatisé dans toute son étendue, le gauche flasque et privé d'air, parsemé, comme le droit, d'une foule de granulations miliaires, en-

DE lA MUQUEUSE GASTRIQUE. I^

touvé d'une fausse membrane dédoublée en partie , et contenant dans sa duplicatiire une demi-pinte de sérosité bien claire : six onces du même liquide dans le péricarde : la membrane muqueuse de l'œsopbage i-ecouverte d'une fausse membrane pultacée , dans toute son étendue. Près du cardia et du pylore, dans une hauteur de deux pouces et demi, et dans tout le pourtour de l'estomac , sa membrane muqueuse était grisâtre 5 très- molle et très-rnince, en sorte qu'il y avait une différence de niveau aussi sensible à l'œil qu'au toucher, entre ces parties et celles qui les environnaient. Entre ces deux portions amincies et ramollies, la membrane muqueuse était d'un rouge asjsezvif , inégale, mamelonée, ferme, épaissie, couverte d'un mucus très-visqueux. La rate était trèsmolle , les autres viscères sains.

Jia teinte grisâtre de la partie de la membrane muqueuse ramollie et amincie , sa dépression qui était si sensible , l'absence de mucus à sa surface , tandis qu'il était si abondant ailleurs, tout rendait la lésion si évidente , qu'elle n'aurait pas échappé à la plus médiocre attention. Son siège autour du cardia et près du pylore où nous ne l'avions pas encore observée , mérite d'être remarqué. Une autre circonstance >encore digne de quelque attention , c'est l'aspect inégal, mameloné , de la muqueuse , dans les parties intermédiaires à la lésion , parce que cet aspect semble , comme nous le verrons plus tard , un des résultats de l'inflammation , que la cause apparente de la maladie a été l'une de celles auxquelles on attribue le plus

38 RAMOLLISSEMENT, etC.

communément la gastrite , et que ce double fait peut être de quelque valeur pour apprécier la nature de la lésion dont il s'agit.

Jusqu'ici nous n'avons observé la destruction complète de la membrane muqueuse de l'estomac que dans une petite étendue ; l'observation suivante nous la montrera dans les trois-quarts de la surface de ce viscère , sans que les symptômes aient été proportionnés à un si énorme désordre.

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YIIP Observation.

Pestruction de la membrane muqueuse de l'estomac dans les troi»quarts de son étendue.

Une femme de chambre , âgée de quarante ans environ , fut reçue à l'hôpital de la Charité , le 5 octobre 1823, et y mourut le surlendemain , sans avoir pu rendre compte de son état. Nous apprîmes , des personnes avec lesquelles elle demeurait , qu'elle avait toujours été très-sobre , qu'elle maigrissait, que son appétit avait diminué , qu'elle ne pouvait supporter que les alimens d'une digestion facile , et en petite quantité, depuis neuf mois ; que depuis un an elle se plaignait d'une sensation pénible à l'épigastre et qu'elle comparait à une barre ; que cette sensation était devenue un peu moins incommode depuis un mois, sans que l'appétit en fût meilleur; que cette femme avait eu quelquefois des nausées sans vomissement, de la constipation , et depuis un mois un peu de toux ; qu'elle n'avait pas discontinué ses occupa-

DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. • Zg

tions , et ne s'était mise au lit que la veille de son entrée à l'hôpital.

L'ouverture du cadavre fut faite trente-six heures après la mort. La maigreur était fort médiocre , le cœur sain et d'un bon volume ; le poumon gauche contenait quelques granulations tuberculeuses à son sommet ; le foie et la rate étaient sains, l'estomac un peu plus volumineux que dans l'état naturel. A l'intérieur, il avait une couleur d'un blanc bleuâtre, présentait un grand nombre de vaisseaux larges et vides dans les trois-quarts de son étendue, et sa membrane muqueuse était entièrement détruite dans cette partie. Là où elle existait, c'est-à-dire à la face antérieure de l'estomac , dans la largeur de trois pouces , et près du pylore dans tout son pourtour, elle s'amincissait sur ses bords. Le tissu sous-muqueux, qui répondait à la portion de membrane muqueuse détruite, avait une épaisseur et une consistance convenables, et dans le même point , la tunique musculaire était mince et peut-être plus molle que d'ordinaire ; les intestins étaient distendus par de's gaz , leur membrane muqueuse dans l'état naturel.

Soit qu'on ait égard à l'état anatomique des parties , soit que l'on considère les symptômes observés, rien n'est assurément plus digne d'intérêt que cette observation. On conçoit à peine qu'une destruction beaucoup moins étendue de la membrane muqueuse de l'estomac soit compatible avec la vie, et l'on ne peut que s'étonner de l'extrême bénignité des symp-

3o RAMOLLISSEMENT, CtC.

tomes. Sans doute an médecin attentif appelé près de la malade , dans les derniers jours de la vie , aurait pu, en considérant la longue durée de la diminution de l'appétit, les nausées , etc. , soupçonner une gastrite chronique , qui n'aurait pas encore porté une atteinte irrémédiable aux tissus de l'estomac : mais comment imaginer un désordre aussi étendu et aussi profond chez une femme qui n'avait pas été alitée, qui n'avait maigri que très-médiocrement , qui n'avait pas cessé , un seul jour , de travailler depuis neuf mois î Cependant, malgré la faiblesse des symptômes, le siège du mal était indiqué par la douleur qui existait depuis un an à l'épigastre, l'anorexie et les nausées. Une douleur obtuse , mais fixe , à l'épigastre, pendant un espace de temps considérable, jointe aune perte incomplète d'appétit, à des nausées, doit donc exciter de graves inquiétudes dans l'esprit du médecin , et lui inspirer beaucoup de réserve dans le pronostic. Toutefois , ces symptômes ne différaient guères que par leur bénignité de ceux que nous avons observés jusqu'ici , et l'on peut croire que cette bénignité était due , en partie du moins , à la vie douce et régulière de la malade, à l'absence de toute espèce d'excès , pour lesquels elle avait toujours eu de l'éloignement, peut-être aussi à l'état de simplicité de l'affection.

Les deux observations suivantes , en ojffrant des exemples de ramollissement avec amincissement de la membrane muqueuse de l'œsophage et de l'estomac, nous montrent une lésion analogue dans les tissus correspondans.

DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. 3l

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IX° Observation.

Ramollissement, amincissement de la membrane muqueuse de l'estomac et de l'œsophage , avec altération correspondante des tissus sous-jacens, chez un phthisique.

Un horloger, âgé de dix-neuf ans et demi, d'une constitution délicate , ayant les cheveux roux , la peau blanche , une sensibilité très-vive et un caractère décidé , vint à l'hôpital de la Charité le 2g octobre i8a3. Il toussait et crachait depuis quatre moisj avait eu tous les jours, pendant le mois de septembre et vers le soir, des frissons qui n'avaient pas reparu ensuite ; l'appétit avait été bon , la digestion facile jusqu'à la mi-octobre, à moins que le malade ne dépassât une demi-livre de pain , auquel cas il avait de la pesanteur à l'épigastre : depuis, l'anorexie était complète , il avait des nausées ordinairement provoquées par la toux , et une céphalalgie assez forte. La veille de son entrée à l'hôpital, la faiblesse était devenue si considérable qu'il s'était laissé tomber au miheu de la rue.

Le 3o octobre au matin , céphalalgie intense , intégrité des facultés intellectuelles , mémoire sûre , expression de la physionomie naturelle , langue large , humide, nette, soif vive, anorexie complète, épigastre indolent : pouls accéléré, petit et faible ; pectoriloquie évidente au sommet du poumon gauche, crachats verdâtres, selles peu nombreuses et liquides. (Décoction de riz avec le sirop de gomme, potioa gommeuse , trois crèmes de riz , œuf.)

32 RAMOLLISSEMENT 5 etC.

Le 2 novembre, abattement, réponses tardives, et seulement par oui et par non: il y avait eu un peu de délire pendant la nuit.

Le 3 au matin , le délire avait cessé, mais on pouvait à peine arracher une réponse au malade qui, à force de sollicitations, finissait par accuser une douleur obtuse à la tête ; il ne pouvait s'aider en rien , tant la faiblevSse était grande , et il fut toute la journée dans un assoupissement profond. Le lendemain, les membres étaient contractés spasmodiquement , les pupilles dilatées, la perle de connaissance complète, la figure égarée , la respir;ition plaintive : on prescrivit des sangsues aux oreilles , etc. , et le soir à huit heures le malade mourut.

L'examen du cadavre fut fait trente-six heures après la mort. On trouva tout l'hémisphère gauche du cerveau et celui du cervelet beaucoup moins consistans que ceux du côté droit , la voûte à trois piliers ramollie et comme pultacée en certains points , la membrane séreuse du ventricule gauche épaissie , deux cuillerées de sérosité dans ce ventricule, et un peu moins dans celui du côté opposé ; la trachéearîère rouge ; quelques excavations tuberculeuses dans le poumon gauche; le cœur un peuvolumineux;îepancréas , le foie, la rate et les reins dans l'état naturel ; la membrane muqueuse de l'œs phage extrêmement mince et ramoUie inférieurement , où elle offrait des bandes verticales bleuâtres ou brunâtres, séparées par des espaces très-étroits dans lesquels elle conservait la couleur, la consistance et l'épaisseur qui lui sont naturelles. Les parois de l'œsophage qui cor-

respondaient à la lésion étaient très-minces et faciles à déchirer. L'estomac contenait une petite quantité de liquide , et dans tout le pourtour de sa moitié supérieure, la petite courbure exceptée, sa membrane muqueuse élait pâle, excessivement mince et ramollie, comme glaireuse, grisâtre dans quelques points , demi-transparente , de manière à donner à cette partie un coup d'œil bleuâtre. Les tissus sous- Jacens étaient ramollis et se laissaient déchirer beaucoup plus facilement que dans l'état naturel. Le reste de la membrane était un peu inégal et mamelonné.

Sans nous appesantir sur la propagation du ramollissement de la membrane muqueuse de l'œsophage à ses autres tissus, nous remarquerons que ce ramollissement est le plus latent de ceux que nous avons observés jusqu'ici; que c'est le seul cas où les douleurs à l'épigastre aient manqué; que rien n'a été négligé pour s'assurer de l'existence de ce symptôme, et que son absence est d'autant plus remarquable , que le sujet avait une sensibilité très- développée. Peut-être voudra-t-on expliquer le fait, en disant qu'à l'époque de son entrée à l'hôpital , le malade était sous l'influence d'un ramollissement commençant du cerveau, et qu'alors ses sensations devaient être obtuses; mais l'intégrité de l'intelligence, et en particulier de la mémoire , repousse cette explication , en sorte qu'il faut se borner à l'observation du fait, sans chercher à l'expliquer davantage ^p'on n'explique un ramollissement latent du cerveau, 6u une péripneumonie du même caractère.

34 RAMOLLISSEMENT, ctC.

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X* Observation.

Ramollissement et destruction de la membrane muqueuse de l'œsophage et de l'estomac , dans une certaine étendue , avec ramollissement des tissus subjacens.

Un tisserand, âgé de dix-sept ans , bien développe , d'une constitution assez forte , d'un tempérament lymphatique et sanguin , était malade depuis trois mois, quand il fut admis à l'hôpital de la Charité, le i4 avril 1823. Sa maladie avait débuté par un frisson et un tremblement violens , des nausées, un peu de soif, et une légère diminution d'appétit, auxquels s'était jointe, quelques jours après, de la douleur à l'épigastre. Les frissons, mêlés de chaleur, étaient revenus journellement plusieurs fois , jusqu'à l'époque à laquelle le malade se mit au lit, c'est-àdire, six jours avant d'entrer à l'hôpital. . L'appétit avait diminué successivement , les nausées avaient été plus fréquentes après qu'avant le repas, et les douleurs à-peu-près les mêmes dans l'état de vacuité ou de plénitude de l'estomac. Depuis quinze jours , le malade avait cessé de travailler , l'anorexie était complète , et aux symptômes précédens s'étaient ajoutées une soif très-vive , une céphalalgie intense , des douleurs dans les membres et une faiblesse considérable ; les selles avaient toujours été rares , et la chaleur assez forte pendant la nuit.

Le i5 avril, céphalalgie intense, physionomie naturelle, intégrité des sens et des facultés inteliec-

tuelles ; langue blanchâtre et pointillée de rouge ; bouche pâteuse et amère, haleine fétide, soif médiocre, anorexie complète , pulsation incommode, douleur obtuse à l'épigastre, et néanmoins le malade , qui avait toujours mangé plus ou moins , n'éprouvait que peu d'étouffement après le repas. La toux, qui avait précédé de deux semaines le début des symptômes gastriques , était assez rare , les crachats peu abondans , la respiration très-médiocrement accélérée , le pouls calme ( soixante pulsations par minute) , les formes bien conservées, la couleur de la peau naturelle , l'amaigrissement très-peu considérable. L'état général du malade semblait si rassurant , que nous pensions que quelques jours de repos, la diète et les boissons délayantes, suffiraient pour le rétablir complètement. On prescrivit une solution d'oxymel simple , un lavement émollient , deux crèmes de riz et cinq bouillons.

Le i6j vomissemens de matières amères.

Le 17, langue sale, nausées, sentiment de faiblesse considérable , augmentation de la céphalalgie. On ajouta aux moyens précédens deux grains d'émétique dans une pinte d'eau.

Les vomissemens furent nombreux, et le lendemain il n'y avait plus de nausées ; l'appétit avait reparu, quoiqu'à un faible degré , la bouche était mauvaise , et la faiblesse comme la veille ; le pouls battait soixante-huit fois par minute , la chaleur était douce , et la figure naturelle.

Le 19, pouls large et plein, délire dans la soirée. Le 20, paralysie complète du côté droit, mouveniens spasmodiques du côté gauche , perte de connaissance,

36 RAMOLLISSEMENT, etC.

(Saignée de seize onces , trente sangsues aux oreilles, sinapismes aux membres inférieurs, glace sur la tête, lavement purgatif. )

Le 21 , augmentation des mouvemens spasmodiques, paralysie à droite comme la veille , mort le soir à quatre heures.

L'autopsie fut faite quarante heures après la mort. On trouva une cuillerée de sérosité dans le ventricule gauche du cerveau, deux dans celui du côté dfoit, et autant à la base du crâne ; beaucoup de granulations tuberculeuses dans les poumons et sous les plèvres : le cœur sain. Dans l'œsophage, immédiatement au-dessus du cardia , la membrane muqueuse était détruite dans une surface circulaire d'un pouce de diamètre , et les membranes cellulaire , musculaire et péritonéale si ramollies, dansle même point, qu'une faible traction suffit pour le transformer en un trou de même étendue. Immédiatement au-dessous, dans l'estomac qui était fort rétréci, et à droite du cardia , il y avait un trou pareil à celui que nous avions fait nous-môme aux parois de l'œsophage, et qui, à raison du défaut d'épanchement dans la cavité de l'abdomen , ne pouvait être attribué qu'à quelques-uns des tiraillemens exercés en enlevant l'estomac, dont les parois étaient ramollies et en partie détruites, dans ce point. Dans le reste de son étendue, la membrane muqueuse mince et molle , jusqu'à trois pouces du pylore, offrait plusieurs marbrures d'un blanc bleuâtre, de deux à trois lignes de large , sur un pareil nombre de pouces de longueur : elle était transformée, à leur niveau, en une sorte de mucus glaireux, demi-trans-

parent, dune mollesse extrême, et manquait dans plusieurs endroits. Il y avait quelques ulcérations dans l'intestin grêle et dans le gros intestin , dont la membrane muqueuse était ramollie et roussâtre dans certains points. Le reste des viscères de l'abdomen ne présentait rien de remarquable.

Quoique la maladie ait débuté d'une manière brusque et que sa marche n'ait pas été très-chronique, on trouve néanmoins beaucoup d'analogie entre cette observation et l'avant-dernière, sous le rapport de la bénignité des symptômes et de la difficulté du diagnostic. Nous avons déjà dit dans quelle erreur nous étions relativement à la nature de la maladie , et il nous serait difficile, aujourd'hui même, de nous en garantir, iant on est peu porlé-à soupçonner une affection grave de l'estomac chez un sujet dont les digestions n'ont été que faiblement dérangées depuis quelque temps , qui a conservé la meilleure partie de ses forces et de son embonpoint, chez lequel les organes circulatoires paraissent dans un état convenable , et dont la respiration n'est que médiocrement gênée. A part leur faiblesse , les symptômes ne présentaient rien de remarquable ; mais nous observerons que le dernier de nos malades et celui-ci, sont les seuls qui soient évidemment morts par le cerveau, et chez lesquels la lésion qui nous occupe ait pénétré profondément. INous ne tirons de ce fait aucune conséquence ; nous dirons seulement que dans plusieurs cas de perforation de l'estomac , la mort paraît avoir lieu de la même manière : c'est ainsi que nous avons

38 RAMOLLISSEMENT, CtC.

rencontré , il y a peu de temps , une perforation presque complète de ce viscère, chez un sujet dont on n'avait ouvert que le cerveau, sans doute parce qu'on croyait y trouver la cause de la mort.

Le ramollissement avec amincissement de la membrane muqueuse de l'estomac , sa destruction , le ramollissement des tissus sous-jacens , chez le même sujet , indiquent sans doute I? marche de la nature dans la plupart des cas de la perforation de l'estomac : c'est d'abord la membrane muqueuse qui est ramollie et amincie , puis enfin détruite, après quoi les mêmes lésions atteignent successivement ou simultanénient les tissus placés au-dessous. La clescription de l'estomac trouvé sur le cadavre dont nous avons déjà parlé, rendra la chose encore plus évidente.

Ce cadavre était celui d'un homme de quarante ans ; le cœur et les poumons étaient dans l'état naturel, l'estomac d'un volume ordinaire , sa membrane muqueuse d'une couleur grisâtre et verdâtre , ex* cepté dans le grand cul-de-sac, où elle était un peu rouge ; partout, excepté dans cette dernière partie, elle était inégale, comme bourgeonnée. A gauche du cardia , dans un espace circulaire d'un pouce et demi de diamètre, les membranes de l'estomac , à l'exception du péritoine, étaient détruites. Le pourtour de cette perforation incomplète était mince, doux au toucher, noirâtre, et l'espèce de poche fermée par la tunique péritonéale contenait une certaine quantité d'un mucus brunâtre : les nerfs pneumogastriques flottaient dans cette cavité. Près d'elle, la membrane muqueuse était détruite dans un espace circulaire de vingt lignes de diamètre , tandis que les tissus sous-

DE là Muqueuse gastrique. Sq

jacens étaient sains. Outre ces lésions principales, on voyait encore dans le grand cul-de-sac des espèces de bandes blanchâtres et bleuâtres , semblables à celles que nous avons déjà décrites, s'avançant jusqu'à la face antérieure de l'estomac : la membrane muqueuse qui leur correspondait dans le grand culde-sac, était extrêmement molle et mince ; elle prenait une certaine consistance en s'éîoignant de ce premier point , sans recouvrer son épaisseur.

On voit, comme nous l'avons dit tout-à-l'heure , que les divers degrés de la lésion de la membrane muqueuse, sont encore mieux marqués ici que danS le cas précédent. Il y a, dans un cercle d'un pouce et demi de diamètre , destruction dé la membrane muqueuse et des tissus sous-jacens ; à côté , destruction de la membrane muqueuse seulement ; plus loin ramollissement et amincissement de cette membrane, et encore au-delà, amincissement marqué et ramollissement commençant. Or, si ce dernier point était, comme tout porte à le croire, le plus récemment affecté , il semblerait que dans certains cas l'amincissement commence , et que le ramollissetnent ne vient qu'à sa suite. Celte hypothèse semblerait en quelque sorte confirmée par l'observation suivante ^ dans laquelle nous voyons la membrane muqueuse plus amincie que ramollie.

4o RAMOLLISSEMENT, etC.

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XP Observation,

Piamollissement et amincissement commençant de la membrane muqueuse du grand cul-de-sac de l'estomac.

Une marchande de fruits, âgée de cinquante-trois ans , très-corpulente , fut admise à l'hôpital de la Charité, le 19 octobre 1820. Elle avait depuis seize ans une toux sèche habituelle, la respiration courte et des maux de tête très-fréquens, vivait dans la misère et accusait huit jours de maladie. Dans les deux semaines qui avaient précédé, l'appétit était devenu très-faible , et l'afTection avait débuté , à la suite d'un refroidissement subit, par des douleurs à l'épigastre et dans le reste du corps , douleurs qui avaient continué les jours suivans , accompagnées de chaleur, d'anorexie , de soif et de maux de tête violens.

Le 1 o octobre , figure chaude et animée , céphalalgie intense, douleurs contusives dans les membres; langue humide, roussâtre et villeuse au centre, soif vive , épigastre douloureux , selles rares , urine rouge et quelquefois difficile ; pouls irrégulier, sans largeur ni dureté (quatre-vingts pulsations par minute), cha^ leur un peu élevée ; respiration accélérée , toux fréquente, crachats muqueux , râle sec et sonore dans toute l'étendue de la poitrine. (Saignée de huit onces, limonade végétale, lavement de lin, bis. )

Même état le lendemain. Le 1 2 , langue blanchâtre, bouche comme empoisonnée , douleur à l'épigastre, Dausées. On prescrivit deux grains d'émétique avec

une demi-once de sulfate de soude , dans une pinte d'eau, l'infusion de violette oxymellée, une potion gommeuse et la diète absolue.

Les évacuations ayant suivi de près la première tasse de la mixture saline, la malade n'en prit que deux, et eut huit vomissemens et autant de selles. Le lendemain, augmentation peu considérable de la douleur épigasLrique , soif vive , pouls à peine accéléré , chaleur douce et halitueuse. ( Tisane de chiendent oxymellée, potion gommeuse, lavement de pariétaire , cinq bouillons. )

Les douleurs épigastriqaes diminuèrent un peu les jours suivans , et les lavemens ne pouvant surmonter la constipation, on administra à la malade de l'huile de ricin à deux reprises différentes. Après la seconde, la langue se nettoya , l'appétit revint , quoiqu'à un faible degré , la malade mangea un peu de vermicelle avec plaisir, sans augmentation de ses douleurs d'estomac, le pouls tomba à soixante-huit.

Le 26 , douleur vive à l'épigastre , encore augmentée le lendemain au moment où la malade prenait un bain ; bientôt survinrent des vomissemens de bile, sans sotilagement des douleurs , qui s'exaspéraient dès que la malade buvait. Le 28, outre les symptômes précédens ^ y eut beaucoup de malaise et d'anxiété, les mouveraens étaient libres, l'intelligence parfaite , le pouls battait quatre-vingts fois par minute; on répéta la mixture saline du i3. Elle fut suivie de vomissemens nombreux, sans évacuations alvines , et les douleurs à l'épigastre parurent un peu augmentées.

Le lendemain , on prescrivit une nouvelle dose

42 RAMOLLISSEMENT, etc.

d'huile de ricin, la solution d'oxymel simple, celle de sirop de gomme et une potion gommeuse. Le pouls était serré , à cent quatre; il y eut trois selles dans la journée et quelques vomissemens de bile pendant la nuit.

Le 3o , le pouls redescendit à quatre-vingt-dix; la chaleur restait assez considérable , et le lendemain on fit appliquer douze sangsues à l'épigastre, qui n'eurent d'autre effet que de diminuer un peu la céphalalgie. Les douleurs épigastriques continuèrent , et si vives que la malade craignait de boire de peur de les augmenter.

Du 4 au 2 5 novembre , elle prit des bains tous les jours , ou tous les deux jours , selon l'état des forces ; les vomissemens suspendus les six premiers jours , reparurent ensuite ; les douleurs épigastriques dimiriuaîent momentanément dans le bain ; la langue était quelquefois sèche , plus ordinairement humide et blanchâtre , la soif vive , l'anorexie incomplète ; la malade prenait du vermicelle avec plaisir , se plaignait peu , parlait peu , était rarement assoupie ; le soir , la chaleur était forte.

Le 25 , continuation des vomissemens , dégoût profond; toutes les boissons étaient également insupportables, et la malade disait sentir tout son mal à la région épigastrique. On ajouta aux moyens précédens l'eau de Seltz.

Pendant les six premiers jours de son administration , il n'y eut que des nausées sans vomissement, les douleurs étaient soulagées dès qu'elle arrivait dans l'estomac ; mais ce terme passé , les vomissemens de bile reparurent, continuèrent jusqu'à la mort, à quatre

OU cinq jours près, et les douleurs à l'épigastre furent moins vives. Un vésicatoire placé sur cette région ne produisit aucune amélioration , les forces diminuèrent , la soif fut toujours considérable. Le 2â, il y avait une résolution presque complète des membres, la sensibilité était obtuse; la malade, dont la vessie était remplie d'urine et formait une tumeur considérable au-dessus du pubis , ne sentait pas le besoin d'uriner, et ces symptômes augmentant chaque jour, la mort arriva le 26 au soir.

L'autopsie fut faite trente-six heures après la mortj — Le tissu cellulaire graisseux avait de cinq à six lignes d'épaisseur aux parois de l'abdomen. On trouva deux petites cuillerées de sérosité dans la cavité de l'arachnoïde , à sa partie supérieure ; un peu plus d'une cuillerée à soupe dans chacun des ventricules latéraux; le cœur mou et sain ; les poumons crépitans, affaissés, sans traces de tubercules; les bronches un peu roses; le foie d'un volume ordinaire, fauve, piqué de rouge, facile à déchirer, gras; la vésicule biliaire distendue par un liquide épais, trouble, brunâtre, contenant deux petits calculs, présentant, à son extrémité libre une espèce de chevelu brunâtre, d'un pouce de long, adhérant à la membrane muqueuse non sensiblement altérée dans ce point. L'estomac était un peu plus volumineux que dans l'état sain, oflrait à l'intérieur deux aspects diiférens, dans le grand cul-de-sac et dans le reste de son étendue. Dans la première partie, sa membrane muqueuse était ramollie , demi-transparente , d'im jaune clgir, avait moitié moins d'épaisseur que la membrane avec la-

44 RAMOLtTSSEMENT , CtC.

quelle elle se continuait immédiatement, et quelquefois beaucoup moins; dans la seconde , elle était plus ou moins grisâtre , inégale, mamelonnée, offrait huit à dix ulcérations superficielles, sans ramollissement de la partie qui enfaisaitle fond. La membrane muqueuse de l'intestin grêle était pâle , présentait aussi quelques légères ulcérations dans sa seconde moitié ; le colon était extrêmement distendu par des matières fécales pultacées ou dures, sa muqueuse très-ramollie et légèrement ulcérée dans quelques points.

La médiocrité de la lésion comparée à l'intensité des symptômes, pourrait porter à croire qu'ils sont dus en partie aux ulcérations imparfaites de la muqueuse ; mais outre que nous avons observé bien des fois ce genre de lésioii^sansacciden s remarquables (i) , il nous semble que la disproportion entre la cause et l'effet est beaucoup moins grande ici que dans le huitième cas, où il ne peut y avoir de doute sur l'altération à laquelle il faut rapporter les symptômes. Ajoutons qu'il doit paraître moins surprenant de voir une lésion légère , en apparence , donner lieu à des accidens graves, qu'une altération profonde donner à peine quelques signes de son existence , comme cela est arrivé dans l'observation qui vient d'être rap-

(i) Nous avons observé, depuis la publication de ce mémoire, un cas dans lequel les symptômes gastriques ont été à-la-fois nombreux et énergiques , bien que la membrane muqueuse de l'estomac offrît , pour toute lésion , de petites ulcérations ; mais celles-ci étaient trèsnombreuses. Vaye::. nos Recherches sur la PhthisiCi pag. 3i5,

pelée. D'ailleurs, on ne saurait douter que lepanchement de sérosité dans les ventricules du cerveau n'ait hâté la mort du sujet.

L'observation suivante sera un nouvel exemple de la disproportion qui existe quelquefois, entre la gravité des lésions et celle des symptômes.

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XIP Observation.

Ramollissement , amincissement de là membrane muqueuse de l'estomac chez une femme atteinte de cancer de l'utérus.

Une blanchisseuse, âgé de trente- deux ans, grasse et habituellement bien portante, éprouvait depuis quatre mois les symptômes d'un cancer de l'utérus, pour lequel elle fut admise à l'hôpital de la Charité, le 5 septembre i823i. Elle avait beaucoup maigri depuis trois semaines, sans cesser néanmoins de manger avec appétit , et à-peu-près autant qu'en bonne santé; ses digestions n'avaient pas été sensiblement dérangées.

A la visite du 6 , la figure avait la pâleur qu'elle présente communément après les grandes pertes de sang , bien que la malade n'en eût perdu que fort peu ; il y avait du malaise , quelques élancemens dans les membres inférieurs , et de légères douleurs à i'hypogastre, par la pression : la matière de l'écoulement était plus ou moins sanguinolente et fétide ; la langue humide et un peu rouge à la pointe, l'appétit bon, la digestion assez facile, i'épigastre indolent , les selles régulières ; la respiration et la cir-

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culation dans l'état naturel ; la faiblesse médiocre. (Infusion de coquelicot, injection narcotique, julep, un quart de portion. )

Du 26 septembre au 8 octobre, les douleurs dans les cuisses augmentèrent et ne permirent plus le sommeil, les pertes de sang furent plus abondantes, il y avait quelquefois des lipothymies incomplètes ; la malade perdit l'appétit , éprouva une sensation pénible , un embarras continuel à l'épigastre ; le pouls devint petit , faible , accéléré ; il n'y eut ni toux ni céphalalgie , la faiblesse fut chaque jour plus considérable. (Décoction d'orge avec le sirop de gomme , julep , cinq bouillons. )

Le 18, l'insomnie continuant, on ajouta au julep un demi-grain d'opium le soir. Du 20 au 26, il y eut des nausées auxquelles on opposa une infusion de fleurs de tilleul et de l'eau de Seltz , qui fut vomie ; labouche fut pâteuse, la langue un peu rouge orange, l'anorexie complète ; il y eut un peu de diarrhée. Les deux jours suivans, le nombre des selles augmenta, la soupe n'excitait pas de nausées.

Jusqu'au 7 novembre , jour de la mort , la faiblesse et la diarrhée firent de continuels progrès , l'anorexie fut complète , accompagnée de dégoût , et après une agonie de vingt-quatre heures, la malade expira.

^ l'ouverture du cadavre j, qui fut faite vingt-trois heures après la mort , on trouva les membres inférieurs infiltrés , une cuillerée de sérosité dans les Ventricules latéraux du cerveau ; le larynx et la trachée-artère parfaitement sains ; les poumons parse- Biés d'un grand nombre de granulations tubercii-^

leuses à leur sommet, où il y avait une petite cavité vide : la base du poumon gauche, dans la hauteur de deux pouces, convertie en un tissu rougeâtre, grenu , hépatisé , extrêmement friable : le foie , la rate , le pancréas et les reins en bon état ; le col de l'utérus en partie détruit ; le corps de la dernière vertèbre lombaire, au-devant de laquelle s'étaient développés de larges tumeurs cancéreuses, transformé , en grande partie, en une matière blanche , molle et opaque; l'œsophage sain : l'estomac un peu distendu par un fluide rougeâtre et par des gaz, toute sa surface intérieure pâle et offrant quelques vergetures d'un rose très-tendre dans le grand cul-de-sac ; sa membrane muqueuse , amincie , ramollie , d'une consistance glaireuse dans sa moitié supérieure , manquant même entièrement dans quelques points , offrant dans le re^te de son étendue huit à dix ulcérations superficielles, sans altération de couleur et de consistance à leur niveau : la muqueuse de l'intestin grêle et du colon ramollie et épaissie dans toute son étendue , un peu rougeâtre dans le cœcum et dans le colon descendant.

Malgré le peu d'intensité des symptômes , nous retrouvons encore dans ce cas l'anorexie et les nausées ; mais la douleur à l'épigastre n'est qu'un embarras continuel dans cette partie , les symptômes observés n'ont paru qu'un mois avant la mort, sans être précédés de dérangement dans les digestions, la maladie est presque latente. On peut, jusqu'à un certain point , d'ailleurs , se rendre compte de cette obscurité

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des symptômes , par le peu de sensibilité de la malade et le défaut de réaction , que l'absence de toux et de douleur à l'utérus prouvent suffisamment.

Les réflexions que nous avons faites jusqu'ici nous dispenseront de beaucoup de détails dans l'exposition générale des faits, que nous allons commencer par la description de la membrane muqueuse de l'estomac.

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