‹ Mémoires, ou, Recherches anatomico-pathologiques surChapitre 5 sur 30 · RÉSUMÉ GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ GÉNÉRAL

Etat de la membrane muqueuse de l'estomac. — Les dimensions de l'estomac étaient variables; rétréci chez plusieurs sujets (Observations m, v, vi et x); il était volumineux chez d'autres ( Observations i , II, IV, viiï, XI et XII ) , et avait rarement la capacité qui lui paraît naturelle.

A l'extérieur, il n'offrait rien de remarquable ; à l'intérieur ; il présentait , dans une partie variable de sa surface , une couleur d'un blanc pâle, ordinairement bleuâtre, continue, ou disposée par bandes longues et étroites, ou môme par plaques plus ou moins rapprochées , irrégulièrement arrondies (Observations I , II, III, IX et X ). Ce coup d'œil bleuâtre frappait au premier abord , et les parties qui en étaient le siège se faisaient encore remarquer par une différerice de niveau avec les parties environnantes, aussi sensible au toucher qu'à la vue ( Observations i, VII, etc.) Mais, tandis que dans le cas d'ulcération de la membrane muqueuse, les bords de l'ulcère sont coupés net et perpendiculairement, on n'observait ici qu'un aflaissement très-marqué au point de contact de la portion de la membrane qui

offrait l'aspect en question , et de celle qui l'environnail. Dans les points correspondans à la lésion, la membrane muqueuse était pâle , d'une ténuité et d'une mollesse extrêmes, transformée en une espèce de mucus glaireux, demi-transparent, de l'épaisseur de la membrane muqueuse du colon, quelquefois moins; en sorte que si l'on n'y eîit apporté la plus grande attention, on aurait pu croire, dans beaucoup de cas , la muqueuse gastrique entièrement détruite, et la tunique cellulaire tout-à-fait à nu. Quelquefois, à la vérité , cette destruction existait dans une petite étendue { Obs. i, ii et x) , plus rarement dans un espace considérable ( Obs. viii ). Les vaisseaux qui rampent à la surface du tissu sousmuqueux étaient très - apparens , larges et vides. Quand il y avait des mucosités dans l'estomac, on n'en rencontrait ni dans la partie où la membrane muqueuse avait été détruite , ni là où elle avait subi la transformation indiquée.

Au lieu de la teinte blanchâtre et bleuâtre dont nous venons de parler, la membrane muqueuse l'amollie et amincie était quelquefois d'un blanc pâle et opaque (Obs. m), rose (Obs. vi ) ^ ou même grise (Obs. viii) ; quelquefois encore la couleur blanchâtre oa bleuâtre se trouvait mêlée de taches rougeâtres ou noirâtres (Obs. ix) , ce qui semblait indiquer que la couleur n'était pas un des caractères essentiels de la lésion (i).

(i) La couleur de la membrane muqUeuse de l'estomac est si variable , que nous ne croyons pas qu'on puisse y attacher beaucoup de valeur, quand elle n'est pas accompaguéc de queiquautre modificatiott.

5t) RAMOLLISSEMENT, etc.

Quand cette lésion se présentait sous forme de bandes larges et étroites , elle était presque également répartie sur toute la surface de l'estomac ; quand, au contraire , elle était continue à elle-même , elle occupait la grosse extrémité du ventricule , était rarement bornée au grand cuî-de-sac ( Obs. v et xi ) , et existait quelquefois en même temps près du pylore et du cardia (Obs. vu).

Il n'en est pas de même de l'épaisseur et de la fermeté de cette membrane ; elles varient peu , croissent ou décroissent dans les différentes légions de l'estomac , suivant des lois à-peu-près fixes ; de manière que quand elles s'éloignent beaucoup de leur état naturel , on peut affiimer qu'il y a lésion dans le point où la différence existe. Cette assertion ressortira tout naturellement des résultats obtenus de l'examen de trente-deux estomacs pris sur des sujets morts de différentes maladies , et dont la membrane muqueuse n'offrait pa: généralement d'altération bien sensible.

Sur vingt-neuf d'entre eux , la fermeté de cette membrane allait en décroissant de la petite à la giandc courbure; elle était moindre encoi'c dans le grand cul-de-sac. Quand , après en avoir soulevé un petit morceau avec le scalpel, on la saisissait ensuite avec l'extrémité des doigts pour l'enlever, on obtenait , le long de la petite courbure, des lambeaux d'un à deux pouces et plus de longuem- , d'un demi-pouce à deux tiers de pouce ou un pouce , sur la grande courbure , et d'une à trois ou quatre lignes environ , dans le grand cul-dersac. I^a fermeté était généralement moindre , mais décroissait de la manière indiquée', quand la membrane muqueuse était mamelonnée à sa surface. Doù il résulte , qu'on peut considérer son décroissemement de fermeté de la petite à la grande courbure et au grand cul-de-sac de l'estomac , comme une loi , et que , quand oh ne pourra former sur la grande et sur la petite coxirbure des lambeaux de la manière indiquée , mais seulement en soulevant par degrés la muqueuse avec le scalpel , on devra conclure qu'il y a lésion de cette membrane *, à plus forte raison quand sa consistance ne sera pas supérieure à celle d'un mucus visqueux.

L'uniformité d'épaisseur ne nous a pas semblé moins générale. Sur vingt-huit des estomacs dont il s'agit, nous l'avons vu décroître delà grande à la petite courbure, inoindre encore dans le grand cul-de-sac;

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A deux exceptions près ( Obs. ix et x ) , le tissu sous- muqueux était sain et d'une fermeté convenable ; nous l'avons cru plus dense que d'ordinaire dans certains cas, mais la différence ne nous a pas semblé assez évidente , pour rien affirmer de positif à cet égard. La membrane musculaire était ramollie

et ce l'apport n'a manqué que dans les cas où il y avait ramollissement partiel, ou bien encore, quand la membrane muqueuse offrait dans une certaine étendue l'aspect mamelonné que nous décrirons bientôt. Quelqueibis au milieu d'une région de l'estomac , dont la muqueuse avait généralement une épaisseur convenable et uniforme , nous avons trouvé des poiQts amincis sans ramollissement manifeste, comme formés par des impressions digitales , et d'après ce qui a été dit à la suite de la X^ observation , nous devons considérer ces amincissemens partiels comme une lésion. —Nous avons estimé, en millimètres, l'épaisseur de la muqueuse , et sur dix-sept estomacs dans lesquels nous trouvâmes cette membrane unie et peu ou point colorée , elle était de trois quarts de millimètre à un millimètre , le long de la grande coui'bure : d'un tiers à trois quarts de millimètre le long de la petite ; d'un quart à trois cinquièmes seulement dans le grand cul-de-sac ; elle était un peu plus considérable dans cinq cas où la membrane muqueuse était mamelonnée. Nous l'avons trouvée d'un millimètre et demi au moins, le long de la grande com'bure, chez un sujet dont l'estomac, très-distendu , présentait à l'intérieur cet aspect mamelonné d'une manière très-tranchée. Or , si une grande différence dans la consistance ou dans l'épaisseur qui pai'aissent naturelles à, la muqueuse gastrique, indique une lésion , cette lésion sera bien plus incontestable encore, quand la différence portera sur ces deux attributs à-la-fois. D'où il suit qu'un des objets les plusimportans à noter dans les autopsies, est le degré d'épaisseur ou de consistance absolu et relatif de la membrane muqueuse de l'estomac. — Nous ajouterons à tout ceci, que l'épaisseur de cette membrane est quelquefois beaucoup moindi:e que nous ne l'avons indiqué, quoique d'ailleurs elle paraisse saine; ainsi nous l'avons trouvée d'un tiers de millimètre seulement , sur quatre des trente-deux estomacs en question ; et à raison de ce peu d'épaisseur . nous n'avons pu en estimer le degré de décroissement,, qui paraissait néaumoin^ exister suivant l'ordre indiqué.

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dans les mêmes circonstances que la sous-muqueuse. L'amincissement avec ramollissement léger, l'amincissement avec ramollissement considérable de la membrane muqueuse, sa destruction, celle de tous les tissus de l'estomac, dans une certaine étendue, à l'exception de !a tunique péritonéaîe,se rencontraient quelquefois chez le même sujet, et ofîraient ainsi , comme nous l'avons déjà remarqué , le tableau de la marche de la nature dans les perforations de l'estomac (Obs. x).

Outre la lésion que nous venons de décrire , la membrane muqueuse de l'estomac offrait encore, dans le reste de son étendue , des particularités qu'il importe de faire connaître ; ainsi, nous l'avons trouvée dans quatre cas (Obs. i, ii , v, vu) , d'un rose tendre ou plus ou moins vif, un peu grisâtre dans deux autres (Obs. III et xi). Quelquefois cette couleur rouge était extrêmement vive au voisinage de la muqueuse décolorée, ramollie, amincie, et la partie delà membrane où on l'observait, était mince et presque aussi molle que la portion si décolorée avec laquelle elle se continuait (Obs. v). Dans plusieurs cas, la muqueuse était inégale, mamelonnée ou bourgeonnée à sa surface (Obs. ïi, vu, ix et xi), et quelquefois des ulcérations plus ou moins profondes se joignaient à cette lésion (Obs. v, ix, xii).

Quand la membrane muqueuse de l'œsophage était ramollie et amincie, c'était à sa partie inférieure, et alors l'organe était plus ou moins profondément altéré dans toute son épaisseur.

Quoiqu'il n'y eût probablement que peu ou point de rapport entre l'état de l'estomac et celui des autres

organes , nous jetterons néanmoins un coup d'œil sur ces derniers.

La membrane muqueuse du colon était ordinairement pâle , quelquefois d'un rose plus ou moins vif dans une certaine étendue, ramollie dans tous les cas où cette couleur existait, ulcérée dans plusieurs autres ; celle de l'intestin grêle était ulcérée dans sa dernière moitié, sur la plupart des sujets, intacte chez trois d'entre eux seulement.

Entre autres lésions remarquables , nous avons observé le passage du foie à l'état gras (Obs. ii, vi et xi).

La phthisie était l'affection principale de quatre de nos .malades (Obs. ii , iv, v et ix) , elle n'était encore qu'à son premier degré chez quatre autres ( Obs. III, VII, X et XII ) ; trois seulement n'offraient pas de traces de tubercules, il n'y en avait que quelques-uns au sommet du poumon de la femme qui fait le sujet de la viif. observation.

Dans les deux cas où la mort a suivi de près le développement de symptômes cérébraux très-intenses, on a trouvé à l'ouverture des corps un ramollissement du cerveau , ou seulement un épanchement assez considérable de sérosité dans ses ventricules latéraux (Obs. IX et x). Dans un troisième, où les symptômes encéphaliques ont été fort légers, on a aussi trouvé une assez grande quantité de sérosité dans les mêmes ventricules. Dans les autres cas on a encore constaté la présence d'une certaine quantité de fluide séreux , soit dans la cavité de l'arachnoïde , soit dans les ventricules, sans qu'aucun symptôme ait annoncé sa présence.

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Il résulte donc de l'examen anatomique que nous venons de faire , que le ramollissement avec amincissement de la membrane muqueuse de l'estomac n'a été dans aucun cas exempt de toute complication. Comme, néanmoins, ces complications se réduisent à fort peu de chose dans plusieurs d'entre eux (Obs. I , VIII, X, XI ) , on pourrait les considérer comme simples, en faire un tableau à part, puis îe comparer avec celui des observations les plus compliquées, et dans lesquelles l'affection de l'estomac est la maladie accessoire ; mais les symptômes gastriques observés dans ces deux ordres de cas , n'ayant pas offert de différences sensibles , nous croyons devoir les réunir dans une seule et môme description.

Symptômes. Au moment où les accidens que nous allons décrire se manifestaient , les fonctions digestives étaient déjà plus ou moins altérées chez une bonne partie de nos malades (Obs. i, ii, m, iv, V, VI ). Chez les uns, la digestion était difficile depuis un grand nombre d'années ( Obs. v ) ; chez d'autres, elle l'était depuis quatre à cinq ans; et la diminution de l'embonpoint et de l'appétit datait de la même époque ( Obs. m et iv ). Dans un quatrième cas (Obs. Il) j le sujet avait des douleurs à l'épigastre depuis très-long-temps , et des aigreurs après le repas depuis un an et demi; tandis que chez d'autres individus ( Obs. i et vi ) , la perte de l'appétit n'avait devancé le début des symptômes que de quelques mois. Un des malades ( Obs. vu ) avait fait des excès de table immédiatement avant l'apparition des douleurs à l'épigastre ; un autre ( Obs. xi ) vivait depuis six mois dans la misère; enfin, le dixième

d'entre eux semblait dans un état de santé à-peuprès parfait, jouissait de toute l'intégrité des fonctions digestives, quand les symptômes suivans se manifestèrent.

Soit qu'il y eût , ou non , dérangement des voies digestives depuis un certain temps, que la maladie de l'estomac fût simple ou compliquée , primitive ou secondaire, les malades éprouvaient , dès le début, une diminution plus ou moins considérable , ou même une perte complète d'appétit, des douleurs à l'épigastre ( Obs. ii , vi , viii , ix et xii ) , des frissons entremêlés de, chaleur, de la soif, et après un temps plus ou moins considérable ( depuis quelques jours jusqu'à un mois et plus), des nausées et des vomissemens; ou bien, ces derniers symptômes, accompagnés d'anorexie, de soif et de fièvre, débutaient , et les douleurs à l'épigastre ne se manifestaient qu'après une ou plusieurs semaines ( Obs. m , V, VII et x). Enfin , dans d'autres cas, les nausées, les vomissemens et les douleurs à l'épigastre se montraient à-la-fois. Ces symptômes persistaient avec plus ou moins d'intensité jusqu'à la mort, quelquefois d'une manière continue , presque sans interruption (Ohs.i, VI et X ) , ordinairement avec des rémittences plus ou moins considérables ( Obs. ii, iv, v ). Dans plusieurs cas , ils offrirent beaucoup d'intensité dès leur principe ; dans d'autres également nombreux , ils se développèrent d'une manière lente, et ne prirent d'énergie qu'à une certaine époque de leur durée (Obs. i , II, VII et xi). Quelquefois aussi la lésion arrivait à son dernier terme sans avoir donné lieu en aucun temps

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à des symptômes de quelque gravité (Obs. viiï et x). , Chacun des symptômes qui viennent d'être indiques se présentait dans des degrés très-variables : ainsi, chez les uns, la soif ne fut un peu vive que quelques jours avant la mort, et très-probablement par l'effet d'une affection nouvelle ajoutée à la première (Obs. IX etx); chez d'autres, elle fut toujours trèsforte, et tellement, qu'à une période avancée de la maladie, neuf pintes de tisane, prises en vingt-quatre heures, suffisaient à peine pour la satisfaire ( Obs. iv). Quelques malades ne pouvaient supporter que les boissons froides (Obs. iv) , d'autres, les boissons tièdes (Obs. v) ; ou bien, après n'avoir pu prendre que ces dernières pendant long-temps, ils recher-» chaienf les froides (Obs. ii) , et finissaient par ne plus obéir à leur soif, dans la crainte des vomissesemens, tant la susceptibilité de l'estomac était devenue excessive (Obs. ii et xi).

L'appétit variait, non-seulement chez les divers individus, mais encore chez les mêmes personnes. Dans la plupart des cas, il y avait dès le début, comme nous l'avons déjà dit, anorexie; quelquefois, mais beaucoup plus rarement , l'appétit n'était trèsdiminué que quelques jours avant la mort ( Obs. ix et X ) ; ou bien, après avoir disparu quelque temps, il reparaissait pour cesser encore, toujours en harmonie avec la difficulté plus ou moins grande de la digestion.

Il y eut des nausées chez tous îes malades , et des vomissemens chez neuf d'entre eux. On les observait au début des douleurs épigastriques, quelque temps après

leur apparition , ou à la même époque. Ces symptômes persistaient jusqu'à la mort , avec des rémittencesplus ou moins marquées, débutaient quelquefois avec une extrême violence , le plus ordinairement augmentaient par degrés. A une certaiae époque de l'affection , ils étaient provoqués par les causes les plus légères, les boissons les plus douces , l'eau sucrée, l'eau pure elle-même ; ils résistaient à tout , même aux moyens les plus convenables , en apparence , pour les combattre ; ou bien , ceux de ces moyens qui avaient paru les calmer pendant quelques jours, perdaient promptement leur efficacité. ( Obs. i , ii et xi. )

Les douleurs épigastriques existaient chez onze des douze sujets dont nous avons donné l'histoire. Chez les uns (Obs. i, ii, m, v etxi) , elles étaient trèsprononcées , et quelquefois au point de faire dire aux malades que leur maladie toute entière ( Obs. m, V et XI ) était à l'épigastre ; chez d'autres , elles étaient beaucoup moins vives , ne se manifestaient que par un embarras (Obs. vi et xii), des picotemens ( Obs. v ) , un sentiment de barre continuelle ( Obs. vui ) ; quelquefois elles étaient accompagnées d'une sensation de chaleur , et dans ces cas on a trouvé la membrane muqueuse ramollie , amincie et pâle , ou d'un rose plus ou moins vif (Obs. m, IV et VI ). La pression les augmentait au point que quelques malades ne pouvaient supporter le moindre poids à l'épigastre , et tenaient cette partie découverte. Elles étaient sujettes à des rémissions plus ou moins longues, et s'exaspéraient à des époques très-avancées de l'affection (Obs. ii ) ; quelquefois elles étaient calmées momentanément par l'eau de

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Seltz ( Obs. XI ) , quelquefois par une potion antispasmodique sans étber ( Obs. ii ); l'opium ne parut avoir aucune influence sur le degré de leur intensité. Elles étaient proportionnées aux nausées et aux vomissemens.

La langue ne nous offrit rien de constant ; elle était dans l'état naturel chez quatre de nos malades, un peu rouge à la pointe chez trois autres, villeuse et roussâlre chez la femme qui fait le sujet de la xi^ observation; elle conserva à-peu-près le même aspect chez cette malade , pendant tout le cours de l'affecLion , et ausssi chez une autre, où, pendant huit mois, on l'observa rouge à la pointe , avec des villosités blanchâtres au centre, et toujours humide comme dans les autres cas (Obs. II).

La diarrhée eut lieu chez presque tous les sujets, sans qu'on puisse la considérer comme une dépendance de la maladie de l'estomac , la phthisie existant à un degré plus ou moins marqué dans la plupart des cas.

Au milieu de ces désordres , l'exercice des facultés intellectuelles et des organes des sens demeurait sans altération. Il n'y eut de céphalalgie que chez une femme affectée de cancer de l'utérus , et chez trois autres sujets , dont l'un ( Obs. xi ) avait des maux de tête habituels depuis long-temps ; les deux autres (Obs. IX et x) succombèrent , l'un, à une hydrocéphale aiguë, l'autre, à un ramollissement du cerveau, et ne se plaignirent de céphalalgie que dans les derniers temps dé la maladie, c'est-à-dire, à l'époque à laquelle on doit rapporter le début de l'affection cé-^ rébrale^

Nous n'observâmes de douleurs dans les membres que dans deux cas; et ie seul où elles aient existé dans les articulations , a été offert par une femme qui en avait presque continuellement depuis l'âge de puberté ( Obs. 11 ) .

La physionomie n'offrait rien de remarquable dans l'absence des douleurs épigaslriques ; elle prenait l'empreinte du malaise et de la souffrance dès qu'elles se faisaient sentir, à-peu-près comme on le remarque dans les coliques.

Il était difficile , à raison des complications, d'estimer l'influence de la maladie sur Y état des forces; néanmoins , quand elle s'est montrée chez des sujets atteints de cancer de l'utérus ou de phthisie déjà trèsavancée , la faiblesse ne nous a pas semblé beaucoup plus considérable que dans le cas où ces maladies eussent été simples. Dnns d'autres circonstances, il en a encore été de même : ainsi, le malade qui fait l'objet de la x** observation ne cessa de travailler que douze jours avant sa mort. La femme qui est le sujet de la IV' continua ses occupations pendant les cinq premiers mois de sa maladie , et celle dont l'histoire est la viii^, et chez laquelle la membrane muqueuse de l'estomac était détruite dans les trois quarts de son étendue, travaillait encore trois jours avant le terme fatal. Mais quand la marche de l'affection était rapide , que les vomissemens étaient accompagnés d'évacuations alvines abondantes , la chute des forces était trèsprompte ( Obs. VI ). Dans un cas ( Obs. xi ) où la constipation fut constante , la faiblesse fut considé^ rable , mais proportionnée , à ce qu'il nous semble, au défaut d'alimentation.

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Les frissons et la chaleur éprouvés par quelques malades au début et dans les jours qui l'ont suivi , sembleraient indiquer que la circulation a été vivement influencée par la maladie de l'estomac ; mais la chose est pour le moins douteuse , vu la faible accélération du pouls cliez le sujet de la vi* observation , dont la maladie a débuté et marché avec violence.

Ainsi, en rapprochant les lésions de l'organe malade, des symptômes observés, nous voyons, d'une part, la membrane muqueuse de l'estomac amincie, ramollie , détruite dans une plus ou moins grande étendue, ce désordre propagé quelquefois aux tissus sous-jacens; et de l'autre , du dégoiit , de l'anorexie, des nausées , des vomissemens et des douleurs ordinairement très-vives à l'épigastre ; mais aucun de ces phénomènes sympathiques, regardés par quelques-uns comme l'effet inévitable des affections graves ou légères de la membrane muqueuse de l'estomac , et comme le seul moyen de les connaître. Ici tout est clair et précis ; le désordre de la fonction, le lieu de la douleur, indiquent au premier abord l'organe lésé ; aucun viscère n'exprime mieux ni plus vivement ses souffrances. Les symptômes d'une pneumonie ne décèlent pas d'une manière plus évidente et plus sûre l'inflammation des poumons , que les phénomènes indiqués ne montrent , dans la plupart des cas, une affection grave de l'estomac. Le malade, auquel on parle de ses maux , ne répond pas qu'il n'éprouve que du malaise , qu'il ne soufflée nulle part ; il indique positivement l'estomac comme le siège de sa maladie ; c'est là qu'est tout son mal. Peu importe que l'affection soit simple ou compliquée , la douleur

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à l'épigastre est toujours la même; et quelle que soit cette complication , que la maladie maixhe avec violence, qu'elle soit accompagnée ou non d'entérite aiguë , qu'elle devienne prompteraent mortelle , ou que , se manifestant par des symptômes peu graves , elle se prolonge un espace de temps considérable , les symptômes ne varient que par leur intensité , la douleur vient toujours révéler l'organe malade. Ainsi, nous avons vu cette douleur , obtuse il est vrai^ persister une année entière, et presque jusqu'à la mort, chez la femme qui fait l'objet de la viii* observation, quoique la marche de la maladie ait été très-lente , à-peuprès uniforme , les accidens légers, que la malade ait continué ses occupations jusqu'au troisième jour qui a précédé sa mort. Pourrions-nous croire désormais que la membrane muqueuse de l'estomac soit si insensible, ou qu'elle exprime ses douleurs d'une manière si différente des autres organes? Nous insistons sur ce point et sur les autres symptômes décrits , c'està-dire les nausées et les vomissemens , parce qu'ils font rentrer l'estomac sous la loi commune, et qu'ils nous le montrent exprimant ses souffrances , comme les autres organes, par une' douleur locale et le désordre plus ou moins marqué de ses fonctions.

Marche et durée. En général, la maladie parcourait ses diverses périodes avec lenteur, sa durée était considérable, et on peut croire qu'elle l'eût été davantage encore , sans les complications qui existaient. On l'a vue de trois mois et demi dans un cas (Obs. x), de six dans un autre ( Obs. v ) ^ de treize dans un troisième (Obs. iv) , sans qu'on ait observé une différence correspondante dans l'état des organes après

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la mort. Loin de là, le désordre était plus considérable chez le dixième que chez le quatrième sujet , qui ne nous ofFrit qu'un amincissement avec ramollissement de la membrane muqueuse , tandis que , chez l'autre, le désordre s'étendait à toute l'épaisseur des parois de l'estomac. Quelquefois, cependant, la marche de la maladie a été rapide , véritablement aiguë , et la mort a dû en être le résultat , bien plus que de toute autre lésion : ainsi, elle paraît à peine avoir duré vingt jours chez la femme qui fait l'objet de la i" observation , chez laquelle la muqueuse gastrique était profondément altérée , et même entièrement détruite dans plusieurs points. Sa marche a été presque aussi rapide , et ses symptômes également graves dans un autre cas (Obs. vi) , où la lésion de la muqueuse était moins avancée.

Dans sa forme chronique , la maladie , comme toutes les affections de long cours , n'avait pas une marche uniforme; elle semblait quelquefois stationnaire , ou même tendre à la guérison ; mais le mieux apparent était promptement suivi de rechutes. Nous en avons signalé un exemple remarquable dans la quatrième observation, dont le sujet, après cinq mois de maladie, recouvre l'appétit pendant un espace de temps à-peuprès aussi considérable , paraît entrer en convalescence, et dont l'affectionn'en marche pas moins ensuite, bien qu'avec lenteur, vers une terminaison funeste.

Diagnostic. IN eus avons vu que l'afFection dont il s'agit se développait le plus ordinairement chez les sujets dont l'appétit et les digestions étaient altérés depuis un temps considérable i qu'à son début il y avait fièvre, nausées, vomissemens, anorexie plus ou

moins complète ; que ces symptômes étaient accompagnés , précédés ou suivis de douleurs à l'épigastre, se montraient dans presque tous les cas ; que jamais les nausées et l'anorexie n'avaient manqué ; que l'épigastralgie avait été observée onze fois sur douze, etc. ; mous venons de voir que ces symptômes persistaient avec des rémissions plus ou moins longues jusqu'à la mort ; que dans presque tous les cas la marche de la maladie était lente : nous avons en outre remarqué qu'elle se manifestait dans le cours des affections chroniques, et plus ordinairement dans celui de la phthisie pulmonaire, qu'elle précède rarement ; toutes lesfoisdonc que nous rencontrerons chez despçjsonnes atteintes d'affections chroniques , et ayant eu , pendant long-temps, des digestions difficiles avec diminution de l'appétit, les symptômes indiqués, nous devrons , quand ils auront existé quelque temps , vingt jours, un mois, six semaines, par exemple, soupçonner l'existence du ramç|lissoment avec amincissement de la membrane muqueuse, de l'estomac. Dans le cas où ces symptômes viendraient à se déclarer sans altéjation préalable àes fonctions digestives, sans diminution de plus ou moins longue durée de l'appétit, et chez des sujets exempts de maladies chroniques , les soupçons seraient sans doute moins fondés; cependant , comme ces suppositions se trouvent en partie réunies chez les sujets des vii^ , x^ et xi^ observations , nous pensons que si les symptômes indiqués avaient persisté six semaines ou deux mois , on devrait être à-peu-près certain de l'existence de la maladie.

Dans le cas où les symptômes seraient peu prononcés (Obs. vin], s'il n'y avait que des nausées sans

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vomisse mens , un simple embarras , ou une douleur obtuse à l'épigaslre , si surtout le dépérissement était lent , et que le malade conservât ses forces , le diagnostic serait nécessairement incertain , car on pourrait penser avoir à faire à un cancer de l'estomac, qui marche d'une manière très-chronique, et l'absence d'une tumeur sensible à l'épigastre est loin, comme on sait , de pouvoir lever tous les doutes.

Nous ne prétendons pas d'ailleurs que les symptômes que nous avons indiqués soient les seuls existans, que le diagnostic delà maladie ne puisse reposer que sur eux seuls ; nos conclusions ne «ont que l'expression des faits que nous avons observés , et nous ne doutons pas que des observations nouvelles ne conduisent à de nouveaux signes, ou ne modifient ceux que nous venons d'indiquer, d'une manière quelconque. Rappelons-nous, enfin, que la maladie est quelquefois latente , et que les symptômes venant à manquer, le diagnostic en est absolument impossible. Le malade qui fait le sujet de la ix*" observation nous a déjà donné un rxemple de cette variété de l'affection : nous en avons recueilli un nouveau dernièrement, et nous allons le faire connaître d'une manière abrégée.

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XIIP Observation.

Il s'agit d'une femme de soixante-dix-sept ans, qui avait habité la Saîpêtrière pendant dix-huit mois, et l'avait quittée depuis deux, attribuant à la nourriture de la maison le peu d'appétit qu'elle avait depuis

quelque temps. Des personnes charitables qui l'avaient recueillie, avaient essayé de lui faire prendre quelques alimens délicats ; mais à peine en avait-elle pris quelques bouchées, qu'elle se trouvait rassasiée; elle ne mangeait avec plaisir que la soupe. D'ailleurs, point de nausées ni de vomissemens , ni de douleurs à l'épigastre (du moins les personnes qui voyaient habituellement et plusieurs fois le jour la malade , nous l'ont assuré ) ; elle toussait depuis vingt ans environ , ne se plaignait que de son asthme , et fut conduite, trois mois après sa sortie de la Salpêtrière, à l'hôpital de la Charité , où elle ne put rendre un. compte satisfaisant de son état, et mourut au huitième jour de son arrivée , sans avoir eu de vomissemens. A l'ouverture du cadavre , on trouva des tubercules et des excavations tuberculeuses dans les poumons , le cœur sain , le foie dans l'état naturel y l'estomac un peu verdâtre à l'extérieur du grand culde-sac; à l'intérieur, dans l'endroit correspondant et dans la largeur de la main , il était d'une couleur verdâtre ou d'un blanc bleuâtre, et offrait, dans cette partie, un grandnombre de vaisseaux larges et vides; la membrane muqueuse , là où la couleur verdâtre existait, était ramollie, sans consistance ; elle manquait dans la plupart des points où on observait la couleur blanche et bleuâtre ; dans le reste de son étendue elle était fauve, d'une épaisseur et d'une consistarice naturelles ; ses bords s'affaissaient graduellement au pourtour de la partie malade ; la démarcation entre la portion lésée et celle qui ne l'était pas était extrêmement tranchée.

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C'est ici le lieu de dire un mot sur la nature présumée de l'affection dont il s'agit. A ne considérer que les symptômes, nous ne pouvons y voir qu'une inflammation de la membrane muqueuse de l'estomac, une véritable gastrite; mais l'état de la membrane muqueuse amincie, décolorée, et quelquefois détruite , peut paraître moins concluant. Néanmoins, en examinant avec un peu d'attention ces trois circonstances principales , l'opposition qui paraît exister entre les symptômes et les lésions observées nous semble disparaître. En effet, sans parler du ramollissement , qui est la suite ordinaire de l'inflammation aiguë intense , l'amincissement, et même la destruction de la muqueuse n'ont rien qui répugne à l'idée de l'inflammation , puisque tous les jours nous voyons îa peau s'ulcérer, s'amincir, disparaître entièrement, à la suite de l'application plus ou moins prolongée d'un vésicatoire. Par rapport à la décoloration , elle n'a pas été constante ; la muqueuse ramollie et amincie , était, comme nous l'avons déjà remarqué, grise dans un cas (Obs. vu) , uniformément rose dans un autre (Obs. vi) ; dans un troisième (Obs. v) elle faisait suite à une partie presque également amincie et ramollie , mais rouge , laquelle , à mesure qu'on s'éloignait du point indiqué , devenait successivement plus consistante et plus épaisse. Et quand bien même la décoloration serait constante , on ne pourrait rien en conclure contre notre proposition , la décoloration des tissus étant inévitable à une époque rapprochée de leur destruction. Enfin, nous observerons que , dans les points où la lésion qui nous occupe n'existait pas, on a trouvé dans plusieurs cas

( Obs. II, IV, VII, IX et xi) la membrane muqueuse inégale , mamelonnée et uicérée , que cet état , comme nous le verrons bientôt, paraît être un résultat de l'inflammation ; en sorte que si d'un côté la décoloration ne repousse pas l'idée de l'inflammation , la rougeur observée quelquefois dans le cas de ramollissement avec amincissement, l'aminciss'ement lui-môme et l'état de la membrane muqueuse dans les parties contiguës à la lésion , y sont favorables.

Les rapprochemens les plus naturels ne garantissent pas toujours de l'erreur, aussi n'insisterons-nous pas plus long-temps sur une manière de voir que l'on peut considérer comme douteuse, d'autant plus que notre but a été , non de faire une théorie , mais de décrire un état pathologique non encore observé.

Pronostic. Nous n'avons dans aucun cas observé la maladie dans son état de simplicité ; chez la plupart des sujets , elle n'était que secondaire à une affection mortelle de sa nature, etl'on pourrait, par ces raisons, regarder les règles du pronostic comme de fort peu d'importance ici. Néanmoins, si l'on considère que la lésion qui nous occupe est quelquefois maladie principale , et peut causer la mort au moment où l'on s'y attend le moins , que quand elle est accessoire à une maladie inévitablement mortelle elle peut encore en accélérer de beaucoup le terme fatal , on conviendra que l'exactitude du pronostic serait d'un très-grand prix. Malheureusement nous n'en possédons pas les élémens , nous connaissons à peine les symptômes caractéristiques de la lésion , nous ignorons les signes propres à ses différens degrés , nous ne savons pas quand elle est inévitablement mortelle , quand elle

68 RAMOLLISSEMENT, etC.

n'est pas encore au-dessus des ressources de la nature, et tout cela serait nécessaire pour asseoir un jugement certain sur son issue. L'expérience se borne à montrer , dans la lésion qui nous occupe , une altération extrêmement grave; et probablement mortelle , quand les symptômes qui peuvent la faire reconnaître ont duré un certain temps , et que la susceptibilité de i'estomac est telle, qu'il ne peut plus rien supporter.

Traitement. L'incerlitude du pronostic fait pressentir celle du traitement, car il devrait différer suivant l'état plus ou moins avancé de la lésion , et nous venons de voir, tout-à-l'heure , que nous manquions des signes qui pourraient en faire connaître les degrés. Quoi qu'il en soit, si la maladie, accompagnée de peu de fièvre à son début, et de symptômes gastriques plus ou moins prononcés, engageait à essayer un émétique , et que cet émétique eût été donné sans succès, on devrait renoncera cette médication, se rappeler que l'affection débute souvent d'une manière insidieuse , et recourir au traitement que l'on emploierait dans le cas où l'on n'aurait aucun doute sur sa nature. On ordonnerait donc les antipblogisliques , en les proportionnant aux forces de l'individu. Mais si les accidens avaient déjà duré long-temps , que la susceptibilité de l'estomac fut extrême ( auquel cas on pourrait soupçonner que la lésion de la muqueuse est irrémédiable j , on ne devrait employer que des palliatifs. Toutefois nous observerons , par rapport au traitement de la première époque , que les antiphlogistiques ont été employés assez largement chez un de nos malades (Ob-

DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. 6g

serv. vil), dans cette même période , sans empêcher la lésion de la membrane muqueuse de l'estomac de marcher comme dans les autres cas; et quant aux palliatifs, nous rappellerons aussi qu'à une époque avancée de la maladie tous les moyens employés l'ont été à-peu-près également sans succès.

Causes. Nous avons déjà vu dans quelles circonstances la maladie s'était déclarée , nous n'ajouterons qu'un mot à ce sujet. Les deux seuls cas dans lesquels l'affection paraisse avoir été déterminée par des causes manifestes, sont favorables à l'opinion que nous avons émise sur sa nature ; l'un des sujets s'était livré à dèâ excès de vin et d'eau-de-vie , trois jours de suite ; l'autre vivait dans la misère depuis six mois , quand se développèrent les premiers symptômes gastriques. ( Obs. VII et XI. ) Toutefois nous n'oublierons pas que sur douze de nos malades dont l'histoire a été recueillie dans des salles qui contiennent un nombre égal de personnes de l'un et l'autre sexe , se trouvent huit femmes; et que si l'expérience venait à montrer que la maladie en question est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, il faudrait aussi en conclure, que ses causes excitantes les plus communes ne sont pas des excès de table, les femmes y étant moins adonnées que les hommes.

Telles étaient les conséquences qui nous semblaient découler naturellement des faits que nous avions recueillis, quand nous publiiunes noire mé*'

7Ô RAMOLLISSEMENT, etC.

moire, il y a deux ans et demi. Depuis cette époque, la lésion qui nous occupe s'est souvent présentée à notre observation , et toujours sous l'une ou l'autre des formes que nous avions indiquées. Sur deux cent vingt sujets morts de maladies chroniques , dans les salles Saint-Jean et Saint-Joseph , depuis les trois derniers mois de l'année 1822, jusqu'à ce jour, trentetrois offraient le ramollissement avec amincissement de la membrane muqueuse de l'estomac , dans une étendue plus ou moins considérable , vingt et un parmi les femmes, et douze parmi les hommes; ce qui vient à l'appui de ce que nous avions cru pouvoir conclure d'un petit nombre de faits , savoir, que cette lésion est plus commune chez les premières que chez les seconds. Nous l'avons rencontrée un peu moins fréquemment chez les sujets qui ont succombé à des maladies aiguës , douze fois sur cent quinze. Elle a été latente chez la sixième partie de ceux qui sont morts de maladies chroniques, a offert, dans les autres cas, l'ensemble des symptômes que nous avons décrits; et c'est parce que l'expérience n'a fait que confirmer nos premières vues, que nous avons cru devoir reproduire notre travail tel qu'il était d'abord ; mais de nouvelles observations nous permettant d'ajouter quelque chose à ce qui a été dit, au sujet du pronostic principalement , nous allons les exposer. Les trois premières offrent , à un degré remarquable , tous les symptômes du ramollissement avec amincissement de la membrane muqueuse de l'estomac, chez des femmes qui ont guéri ; la quatrième est encore l'exemple de la même affection heureusement terminée, cheïun homme qui a succombé bientôt après

à une autre maladie ; en sorte que toutes semblent indiquer que l'issue de la lésion qui nous occupe peut être heureuse y surtout si elle existe dégagée de toute complication grave.

WW/WWWVVWMl/W

XIV' Observation.

Une cuisinière , âgée de vingt-trois ans , d'une constitution sèche , ayant un caractère prompt et une sensibilité très-vive, tomba malade dans les derniers jours du mois d'avril 1826 , et fut transportée , le i" du mois suivant, à l'hôpital de la Charité. L'évacuation périodique , qui avait été régulière après sa première apparition à l'âge de onze ans , avait été supprimée, dix-huit mois avant la maladie actuelle, par suite d'une frayeur vive , et pendant quinze mois que dura cette suppression , il n'y eut d'autre incommodité qu'une légère diminution d'appétit. Revenues spontanément après cette époque , les règles furent encore supprimées par la même cause , six semaines avant l'admission de la malade à l'hôpital , et, comme après la première suppression , les phénomènes morbides se bornèrent à une légère diminution d'appétit. Le 22 avril , sans cause connue, douleur à l'épigastre, brisement dans les membres , soif vive , anorexie , nausées^ frissons, tremblement, suivis de chaleur et de sueur. Ces symptômes persistèrent , les frissons se renouvelèrent tous les jours de la même manière, à la même heure, les sueurs furent rares, et dans la nuit du 3o avril au i*" mai ^ il y eiit des vomissemens

^2 RAMOLLISSEMENT, CtC.

de bile. La malade avait pris pour toute nourriture des bouillons ou quelques jaunes d'œufs, et avait éprouvé beaucoup de malaise dès le début , sans néanmoins renoncer à s^-s occupations.

Le i" mai , facultés intellectuelles développées, figure calme, sans empreinte de douleur, céphalalgie, douleurs contusives vers les membres abdominaux, soif peu considérable , boucbe pâteuse et amère , anorexie , langue naturelle au pourtour , grisâtre , et piquée de rose au centre ; douleur pulsative à l'épigastre et dans une petite partie de l'bypocbondre gauche , augmentant par la pression ; douleur semblable dans la partie correspondante du dos, le reste du ventre souple et indolent; pouls large, régulier, donnant quatre-vingts pulsations par minute , chaleur modérée ; respiration pénible , toux légère depuis le début; mouvemens libres, attitude naturelle , sentiment de faiblesse peu considérable. ( Solution de sirop de gomme avec le jus de citron , bis; lavemens émoU. )

Les nausées continuèrent tout le jour , il y eut même quelques vomissemens de bile jaune peu épaisse. Le lendemain , 2 , la douleur à l'épigastre persistait au même degré , le pouls ne battait que soixantehuit fois par minute ; il y avait eu un léger frisson pendant la nuit , les autres symptômes n'avaient pas changé d'une maniè]'e sensible.

Les deux jours suivans l'état de la malade semblait stationnaire ; elle eut de fréquentes nausées, beaucoup de hoquet et quelques vomissemens de bile un peu épaisse ; son pouls était calme, il n'y eut pas d'évacuations alvines. On prescrivit, à la visite du 4> huit grains de calomel en deux pilules.

Quelques vomissemens de bile eurent lieu deux heures après la prise de ce médicament, mais la constipation persista. Le lendemain , la douleur dorsale continuait comme le premier jour, l'épigastre était indolent, il n'y avait pas de nausées; la langue était naturelle, sauf quelques villosités grisâtres au centre; le pouls calme , l'attitude comme dans l'état de santé. On ordonna douze grains de calomel en trois doses, et ils n'eurent pas d'autre effet que les huit grains donnés la veille.

On s'en tint à la solution de sirop de gomme , les joisrs suivans ; les nausées , le hoquet et les vomissemens de bile continuèrent ; ceux-ci furent même beaucoup plus nombreux dans la journée du 7 que dans les prédédentes. Le 8 , la malade éprouvait du malaise et de l'anxiété , changeait fréquemment de place ; son pouls était calme, et le caractère de l'affection paraissant encore incertain, on prescrivit douze grains d'ipécacuanha en deux doses.

Il y eut quelques vomissemens de bile après la première, et dans les trois heures qui suivirent, les nausées furent entièrement suspendues. Les vomissemens recommencèrent le soir du même jour, après la seconde dose. Le surlendemain l'épigastre était douloureux et le pouls toujours calme. ( Solution de sirop de gomme, bis ; laveméns émolliens. )

Les vomissemens continuèrent , la malade remplissait trois ou quatre crachoirs de bile en vingt-quatre heures : dans la journée du ] 1 , elle vomit vingt fois. Le, 12 , à l'heure de la visite, le pouls était accéléré ^ battait quatre-vingt-douze fois par minute , l'épigastre était plus douloureux qu'à l'ordinaire j tout le ventre

74 RAMOLLISSEMENT, CtC.

un peu sensible à la pression. Les douleurs s'exaspéraient quelques minutes avant les vomissemens , étaient peu considérables dans leur intervalle ; il y avait de l'anxiété. (Deux livres de glace pour refroidir les boissons. )

Les vomissemens furent un peu moins nombreux dans la journée et dans celle du lendemain. Le i4, les douleurs du dos avaient augmenté , la soif était peu considérable , le pouls battait cent quatre fois par minute , était petit et faible ; l'anxiété continuait. ( Trente sangsues à l'épigaslre. )

îl y eut huit à dix vomissemens de bile dans la soirée, beaucoup de hoquet et de nausées. Le i5, le pouls était un peu moins accéléré que la veille, l'haleine fétide , la langue pâle au pourtour , blanchâtre au centre ; l'anxiété persistait , la malade ne savait quelle position tenir, et en changeait à tout moment. (Eau de Seltz. )

Cette nouvelle boisson ne produisit pas d'amélioration sensible , et le 17 on ordonna un vesicatoire de cinq pouces de diamètre à l'épigaslre ; en même temps on supprima l'eau de Seltz pour s'en tenir à la solution de sirop de gomme , et on prescrivit des lavemens froids ; mais ce fut encore sans le moindre succès. Les nausées continuèrent, le hoquet fut fréquent , les vomissemens de bile répétés cinq à six fois dans la journée ; l'anxiété , les douleurs à l'épigastre et dans le dos , persistèrent à un degré plus ou moins considérable; la respiration fut gênée , brève, fréquente, le pouîs accéléré ( cent trente pulsations par minute ). Cependant la malade s'exprimait toujours avec vivacité, et ne se plaignait qu'au moment

DE lA MUQUEUSE GASTRIQUE. ^5

OÙ les douleurs s'exaspéraient ; le vésicatoire fournissait une abondante suppuration.

Le 23 , la langue était un peu sèche au pourtour, jaunâtre et villeuse au centre, la chaleur brûlante , la voix éteinte par intervalles. On continua les lavemens froids, et on ajouta un demi -grain d'extrait gommeux d'opium dans chaque pinte de tisane.

La malade eut vingt à trente vômisse'mens de bile dans la journée ; le lendemain, elle était comme brisée, répondait encore avec une certaine vivacité aux questions qui lui étaient faites , et s'endormait dès qu'on cessait de lui parler ; sa langue était naturelle au pourtour, son pouls très-accéléré; elle éprouvait fréquemment de l'agitation , et avait eu pendant la nuit une sueur copieuse.

Un peu moins nombreux dans la journée du 24 et du 25 5 les vomissemens devinrent de nouveau trèsfréquens dans celle du 26 ; les efforts pour vomir furent extrêmement pénibles , les nausées et le hoquet presque continuels. Le 27, ia chaleur était modérée; le pouls, petit et faible, battait cent huit fois par minute ; on ordonna un grain d'opium en quatre pilules. Les symptômes ne changèrent pas sensiblement, et jusqu'au 1" juin la malade vomit de six à huit fois dans la journée une bile verte et plus ou moins épaisse, qui lui semblait fétide.

Le 1" juin elle accusait de vives douleurs aux arcades zygomaliques, les conjonctives étaient jaunâtres, î'épigastre très-sensible à la pression, la partie correspondante du dos un peu moins douloureuse qu'à l'ordinaire, tout le ventre un peu douillet, le pouls

•j6 RAMOLLISSEMENT , etC

régulier, la tète libre et indolenle. (Bain, eau alcaline gazeuse, bis. )

Il y eut encore des nausées et quelques vomissemens le reste du jour; mais ils ne revinrent pas du 2 au 10 Juin, et le hoquet ne persista que quelques jours. Le 5 , la malade assurant avoir beaucoup d'appétit, on lui accorda un peu de lait, qu'elle prit avec plaisir et sans inconvénient. Le 9 , elle mangea, sans permission, quelques cuillerées devermicel, et dans la nuit elle fit des efforts inutiles de vomissement. Le lendemain elle vomit un peu de bile à deux reprises différentes , ce quelle attribuait à la chaleur très-élevée de l'atmosphère , et à l'ingestion d'une trop grande quantité d'eau magnésienne à-la-fois. Les mêmes vomissemens se répétèrent les 14, l6, 17 et 18 , accompagnés de malaise et quelquefois d'anxiété; pour la première fois la malade pleurait , était au désespoir , craignant de retomber dans son premier état. Après avoir cessé pendant quinze jours, les nausées et les vomissemens reparurent encore le 5 juillet , et furent attribués à la suppression de l'eau magnésienne, qui manquait, et qu'on avait remplacée par l'eau de Seltz. La solution de sirop de gomme ayant enco.':^ déterminé de la pesanteur àl'épigastre le lendertiain matin , la malade se priva de boissons le reste du jour, attendit jusqu'au 5 que l'eau magnésienne lui fût rendue, et, depuis, elle n'éprouva ni nausées ni vomissemens. Elle eut encore , par intervalles , dans le cours du mois de juin , quelques douleurs à l'épigastie et dans le dos; l'appétit alla croissant, et en général la digestion fut facile. Le 10 juillet la malade mangeait le quart de portion , et trouvait tout ce

qu'on lui donnait excellent ; le 1 8 elle était à la demi , le 22 aux trois quarts, et la digestion continua d'être régulière jusqu'au moment où elle quitta l'hôpital le 17 août, trois mois et demi après y avoir été admise.

La langue fut toujours naturelle à compter du premier juin. Du 2 au 15 du même mois, il y eut un peu de diarrhée, et le 12 la malade eut onze selles en vingt-quatre heures. On lui ordonna un lavement de lin et de têtes de pavot , avec un grain d'opium , et dès-lors la diarrhée diminua beaucoup ; mais elle ne disparut complètement que le 1" juillet, n'ayant été que bien rarement accompagnée de quelques coliques.

Le pouls conserva long-temps sa fréquence, battait cent vingt-quatre fois par minute le i5 juin, un peu moins souvent le 17, quatre-vingt-dix-huit foisle 26 : il était calme le 5 juillet, et fut encore un peu accéléré, par intervalles , dans la suite.

11 y eut de vives douleurs dans les membres au commencement de juin : le 5 tout le corps était douloureux, on ne pouvait toucher le pouls de la malade sans lui faire mal, et malgré cette extrême sensibilité de tout le corps, son humerr gaie n'était pas trèsaltérée. Cet état diminua peu après, puis disparut entièrement ; mais les articulations furent long temps douloureuses; les forces se rétablirent avec lenteur; la malade commença à faire quelques pas le 10 juillet, et pendant les quinze jours qui suivirent , ses jambes furent œdémateuses.

Les symptômes éprouvés par ia malade dont nous

'jS ÏIAMOLLISSEMENT , etC

venons de faire l'histoire , ont tant de ressemblance avec ceux qui ont été signalés dans les observations précédentes, qu'ils sembleraient avoir été calqués sur eux. C'est d'abord des douleurs à l'épigastre , des nausées , l'anorexie , la soif , des frissons , des douleurs dans les membres : ces symptômes persistent sans obliger la malade à quitter ses occupations, et, après huit jours de durée, s'accompagnent de vomissemens de bile. Ceux-ci deviennent successivement plus fréquens, continuent sans interruption pendant un mois, se répètent quatre, six, huit, dix fois le jour, quelquefois beaucoup plus , et paraissent céder à l'eau alcaline gazeuse : mais après avoir cessé pendant les dix premiers jours de juin, ils reviennent encore plusieurs fois la semaine suivante , après quoi ils ne reparaissent plus ; l'appétit fait des progrès continuels, et la malade est mise successivement au lait pour toute nourriture, aux potages, au demi -quart de portion, etc. , qui sont digérés sans peine; les douleurs épigastriques cessent peu après les vomissemens ; il en est de même du hoquet et des douleurs de dos, qui avaient sans doute la même cause que celles de l'épigastre , c'est-à-dire la maladie de la membrane muqueuse de l'estomac. Le pouls, qui était resté calme dans les premiers jours qui suivirent l'entrée de la malade a l'hôpital , s'accélère quelque temps après ; cette accélération va croissant, est accompagnée d'un peu de chaleur, ne disparaît que long-temps après l'époque à laquelle la convalescence paraît confirmée , et seulement quand la malade a recouvré ses forces; la céphalalgie est rare , l'anxiété n'existe que quand les vomissemens sont très-nombreux ; l'inteHigence

reste intacte, il n'y a de prostration dans aucun temps. La langue, quelquefois villeuse et jaunâtre au centre, reste toujours naturelle ou un peu pâle au pourtour, ce qui s'accorde assez mal , sans doute , avec la doctrine physiologique, sans être moins conforme à ce qu'on observe assez ordinairement.

Ne doit-on pas croire, d'après cela, qu'il y a eu ici gastrite intense , ramollissement et amincissement de la membrane muqueuse de l'estomac dans une partie plus ou moins considérable de son étendue , et que la malade a guéri en conservant quelques traces de cette lésion?

L'absence de chaleur et de fièvre à une certaine époque de la maladie , engagèrent M. Chomel à essayer l'ipécacuanha ; mais du moment où la fièvre se prononça, il recourut au traitement antiphlogistique. Ce traitement , employé à une époque déjà éloignée du début , quand la diminution des forces était considérable , fut peu énergique, il est vrai , et l'on sera peut-être porté à croire que des évacuations sanguines répétées auraient dissipé les accidens d'une manière plus rapide ; mais la chose nous semble pour le moins douteuse , vu le peu de succès des antiphlogistiques dans des cas analogues. Quoi qu'il en soit de cette question , à laquelle il est inutile de nous arrêter davantage , nous remarquerons que les symptômes généraux, ordinairement si utiles à consulter quand il s'agit de la détermination du traitement , sont rarement d'une grande importance pour le diagnostic, vu que nombre de maladies, et parmi elles les afîections aiguës, dans quelques cas, ne donnent lieu qu'à des symptômes locaux ; que dans celui qui nous occupe ,

8o RAMOLLISSEMENT, etc.

la persistance des douleurs à l'épigastre , des nausées et des vomissemens , après l'usage des boissons délayantes , aurait dû éclairer sur la nature de la maladie , et dissiper l'incertitude du diagnostic que nous partageâmes avec M. Cbomel.

Parmi les causes qui ont pu concourir à développer la maladie qui nous occupe , on pourrait peul-être compter la suppression des règles, qui avait déterminé la diminution de l'appétit sans aucun autre symptôme.

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XV^ Observation.

Une fille âgée de vingt ans , d'une constitution médiocrement forte , d'une taille assez élevée , eut ses premières règles à l'âge de quinze ans. Supprimées au troisième mois de leur apparition , par suite de l'immersion des pieds dans l'eau froide , on chercha vainement à les rappeler au moyen de saignées générales et locales ; elles ne se rétablirent qu'à l'âge de dix-neuf ans , et furent dès-lors Irès-irrégulières , venant toutes les deux , trois ou quatre semaines. D'ailleurs la santé n'avait pas été sensiblement dérangée pendant leur suppression. Un mois avant l'époque à laquelle nous l'observâmes , la malade fit une chute sur la tête , et eut , trois jours après , un érysipèle à la tête , pour lequel on la transporta à l'hôpital de la Charité , dans une salle de chirurgie. Cet érysipèle fut accompagné d'un délire assez violent pendant trois jours , nécessita plusieurs incisions au cou ,

DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. Si

S étendit à la poitrine et aux bras , et après trois semaines de séjour à l'hôpital la malade fut transférée dans la salle Saint-Joseph ( service de M. Chomel ) , le i4 septembre 1823. Alors elle nous apprit qu'elle avait eu, dès le commencement de l'érysipèle , des nausées et des vomissemens de bile ; qu'ensuite ces symptômes avaient continué sans interruption ; qu'elle avait depuis neuf jours des douleurs à l'épigastre , un peu de toux , et des frissons irréguliers depuis cinq. Vingt sangsues avaient été appliquées à l'épigastre le 1 2 , sans le moindre succès.

Le 1 5 , desquamation de la peau dans les points où avait eu lieu l'érysipèle, physionomie naturelle , un peu de céphalalgie et de douleurs dans les membres, comme depuis huit jours , intelligence développée ; bomche pâteuse et amère , langue médiocrement large, d'un rouge bleuâtre, nausées continuelles, douleurs à l'épigastre , tout le ventre un peu endolori , mais souple; une selle le jour précédent; pouls petit et faible, battant quatre-vingt-quatorze fois par minute, chaleur modérée ; toux rare. La malade se croyait sans fièvre. (Limonade , bis, lavem. émoll. )

Il y eut dans la jolirnée de nombreux vomissemens de bile , des coliques, et neuf selles liquides; pendant la nuit la chaleur fut forte et accompagnée de sueur. Le lendemain j on ordonna quinze grains d'ipécacuanha et un cataplasme émoUient à l'épigastre.

Des vomissemens de matière incolore suivirent de près l'administration de la poudre ; ils furent bilieux pendant la nuit, et la diarrhée persista au même degré que la veille. Le 1 7 , la soif était modérée , la cépha-lalgie peu considérable , le pouls un peu petit et un

82 RAMOLLISSEMENT , etC.

peti moins fréquent que les premiers jours. ( Limonade , viol. oxym. , pot. gomm. , lavem. émoU. , fomentai, émoll. )

Les vomissemens de bile et les douleurs épigastriques continuèrent , la diarrhée fut un peu moins considérable. Le 19, le pouls battait quatre-vingt-douze fois par minute , et on prescrivit l'application de quinze sangsues à l'épigastre. Il y eut moins de vomissemens de bile le lendemain , sans que la malade en éprouvât un mieux sensible.

Le ij 1 , la figure portait l'empreinte du malaise , était médiocrement animée, la langue nette et un peu rouge , la douleur à l'épigastre assez vive, le pouls un peu moins accéléré que le 19 ? la chaleur peu élevée. Les vomissemens de bile persistèrent, et le 24 on ordonna un large vésicatoire à l'épigastre, la solution de sirop de gomme acidulée , et des fomentations émollientes : le pouls était calme.

Le 28 , les symptômes n'avaient pas sensiblement changé, et la malade étant constipée depuis huit jours, on lui administra une once d'huile de ricin , mêlée à deux onces de sirop tartareux.

Cette potion fut vomie un quart-d'heure après avoir été prise , et néanmoins il y eut deux selles dans la journée. Le lendemain , la langue était moins rouge qu'à l'ordinaire 5, l'épigastre indolent, le pouls calme, et on ordonna deux gros de sel de Glauber dans une pinte de tisane.

La malade eut encore des évacuatiotiis alvines, des vomissemeiis d'un liquide roux , au fond duquel était luie matière floconneuse ( muqueuse probablement)

tachée de rouge. Le 3o , 1 epigastre était douloureux, la langue plus rouge qu'à l'ordinaire.

Du i"au 6 octobre, nausées fréquentes, vomissement des boissons , beaucoup plus rarement de bile. (Eau d'orge coupée avec un peu de lait. )

Le "j , abattement, malaise plus considérable qu'à l'ordinaire. (Cataplasme, huile opiacée en onctions sur l'abdomen , boissons glacées. )

Le S , la figure était plus naturelle, le malaise moins prononcé , la soif peu considérable , la langue presque dans l'état normal , les nausées continuelles cependant, le ventre et toute la poitrine extrêmem^ent sensibles à la pression ; l'émission de l'urine souvent difficile , quelquefois même la malade faisait des efforts inutiles pour la rendre; elle accusait une douleur à l'hypogastre, et la comparait à une barre ; la chaleur était douce , le pouls battait quatre-vingt-quatre fois par minute. (Demi-gr. d'ext. gomm. d'op. )

Les vomissemens de bile verte revinrent dans la journée , et continuèrent, plus ou moins nombreux, les jours suivans ; le pouls était petit et faible , il y eut de vives douleurs aux articulations. ( Un grain d'extr.1 gom. d'op. d.ans une pot. gomm. )

]li€ ir^, la langue était rouge et nette, la douleur à l'épigasl^ç très-îvive (par la pression, le pouls petit, *égulie3e,^'à soixantcr-çlfes-huit ; la faiblesse si considérable, i^iue. la malade ï^e pouvait se tenir sur sa chai^^e. Elle- avait) jeu, la veille, plusieurs évacuations aiyipes de; co'aletH' !brunftti)e 3 les iflai^§ée>s et les vomissemens continuaient.

Ils persistèrent jusqu'au 2^, et ne reparurent p^a^s ensuite. Les douleurs épigastriques devinrent suc-

84 RAMOLLISSEMENT , elc.

cessivement moins considérables , et cessèrent de se faire sentir à compter du i5 novembre. Du 18 au 3o du même mois , il y eut une diarrhée assez forte ; elle fut moindre dans les premiers jours de décembre , réduite à deux ou trois selles en vingt-quatre heures pendant tout ce mois, et les évacuations alvines étaient régulières le 10 janvier quand la malade quitta l'hôpital. La langue fut long-temps rouge , et ne devînt naturelle que dans la dernière moitié du mois de décembre. L'appétit commença, à se faire sentir le s/j. octobre , augmenta ensuite assez rapidement, et subit de fréquentes variations. Le 27, la malade prit trois petites tasses de lait qui n'occasionèrent , comme les tisanes, qu'un peu de pesanteur à l'épigastre. Le 6 novembre on lui accorda le demi-quart de portion , et un peu de bœuf bouilli détermina un léger malaise , tandis que des lentilles ne lui causèrent aucune incommodité. Le 1 1, elle prenait le quart de portion ; le 22 , on la réduisit, à cause de la diarrhée , àtroisdemicrêmes de riz seulement , et on n'alla pas au-delà pendant tout le reste du mois. On permit un peu de volaille au commencement de décembre. Le 1 3 , on donna le quart de portion, et peu après la demie, que la malade mangeait encore à sa sortie de l'hôpital.

A compter du 27 octobre, il y eut de Vives douleurs dans différentes parties du corps. Elles occupèrent d'abord les membres , étaient considérables , le 5 novembre, dans la fosse iliaque du côté -droit et dans les genoux, accompagnées d'une chaleur vive, mais sans enflure, dans ces derniers; le 19s tout le coi-ps était d'une si extrême sensibilité , qu'on ne pouvait en toucher une partie quelconque, sans exciter

de vives douleurs; il y en avait une très-forte sous le sein du côté droit : elle fut encore assez considérable les jours suivans , et ne disparut que le 28. Il y eut par intervalles des élancemens dans la fosse iliaque droite , et le 1 4 décembre les mêmes douleurs se déclarèrentàla plante despieds : elles augmentèrent les jours suivans j, par FelBet de la marche , et disparurent le 4 janvier, à la suite d'une éruption cutanée qui ne dura que quelques jours. On combattit ces divers accidens par l'emplâtre de thériaque avec addition de huit à dix grains d'opium et par les bains. La toux qui existait depuis le début , fut toujours peu incommode.

Le pouls devint très-accéléré quand le dévoiement fut considérable , et les douleurs de poitrine très-vives. Le 22 novembre il battait cent vingt fois par minute, était petit et faible ; le 8 décembre, cent quatre fois , et il ne reprit son état habituel qu'au mois de janvier. La malade était sensible au froid, eut des frissons par intervalles, mais sans rapport avec les douleurs de poitrine , ou autres, et elle ne se plaignit d'avoir trop chaud, dans aucun temps.

Elle témoigna de loin en loin beaucoup d'inquiétudes sur sa santé , eut rarement des maux de tête , et jouit, tout le temps qu'elle fut soumise à notre observation, du libre usage de ses facultés intellectuelles. L'expression et la couleur du visage ne furent sensiblement altérés que du 21 au 26 novembre ; à cett« époque la faiblesse était considérable, et elle ne se dissipa que très-lentement.

Sauf la complication de l'érysipèle et la durée des

86 1\ AMOLLISSEMENT, etc.

accidens , il y a , comme on voit , bien peu de diffé-' rence entre cette observation et la précédente. Les vomissemens débutent avec l'érysipèle , l'accompagnent dans tout son cours , continuent , presque sans interruption , pendant le premier mois que la malade est soumise à notre observation , en totalité près de deux mois ; les douleurs épigastriques sont plus ou moins vives, durent le même espace de temps : l'appétit revient après la cessation des vomissemens, mais la digestion est pénible pendant plusieurs jours ; une diarrhée assez forte , accompagnée de coliques , se déclare aussi après la cessation des vomissemens, et diminue avec lenteur. A la même époque des douleurs très-vives se manifestent dans différentes parties du corps , et le parcourent presque en entier. Le pouls , qui était un peu accéléré lors des vomissemens , le devient beaucoup plus au début de la diarrhée , et conserve long - temps sa fréquence , alors même que déjà la convalescence paraît confirmée : enfin , les forces ne se rétablissent qu'avec lenteur.

Les réflexions faites au sujet de l'observation précédente s'appliquent trop naturellement à celle-ci pour qu'il soit utile de les reproduire , et nous nous bornerons à remarquer que , bien qu'il y eût identité dans les symptômes, l'état de la langue était loin d'être le même dans les deux cas ; que, presque toujours naturelle dans le premier , elle fut presque constamment rouge dans celui-ci ; que par conséquent sa couleur n'est d'aucune importance dans le diagnostic de la gastrite , car , autrement , il faudrait admettre ou n'admettre pas cette affection , quand d'ailleurs tous les autres^mptômes sont les niêmes , ce qu'on

DE LA MjQQUEUSE GASTPaQUE. 87

ne saurait soutenir. Nous observerons encore que la malade jouit, à toutes les époques de sa longue maladie , de l'intégrité de son intelligence ; que sa faiblesse fut proportionnée au défaut d'alimentation, et aux pertes plus ou moins considérables qu'elle faisait journellement ; qu'il n'y eut de prostration dans aucun temps, même à l'époque où les vomissemens furent remplacés par une assez forte diarrhée , ce qui achève de montrer l'exacte ressemblance de cette affection heureusement terminée, avec celles du même genre, mais plus ou moins compliquées, dans le cours desquelles les malades ont succombé.

Enfin, les vives douleurs qui occupèrent successivement presque toutes les parties du corps , établissent une dernière similitude entre cette observation et la précédente , et provenaient sans doute , dans les deux cas, des longs efforts de vomissemens ; ce qui expliquerait pourquoi elles ont été plus variées , et sur-? tout plus fortes dans le second que dans le premier.

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XVP Observation,

Une fille âgée de vingt-quatre ans , d'une constitution médiocrement forte , d'un caractère décidé , ayant peu d'embonpoint, était malade depuis huit jours, quand elle fut admise à l'hôpital de la Charité , le 3 octobre 1825. Née à Thion ville , arrivée à Paris depuis six semaines , elle s'exprimait difficilement , ce qui nous força de borner nos questions aux accidens développés depuis le début de sa maladie actuelle ,

58 RAMOILISSEMENT , etC.

dont les premiers symptômes avaient été une douleur obtuse à la partie supérieure du sternum, et l'anorexie complète : des frissons suivis de chaleur et de sueurs s'y étaient joints, et s'étaient répétés tous les jours dans les cinq derniers , à dix heures du matin ; dèslors il y avait eu un peu de toux , des maux de tête , et aphonie par intervalles. Les selles avaient été rares , l'épigastre indolent, et la malade n'avait pas cessé de travailler.

Le [\ août , au moment de la visite du matin , figure naturelle , céphalalgie frontale , membres libres et indolens , anorexie sans dégoût ; langue naturelle au pourtour, un peu grisâtre au centre ; soif nulle, abdomen souple et sans la moindre douleur dans toute son étendue ; constipation , urine facile ; respiration peu accélérée , toux vive , aphonie par intervalles : pouls calme, chaleur douce, attitude naturelle. (Solution d'oxym. , tisane de chicor. , deux tasses ; deux demi crèmes de riz. )

L'accès eut lieu à la même heure que les jours précédens , et le lendemain l'état de la malade n'avait pas changé d'une manière appréciable. ( Sulfate de kinine , vi gr. ; lav. émoll. )

Le même jour le frisson ne vint qu'à deux heures de l'après-midi , le sulfate de kinine fut rendu peu de temps après avoir été pris , et le 6 , à huit heures du matin , il y eut un nouveau frisson ; un peu plus tard , à dix heures, la chaleur était établie, la. figure un peu rouge , le pouls médiocrement accéléré. ( viii gr. de suif, de k. en quatre doses. )

Les frissons ne revinrent plus dès ce moment ; mais jusqu'au 1 2 ( époque à laquelle on cessa d'adminis-

Irer le sulfate de kinine ) , il y eut journellement des accès de chaleur, qui revenaient à des heures variées , le matin ou le soir , et ordinairement sans sueur. Dans la soirée du 9 , la malade eut quelques vomissemens de bile. Le i o , à l'heure de la visite , elle avait des nausées; le soir, elle rendit encore beaucoup de bile ; elle était à-peu-près dans le même état le lendemain, et rendit par la bouche, au milieu des vomissemens , un ver lombric.

Le 1 2 , les vomissemens de bile continuaient , l'épigastre était le siège d'une douleur piquante, profonde, que la pression n'augmentait pas ; le pouls à peine accéléré, la chaleur naturelle, la langue dans l'état normal ; les pupilles avaienf une largeur convenable , il n'y avait pas de prurit à l'extrémité du nez. ( Limon. , lav. émoU. )

Le même jour et le lendemain , les vomissemens de bile furent nombreux et les efforts de vomissement presque continuels. Le 14? malaise, anxiété, expression d'une profonde tristesse , céphalalgie intense , douleurs sur les parties latérales et inférieures de la poitrine , langue naturelle , épigastre ind.olent , pouls un peu accéléré , chaleur très-médiocrement élevée. ( Eau de Seltz coupée avec une solution de sirop de gomme. )

Les vomissemens ne furent pas moindres que la veille , et la malade rendît encore un ver lombric. Le i5 au matin, céphalalgie peu considérable, malaise, morosité , épigastre indolent , constipation depuis cinq jours, vives douleurs au-dessous des mamelles.

Ces symptômes persistèrent, et le 1 8 la malade rendit pour la troisième fois un ver lombric. Le même jour des

go KAMOLLISSEMENT, etc.

lavemens purgatifs lui furent administrés sans succès : le 19 , on en prescrivit d'eau simple à la glace, et le même jour il y eut deux selles. En même temps la malade prit des boissons très-froides , et, le 22, on ordonna l'application d'un vésicatoire à l'épigastre. Les vomissemens qui avaient continué sans interruption, cessèrent le 2^ , reparurent encore les trois jours suivans, et furent complètement dissipés le 28, époque à laquelle la malade prenait de l'eau alcaline gazeuse , depuis deux jours. Les nausées ne cessèrent qu'au 1^' novembre , et dès-lors l'appétit se fit sentir. Pendant huit jours la malade ne prit que quelquescrêmesde riz, après quoi on augmenta par degrés la dose de ses alimens, de manière que dans la dernière semaine de novembre elle fut mise à la demi-portion. Alors ses digestions étaient faciles, et elles continuèrent à l'être jusqu'au moment où elle quitta l'hôpital , le 4 novembre suivant. La langue fut toujours dans l'état naturel , ou seulement un peu grisâtre au centre ; la soif modérée, les selles i^ares pendant quelque temps encore , puis régulières.

La chaleur, qui était peu Considérable dans la matinée , fut assez vive le soir et pendant la nuit , tant que durèrent les vomissemens ; puis elle redevint naturelle. Le pouls, dont la fréquence avait augmenté successivement , battait cent cinq fois par minute le 25 octobre ; sa viîesse diminua peu après la cessation des vomissemens, et, dans les derniers jours de novembre, il était parfaitement calme.

La toux ne dura que quelques jours , et à part un peu d'accélération pendant la durée des phénomènes gastriques, la respiration n'offrit rien de remarquable.

DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. Ql

Les douleurs de tête furent rares; il y en eut d'assez vives dans les lombes; celles-ci persistaient encore quand la malade sortit de l'hôpital , malgré des frictions faites avec de l'eau-de-vie camphrée , plusieurs jours de suite , et quelques i)ains tièdes. Les forces se rétablirent avec assez de promptitude dès qu'on put accorder , sans inconvénient, la demi-portion.

Bien que la douleur à l'épigastre ait manqué à-peuprès complètement , nous croyons devoir rapporter cette observation à la lésion qui nous occupe. Comme dans les deux dernières, en effet, la maladie avait débuté par des symptômes peu intenses, qui la réduisaient, dans les premiers jours, si l'on en excepte les accès de fièvre quotidiens , à un peu de douleur de tête et à l'anorexie. A une époque plus avancée, le pouls fut constamment accéléré , la chaleur plus ou moins forte , les vomissemens de bile continus. Ces vomissemens ne durèrent que vingt jours, beaucoup moins que dans les xiv^ et xv^ observations ; mais nous avons trouvé la membrane muqueuse de l'estomac profondément altérée , chez le sujet de la première, bien que les vomissemens n'eussent commencé que vingt-cinq jours avant la mort , de manière que tout semble indiquer qu'ici , comme dans les autres cas , la lésion de la muqueuse gastrique a dû être extrêmement grave.

A la vérité , la malade qui nous occupe ayant rendu des vers lombrics par la bouche , quelques personnes croiront peut-être devoir attribuer à leur présence dans i'eslomac les symptômes observés. Mais si l'on

ga RAMOLLISSEMENT; etc.

réfléchit que ces symptômes ont été , comme nous venons de le dire , en tout semblables à ceux qui ont eu lieu dans le ramollissement avec amincissement de la membrane muqueuse de l'estomac ; que nombre de malades rendent des vers par la bouche, sans éprouver les accidens qui viennent d'être indiqués ; que ceux qui sont dus à la présence des vers n'ont pas la continuité de ceux qui ont été observés ; que ceux-ci ont persisté au-delà de l'époque à laquelle la malade a cessé de rendre des vers, ont débuté bien avant l'apparition de ces derniers ( ce qui tendrait à faire croire qu'ils n'ont été portés dans l'estomac que consécutivement) ; si l'on réfléchit, disons-nous , sur toutes ces circonstances , on sera porté à croire que dans ce cas la source des symptômes était encore la même que dans les précédens.

Remarquons encore que si les douleurs observées dans difîerentes parties du corps ont été moins vives et moins variées chez la malade qui nous occupe , que dans les deux précédentes observations, c'est sans doute parce que les vomissemens et les efforts de vomissemens auxquels il faut les rapporter en grande partie , ont été moins prolongés.

Si ces observations paraissaient insuffisantes pour montrer que la gastrite dans laquelle la membrane muqueuse de l'estomac est amincie et ramollie à un certain degré , est susceptible de guérison , la suivante, dans laquelle le malade, après avoir échappé à cette affection, a succombé à une autre maladie,, lèverait tous les doutes.

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