ALEXIS EYMERY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
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M DCCC xxm
On ressent une joie bien vive lorsque, après de longues traversées, on louche d’un pied la terre en repoussant de l’autre le canot qui nous a portés* Je trouve la constance des marins aussi surprenante qu’admirable, et j’ai peine à concevoir l'impatient désir que la plupart d’entr’eur éprouvent, après quelques momens de relâche, de se lancer de nouveau sur le perfide Océan, Il semble que ce soit pour eux une passion, un besoin continuel d’agitations et d'émotions.
Pour moi, je ne connais aucun métier plus capable d’aigrir le caractère et de le rendre brusque et chagrin; on y vit dans un état presque perpétuel de contrariété : veut-on aller au nord? le vent vous pousse au sud; désire-t-on dîner?
la tourmente ébranle votre table, renverse vos
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plats; si Ton marche, il faut se tenir péniblement en équilibre pour résister au tangage et au roulis.
Jamais un moment de solitude, point de portes pour échapper au bruit et aux importuns, point d’asile pour le travail et pour la rêverie; si l'espoir de dormir vous console, les cris des matelots, le changement bruyant (tes manœuvres, les viremens de bord, les secousses violentes du bâtiment, le mugissement des vagues vous réveillent k chaque instant; enfin, ayant à redouter également l'air qui peut vous emporter, la terre où bon craint d'échouer, une mer sans fond, qui menace de vous engloutir, ne voyant au-dessus, au-dessous et autour de vous, que le ciel et beau, vous êtes encore exposé aux périls du feu, que vous bravez sur un bâtiment de bois qui porte un magasin de poudre.
La gloire même est plus soumise, sur la mer que partout ailleurs, aux caprices du sort; et, pour déjouer les calculs du plus habile et du plus brave capitaine, il suffit d’un calme imprévu * d’une saute de vent, d’une voile déchirée et d’un mât brisé.
Payons donc â nos intrépides marins un juste et'triple hommage : ce n’est pas, comme sur terre*
au prix seul de leur sang qu’ils acquièrent des lauriers: c’est en s’exilant presque perpétuellement de leurs foyers, en sacrifiant à leurs devoirs tous les plaisirs de famille, de société, tous les plus doux sentimensde la nature; q’est en triomphant non-seulement de leurs ennemis, mais de tous les élémens, qu’ils méritent la palme glorieuse que leur doit une patrie reconnaissante.
Moi qui partageais, comme voyageur, leurs périls, sans espoir de partager leur gloire, je ne saurais exprimer le plaisir que je ressentais en m’élançant sur la terre, en revoyant ma patrie, et en montant daus la voiture qui devait me faire retrouver en peu de jours tous les objets de mon affection. Tout était délices pour moi : l’aspect des champs, la vue des arbres et de la verdure, la pureté de l’air, la fraîcheur des alimens et l’absence de cette eau fétide qui, pendant une longue navigation, peut seule étancher notre soif en ré voltant nos sens.
A quelques lieues de Brest, ayant quitté ma voiture pour gravir à pied une montagne assez longue, et pour jouir enfin du plaisir de me promener sur un terrain solide, je fus tout à coup témoin d'une autre joie qui se manifestait par les plus bruyans transports.
J'avais pris sur mon habitation de Saint-Domingue et amené avec moi en France un jeune nègre nommé Aza, âgé de treize à quatorze ans. Tout à coup je le vois sauter , danser, chanter et rire aux éclats. « Quelle est donc, Àza, lui dis-je, 7* la cause de ces folies? Alors le négrillon, continuant ses gambades, me dit en me montrant avec sa main des paysans qui bêchaient un champ : <t Maître moi, maître-moi ? mirez là-bas ; li blancs
travailler, li blancs travailler, travailler comme ïj nous! »
Cette joie si vive me fit tristement rêver au sort d’une race d’hommes, accoutumés par l'esclavage à regarder des hommes d’une autre couleur, comme une race d’une nature différente de la leur, et presque comine des dieux, mais comme des dieux méchans. Le temps a marché ; les nègres d’Haïti sont libres; nous ne sommes plus à leurs yeux que des hommes, et ces nègres indépendans ne travaillent plus que pour eux.
Je repris ma course. Les postillons, bien payés, semblaient voler, et mon impatience me faisait croire qu’ils allaient au pas; enfin j’arrivai à Versailles, où je me retrouvai, avec un ravissement qu’on sent, mais qu’on nexprime pas, dans les bras d’un père vénéré et d’une famille chérie.
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dont, un mois auparavant, fêtais séparé par un immense abîme,
À la cour comme à Paris, tout est soumis à la mode : cette folle puissance élève on abaisse passagèrement la valeur de chaque individu f non selon son mérite, mais suivant la plus petite circonstance, qui attire sur Sui ou en éloigne l’attention.
Dans ce moment un jeune colonel, revenu d’Amérique, et témoin des triomphes d’une république nouvelle, devenait un objet de curiosité et de bienveillance, La position de mon père rendait pour moi cette distinction momentanée plus remarquable*
Peu d’heures après mon arrivée, la reine eut la bonté de me taire dire de venir la voir chez madame la duchesse de Polignac, où elle dînait. Elle ajouta à cette faveur, lorsque je fus près d’elle, les paroles les plus obligeantes sur le compte qu’on lui avait rendu de ma conduite, paroles auxquelles la grâce qui lui était naturelle attachait un nouveau prix. Elle me parla des succès de nos armées sur terre et sur nier, et des avantages d’une paix glorieuse pour la France t avec la fierté et le sentiment d’une reine, et d’une reine française.
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Quelques jours après, M. le comte de Vergenues m'entretint long-tems de la situation intérieure des États-Unis, et de 1 esprit public de ce pays. Sa prévision sur tes destinées futures de cette nouvelle république, et sur l'influence que pourraient en ressentir bien d'autres contrées, était claire, sage, profonde : les événement* font prouvé et le prouvent de plus en plus*
Cependant, en me parlant avec éloge de nies dépêches que mon père lui avait lues, je vis qu'il ne partageait pas nion opinion sur la probabilité d une prochaine révolution dans l'Amérique espagnole; il croyait qu’elle en serait garantie par l'ignorauee des habitons de ces grandes colonies et par la puissance du clergé.
Je m'aperçus, dès ce premier entretien, quil avait forme le dessein de me faire entrer dans la carrière diplomatique, soit que, par une prévention favorable, il crût pouvoir m'y employer utilement, soit qu'il voulût, par ce moyen, réparer envers mou père quelques torts qui avaient précédemment mis enlr’eux un refroidissement momentané.
M. de Vergeimes était un homme instruit, adroit, sage dans sa politique, modeste dans son extérieur, simple dans son langage; mais quelle
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est la sagesse qui peut constamment éviter toute tentation et tout écueil dans les grandes places, au milieu d'une cour, foyer perpétuel d 1 intrigues!
L'habile politique de M. de Vergennes avait eu un plein succès; la sagesse de ses mesures avait contribué a la pacification de la Russie et de la Turquie, de la Prusse et de l’Autriche, et prévenu ainsi une guerre continentale dans laquelle nous nous serions vus entraînés.
Ayant trouve le moyen de déjouer les efforts du cabinet britannique, une ligue puissante s’élait formée sous notre direction en faveur de la république des Etats-Unis, tandis que, pour soutenir cette redoutable lutte, l'Angleterre, dépourvue d’alliés, sétait vue réduite à ses propres forces. Enfin une paix honorable venait de couronner des travaux glorieux; elle enlevait treize grandes provinces à notre éternelle rivale, rendait à nos alliés des villes, des colonies, des îles qu üs avaient perdues, nous faisait reprendre une grande influence en Europe, et nous replaçait au rang dont la faiblesse du règne de Louis XV nous avait fait descendre* Louis XVI jouissait par la d'une prééminence conforme k son caractère vertueux, celle d’un monarque modéré, puissant et pacificateur*
Les affronts de la paix de iy63 étaient effacés. La France entière avait vu, avec des transports de joie, renvoyer de Dunkerque le commissaire anglais, dont la présence, humiliante pour nous, était une insulte prolongée* L’indépendance de l’Amérique ouvrait de nouveaux débouchés à l'activité de notre agriculture et de notre commerce* Tout semblait nous assurer une prospérité croissante.
Il était juste «que des ministres, après de tels succès, reçussent quelques preuves de la satisfac* tien du roi : il nomma M. le comte de Yergennes chef du conseil des finances. Jusque-là ce titre n’avait été qif honorifique; quelques amis ambitieux persuadèrent à M, de Vergennes de .lui donner une réalité, qui pouvait Fêle ver au rang de premier ministre.
Cette intrigue était Conduite par MM. de Miroméiiil, Joly de Fleury, Bourgade, Foulon , d’Harvelai et Galonné. Le prétexte allégué par eux fut Férïormité des dépenses de la marine, et le grand nombre de lettres de change qui arrivaient journellement des colonies. En conséquence on suspendit le paiement de ces lettres, démarche imprudente qui compromettait le crédit.
M- de Castries, ministre de la marine, était
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évidemment l’objet de ces mesures presque hostiles Une ordonnance prescrivit à tous les ministres de comparaître devant le comité lorsqu'ils y seraient cités, et d’y rendre compte de la dépense de leurs départ emens. IL de Cas tries et mon père prévirent à l'instant les suites de ce premier pas, qui devait les soumettre a un premier ministre.
Cet examen des comptes n’aurait rien eu de choquant, s’il avait été réciproque; mais en faisant cette innovation, c'était devant M. de Yergennes et son comité qu’on citait, comme devant un tribunal supérieur , les ministres de la guerre et de la marine, dont les combinaisons , le zèle et ! heureuse activité venaient de contribuer si efficacement au succès de nos armes et à la conclusion d'une paix glorieuse*
Par-là, non-seulement le ministre des affaires étrangères obtenait seul mie marque éclatante de confiance et de satisfaction ; mais, ce qui paraissait moins tolérable, c'était aux dépens de ses collègues quoi] l'élevait; il devenait, en quelque sorte, leur chef et leur juge, puisqu'on les soumettait à sa censure*
D’ailleurs les membres du comité pouvaient inspirer quelques craintes sur leur partialité, si
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Von en jugeait par l'amertume de leurs déclamations contre les dépenses, excessives selon eux, faites par tes départemens de la marine et de la guerre.
M, de Castries, plus spécialement attaqué et plus ardent, voulait se retirer et ne point paraître an comité* Mon père, plus froid, disait qu’il comparaîtrait pour obéir et se retirerait ensuite, Cette division dans le conseil gênait le roi, pressé, d’un coté par M, deYorgennes.d’adopter un plan qu’on lut présentait comme le seul moyen à prendre pour sortir de la situation critique où se trouvaient les finances, et, d’une autre part, retenu par la crainte de perdre et dlimmlîer deux ministres, dont ïi estimait la probité, la sagesse et les talens.
La reine, dans les premiers momens, navait point contrarié M* de Yergennes dans ses vues* Ce ministre saisissait alors toutes ics occasions de lui complaire, et sur sa recommandation il venait récemment de donner l'ambassade d’Angleterre à M* d’Adliémar*
Celui-ci , qui inspirait une grande confiance a la duchesse dePoiignac, sacrifia dans ce moment fanutié à l'ambition; oubliant qu’il devait sa fortune à mon père et à M* de Castries, il favorisa
autant qu’il le put le plan de M. de Y ergeunes, eu cachant aux yeux de la reine les conséquences d’une telle innovation. Cette princesse ne les comprit qu’a 1 instant où, la déclaration du roi étant publiée, les deux ministres qu’elle blessait firent éclater leurs justes plaintes.
« Ce n’est point, disait mon père, une nou- » velle forme d’administration que je blâme : si, » dans le comité, on n’avait placé aucun secré- » taire d Etat, j’irais sans répugnance y rendre » mes comptes; mais il n’est pas tolérable pour » moi de voir que M. de Vergennes, quand nous » sommes secrétaires d’Ëtat tous deux, jugera » mon administration, tandis que je ne jugerai » pas la sienne. L’intérêt de la fortune de mes » en fans, qu’on m’objecte en vain, ne me sé- » du ira point; je ne suis pas de ces hommes prêts » à perdre leur considération pour garder leur » place. Je dois obéissance au roi, mais je ne lui k dois point île supporter un désagrément aussi » choquant, lorsque j’ai mérité de justes marques » de satisfaction. »
Le roi ne tarda pas à s apercevoir que de mauvais conseils avaient égaré M. de Vergennes, et que ce plan pour former un conseil de finances, présenté comme une nécessité publique, n'était
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dicté que par une intrigue d’intérêts privés. Ce* pendant , comme ce prince avait un sens très droit, avant de revenir sur une résolution dont on ne pouvait plus lui déguiser les inconvénions, il voulut absolument que ses ministres obéissent,
M. de Cas tries porta au conseil des finances ses comptes des dépenses de la guerre ^Amérique, qui prouvèrent, jusqu’à l'évidence, la sagesse, l'habileté de son administration , et le peu de fondement des reproches dont elle avait été l’objet. En sortant du conseil, M. de Castries alla chez la reine, et lui montra sa démission qu’il voulait porter au roi. Cette princesse le pria d’attendre huit jours avant de la donner.
Dans la meme semaine, M. de Fleury, un des premiers conducteurs de l’intrigue, perdit sa place de contrôleur-général, qu’on donna à M. d’Ormesson , plus estimable par sa probité que par ses talens. On n’alléguait pas les motifs de ce renvoi, mais on les devinait
Le roi et la reine, mécontens du parti qu’on leur avait fait prendre, éprouvaient quelque embarras , et craignaient de compromettre leur autorité en revenant trop promptement sur une mesure si importante. La résistance des deux mi-
nistrcsj qui persistaient à vouloir rendre leurs portefeuilles ? les irritait*
Mon père leur avait présenté un mémoire dans lequel étaient développés, avec beaucoup de force et de clarté, tous les inconvéniens résultant d’un comité de finances, qui, soumettant sans réeipro^ cité deux secrétaires d'Etat au jugement de leur collègue, faisait de celui-ci un c^ef absolu, et des autres ses commis, détruisant ainsi tout équilibre dans le conseil.
La reine avait lu ce mémoire avec humeur* Le roi disait qui! ne voulait pas d’opposition, et qu'il n’était pas disposé à souffrir des ministres aussi indêpendans et rècalcitrans que Vavait été le due de ChoiseuL
Mon père reçut bientôt, ainsi que M. de Castries, une lettre de M* d’Gnnesson, qui les avertissait de se rendre au comité. Choqués avec raison d’une telle forme, tous deux répondirent qiL ils prendraient les ordres du roi . Ce prince les approuva, et leur dit qu’il leur indiquerait luimême le jour où ils devraient se rendre au comité.
JL de Castries fut le premier appelé : il présenta ses états de l’année, qui furent trouvés en règle. Mon père vint ensuite porter ses comptes, dont
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Je résultat satisfaisant était uu& remise de trois millions d’épargne sur les fonds qui lui avaient été assignés pour l’année.
Après la lecture de tous les états, aucun membre du conseil ne fit d’observation. Les deux ministres reprirent des mains du roi leurs portefeuilles; ils se retirèrent, et, dès qu’ils furent sortis, Louis X\J les combla d éloges et rendit une pleine justice à leur habileté, ainsi qu’à leur économie.
Peu de semaines après, le roi, travaillant avec mon père, fit une promotion de dix maréchaux de France, dans laquelle les deux ministres de la guerre et de la marine étaient compris; mais en même temps, sans en donner de motifs, et peutêtre pour qu’on ne crut pas qu’une grâce si bien méritée par tant d’anciens services et de blessures était, pour les deux ministres, une compensation du désagrément qu’ils avaient éprouvé, le roi voulut que cette promotion restât quelque temps secrète.
Avant quelle lût publiée, M. de Vergennes vint féliciter mon père et lui faire des protestations d’amitié qui furent reçues poliment, mais avec la franchise d’un caractère qui ne savait ni plier ni se masquer. « Vous m’avez fait douter
» quelque temps, monsieur, lui répondit-il, de » lu constance de cette amitié, en voulant con- » traindré vos confrères à vous reconnaître pour » juge dans l'administration de leurs départe- » mens. »
Le ministère de M. d’Ormesson fut court : avec de bonnes intentions, il commit des fuites; il fallut Un donner promptement un successeur, ÎVL Foulon prétendait à cette place; M, de Galonné femporta sur lui ; un grand parti à la cour et M. de Yergennes l'appuyaient. Dès qu’il fut nommé, il s'empressa d’annoncer k mon père que le comité des finances, cause de tant de débats et d’intrigues, battrait plus lieu, aujoutant qnil ïv avait accepté le ministère qu’à cette condition. Telle fut la fin de ce léger discord, grossi par le bruit public, et d'après lequel, sans doute, un historien moderne a cru pouvoir affirmer qt l’alors la cour et le ministère étaient une véritable république.
On peut compter le ministère de M. de Galonné au nombre des causes d’une révolution peut-être rendue inévitable * mais qu'au moins on aurait pu éloigner. La nomination d’un ministre ambitieux, léger, et la légèreté même avec laquelle il fut l'envoyé, ont certainement accéléré Foxplo-
sion que préparaient depuis long-temps d'anciens ressenti mens, des institutions vieillies, des mœurs nouvelles et une philosophie qui combattait tous les préjugés, en armant contre eux toutes les passions*
JVL de Galonné réunissait en lui tout ce qui pouvait plaire à la cour, déplaire au peuple, nourrir d'illusions l'autorité, et réveiller les alarmes des parlemens. Son maintien, ses formes tenaient plus de l'homme du monde que du magistrat ün admirait eu lui un esprit fin, un caractère liant, une imagination vive, une élocution facile* Apercevant tout rapidement et ^approfondissant rien, aucun obstacle ^inquiétait, n'arrêtait sa présomptueuse confiance.
Comptant, avec raison sans doute, mais avec peu de prudence et d’habileté , sur Vimmensité des ressources de la France, il en abusa plutôt qu’il ne s’en servit. L’embarras où Ton se trouvait alors par les suites d'une guerre dispendieuse, parles prodigalités de la cour, par la rareté du numéraire, par F absence du crédit, ne lui causait pas le moindre trouble; et, loin d’apporter a tant de maux réels F unique et sage remède d'une sévère économie, il crut pouvoir accroître sans danger les dépenses, relever la puissance de la
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cour en augmentant son éclat, imposer au public par le luxe, rappeler la confiance par des illusions, et faire adopter, sans opposition , des emprunts par des banquiers, de nouveaux impôts par les parlements, des sacrifices pécuniaires par la noblesse et par le clergé.
La sévérité de M. Necker avait attristé et effrayé; la médiocrité de ses successeurs avait découragé; l'audace et Y eüj oiienpH^WfSe MjpdèsCa km ne rassurèrent. Le péril parattrëgr^hd, dès qu'on
vit qu’il ne semb/îjpqif ïiWlè^^pT^n^stre chargé
de nous en faire\S4*rtir.
Ses premières
sures pour aVpié de Fargent
réussirent,comme èifit as qui estnouveau réussit toujours en France, Les courtisans, les financiers, les magistrats n’avaient jamais trouvé de ministre plus prompt à les accueillir, à les écouter, à leur répondre. St les princes avaient des dettes, il les payait; si les femmes sollicitaient des grâces, elles étaient accordées ou promises; Comme il avait le travail prompt et bien distribué, son temps semblait toujours libre; les affaires ne Fenlevaîent pas à la société * et son cabinet pouvait passer pour un salon.
Le génie d'un tel homme était le génie de l'espérance, très conforme à celui qui animait alors il. 2
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la nation française - aussi, clans les premiers temps, Paris retentissait de son éloge : il faut avouer que nous entrions, presque tous,dans le cercle d'illusions, que sa baguette magique nous présentait.
Rassurant les parlementaires contre les coups d’Etat, respectueux pour les princes de l'Église, libéral avec les philosophes, qui ne lui connaissaient pas de préjugés, agréable aux gens de lettres , dont il aimait et encourageait les lalens déférant pour ses collègues, prodigue pour les hommes puissans de la cour, dans son début il plaisait trop à tous, pour être jugé sévèrement par personne.
Cependant, pour s'attirer et conserver la confiance des parlemens, il lui aurait fallu une grande constance d'efforts; car il trouvait la d'anciens ennemis, qui conservaient un profond ressentiment de sa conduite antérieure dans l'affaire, t rop malheureusement célèbre, du parlement de Bretagne, de HL de La Chalotais et de M. le duc d 7 Aiguillon.
Il est bon d’en dire quelques mots, puisque ces faits avaient laissé de longues traces, et excité l'animosité de la magistrature contre les abus du pouvoir ministériel. On ne peut oublier, si l'on veut juger le temps présent, cette vérité : c'est