‹ Mémoires, ou Souvenirs et anecdotes (vol.2)Chapitre 20 sur 20 · FIN DO TOME PREMIER · texte numérisé non relu

FIN DO TOME PREMIER

Ce 9 août i3aS,

Monsieur le Comte ,

pais prévu que vous tinssiez publier une seconde édition du volume de vos Mémoires avant de donner le Jour au second,

des traits honorables du ministère de

M. le maréchal, votre père * qui iTlionore pas moins .sa mémoire que ceux que vous avez fait connaître. Eu I7&S ou ryâfi f car il s’est passe dr puis tant d’événemcas que j en ai oublié la date précise, un sieur Petriconï, colonel d’un régiment corse^ m’amena deux de ses compatriotes. L’un des deux avait eu le malheur d’étre victime de Terreur d’un tribunal de Corse, qui 1 avait condamné au fouet et à la marque , sur une accusation calomnieuse de subornation de témoins. L’accusateur, opprimé sans doute par le remords ou par la crainte d’une mort prochaine, fit tardivement Tavcii de son crime. A rapproche de inexécution de ce fatal jugement, tous les hahitans de la ville où die devait avoir lien manifestèrent un deuil public î leur évéque à leur tête, ils supplièrent le comte de Marhcauf de 1 a suspendre jusqu'à ce qu’on eût obtenu la révision du procès. Le vieux général fut inflexible, et T innocent reçut 1 empreinte d’un fer ardent. Par une distinction particulière, cet infortuné fut exempt de travailler avec les forçais, et ou lui accorda, comme une grâce, k faculté de rédiger un mémoire justificatif, et de le faire parvenir an Conseil, qui renvoya l'examen de cette affaire à un parlement de France. Frappés de Tinnoeenee du condamné, les nouveaux juges cassèrent le jugement soumis à leurs lumières ; mais comment réparer lin aussi grand dommage ? étaitil au pouvoir de l’autorité royale d effacer k tache imprimée sur le corps de la victime, de k réintégrer dans son honneur, dans le

grade qui lu; avait été enlevé î C’était là cependant Je service pour lequel ou sollicitait mon ministère. Je ne voyais pas tTaWd de remède à un si grand mai Cependant, en .réfléchissant sur l'étendu* du pouvoir suprême , je tentai de Témou voir et d'obtenir du rnini^ tre de la guerre sou intervention en faveur du malheureux Ab «tue ci. Le mémoire que je publiai en son nom produisit une sensation plus vive que je n’osais l’espérer; il électrisa les plus grands personnages de la conr. Plusieurs militaires suivirent en foule mon client j qui se jeta aux genoux de Louis XVI, au moment oii Sa Majesté traversait la galerie du palais. Le roi, en l'aidant à se relever, prit son mémoire et le remit, après l'avoir lu , à M, le maréchal de Ségur, pour M faire un rapport de cette affaire. M. le maréchal s’acquitta de cette tâche avec le ride le plus louable, et détermina Sa Majesté à rendre une ordonnance qui réintégrait le sieur Âbatiacci dans son grade de lieutenant-colonel, lui restituait les trois années d’«ippointcmens dont il avait été frustré r et ajoutait à cet acte de justice la décoration de la croix de Saint-Louis.

Ce fait, honorable pour la mémoire de Louis XVI et de son ministre , fut consigné dans la Gazette de France ; sa publicité , dans laquelle le nom du défenseur fut compris, devînt pour moi Tunique et la plus précieuse récompense.

Combien il est à regretter que tous les ministres qui ont précédé ou suivi celui dont vous avez reçu le jour, n'aient pas toujours usé de leur ascendant pour obtenir de Pnuiorité royale des décisions d’une justice aussi éclatante!

Je suis avec une respectueuse considération,

Monsieur le Comte ,

Voire très humble et très obéissant serviteur,

BELÀCROIX f

Juge üti Tnliutn.il tïiii dr YlîrdiJtoh.

Chevalin- t1« 1.1 Lifiüii d’UirlilM crr.

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