‹ Mémoires ou souvenirs et anecodotesChapitre 1 sur 5 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Cest pour les hommes heureux, riches et puissants, que j'ai composé cette Galerie morale ei politique ^ bien que je sache qu'ils sont ordinairement ae tous les lecteurs, les moins disposés à recevoir des conseils et à entendre des vérités.

Piutarque disait fort à propos que « c'est principale- « ment à ceux qui ont la fortune à leur commande-

• ment, que les amis, parlant librement, sont néces- « saires *, il en est peu qui en félicité retiennent le bon

• sens : la plupart ont besoin de sagesse empruntée et « de raison venant d'ailleurs, pour les abaisser et affer- « mir quand ils sont enflés ou ébranlés par les faveurs «' delà fortune : car, lorsque cette fortune vient à ôter la « grandeur et l'autorité, alors les affaires mêmes ap- « portent avec elles un châtiment accompagné de re-

• pentance, et pourtant n'est-il lors point besoin d'amis « qui remontrent librement : il faut des secours aux « malheureux et des conseils aux heureux, tandis qu'or^ « dinairement on s'empresse de porter des secours aux « puissants et des reproches aux infortunés. » Mais comment se faire entendre par ceux qui nous écoutent de si haut et de si loin? Quand la fortune ne les entoure que de visages riants, lorsque la flatterie caresse leurs vices et leurs faiblesses, la pauvre vérité ne sera-t-elie pas repoussée par eux, si* elle veut leur adresser des paroles sévères, et leur montrer au moins un miroir trop fidèle?

On a toujours cru, avec raison, qu'il lui fallait un peu d'adresse pour s'introduire ; elle a même usé parfois, avec succès, de déguisements pour se faire accueillir, et c'est sous le voile de la fable qu'elle a le mieux réussi.

Esope était plus^couté à la cour de Crésus que Solon : un sénateur a()aisa par une fable la sédition dt)

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