CHAPITRE XVI
Plan d'attaque. — Mon poste. — Forces respectives. — Etat de la place. — Batterie de la Convention. — O'Hara prisonnier. — Attaque générale. — Avantages des républicains. — Fautes de Bonaparte. — Incendie. — Dévoûment des forçats. — Seules honnêtes gens de Toulon. — Lapoype^ Masséna au fort Pharon [Faron). — L'adjudant général Micas. — Pas de la Masque. — On me croit mort. — Le fort la Malgue est pris. — Entrée dans Toulon. — L'armée a bien mérité de la patrie. — Port-de-la-Montagne . — Mesures rigoureuses. — Grand jury . — Exécutions. — Mes larmes.
— Auguste Barras. — Mme I^apoype. — On rétablit l'ordre. — Quels auteurs des désordres de Toulon. — Suspension des mesures rigoureuses. — Réactions. — Assassinat du maréchal Brune. —
Gloire de la prise de Toulon. — Quelle part y prit Bonaparte. — Répartition des troupes assiégeantes. — Ce que devinrent leurs généraux. — Mort de Dugommier. — Bonaparte général de brigade.
— Son intrigue auprès des femmes. — Arena^ Robespierre jeune et Ricord. — Mme Ricord. — Repas fraternel. — Véritables sansculottes. — Génuflexions de Bonaparte. — Table privilégiée. — Les coudes percés. — Coquetteries italiennes.
Les désordres avaient cessé devant le nouveau général en chef. Déjà il avait ordonné toutes les dispositions défensives; ensuite, dans un conseil de guerre, il nous lut son plan d'attaque, qui fut unanimement adopté. Mes collègues restèrent auprès du chef. J'allai prendre mon poste à la division de gauche, commandée par Lapoype.
L'armée assiégeante de Toulon ne dépassait pas vingt-cinq mille hommes : l'ennemi en opposait trente mille. Les Espa-
gnols et les Anglais, principaux maîtres de cette ville, avaient réparé les forts et établi de nouvelles batteries; celle de Malbousquet était maîtresse de toute la plaine. Dugommier répara la faute de nos artilleurs, qui nous laissaient ce désavantage. Dans une nuit, sur le haut d'un rocher, il construisit la terrible batterie de la Convention, qui domina Tennemi.
Plusieurs sorties avaient été repoussées; et le général O'Hara, poursuivi et enveloppé par nos grenadiers, était Frimairo tombé cu uotre pouvoir. Enfin, le jour convenu, le 18 dé- ^^no3^^^ cembre, Toulon fut attaqué sur tous les points; le combat fut sanglant. Dugommier s'empara de toutes les redoutes et des retranchements élevés par l'ennemi : il le délogea aussi des positions formidables de Balaguier et de l'Aiguillette dont il s'était emparé par la négligence de Bonaparte à perfectionner les moyens de défense en cet endroit où il aurait dû placer de la grosse artillerie; et, devenu maître de ces postes importants, Dugommier ordonna à Bonaparte d'en prendre possession. Celui-ci exécuta ce mouvement avec une lenteur qui facilita aux assiégés l'évacuation de Toulon, qui eut lieu le 19 décembre. Avant de se retirer, quand l'ennemi jugea ne pouvoir plus se maintenir dans la ville, il incendia les vaisseaux stationnés dans le port, prit ceux qui étaient armés et que commandait TrogofF, embarqua ses troupes, et une partie des insurgés mit sous voile et sortit du port ainsi que de la rade, sans éprouver de grands dommages. L'incendie de nos vaisseaux et de quelques-uns de nos établissements maritimes fut arrêté par les employés de l'arsenal, et plus particulièrement par les forçats, qui firent des prodiges pour éteindre ces flammes allumées par les Anglais. C'est parce que dans le récit des faits nous avions cru ne pouvoir refuser à ces malheureux la justice qui leur revenait dans cette circonstance, qu'on a dit que nous les avions proclamés « les seules honnêtes gens de la ville de Toulon ».
Pendant que Dugommier battait l'ennemi sur la droite,