‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 129 sur 230 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

même en présence du Tribunal révolutionnaire *. Des amis qu'on croyait aussi nombreux qu'ils le paraissent dans la prospérité, avaient promis de ne pas l'abandonner et de se

1. Rapport de Saint-Jlst. — La Révolution est dans le peuple, et non point dans la renommée de quelques personnages. Cette idée vraie est la source de la justice et de l'égalité dans un État libre; elle est la garantie du peuple contre les hommes artificieux qui s'érigent en quelque sorte en patriciens, par leur audace et leur impunité.... On a tenté depuis longtemps de vous avilir s'il était possible; vous avez marché entre la faction des faux patriotes et celle des modérés que vous devez abattre. Ces factions, nées avec la Révolution, l'ont suivie dans son cours, comme les reptiles suivent le cours des torrents. Il faut quelque courage pour vous parler encore de sévérité après tant de sévérité. L'aristocratie dit : ils vont s'entre-détruire; mais l'aristocratie ment à son propre cœur : c'est elle que nous détruisons : elle le sait bien.... Je viens donc dénommer les derniers partisans du royalisme, ceux qui depuis cinq ans ont servi les factions, et n'ont suivi la liberté que comme un tigre suit sa proie.... Nous avons passé par tous les orages qui accompagnent ordinairement les vastes desseins. Une révolution est une entreprise héroïque dont les auteurs marchent entre les périls et l'immortalité. La dernière vous est acquise si vous savez immoler les factions ennemies.... Elles sont le dernier espoir de la tyrannie : elles ont leur source dans la passion ordinaire de tourner à son avantage personnel la réputation que l'on s'est faite.... Qu'on ne s'étonne plus de la chute de tant de tréteaux : ce fut chez tous les peuples la marche de l'esprit humain, et c'est ce qui nous est resté de la monarchie. Tout ce que les tyrans nous reprochent de mal, nous vient d'euxmêmes, et l'Europe serait heureuse s'ils n'y régnaient pas.... Nous allons voir quel parti les factions surent tirer de ces vices de notre complexion; nous allons voir comment tous les crimes, forcés à dissimuler par la violence du penchant du peuple vers la liberté, fermentèrent pêle-mêle avec la Révolution; nous allons démasquer tous les visages; nous allons suivre pas à pas l'étranger..... Le parti d'Orléans fut le premier constitué : il eut des branches dans toutes les autorités et dans les trois législatures. Ce parti criminel, mais dénué d'audace, s'est toujours revêtu des prétextes de circonstance et des couleurs dominantes : de là est venue sa ruine, car, dissimulant toujours et ne brusquant pas, il était emporté par l'énergie des hommes de bonne foi, et par la force de la vertu du peuple, et suivait toujours le cours de la Révolution, se voilant sans cesse, et n'osant jamais rien.... C'est ce qui fit croire, au commencement, que d'Orléans n'avait aucune ambition.... Ces convulsions secrètes des partis qui dissimulaient ont été les causes des malheurs publics. La révolution populaire était la surface d'un volcan de conjurations étrangères. L'Assemblée constituante, sénat le jour, était la nuit un ramas de factions qui préparaient la politique et les artifices du lendemain. Les afTaires avaient toujours une double intention : l'une ostensible et coloriée avec grâce, l'autre secrète et qui menait à des résultats cachés et contraires aux intérêts du peuple.... On fit la guerre à la noblesse, amie coupable des Bourbons, pour aplanir le chemin du trône à d'Orléans. On voit à chaque pas les efforts de ce parti pour ruiner la Cour, son ennemie, et conserver la royauté; mais la perte de l'une entraînait l'autre. Aucune royauté ne peut se passer de patriciat.... On avait compté sur l'ascendant de Mirabeau pour conserver le trône sans patriciat. Lui mort, on essaya, dans la revision, de constituer ce problème; on ne le put pas. La législation étant impuissante pour favoriser ce parti, on se jeta dans la politique et dans l'intrigue. Une nouvelle scène

rendre au Palais de Justice pour y frapper et dissoudre le tribunal égorgeur. Ils manquèrent à l'appel. Danton, ne voyant personne arriver, parut surtout étonné de l'absence

s'ouvre : les crimes du tyran avaient fait abhorrer la royauté, que Brissot, Vergniaud, Pétion et leurs complices voulaient maintenir pour d'Orléans. L'opinion du peuple était tellement opposée à la monarchie, qu'il n'y avait aucun moyen de la maintenir ouvertement. Alors on voit le parti d'Orléans dissimuler de nouveau : c'est lui qui propose quelquefois le bannissement des Bourbons; et c'est lui qui veut les remettre sur le trône; c'est lui qui veut rétablir la royauté et qui la proscrit en apparence : c'est lui qui tous les soirs se retrouve avec d'Orléans : c'est lui qui le dénonce et le persécute en apparence.... Cette politique ne put résister à l'énergie des partisans de la République. Dumouriez, l'ami des rois, et le chef de la faction d'Orléans, Dumouriez qui ne s'était déclaré contre Lafayette que parce que celui-ci était l'homme de la Cour, Dumouriez qui voulait le bannissement du Roi, mais non sa mort, pour lui substituer une autre dynastie, Dumouriez, l'homme de d'Orléans et de Brissot, éclate.... 11 y eut une faction en 1790 pour mettre la couronne sur la tête de d'Orléans; il y en eut une pour la maintenir sur la tête des Bourbons; il y eut une autre faction pour mettre sur le trône de la France la maison d'Hanovre. Ces factions furent renversées le 10 Août avec la royauté. La terreur força à dissimuler plus profondément tous les conjurés s ;crets en faveur de la monarchie. Alors toutes ces factions prirent le masque du parti républicain. Brissot, la Gironde et Dumouriez continuèrent la faction d'Orléans; Carra, la faction d'Hanovre; Manuel, Lanjuinais et d'autres, le parti des Bourbons.... Fabre d'Églantine fut à la tête de ce parti; il n'y fut point seul : il fut le cardinal de Retz d'aujourd'hui. Panégyriste de d'Orléans, il a été jusqu'au moment de sa détention, et même depuis, le continuateur de toutes les factions : il usa de toutes les intrigues des autres pour intriguer par elles.... Ce fut toi, Danton, qui fis nommer Fabre et d'Orléans à l'assemblée électorale : tu vantas le premier comme un homme très adroit, et tu dis du second que, « prince du sang, sa présence au milieu des représentants du peuple leur donnerait plus d'importance aux yeux de l'Europe ». Chabot vota en faveur de Fabre et de d'Orléans. Tu enrichis Fabre pendant ton ministère. Fabre professait alors hautement le fédéralisme, et disait qu'on diviserait la France en quatre parties. Roland, partisan de la royauté, voulut passer la Loire pour chercher la Vendée; toi, resté à Paris où était d'Orléans et où tu favorisais Dumouriez, tu donnas des ordres pour sauver Duport : il s'échappa au milieu d'une émeute concertée à Melun par tes émissaires pour fouiller une voiture d'armes. Malouet et l'évêque d'Autun étaient souvent chez toi; tu les favorisas.... Tu consentis à ce qu'on ne fît point part à la Convention de l'indépendance et de la trahison de Dumouriez. Tu te trouvais dans des conciliabules avec Wimpfen et d'Orléans. Dans le même temps tu te déclarais pour des principes modérés, et tes formes robustes semblaient déguiser la faiblesse de tes conseils. Tu disais que des maximes sévères feraient trop d'ennemis à la République. Conciliateur banal, tous tes exordes à la tribune commençaient comme le tonnerre, et tu finissais par faire transiger la vérité et le mensonge.... Fabre et toi furent les apologistes de d'Orléans, que vous vous efforçâtes de faire passer pour un homme simple et très malheureux: vous répétâtes souvent ce propos. Vous étiez sur la Montagne le point de contact et de répercussion de la conjuration de Dumouriez, Brissot et d'Orléans. Lacroix te seconda parfaitement dans toutes les occasions.... Danton, tu fus donc le complice de Mirabeau, de d'Orléans, de Dumouriez, de

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