‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 162 sur 230 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

les autorités craintives, sans pouvoir; des réunions s'étaient formées dans Paris, alimentées par l'argent de l'étranger, toujours intéressé à troubler la France, quel que soit le mode de son organisation sociale. L'une des réunions dont je parle, était fondée chez un nommé Farmalaguès, qui, se présentant sous le nom d'un ancien ami des Girondins qui n'existaient plus, et se couvrant ainsi du masque de la liberté, attirait chez lui les hommes les plus marquants dans la République. Je fus invité chez ce Farmalaguès, où l'on m'attirait pour y rencontrer plusieurs de mes collègues avec lesquels il était important de se rallier, notamment Boissyd'Anglas, Lanjuinais. Celui-ci, dont la pétulance était toujours avide de bruit et de prééminence, se trouvait là comme président. Le dîner, dont l'étranger faisait probablement les frais, était fort bon; mais on s'observait, on chuchotait à demi-mots. Je me trouvai déplacé parmi ces honnêtes gens mystérieux, et je ne reparus plus à leur club. La faiblesse du gouvernement augmentait tous les jours : les subsistances, qui devaient l'occuper sérieusement, étaient accaparées ; le pain était rare, cher et mauvais; les ennemis de la République ne manquaient point de tirer parti de ces embarras. Quoique j'eusse donné ma démission du commandement de l'armée de l'intérieur, depuis le 0 Thermidor j'étais cependant considéré comme étant toujours représentant du peuple près la force armée de Paris. Les sections s'étaient soulevées contre la Convention et ses décrets; des députations l'insultaient journellement à la barre, et les discours des prétendus orateurs du peuple et leurs protestations portaient un caractère décidé d'insubordination et de sédition. Bientôt les assemblées se disant populaires furent réunies : des motions de révolte y furent faites à grands cris. La hiérarchie des pouvoirs était méconnue et la chose publique compromise; il était instant d'arrêter les entreprises réelles qui allaient bientôt suivre les paroles émises avec éclat et menaces; il

était à craindre qu'une partie de la garde nationale ne fit cause commune avec les mouvements projetés. Cette garde, dont l'organisation était vicieuse, avait, dans plusieurs événements de la Révolution, un esprit qui dans divers sens la continua, et qui entraîna sur elle de malheureuses conséquences (sic).

Germinal Le 12 gcrmiual an III, une foule de peuple accourue des divers quartiers de Paris força les portes de la Convention : la générale battit, le tocsin sonna. Dans une situation aussi alarmante, les comités de gouvernement me firent la proposition de reprendre à l'instant même l'activité du commandement en chef de Paris, et en dressèrent l'arrêté. Je refusai d'abord, comme je l'ai presque toujours fait au premier moment par ce défaut d'ambition que je pourrais presque appeler modestie; je croyais démêler encore ici que ceux qui étaient depuis le 9 Thermidor mes véritables ennemis, voulaient d'autant plus engager ma responsabilité qu'ils mettaient la leur plus à couvert. Les comités, sur mon refus, voulurent obtenir par décret ce qu'ils n'avaient pu obtenir par leur arrêté : ils vinrent à la Convention renouveler leur proposition. L'assemblée se leva en masse, et me nomma. Je demandai à rester seulement représentant du peuple près la force armée, et que Pichegru, alors à Paris, fût revêtu du commandement en chef : la Convention y consentit.

La Convention, après avoir fermé les Jacobins, sur le rapport de la Commission des Vingt et Un, avait conclu au décret d'arrestation contre les successeurs de Robespierre. Ce mouvement qui venait d'éclater, avait décidé la déportation de Barère, Collot-d'Herbois, Billaud-Varenne. Les condamnés partirent pour leur destination. Leurs voitures furent arrêtées par le peuple, sur la place de la Révolution. Pichegru y courut à cheval : il se trouva tout à coup enveloppé par la foule, et, obligé de mettre pied à terre, il fut cerné et insulté. Un de ses aides de camp vint m'avertir aux Tuileries. Accom-

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