‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 183 sur 230 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

serments, et à laquelle on doit déjà tant de reconnaissance, lorsqu'elle vous a tiré du néant? Après avoir débité un certain nombre de sopliismes pour motiver sa fluctuation, d'autres sophismes encore pour justifier le parti auquel il s'arrêta en voulant bien venir avec nous, voici le dernier trait par lequel Bonaparte, parlant toujours de lui-même à la troisième personne, et comme de niveau avec César et ses Commentaires : « Napoléon, dit-il, se décida et se rendit au comité! »

En suivant toujours la version de Bonaparte, il aurait parlé vivement au comité, et c'est d'après son conseil que le Comité de Salut public aurait proposé à la Convention nationale Barras comme général en chef.

La seule énonciation des heures auxquelles se sont passés les événements, celle de l'arrivée de Bonaparte, avouée par lui-même, pourraient être une réfutation complète de ses assertions mensongères. Mais les observations présentées par moi pourraient être considérées comme celles d'une partie intéressée : j'aime mieux charger de ma défense ceux qu'on pourra le moins soupçonner de partialité en ma faveur.

Le premier de ces défenseurs que j'invoque sur la question de participation plus ou moins décisive que j'ai pu avoir dans la journée du 13 Vendémiaire, c'est d'abord M. Real (P. -F. Real, tout court, depuis M. le comte Real, conseiller à vie de Bonaparte). Je transcris littéralement un fragment relatif au litige qui nous occupe, tiré de Y Essai sur les journées des 13 et 14 Vendémiaire :

« Une réaction funeste avait anéanti Tesprit public : le Midi était en feu. Lyon, Marseille, Aix, noyés dans le sang de leurs habitants assassinés, étaient la proie des émîgrés. Les émigrés rentraient effrontément, et par bandes, dans le Nord; ils rentraient effrontément et par bandes dans le Jura : le volcan menaçait d'une explosion nouvelle ; la chouannerie, comme une peste, gagnait de proche en proche, infectait déjà le département de l'Eure, et menaçait d'affamer Paris. Les prêtres, les horribles prêtres de Rome,

rendus par un décret parricide à leur funeste énergie, avaient secoué partout le flambeau du fanatisme, prêchaient la désobéissance aux lois et l'assassinat des patriotes, portaient le trouble dans les campagnes, la terreur dans les consciences, enlevaient à nos armées leurs défenseurs, et voulaient faire de la France entière une nouvelle Vendée.

« Paris était devenu l'asile de tous les conspirateurs, le foyer, le moteur de toutes les conspirations; l'incorrigible royalisme, toujours battu, espérant toujours, relevait audacieusement la tête. Charette, Comartin, le cardinal Maury, le Cabinet de Londres, celui de Vienne, d'Artois, Condé, et jusqu'à Louis XVIII, avaient officiellement dans Paris leurs banquiers, leurs correspondants, leurs ambassadeurs. Une bande d'Espagnols, d'Italiens, d'Allemands, d'Anglais, de Suisses, différents d'habits, de langage et de masque, étaient les agents reconnus de la vaste conspiration qui devait dévorer la France.

c Des membres de la Constituante et de la Législative, des femmes, des émigrés, et surtout des prêtres réfractaires, répandus, distribués dans les différentes sections de Paris, formaient des conciliabules, liaient des parties de jeu, des soupers où l'on préparait, sans trop de précautions, l'avilissement, la dissolution et le massacre de la Convention ; la proscription et le massacre de tout ce qui avait été patriote : le retour de trois ou quatre rois, qui, secondés par trois ou quatre puissances, devaient pendant cent ans peut-être inonder la France du sang de ses malheureux habitants!... » (P. 3 et 4.)

« La conspiration devait éclater dans les premiers jours de vendémiaire.... » (P. 7.)

« L'envoi de la Constitution, la convocation des assemblées primaires décidèrent l'ouverture de la campagne.

« La formation du camp sous Paris fut le premier prétexte de rupture; et le décret des deux Tiers fut celui des premières hostilités....» (P. 8.)

« Dans Paris, la section Le Pelletier donna le signal. Elle était plus connue dans les fastes de la Révolution sous le nom de section des Filles-Saint-Thomas. La France avait retenti pendant longtemps des hauts faits de ses brillants grenadiers. Toujours au pied du trône, ils voulurent, en 1792, attaquer les fiers Marseillais qui en avaient juré la ruine : ils furent battus. On les retrouva dans les camps de Tarquin; ils étaient dans le château, ils défendaient le tyran, lorsque au 10 Août le canon de la liberté renversa la monarchie : ils y furent encore battus, et depuis cette époque on n'avait plus parlé des beaux grenadiers des Filles-Saint-Thomas.

< Ce sont ces mêmes hommes, si royalistes sous Louis XVI, qui

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