‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 185 sur 230 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Barras, représentant, est nommé commandant de la force armée de Paris et de l'intérieur. » (P. 43.)

« Ce projet de décret, adopté au milieu des plus vifs applaudissements, fit renaître le calme et la confiance. Le général du 9 Thermidor, le vainqueur de Toulon rebelle, connu par son activité, par ses talents, par un véritable sang-froid au milieu des plus grands dangers, par une ûme brûlante et pure, par un dévoûment profond et absolu à la cause de la liberté, rendit aux patriotes inquiets la tranquillité d'ame et la fermeté dont ils avaient besoin, et assura le triomphe des colonnes républicaines.

« Barras ne dut point se dissimuler tous les dangers qui environnaient la Convention, et la terrible responsabilité qui pesait sur sa tête.

« Tout était dans un désordre effrayant. L'artillerie de position était encore au camp de la plaine des Sablons, et n'était gardée que par cent cinquante hommes! et si l'on en excepte quelques pièces de bataillon, les pièces de 4 qui étaient aux Tuileries étaient sans canonniers dans la cour des Feuillants. » (P. 44.)

« Dès le matin, le représentant Fréron s'était porté dans le faubourg Saint-Antoine. Il avait annoncé à ces vieux amis de la République, à ces irréconciliables ennemis de la Royauté, le danger de la Convention assiégée; il avait fait retentir aux oreilles de ces hommes du 14 Juillet et du 10 Août la voix de l'ancien orateur du peuple; et les hommes du faubourg, oubliant de récentes injures, armèrent encore une fois ces bras toujours funestes aux amis des rois. Un bataillon se forma sur-le-champ et, traversant fièrement une partie de la ville insurgée, vint se ranger sous les murs de la Convention. » (P. 47.)

« La ligne de défense s'étendait depuis le Pont-Neuf, suivait les quais sur la rive droite de la Seine jusqu'aux Champs-Elysées, et se prolongeait sur les boulevards ; mais les rebelles étaient maîtres de toute la rue Saint-Honoré, de la place Vendôme, de Saint-Roch, de la place du Palais-Royal; leurs nombreux bataillons obstruaient toutes les avenues,... et cette Convention nationale de France, qui fait chanceler les trônes et trembler l'Europe, dont les innombrables armées, débordées dans l'Allemagne, menacent de poursuivre l'aigle effrayé jusque dans Vienne; cette Convention, qui, deux jours auparavant, venait de prononcer la réunion à la France des vastes pays que ses armées triomphantes ont arrachés à l'Autriche, s'est vue pendant quelques heures cernée par une troupe de polissons, de factieux et d'imbéciles; et sa domination resserrée dans l'étroite enceinte de quelques mille toises! » (P. 48.)

« Le bataillon des Quinze- Vingts passe devant le bataillon de Montreuil; celui de Popincourt ne l'avait pas encore rejoint; Mon-

treuil voulait marcher, mais l'officier qui commandait exigea l'ordre de Barras K » (P. 49.)

c II faut le dire cependant, la majorité des membres du gouvernement ne montra, dans ce moment terrible, que de la faiblesse et de la pusillanimité. A l'approche du danger, la peur présida aux délibérations; et ces mêmes hommes qui la veille, qui le matin même, paraissaient avoir retrempé leurs âmes, abattus maintenant, découragés, n'enfantaient plus que des adresses et des proclamations. » (P. 55.)

« Les factieux avaient-ils abandonné une seule de leurs audacieuses prétentions? Ces adresses, ces pourparlers, ces indécentes transactions, ces proclamations couvertes de boue, n'avaient-elles pas opéré un effet tout contraire à celui que s'en promettaient leurs politiques et opiniâtres auteurs? Non, ce n'est pas dans des livres que l'on étudie le jeu d'une révolution gigantesque et monstrueuse comme la nôtre dans tous ses résultats. Ce n'est pas non plus dans le boudoir d'une intrigante étrangère, dans ce boudoir où l'on a ajourné le procès du 10 Août, qu'un ancien commensal de nos princes pouvait apprendre ce qui convenait à la crise la plus terrible de cette révolution terrible; ce n'est point au milieu des prêtres qu'un homme fier de quelques vertus privées pouvait élever son âme aux grandes conceptions que commandent les grands événements. » (P. 56.)

« Au même instant, Bailleul présente aux comités un arrêté tendant à faire désarmer à l'instant tous les patriotes de 89 réunis sous les murs de la Convention, et dont la conduite, dans le cours de la Révolution, « aurait été répréhensible ! » (P. 57.)

1. Je ne crains pas de le dire, cet ordre du jour fut le salut de la patrie. Si l'adresse de Gamon eût passé, vingt mille patriotes eussent été immolés dans Paris ; cent mille eussent été massacrés dans les départements; et la Convention, avilie, prisonnière, mutilée d'abord par les bourreaux qui menaient les sections, assassinée ensuite en détail, avant le 5 brumaire, aurait cédé à une législature toute nouvelle cette salle devenue son tombeau. Les charrettes de Robespierre, ou du moins la sévère activité du tribunal du l^'" Prairial, auraient noyé dans le sang la liberté, et aujourd'hui le royalisme, triomphant, rétablirait les débris du trône de Louis XVI sur les cadavres de tout ce qui aima la Révolution. » (P. 60.)

« 0 toi qui depuis six ans, au milieu des plus affreuses tempêtes, as conduit le vaisseau de la Révolution, toi par qui nous avons vaincu l'Europe avec un gouvernement sans gouvernants, et des armées sans paye, génie de la liberté, tu veillais encore sur nous

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