‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 186 sur 230 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

dans ce moment terrible, et pendant que le gouvernement délibérait! »

« A quatre heures et demie, les coups de fusil, redoublés et suivis d'un feu terrible, firent cesser toute délibération.

a Le général en chef Barras, suivi de Cavaignac et d'une foule de braves, se précipite au poste du Manège, où l'action venait de s'engager; sept coups de fusil tirés brusquement des fenêtres de Vénua, dont les rebelles s'étaient emparés, avaient engagé l'action. » (P. 63.)

« A l'instant même où des fenêtres de Vénua partaient les coups de fusil qui avaient engagé l'action, les sectionnaires attaquaient sur toute la ligne : ils étaient en force supérieure dans la rue de l'Échelle, et longeaient le petit Carrousel, vis-à-vis la maison occupée par la section de police du Comité de Sûreté générale. » (P. 68.)

« Les républicains répondent par un feu terrible. L'adjudant général Blondeau, qui les commandait, furieux, s'écria : « Miséra- « blés! vous ne savez donc pas que vous avez affaire à Jacques « Blondeau, de la Côte-d'Or ! Canonniers à votre pièce! » La pièce joue : l'un des brigands, qui avait mis la main dessus, est coupé, et la rue est balayée en un instant. » (P. 70.)

c Nous avons dit qu'aux premiers coups, Barras s'était porté à la rue du Dauphin. Après y avoir donné les ordres nécessaires, il visita successivement tous les postes attaqués; on le rencontrait au milieu de tous les feux. Il arrive au poste de Longueville. Deux pièces de 4 enfilaient la rue Saint-Nicaise. Dès les deux heures après midi, deux colonnes fortes d'environ huit cents hommes s'étaient présentées pour enlever ce poste et pénétrer sur le Carrousel : mais, intimidés par la déclaration bien formelle que les pièces allaient jouer s'ils ne se retiraient pas, les deux colonnes se retirèrent. Cependant le poste de la section des Tuileries resta au corps de garde situé dans le haut de la rue.

« Il était près de quatre heures trois quarts; le canon de la rue du Dauphin se faisait entendre; l'ennemi était en bataille dans la partie basse de la rue Saint-Nicaise et faisait mine de vouloir attaquer les républicains. A l'instant, Barras fit sommer les rebelles de se retirer, et, en donnant cet ordre, il se porte dans la rue, en avant du front des républicains. Trois rebelles sortent des rangs et viennent à lui; l'un d'eux menace de le frapper. Barras, qui pouvait le tuer, baisse la pointe de son sabre; mais un des républicains qui se trouvaient près du général, ayant aperçu le mouvement du chouan, terrasse celui-ci d'un coup de sabre; il n'était que légèrement blessé : il rend les armes'. Barras court à lui : « Respectons, s'écrie-t-il, l'ennemi vaincu !» 11 le prend par l'habit, l'enlève : T. I. 18

« Retire toi d'ici, malheureux », lui dit-il, et l'homme à épaulettes fut sauvé. A la sommation de Barras, les rebelles répondent par une décharge générale de mousqueterie. Deux coups de canon à balles portent le désordre dans leurs rangs; en même temps, la baïonnette en avant, les républicains s'engagent dans la rue Nicaise, et chargent les rebelles, qui se réfugient à toutes jambes sous les arcades du théâtre de la République. » (P. 71 et 72.)

« Tout étant rentré dans l'ordre de ce côté, l'infatigable Barras sentit qu'il ne fallait pas laisser aux rebelles le temps de respirer.

« La nuit, qui était tombée, ne permettait pas de brusquer une affaire générale, mais il ne convenait plus de rester sur la défensive. On s'occupa de déloger l'ennemi des différents postes qu'il tenait encore, à côté des Tuileries. » (P. 75 et 76.)

« Au milieu des cris de « Vive la République! », du feu de la mousqueterie, et du canon qui tonnait sur tous les points, on entend sur la place du Carrousel retentir l'hymne à la liberté; le terrible refrain : Aux armes, citoyens! répété en grand chœur par tous les bataillons, se mêlant aux cris de victoire, au cliquetis des sabres, aux éclats de la foudre, portait dans tous les cœurs cette religieuse fureur, cette soif du combat, ce généreux mépris de la mort qui ont enfanté tant de miracles. Ah ! c'est véritablement alors que chacun de nous put deviner pourquoi cet hymne consacré par tant de triomphes fait tant de peine aux esclaves des rois!...

€ Un grenadier, portant son fusil d'une main et un drapeau de l'autre, entre dans la salle; il est accompagné d'un citoyen désarmé et de deux officiers généraux. Ce drapeau venait d'être enlevé aux traîtres qui sur la place du Carrousel avaient assassiné les républicains.

« Le feu diminue progressivement : la décharge ne s'entend plus que dans le lointain, et le canon ne tire plus que par de longs intervalles.

« Merlin annonce que les républicains ont battu les révoltés. » (P. 79.)

« A dix heures, Barras vient rendre un compte sommaire du succès des attaques faites aux différents postes. Partout les républicains avaient obtenu l'avantage; il invite la Convention à rester calme. « La victoire est à nous, disait Barras, et les révoltés « seront bientôt forcés dans les postes les plus éloignés qu'ils occu- « peut, comme ils l'ont été dans ceux qui environnent le palais « national. » (P. 86.)

« Il était dix heures et demie. Barras arrive à l'embouchure de la rue Vivienne; dans le fond de la rue, une foule de femmes masquaient le chef-lieu de la section. On les invite à se retirer; elles font mine de vouloir rester en place; mais au commandement de :

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