‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 188 sur 230 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Real; et prétendre qu'amendé sur les principes de la Révolution, M. le comte peut se livrer encore à la rectification des faits, après quelque trente ans de réflexions?

Je répondrai d'abord que la jeunesse de M. Real d'alors était la jeunesse d'un homme de quarante ans, ce qui suppose déjà une assez grave maturité, puisque cet âge de gravité est celui qu'on crut devoir alors imposer au Directorat, au Conseil des Anciens, et dont depuis on a constitutionnellement, par la charte de 1814, gratifié à tout jamais la représentation nationale, dans la personne de la Chambre des députés.

Mais, laissant encore de côté cette autorité authentique du témoignage historique de M. Real, qui serait exposée à quelque discussion, je vais produire une autre autorité qui n'est guère susceptible d'objections : c'est celle de M. le baron Fain, qui fut bien notre secrétaire au Directoire, en sortant du Comité de Salut public, oii il l'avait été déjà ; mais qui a été surtout le secrétaire de Bonaparte depuis son avènement jusqu'à sa chute. Voici comment ce secrétaire perpétuel de Bonaparte, M. le baron Fain, s'exprime dans son Manuscrit de Van III :

« Le temps presse : un nouveau général est nécessaire ; il en faut un dans la nuit même ; la cause est devenue tellement personnelle pour les conventionnels, qu'ils ne veulent plus abandonner le commandement à un étranger : c'est un représentant qu'on désire en charger; et tous les yeux se sont tournés sur le général du 9 Thermidor : le représentant Barras est donc investi du commandement supérieur. » (P. 350.)

« Le nouveau général n'a que la nuit pour faire ses dispositions de défense; tous les officiers sans emploi qui se trouvent en ce moment à Paris, se pressent sur ses pas pour recevoir des ordres. Il les destine aux divers postes extérieurs; mais il a besoin d'un second sur lequel il puisse se reposer des détails du métier, et dont le coup d'œil soit sûr : il se souvient alors du jeune général Bonaparte qu'il a sous la main au Cabinet topographique. Il l'appelle et le fait agréer pour son lieutenant. Cette adjonction a lieu dans

riiitérieur du comité : au dehors, on ne connaît que Barras; tous les ordres se donnent en son nom ^

€ La Convention elle-même, qui ne s'est séparée qu'à cinq heures du matin, vient de rentrer en séance à midi : Barras s'y montre un moment pour rassurer ses collègues : « Restez à votre poste, leur dit-il, je me rends au mien. »

« Le danger est devenu imminent. L'avant-garde que Carteaux avait sur le Pont-Neuf s'est repliée sur le Louvre devant les sectionnaires de la rive droite, qui ellectuent par le Pont-Neuf leur jonction avec les sectionnaires de la rive gauche. Un bataillon de cette troupe, poussant toujours le général Carteaux, s'est établi au jardin de l'Infante. D'autres sections prennent position sur les marches de l'église Saint-Roch. D'autres essayent de s'introduire par le jardin de l'hôtel de Noailles jusqu'aux portes de la cour du Manège. La plus forte masse des baïonnettes sectionnaires est groupée sous les galeries du théâtre de la République, prête à s'élancer de la rue Richelieu sur le Carrousel. Une foule de noncombattants et de curieux encombre les rues adjacentes, et force les généraux de la Convention à resserrer la ligne de défense autour des Tuileries. Par suite de ce mouvement rétrograde, les vingtcinq à trente mille hommes des sections peuvent donc s'avancer jusqu'aux derniers coins de rue qui sont l'extrême limite entre le Carrousel et la ville; amis et ennemis, on n'est plus qu"à quinze pas les uns des Mitres. Barras se porte encore une fois aux avantpostes ; il fait sommer les sections de se retirer, mais la sommation est accueillie par des huées. Ce qui importe, c'est que les troupes ne se laissent pas ébranler par la population qui s'agite autour d'elles. Barras leur prescrit de ne pas bouger; il harangue les offi-' ciers et les soldats.

« Ces précautions ne sont pas inutiles contre le système de parlementage que l'ennemi paraît vouloir employer. » (P. 357 et 358.)

« A quatre heures et demie, on entend crier : « Aux armes ! » Le combat est engagé dans toutes les directions, et le canon tonne à

1. « Les détails que contiennent les Mémoires de Sainte-Hélène sur cette époque de l'avènement de Bonaparte à la célébrité, présentent ici quelques inexactitudes qui déjà ont été relevées. « Il n'est pas étonnant », dit à ce sujet Thibaudeau {Vie de Napoléon, t. I, p. 115), « qu'après vingt-cinq ans, et dans « les circonstances où Napoléon dictait, il ait été trahi par sa mémoire. » Nous en sommes encore aux temps où les généraux étaient dans la poche des représentants. La supériorité du général Bonaparte n'a pas besoin d'être antidatée; elle ne saurait l'être d'ailleurs qu'aux dépens des supériorités antérieures, et ce ne serait pas seulement une inexactitude, ce serait une injustice. Nous marquons ici les degrés de cette grande ascension d'après nos propres souvenirs. . (P. 331 et 352.)

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