‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 187 sur 230 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Canonniers, à vos pièces, à la vue de la mèche que l'on fait étinceler à leurs yeux, elles se retirent et découvrent une pièce de 4 et des hommes armés. » (P. 88.)

« De tous les chefs connus de la révolte, le seul Lafond, ancien garde du corps, fut arrêté.

« Le lendemain, quinze sections rebelles ainsi que les grenadiers et les chasseurs des autres sections furent désarmés.

« Ainsi se termina cette rébellion préparée depuis longtemps, et sur laquelle l'incorrigible royalisme avait fondé de si grandes espérances! Ainsi fut déjouée cette conspiration, la plus atroce dans son but, la mieux combinée dans ses moyens, la plus vaste dans son plan, de toutes celles qui aient encore menacé la liberté naissante.

<r J'ai vu de très près toutes les crises de la Révolution; j'en ai étudié tous les mouvements : un caractère essentiel distingue celuici de tous ceux qui l'ont précédé : il n'a point été populaire.

« En vain les charlatans qui conduisaient la révolte, ont-ils voulu parler au nom de la souveraineté du peuple, ces mots grimaçaient dans leur bouche; leur réputation était faite; ils n'ont pas su se faire peuple ; et malgré la misère qui l'accable, ce peuple ne comprit point leur langage, ne connut point leur costume, ne répondit point à leur appel. Ils ont été battus parce qu'ils n'avaient ni popularité ni courage. Ils ont été battus parce qu'ils voulaient la royauté.

« Il faut le dire : la Convention n'a pas su profiter de la victoire. Des politiques qui font pitié, des grands hommes qui font pitié, des révolutionnaires qui font pitié, ont reculé devant la salutaire et tranchante mesure qui brisait l'ouvrage de la conspiration. Ils ont eu peur; ils ont remis en question ce que le canon du 13 avait jugé; l'exécution pure et simple du décret du 5 fructidor aurait rompu toute la trame. Ce décret a été méprisé et la trame subsiste; les conspirateurs ont été vaincus et la conspiration existe tout entière!...

« Je désire me tromper, mais un noir pressentiment m'assiège, me consterne : cette fatale expérience du passé, qui fait quelquefois lire dans l'avenir, m'afflige, m'assassine!...

« Non : cette apparente, cette brusque tranquillité dont quelques politiques nous parlent avec hypocrisie, ne porte point la sécurité dans mon cœur : ce silence m'inquiète, ce calme plat m'épouvante.... Annoncerait-il une tempête prochaine, horrible? 0 Convention, un instant tu as pu faire disparaître entièrement le levain funeste de la guerre civile : des hommes, ou cruellement dupes de leur bonhomie, ou bouffis d'orgueil, ou scélérats de bêtise, ont paralysé tes moyens, ont arrêté ton bras.... Ils sont bien coupables sans doute, les hommes atroces qui t'ont fait faire le mal : sont-ils

donc innocents les trembleurs imbéciles qui t'ont empêchée de faire

le bien?

« Aujourd'hui le salut de la patrie va dépendre de la formation du pouvoir exécutif. C'est l'étoile du salut, c'est sur elle qu au milieu de la nuit qui couvre les destinées de la République, tousles regards sont tournés. En le formant, législateurs, vous nous direz si vous voulez ou la paix ou la guerre; ou le bonheur du peuple ou sa misère; ou la République ou la Royauté.

« L'Europe envieuse, l'Europe inquiète nous considère. Si des hommes sans couleur et sans caractère, si des amis des nobles, si des amis des prêtres, si des protecteurs d'émigrés, si des émigrés eux-mêmes sont portés à cette sublime magistrature, la guerre extérieure reprendra sa funeste activité.

« La discorde civile agitera ses flambeaux, et le volcan de la Vendée vomira encore sa lave brûlante.

€ Si vos suffrages y portent des hommes brûlants de patriotisme,, des hommes qui, ennemis-nés de toute tyrannie, ont tué Capet et Robespierre ; des hommes ennemis prononcés des mauvais prêtres et des émigrés ; des hommes que la Révolution a trouvés pauvres et qui sont toujours pauvres; des hommes dont l'âme s'agrandit, dont les forces se doublent dans le danger; des hommes qui sont peuple, sans être populaires ; qui sont chauds, sans être incendiaires; des hommes placés, par leurs actions, entre le succès et l'échafaud; alors l'Europe met bas les armes, le volcan de la Vendée s'éteint, les conspirateurs fuient; alors on croira à la Révolution et à la République, et cette foi ferme terminant la Révolution établira la République. »

Le fragment qu'on vient de lire est, comme je l'ai annoncé,^ littéralement transcrit de V Essai sur les journées des 13 et 14 Vendémiaire \ La citation que j'ai faite de M. Real est encore moins dictée par le soin de ma défense personnelle que par le devoir de la vérité pour le profit de tous, et l'importance de remettre à l'histoire les matériaux authentiques d'après lesquels elle doit faire un jour sa grande élaboration.

Les impériaux bonapartistes voudraient-ils au surplus mettre la narration du 13 Vendémiaire par M. le comle Real au compte des peccadilles de la jeunesse de M. le comte

1. J'ai supprimé ici une dizaine de lignes de considérations générales sans, intérêt, et obscures au point d'être à peu près inintelligibles. (G. D.)

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