‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 190 sur 230 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

L'ordre rétabli. — Je donne ma démission. — Quelle est la part de Bonaparte dans la journée du 13 Vendémiaire. — Son coup d'œil prompt. — Effet que produit ma démission. — Carnot. — Le général Beaufort. — Je propose Bonaparte pour général en chef de l'armée de l'intérieur, — C'est un homme à moi., dit-on. — La Convention hésite. — Je me porte garant de Bonaparte. — Sa reconnaissance. — Je le fais habiller. — // taille en plein drap. — L'ordonnateur Lefebvre. — Son mot sur le Petit Corse. — Je lui fais donner des armes. — Comment il choisit. — Reçu par les personnes de ma société. — Ses entrées chez Mlle Montansier. — Mmes Tallien, Château-Renaud, de Staël. — Quelles furent ses tentatives auprès de Mme Tallien, — Conduite de V empereur à l'égard des dames qui avaient accueilli Bonaparte. — Politique de ses démarches. — // veut que Je le recommande à Carnot. — On m'offre une indemnité. — Je la cède à Bonaparte et à Duvignau. — La part du lion. — Histoire de la famille Bonaparte. — Sa misère, -r- Antihes. — Marseille. — Saint-Zacharie . — M. de Chdteauneuf.

— Le commandant de place. — Le marquis de Cycère. — Mauvaise conduite des Bonaparte. — A Marseille. — Je cherche à soulager leur misère. — Meubles de la République. — Lucien gravement compromis. — L'aubergiste Boyer. — Sa vertueuse fille. — Lucien a-t-il été contraint de l'épouser. — Essor de la famille Bonaparte. — Joseph. — Fesch. — Lucien Brutus. — Fesch inspecteur des fournitures. — La famille X.,.. — Visites nocturnes. — Portrait de Mlle Julie. — Son mariage avec Joseph. — Mlle Désirée.

— Sera-t-elle impératrice ou reine. — Napoléon la séduit. — On le repousse. — Elle épouse Bernadotte. — Ingratitude des Bonaparte. — : Leur conduite envers M. de Chdteauneuf. — Fin malheureuse de Mlle Boyer.

Tout étant rentré dans l'ordre depuis la journée du 13 Vendémiaire, le calme qui régnait dans Paris me détermina à

offrir de nouveau au Comité de Salut public et à la Convention nationale ma démission du pouvoir extraordinaire dont j'étais investi, et à demander mon remplacement.

J'ai dit la vérité sur ce qui pouvait revenir à Bonaparte dans le siège de Toulon. Comme, depuis ses autres apparitions sur la scène, il s'est occupé à s'attribuer la première part et l'unique influence en tout, je dois encore ici marquer avec précision ce qui lui appartient personnellement.

Bonaparte n'exerça dans la journée du 43 Vendémiaire d'autres fonctions que celles de mon aide de camp. J'étais à cbeval, il était à pied et ne pouvait, par conséquent, suivre tous mes mouvements. La seule mission qu'il reçut de moi, fut celle d'aller au Pont-Royal et de venir me rendre compte de ce qui s'y passait. Il ne donna et n'eut à donner de luimême aucun ordre, ne se montra à aucun autre point d'attaque qu'à celui du Carrousel, d'oii il ne bougea plus; c'était Brune qui de ce côté commandait en chef. Je n'ai point omis le trait qui indiquait pourtant un coup d'œil militaire assez prompt, lorsque, me tirant par le pan de mon habit et m'entraînant à quelques pas de la position qui m'exposait au premier feu, il me dit avec une vivacité inspirée par le moment : « Si vous étiez tué, tout serait perdu : le drame roule sur vons seul; personne ne pourrait vous remplacer : que décidez-vous? » C'est alors que j'ordonnai à Brune de tirer le canon, et que Bonaparte, me serrant la main, ajouta : « La République est sauvée ». C'est pendant cette causerie que, quelques coups do fusil ayant été tirés sur nous, Brune, d'après mon ordre, riposta par une volée de canon, qui dissipa dans un clin d'œil ces beaux guerriers des sections Le Pelletier et autres qui avançaient par la rue Saint-Honoré, et qui, culbutés par les fuyards, grossirent leur défection.

Lorsque je me présentai au Comité de Salut public pour ofî'rir ma démission, je m'aperçus que j'étais écouté sur ce

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