CHAPITRE XXII
d'un Corse de cette famille ». On ne se soucia pas de devenir l'allié du petit capitaine ultra-révolutionnaire de Toulon et du garde-magasin furibond de Sain t-Maxi min.
Dans le devoir que j'ai dû remplir, de fixer de suite les premiers traits de l'avènement des Bonaparte, et dans le dégoût que j'éprouve de revenir sur leurs procédés à l'égard de tous ceux qui les ont obligés dans leur misère, je veux aussitôt constater leur conduite envers tous ceux dont ils ont tenu leur existence.
Plus tard la fortune devint contraire à M. de Châteauneuf, leur hôte de Saint-Zacharie ; il fut obligé de prendre, dans les droits de passe établis alors, une place de contrôleur, que je lui fis obtenir : M. de Châteauneuf est une des premières personnes que Bonaparte arrivé au pouvoir ait destituées.
L'estimable commandant qui a sustenté les Bonaparte à Marseille, ayant été depuis destitué, est venu à Paris, pour réclamer, lorsque Bonaparte fut arrivé au pouvoir. Il croyait devoir en être reçu avec empressement : la porte lui fut constamment refusée; il tenta des démarches auprès des membres de la famille Bonaparte : il fut également repoussé. Dans son désespoir, il osa écrire à Bonaparte qu'avouant, sans rougir, le besoin le plus extrême où il se trouvait réduit, il le priait de vouloir bien faire aujourd'hui pour lui, seulement ce qu'il avait fait dans le temps pour sa famille. Quelques instants après, il reçut l'ordre de quitter Paris sous vingt-quatre heures.
Quant à la fille du -respectable aubergiste de Saint- Maximin, Mlle Boyer, devenue malheureusement Mme Lucien Bonaparte, celui-ci, parvenu à la fortune, a voulu, disait-il, lui faire donner l'éducation nécessaire pour tenir sa maison; était-ce autre chose qu'une déception de plus ajoutée à tant d'autres, afin de voiler le triste sort réservé à celle qui était devenue une importunité pour le parvenu? J'ai appris que, plus tard, victime des mauvais traitements de son mari, en même temps que repoussée par la famille Bonaparte qui
depuis les succès du chef prétendit trouver une mésalliance dans ce mariage avec la fille d'un aubergiste, Mme Lucien Bonaparte avait péri. On a vu les suites de cette mort, la cynique aisance, la liberté audacieuse qu'elle a donnée à tous les déportements de Lucien.... Mais n'anticipons point encore, le lecteur suivra le développement.
Sans vouloir s'unir aux soupçons et aux bruits déplorables qui circulèrent alors, peut-on, en présence de tant de souvenirs de l'histoire de France, méconnaître à quelles odieuses imputations de tous les genres de perfidie ont à plusieurs époques donné lieu les communications des personnages de haut rang de l'Italie avec la France? Faut-il qu'il n'y ait rien de si odieux et de si coupable dans l'emploi de certains procédés secrets que nous n'ayons le droit de croire et de craindre de la part de tout ce qui nous est arrivé de Tltalie? Et la Corse, qui est réellement de l'Italie sous beaucoup de rapports, n'est-elle pas, sous celui de la trahison, plus que de l'Italie renforcée?