CHAPITRE XXIII
lution et d'indalg'ence pour ses excès, auraient voulu que le sang cessât de couler; et que même Joseph Le Bon fût compris dans la grande amnistie seule capable de terminer la Révolution : mais la Convention nationale crut, avec raison, que le crime imputé à Joseph Le Bon, et condamné par des formes légales, était hors de la possibilité de l'amnistie : en même temps qu'elle agissait avec cette équité rigoureuse et sans pitié pour l'exécution, contre celui qui n'en avait eu aucune dans ses fonctions, la Convention ne jugea pas qu'elle dût laisser les hommes de la Révolution en butte à la haine et à la vengeance de ses ennemis. Elle défendit donc de poursuivre aucun des fonctionnaires publics à raison des mesures qu'ils pouvaient avoir prises pendant qu'ils étaient en place, lorsque ces mesures auraient été autorisées par les lois : les jugements rendus contre eux furent annulés et regardés comme non avenus.
Il était impossible de ne pas ordonner la poursuite des 29 assassinats commis par les Compagnies de Jéhu et du Soleil, an iv. puisque ces associations royalistes étaient encore en pleine activité; il était bien difficile encore de ne pas exclure des emplois publics, au moins jusqu'à la paix, les provocateurs des mesures séditieuses, les émigrés, les parents d'émigrés, et de ne pas ordonner l'exécution des lois contre les prêtres perturbateurs : car s'il fallait sauver le 9 Thermidor, si pur dans son principe et si malheureusement gâté dans ses suites, il fallait aussi ne pas perdre ce 13 Vendémiaire, qui était venu si tard pour en réparer les brèches. Mais la Convention, réduisant sa justice aux hommes les plus dangereux et les plus coupables de la réaction post-thermidorienne, décréta l'arrestation de Rovère, Saladin, Lomont, Aubry, le général Miranda, tous auteurs des troubles qui avaient failli être si funestes à la République; et que le général Menou, qui avait paru si peu digne de son poste en présence des sections révoltées, serait mis de suite en jugement. Le député Julien
de Toulouse, mis en arrestation le 28 brumaire an II, décrété d'accusation le 26 ventôse suivant, dans l'afï'aire où Chabot et Bazire avaient péri, avait été relevé de ce décret le 20 germinal an III, mais non rappelé au sein de la Convention. Croyant le dernier moment plus favorable à sa position, Julien de Toulouse écrivit pour se justifier des inculpations dirigées contre lui. La Convention se rappelant que dans cette accusation dirigée par le Comité de Salut public, sans doute avec une rigueur cruelle, et au mépris de toutes les formes de la justice, il y avait cependant quelque chose qui pouvait ne pas laisser l'honneur d'une partie des inculpés au-dessus de toute atteinte, la Convention ne voulut point déférer comme par une décision révolutionnaire à une question pareille, et renvoya la demande de Julien de Toulouse à l'examen de ses comités.... Revenue aux temps les plus heureux delà session, à ceux des desseins généreux et patriotiques qui avaient eu pour but l'établissement de la liberté, s'élevant au-dessus de toutes les passions individuelles qui l'avaient si longtemps flétrie et désolée, la Convention, en attendant l'arrivée du nouveau Tiers, dont l'élection se faisait en ce moment, s'occupa d'achever noblement sa .mission, en rendant des décrets d'organisation qui devaient la faire respecter dans ses derniers instants et l'honorer à jamais dans l'histoire. Dans moins d'une quinzaine, la Convention, répondant chaque jour à tous les besoins des circonstances impérieuses, soit pour la conduite des armées, soit pour le gouvernement intérieur, trouva encore le temps de fonder les établissements les plus essentiels, qui étaient autant de véritables créations : elle fixa l'organisation des hôtels des monnaies et ateliers monétaires; celle de la Bibliothèque nationale et de son adminis- Brumaire tration *, dc l'instructiou publique dans toutes ses branches; des écoles primaires, centrales et spéciales, et de l'Institut national; l'établissement des sept fêtes nationales. La Convention décréta encore un nouveau Code des délits
an IV.