‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 30 sur 230 · Voir chapitre xxi · texte numérisé non relu

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possession de son rôle de protecteur de Bonaparte, Barras nous conte 1 que, satisfait d'un rapport remis par le jeune officier après une inspection des côtes de Provence, il l'aurait, dès le début des opérations, promu capitaine. Or ces opérations n'ont commencé qu'à la fin d'août 1793; et dès juillet de cette même année, Bonaparte, attaché au service des batteries de côte, non par le représentant Barras, mais par un de ses anciens chefs, le général Duteil, écrivait au ministre, en qualité de capitaine au 4^ régiment d'artillerie, afin d'obtenir le matériel dont il avait besoin pour « brûler les navires des despotes ^ » : mot qui sous la plume du futur empereur Napoléon me paraît, dans sa sincérité, d'une délicieuse ironie.

N'attachons pas plus d'importance qu'il ne convient à cette inexactitude qui accompagne la première mention faite de Bonaparte : encore qu'un témoin — puisque Barras a la prétention d'en être un — qui se trompe dès le début de sa déposition, tombe sous le coup de la suspicion la plus légitime. Poursuivons la lecture du chapitre. Nous y apprenons que Bonaparte avait composé, quelque temps auparavant, « un écrit infernal,... monument du jacobinisme le plus cynique », dont il négligea de payer les frais d'impression, bien qu'une « gratification » lui eût été spécialement allouée pour cet objet par les représentants.

Ayez, je vous prie, la curiosité de jeter les yeux sur cet « écrit infernal ^ ». Le Souper de Beaucaire, composé par Bonaparte en juillet 1793, à Avignon, est un écrit chaleureux, respirant le plus pur patriotisme et l'amour ardent de la Bévolution, que d'ailleurs Napoléon ne s'est jamais défendu d'avoir aimée, — aimée comme on l'aimait en ces belles et tragiques années de péril extrême et d'enthousiasme : « 11 y a eu de bons Jacobins. 11 a existé une époque où tout homme ayant l'âme un peu élevée devait l'être. Je Vai été moi-même, comme tant de milliers d'autres gens de bien *. » M. lung, qui n'a pas l'habitude de flatter Bonaparte, comme on sait, signale dans cette composition des « aphorismes curieux », des « appréciations nettes et sensées », des « jugements concis où l'on sent la précision du maître et celle de l'homme de guerre », des « qualités merveil-

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