LXIV PRÉFACE DU TOME PREMIER
l'artillerie de siège : non à distance, non classiquement, en gaspillant et en perdant ses boulets, mais à bout portant, pour ainsi dire, afin de centupler le ravage exercé par ces batteries. Jeu terrible, où l'on risque de se faire écraser; mais où l'on frappe d'épouvante, où l'on écrase soi-même l'adversaire, si l'on parvient à tenir quelques heures. Comparez cette méthode avec celle qu'il emploiera plus tard sur ses champs de bataille avec son artillerie de campagne, braquée toute sur un point, comme un pistolet au cœur de l'ennemi : les deux méthodes sont identiques.
Si c'est là ce que MM. Krebs et Moris entendent par ces mots : « des mérites d'ordre technique », je suis d'accord avec eux. Mais qui ne voit qu'il y a là autre chose et plus que des mérites de cet ordre modeste, tout estimable qu'il est; que l'homme qui a fait cela n'est pas seulement un officier possédant à fond les diverses parties de son métier; que le grand capitaine, enfin, commence à percer déjà sous le simple commandant d'artillerie?
Et c'est ce troisième point que va mettre en pleine lumière — pour la confusion de Barras et non pas de lui seul — la dernière partie de cette discussion.
Quelques brèves indications topographiques sont ici nécessaires. — La ville de Toulon est dominée au nord par les escarpements de la montagne du Faron, sur laquelle s'étaient fortement établis les alliés — Anglais, ïLspagnols, Napolitains, Piémontais — comme dans une sorte de redoute naturelle. A l'ouest et à l'est, des torts jetés en avant du corps même de la place tenaient en respect l'armée républicaine, dont les deux divisions — celle de l'ouest, sous Carteaux, Doppet, puis Dugommier, celle de l'est sous Lapoype, — étaient isolées l'une de l'autre par le massif du Faron. Au sud, la rade, dont la flotte ennemie était absolument maîtresse. Cette rade se compose de deux parties distinctes : la grande rade, qui communique avec la haute mer; la petite rade, qui pénètre profondément m dans les terres. Entre elles s'avance le promontoire de l'Éguillette, occupé — comme le Faron et comme toutes les hauteurs qui dominent les deux rades — par les troupes alliées. La position des assiégés était donc très forte et très sûre; celle des assiégeants mauvaise, au contraire.
Malgré ces conditions d'inégalité entre l'attaque et la défense, Toulon fut pris. Qu'il convienne d'attribuer dans ce grand succès
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