‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 60 sur 230 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

aux forces supérieures anglaises. Sur le rejet, bien simple, d'une proposition aussi insultante, Tarmée ennemie investit la ville, se couvrit de retranchements, fixa l'attaque sur deux Juillet it:^. points principaux, ouvrit les tranchées sous le feu meurtrier des batteries, dirigé de part et d'autre avec autant d'habileté que d'acharnement. La supériorité de l'artillerie anglaise l'emporta, et eut bientôt fait brèche aux deux plus forts bastions des remparts. L'artillerie de la place, sous les ordres du colonel du Barry, répondait souvent avec succès aux attaques des assiégeants, qui ne cessaient de lancer des bombes, dont la plupart heureusement ne causaient aucuns dégâts, venant se perdre au milieu de l'immensité d'une ville dont les rues étaient fort larges. Mais tous les efforts du courage devinrent inutiles. Après soixante jours de siège, la place était ouverte, nos canons démontés, tous les approvisionnements épuisés, la garnison diminuée par des pertes considérables. D'un autre côté, notre escadre, composée du vaisseau amiral le Brillant^ commandé par M. de Tronjoli, de deux superbes frégates et de plusieurs bâtiments marchands armés en guerre, après avoir battu et désemparé celle des Anglais, qui était venue lui présenter le combat, avait, malgré la défense formelle du général Bellecombe, abandonné la rade de Pondichéry, de sorte que l'escadre anglaise, s'étant réparée à Madras, apportait librement à l'armée de terre des vivres et des munitions dont la saison des pluies avait retardé l'arrivage, en même temps qu'elle avait suspendu les travaux du siège.

Un conseil de guerre fut convoqué, et l'on résolut unanimement, le 18 octobre 1778, de capituler. La garnison fut octobre conduite à Madras avec les honneurs militaires, jusqu'à ce qu'elle put être transportée en France. Je suivis mon régiment à Madras *.

1. Voir aux Appendices la relation autographe par Barras du siège de Pondichéry, beaucoup plus développée, p. 309 à 324. (G. D.)

Cette colonie populeuse, commerçante et riche est protégée par le fort Saint-George, que l'intrépide Laïly avait jadis emporté d'assaut à la tête de ses grenadiers. Les regards des voyageurs sont frappés du luxe et de la beauté des palais. Le nabab d'Arcate en occupait un, fort spacieux. Sa Cour était nombreuse et magnifique. Les Anglais lui avaient composé une garde d'honneur qui, le suivant partout, comblait d'égards et de respect l'illustre prisonnier. Sa Majesté n'était réellement qu'un esclave à brillante solde, dont on administrait les Etats. Le gouverneur anglais, qui était le vrai roi, se prosternait devant le nabab, qui ne sortait jamais sans être environné de tous les attributs de la royauté; sa voiture était précédée de superbes tigres tenus en laisse avec de simples rubans par des Indiens vêtus de blanc et portant des drapeaux de diverses couleurs.

A quelques lieues de Madras se trouve un fort appelé PontDamalé. Il était commandé par un jeune officier anglais, chez qui je fus traité avec distinction. Pont Damalé était un rendez-vous de chasse, et c'était le gouverneur de Madras lui-même qui m'avait invité à m'y rendre, sur la recommandation de la famille anglaise Fluecher, à qui j'avais eu le bonheur d'être de quelque utilité à l'Ile de France. J'y fus témoin d'un acte qui montre tout ce que les Anglais, si austères en liberté dans leurs paroles, pratiquent d'arbitraire dans leur administration. Mécontent de l'un de ses fournisseurs, le commandant du fort l'envoya prendre par deux soldats, et, après quelques reproches sur des négligences de service, il le condamna à une forte amende. Celui-ci se refusant à la payer : « Qu'on l'attache », dit le commandant. Le fournisseur reçut lechabouc, qu'il supporta quelques instants. 11 était riche, mais jurait n'avoir que cent roupies. « J'en veux cinq cents, poursuivit l'officier : continuez. » Les coups de fouet redoublent. Le malheureux consent à payer, mais, de retour chez lui, il fait appeler auprès de son lit le four-

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