‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 64 sur 230 · CHAPITRE ÏV · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏV

Imprudente et noble francfiise de M. de Bellecombe. — La bureaucratie maritime. — MM. Law, Coutenseau, Duplessis, de Serre, Villette et Valorie. — Disgrâce de M. de Bellecombe. — On l'envoie à Saint-Domingue. — Le comte de Bussy, la Poupée. — Influence de l'Angleterre sur le choix de notre Cabinet. — J'arrive à Paris.

Entrevue avec M. de Bellecombe. — Ses vues politiques. — Son

amitié pour moi. — Je rejoins mon régiment à Brest. — M. de Comvay. — L'amiral Barras de la Penne, mon oncle. — Son luxe.

— Je m'embarque. — M. de Suffren. — Sdo T/iiago. — Baie de la Praya. — Combat naval. — M. de Forbin. — M. du Chillaut.

— Défaite. — Nous touchons le Cap. — M. de Suffren continue sa route vers l'Inde. — // laisse le régiment de Pondichéry . — Personnages importants du Cap. — Encore M, de Bussy. — Ses ridicules. — Z'armada. — Cupidité des officiers français. — Mot sanalant de Ilaïder Ali Kan. — Bataille de Gondelour. — D'Ofélise, du Chemin et d'Albignac. — Courage de M. de Suffren. — Ruse grossière employée contre le gouverneur anglais de Trinquemalé. — Nous évacuons le territoire indien. — Compensations en Amérique. — Louis XVI, son cœur, ses vues, sa position. — Démêlé avec M. de Conway. — Je reviens en France, chargé de dépêches et d'instructions pour le ministère.

Arrivé à Paris, M. de Bellecombe, aussi ignorant des choses de la Cour qu'habile au métier de la guerre, eut l'indiscrétion de faire connaître au ministre toutes les fautes commises dans les Indes par ses prédécesseurs. Beaucoup de ces messieurs tenaient à la haute bureaucratie de Paris, au ministre, à sa maîtresse, qu'ils comblaient de cadeaux. La plupart de ces

exacteurs étaient employés par la Compagnie des Indes. Parmi eux se trouvaient quelques gradés supérieurs qui leur étaient sans doute acquis, puisqu'ils les avaient payés : M. Law, dont j'ai déjà parlé, M. Coutenseau, M. Duplessis et M. de Serre, qui n'avaient jamais servi militairement; paraissaient ensuite quelques intrigants, tels que Villette, Yalorie, gens mal famés, même à la Cour.

M. de Bellecombe se les était aliénés par quelques sarcasmes qui étaient une espèce de compensation de son indulgence pour eux, puisqu'il les avait employés pendant le siège de Pondichéry en leur assignant les casemates, d'oii ils ne sortaient jamais avant que le feu des Anglais eût cessé.

M. de Bellecombe ne pouvait lutter avec la bureaucratie maritime, il n'avait pour appuis que sa loyauté et ses talents; il tomba un moment en disgrâce, on se décida à l'éloigner de Paris et des Indes : il fut envoyé gouverneur à Saint- Domingue. L'exclusion de Bellecombe devait être suivie de mesures de la même imprévoyance. Ce fut la dernière fois que je le vis. Je ne puis oublier encore qu'il m'a donné de bons conseils, de bons exemples, dont il croyait même que j'avais heureusement profité; et que dès son retour en France il écrivit à mon père des lettres pleines d'amitié. Je puis dire que je reçus à cette époque des preuves d'estime de tous mes chefs : c'est là un de mes doux souvenirs.

Le ministre le remplaça par M. le comte de Bussy, surnommé la Poupée. On accorda à ce vieillard inepte un étatmajor de son choix, et il vit à ses ordres une armée de plus de vingt-cinq mille hommes, organisée par les scribes des bureaux, qui servaient le parti des compagnies françaises et anglaises dans l'Inde, liées alors d'intérêt. On reconnut surtout, dans ce choix, l'influence de l'Angleterre sur la nomination des chefs, à qui l'armée n'accordait ni approbation ni confiance. Cette puissance se ménageait des succès, qu'elle n'attendit pas longtemps.

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